Critiques films

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Super/Man : l’histoire de Christopher Reeve

Connu pour avoir été la toute première incarnation de l'homme d'acier au cinéma, Christopher Reeve a longtemps volé au-dessus des nuages, jusqu'à ce qu'un accident le cloue définitivement dans un fauteuil roulant. Le documentaire "Super/Man" revient ainsi sur son histoire, en tant que figure emblématique de la pop culture, mais surtout en tant qu'être humain, d'une sensibilité et d'une rage de vivre aussi incassables que son alter ego fictif.

Quand vient l’automne : un opus qui manque un peu de lumière

"Quand vient l’Automne" : il ne faudrait pas que l’automne de François Ozon arrive, que son cinéma se dessèche telles les feuilles mortes. Ce nouveau film est assez plat et vain, et se laisse regarder sans plaisir, mais sans déplaisir non plus.

Joker : Folie à deux, c’est une blague ?

Joker, en voilà un excellente surprise. Salué par la critique et le public, plébiscité par son écriture, son acting, sa réalisation et la pertinence de ses propos, le film de 2019 a su créer la surprise là ou personne ne l'attendait. Les choses auraient pu s'arrêter là. Malheureusement, l'appel de l'argent reste maitre du crime à Gotham et nous voici avec une suite qui risque de faire beaucoup de mal. Oui, malgré de superbes idées sur le papier, Joker : Folie à deux est une énorme déception.

À l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux, d’Eric Lebel : « Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille » (V. Hugo)

Réalisateur et producteur très actif, le documentariste Eric Lebel tourne sa caméra vers un lieu mythique, l’Abbaye de Clairvaux. « À l’ombre de l’Abbaye de Clairvaux » est un documentaire passionnant, qui nous permet de franchir la clôture de ce lieu très ceint…

Megalopolis : cité cinéma

Depuis "Coup de cœur", jamais Francis Ford Coppola n’avait signé un pari aussi audacieux. "Megalopolis" incarne comme son aïeul de 1982 la vision d’un cinéma indépendant – financé par le cinéaste –, déroutant et radical. Une fable baroque à 120 millions de dollars sur l’art et son rapport au temps, où la cité reflète le film qui lui donne vie, malheureusement non exempte de dissonances.

Emmanuelle d’Audrey Diwan : c’est nue qu’elle apprend la vertu

Après le succès de "L’Événement", Audrey Diwan propose un remake raté du film érotique de Just Jaeckin avec une Noémie Merlant en beauté glaciale et monolithique dans l'iconique rôle-titre tenu par Sylvia Kristel en 1974. Ici, l'intime quête féministe du désir éteint d’Emmanuelle se traduit par une masturbation cérébrale qui tourne à vide et laisse un goût d’inachevé. En outre, les badinages bavards, les molles séductions et les rythmes lascifs parasitent la mise en scène à tous les niveaux.

J’ai tiré sur Andy Warhol – “Scum Manifesto” : un portrait de Valerie Solanas par Ovidie

Dans un documentaire captivant sorti au printemps 2024, Ovidie retrace la vie de l’écrivaine étasunienne Valerie Solanas, restée célèbre dans nos imaginaires pour la publication de son texte explosif le "Scum Manifesto" et pour sa tentative d’assassinat de l’artiste d’Andy Warhol en 1968. Mêlant documents d’archive, images de reconstitution, lectures et performances, Ovidie signe un portrait complexe et dense de Solanas de son enfance dans le New Jersey jusqu’à son décès à San Francisco en 1988.

Mother Land : ma foi…

Alexandre Aja nous livre paradoxalement une œuvre faible et inaboutie, la faute à un scénario aussi simple dans son principe que confus dans son déroulement et doté d’une conclusion ambiguë et frustrante qui ne nous a pas convaincu. D’autant plus que "Mother Land" ne fait jamais peur pour un suspense horrifique, que la métaphore qui le sous-tend est lourde au possible et que tout cela se révèle plutôt ennuyant malgré une belle photographie et un joli travail sur l’ambiance.

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Le Principe de Wellington : l’aveu en énigme

Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Géographie du rap » : musique périphérique

Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.