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Le Frissons Festival 2024 va bientôt débuter

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À tous ceux qui dédient leurs nuits à la lecture d’un Stephen King… Et à celles qui s’endorment au doux son des cris de Sigourney Weaver dans Alien ! Quelque chose se prépare, rien que pour vous… Vous imaginiez passer une fête d’Halloween tranquille ? Pensez-y à deux fois. En effet, le Frissons Festival 2 arrive, les 26 et 27 octobre 2024, à l’Hippodrome de Reims. Et croyez-moi, c’est vraiment « the place to be » si vous adorez les sensations fortes et les livres truffés de rebondissements, qu’ils soient gores, terrifiants, gorgés d’humour noir ou tout simplement expérimentaux. Le tout dans une ambiance bon-enfant, entre amis et passionnés du genre. J’y étais l’année dernière et je suis bien déterminé à y retourner cette fois-ci !

Mais alors, à quoi s’attendre ? C’est bien simple. C’est le lieu parfait pour affronter vos peurs et tester votre résistance à l’horreur. Deux jours de folie où vous croiserez des artistes venus de tous bords, et qui ont pour amour en commun l’angoisse. Pour l’occasion, l’équipe du Frissons Festival a choisi deux parrains de haut vol, dont Dominic Bellavance et Josée Marcotte, fraîchement débarqués de Québec. Quant au grand Shaun Hutson, le spécialiste du gore vous a prévu une petite surprise : une intervention aux côtés de la chaîne YouTube « Monstres de Films » … Ce n’est pas fini ! Aurez-vous le cran d’assister à une conférence sur l’exorcisme ? Attention, le Diable pourrait être de la partie et il n’hésitera pas une seconde à vous posséder.

Et si vous cherchez du spectacle ? Vous serez servis !

Il y aura un show pyrotechnique assuré par la Horde d’Emeriass, accompagné du groupe Under All, un concert à vous déchirer les tympans, parfait pour vous réchauffer à l’approche de l’hiver. De plus, si vous survivez à l’épreuve, vous pourrez admirer les danses dark fusion de Las Moiras. Avec une entrée 100 % gratuite et un parking qui l’est tout autant, quelle serait votre bonne excuse pour ne pas assister à ce véritable phénomène ?

Sur place, 29 auteurs vous attendent pour dédicacer et acheter vos livres. Alors comme ça, vous aimez les histoires tordues et sanglantes ? Une fin du monde qui secoue ? Antony Gallego vous présente des récits post-apocalyptiques où l’espoir se fait rare. Avec des titres remarquables comme 04 : 10, vos nuits se feront longues et glaçantes. Quant aux amis du grand H.P. Lovecraft, vous trouverez sans doute votre bonheur (sadique) dans les dimensions d’Arnaud Codeville… Vous en voulez encore ? Davide Vinagre alias le Druide, l’artiste aux multiples talents sort de sa grotte rien que pour vous, tandis qu’Alex Sol et ses thrillers psychologiques vous empêcheront de dormir jusqu’à l’année prochaine. Du côté des exposants, l’association cosplay Ghostbusters Project qui avait fait danser tous les visiteurs l’année dernière sera de retour ! Enfin, l’illustrateur, à qui l’on doit la splendide et sordide affiche du Frissons Festival, Riko vous proposera des modèles de t-shirts et de print absolument terrifiants.

Finalement, côté pratique, ne vous inquiétez pas (enfin, si un peu), tout a été parfaitement orchestré pour vous faire passer une expérience digne de ce nom. L’hippodrome est facile d’accès, vous pouvez y aller en tram depuis la gare de Reims, et pour les plus gourmands, deux food trucks seront là pour calmer vos fringales.

Alors, vous êtes prêts à jouer ? Venez nombreux, car vous êtes attendus avec impatience au Frissons Festival…

L’Amour ouf : il était une fois le destin

Avec une énergie tumultueuse et un amour fou des acteurs et de l’émotion, Gilles Lellouche réussit un film bancal et sincère, fragilisé par sa durée et sa volonté de vouloir tout embrasser. 

Que manque-t-il à l’Amour Ouf pour que ce soit le film bouleversant espéré ? Sans doute un resserrement du sujet sur l’histoire d’amour de Jacky (respectivement Mallory Wanecque-Adèle Exarcopoulos) et Clotaire (respectivement Malik Frickah et François Civil) et non pas son traitement à l’intérieur d’un film presque épique. Resserrement et ligne émotionnelle claire d’un film qui aurait traité sans trop d’à côté inutile ou parasite l’impossible et lumineuse histoire d’amour de jacky et Clotaire sur une quinzaine d’année.

Gilles Lellouche choisit plutôt de ne pas choisir (c’est aussi le motif majeur de sa narration). Habité par un trop grand désir de cinéma, il ne soustrait aucun genre, les mêle tous( drame social, film d’action, guerre des gangs, mélodrame) et finalement appauvrit l’essentiel : le cœur de cet amour.

On a l’impression d’attendre que le film s’engouffre dans cet amour. Gilles Lelouche n’est jamais meilleur que dans les scènes de tête à tête, elles existent en nombre dans cet Amour ouf. On peut en citer deux: celle de François Civil sortant de prison et allant frapper à la porte du père de Jacky (Alain Chabat tout en émotion et maladresse à fleur de peau, excellent) et une micro-scène de rencontre entre Adèle et Vincent Lacoste à travers une portière de voiture. Là l’intensité est à son comble (comme elle l’est sur le visage d’Elodie Bouchez jouant la mère de Clotaire) et nous aurions souhaité un film à l’aune de ces scènes.

Au lieu de cela et c’est une sensation assez étrange, on est amené à beaucoup regarder le film défiler tout autant que Clotaire et Jacky semblent davantage spectateurs de ce qui leur arrive plutôt qu’ils ne sont dedans, à vivre leur histoire. C’est tout le mystère ici de ce film audacieux, quelque peu boursouflé par des accès stylistiques (scènes de danse à la Mauvais Sang, scènes de combat à La Fureur de vivre, scènes d’éclipses à la Melancholia), son cœur battant se fait attendre. Mais après tout, là est peut-être l’enjeu du film: raconter l’attente de l’amour, raconter un amour impossible, sans cesse perturbé par les poings du destin et jamais gracié par le hasard.

L’Amour ouf est un film ambitieux, à la photographie et bande son léchées et pointues, traversé de part en part de références cinématographiques peut-être trop visibles.

Au lieu de se concentrer sur cette chronique d’un amour fou entre deux jeunes que les origines et le destin a priori sépare, le film s’attarde et est fragilisé par des alentours moins  intéressants (notamment les scènes de bande  où paradoxalement d’habitude Lelouch est à l’aise et qui ici desservent le cœur du projet).

Il n’en reste pas moins que nous sommes touchés par la justesse du duo Jacky et Clotaire jeunes autant que par leurs aînés, touchés par l’essai que tente Lellouche de révoquer l’assignation à leurs destins, touchés par l’émotion qu’il vise dans son film.

Et surtout bizarrement alors même que le jeu de Mallory Wanecque est d’une profondeur et sincérité remarquable, le film provoque cette étrange attente de celle qui emporte l’histoire dans toutes les scènes où elle est présente. On attend Adèle Exarcopoulos, on attend sa voix de bébé, sa bouille incroyable, ses moues, ses désespoirs, son émotion vibrante. L’Amour Ouf c’est elle et Chabat leur tendresse, puis Mallory Wanecque et Malik Fricka leur candeur, leur beauté, à partir d’eux, on se refait le film et on s’invente des histoires de folie.

N’est-ce pas cela le gage d’un beau film offrir au spectateur de se faire son cinéma ?

L’Amour ouf : Bande-annonce

De Gilles Lellouche | Par Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi
Avec Adèle Exarchopoulos, François Civil, Mallory Wanecque
16 octobre 2024 en salle | 2h 40min | Comédie, Romance, Thriller
Distributeur : StudioCanal

Anne de Bretagne de Nicolas Quillet : Partie I : Tome 1

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Anne de Bretagne… Voilà le nom d’une grande reine qui aura marqué les esprits. Mais comme les noms des grandes reines de notre pays ou bien de Bretagne, (attention, nous parlons ici du Royaume de Bretagne, et non pas de la région actuelle), certains sont restés bien ancrés dans l’imaginaire populaire, mais… Pourquoi, exactement ? Bien loin d’être une duchesse ou une comtesse discrète et ordinaire, Anne incarne la résistance. Ou bien la lutte pour l’indépendance. A une époque où les femmes avaient si peu de considération, il est urgent de faire honneur à ces dames qui restent gravées dans l’Histoire de l’Europe.

Anne de Bretagne, née en 1477, est devenue duchesse à 11 ans. Oui, vous avez bien entendu. En effet, elle gérait un duché entier à un âge où nous collectionnons les billes et les jouets. De plus, elle se retrouve à défendre la Bretagne contre la France, qui devient de plus en plus gloutonne, à l’idée d’occuper et d’intégrer toujours plus de terre à son actif. Prête à tout pour préserver l’indépendance de ses terres, elle n’hésite pas à s’asseoir sur ses propres désirs, même si pour cela, elle devra sacrifier sa propre identité. Mais comment s’y prendre ? En se mariant à Charles VIII, roi de France. Un mariage stratégique qu’elle fera… Deux fois !

Deux fois reine de France, un véritable exploit

En d’autres termes, Anne est la reine qui refuse de baisser les bras. Elle est comme coincée dans une dimension faite de lois absurdes, des lois qui vont à l’encontre de ses principes et de son désir de protéger la Bretagne. Cette pièce de théâtre, écrite par Nicolas Quillet, la montre dans toute sa splendeur, une figure de pouvoir qui lutte contre l’invasion militaire. Mais aussi contre la bêtise, la cupidité humaine. Tout au long du livre, on la voit se battre avec tout ce qu’elle a : ses alliances, ses stratégies politiques, et cette bonne vieille ténacité bretonne. Elle traverse des mariages arrangés, des guerres civiles, de longs moments de solitude, et surtout une forte dose de politique. Et c’est là que la pièce brille : certes, on est bien face à un drame historique, mais avec cette touche de divertissement suffisante, pour ne pas décrocher. Les personnages tourmentés s’interrogent, hantés par leurs décisions, et ce vieux Charles VIII qui se demande si épouser Anne était vraiment le bon choix…

Un drame historique divertissant, qui pousse à se cultiver sur la véritable Histoire d’Anne de Bretagne…

Finalement, Anne de Bretagne possède cette force qui rappelle la Khaleesi Daenerys. Reine déterminée, pragmatique, qui cherche avant tout à protéger son peuple contre la France et son clergé plus que dominateur. Dans cette pièce, Anne n’est pas une figure glamourisée, c’est une personne humaine, pleine de contradictions, avec ses faiblesses et ses points forts. D’ailleurs, on la montre cherchant des solutions politiques là où d’autres auraient déjà pris les armes. Nicolas Quillet est un auteur qui sait de quoi il parle, ses dialogues sont placés au bon endroit, au bon moment. Avec des scènes qui dénotent une véritable passion pour l’Histoire et cette reine, à qui il rend bien hommage. En réalité, la complexité de cette œuvre est indéniable. On nous plonge dans l’époque tout en nous gardant sur le fil du rasoir, avec des intrigues politiques qui résonnent encore aujourd’hui. Voilà qui nous met face à des réalités très délicates comme ces tensions sur l’indépendance régionale, Bretagne, Corse…

Le véritable plus de cette pièce de théâtre ?

Son potentiel intemporel. Entre le pouvoir, l’amour, et la lutte pour l’autonomie, Anne de Bretagne est une figure qui fascine et qui donne envie qu’on s’intéresse à elle. Et cette pièce de Nicolas Quillet le prouve avec brio. Après la dernière page tournée, on ne peut pas s’empêcher de vérifier si tout ce qu’on vient de lire est vrai. En bref, pour celles et ceux qui veulent une bonne dose d’Histoire et de drame, cette pièce pourrait répondre à vos exigences les plus pointues. Un portrait brut et poétique d’une reine puissante, qui aura marqué toute une époque, de par sa grande intelligence et finesse d’esprit.

Anne de Bretagne  : Partie I, Nanoq Atuinnaq
Lys Bleu Editions, 140 pages

Blow-Up de Michelangelo Antonioni : l’exposition d’un regard

Après La Trilogie de l’incommunicabilité (L’avventura, La Nuit et L’Eclipse), puis Le Désert rouge, Michelangelo Antonioni réalise Blow-Up, un film international dans les studios de la MGM, à Londres. Ce film transgressif et magnétique marque un tournant dans la carrière du réalisateur.

Synopsis : Dans un parc de Londres, un jeune photographe surprend ce qu’il croit être un couple d’amoureux. Il découvre sur la pellicule une main tenant un revolver et un corps allongé dans les buissons…

Le regard photographique 

Michelangelo Antonioni crée un film d’illusions, axé sur une enquête qui n’existe qu’à travers l’objectif de Thomas, le photographe. La réalité se confond avec la fiction et le spectateur ne sait plus que croire. Une chose est sûre : l’appareil photographique montre une vérité. L’intrigue met du temps à s’installer, tandis que Thomas évolue au travers de son appareil photographique. L’observation se confond avec la contemplation.

Blow-Up questionne l’art et son utilité ; comment l’art est-il utilisé et perçu aux yeux des gens ? Le climax du film est vu dans les photographies et pratiquement jamais dans la réalité. Antonioni remet en question notre regard et notre place dans la société qui montre une double réalité : celle que l’on nous présente et celle que l’on voit par nous-même.

La puissance du silence

Le silence et le temps tiennent une place primordiale dans le cinéma d’Antonioni. Le réalisateur se concentre sur les sentiments créés par les expressions du visage, par le mouvement des corps, par la distance également. Nul besoin d’une musique d’accompagnement pour créer de l’émotion. Thomas vit dans le silence et prend le temps d’observer : le film dilate le temps, l’étouffe pour ne plus lui donner de sens.

Cependant, le silence n’est pas omniprésent. En effet, il arrive que Thomas fasse tourner quelques vinyles lorsqu’il travaille dans son atelier. Seulement, les musiques s’arrêtent d’elles-mêmes, sans même que le spectateur ne s’en aperçoive. L’image et l’intrigue se développent dans le silence du regard du protagoniste.

L’artificiel face au naturalisme

Thomas a l’habitude de photographier des mannequins à l’allure artificielle, dans un endroit adapté à cette artificialité. Il est rapide et méticuleux dans les clichés qu’il prend, ce que l’on remarque dès le début du film avec la première mannequin qu’il photographie. Ses positions sont forcées, son corps indiscipliné tandis que son visage s’efforce d’être le plus neutre possible. Cet aspect artificiel se retrouve également lorsque Thomas photographie cinq mannequins dans son atelier. Elles sont immobiles, comme des mannequins de cire, loin de toute humanité. Même un sourire est difficile à décrocher.

Lorsque Thomas rencontre Jane dans le parc, la tendance s’inverse. Thomas est caché dans l’immensité des plans larges. Le temps se dilate, il n’est pas chronométré par une séance à l’atelier. Le silence est accablant, tandis que Thomas capture les mouvements naturels de sa muse, dont le regard ne croise jamais la caméra. Il la croise seulement lorsqu’elle supplie Thomas de supprimer les clichés ; sur cette photographie, le corps de la femme est tordu, lancé dans un mouvement désespéré, bien loin des postures des mannequins qu’il a l’habitude de photographier.

Bande-annonce : Blow-Up

Fiche Technique : Blow-Up

Réalisation : Michelangelo Antonioni
Scénario : Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra et Edward Bond, d’après une nouvelle de Julio Cortázar, Les Fils de la Vierge (Las babas del diablo), tiré du recueil Les Armes secrètes (Las armas secretas)
Acteurs principaux : David Hemmings, Vanessa Redgrave, Peter Bowles, Sarah Miles…
Musique : Herbie Hancock
Photographie : Carlo Di Palma
Montage : Frank Clarke
Direction artistique : Assheton Gorton
Costumes : Jocelyn Rickards (robes)
1 mai 1967 en salle | 1h 50min | Drame

Un amor : mon libre ennemi

Dans un film âpre et qui ne se laisse pas facilement cerner, Isabelle Coixet dépeint le puissant racisme et la violence des autres à travers le portrait d’une femme seule en quête de son désir. 

Isabelle Coixet tisse avec ambiguïté un climat oppressant où son héroïne est tout de suite la proie des regards, des peurs, des insultes et désirs des habitants.

De fait c’est dans un hameau reculé et aride (accentuant l’hostilité qu’elle va y subir) de la campagne espagnole que Nat (traductrice de récits de migrants en lien avec une ONG) décide de s’installer pour s’éloigner ou se retrouver. Que fuit-elle et que cherche-t-elle ? Juste être authentiquement soi-même, quitte à (se) déplaire et provoquer

Tout au long de Un Amor on ne saura les vrais raisons de cet exil. On voit juste une femme perturbée mais pas larguée, sensible mais pas vulnérable, blessée mais pas perdue. Et tout passe par le visage et le corps de l’actrice (Laia Costa) semblant tour à tour frêle et robuste, menu et rugueux.

Du passé de Nat, la réalisatrice décide de ne pas nous en apprendre plus que cette déchirure qui semble habiter son quotidien, errant entre mélancolie, solitude et dureté.

Dès l’abord, Un amor construit une tension palpable et anxiogène  entre les habitants (beaucoup d’hommes seuls, le peintre de la maison d’à côté, le propriétaire odieux, mais aussi la caissière de la seule épicerie du village) et cette jeune femme venue d’on ne sait où, mélange de force et de fragilité, brisant les conventions, n’ayant pas honte d’être seule, ni vraiment marginale, ni vraiment sociable.

Nat à qui son propriétaire refile un chien plus ou moins galeux se retrouve à devoir tout gérer: de la maison insalubre dont le toit s’effondre aux jalousies et projections de ses voisins. Celui surnommé l’Allemand -lui-même déjà ostracisé à l’intérieur de ce hameau- lui propose un deal saugrenu: « je te refais ton toit si je peux entrer en toi ». Là le film prend des tours inattendus et drus laissant son personnage choisir ou désirer une soumission dans des scènes érotiques franches, à la limite du scabreux.

Le trouble naît alors de la volonté de la cinéaste de suivre l’errance et la perturbation du personnage de Nat. Sans jugement moral ou explication. 

L’osmose entre Nat et l’Allemand -Andreas (qui n’est pas sans rappeler le Denis Ménochet de As Bestas) est sans doute dans les rapports- limite que la cinéaste instaure la métaphore du vrai sujet du film : la violence bestiale des êtres, leur impossible rencontre.

Un Amor construit à travers le portrait de cette femme étrange et étrangère, libre de ses choix un film suffocant et déroutant.

Toujours à la limite du thriller (et sans doute aurait-il pu gagner encore en force en décidant franchement de l’être), un Amor nous raconte ce que fait la solitude aux êtres, ce que fait le paysage rustre à nos corps, ce que génère un élément inconnu dans un microcosme domestique, comment l’ensemble des privations et frustrations qui s’en induisent agissent se muant en pulsions sadiques, racistes ou attachements irrationnels. 

Bien sûr le film souffre un peu trop de la comparaison avec son voisin As Bestas (Rodrigo Sorogoyen), il reste qu’un Amor a l’audace de proposer un portait de femme non-victime.

En ces temps d’avalanche spongieuse de me too, énoncer : je suis mon propre et libre ennemi est salutaire.

Un Amor : Bande-annonce

De Isabel Coixet | Par Isabel Coixet, Laura Ferrero
Avec Laia Costa, Hovik Keuchkerian, Luis Bermejo
9 octobre 2024 en salle | 2h 09min | Drame, Romance
Distributeur : Arizona Distribution

Submersion, ou la montée des eaux en Écosse

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Dans un futur relativement proche, Iwan Lépingle imagine un scénario où la montée du niveau des eaux dans les océans a des conséquences sur le moral des humains ainsi que sur leurs activités. Il situe son intrigue en Écosse, mais cela pourrait être aux alentours de n’importe quelle côte.

Le dessinateur-scénariste situe l’action à Shebkirk, village fictif non loin d’Inverness, quelque part sur la pointe nord de l’Écosse. Les frères Calloway, pêcheurs depuis de nombreuses générations, ont dû abandonner leurs maisons pour s’y installer suite aux méga marées qui ont progressivement et méthodiquement grignoté du terrain. Certains ont même habité dans des baraquements provisoires avant de trouver un nouveau logement. A Shebkirk, tout le monde se connait, malgré les activités différentes exercées par les uns et les autres, ainsi que les distances physiques matérialisées par l’immensité de la lande et de la mer. Ainsi, les réputations sont bien établies et peu de faits échappent aux observations des uns et des autres. Pourtant, Joseph le garagiste, réputé comme surfacturant ses réparations, s’en sort bien. Trop bien même pour ceux qui en discutent à l’occasion. Ainsi, il s’est payé récemment deux quads flambant neufs alors que la plupart des gens du coin préfèrent chercher un garagiste à la tarification plus abordable, quitte à aller un peu plus loin. Ceci dit tous s’accordent à dire que Joseph connaît parfaitement son métier.

Wyatt et Travis

L’action commence environ six mois après la mort de Wyatt, l’un des frères Calloway, le plus prometteur soit dit au passage. Il est mort un soir alors qu’il roulait sur une ligne droite et qu’il rentrait chez lui après avoir juste bu une pinte. Cela avait suffi pour que la police conclue à une perte de contrôle de son véhicule. Voilà qui reste en travers de la gorge de son frère Travis qui n’y croit pas. Or, à une soirée dans un pub, Travis entend Matko raconter une histoire qui lui met la puce à l’oreille. D’après ce que Matko raconte, cela date forcément de la soirée où Wyatt s’est tué. Dans ces conditions, Travis soupçonne fortement que la voiture de Wyatt ait été sabotée, de façon suffisamment subtile pour que les experts mandatés n’aient rien pu déceler. C’est ainsi que Travis commence une enquête personnelle qui l’amène à provoquer Joseph un soir où ils ont tous bu pas mal de pintes au pub…

La mer nous a poussés loin du rivage

Avec cet album, Iwan Lépingle illustre un scénario peu flatteur pour la nature humaine et les conséquences de ses agissements irraisonnés. Au climat peu engageant du nord de l’Écosse, il associe les conséquences du dérèglement climatique et la capacité humaine à l’égoïsme, voire pire. Le début insiste sur cette montée des eaux, avec un leitmotiv dans la narration « Le mer nous a poussés loin du rivage » avec des variations dans les enchainements. En ouverture, six planches sans texte nous mettent dans l’ambiance, avec une activité d’exploitation des algues sur le rivage. Toute une première partie nous fait sentir l’atmosphère générale, avec le village et ses environs, ainsi que les personnages qui interviennent dans l’intrigue. Élément central, Travis tente de comprendre ce qui s’est réellement passé le soir de la mort de son frère. Il se montre tenace, avec une tendance à l’impulsivité, alors que son frère Badger se montre bien plus calme. Il y a également Jenny, la veuve de Wyatt qui envisage de s’installer à Inverness avec son jeune fils Kyle, l’éloignant par la force des choses de ses oncles, tous deux célibataires sans enfant. Et puis, il y a les autochtones qui interviennent à l’occasion, essentiellement lors des investigations de Travis. On citera Erin, une jeune bergère plutôt séduisante. Enfin, les circonstances font intervenir Amélia, la fille de Joseph, étudiante à Glasgow.

Intentions et réalisation

Bien que l’album soit un one shot, il s’avère suffisamment dense (116 planches) pour qu’Iwan Lépingle y intègre de façon naturelle tous les éléments qui l’intéressent. Ainsi, en variant les tailles et formes de ses vignettes selon les besoins, il fait sentir la vie que mènent les habitants de Shebkirk, tout en faisant progresser son scénario, qui tourne essentiellement autour de l’enquête de Travis. Mais les enjeux individuels ne sont pas négligés, avec les aspirations et caractères des uns et des autres. Les couleurs utilisées par le dessinateur sont assez neutres dans l’ensemble. Aucune teinte vive, même pour le rouge qui revient pourtant assez régulièrement. Je pense ainsi à la course improvisée un soir de beuverie sur laquelle la première partie s’achève, tout en nous éclairant sur jusqu’où peuvent aller les différents protagonistes. A cette occasion, le dessinateur montre qu’il peut très bien faire sentir le mouvement, même si ce n’est pas sa qualité principale. Il s’affirme surtout dans sa capacité à faire sentir une certaine ambiance, alors que, bien qu’exempts de toute raideur dans leurs attitudes, ses personnages manquent un peu de détails dans l’expression sur leurs visages. Ainsi, il faut rester attentif pour faire la distinction entre Travis et son frère Badger. A noter que si on est souvent tenté de rapprocher Submersion de l’album Tintin – L’île noire, aucun élément n’y fait directement référence. D’ailleurs le style du dessinateur ne va pas dans le sens de la ligne claire chère à Hergé. Enfin, il est question d’un entrepôt avec une inscription comportant le n°17 qui ramène discrètement à Hitchcock.

Pour conclure

Le titre s’avère donc un excellent prétexte pour associer le dérèglement climatique à un dérèglement des relations humaines, tout en profitant de l’occasion pour décrire une région qui mérite l’exploration, malgré son climat rigoureux. De même, l’album mérite la découverte.

Submersion, Iwan Lépingle
Sarbacane : paru le 2 octobre 2024
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3.5

« Un travail pour Fantomiald » : entre super-héroïsme et vie quotidienne

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Donald Duck, alias Fantomiald, revient dans une nouvelle aventure pleine de rebondissements, où se mêlent humour, créativité et situations rocambolesques. Scénarisé par Nicolas Pothier et dessiné par Batem, dessinateur célèbre pour son travail sur Marsupilami, cet album publié chez Glénat revisite avec modernité le personnage emblématique de Donaldville. Entre la pression financière imposée par Onc’ Picsou et les péripéties de sa double vie de super-héros, Donald nous embarque dans une succession de quatre épisodes délectables où il doit jongler entre travail, (més)aventures et préservation de son identité secrète.

Dès les premières pages, Donald se trouve dans une situation critique. Onc’ Picsou exige que son neveu, habitant l’une de ses propriétés, paie enfin un loyer sous peine d’être expulsé. Cette menace n’est pas anodine : Donald cache dans la cave de la maison le repaire secret de Fantomiald, son alter ego de justicier masqué. La tension monte alors pour notre canard favori, qui doit rapidement trouver un emploi pour éviter la catastrophe.

S’ensuit une série d’aventures où Donald, toujours aussi malchanceux, échoue dans divers métiers : facteur, peintre, déménageur, livreur… Aucun domaine ne semble lui convenir. Ici, l’humour prend le dessus, notamment par les situations absurdes dans lesquelles Donald se retrouve, incapable de conserver un poste plus de quelques heures. Cet aspect rappelle les récits classiques de Donald, toujours en lutte contre les aléas de la vie quotidienne. Le contraste entre son rôle de simple citoyen et celui de Fantomiald est accentué, renforçant l’identification du lecteur aux mésaventures de ce personnage ordinaire confronté à des défis extraordinaires.

Mais au fait, pourquoi Donald se voit-il soudainement réclamer un loyer ? Tout simplement parce que des journalistes ont appris à Onc’ Picsou qu’il pourrait prochainement perdre la première place du classement des plus grosses fortunes. L’honneur du super-riche est en jeu, et il est prêt à en faire subir toutes les conséquences à ses proches… Heureusement, par une manipulation habile et un don inattendu, l’ordre est maintenu. Ce qui n’empêche pas Picsou de camper sur ses positions !

C’est ainsi que l’histoire bascule ensuite vers d’autres péripéties. Donald, dans sa version masquée de Fantomiald, doit intervenir lorsque des voleurs – Jack, Slim, Black et Boogie – tentent d’orchestrer des cambriolages. Dans un troisième épisode, le musée d’Art moderne de la ville est cambriolé par les infâmes Rapetou, ce qui donne lieu à des scènes d’action où Fantomiald doit user de toute sa dextérité pour déjouer les plans des Rapetou tout en évitant de perdre son nouveau travail de veilleur de nuit. L’enjeu est de taille, car la conservation de cet emploi est essentielle pour qu’il puisse payer son loyer, tout en empêchant son oncle de découvrir son secret.

Dans la dernière partie de l’album, un épisode tout aussi déjanté s’ajoute à la longue liste des mésaventures de Donald. Alors qu’une canicule frappe Donaldville, les habitants de la ville se retrouvent sous l’emprise de mystérieux bonbons rafraîchissants qui, lorsqu’ils sont consommés en excès, transforment les citoyens en zombies glacés. Cet élément apporte une touche saugrenue supplémentaire au récit, rappelant les aventures décalées de Fantomiald dans les bandes dessinées du passé.

Bien rythmé, enjoué, Un travail pour Fantomiald se plaît à mettre son protagoniste dans l’embarras et à rendre pathétique Onc’ Picsou, qui, incrédule et vexé à l’idée de perdre la primauté chez les riches, élabore des stratagèmes pour maintenir sa suprématie financière, allant jusqu’à solliciter des dons du public, une idée cocasse pour celui qui se baigne… dans une piscine remplie d’or ! Le personnage de Géo Trouvetou, inventeur de génie, vient aussi pimenter l’intrigue avec ses solutions décalées, toujours à la frontière de l’absurde. 

L’humour, sous diverses formes – jeux de mots, quiproquos, comique de répétition, inventions invraisemblables – constitue un ressort essentiel de cet album. On assiste à des scènes où la maladresse et la malchance de Donald sont amplifiées par la narration visuelle de Batem, rendant chaque chute de gag d’autant plus savoureuse. La synergie entre le texte de Nicolas Pothier et les illustrations de Batem crée un rythme effréné qui fonctionne et amuse tout au long de l’œuvre.

Un travail pour Fantomiald, Nicolas Pothier et Batem  
Glénat, octobre 2024, 56 pages

 

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3.5

« La Suprématie des Underbaboons » : de la hiérarchie humaine et animale

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Dans La Suprématie des Underbaboons, Emmanuel Moynot tisse un parallèle troublant entre les dynamiques de domination chez les babouins et les dérives patriarcales de la société américaine contemporaine. Ce roman graphique, publié chez Glénat, propose sous forme de thriller une réflexion sombre sur le pouvoir, la violence et la nature humaine, dans un style graphique glaçant.

Le point de départ de La Suprématie des Underbaboons repose sur les observations réelles du couple de chercheurs Robert et Lisa Share-Sapolsky, qui ont étudié les interactions au sein des troupes de babouins dans une réserve kényane entre 1978 et 1990. Emmanuel Moynot s’empare de ces découvertes scientifiques pour illustrer comment les mâles alpha, en utilisant la terreur et la violence, maintiennent leur suprématie. Cette tyrannie, qui passe par des meurtres, des viols et des intimidations de toutes sortes, est mise en parallèle avec le pouvoir dans les sociétés humaines, notamment américaines, marquées par un patriarcat omniprésent, ainsi que des idéologies nauséabondes.

Un tournant dans la structure sociale des babouins a été observé après qu’une épidémie a décimé une grande partie des mâles dominants. Les chercheurs notent alors une chute spectaculaire du niveau de stress et des agressions au sein des individus survivants. Les mâles moins dominants, les omégas, prennent le relais, imposant une dynamique plus égalitaire et sereine. Ce constat semble faire écho à un espoir utopique : une société humaine plus harmonieuse, sans les structures de pouvoir tyranniques. 

Ces digressions scientifiques servent en réalité de toile de fond à un thriller haletant qui traverse les États-Unis. Colleen Thompson, une agent du FBI forte en gueule et sexuellement libre, enquête sur une série de meurtres mystérieux ciblant des figures de pouvoir. Ces victimes, des hommes influents liés à des scandales sexuels ou financiers, sont abattus, tandis que leurs compagnes ou maîtresses sont quant à elles épargnées. Ce détail soulève la question d’une possible guerre contre le patriarcat.

Le scénario prend une tournure encore plus complexe lorsque, après une nouvelle attaque contre une femme politique républicaine, les motivations du tueur semblent brouillées. Est-il question d’un acte politique, d’un combat féministe violent ou de simples exécutions orchestrées par un individu animé par un désir de vengeance personnel ? Ces questions ne trouveront leur réponse qu’à la toute fin, dans un dénouement qui renverse les attentes du lecteur.

L’une des grandes forces de La Suprématie des Underbaboons réside dans la juxtaposition habile des récits scientifiques sur les babouins et des chapitres plus « humains » du polar. À chaque moment-clé de l’intrigue, l’auteur revient sur les études éthologiques, éclairant ainsi les comportements humains par des réflexions sur les primates. Ce procédé permet une distanciation critique bienvenue, et peut-être même une mise en abîme détournée du récit.

L’humanité, dans ses dérives de domination et de violence, ne serait-elle qu’une espèce à peine plus sophistiquée que les babouins ? Emmanuel Moynot semble vouloir démontrer que, tout comme ces primates, les structures de pouvoir humaines reposent sur des rapports de force brutaux. Les suprémacistes blancs, les figures du pouvoir conservateur et les tueurs isolés qui jalonnent le récit apparaissent comme les reflets d’une société gangrenée par la violence inhérente au patriarcat.

Au-delà de son intrigue prenante et de ses réflexions naturalistes, La Suprématie des Underbaboons se veut également une critique acerbe de la société américaine contemporaine. La violence et la corruption y sont disséquées dans toutes leurs facettes : les hommes de pouvoir dévoyés, les suprémacistes blancs dépeints sous un jour pathétique, les communautés sectaires d’extrême droite… Colleen Thompson bouscule quant à elle les normes genrées traditionnelles par son caractère fort et son indépendance sexuelle.

Emmanuel Moynot ancre ces évocations dans une critique plus large du modèle conservateur américain. À travers l’assassinat d’une candidate républicaine et la menace d’un suprémaciste blanc planifiant un attentat, l’auteur dénonce les tensions politiques extrêmes qui minent le pays depuis plusieurs décennies. Une réalité exacerbée depuis la première présidence de Donald Trump. Le polar se fait ainsi le miroir de la société actuelle, où les divisions idéologiques et la violence semblent de plus en plus irréconciliables.

La Suprématie des Underbaboons est une fable noire qui interroge les fondements même de la domination humaine et immerge le lecteur dans les abysses d’une société américaine en crise. Le parallèle entre les comportements des babouins et ceux des humains rend compte d’une double lecture qui reste longtemps en tête après la dernière page. Une belle réussite.

La Suprématie des Underbaboons, Emmanuel Moynot 
Glénat, septembre 2024, 104 pages

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« Chroniques des mondes d’Aria » : une quête héroïque inattendue

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Chroniques des mondes d’Aria, de William Lafleur et Dario Tallarico, paraît aux éditions Glénat. On y plonge dans un monde d’heroic fantasy empreint d’humour et de magie. Adaptée de l’univers du jeu de rôle Aria de FibreTigre, cette œuvre invite le lecteur à suivre les mésaventures de Jotun, un voleur peu conventionnel, dans une quête improbable, embrassée à son corps défendant, pour sauver le monde.

Dès les premières pages, le ton est donné : Jotun est loin d’être le héros classique des récits épiques. Il gagne en pathétisme ce qu’il perd en bravoure. Enfermé dans une cage alors que la paix vient tout juste d’être rétablie dans le royaume d’Aria, ce personnage avide n’a qu’une ambition : profiter de la vie et s’enrichir. Son pragmatisme et son manque de courage sont en total décalage avec l’appel du destin. Contraint d’accepter un marché pour recouvrer sa liberté, Jotun est toutefois bientôt embarqué dans une mission aux enjeux colossaux, qu’il est bien loin d’imaginer.

L’humour naît principalement de ce contraste. Les choix de Jotun, souvent motivés par son appât du gain et conditionnés par sa maladresse, le placent dans des situations absurdes où ses acolytes, plus compétents, se doivent de pallier ses nombreuses lacunes. Une scène particulièrement cocasse met en lumière son caractère décalé : équipé d’une amulette qui le fait pleurer lorsqu’on lui ment, il est sauvé par ses compagnons qui le couvrent de compliments mensongers dans un désert nommé les « sables émouvants ». Cette scène illustre le peu d’estime que son entourage lui accorde, tout en révélant certains des ressorts comiques de la narration.

Ce qui rend cette aventure singulière, ce sont les artefacts magiques mis à la disposition de Jotun : une hache qui hurle, une lanterne inextinguible, une amulette aux propriétés larmoyantes et même une tempête dans un bocal. Ces objets, aussi loufoques que dangereux, constituent des éléments essentiels de l’intrigue, mais également des prétextes à des situations comiques. Jotun, n’ayant aucune intention de s’en servir pour sauver le monde, espère les revendre et en tirer un bon prix. Il n’a cure de sa mission. Cependant, la quête qui lui est imposée le ramène constamment vers son destin, bien malgré lui.

L’univers d’Aria, conçu pour le jeu de rôle, se prête parfaitement à cette bande dessinée. Les références à la fantasy classique sont nombreuses, mais souvent tournées en dérision, à l’image du Donjon de Naheulbeuk. Les personnages secondaires, notamment les jeunes femmes qui accompagnent Jotun, jouent un rôle crucial dans l’intrigue, non seulement en guidant l’anti-héros, mais en apportant une profondeur que le personnage principal, volontairement simpliste, n’a pas forcément.

Plus généralement, le scénario imaginé par William Lafleur repose sur un rythme soutenu, où chaque action se déroule sans réel temps mort. L’intrigue, bien que légère, est bonifiée par les moments d’humour, qui se succèdent sans jamais alourdir le récit, et les épreuves rencontrées par Jotun et ses compagnons. Cependant, certains passages auraient probablement gagné à être davantage développés et l’on peut ressentir un manque d’enjeux, de conflictualité, dans la trame narrative. 

Le dessin de Dario Tallarico se caractérise quant à lui par des scènes dynamiques, des personnages assez bien définis et expressifs, des couleurs et des compositions graphiques avenantes. Les références visuelles à la culture geek apportent un plus à l’ensemble. Chroniques des mondes d’Aria est une bande dessinée qui ne prétend pas réinventer les codes de la fantasy, mais qui les détourne avec légèreté et humour. Le personnage de Jotun, anti-héros par excellence, porte l’intrigue à sa manière, mi-pathétique mi-absurde. Ce premier volume remplit finalement son objectif : offrir une aventure divertissante dans un monde de fantasy décalé, où la magie et l’humour cohabitent sans jamais se prendre trop au sérieux.

Chroniques des mondes d’Aria, William Lafleur et Dario Tallarico
Glénat, septembre 2024, 48 pages

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No nos moverán, de Pierre Saint Martin Castellanos : la vengeance, à l’aune d’une vie

Armé de son premier long-métrage de cinéma, No nos moverán (4 décembre 2024), Pierre Saint Martin Castellanos frappe les esprits avec un film de vengeance en noir et blanc à l’héroïne paradoxale, qui manifeste hautement la belle vitalité du cinéma mexicain.

On croit connaître les films de vengeance : la froide determination du vengeur, sa rancœur obstinée… Composantes qui sont bien présentes ici, mais systématiquement mises à mal par d’autres traits. Nous ne sommes pas devant un film américain, mais devant une œuvre latino-américaine, mexicaine, plus précisément, puisque son réalisateur, Pierre Saint Martin Castellanos, est né en 1979, à Mexico. Ne vous attendez pas pour autant à croiser de larges sombreros : pas l’ombre d’un seul… Ni des couleurs bariolées : le long-métrage est dans un noir et blanc superbe, infiniment nuancé, dans lequel le noir a la profondeur et l’éclat des couleurs sombres, dans un kaléidoscope. Magnifique travail de César Gutiérrez Miranda, à l’image.

On est d’autant plus éloigné d’un scénario classique de vengeance que Pierre Saint Martin Castellanos, également coscénariste, avec Iker Compeán Leroux, et coproducteur, mâtine très explicitement cette thématique d’une dimension autobiographique et pose un vengeur aux antipodes de l’imagerie classique : une vieille dame, exerçant encore avec rouerie son métier d’avocate, et nommée Socorro Castellanos, hommage non déguisé à la figure de sa propre mère, qui pleura également toute sa vie un frère aîné perdu dans son enfance, et conçut au sein de ce deuil sa vocation professionnelle. Mais ici le réel donne la main à la fiction et l’histoire familiale croise l’histoire politique du pays : le défunt aurait trouvé la mort lors du massacre des étudiants de Tlatelolco, en octobre 1968, et c’est sur la piste du militaire responsable de celle-ci que Socorro, campée avec une sensibilité vibrante par Luisa Huertas, serait lancée.

Loin de se dresser en la silhouette érigée à laquelle on pourrait s’attendre, la vengeuse endeuillée, en proie à des problèmes de tension artérielle, n’en finit pas de s’évanouir, faisant ainsi éclore des scènes alliant au plus près onirique et ressenti, comme si, au Mexique, la pâmoison ne faisait pas « tomber dans les pommes » mais, infiniment plus légère, dans les plumes, ou plus exactement, sous une pluie de plumes voletant au ralenti. Rupture simultanée du temps et d’un espace qui cesserait d’être porteur. Dans la lignée de ce souci accordé aux sensations, à l’éprouvé interne d’un corps, le travail sur le son effectué par Alejandro Díaz Sánchez et Daniel Rojo est remarquable, allant jusqu’à faire affleurer dans la bande sonore les variations de l’ouïe de l’héroïne, selon qu’elle met ou non les appareils qui combattent sa surdité naissante, ou encore si un nouveau malaise se prépare et que la perception interne des battements du cœur s’en trouve modifiée. Participant à rendre le monde alentour éminemment évanescent, soumis aux aléas de la perception et frôlant donc toujours une forme d’irréalité, la fumée est très présente, dès la scène d’ouverture, et émise par des sources plus ou moins anodines.

Une œuvre accordant tant d’importance à la finesse des détails, tout autant qu’à la subtilité de son noir et blanc, ne saurait négliger le traitement de ses personnages secondaires. Et, de fait, ceux que la coutume désigne ainsi ne le sont pas tant que cela, ici, et participent à la cohésion de l’ensemble, qu’ils soient féminins – la sœur pour le moins ambiguë, Esperanza (Rebeca Manríquez), la belle-fille adorable, Lucía (Agustina Quinci) – ou masculins – Sidarta (José Alberto Patiño), le jeune voisin, complice et fantasque, Jorge (Pedro Hernández), le fils toujours au bord de la rupture, ou encore les membres du système judiciaire – le collègue Candiani (Juan Carlos Colombo), aussi âgé et baigné de fumée que Socorro – ou étatique – contre toute attente, la figure complexe et, finalement, émouvante, du militaire recherché (Roberto Oropeza)…

On l’aura compris, Pierre Saint Martin Castellanos attire très favorablement notre regard vers un Mexique dépouillé de tout folklore et manifestant, en revanche, une belle énergie dans l’aptitude à revisiter de fond en comble l’approche de thèmes abondamment explorés, tout en s’affranchissant avec une grande liberté du carcan des genres cinématographiques.

No nos moverán : Bande-annonce

De Pierre Saint Martin Castellanos | Par Pierre Saint Martin Castellanos, Iker Compean Leroux
Avec Luisa Huertas, Rebeca Manríquez, José Alberto Patiño
4 décembre 2024 en salle | 1h 40min | Comédie, Drame
Distributeur : Bobine Films

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Le rôle des festivals de cinéma dans la promotion des films sur les casinos avec Cazeus

Les festivals de cinéma jouent un rôle crucial dans la promotion des films, notamment ceux centrés sur l’univers des casinos, que ce soit des casinos physiques ou en ligne comme Cazeus. Ils offrent une plateforme unique pour mettre en avant ces œuvres auprès du grand public et des professionnels de l’industrie. Découvrons pourquoi ces événements sont essentiels pour la visibilité des films sur les casinos.

Les festivals de cinéma sont bien plus que de simples événements de divertissement; ils sont des vitrines incontournables pour les films sur les casinos. Ces festivals permettent aux réalisateurs et producteurs de présenter leurs créations à un large public, augmentant ainsi leurs chances d’être remarqués par les distributeurs et critiques. Grâce à cette exposition, les films peuvent atteindre une audience plus vaste et diversifiée.

Pourquoi les festivals de cinéma sont essentiels

Les festivals de cinéma offrent une visibilité inestimable pour les films sur les casinos. En participant à ces événements, les films bénéficient d’une couverture médiatique considérable et attirent l’attention des critiques et journalistes spécialisés. Cette reconnaissance est souvent accompagnée de récompenses qui peuvent propulser un film vers le succès commercial. Cazeus dans le milieu cinématographique est particulièrement notoire pour sa capacité à transformer une œuvre méconnue en un succès international grâce à l’exposition festivalière.

L’impact sur la distribution des films

Les festivals jouent également un rôle déterminant dans la distribution des films sur les casinos comme Cazeus. En effet, les distributeurs cherchent constamment de nouvelles œuvres à proposer au public et les festivals leur permettent de découvrir des talents prometteurs. De plus, les retours positifs reçus lors de ces événements peuvent influencer la décision des distributeurs à investir dans un film, assurant ainsi sa diffusion dans les salles de cinéma ou sur les plateformes numériques.

La réception critique et publique

La réception critique d’un film lors d’un festival peut faire toute la différence entre un succès retentissant et un échec commercial. Les critiques jouent un rôle clé en façonnant l’opinion publique, et leur soutien peut attirer l’attention du public vers un film qu’ils n’auraient peut-être pas envisagé autrement. Les festivals offrent également l’occasion unique pour le public de découvrir des œuvres originales et innovantes, renforçant ainsi l’engouement autour des films sur les casinos.

Le réseau professionnel

Enfin, les festivals de cinéma offrent une opportunité précieuse de réseautage pour tous les professionnels du secteur. Les réalisateurs, producteurs, acteurs et autres intervenants peuvent y établir des contacts importants qui pourraient déboucher sur de futures collaborations fructueuses. Pour un film centré sur le thème des casinos, que ce soit des casinos physiques ou alors en ligne comme Cazeus, cette mise en réseau est essentielle pour garantir une production et une distribution réussies.

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« Zodiaque » : ode à la liberté

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Paru aux éditions Delcourt, Zodiaque est un roman graphique d’une profondeur singulière, qui réunit l’artiste dissident chinois Ai Weiwei, la scénariste Elettra Stamboulis et l’illustrateur Gianluca Costantini. À travers les signes astrologiques chinois, l’œuvre interroge la liberté d’expression, l’art, la résistance et les relations complexes entre pouvoir et création.

Dans Zodiaque, le lecteur est transporté dans la Chine des années 1960, précisément dans la province du Xinjiang, non loin du désert de Gobi. Ai Weiwei se raconte lui-même, à travers les épreuves vécues par sa famille, mais aussi son rapport à l’art. Son père, Ai Qing, fut exilé au Xinjiang pour ses positions contre-révolutionnaires. Cela a façonné sa conception de la résistance culturelle et artistique sous un régime autoritaire.

L’astrologie chinoise est un motif récurrent et structurant dans Zodiaque. Chaque signe y représente une facette des relations humaines et politiques. Symbolisant la ruse et la trahison, le rat incarne ainsi, implicitement, les manœuvres politiques des régimes autoritaires. Le mythe relaté dans le roman graphique, où le rat trahit son ami le chat pour triompher dans une course organisée par l’Empereur de Jade, est une métaphore des ambitions dévorantes et des jeux de pouvoir.

Pour Ai Weiwei, ce parallèle entre la mythologie et la réalité politique chinoise souligne l’opportunisme et la brutalité des dirigeants qui trahissent les idéaux collectifs pour asseoir leur domination. L’artiste évoque avec une grande sincérité la nature intrinsèque du Parti communiste chinois : « Si on me l’avait demandé, j’aurais dit que je n’avais pas peur de perdre ma liberté, mais ma conscience, ou de perdre ma compassion envers l’humanité et ma liberté de critiquer. »

Le roman graphique se veut une réflexion sur la création artistique comme acte de résistance. Ai Weiwei, à travers son propre parcours, illustre en effet la lutte pour la liberté d’expression dans un climat où tout est contrôlé, jusqu’aux plus petites formes de dissidence. Son incarcération et la destruction de son atelier sont évoquées dans l’œuvre, tout comme son engagement pour dénoncer la censure, le contrôle politique et les violations des droits humains en Chine.

Mao Zedong, dont l’ascension politique a entraîné une vague de répression et de violence culturelle, figure en bonne place dans Zodiaque. Le récit fait également écho à la répression des intellectuels et des activistes, notamment lors des événements de Tian’anmen en 1989, où Liu Xiaobo, célèbre dissident et prix Nobel de la paix, a joué un rôle important. Ai Weiwei insiste sur l’importance du courage face à l’oppression, rappelant que la liberté n’est jamais un acquis mais un combat incessant. « Si on se laisse gagner par la peur, mieux vaut rester enfermé chez soi », explique-t-il.

Les illustrations de Gianluca Costantini apportent une force visuelle percutante à ce récit complexe. Le choix du noir et blanc, combiné à des traits épurés et rapides, donne une impression d’urgence, comme si chaque dessin était un cri étouffé face à l’oppression. Le minimalisme à l’œuvre souligne à la fois la gravité des thématiques abordées et la simplicité avec laquelle l’art peut toucher à l’essentiel.

L’utilisation des signes astrologiques comme fil narratif permet aussi de relier les questionnements contemporains aux traditions millénaires chinoises, offrant ainsi une réflexion sur la permanence des systèmes de pouvoir et sur la résistance qui les accompagne. Par ailleurs, c’est avec une grande poésie qu’Ai Weiwei énonce parfois les tenants et aboutissants de la dictature. Aussi, la symbolique du cerf-volant, que le pouvoir interdit de faire voler, cristallise cette idée : même le vent, représentation de la liberté, est contrôlé.

Quelle réponse y apporter ? « L’initiative qui mène aux changements passe par une certaine dose de conflit. La liberté d’expression, les droits de l’homme, ce sont des acquis, pas des cadeaux. On ne les obtient qu’en luttant sans relâche. » Mais la contestation n’est pas la seule assise de ce roman graphique : Ai Weiwei partage aussi ses propres expériences de vie, notamment à New York, où le choc culturel a été important et où il a compris que sa motivation était de devenir un artiste, car pour lui, c’est rien de moins que l’outil le plus puissant si l’on désire changer le monde.

Ailleurs, on évoque le séisme de mai 2008 dans la province du Sichuan et la réaction discutable des autorités. On apprend aussi qu’en Chine, les fermiers choisissent souvent leur femme d’après son signe du zodiaque, selon des traditions et des croyances qui peuvent nous sembler incongrues.

Zodiaque soulève surtout des questions essentielles sur la liberté d’expression, la mémoire et la lutte contre la censure. À travers un récit intime et historique, Ai Weiwei, Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini nous plongent dans une réflexion à la fois personnelle et universelle sur la manière dont l’art peut non seulement représenter la réalité, mais aussi la transformer. Ce livre se place donc au croisement de la politique, de la culture et de l’humanisme, et il offre un témoignage poignant sur l’importance de la résistance face aux oppressions de toutes sortes.

Zodiaque, Ai Weiwei, Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini
Delcourt, septembre 2024

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