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Bob Marley : One Love, c’est pas de la bonne

Est-il possible de réellement rater un biopic musical ? Bohémian Rhapsody prouve que oui, tout en démontrant le pouvoir de la musique, avec un peu de playback. Récemment gâtés par Rocketman ou encore Elvis, on attendait forcément le nouveau venu dans la sphère de l’hommage. D’autant que Bob Marley n’est pas n’importe quel plaisantin avec quelques ventes au compteur. Bonne nouvelle, One Love sert de belle porte d’entrée à l’univers du chanteur et donne envie d’en savoir plus. Mauvaise nouvelle, c’est à peu près tout ce que le film a à offrir…

C’est quoi, un bon biopic ?

C’est vrai, ça. Peut-on définir ce que serait un biopic réussi, dans la sphère du cinéma ? Pas vraiment, je pense. Tout dépend des attentes. Vous l’aurez compris, j’exècre le film centré sur Freddie Mercury, pourtant acclamé par une partie du public. Si pour certains, découvrir un artiste avec ses chansons, un acteur habité et quelques passages sur scène suffit, n’est-ce pas déjà bien ? Pas vraiment, Youtube existe, dans ces cas-là. Un biopic, comme tout projet, est une œuvre cinématographique. Il doit, soit présenter la vie de son sujet, soit se concentrer sur un axe particulier de celle-ci. Comment décide-t-on quoi montrer au public, quand on présente la vie d’un Oppenheimer ou d’un Bernard Tapie ? Nous pouvons déjà apporter un premier élément de réponse. Un biopic ne peut pas être court. Oppenheimer est trop long ? Non. Pour comprendre les choix de quelqu’un, il faut les comprendre. Pour les comprendre, il faut voir. C’est déjà sur ce premier élément que One Love échoue. Il ne raconte pas la vie de Bob Marley, car il n’en a pas le temps. L’intrigue du film, d’une durée d’1h40 à peine, s’étale sur quelques sujets intéressants, mais ne prend jamais le temps d’en exploiter un seul. Et, à la sortie du film, qu’a-t-on appris de l’homme ? Rien, si ce n’est qu’il avait l’air vraiment sympa !

Le pire, sans doute, vient du rythme. À force de ne prendre le temps de rien expliquer, l’histoire ennuie profondément. Oppenheimer et ses 3h passent plus vite que ce film presque plus court de moitié. Oui, un biopic qui sort au cinéma se doit d’être un film. Des centaines de documentaires existent, pour connaitre la vie de Bob Marley. Quelle est donc la plus value du projet ? Aucune. Elvis offrait un Austin Butler incroyable, porté par une mise en scène du feu de dieu, des plans somptueux à la hauteur de la photographie. Rocketman prenait le biopic à contre pied, dans cette ère du playback, en laissant Taron Egerton se réapproprier intégralement l’artiste Elton John en interprétant lui-même ses titres. Ici, rien de tout cela. Kingsley Ben-Adir fait le job, quand il ne surjoue pas avec son pétard coincé entre les lèvres, mais Lashana Lynch offre une performance bien plus impactante. Les dialogues sont terriblement plats, pour la plupart. Quelques fulgurances existent, on citera pour exemple une dispute entre Bob et son épouse Rita. C’est à peu près tout. Les flashbacks, insérés au chausse-pied, ne servent strictement à rien, si ce n’est apporter une scène d’enregistrement assez sympathique. La vie de Bob, son passé, sa religion, sa maladie, son amour pour le peuple, tout ceci est survolé, voire absent.

Ceux qui verront le film pour les chansons seront-ils satisfaits, au moins ? Oui, sans doute. Certaines d’entre elles sont placées on ne sait trop comment, le plus souvent dans des plans aériens, lors d’un voyage ou pour servir un montage de la troupe sur scène. Dans le film lui-même, quelques moments en live permettent de voir Bob en plein concert, totalement habité. C’est court mais très sympathique à regarder. Restent les séquences d’enregistrement en studio, un classique indémodable. Pour le reste, ne vous attendez pas à du grand art ou à une quelconque iconisation grâce à la mise en scène. Champs-Contrechamps sont les maitres mots qui occupent la réalisation.  Dommage. On attendait un film, on a eu un épisode lambda d’une série Netflix, sans vraiment de début, ni de fin.

Bob Marley One Love : Bande-annonce

Fiche technique : Bob Marley One Love

Réalisation : Reinaldo Marcus Green
Genre : Biopic
Casting : Kingsley Ben-Adir / Lashana Lynch
Scénario : Zach Baylin / Frank E. Flowers / Terence Winter
Production : Cedella Marley / Rita Marley / Ziggy Marley
Distribution : Paramount Pictures
Durée : 104 minutes
Sortie : 14 Fevrier 2024 en salles

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2

Universal Theory : correspondance quantique

Nul besoin d’être au fait des théories quantiques pour explorer les vastes horizons d’Universal Theory. Timm Kröger s’assure que sa vision hitchcockienne du multivers reste suffisamment obscure afin que l’on médite sur la trajectoire des personnages, dont la prédestination ne semble jamais définitive. Ce film noir nous invite à un jeu de piste stimulant et visuellement exaltant !

Synopsis : 1962. Lors d’un congrès de physique dans les Alpes suisses, le jeune Johannes défend une théorie sur l’existence de mondes parallèles. Mais personne n’y croit, pas même son tuteur. Les mystères s’accumulent pourtant : une curieuse formation nuageuse dans le ciel ; la présence fantomatique de Karin, cette jeune pianiste qui l’obsède et semble tout savoir de lui… Et ces personnes victimes d’accidents étranges dans la montagne ? Le réel semble bien fragile en ce lieu.

Succès validé à la Mostra de Venise, à L’Étrange Festival ou encore au Sitges, Timm Kröger a fait du chemin depuis son projet de fin d’étude (The Council of Birds, 2014). S’il a retenu l’attention des rares spectateurs qui ont pu le découvrir à l’époque, force est de constater que le cinéaste allemand tente de prolonger son œuvre dans une démarche assez empirique et hypnotique. L’esthétique du film à elle seule suffit à brasser tout un tas de références cinématographiques identifiées, d’Alfred Hitchcock à David Lynch, en passant par Otto Preminger. L’éclairage du noir et blanc rappelle également les qualités indéniables de l’expressionnisme allemand, dont Fritz Lang et Friedrich Wilhelm Murnau sont des piliers. Mais en réalité, ce jeu d’identification n’est ici que pour justifier la « théorie du tout » qui se joue dans les Alpes suisses, tandis que la Guerre Froide bât son plein et que le monde est vraisemblablement plongé dans une hallucination collective. Ce n’est pourtant pas dans une vue d’ensemble que le réalisateur étudie la question. C’est plutôt dans ce petit périmètre du multivers et de l’inconscient de son héros qu’il nous invite à renoncer à la raison.

Les montagnards hallucinés 

Si l’avertissement de Johannes en préambule semble assez inoffensif, il présente déjà toutes les névroses que le protagoniste a dû confronter douze ans plus tôt. Méprisé et non reconnu par ses aînés physiciens (et un présentateur télé), le jeune homme, qui aspire au doctorat, est-il seulement conscient de ce qu’il était en train de chercher, voire de chasser ? Universal Theory nous raconte comment Johannes devient peu à peu le fantôme de sa propre histoire, tandis que sa théorie ésotérique des mondes parallèles ne semble pas aussi réfutable qu’il n’y paraît. Pendant ce temps, tout le monde gambade autour d’un congrès scientifique, maintes fois repoussé pour des raisons inconnues.

Une rencontre suffit toutefois à nourrir la paranoïa de Johannes. Qui est donc cette Karin (Olivia Ross), archétype même de la femme fatale insaisissable ? Elle pianote une mélodie familière et raconte des anecdotes seulement connues de Johannes. De quoi remettre en cause ses équations. Et à ce titre, Jan Bülow délivre une interprétation solide, entre un amoureux transit et un génie scientifique aliéné. Sa prestation joue in fine avec notre perception des univers qui s’entremêlent et qui s’entrechoquent. Comment savoir si cette femme est bien réelle ? Comment savoir s’il s’agit bien de la même Karin qu’il a rencontrée la veille ou deux heures plus tôt ? Et Johannes, pouvons-nous affirmer avec certitude qu’il se trouve bien dans le bon univers depuis qu’il a quitté son foyer ?

Les variables de Schrödinger

À défaut de développer des réponses claires, le film brille par la photographie de Roland Stuprich, qui tutoie l’esthétique visuelle des années 50 et 60. Et la partition du compositeur Diego Ramos Rodríguez aide invariablement à nous immerger dans ce dédale onirique. De cette façon, certains éléments ont plus de relief au visionnage, à commencer par les fantômes de la Seconde Guerre mondiale. On y trouve des agents du chaos que l’on confond volontiers avec la Gestapo, d’anciens collaborateurs avec les nazis parmi les mentors de Johannes et des juifs qui tentent d’exister dans le monde d’après… Quant au jeune physicien, il ne représente qu’une particule éphémère, une variable supplémentaire sur l’échiquier quantique théorisé par Hugh Everett III, Erwin Schrödinger et Niels Bohr. Il est le témoin de rencontres entre les morts et les vivants, un dédoublement inquiétant si le mal peut ainsi renaître d’une autre dimension…

Cette folle histoire de la relativité a de quoi créer des nœuds au cerveau, mais elle n’oublie pas de la réoxygéner pour autant. Quelques rares touches de comédie viennent nous cueillir hors des sentiers battus ou lorsque la réflexion semble trop intense pour émettre une quelconque interprétation. C’est avant tout un voyage stylisé dans le temps qui nous est proposé. Une note d’attention assurément exaltante, mais dont la substance ésotérique peut enterrer certains spectateurs sous une avalanche d’interrogations. Les désirs de Timm Kröger sont assez clairs sur ce sujet et son épilogue (dispensable) tire successivement sur plusieurs cordes narratives afin de corroborer ce schéma du chaos, sorte d’amalgame historique et cinématographique. Il ne serait donc pas étonnant que chacun y projette son imaginaire et en tire sa propre conclusion.

Régurgité en vain chez Marvel ou DC Comics, renouvelé avec finesse dans Everything Everywhere All At Once ou encore la modeste série B Cohérence, le multivers est loin de constituer le concept le plus novateur du moment. Malgré tout, il existe un regain d’intérêt dans ce bad trip obsessionnel. On ne sait jamais vraiment où on va dans Universal Theory, un film noir teinté d’onirisme, où la forme l’emporte clairement sur le fond. L’intrigue avance dans une ambiguïté qui distord l’espace et le temps, révélant ainsi différentes facettes de la condition humaine à travers Johannes, un héros mélancolique qui ressasse les mêmes questions existentielles que nous.

Bande-annonce : Universal Theory

Fiche technique : Universal Theory

Titre original : Die Theorie von Allem
Réalisation : Timm Kröger
Scénario : Timm Kröger et Roderick Warich
Direction de la photographie : Roland Stuprich
Son : Johannes Schmelzer-Ziringer
Montage : Jann Anderegg
Décors : Cosima Vellenzer
Costumes : Pola Kardum
Musique originale : Diego Ramos Rodriguez
Conception sonore : Dominik Leube
Production : MA.JA.DE. Fiction, The Barricades, Panama Film, Catpics AG
Pays de production : Allemagne, Autriche, Suisse
Ventes internationales : Charades
Distribution France : UFO Distribution
Durée : 1h58
Genre : Thriller
Date de sortie : 21 février 2024

Universal Theory : correspondance quantique
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3.5

Les Thermopyles – Saint-Elme 5 : sélection Angoulême 2024

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Comme prévu, ce cinquième épisode clôt la série Saint-Elme cosignée Serge Lehman et Frédérik Peeters. Une série qui sort franchement du lot et pas seulement par ses choix de couleurs.

On se doutait que cette histoire mettant en scène un groupe mafieux sous l’autorité de Gregor Mazur qui cherche à s’approprier l’héritage Saint-Elme (sa source d’eau minérale), ne pouvait pas se terminer sans un affrontement particulièrement sévère. C’est ce qui se passe dans le chalet de Paco où Katyé, la gamine black isolée a trouvé refuge puis protection auprès du couple Paco/Romane qui tombe sur elle. Gregor Mazur ne recule devant rien, c’est un rapace sans états d’âme. Bien entendu, les membres de son groupe se comportent comme des soldats prêts à mourir pour sa cause. La puissance de l’argent…

Gunfight d’anthologie

Sans surprise parce que le titre le laisse entendre (la bataille des Thermopyles, environ 480 av. JC, célèbre fait d’armes des guerres merdiques, pardon médiques, est entrée dans l’histoire pour le nombre d’hommes qui s’y affrontèrent et la conséquence de la trahison de l’un d’eux), cet ultime épisode est dominé par un assaut qui donne lieu à de violents échanges de coups de feu (la violence n’est donc pas que dans le choix des couleurs). L’ensemble représente pas moins de trente planches consécutives (sur un total de 86), avec une très légère pause avant de reprendre. Avec son aspect cinématographique réussi, cette séquence trouvera son public. Cependant, ce déploiement de violence bestiale me gêne un peu dans cette série qui va bien au-delà. En effet, ne nous y trompons pas, ce cinquième épisode aborde bien d’autres points intéressants. Le meilleur à mon goût est cette intervention du surnaturel, bien que le fameux dessin d’œil n’en fasse pas partie. Sa signification nettement plus personnelle, nous l’apprenons finalement de la petite Katyé qui affiche quand même un don pour « voir » certaines choses, mais bien faible par rapport à ce qui intervient ici.

Quel contre-pouvoir à celui de l’argent ?

Ce que les auteurs cherchent à faire passer, c’est que la fascination pour le pouvoir et l’argent peut trouver son contrepoids, du moins se plaisent-ils à l’imaginer. Il est même possible que la conclusion représente leur contribution à la lutte contre le pouvoir de l’argent. En tant que concepteurs de la série, ils en détiennent les clés et peuvent tout se permettre, y compris d’utiliser une sorte de deus ex machina de leur cru pour déjouer les forces de l’argent roi. Ils y opposent la force de la nature en lui accordant des pouvoirs en lien avec l’inéluctable, comme la progression de fluides tels que l’eau. Dans ce flux vital inflexible, on observe à un moment une coulée irrésistible de grenouilles dont l’irruption provoque un changement totalement imprévisible dans la suite des événements. Cette prolifération de grenouilles, mise en évidence dès le premier épisode, ne serait-elle pas un effet des aberrations de l’action humaine ? Les auteurs cherchent à faire sentir que si l’homme malmène la nature, celle-ci finit d’une manière ou d’une autre par s’opposer à ses actions. Ici, le cours naturel des choses se trouve renforcé par un surnaturel déterminant auquel les auteurs accordent une part qu’ils cherchent à crédibiliser. Le plus spectaculaire consiste en interventions de personnages issus de l’autre monde et qui se révèlent en mesure de communiquer avec un proche ou bien qui ont un pouvoir pour sentir quelque chose qui dépasse l’entendement ordinaire, comme l’approche d’un danger par exemple. D’autre part, le pouvoir naturel finit aussi par se rebeller franchement contre une décision humaine, un ordre qui « ne passe pas » et produira l’inverse de l’effet escompté, parce que (message), la nature n’est pas aux ordres de l’homme.

La montagne comme personnage à part entière

Tout cela est mis en scène de manière tout aussi convaincante que dans les quatre premiers albums de la série, avec un plus que constitue l’aspect surnaturel que les auteurs assument franchement, même si ce qu’ils en montrent apporte néanmoins de nouvelles questions sans réponse. Quelle est cette entité qui tire certaines ficelles ? Pour l’aspect, c’est à rapprocher des Toutes qu’on trouve dans la série BD La part merveilleuse de Rupert et Mulot. Le lien avec l’univers alpestre me rappelle également un film : La Montagne (Thomas Salvador – 2022). Un peu comme dans le film, ici la montagne semble comme habitée et il ne faut pas la déranger, car on ne sait pas ce qui peut en résulter. Cela a un petit côté naïf dit comme cela, mais cela fonctionne assez bien dans cette BD. Un album qui malheureusement clôt la série, une série qu’on quitte à regret en se disant qu’on s’attendait malgré tout à atteindre des hauteurs encore supérieures. Elle méritera largement la relecture attentive pour mieux sentir comment les détails du puzzle s’organisent. Pour le moment, je note qu’elle fait intervenir tellement de personnages, que les auteurs (l’éditeur ?) prennent la précaution de résumer en quelques lignes les événements décrits lors des précédents épisodes, sur une page avant le début.

Les Thermopyles (Saint-Elme 5), Serge Lehman et Frédérik Peeters
Delcourt : sorti le 24 janvier 2024

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3.5

« La Capitale de l’humanité » : utopie oubliée

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Dans La Capitale de l’Humanité, Jean-Baptiste Malet nous plonge au cœur d’une utopie méconnue du début du XXe siècle : la construction d’une ville destinée à devenir le centre mondial de communication et le symbole d’une ère de paix universelle. Grâce à une enquête minutieuse, l’auteur retrace l’histoire fascinante de cet ambitieux projet, porté par des visionnaires de la Belle-Époque.

En automne 2014, dans une vieille bibliothèque romaine, Jean-Baptiste Malet tombe par hasard sur un livre datant de 1913 et renfermant les plans d’une mystérieuse capitale mondiale. Intrigué par ce projet qui lui est alors inconnu, il entame une longue et haletante investigation qui le mènera à travers plusieurs pays, dont l’Italie, la France, les États-Unis et la Grèce. Riche en découvertes, sa quête révèle l’engouement des pacifistes de l’époque pour une idée révolutionnaire que Malet décide aussitôt de documenter.

Trois figures centrales émergent de cette aventure : Hendrick Andersen, sculpteur et utopiste norvégien ; Olivia Cushing Andersen, Américaine spiritualiste au parcours cosmopolite ; et Ernest Hébrard, architecte français visionnaire. Ensemble, ils conçoivent le plan d’une cité idéale. Jean-Baptiste Malet va explorer la complexité de leurs relations, leurs ambitions et leurs rêves d’un monde uni et pacifié.

Le Centre mondial est conçu dans le double dessein de célébrer les vertus hygiéniques tout en magnifiant la beauté. La cité envisagée devait se structurer autour de trois piliers fondamentaux : l’épanouissement physique, l’exploration scientifique et l’exaltation artistique. Le Centre mondial, dont le détail nous est livré, se voulait un modèle de rationalité dans son agencement. Il devait regrouper les expositions universelles, les Jeux olympiques et les grandes institutions internationales, dans un objectif de communion, de fraternité et de paix. Le Roi Albert 1er, favorable au projet, espérait que Bruxelles accueille l’initiative. L’Histoire en a décidé autrement, même si deux lieux s’en inspirent plus ou moins directement.

Jean-Baptiste Malet contextualise le projet dans la Belle-Époque, une période marquée par un optimisme technologique et des idéaux pacifistes. Il dresse le portrait d’une société convaincue que le progrès et la communication mèneraient à l’unité de l’humanité. Cette toile de fond historique permet une plus juste appréhension des motivations qui se cachent derrière cette cité utopique.

Les recherches de l’auteur interrogent en creux notre rapport au progrès et à l’idéal. À travers la vie de ses protagonistes et le destin empêché de leur projet, La Capitale de l’Humanité nous invite à réfléchir sur les rêves d’hier et les potentialités humaines. Cette histoire oubliée, narrée comme un roman, est très bien documentée (presse de l’époque, archives, sources directes), et nous reconnecte à un passé reconstitué fait d’idées progressistes censées jeter des ponts entre les peuples.

La Capitale de l’Humanité, Jean-Baptiste Malet
J’ai lu, février 2024, 384 pages

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4

« Dune » : prédation cosmique

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Avec son univers étendu, Dune s’impose comme une œuvre majeure de la science-fiction. Créé par Frank Herbert et adapté au cinéma par David Lynch puis Denis Villeneuve, Dune nous transporte sur la planète désertique d’Arrakis, théâtre d’un conflit interstellaire pour le contrôle de l’épice, considérée comme la ressource la plus précieuse de l’univers. Cette histoire est désormais portée en bande dessinée, par Lilah Sturges et Drew Johnson.

Au cœur de Dune réside une bataille impitoyable pour le pouvoir et le contrôle d’Arrakis. La nomination du Duc Leto Atréides comme gouverneur de cette planète n’est pas un honneur mais un piège tendu par l’Empereur Shaddam IV, dans le but d’éliminer une maison noble devenue trop influente. Les Atréides se retrouvent face aux Harkonnen, rivaux dont la cruauté n’a d’égale que la soif de pouvoir. Cette lutte militaire se double d’un conflit politique, impliquant des alliances fragiles, notamment avec les Fremen, peuple autochtone d’Arrakis. La complexité des jeux de pouvoir dans Dune reflète les dynamiques qui entourent les ressources naturelles dans notre propre monde.

Religion, prophétie et identité

Paul, jeune héritier de la maison Atréides, se retrouve au centre d’une prophétie Fremen qui le désigne comme le leader messianique destiné à libérer Arrakis. Son évolution de noble à figure prophétique soulève des questions sur la nature de la foi, le rôle des mythes et des croyances dans la formation des sociétés, même si ces problématiques ne sont finalement qu’esquissées dans ce premier volume. Cette dimension religieuse s’ajoute, dans Dune, à un propos plus large sur la dualité entre destinée et libre arbitre, dans le sillage d’un jeune protagoniste de grande intégrité, dont les pouvoirs s’éveillent peu à peu…

Planète opéra

Une nouvelle fois, Arrakis constitue un personnage à part entière. Cette planète désertique, nantie de tempêtes de sable mortelles et d’une faune unique, notamment les gigantesques vers des sables, est le seul lieu de production de l’épice, élément pourtant indispensable aux voyages interstellaires. Les Fremen, autochtones, ont développé un mode de vie en symbiose avec ce monde hostile. Cela implique par exemple une marche des sables pour éviter de réveiller les monstres endormis tapis sous terre, mais aussi une consommation excessive de l’épice, à des fins hallucinogènes. Dune peut se gargariser d’être un modèle dans l’exploration des thèmes écologiques dans la littérature de science-fiction ; son récit, cette fois porté par Lilah Sturges et Drew Johnson, aborde les conséquences de l’exploitation des ressources et la nécessité d’une coexistence respectueuse avec l’environnement.

Dune s’articule autour de deux arguments de poids : Paul et Arrakis, tous deux porteurs de conflictualité et d’une mythologie forte. Derrière le paravent science-fictionnel, c’est évidemment nos instincts de prédation qui se dessinent : nos luttes pour les ressources, notre rapport à l’environnement et la manière dont nous forgeons notre destin collectif. L’univers de Dune se pose ainsi en miroir amplifié de nos propres complexités, et cela se ressent très bien dans l’adaptation proposée par Lilah Sturges et Drew Johnson, réussie en dépit d’un relatif académisme.

Dune, Frank Herbert, Lilah Sturges et Drew Johnson
Delcourt, février 2024, 136 pages

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3.5

The Hours : la valse triste

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En mettant en avant trois actrices majeures du 7ᵉ art, Stephen Daldry faisait plus qu’un film féministe, il rendait compte des limites du processus créatif lorsqu’on est atteint de mélancolie et nous questionnait sur la condition humaine. La trajectoire de trois femmes montre la difficulté de faire ce qui est généralement attendu par la société quand ses responsabilités, ses devoirs, ses obligations, vont à l’encontre de sa raison d’être.

La mélancolie est une matière liquide, qui anesthésie la vie des plus fragiles, ceux qui clignotent faiblement, comme des petites lumières là où la poussière danse… Elle ruisselle dans les veines, englobe les peurs, les doutes, les rêves, paralyse doucement, transforme l’être humain en statue de pierre dans les confins d’un cheminement sans retour. Quand elle est générée par un artiste, elle peut contaminer les autres au plus profond de leur chair, en tout temps et en tous lieux. Quelque chose dans l’air perdure indéfiniment. Le poison se joue de l’espace-temps.

Les trois temps d’une valse

The Hours est à la fois la vision d’une création artistique (un produit littéraire) et l’observation de sa restitution dans l’avenir. C’est un des pouvoirs qui échappent à l’artiste, quand celui-ci doit laisser agir son œuvre une fois qu’elle a pris son envol.

Avec son montage fluide, qui s’adapte aux froissements de la musique majestueuse et minimaliste de Philip Glass (à lui seul un des emblèmes marquants du film) The Hours fait bouger une caméra anachronique qui attise la curiosité, en questionnant le spectateur sur ce qui devra être déterminant dans la vie de trois femmes à travers trois époques et trois journées différentes. Par ces trois temps, le film évoque une valse.

Toute la vie d’une femme en une journée. Une seule journée. Et dans cette journée, sa vie entière.

Cet exercice narratif permet d’offrir des performances croisées, nuancées, parfois similaires, parfois antinomiques, parfois liées dans une continuité, le tout en bénéficiant d’un casting haut de gamme.

Portraits croisés

Nicole Kidman, d’abord. Jouant une Virginia Woolf anhédonique, ayant perdu le goût des choses, elle voit sa vie lui échapper avec son fatalisme latent et persistant, sa vision inflexible et ses problèmes de communication récurrents. La prouesse de l’actrice relève d’une physionomie étonnante, son faux nez n’étant finalement qu’un détail au milieu de ses tenues, de ses postures, de sa conduite et son allure à la fois apathique, ralentie et évanescente. Les choses simples du quotidien deviennent un poids pour elle. Ses promenades sont des errances qui évoquent des divagations.

Plus frêle et a priori plus fragile, Julianne Moore, en mère imparfaite (lectrice de Mrs Dalloway de Virginia, quelques décennies plus tard), ne parvient pas à incarner un rôle social qui lui a été écrit à l’avance. Son enfant semble plus équilibré qu’elle et le seul à percevoir ses états d’âme.

C’est une partie d’elle-même qui finira par mourir symboliquement pour que la chose ne soit pas effective concrètement. Victime d’un état psychotique inéluctable, elle représente un personnage dominé par son instinct de survie, quel qu’en soit le prix – et l’horreur – à payer.

Quand on ne se sent plus du tout à sa place, on a envie de disparaître. C’était la mort et j’ai choisi la vie.

Meryl Streep, toujours plus loin dans le temps, ne souffre pas d’une pathologie dans l’absolu, contrairement aux deux autres, mais d’une situation affective perturbée par la maladie de son ami Richard (Ed Harris, impressionnant) ; poète sidéen, tour à tour ironique, touchant ou désespérément glacial quand il sent venir que sa tendre amie se ment à elle-même.

Quand je ne serai plus là, tu seras forcé de penser à toi. Comment le vivras-tu ?

Surnommée Mrs Dalloway pour ses similarités avec le personnage du roman, l’actrice, magnifique et brisée, est un régal pour la caméra. Son visage peine à cacher ses peurs et le poids de l’échéance, de l’inévitable, engendre chez elle une souffrance routinière, une lutte pour tenir son agenda et tenter d’organiser au mieux sa propre vie. Son existence tout entière tourne autour de Richard, qui va être récompensé de la plus haute distinction pour un poète. Ce dernier, victime du syndrome de l’imposteur, considère que la cérémonie n’est qu’un spectacle, le sien, celui d’un être malade et qu’il n’aurait pas reçu le prix s’il avait été en bonne santé. C’est un individu frustré d’avoir décrit le monde à travers la seule forme de la poésie alors que son rêve était d’être un véritable écrivain.

Je voulais que mon écriture soit totale. Je voulais capturer chaque moment dans sa totalité. Les fleurs dans tes bras quand tu as passé la porte. Cette serviette. L’espèce d’odeur qu’elle dégage. Cette matière. Nos sentiments. Les tiens. Les miens. Leur histoire. Qui nous avons été. La diversité du monde. Toute la complexité du monde. Et cette confusion du présent. Je n’ai pas réussi.

Comme Virginia, son œuvre vivra après lui.

Un cimetière éphémère

Le film s’achève par le commencement, comme pour évoquer une fatalité mythique, en montrant que le processus créatif, l’art, ne peuvent nécessairement sauver les âmes atteintes de mélancolie. Ce sont par des mots tendres pour son époux que Virginia se dirigera en direction de la Ouse, la rivière près de sa maison de Rodmell, afin d’y trouver un cimetière éphémère…

Bande-annonce : The Hours

Fiche Technique : The Hours

Synopsis : Les écrits de Virginia Woolf touchent une ménagère et inspirent une New-Yorkaise qui est amoureuse d’un poète mourant.

  • Titre original et français : The Hours
  • Titre québécois : Les Heures
  • Réalisation : Stephen Daldry
  • Scénario : David Hare, d’après le roman de Michael Cunningham
  • Musique : Philip Glass
  • Casting : Patsy Pollock et Daniel Swee
  • Producteurs : Scott Rudin et Robert Fox
  • Producteurs associés : Michael Alden, Ian McNeil et Marieke Spencer
  • Producteur exécutif : Mark Huffam
  • Société de production : Scott Rudin Productions
  • Société de distribution : Paramount Pictures (États-Unis), Miramax Films (International), TFM Distribution (France), Ascot Elite1 (Suisse)
  • Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni
  • Tournage : du 29 janvier à avril 2001 et du 17 décembre 2001 au 23 février 2002
  • Budget : 25 000 000 de dollars
  • Genre : Film dramatique
  • Durée : 114 minutes
  • Dates de sortie : États-Unis, 27 décembre 2002, France, 19 mars 2003
  • Nicole Kidman (VF : Danièle Douet et VQ : Anne Bédard) : Virginia Woolf
  • Meryl Streep (VF : Béatrice Agenin et VQ : Marie-Andrée Corneille) : Clarissa Vaughan
  • Julianne Moore (VF : Cécile Paoli et VQ : Valérie Gagné) : Laura Brown
  • Ed Harris (VF : François Marthouret et VQ : Éric Gaudry) : Richard Brown
  • John C. Reilly (VF : Bruno Abraham-Kremer et VQ : Louis-Georges Girard) : Dan Brown
  • Claire Danes (VF : Marie Donnio et VQ : Aline Pinsonneault) : Julia Vaughan
  • Miranda Richardson (VF : Sylvia Bergé et VQ : Lisette Dufour) : Vanessa Bell, la sœur de Virginia Woolf
  • Stephen Dillane (VF : Bernard Crombey et VQ : Daniel Picard) : Leonard Woolf
  • Allison Janney (VF : Sophie Deschaumes et VQ : Sophie Faucher) : Sally
  • Jeff Daniels (VQ : Alain Zouvi) : Louis Waters
  • Jack Rovello : Richard Brown enfant
  • Christian Coulson : Ralph Patrige
  • Toni Collette (VF : Élisabeth Commelin et VQ : Violette Chauveau) : Kitty
  • Eileen Atkins : Barbara, la fleuriste
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Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, fresque vacillante

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Présenté comme le Seigneur des anneaux de l’Empire Céleste, Creation of the Gods I : Kingdom of Storms a réalisé un raz de marée au box-office chinois avec plus de 60 millions d’entrées fin 2023. Premier opus d’une trilogie déjà intégralement tournée, le blockbuster offre un spectacle digne du grand écran mais noie sa mythologie dans un récit étiré, artificiellement complexe, et de nombreux effets numériques parfois outranciers.

Une sortie réduite à deux jours, c’est le pari du distributeur Heylight pour la diffusion française de cet événement exclusif. Une aubaine pour le public chinois, qui a fêté ce weekend des 10 et 11 février le passage au Nouvel an sous le signe du Dragon. Si une stratégie similaire s’est révélée gagnante pour le grandiose Godzilla Minus One, qui a bénéficié d’une ressortie de deux semaines fin janvier, fonctionnera-t-elle tout autant pour ce film chinois, sans créature de renommée internationale, croisant étroitement réalité historique, mythes et légendes ? 

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms se base en effet sur un célèbre roman chinois de la fin du XVIème siècle, L’Investiture des dieux, traitant des luttes de pouvoir au cœur de la Chine antique. Il relate l’accession au trône de l’héritier des Shang, le prince Yin Shou, avec le concours de sa maîtresse Su Daji, un Démon Renard farouche et déterminé. Autoritaire et sanguinaire, Yin Shou pourrait bien précipiter la fin tragique de sa propre dynastie. Contrariés par la tournure de ces évènements terrestres, le sage taoïste Jiang Ziya du Mont sacré Kunlun s’allie à Ji Fa, un jeune guerrier élevé par Yin Shou, pour mettre un terme au règne du tyran. 

Wu Ershan, adepte des récits de fantasy chinoise, avait déjà adapté en 2015 dans Mojin: The Lost Legend le roman Ghost Blows Out the Light, publié en Chine par Zhang Muye. Le film, apparenté à une sorte de Tomb Raider horrifique, n’a malheureusement jamais vu le jour dans les salles françaises. Avec Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, le réalisateur s’attaque à un monument de la littérature chinoise en abordant les thèmes de la transmission et de la filiation.

De pères en fils : à la vie, à la mort

Les rapports père-fils, omniprésents dans ce premier volet, constituent un ressort dramatique essentiel autant qu’un véhicule de valeurs chinoises, centrées autour de la piété filiale et du respect de la figure paternelle. Que le fils soit naturel ou recueilli, il doit obéir, devenir digne de son père et être prêt à mourir si nécessaire pour protéger celui-ci. Ji Fa, fils adoptif de Yin Shou, conserve ainsi des devoirs et une loyauté inébranlable envers son véritable père, un gouverneur de province accusé de traîtrise. Quant à l’héritier de Yin Shou, il se montre initialement prêt à se sacrifier à la place de son père. Même un bébé Démon, bien éduqué, vient sauver de la mort sa figure paternelle de substitution.

Mais dans Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, la conquête des terres chinoises et le contrôle du pouvoir questionnent la notion même de transmission. À l’heure où les fils de Yin Shou craignent la tyrannie de leur père, et où les pères redoutent de mourir de la main, volontaire ou forcée, de leurs enfants guerriers, c’est toute l’harmonie d’une dynastie qui se brise, à l’image d’une carapace de tortue, pourtant robuste, dont le morcellement inexorable annonce l’éclatement d’un royaume en déclin.

Ce sujet central de la filiation s’inscrit toutefois dans une œuvre bien plus large, dont l’ampleur risque de perdre les spectateurs peu ou non réceptifs à la culture chinoise. Recourant à des moyens financiers, humains et techniques totalement démesurés, ce premier volet en fait sûrement un peu trop, quitte à laisser à l’écart du champ de bataille la fluidité du récit et le développement de ses protagonistes principaux.

Une fresque grandiloquente au récit dispersé

La séquence introductive de Creation of the Gods I : Kingdom of Storms, qui n’en reste pas moins une des plus mémorables, donne d’emblée le ton. Une galerie impressionnante de personnages, présentés rapidement à l’aide de titres apparents, de l’action, des têtes coupées, le tout baigné dans des effets numériques, plus ou moins heureux, et une mise en scène relativement tapageuse. S’il s’agit du premier opus, il est dommage qu’à peine une moitié des hommes dûment présentés, en particulier les sages du Mont Kunlun, ne soient pleinement exploités. Dans ce florilège hétérogène, on retient tout de même l’énigmatique et sulfureuse Démon Renard et un sorcier maléfique aux capacités grandissantes.

Contrairement à La Grande Muraille, fruit singulier d’une coproduction américano-chinoise, Creation of the Gods I : Kingdom of Storms ne tombe pas dans le piège du bon nanar lourd et pataud. Cependant, cet opus manque étonnamment, et assez cruellement, de souffle épique. Nous sommes malheureusement bien loin des épopées telles que Les Trois Royaumes ou la trilogie Detective Dee. Passé les vingt premières minutes, l’histoire s’enlise en effet dans des développements secondaires jusqu’à un acte final attendu et un peu décevant. On reste donc sur sa faim, presque saturé par la succession de scènes post-génériques relativement inutiles, qui donnent, à la manière bien connue des Marvel, un bref teasing du prochain film. La saga Creation of the Gods sera-t-elle bénie des Dieux par la sortie en France de son deuxième volet ? Affaire à suivre au haut conseil du Mont Kulun.

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms – Bande-annonce

Creation of the Gods I : Kingdom of Storms – Fiche technique

Réalisation : Wu Ershan
Scénario : Ping Ran, Wu Ershan
Casting : Bo Huang (Jiang Ziya), Fei Hsiang (King Zhou), Li Xuejian (Ji Chang), Yu Xia (Shen Gongbao), Kun Chen (Yuan Shi Tian Zun)…
Musique : Gordy Haab
Photographie : Wang Yu
Montage : Yuan Du, Ka-Fai Cheung
Producteurs : Yang Du, Bo Zhang, Wu Ershan
Société de distribution : Heylight Pictures
Genre : action, aventure, historique
Durée : 2h28
Chine – Sortie France les 10 et 11 février 2024

Madame Web : arachnofolie mal tissée !

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Le genre super-héroïque en prend pour son grade depuis un an ou deux, enchaînant les catastrophes et déconvenues consécutives. Et c’est le cas tous studios confondus avec comme seul bouée de sauvetage Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 sur l’année écoulée et, peut-être, une embellie avec Deadpool et Wolwerine en juillet prochain. Ce Madame Web, dont l’existence même n’a pas de sens réel à tous niveaux, est le parfait exemple du n’importe quoi ambiant qui règne sur ce genre cinématographique en crise profonde et qui lasse de plus en plus le public. Ce dernier rejeton du Spider-verse de Sony sans Spider-Man (!) est daté, pauvre et surtout totalement inutile, confirmant l’absence d’idées et de boussoles des studios en la matière. Cependant, c’est loin d’être la catastrophe annoncée partout, l’ensemble se laissant relativement bien regarder si on n’a aucune attente. Mais c’est surtout bien mieux que de récents essais similaires tel que l’abominable The Marvels. Il faut juste le voir comme un film de traque en mode teen-movie plutôt que comme un réel film de super-héros, ce qu’il n’est pas…

Synopsis : Cassandra Web est une ambulancière de Manhattan qui serait capable de voir dans le futur. Forcée de faire face à des révélations sur son passé, elle noue une relation avec trois jeunes femmes destinées à un avenir hors du commun… si toutefois elles parviennent à survivre à un présent mortel.

Est-ce à dire que lorsqu’on s’attend à une catastrophe totale concernant un film et qu’on est finalement plus emballé que prévu, il s’avère bon ? Non, bien évidemment. Mais ce Madame Web semblait déjà assassiné et cloué au pilori par tous avant même d’avoir été vu et d’être sorti. Ce qui est injuste et seulement mérité en partie. Alors certes ce n’est pas bon, c’est un film totalement absurde de par sa conception même et il est bourré de plein de petits défauts, mais ce n’est pas non plus super mauvais. Juste un blockbuster de seconde zone vite vu et vite oublié qui se regarde si on n’a rien d’autre à faire.

Mais il est surtout bien meilleur que bon nombre d’abominations récentes sorties par les studios dans le cadre de leurs velléités d’univers étendus qui deviennent malheureusement la panacée à Hollywood… Et qui sont symptomatiques du manque d’idées ayant cours dans les couloirs des studios et de raisonnements purement mercantiles, un peu comme la mode des multiverses qui arrange bien bon nombre de producteurs pour tripatouiller ce qui a été fait dans le passé. Et cela vaut pour tous : que ce soit Disney/Marvel dans le cadre du MCU, la Warner dans son feu DCEU ou comme ici avec le Spider-verse. On se rappelle tout de même de l’immonde The Marvels il y a quelques mois, du dernier Ant-Man complètement à côté de la plaque, de la bouillie visuelle et narrative du dernier Aquaman ou encore, pour rester dans le même univers, du totalement infect Morbius, tous bien moins « sympas » et surtout plus rageants que ce Madame Web à la louable humilité.

C’est peut-être aussi ça qui nous fait relativiser le raté de ce nouvel avatar autour de Spider-Man, mais sans Spider-Man (probablement le paradoxe cinématographique du siècle) : l’absence d’attentes quelconque sur ce projet. Un projet mettant en scène des figures totalement inconnues des comics pour le grand public et destinées à ajouter une touche féminine comme c’est à la mode en ce moment et depuis quelques années. Surtout qu’il ne faut pas le prendre comme un film de super-héros, mais davantage comme un film de traque enveloppé dans une sorte de teen-movie. Et qu’en l’état cela semble être une sorte de prologue développé du futur film de super-héroïnes avec ces quatre personnages (Cassandra Web et ses trois jeunes adeptes). Film qu’on ne verra sans doute jamais si celui-ci se plante comme tout le monde le prévoit. Ou qu’il pourrait se voir aussi comme la bande-annonce extra longue dudit futur film déjà avorté… Vous suivez ?

Madame Web semble tout droit sorti des années 90 ou du début des années 2000, il a d’ailleurs ce côté un tantinet suranné pas déplaisant. Ici, pour une fois, on n’est pas noyé sous les effets spéciaux (foirés), les scènes d’action étant plutôt rares et tout juste efficaces. Hormis le climax trivial au possible et ancré dans la sempiternelle zone désaffectée. Un combat final qui s’avère mal filmé et mal monté. Et il faut avouer que les deux heures du film passent plutôt vite et que les actrices sont plutôt sympathiques. La mise en scène est correcte et si le scénario use de beaucoup de coïncidences et de facilités, il avance sans temps mort et captive plus ou moins. S. J. Clarkson, une réalisatrice avant tout de séries, ne semblait de toute façon pas la plus indiquée pour réaliser un tel projet.

On déplore en revanche un méchant complètement raté comme dans la plupart des films de super-héros (c’est le véritable fléau de ce type de films, à part quelques exceptions qui confirment la règle tels que Thanos, Hela ou Octopus). Tahar Rahim va probablement longtemps avoir honte d’avoir accepté un rôle si pauvre et cliché et de l’avoir joué avec ses pieds. Les scènes de voyance sont également trop redondantes et pas vraiment adaptées à un film comme celui-là. En effet, le procédé de revoir la même scène plusieurs fois devient lassant. Le passage du retour en Amazonie est également profondément facile et ridicule. Malgré tout cela, on ne s’ennuie pas pour autant et le tout peut avoir un certain charme si on le déconnecte de tout le reste. Et j’insiste, c’est la condition sine qua non. Maintenant, reste plus qu’à voir ce que va donner Kraven le chasseur qui semble le projet le plus alléchant de cet univers étendu, complètement tordu.

Bande-annonce – Madame Web

Fiche technique – Madame Web

Réalisation : S.J. Clarkson.
Interprétation: Dakota Johnson, Sydney Sweeney, Isabela Merced, Céleste O’Connor, Tahar Rahim, …
Scénario : Matt Sazama.
Musique: Johan Söderqvist.
Production : Sony Pictures.
Pays de production : USA.
Distribution France : Sony Pictures France.
Durée : 1h57.
Genres : Action – Science-fiction.
Date de sortie : 14 février 2024.

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Préparer votre voiture aux intempéries Un guide complet

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Reconnaître l’importance de la planification météorologique

Les intempéries peuvent présenter de sérieuses difficultés pour les conducteurs, affectant les performances et la sécurité de leur voiture. Être prêt à affronter toutes les conditions météorologiques – chaleur intense, pluies torrentielles, fortes chutes de neige, routes de glace – peut garantir un voyage sûr et sans incident.

Pratiques de maintenance essentielles pour la préparation aux conditions météorologiques extrêmes

Image d’un support d’antenne de voiture fournie par piecesauto.fr

Pour une réception maximale, notamment en cas de mauvais temps, il est indispensable d’examiner et de réparer des pièces telles que le support d’antenne de la voiture. Les supports d’antenne sont conçus pour résister à différentes conditions météorologiques. Maintenir l’intégrité du support d’antenne de votre voiture permet d’éviter les dommages et de s’assurer que les signaux, qu’ils soient destinés au GPS ou à la radio, sont reçus de manière claire et nette. Vous pouvez augmenter la résistance de votre voiture aux intempéries et préserver une communication et une navigation ininterrompues en investissant dans des pièces fiables.

Se préparer à une chaleur extrême

Il est essentiel de prendre des précautions par temps chaud pour éviter que votre voiture ne surchauffe et ne subisse des dommages causés par le soleil. Cela implique de s’assurer que vos pneus sont correctement gonflés, de surveiller et de faire l’appoint de liquide de refroidissement et de vous garer dans des endroits ombragés chaque fois que vous le pouvez. De plus, vous pouvez réduire le risque de dommages intérieurs liés à la chaleur en utilisant des pare-soleil ou des couvre-fenêtres réfléchissants.

Faire face aux fortes pluies et aux inondations

Les conditions de conduite peuvent devenir dangereuses en raison de la faible visibilité causée par de fortes pluies et des inondations. Il est important d’inspecter et de réparer vos essuie-glaces avant de vous aventurer dehors pendant une période de pluie. Les accidents et les dégâts des eaux sur votre automobile peuvent également être évités en maintenant une distance de sécurité avec les autres voitures et en évitant les routes inondées.

Manipulation de la neige et de la glace

Avoir les bons pneus pour les conditions de conduite hivernales est crucial lorsqu’il s’agit de routes enneigées et verglacées. Vous pouvez également voyager en toute sécurité dans des conditions enneigées et verglacées en vérifiant et en remplaçant régulièrement le liquide lave-glace, en vous assurant que vos pneus ont une profondeur de bande de roulement suffisante et en gardant à portée de main des fournitures d’urgence comme des aides à la traction et une pelle à neige.

Maintenir les performances du véhicule

Les intempéries peuvent mettre davantage à rude épreuve le moteur et d’autres pièces de votre véhicule. Pour des performances et une fiabilité optimales, en particulier par mauvais temps, un entretien de routine est essentiel. Cela comprend les vidanges d’huile, le remplacement des filtres et l’inspection des freins. Il peut être utile de respecter le programme d’entretien recommandé par le fabricant afin d’éviter des réparations et des pannes coûteuses.

Protéger l’extérieur et l’intérieur

L’extérieur et l’intérieur de votre voiture sont tous deux susceptibles d’être endommagés en cas de fortes intempéries. Les tapis de sol et les housses de siège résistants aux intempéries peuvent protéger l’intérieur de la saleté, de l’eau et des débris, et l’application d’une couche de cire protectrice sur la peinture peut aider à prévenir la corrosion et les dommages causés par les UV.

Être prêt aux urgences

Sur la route, des crises imprévues peuvent encore survenir, même avec une planification méticuleuse. Il est impératif de conserver une trousse d’urgence dans votre voiture contenant du matériel comme un téléphone portable entièrement chargé, des câbles de démarrage, des trousses de premiers secours et des lampes de poche. De plus, être préparé à des scénarios d’urgence, comme une panne ou un accident, peut assurer votre sécurité jusqu’à l’arrivée des secours.

Utiliser une technologie avancée

Se préparer aux intempéries est désormais plus simple que jamais grâce aux progrès de la technologie automobile. Les systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS), le contrôle de stabilité et l’antipatinage sont quelques exemples de fonctionnalités qui peuvent améliorer la stabilité et le contrôle d’un véhicule par mauvais temps, offrant ainsi aux conducteurs une plus grande tranquillité d’esprit.

Les conducteurs peuvent s’assurer que leur voiture est équipée pour faire face à toutes les conditions météorologiques extrêmes qui se présentent à eux en prêtant attention à ces directives utiles et en s’organisant, ce qui rendra les voyages plus sûrs et plus agréables.

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« Love, etc. » : les tribulations d’une quadra célibataire

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Les modes de rencontres amoureuses se métamorphosent sous l’impulsion des avancées technologiques. Dans Love, etc., Clothilde Delacroix dresse un portrait vivant et amusé de ces rendez-vous 2.0. Entre espoirs déçus et promesses d’avenir, son récit, découpé en bulles narratives autonomes, résonne comme l’écho d’un monde où l’amour se conjugue désormais avec applications et interactions virtuelles.

Love, etc., c’est avant tout l’expérience d’une mère célibataire quadragénaire décidant de se réinsérer dans le jeu de la séduction après une longue pause. Pour elle, cela se révèle être un véritable voyage initiatique. Elle ne maîtrise pas les codes de ces nouveaux outils que ses connaissances semblent manier avec une aisance qui lui est déconcertante. Ce qu’elle découvre peu à peu, ce sont les dessous de ces supermarchés (numériques) du désir, qui ont modifié en profondeur les dynamiques relationnelles.

Première joyeuseté : la prise en main. L’inscription sur ces plateformes, loin d’être une démarche anodine pour elle, constitue au contraire un processus fastidieux, impliquant la création d’un profil attractif et la sélection des photos les plus avenantes. Alors, notre quadra peu à l’aise avec son physique prend le temps de bien faire les choses, en se posant mille questions. Mais malgré tous les efforts déployés, les rencontres qui en découlent s’avèrent souvent décevantes. Les pseudonymes pathétiques, voire triviaux, et les photos de profil artificielles, ne laissaient, il faut bien le dire, rien présager de bon.

Comment donc trouver l’amour dans ce dédale d’interactions numériques et de rencontres éphémères ? C’est là que réside le défi majeur pour cette mère de famille pleine d’espoir mais aussi de doutes. Comment se comporter pour maximiser ses chances dans ce nouveau jeu de séduction ? L’humour, l’absurde, mais aussi la justesse, deviennent des alliés précieux pour Clothilde Delacroix dans cette quête où les codes semblent avoir été réécrits à la hâte sans manuel d’instruction. Un décrochage attentionnel de plusieurs années est presque synonyme de fossilisation numérique.

Dans ce ballet amoureux ô combien moderne, chacun revêt un masque social, surtout lors du premier rendez-vous, lissant les aspérités de sa personnalité pour paraître consensuel et facile à vivre. Mais cette façade, comme l’énonce très bien notre protagoniste, peut mener à une confusion des espoirs et des sentiments, où personne ne sait réellement sur quel pied danser. Décrypter les signes d’intérêt, éviter les maladresses dans les communications numériques, gérer les attentes et les déceptions deviennent des compétences essentielles dans ce grand jeu de séduction (et de dupes ?).

Certaines planches de Love, etc., sous leurs dehors humoristiques, illustrent de manière édifiante comment cette quête désespérée d’amour peut engloutir l’individu, le plongeant dans un abîme de solitude et de doutes. L’absence de tendresse et le flou des attentes peuvent laisser des cicatrices invisibles, altérant la confiance en soi et la capacité à s’ouvrir à l’autre. Clothilde Delacroix ne s’y trompe pas quand elle représente les états d’âme de son personnage, un peu égarée sur le chemin de l’intégrité émotionnelle.

Love, etc. offre un regard ironique mais perspicace sur la recherche d’amour à l’ère numérique. À travers les tribulations d’une quadra célibataire, l’autrice parvient à capturer avec finesse les dilemmes, les rires et les déceptions qui jalonnent ce parcours semé d’embûches. 

Love, etc., Clothilde Delacroix 
Delcourt, collection Pataquès, février 2024

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3.5

« Congo Blanc » : triptyque colonial

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L’intégrale de Congo Blanc, d’Éric Warnauts et Guy Raives, rassemble aux éditions Daniel Maghen trois récits emblématiques plongeant le lecteur dans les méandres du Congo belge, à différentes époques. Chef-d’œuvre à la fois esthétique et narratif, l’album offre une restauration d’exception avec des couleurs originales revitalisées, un nouveau lettrage et un cahier graphique inédit. À travers ses pages, l’ouvrage revisite l’histoire coloniale, mettant en lumière les complexités et les contradictions de cette période tumultueuse.

« Congo 40 », « Fleurs d’Ébène » et « Congo Blanc » composent cette trilogie graphique qui, sous les dehors de la fiction, invite le lecteur à problématiser le colonialisme belge. Chaque histoire, distincte dans son cadre et ses personnages, dépeint avec précision et justesse les réalités d’une époque marquée par l’exploitation, les conflits et des relations interpersonnelles complexes.

« Congo 40 » entame cette odyssée avec une immersion qui rappelle en premier lieu Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad – et cette fameuse descente du fleuve vers les comptoirs occidentaux. La narration transporte le lecteur des Alpes françaises aux brumes énigmatiques du Congo, tissant des liens entre les rencontres faites en Europe et celles qui ont lieu dans l’Afrique colonisée. Vincent, le protagoniste, est déchiré entre plusieurs femmes, il découvre la réalité la plus brutale de la colonisation et fait face aux accès de colère qu’elle provoque.

Ce premier (et principal) récit est intéressant à plus d’un titre. On retrouve par exemple cette description désabusée des médias des années 1930 : « La presse se trouve entre les mains de gens intéressés qui, suivant leurs intérêts politiques, religieux, économiques, éclairent certains événements en en obscurcissant d’autres… » L’histoire est peuplée de personnages hauts en couleur, dont ce Massillon peu scrupuleux, caricature du colon hautain et prédateur, ou Laurence, la jeune femme qui fait basculer le récit, au cœur d’un mystère relativement confus (le rêve et la réalité semblent se réinjecter sans cesse l’un dans l’autre) mais édifiant quant aux travers de l’aventure coloniale.

La deuxième histoire, Fleurs d’Ébène, mêle suspense et critique sociale à travers une enquête policière qui dévoile l’hypocrisie de la mission civilisatrice des Blancs en Afrique. La complexité des relations interraciales, les enjeux de pouvoir et les préjugés sont exposés avec un réalisme saisissant, questionnant la légitimité et les conséquences du colonialisme. Éric Warnauts et Guy Raives y restituent parfaitement cet exotisme enivrant, ces tentations inconnues, qui exercent une fascination puissante sur celles et surtout ceux qui sont en poste au Congo. 

Congo Blanc clôt cette trilogie en abordant la période charnière de l’indépendance en 1960. Ce récit explore les tensions personnelles et politiques à travers le prisme d’un couple déchiré, symbolisant les conflits intérieurs et les dilemmes face au changement imposé par un retour au pays. La transition politique se caractérise comme un moment de remise en question identitaire profonde pour les personnages, ici le mari, pour qui l’Europe serait synonyme de nombreux renoncements – et de la fin d’un certain idéal. Peut-on hypothéquer sa famille pour l’ivresse de l’Afrique ?

De bout en bout, Congo Blanc arbore une qualité visuelle assez exceptionnelle. Les illustrations à l’aquarelle captivent par leur capacité à évoquer l’exotisme du Congo, à restituer avec authenticité et sensibilité la richesse de ses paysages et la complexité de ses enjeux. L’album n’est rien de moins qu’une exploration riche et nuancée des réalités coloniales, somptueuse sur le plan graphique et d’une grande densité sur le plan thématique, surtout en ce qu’elle révèle des hommes et de leurs appétits. 

Congo blanc, Éric Warnauts et Guy Raives
Daniel Maghen, février 2024, 192 pages

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« La Cage » : hors des sentiers battus

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Le roman visuel expérimental de Martin Vaughn-James est réédité aux éditions Les Impressions nouvelles.

Presque cinq décennies après sa création, La Cage, roman visuel de Martin Vaughn-James, continue de captiver et d’interpeller ses lecteurs. Inclassable, à la croisée des chemins, il est aujourd’hui réédité par les Impressions nouvelles.

Dépourvu de personnages et de narration linéaire, La Cage se distingue par son approche expérimentale et son dessin graphique particulier. Véritable labyrinthe visuel et textuel, l’ouvrage défie les conventions et invite à une exploration mystérieuse, presque inaccessible, sans repères spatiaux ou chronologiques. Chaque élément, des chambres aux pyramides, en passant par les stations électriques ou les rues désertes, contribue à une atmosphère fascinante et insondable.

L’absence de personnages et de récit traditionnel n’est pas une limite mais plutôt un tremplin pour Martin Vaughn-James, qui ne se fait pas prier pour développer une narration innovante, qui fera date et inspirera des générations entières d’auteurs. Le lecteur, seul protagoniste de ce voyage, est invité à interagir avec l’œuvre, à chercher des liens, à décrypter des signes, dans un monde où le temps et la matière obéissent à leurs règles propres. La subjectivité est au cœur de l’expérience, qui paradoxalement mime l’objectivité photographique, tandis que le texte, parfois incantatoire, joue un rôle de contrepoint aux images, en s’inscrivant tantôt en appoint tantôt en rupture avec ces dernières.

Thierry Groensteen, dans sa longue « autopsie » du livre, met en lumière l’expérimentation audacieuse et la richesse interprétative de La Cage, soulignant son caractère abscons et la multiplicité des lectures qu’il permet. L’œuvre, bien qu’atypique et parfois irritante par la confusion qu’elle peut générer, s’offre comme un objet littéraire non identifié, ouvert à tous les points de vue (il en est beaucoup question), et s’affranchissant de toute catégorisation convenue.

Avec son influence notable sur la bande dessinée moderne, La Cage demeure un testament de la vision de Martin Vaughn-James, un artiste qui a repoussé les limites de son médium pour créer un univers unique, presque abstrait, en perpétuelle mutation. Cette réédition est une invitation à redécouvrir une œuvre fascinante, qui continue de surprendre et enchanter, offrant à chaque lecteur une expérience de lecture rare et mémorable.

La Cage, Martin Vaughn-James
Les Impressions nouvelles, février 2024, 240 pages

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