« Chroniques des mondes d’Aria » : une quête héroïque inattendue

Chroniques des mondes d’Aria, de William Lafleur et Dario Tallarico, paraît aux éditions Glénat. On y plonge dans un monde d’heroic fantasy empreint d’humour et de magie. Adaptée de l’univers du jeu de rôle Aria de FibreTigre, cette œuvre invite le lecteur à suivre les mésaventures de Jotun, un voleur peu conventionnel, dans une quête improbable, embrassée à son corps défendant, pour sauver le monde.

Dès les premières pages, le ton est donné : Jotun est loin d’être le héros classique des récits épiques. Il gagne en pathétisme ce qu’il perd en bravoure. Enfermé dans une cage alors que la paix vient tout juste d’être rétablie dans le royaume d’Aria, ce personnage avide n’a qu’une ambition : profiter de la vie et s’enrichir. Son pragmatisme et son manque de courage sont en total décalage avec l’appel du destin. Contraint d’accepter un marché pour recouvrer sa liberté, Jotun est toutefois bientôt embarqué dans une mission aux enjeux colossaux, qu’il est bien loin d’imaginer.

L’humour naît principalement de ce contraste. Les choix de Jotun, souvent motivés par son appât du gain et conditionnés par sa maladresse, le placent dans des situations absurdes où ses acolytes, plus compétents, se doivent de pallier ses nombreuses lacunes. Une scène particulièrement cocasse met en lumière son caractère décalé : équipé d’une amulette qui le fait pleurer lorsqu’on lui ment, il est sauvé par ses compagnons qui le couvrent de compliments mensongers dans un désert nommé les « sables émouvants ». Cette scène illustre le peu d’estime que son entourage lui accorde, tout en révélant certains des ressorts comiques de la narration.

Ce qui rend cette aventure singulière, ce sont les artefacts magiques mis à la disposition de Jotun : une hache qui hurle, une lanterne inextinguible, une amulette aux propriétés larmoyantes et même une tempête dans un bocal. Ces objets, aussi loufoques que dangereux, constituent des éléments essentiels de l’intrigue, mais également des prétextes à des situations comiques. Jotun, n’ayant aucune intention de s’en servir pour sauver le monde, espère les revendre et en tirer un bon prix. Il n’a cure de sa mission. Cependant, la quête qui lui est imposée le ramène constamment vers son destin, bien malgré lui.

L’univers d’Aria, conçu pour le jeu de rôle, se prête parfaitement à cette bande dessinée. Les références à la fantasy classique sont nombreuses, mais souvent tournées en dérision, à l’image du Donjon de Naheulbeuk. Les personnages secondaires, notamment les jeunes femmes qui accompagnent Jotun, jouent un rôle crucial dans l’intrigue, non seulement en guidant l’anti-héros, mais en apportant une profondeur que le personnage principal, volontairement simpliste, n’a pas forcément.

Plus généralement, le scénario imaginé par William Lafleur repose sur un rythme soutenu, où chaque action se déroule sans réel temps mort. L’intrigue, bien que légère, est bonifiée par les moments d’humour, qui se succèdent sans jamais alourdir le récit, et les épreuves rencontrées par Jotun et ses compagnons. Cependant, certains passages auraient probablement gagné à être davantage développés et l’on peut ressentir un manque d’enjeux, de conflictualité, dans la trame narrative. 

Le dessin de Dario Tallarico se caractérise quant à lui par des scènes dynamiques, des personnages assez bien définis et expressifs, des couleurs et des compositions graphiques avenantes. Les références visuelles à la culture geek apportent un plus à l’ensemble. Chroniques des mondes d’Aria est une bande dessinée qui ne prétend pas réinventer les codes de la fantasy, mais qui les détourne avec légèreté et humour. Le personnage de Jotun, anti-héros par excellence, porte l’intrigue à sa manière, mi-pathétique mi-absurde. Ce premier volume remplit finalement son objectif : offrir une aventure divertissante dans un monde de fantasy décalé, où la magie et l’humour cohabitent sans jamais se prendre trop au sérieux.

Chroniques des mondes d’Aria, William Lafleur et Dario Tallarico
Glénat, septembre 2024, 48 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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