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Une famille, un film autobiographique bouleversant de Christine Angot

Une famille, premier passage de Christine Angot derrière la caméra, est un film percutant, très personnel et pourtant essentiel à tous, sur le sujet tabou de l’inceste.

Synopsis de Une FamilleL’écrivaine Christine Angot est invitée pour des raisons professionnelles à Strasbourg, où son père a vécu jusqu’à sa mort en 1999. C’est la ville où elle l’a rencontré pour la première fois à treize ans, et où il a commencé à la violer. Sa femme et ses enfants y vivent toujours.

Angot prend une caméra, et frappe aux portes de la famille.

 Aux portes de l’enfer

Bien qu’aguerri à la prose de Christine Angot, une prose acérée, sans fioriture ni aucune once de gras, le spectateur de son documentaire Une Famille ne peut qu’être secoué à la fin du film. Comme avec ses écrits, la réalisatrice ne se compromet dans aucune concession, avec un métrage tranchant et incisif comme une lame.

Ayant fait de la littérature son exutoire et peut-être en même temps sa carapace, pour répondre à l’inceste qu’elle a subi de 13 à 16 ans, puis à 26 ans, de la part de son père, l’écrivaine se tourne aujourd’hui vers le cinéma pour une fois de plus tenter d’exorciser sa douleur. La famille n’est pas qu’une famille ordinaire, mais une famille de circonstance ayant eu de près ou de loin à voir avec l’inceste en question : la mère, la belle-mère, l’ex-mari et l’actuel compagnon, la fille. Entrecoupés de photos et de vidéos d’archives de Christine Angot avec sa toute petite fille, quelquefois avec son mari, des bribes de sa vie saccagée, les interviews avec ces différentes personnes constituent l’essence du documentaire.

Le film commence dans un climat d’extrême tension, pour ne pas dire de violence. A L’occasion d’un déplacement professionnel dans l’Est, Christine Angot et les grandes cheffes-opératrices Caroline Champetier, s’introduisent plutôt violemment, le pied dans la porte, au domicile de la belle-mère, la femme qui a vécu avec Pierre Angot, le père en question de l’écrivaine. Pourtant, cette violence n’est rien face à la rencontre proprement dite. Cette femme est incapable de reconnaître quoi que ce soit, émettant au contraire des assertions odieuses qui tranchent l’oreille de son interlocutrice et de nous, les spectateurs. Ses justifications n’apaisent en rien une colère inextinguible qui ne peut y trouver aucun écho, aucun amortisseur. La cinéaste ne lâche rien, mais aucun regard, aucune question, aucun reproche n’atteint cette femme emmurée dans sa posture,  laissant Angot pantelante, tremblante, KO debout en sortant de cet échange.

Malgré la précision de ses mots, on sent comme un désarroi dans la recherche d’une réponse auprès de ses proches. Si les autres entretiens sont peut-être un peu moins difficiles que le premier, il s’agit de sa mère, de sa fille, de Claude, le père de sa fille qui était présent au viol de ses 26 ans sans faire quoi que soit, des êtres qui lui sont liés par la chair, Christine Angot cherche et cherche encore des réponses. A défaut de pouvoir ignorer, enterrer son inceste, elle veut savoir pourquoi sa famille a pu permettre une telle chose. Pourquoi elle porte ce fardeau toute seule depuis des décennies. Les caméras de Caroline Champetier et d’Inès Tabarin la cadrent au plus près, permettant ainsi au spectateur de voir cette incroyable douleur dans son visage, mais aussi la tendresse dans un échange avec son  ex-mari, un « enfant » comme elle, victime de violence sexuelle comme elle. Mais aussi, on y lit un mince espoir d’aller mieux quand sa fille Eléonore, étranglée d’émotions, prononce une phrase cruciale qui justement « rompt la solitude » qu’elle ressent en permanence.

Même si l’écrivaine s’est mise devant et derrière la caméra pour sauver sa peau, une fois de plus, avec ce bouleversant documentaire, elle contribue certainement à ouvrir une porte laissée trop longtemps et trop souvent close, celle de l’inceste, la pire chose qu’on puisse subir de la part d’êtres qui nous sont les plus chers. Un film essentiel dans une époque où le MeToo n’a pas encore pris pleinement possession de ce sujet douloureux.

 Bande annonce : Une famille

Fiche technique : Une famille

Réalisatrice: Christine Angot
Scenario : Christine Angot
Photographie : Caroline Champetier, Inès Tabarin
Montage : Pauline Gaillard
Producteurs : Bertrand Faivre, Alice Girard
Maisons de production : Le Bureau, Coproduction : Rectangle Production, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Nour Films
Durée : 82 min.
Genre : documentaire
Date de sortie : 20 Mars 2024
France – 2024

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4.5

Le Blackjack – Un jeu incroyable à jouer au casino en ligne SlotsPalace

Les casinos en ligne modernes proposent une large gamme de jeux de table, mais aucun n’est aussi populaire que le blackjack.

Ce jeu est unique en son genre, offrant beaucoup de plaisir à tous les types de joueurs. Pour tenter votre chance à l’une des tables de blackjack, rendez-vous au casino SlotsPalace.

Bien que le blackjack soit un jeu assez facile à apprendre, il faut quand même un peu de temps pour maîtriser le jeu.

Heureusement, nous sommes là pour vous aider, car nous avons élaboré un guide détaillé sur la façon de jouer et sur ce que vous devez surveiller.

Quelles sont les règles du blackjack ?

La première chose que vous devez savoir, c’est le but du jeu.

Pour gagner au blackjack, vous devez battre le croupier en obtenant une valeur de main proche de 21 sans la dépasser. Si vous dépassez 21, vous perdrez automatiquement. C’est aussi simple que ça.

Cependant, il existe également quelques règles plus avancées que vous devez connaître. Nous les avons examinées de plus près ci-dessous.

Pour jouer au casino en ligne SlotsPalace, vous devrez affronter un croupier, contrairement à des jeux comme le poker, où vous jouez contre d’autres joueurs.

Le jeu se joue avec un à huit jeux de 52 cartes, ce qui en fait finalement un jeu de hasard.

Chaque tour de jeu commence par les joueurs plaçant leur mise initiale dans leur case de mise désignée.

Ensuite, le croupier distribue deux cartes à chaque joueur. Les joueurs recevront alors leurs cartes à gauche du croupier et recevront leurs cartes face visible à côté de la case de mise de chaque joueur.

Il peut y avoir entre deux et sept joueurs au blackjack selon la table de blackjack où jouer au casino en ligne SlotsPalace.

Le croupier reçoit également 2 cartes : une est placée face visible et l’autre face cachée.

Ensuite, les joueurs annoncent s’ils souhaitent tirer, rester, diviser, doubler ou abandonner, et le jeu commence.

Si vous choisissez de tirer et que vous avez un total de plus de 21, vous ferez instantanément faillite et perdrez.

Cependant, si vous parvenez à obtenir une main meilleure que celle du croupier sans dépasser 21, vous recevrez un paiement.

Règles du croupier au blackjack

Le joueur n’est pas le seul à devoir respecter les règles dans le jeu de blackjack.

Il y aura également des étapes spécifiques que les croupiers devront suivre, et ces variations de règles peuvent changer en fonction du casino et du type de blackjack.

Les deux règles que les joueurs peuvent connaître sont que le croupier agit en dernier. Tous les joueurs doivent avoir pris une décision sur leurs mains avant qu’un croupier puisse choisir de tirer.

Cependant, dans certaines versions du jeu, un croupier doit tirer s’il a un total de carte de 16 ou moins. Mais s’il a un total entre 17 et 21, alors il doit rester.

Ce que vous devez savoir sur le blackjack à 7 cartes

Le blackjack, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est l’un des jeux de casino les plus populaires au monde. Mais il existe une autre variante appelée le blackjack britannique ou le jeu à 7 cartes.

Ici, le but est de retirer des cartes de votre main en les associant au rang ou à la couleur de la carte précédemment jouée.

Chaque joueur reçoit initialement 7 cartes, et lorsque le premier tour commence, la carte supérieure de la pile de défausse est retournée par le croupier.

Si cette carte est un 6 de cœur, cela devra correspondre au rang ou à la couleur de cette carte pour continuer.

Les joueurs peuvent placer autant de cartes de leur main, qui suivent une séquence pour obtenir une série.

Tours de mise au blackjack

Tout comme dans la plupart des jeux de table, vous pouvez placer des paris au blackjack en utilisant des jetons de casino.

La plupart des variations de blackjack auxquelles vous pouvez jouer au casino en ligne SlotsPalace auront une mise minimum et maximum que vous pouvez placer, bien que cela change en fonction de la variante en direct à laquelle vous jouez.

Une fois que tous les paris ont été faits et que le croupier a distribué toutes les cartes, vous pourrez choisir parmi plusieurs options de mise qui seront affichées à l’écran.

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Le Monde est à eux de Jérémie Fontanieu : la licorne et le dragon

Rares sont les feel-good movies qui traitent de l’Education Nationale et ce ne sont pas Entre les murs (2008), La Vie scolaire (2019) ou, dernièrement et outre-Rhin, La Salle des profs(2023) qui en auront offert l’exemple. Raison de plus pour ne pas bouder son plaisir devant ce bienheureux ovni, qui plane délicieusement à contre-courant, Le Monde est à eux (2023), de Jérémie Fontanieu.

Un élève en échec,
Mauvais devant l’Eternel
À qui pousseraient soudain des ailes,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas !Un enseignant impliqué, dévoué, passionné,
Pas ronchon, pas grognon, pas félon,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas !

Des parents attentifs, positifs, participatifs,
Qui donnent la main aux enseignants, tout en ne lâchant pas la bride sur le cou de leurs grands petits,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas !

Une classe silencieuse, respectueuse, heureuse,
Constituée d’élèves accrochés, intéressés, soudés,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas !

Et pourquoi pas ?!…

Oui, pourquoi pas ? C’est pourtant bien le petit miracle, répété sur la durée d’une année et années après années, dont nous rend témoins Jérémie Fontanieu, l’homme orchestre de ce documentaire : à la fois réalisateur, scénariste, enseignant et professeur principal de la classe qui va se trouver filmée pendant une année scolaire. Flanqué de son collègue de Mathématiques, David Benoît, qui participe à cette expérience diffuse sur la France entière et joliment nommée « Réconciliation », l’homme, tonique, encore jeune, enseigne les Sciences Sociales en Terminale ES3, au Lycée Eugène Delacroix, à Drancy. Les classes « Réconciliation » rassemblent des élèves initialement en échec massif, mais qui s’engagent, ainsi que leurs parents, à se mettre au travail, à faire confiance aux enseignants et à suivre les conseils prodigués. Trois axes qui devraient être systématiquement suivis et qui devraient paraître évidents. Mais tous savent que, sauf exception, tel n’est pas le cas. S’il faut une expérience pour en venir à se « réconcilier » avec ces fondamentaux, et du même coup avec l’institution, la société, la culture, pourquoi pas ?!…

Car le miracle opère. Lors d’une conversation avec un parent, Monsieur Fontanieu, ainsi que le désignent ses élèves, énonce cette requête intéressante : « Je vous demande de me croire. En juin, devant le succès de votre enfant, vous me croirez. Je sais que ce n’est pas évident pour vous, mais je vous demande de me croire maintenant ». Surprenant resurgissement de la « croyance » dans un contexte résolument laïque. Et pourtant… Le moindre cheminement commun est-il envisageable sans une adhésion des deux partis ? Adhésion, croyance, les réalités psychiques procèdent en réalité du même mouvement.

Et, de fait, en juin, comme chaque année, chaque élève de la classe « Réconciliation » de Monsieur Fontanieu sera reçu au Baccalauréat. Succès général qui ne laisse personne sur le côté et unit tous les acteurs et témoins de ce sauvetage dans une sorte de grande fraternité. Une grande réunion festive se tiendra, donnant la parole à chacun, en un beau bouquet de ressentis et de gratitudes quant à cette expérience. Réunion à laquelle la troupe de plus en plus nombreuse des anciens assiste, preuve de la profondeur et de l’authenticité du lien créé.

Auparavant, au fil de l’année, même dans les jours les plus tristes et les plus froids de l’hiver, le filmage très inventif, cadrant la vie scolaire jusque dans ses moindres détails, et le montage très tonique, emmené par une musique électronique dynamique et pulsée, auront recueilli le redressement des corps, les regards retrouvant une droiture, les visages un sourire. À l’approche de Noël, la classe et ses enseignants fêtent le solstice d’hiver en rejoignant une grande fête foraine. Les grands ados, au seuil de l’âge adulte, en rapportent fièrement une grande peluche, gagnée à l’un des jeux proposés. C’est ainsi qu’un coquet dragon noir rejoint, sur le haut d’une armoire de la classe, une licorne rose qui semblait attendre son prince charmant. Et l’on se dit que, comme les chimères tout droit échappées des comptines de Desnos, ces classes affirmant hautement et avec bonheur la possibilité d’un succès scolaire sont aussi décalées, sur le grand navire Éducation Nationale de plus en plus abandonné par les choix financiers des gouvernements actuels, que ces peluches colorées rappelant innocemment, au cœur d’un monde de plus en plus sombre, la promesse d’un bonheur. Promesse qui sera tenue, ce qui est admirable, et infiniment régénérant.

Bande-annonce : Le Monde est à eux

De Jérémie Fontanieu
20 mars 2024 en salle | 1h 15min | Documentaire
Distributeur L’Atelier Distribution

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4

Scandaleusement vôtre, le film scandaleusement plat de Thea Sharrock

Scandaleusement vôtre, de la britannique Thea Sharrock n’est ni fait, ni à faire. C’est un film qu’il ne fallait surtout pas faire, pas dans cette version insipide, taillée à la hache.

Synopsis : Littlehampton, 1920. Lorsque Edith Swan commence à recevoir des lettres anonymes truffées d’injures, Rose Gooding, sa voisine irlandaise à l’esprit libre et au langage fleuri, est rapidement accusée des crimes. Toute la petite ville, concernée par cette affaire, s’en mêle. L’officière de police Gladys Moss, rapidement suivie par les femmes de la ville, mène alors sa propre enquête : elles soupçonnent que quelque chose cloche et que Rose pourrait ne pas être la véritable coupable, victime des mœurs abusives de son époque….

Le Corbeau

La bande-annonce de Scandaleusement vôtre avait de beaux avant-goûts de comédie. Le casting de haut niveau très prometteur. À l’arrivée, il n’en est malheureusement rien. Ce whodunnit qui n’en est même pas un, déçoit beaucoup.

Le scénario est tiré d’une histoire qui s’est réellement passée dans la petite ville anglaise de Littlehampton. Dans une rue populaire cohabitent Edith Swan (Olivia Colman), une vieille à la bigoterie enlisée à jamais dans la maison de son père interprété par un Timothy Spall caricatural, et Rose Gooding (Jessie Buckley), une « étrangère » (elle est irlandaise), fille-mère à l’avant-garde de son temps, peu farouche et au verbe haut en couleurs, et c’est peu de le dire.

Ces protagonistes sont au centre d’une affaire de calomnies épistolaires d’un genre spécial : les lettres ne sont qu’injures et insultes gratuites adressées à leurs récipiendaires. D’abord, la grenouille de bénitier Edith qui n’y voit que souffrances, signifiant la garantie d’aller au ciel. Mais beaucoup d’autres reçoivent des lettres identiques, et tous les soupçons et les yeux se tournent vers Rose. Une policière, l’agent Gladys Moss (Anjana Vasan) est la seule à avoir des doutes sur cette issue trop évidente, et mène l’enquête.

Malgré la présence d’un casting all star, cette petite histoire est fade, sans goût. À peine un rire ou deux fusaient d’un groupe d’anglais qui étaient dans la salle. D’habitude extrêmement précise dans son jeu, l’excellente Olivia Colman pédale dans la semoule, et est au bord du cabotinage , comme intoxiquée par un personnage sans nuances, presque sans consistance. De son côté, la fabuleuse Jessie Buckley que, par un fait peut-être pas si hasardeux, l’on a revu le même jour, impeccable, dans l’inquiétant Men d’Alex Garland. Celle-ci semble peu ou pas du tout croire à son propre rôle et à toute cette histoire qui manque singulièrement de saveur. Le mystère est insignifiant, l’enquête encore moins, les personnages vocifèrent sans raison.  Et les insultes s’enchaînent ad nauseam sans rien apporter ni de drôle, ni de franchement caustique.

Par ailleurs, Scandaleusement vôtre s’essaie au Colorblind Casting (casting daltonien), à l’instar de la série Bridgerton du Shondaland, ou de La Petite Sirène de Disney. Le procédé tombe comme un cheveu sur la soupe, apportant plus de distractions et de questions que de ce que Thea Sharrock a voulu y mettre, un multiculturalisme mais également un féminisme qui ne sont pas correctement exploités.

Un livre raconte la même histoire (Christopher Hilliard, The Littlehampton Libels, 2017). Sans l’avoir lu, et rien qu’en lisant synopsis et diverses revues dithyrambiques du titre, on voit bien le potentiel que le film a raté : une description de l’Angleterre après la Grande Guerre, les mœurs étriquées, la bigoterie et la bien-pensance, la xénophobie et bien d’autres pistes. Il y avait de quoi parler de l’émancipation des femmes qui viennent à peine d’obtenir le droit de vote en Angleterre, ou au contraire de l’enfermement de certaines d’entre elles dans un patriarcat plus que vigoureux (il faut voir la manière dont Olivia Colman est traitée par son père).

Thea Sharrock échoue lamentablement avec son film, ni comique, ni dramatique, ni édifiant, ni émouvant. Il est assez incroyable d’en arriver là, avec les deux plus importantes actrices britanniques du moment.

Scandaleusement vôtre – Bande annonce

Scandaleusement vôtre – Fiche technique

Titre original : Little wicked Letters
Réalisateur : Thea Sharrock
Scenario : Jonny Sweet
Interprétation : Olivia Colman (Edith Swan), Jessie Buckley (Rose Gooding), Timothy Spall (Edward Swan), Hugh Skinner (Inspecteur Papperwick), Jason Watkins (M. Treading), Alisha Weir (Nancy Gooding), Anjana Vasan (Police Officier de  Gladys Moss) Eileen Atkins (Mabel), Lolly Adefope (Kate), Joanna Scanlan (Ann), Gemma Jones (Victoria Swan)
Photographie : Ben Davis
Montage : Melanie Oliver
Producteurs : Olivia Colman, Peter Czernin, Ed Sinclair, Jo Wallett, Coproducteurs : Anna Hintzen, Emma Mager
Maisons de production : Blueprint Pictures, Film4, People Person Pictures,South of the River Pictures, StudioCanal
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 100 min.
Genre : comédie, Policier, Drame
Date de sortie : 13 Mars 2024
Royaume-Uni/ France – 2023

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2

Séries Mania 2024 : Le Monde n’existe pas, d’Erwan Le Duc

Séries Mania 2024, jour 3 avec la diffusion des deux premiers épisodes de la série d’Erwan Le Duc (Perdrix, La fille de son père), Le Monde n’existe pas. Une adaptation dans l’univers absurde et tendre du réalisateur du roman de Fabrice Humbert. La série de quatre épisodes suit le retour d’Adam dans la ville qui l’a vu grandir et d’où il est brutalement parti. Un monde rempli de souvenirs et de personnages hauts en couleurs magnifiquement croqués entre humour noir et tension.

On vient de quitter Niels Schneider en pleine folie D’Argent et de sang, voilà qu’on le retrouve, crâne rasé, dans un desk de rédaction parisienne. Le journaliste qu’il interprète vit au travail, jusqu’à y dormir, quand soudain son œil est attiré par un gros titre au journal télévisé. La mort de Lola Montès (on appréciera le clin d’œil) ? Non, plutôt l’identité de son meurtrier. Adam insiste pour retourner sur le terrain. Le voilà de retour en terre trop bien connue. Les souvenirs remontent dans l’appartement d’une coiffeuse décédée qu’il a loué. Un lieu improbable avec une chambre minuscule qui est restée « dans son jus ». L’importance est ailleurs pour Adam : enquêter et pourquoi pas retrouver Axel Challe, son amour de jeunesse, accusé du meurtre et qu’il ne croit pas coupable. Arrivé sur place, rien ne se passe vraiment comme prévu, du moins ce n’est pas un drame que propose le réalisateur de Perdrix, mais bien une tragi-comédie aux accents burlesques. Les personnages sont aussi fêlés qu’absurdes, tous paraissent suspects. Surtout, tous font écho au passé d’Adam qui refait surface presque dans le temps présent. Adam se révèle peu à peu dans toute sa rage contenue qui va se libérer.

Les deux premiers épisodes présentés à Séries Mania (la suite sera à découvrir sur Arte prochainement) sont rythmés et prometteurs. Des personnages délicieusement croqués, des décors soignés. Une époque résumée dans toute sa solitude, entre dialogue de sourd avec l’IA d’une voiture ou discussion par caméra entre Adam et son amant Japonais. On n’en apprend pas tant que ça sur l’enquête ou sur la mort de Lola Montès, car ce qui compte est ailleurs, dans la douce dinguerie de chacun qui peut cacher une réelle violence, dans l’apparence lisse d’Adam qui cache une véritable colère. Erwan Le Duc insiste beaucoup sur les corps entre eux, sur la manière dont celui de son personnage évolue notamment, se cherche. Niels Schneider, de tous les plans ou presque, s’y montre formidable de décalage, son corps athlétique, son sérieux, dans sa tentative de faire émerger la vérité ou plutôt de se montrer à la hauteur de son présent. Il veut rester cette fois et prouver qui il est, de quoi il est capable. Quitte à sombrer ? Dans le tout dernier plan de l’épisode 2 en tout cas, quelque chose bascule et l’étrangeté se fait plus âpre, comme si des secrets devaient émerger. Après tout, le monde n’existe pas, ne l’oublions pas !

Fiche technique : Le Monde n’existe pas

Synopsis : Un journaliste, convaincu que son amour de jeunesse est innocent du crime dont on l’accuse, revient enquêter dans la ville où il a grandi et qu’il a fuie.

Réalisation : Erwan Le Duc
Scénario : Erwan Le Duc, Mariette Désert d’après le roman de Fabrice Humbert.
Interprètes : Niels Schneider, Maud Wyler, Julien Gaspar-Oliveri, Anne Rotger, Saadia Bentaieb, Georgia Scalliet
Diffusion : Arte
Format : 4 x 45 min

« Boomers » : une génération à la croisée des chemins

Parfois, le passé semble un continent lointain et l’avenir une énigme. Boomers, de Bartolomé Segui, se présente comme une exploration introspective et profonde de la crise existentielle qui peut parfois accompagner l’entrée dans la soixantaine. Ce roman graphique, riche en réflexions sur le temps, la mémoire et le décalage générationnel, nous invite à partager le voyage intérieur d’Ernesto, un homme vieillissant confronté à la réalité d’un monde qui semble lui échapper.

Ernesto, personnage central de Boomers, incarne la figure du sexagénaire en quête de sens à un moment charnière de sa vie. Sa décision de s’isoler en Irlande, pour se ressourcer, ouvre la porte à une méditation sur la fugacité du temps et la pérennité des lieux, mais surtout sur le besoin de faire le point quand on se sent en décalage avec son environnement. À travers les interactions, les pensées et les souvenirs de son protagoniste, Bartolomé Segui dessine un portrait émouvant d’une génération confrontée à l’érosion de ses certitudes et à la redéfinition de ses aspirations.

L’album explore avec acuité la crise de la soixantaine, période de remise en question profonde où l’individu mesure le chemin parcouru et anticipe celui qu’il lui reste à parcourir. La confrontation d’Ernesto avec la grandeur de la nature, l’irrémédiabilité du temps qui passe et ses propres interrogations existentielles révèle une quête universelle de sens dans un monde en perpétuelle mutation. Cette introspection est renforcée par les dialogues avec sa femme et ses amis, qui agissent comme des miroirs reflétant les multiples facettes de cette quête d’identité. Chacun avance avec ses craintes, ses désirs, ses besoins et cherche à appréhender au mieux un monde qui, chemin faisant, apparaît toujours plus insaisissable – qu’il s’agisse des questions de genre, des politiques menées ou de ses propres déficiences.

Boomers engage également un dialogue critique avec les évolutions sociétales contemporaines. Les discussions autour de la fenêtre d’Overton (dont le déplacement légitimerait la droite et ostraciserait la gauche) et du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique mettent en lumière les tensions et les clivages qui préoccupent ces Espagnols sexagénaires. Le regard que porte Ernesto sur sa ville, conditionnée voire transformée par le tourisme, symbolise le sentiment de déracinement et de perte d’identité face à un monde globalisé. 

Au fil des pages et des saynètes, Ernesto parvient progressivement, parfois, à une forme de réconciliation avec le temps. Cette acceptation passe par exemple par la reconnaissance de l’influence de ses parents sur sa propre vie. Ailleurs, inévitablement, ce sont les réflexions sur la retraite et la mortalité qui transparaissent, mais aussi par des moments de légèreté et d’humour partagés avec des technologies modernes (dont les plateformes de streaming). L’album renoue avec des personnages anciens de Bartolomé Segui, Ernesto et sa femme Lola, pour esquisser une philosophie de vie où la sagesse et l’acceptation devraient remplacer le regret et la nostalgie.

Boomers gratte le vernis au-delà de la crise de la soixantaine, interpelle sur le sens de l’existence dans un monde en perpétuel changement. À travers le périple introspectif d’Ernesto, l’album sonde les plans émotionnels et physiques indissociables au troisième âge. Que l’on regrette l’évolution des choses, le jeunisme ou les propres contraintes qui pèsent sur nos corps – migraines, douleurs articulaires, etc. –, le vieillissement engendre son lot de questionnements, que l’auteur restitue avec habileté ici. 

Boomers, Bartolomé Segui 
La Boîte à bulles, mars 2024, 96 pages

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3.5

« La Vengeance » : les ténèbres du Wyoming

Dans les contrées sauvages et impitoyables du Wyoming du XIXe siècle, un homme est déterminé à rendre justice et à venger les atrocités commises contre sa famille. Avec une plume économe mais un dessin immersif, David Wautier nous plonge dans une quête de rédemption marquée par le deuil, la culpabilité et l’instinct primal de survie.

Richard Hatton aurait pu être le symbole de l’homme ayant conquis l’Ouest américain. Il possède une ferme, quelques terres, une famille aimante et dévouée. Mais il voit cependant son existence basculer dans l’abîme lorsque sa femme, Mary, est sauvagement agressée et tuée par Jim Pickford et ses complices, de passage dans les environs. Est-il responsable de cet assassinat, lui qui avait laissé son épouse seule ? Cette tragédie, mâtinée de culpabilité, constitue le début d’une descente aux enfers pour Richard Hatton. Car obsédé par un ardent désir de vengeance, il va tout plaquer pour se lancer dans une vendetta impitoyable.

Abandonnant sa ferme, vestige d’un passé souillé, le désormais ex-fermier entreprend une odyssée sanguinaire, entraînant avec lui ses deux jeunes enfants dans les milieux hostiles et souvent glaciaux du Wyoming. Cette décision soulève évidemment quelques questions sur les conséquences de ses choix et sur la fine frontière séparant la justice de la vengeance. Mais David Wautier fait montre de pudeur en la matière, et la narration du périple d’Hatton est surtout rythmée par l’action, les épreuves qui testent la résilience face à la faim, au froid et à la peur. Le portrait est brut : c’est celui d’un homme poussé à ses limites.

La traque de Jim Pickford et de ses acolytes s’avère d’autant plus difficile que leur réputation sème la terreur parmi les villageois, lesquels préfèrent le silence à la potentielle colère des criminels. Dans sa quête vengeresse, Hatton a pour seuls compagnons ses propres démons et une solitude dont ses enfants constituent les uniques obstacles. Dans un exercice très immersif, David Wautier excelle : les paysages désolés du Wyoming pourraient se confondre avec le désert émotionnel que traverse l’ex-fermier, accentuant le caractère impitoyable de sa mission.

Le dénouement de l’histoire, cette confrontation inévitable, n’est finalement qu’un climax de façade. Car ce qui fait la sève du récit, ce qui soulève des interrogations universelles, c’est la nature de la justice poursuivie et le coût de la vengeance pour Hatton et les siens. L’homme, enfin, retrouve le sourire ; après s’être vengé, il ressent une forme de soulagement. Mais il n’en demeure pas moins une absence, un vide que rien ne pourra jamais combler.

Western moderne autour des thèmes de la culpabilité, de la perte et de la justice personnelle, La Vengeance est bien mené, plus immersif que foisonnant. La frontière entre le bien et le mal se brouille sous le poids des circonstances. Et David Wautier conserve une certaine distance : il scrute son protagoniste, expose ses reliefs psychologiques mais ne l’idéalise jamais, laissant transparaître les douleurs intérieures et leurs conséquences inexpiables. Une jolie réussite. 

La Vengeance, David Wautier 
Anspach, mars 2024, 96 pages

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3.5

« Les Pittoresques Expéditions du Major Burns » : aventure et humour

Pour son troisième tome, Les Pittoresques Expéditions du Major Burns nous entraîne dans le sillage du Major Burns, du docteur Wayne et du professeur Pool, dans une série d’aventures rocambolesques et d’explorations scientifiques autour du globe.

Une expédition scientifique exceptionnelle est menée à bord d’un cargo, sous l’égide du professeur Pool, accompagné de ses inséparables (?) compagnons, le major Burns et le docteur Wayne. Alors que Burns voit dans cette odyssée une occasion inouïe d’enrichir le savoir humain, Wayne, quant à lui, affiche un enthousiasme nettement moins ardent… qu’une rencontre avec un cachalot ne va pas démentir.

Le Major Burns et le docteur Wayne forment un duo comique d’une grande complémentarité : c’est à travers eux que sont créés les décalages humoristiques et qu’émerge l’absurde. Leur périple les conduit à la découverte de lieux emblématiques et mystérieux, d’une sépulture maltaise à un vaisseau fantôme, sans oublier les trésors égyptiens et les cryptes oubliées. Ces aventures se fondent sur un arrière-plan historique riche, renforcé par les fiches pédagogiques intercalées entre chaque récit.

Ce tome se caractérise par son ironie bon enfant et sa capacité à tourner en dérision ses protagonistes. L’utilisation de l’humour, loin d’être gratuite, sert parfois de critique sociale et de commentaire sur la nature humaine. Il suffit par exemple de lire les informations distillées sur le « jus de momie » pour le comprendre. 

Devig, à travers son dessin en ligne claire, rend hommage aux grands classiques de la bande dessinée. Il insuffle une légèreté appréciable à son album et l’immersion dans cet univers fantasque fonctionne plutôt bien. Les Pittoresques Expéditions du Major Burns entremêle avec talent dimension historique, aventure et humour, et une grande partie de son charme est tirée précisément de là : l’habile mélange des genres, auxquels on peut ajouter le fantastique.  

Les Pittoresques Expéditions du Major Burns (T.03), Devig
Fluide glacial, mars 2024, 56 pages

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3

« Barcelona, âme noire » : un destin spécial sous le franquisme

Dans un contexte historique marqué par la dictature de Franco, Barcelona, âme noire dépeint l’épopée tumultueuse de Carlos Vargas Moreno, un entrepreneur devenu mafieux. Porté par Denis Lapière, Gani Jakupi, Ruben Pellejero, Eduard Torrents et Martín Pardo, le récit nous entraîne dans les méandres d’une Barcelone en proie aux turpitudes du pouvoir et de la pègre. 

Barcelona, âme noire s’ouvre sur le destin tragique de Carlitos. Adolescent marqué par l’assassinat de sa mère, il rejoint la France pour échapper au franquisme, et est rapidement initié aux affaires illicites, lesquelles commencent par le passage clandestin de produits interdits en Espagne. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les auteurs échafaudent une épopée dont le récit transcende l’individuel pour embrasser l’histoire collective d’une famille, d’une société et d’une époque. Le franquisme, son régime corrompu, ses policiers compromis, sa pègre et leurs petits arrangements financiers se trouvent en effet en bonne place dans le roman graphique.

Carlos préfère ne pas évoquer, et même oublier, les accusations portées contre son père, soupçonné d’être coupable de plusieurs meurtres, dont celui de sa propre femme. Il reprend l’épicerie familiale, étend ses activités et se fraie un chemin jusqu’aux sommets de la pègre de Barcelone. Plus que les dilemmes moraux, ce sont les choix forcés par les circonstances qui semblent sous-tendre Barcelona, âme noire. Le récit illustre ainsi comment les événements de la guerre civile espagnole et la dictature franquiste façonnent la psyché et les destinées individuelles, encourageant Carlos sur la voie de la criminalité, sans toutefois lester le personnage d’une noirceur inexpiable (il recueille par exemple son demi-frère comme s’il s’agissait de son propre fils). 

Malgré ses nombreux intervenants – Denis Lapière, Gani Jakupi, Ruben Pellejero, Eduard Torrents, Martín Pardo –, Barcelona, âme noire possède une cohérence visuelle et narrative totale. Fenêtre ouverte sur le franquisme, procédant par défiance et connivence, l’album se distingue aussi par ses nombreuses transitions temporelles. Ces dernières permettent aux auteurs de restituer l’essence d’une vie mouvementée, basée pour partie sur les opportunités, pour partie sur les mensonges, mais en apportant suffisamment de contexte et de profondeur aux personnages, et surtout à Don Carlos, pour lui épargner tout manichéisme simplificateur.

Passant de victime à coupable, d’ingénu à machiavélique, abîmé par la vie mais capable de duplicité et de violence, bref profondément humain, dans ses aspects les plus lumineux comme les plus sombres, Carlitos, devenu Don Carlos, constitue la ligne directrice et l’argument numéro un de Barcelona, âme noire. Mais l’œuvre est multidimensionnelle et la manière dont elle envisage l’impact de l’Histoire sur les destins individuels de ses personnages révèle beaucoup des mécanismes de pouvoir dans une société en crise. Très engageant, souvent même passionnant, le récit gagne encore en sophistication à travers le regard que Carlos pose sur lui-même : celui d’un enfant qui cherche à tuer le père, à se détacher de son héritage, mais qui en reproduit pourtant certains réflexes… 

Barcelona, âme noire, Gani Jakupi, Denis Lapière, Pardo Rodriguez, Rubén Pellejero et Eduard Torrents
Dupuis, mars 2024, 148 pages

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4

« Mon âme vagabonde » : jeune femme en quête de sens

Dans Mon âme vagabonde, Tohar Sherman-Friedman nous invite à partager son intimité. Ce roman graphique empreint de sincérité et d’authenticité se veut foisonnant de monologues introspectifs, au sein desquels l’autrice explore les tourments de sa génération, ses angoisses personnelles et sa place dans une société en constante mutation.

Tohar Sherman-Friedman est une jeune femme pleine de doutes, de peurs et d’aspirations parfois floues. Son roman graphique, autobiographique, est résolument tourné vers l’introspection, et les questions existentielles s’y mêlent aux réflexions générationnelles, qui les englobent. C’est avec une précision parfois désarmante que l’illustratrice israélienne radiographie ses affects, ses troubles, les relations interpersonnelles qu’elle noue – ou fuit. 

Poursuivant sur la lancée de son premier succès, Les filles sages vont en enfer, Tohar Sherman-Friedman se livre pleinement, dans un récit découpé en chapitres organisés autour des expériences marquantes de sa vie. De sa lutte contre l’anxiété quotidienne à ses interrogations sur son identité, son corps et sa carrière, chaque page est un pas de plus dans le jardin secret de l’autrice. Les récits de la pandémie de Covid-19, de sa vie amoureuse et des défis du quotidien se succèdent, peignant le portrait d’une femme incertaine, vulnérable, peu à l’aise avec son corps.

Mon âme vagabonde interroge à sa manière la place de la femme dans la société contemporaine. De la maternité, envisagée avec un mélange d’envie et d’appréhension, à la réduction mammaire, en passant par la jalousie féminine, Tohar Sherman-Friedman aborde sans détour les thématiques liées à la féminité. Elle expose avec profusion ses interactions avec son compagnon, entre tendresse et remises en question, et partage ses luttes intérieures, comme les angoisses, tenaces, parfois envahissantes, et son rapport conflictuel à son corps – elle déteste par exemple sa poitrine.

L’évocation de sa scolarité dans une école de design en Israël offre un aperçu de son cheminement professionnel et créatif, tandis que la santé mentale est convoquée à différents moments, et notamment par le truchement d’une dépression diagnostiquée… par un test de personnalité en ligne. L’univers intérieur de l’autrice est riche et a vraiment de quoi passionner le lecteur. Sans égocentrisme, Tohar part de sa situation personnelle, qu’elle met à nu, pour finalement se faire ambassadrice (inavouée) de tous ceux, nombreux, qui se retrouveront en tout ou en partie dans ses descriptions. 

Mon âme vagabonde est une œuvre introspective et universelle, où Tohar Sherman-Friedman se fait le miroir des angoisses, des doutes et des aspirations d’une génération en quête de repères. Avec sensibilité et acuité, elle offre un regard empreint de sincérité sur ses sentiments, les épreuves qu’elle traverse et la manière dont elle les appréhende.

Mon âme vagabonde, Tohar Sherman-Friedman 
Delcourt, mars 2024, 152 pages

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3.5

« Toubab » : éveil sénégalais

Dans Toubab, Nuria Tamarit narre le voyage initiatique de Mar, une adolescente confrontée à la découverte d’une culture radicalement différente, au Sénégal. À travers ses yeux, nous explorons les thèmes de la croissance personnelle et de la découverte culturelle.

Mar est une jeune fille de 17 ans assez ordinaire : un peu trop connectée et nombriliste, elle a du mal à imaginer ses journées sans les notifications qui les rythment habituellement. La voilà cependant entraînée, un peu malgré elle, dans un voyage au Sénégal avec sa mère, dans le cadre d’une mission humanitaire. Sa dépendance aux réseaux sociaux et son sentiment d’isolement sans connexion constante à Internet la placent d’emblée dans une posture de malaise face à cet environnement qui, de plus, lui est totalement étranger. Ce décalage amorce le premier niveau d’un voyage initiatique, où l’inconfort et le manque deviennent le terreau d’une transformation personnelle.

Car peu à peu, Mar s’ouvre aux charmes et à la richesse humaine du Sénégal. Elle découvre une société où le matérialisme et la pression capitaliste cèdent la place à l’humanité, au partage, et à une joie de vivre plus spontanée. Cette transition de Mar, d’une focalisation sur le manque à une appréciation de l’abondance tout à fait différente, souligne ce qui constitue le cœur du récit : l’éveil culturel. À travers les danses spontanées, les sourires partagés et une alimentation qui marque une rupture avec sa routine, Mar commence à percevoir le monde extérieur comme plus significatif, plus foisonnant, plus diversifié que le monde virtuel, confiné dans son téléphone.

Le récit de Toubab, prenant, s’approfondit lorsque se posent des réflexions sur les aspirations à une vie meilleure et les périls de l’émigration vers l’Occident, mettant en lumière les complexités des désirs humains face aux réalités économiques et sociales. Plus qu’un simple écho aux drames actuels et récurrents de la Méditerranée, cela pousse Mar à considérer des questions plus larges sur la vie, le bonheur et la signification de l’appartenance à une communauté. Si le Sénégal offre à ses habitants une vie riche en chaleur humaine et en plaisir partagé, il n’en demeure pas moins que les sirènes de la société de consommation bourdonnent aux oreilles des autochtones, parfois au péril de leur vie.

Un objet quotidien, la tong, devient dans l’album un symbole puissant de la découverte culturelle de Mar. Qu’importe si un homme porte des tongs normalement dévolues aux femmes, les prescriptions européennes n’ont pas voix au chapitre là-bas. Mieux, Mar apprend le concept de propriété partagée : la communauté qu’elle côtoie est riche des biens de chacun, qui sont en quelque sorte socialisés, le besoin du moment justifiant la possession, toujours éphémère. Cela aboutit à des leçons d’humilité et de partage, apprises au cours de son voyage. Ces moments symbolisent parfaitement la transformation intérieure en cours, qui sous-tend Toubab.

Nuria Tamarit problématise à hauteur d’ado ce que signifie vraiment vivre en communauté. Elle invite à (re)découvrir l’essentiel au-delà du matériel. À travers le voyage de Mar, nous sommes invités à réfléchir sur nos propres vies, sur ce qui compte véritablement, et sur la beauté de l’ouverture au monde. Ce récit, aux illustrations « spontanées », nous rappelle que parfois, pour trouver ce qui est véritablement important, il faut être prêt à se perdre dans l’inconnu.

Toubab, Nuria Tamarit
Les Aventuriers d’ailleurs, février 2024, 128 pages

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3.5

Paperhouse : la fabrique du rêve

En réalisant Paperhouse, Bernard Rose donnait un sens profond aux rêves, ces chemins intimes qui peuvent donner accès à une compréhension de soi. Entre subconscient, rêve, cauchemar, monde parallèle et réalité, une jeune fille vit un périple qui la mène jusqu’au bout d’elle-même et en ressort grandie.

Voyage thérapeutique, immersion dans le sommeil paradoxal à travers un imaginaire tangible et sensuel, rencontre régénérante entre deux enfants perdus, choc traumatique, lyrisme ample et stimulant, Paperhouse a tout d’un film de série B qui sait se libérer du format d’un genre pour côtoyer les plus grands. Conte d’épouvante et de magie dans un récit anti-choral : c’est quasi exclusivement le point de vue de la jeune Charlotte Burke, remarquable, au jeu net et franc, sans fioritures, qui est mis en avant. Son personnage est tour à tour exaspérant, attachant, émouvant, puis d’une grande maturité émotionnelle.

La maison de papier

Le scénario repose sur un concept original, à la fois simple et fascinant : une jeune fille peut pénétrer dans un monde parallèle, une fois endormie, qu’elle a préalablement dessiné sur une feuille de papier. Cette ergonomie, cette idée fantastique génère chez le spectateur une curiosité sans cesse renouvelée. Que va-t-elle dessiner ? Comment sa créativité va se réaliser concrètement dans l’autre monde ? Que va dire le garçon qu’elle a humanisé ? Quels seront ses traits de caractère ? Est-elle responsable de lui ? Que va-t-il se construire entre eux ? Que sait-il de cette dimension ?

La mise en scène de Bernard Rose relève d’un grand sens de l’image. C’est globalement épuré, simple, mais toujours pictural, atypique et rare. Hans Zimmer, dans son génie au stade embryonnaire, offre une partition particulièrement saisissante, émouvante, avec ses synthés plein de spleen, de personnalité qui ne tombent jamais dans le kitch ou dans l’outrance.

Deux enfants perdus

Fait de bric et de broc, le style visuel de l’autre univers fait penser à l’esthétique d’Edward Scissorhands, avec ce même pouvoir d’évocation. Sa polysémie doit être réduite par l’intervention de Charlotte Burke, architecte de ses propres rêves, qui va se rendre compte qu’il existe des liens étroits entre son monde parallèle et sa vie personnelle. Une partie de ce qu’elle fabrique lui échappe et est le produit de son subconscient. Une autre partie est issue d’un réel qu’elle doit apprendre à connaitre. La relation qu’elle noue avec Elliott Spiers est authentiquement touchante. Ce dernier, mystérieux, charmant, attachant, gracieux, avec son visage d’ange, est un trésor pour la caméra. La synergie qui éclot de leur relation est l’atout majeur du film, son élan vital. Les dialogues entre eux ont quelque chose d’évanescent : décalés, suggestifs, énigmatiques, surréalistes, déraisonnables, incantatoires… On n’est jamais réellement les pieds sur terre. Le propos du film peut paraître tortueux, parfois insaisissable, comme un véritable serpent, mais sait se réapprovisionner d’enjeux et d’objectifs déterminants assez faciles à assimiler.

Du voyage surnaturel à la maturité

Le danger est potentiellement partout dans Paperhouse, mais l’aspect fantastique, surnaturel, étrange, avec sa propre logique interne, est là pour nous dire que tout est possible. Le film pose des questions sur la parentalité, sur les aspérités de l’enfance (l’image qu’on se fait d’un père absent, ses retrouvailles en demi-teinte avant un cocon familial retrouvé) et alterne des séquences horrifiques très graphiques, des moments bucoliques, oniriques, avec des sursauts d’espoirs, des envies d’évasions, etc.

Le spectateur peut se laisser aller à quelques spéculations malgré la lucidité de l’enfant sur ce qui lui arrive, avant le coup de maestria final, qui a quelque chose d’insensé, d’euphorisant, de poétiquement embelli et qui agit comme une libération, avec des marges d’interprétations (est-ce une ultime dilution entre les deux mondes ? Une hallucination passagère ? La relation entre les deux enfants est-elle achevée ?)

Malgré le point de vue adopté, toujours à hauteur d’enfants, Paperhouse est une œuvre profondément adulte, au propos averti, mûr et imprégné par une notion d’auteur. Le personnage de Charlotte Burke finit par gagner en maturité émotionnelle, digérer ce qui lui est arrivé et prendre de la hauteur, car elle a su décrypter et apprivoiser ce voyage qui oscillait entre rêve et réalité. C’est aussi un des atouts de l’enfance : croire au fantastique, ne pas toujours l’appréhender, en être déstabilisé et, parfois, en extraire le meilleur.

Les trésors enfouis de la perception humaine

Psychologie, métaphore, rêve, cauchemar, réalité, traumatisme, parentalité, crayon, dessin, maison, phare, océan, maladie, doute, espoir : le champ lexical du film est teinté de fantaisies et de considérations particulièrement profondes et touchantes. Un chef-d’œuvre résolument innovant, qui stimule le subconscient, touche à l’intime, pour mieux révéler les secrets et les trésors enfouis de la perception humaine.

Bande-annonce : Paperhouse

Fiche technique : Paperhouse

Synopsis : Petite fille solitaire et rêveuse, Anna découvre qu’elle peut entrer dans un monde parallèle, plus précisément dans une maison qu’elle a dessinée sur une feuille de papier. Les liens entre le monde réel et le monde imaginaire vont se resserrer, et le rêve va petit à petit virer au cauchemar…

  • Titre français : Paperhouse
  • Réalisation : Bernard Rose
  • Scénario : Matthew Jacobs d’après le roman de Catherine Storr
  • Direction artistique : Anne Tilby et Frank Walsh
  • Costumes : Nic Ede
  • Photographie : Mike Southon
  • Montage : Dan Rae
  • Musique : Stanley Myers et Hans Zimmer
  • Pays d’origine : Royaume-Uni
  • Format : Couleurs – 35 mm – 1,66:1 – Dolby Surround
  • Genre : drame, fantastique
  • Durée : 92 minutes
  • Dates de sortie : États-Unis (10 septembre 1988), Royaume-Uni (10 septembre 1988)
  • Charlotte Burke : Anna Madden
  • Jane Bertish : Miss Vanstone
  • Samantha Cahill : Sharon
  • Glenne Headly : Kate Madden
  • Sarah Newbold : Karen
  • Gary Bleasdale : un policier
  • Elliott Spiers : Marc
  • Gemma Jones : Dr. Sarah Nicols
  • Steven O’Donnell : Dustman
  • Ben Cross : Dad Madden
  • Karen Gledhill : une infirmière
  • Barbara Keogh : la réceptionniste à l’hôtel
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5