Critiques films

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Venom : The Last Dance, avant l’ombre et l’indifférence (pitié)

Il est là, alors que personne ne le demandait. Remarquez, quelqu’un réclamait "Madame Web" ou "Morbius" ? Non. Pourtant, à l’instar de Peter Parker, le spectateur semble avoir bien du mal à se débarrasser du symbiote qui rode dans nos salles depuis 2018.  Et... bon, vous savez quoi ? Puisque ce film se contrefiche du spectateur et ne respecte ni les fans, ni le cinéma, ni... rien, en fait, je ne vais pas chercher à trouver de jolies phrases joliment tournées et professionnelles pour dire ce que j'en ai pensé. "Venom : The Last Dance" est une daube abyssale, qui pose fièrement la trilogie au rang de pire trilogie de l'histoire du cinéma. 

Rivière : piégées dans la glace

Malgré le défaut de vouloir trop et tout mettre dans son premier film, Hugues Hariche parvient à capter la spontanéité de l'adolescence à travers les corps meurtris de deux jeunes patineuses. L’une comme l’autre rêve de succès. "Rivière" dépeint leur croisade au carrefour de la résilience, de l’amitié et du courage dans un milieu social très masculin.

Anora : rêve et désillusion post-moderne

À la question de savoir si "Anora" est un bon film, la réponse est oui. Si on s'en pose une autre sur le mérite de la dernière Palme d'or, elle s'avère alors négative, sachant la qualité du reste de la compétition cannoise. Illuminé par des personnages attachants, ce conte de fées moderne qui vire à la désillusion, s'avère tour à tour drôle, cru et réaliste tout en étant plutôt prenant. Il se pare toutefois d'une fin sibylline, voire ambiguë, et il demeure bien trop léger et superficiel pour marquer durablement les esprits.

Miséricorde : l’automne des idées

Guiraudie, avec "Miséricorde", poursuit son exploration du désir et de ses puissances de rêve, au sein des décors les plus quotidiens, à partir des corps les moins sexualisables a priori. Ici, une dimension religieuse, pratiquement inédite, bien que profondément ancrée chez le cinéaste, vient encore densifier son propos, en proposant aux impasses reconnues du désir (potentiellement violent, non-réciproque) une forme de sublimation et, donc, de préservation de celui-ci, contre les puissances de mort qui le menacent, aussi bien de l’extérieur (la norme sociale) que de l’intérieur.

Sauvages de Claude Barras : enfance en lutte dans la forêt

"Sauvages" est le nouveau long métrage d'animation de Claude Barras, huit ans après le succès de "Ma vie de courgette". Le film se présente comme un conte écologique au cœur de la forêt tropicale avec, une nouvelle fois, l'enfance comme regard sur le monde. Un film engagé qui n'est jamais excessif ou manichéen, mais qui se révèle d'une grande beauté.

Carla et moi : sans voix et sans foi, mais sans moi

Se farcir un film comme "Carla et moi" et l’apprécier est certes possible, mais il faut vraiment être un inconditionnel du cinéma indépendant américain dans tout ce qu’il a de plus cliché. Ici, c’est un condensé de ce qui le caractérisait dans les années 90 et le début des années 2000. C’est donc clairement dépassé, en plus d’être complètement hermétique pour qui n’y goûte pas ou plus. Et si on pouvait apprécier dans certains cas ce cinéma intello et quelque peu nombriliste, ici c’est encore moins le cas, car il semblerait que le film ait été fait pour le public juif uniquement tant les autres se sentiront moins concernés et inclus.

The Killer (2024) : las de la gâchette

Comme tous les remakes, il est légitime de redouter la naissance d’une telle chimère, surtout si elle naît des entrailles d’Hollywood. Soupçons et désillusions se confirment rapidement et la nouvelle version de "The Killer", tourné dans la ville lumière de Jean-Pierre Melville, échoue à restaurer l’œuvre original qui a révélé les talents de John Woo au monde entier. En souhaitant boucler la boucle en se rapprochant de son modèle, "Le Samouraï", le cinéaste hongkongais ne fait que piétiner sur son style, désormais épuré et dénué de substance.

Monsieur Aznavour : la voix, le geste et le ressort

Pour leur troisième collaboration après "Patients" et "La Vie scolaire", Medhi Idir et Grand Corps Malade s'essayent au biopic musical. Ils retracent l'ascension en haut de l'affiche d'un Charles Aznavour aux états d'âme tourmentés dans un ambitieux portrait teinté d'une mélancolie sincère, interprété par un formidable Tahar Rahim qui s’illustre ici dans son plus beau rôle. Malgré quelques fausses notes dans le scénario, le film rend un vibrant hommage à la plume et à la poésie intemporelles du comédien des mots et magicien de la mélodie. Lui qui, comme personne, chantait toute la tendresse du monde, la rage de l'existence et la peur du vide.

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