Marinette ou la passion du ballon rond

À l’heure où les portraits marquants de femme au cinéma voient de plus en plus le jour, Marinette rejoint la danse, captée par le regard féminin de Virginie Verrier. L’occasion de découvrir une figure emblématique du football, qui n’a visiblement pas bénéficié de la même exposition que celle de ses homologues masculins.
Tiré de l’autobiographie de la star en question, le film ouvre une fenêtre sur le monde du football féminin et sur le manque de considération qui y règne. Poignant et nécessaire.

Résumé

Marinette n’a pas le temps.
Elle court, court – elle ne peut pas, ne veut pas s’arrêter.
Courir après le ballon rond, courir pour fuir les brimades, courir loin d’un passé familial violent.
Marinette n’a pas le temps et elle va le prouver : c’est son moment.

Parcours d’une femme extraordinaire…

Le(s) début(s) de Marinette fait partie de ces scènes d’ouverture réussies.
Cadrée sur ses pieds de petite fille, Virginie Verrier débute son film par une course.
Celle-là même qui va dicter le destin du personnage tout au long du récit et de sa vie.

Marinette court à perdre haleine, sa mère peinant à la suivre derrière. Elle va vers ce qui l’appelle : un stade de foot, où de jeunes joueurs s’entraînent. Elle observe, attentive, calme, l’oeil enflammé par la curiosité.
En marge du terrain, comme reléguée au rôle de remplaçante, un coach la repère. Et l’invite à jouer.
« J’peux pas j’suis une fille » lâche-t-elle de son franc parler. Mais sa mère et le coach ne sont pas d’accord : le foot, c’est pour tout le monde. Marinette fait alors ses premiers pas, sous deux regards bienveillants qui la suivront tout au long de sa vie et de sa carrière. Les bases sont posées, Marinette jouera au foot. De ses cinq ans filmés à hauteur d’enfant à son âge adulte, la caméra ne la lâche pas. Et nous la montre dans tous ses états, la suivant au travers de tous ses combats.

Car Marinette, avant tout, c’est ça : une jeune fille qui devient femme par le foot, par l’amour de sa mère, par la découverte de son homosexualité. Garance Marillier, déjà vue dans Grave de Julia Ducournau, campe de tout son être cette femme qui se bat pour être reconnue telle qu’elle est. Du harcèlement ignoré à la Fédération Française à l’alcoolisme violent de son père, la vie à la dure, Marinette, elle la connaît. Tantôt vulnérable, tantôt armée jusqu’aux dents pour se défendre contre une vie qui la teste sans cesse, Garance Marillier transpire la rage de vaincre et fait naître une empathie complète pour le personnage.

Suant corps et âme, toujours prête à tout donner, elle préfère se voir privée de sa passion pendant six mois plutôt que de renoncer à sa dignité…

… avec un traitement un peu trop linéaire

Si le film bénéficie d’interprétations impeccables (Émilie Dequenne, toujours aussi bouleversante) et évite l’écueil du « film de foot », il souffre un tantinet d’un traitement chronologique un peu trop linéaire.
En voulant montrer l’évolution de Marinette à travers le temps, Virginie Verrier a pris le parti de faire défiler les années et d’annoncer celles retenues par de fugaces titrages. Assez efficaces et loin d’être lourds, ils ne suffisent pourtant pas à combler des manques évidents de transition d’une séquence à l’autre.

En choisissant de faire plusieurs ellipses plutôt brusques, le montage oublie de raccorder les ponts d’une période à une autre, sacrifiant des éléments de narration essentiels qui nous laissent confus.
La mère de Marinette, si présente à ses côtés tout au long de sa vie, disparaît d’une séquence à l’autre sans qu’on sache pourquoi ; la transition États-Unis-retour en France est maladroitement amenée ; et ses relations amoureuses sont vite brossées et assez peu creusées.

Dommage, car le film fait montre d’intelligence et de subtilité dans beaucoup de ses scènes. Notamment, celle de sa première fois avec un garçon, qui montre son détachement évident et augure de la suite.
Mais il pêche à d’autres occasions, comme dans la présentation de ses relations – et surtout, dans la rencontre de deux des amours les plus marquants de sa vie. Vite captés dans un échange de regards, ils manquent un peu de substance et de toile de fond à leur exposition.

… mais pour un film nécessaire

Pour autant, ces quelques maladresses n’enlèvent rien à l’émotion procurée par ce parcours hors du commun.
À l’heure où les droits des femmes sont encore et toujours plus menacés, Marinette réaffirme une urgence.
L’urgence d’être soi, celle de se battre pour la reconnaissance des femmes et leurs combats.

En ce sens, la scène de fin où Marinette raccroche le tablier est une des plus marquantes.
Si Marinette admet que « le foot lui a tout donné », elle ajoute qu’elle aussi « lui a tout donné ».
Tout comme ces autres femmes, derrière elle, sur le terrain. La caméra s’arrête alors sur chacune d’entre elles, qui jongle entre petits boulots et passion du ballon rond dans l’espoir d’un jour être considérée comme une pro. Rarement on aura capté comme des instantanés ces portraits de femmes qui pourraient être nos proches.

Marinette est ainsi un film nécessaire, d’autant plus quand on sait qu’encore aujourd’hui, on refuse à ces joueuses un statut professionnel…

Bande-annonce : Marinette

Fiche technique : Marinette

Réalisatrice : Virginie Verrier
Scénario : Virginie Verrier, d’après l’autobiographie Ne jamais rien lâcher de Marinette Pichon
Interprétation : Garance Marillier (Marinette Pichon), Émilie Dequenne (La mère de Marinette), Fred Testot (Coach Brienne), …
Directeur de la photographie : Xavier Dolléans
Montage : Jérôme Bréau
Compositeur : Jean-Fabien Dijoud
Sociétés de Production : VIGO Films, Pictanovo Région Hauts de France, France 3 Cinéma
Distribution (France) : The Jokers / Les Bookmakers
Durée : 1h36 min
Genre : Biopic
Date de sortie : 07 Juin 2023
France/États-Unis – 2023

NOTE
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3.5

Festival

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