L’Amour ouf : il était une fois le destin

Avec une énergie tumultueuse et un amour fou des acteurs et de l’émotion, Gilles Lellouche réussit un film bancal et sincère, fragilisé par sa durée et sa volonté de vouloir tout embrasser. 

Que manque-t-il à l’Amour Ouf pour que ce soit le film bouleversant espéré ? Sans doute un resserrement du sujet sur l’histoire d’amour de Jacky (respectivement Mallory Wanecque-Adèle Exarcopoulos) et Clotaire (respectivement Malik Frickah et François Civil) et non pas son traitement à l’intérieur d’un film presque épique. Resserrement et ligne émotionnelle claire d’un film qui aurait traité sans trop d’à côté inutile ou parasite l’impossible et lumineuse histoire d’amour de jacky et Clotaire sur une quinzaine d’année.

Gilles Lellouche choisit plutôt de ne pas choisir (c’est aussi le motif majeur de sa narration). Habité par un trop grand désir de cinéma, il ne soustrait aucun genre, les mêle tous( drame social, film d’action, guerre des gangs, mélodrame) et finalement appauvrit l’essentiel : le cœur de cet amour.

On a l’impression d’attendre que le film s’engouffre dans cet amour. Gilles Lelouche n’est jamais meilleur que dans les scènes de tête à tête, elles existent en nombre dans cet Amour ouf. On peut en citer deux: celle de François Civil sortant de prison et allant frapper à la porte du père de Jacky (Alain Chabat tout en émotion et maladresse à fleur de peau, excellent) et une micro-scène de rencontre entre Adèle et Vincent Lacoste à travers une portière de voiture. Là l’intensité est à son comble (comme elle l’est sur le visage d’Elodie Bouchez jouant la mère de Clotaire) et nous aurions souhaité un film à l’aune de ces scènes.

Au lieu de cela et c’est une sensation assez étrange, on est amené à beaucoup regarder le film défiler tout autant que Clotaire et Jacky semblent davantage spectateurs de ce qui leur arrive plutôt qu’ils ne sont dedans, à vivre leur histoire. C’est tout le mystère ici de ce film audacieux, quelque peu boursouflé par des accès stylistiques (scènes de danse à la Mauvais Sang, scènes de combat à La Fureur de vivre, scènes d’éclipses à la Melancholia), son cœur battant se fait attendre. Mais après tout, là est peut-être l’enjeu du film: raconter l’attente de l’amour, raconter un amour impossible, sans cesse perturbé par les poings du destin et jamais gracié par le hasard.

L’Amour ouf est un film ambitieux, à la photographie et bande son léchées et pointues, traversé de part en part de références cinématographiques peut-être trop visibles.

Au lieu de se concentrer sur cette chronique d’un amour fou entre deux jeunes que les origines et le destin a priori sépare, le film s’attarde et est fragilisé par des alentours moins  intéressants (notamment les scènes de bande  où paradoxalement d’habitude Lelouch est à l’aise et qui ici desservent le cœur du projet).

Il n’en reste pas moins que nous sommes touchés par la justesse du duo Jacky et Clotaire jeunes autant que par leurs aînés, touchés par l’essai que tente Lellouche de révoquer l’assignation à leurs destins, touchés par l’émotion qu’il vise dans son film.

Et surtout bizarrement alors même que le jeu de Mallory Wanecque est d’une profondeur et sincérité remarquable, le film provoque cette étrange attente de celle qui emporte l’histoire dans toutes les scènes où elle est présente. On attend Adèle Exarcopoulos, on attend sa voix de bébé, sa bouille incroyable, ses moues, ses désespoirs, son émotion vibrante. L’Amour Ouf c’est elle et Chabat leur tendresse, puis Mallory Wanecque et Malik Fricka leur candeur, leur beauté, à partir d’eux, on se refait le film et on s’invente des histoires de folie.

N’est-ce pas cela le gage d’un beau film offrir au spectateur de se faire son cinéma ?

L’Amour ouf : Bande-annonce

De Gilles Lellouche | Par Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi
Avec Adèle Exarchopoulos, François Civil, Mallory Wanecque
16 octobre 2024 en salle | 2h 40min | Comédie, Romance, Thriller
Distributeur : StudioCanal

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