Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
Raphaël Quenard, c'est l'acteur-foudre qui électrise l'écran entre génie et autodérision, entre fureur sacrée et clowneries de comptoir. Dans "I Love Peru", lui et Hugo David jouent à cache-cache avec la vérité, transformant leur amitié en un spectacle déjanté où l'intime devient performance. Du trou de balle flouté aux tirades lyriques, tout n'est que traquenard et c'est jubilatoire.
Fidèle à ses habitudes, Kiyoshi Kurosawa trompe les attentes et s’affranchit des règles de genre, en tentant avec Cloud un grand écart entre thriller psychologique et comédie d’action, le tout teinté de mystère et de critique sociale. Pari à moitié tenu : si le film tisse une toile d’intrigue et de menace dans sa première moitié, le basculement narratif est ensuite mal maîtrisé.
Adapté du roman de Luc Blanvillain, le cinquième long-métrage de Fabienne Godet explore avec finesse et sensibilité la rencontre improbable entre un écrivain en quête de solitude et un imitateur en difficulté. À travers un jeu d’identité orchestré par une sonnerie emblématique, le film mêle quiproquos savoureux et révélations profondes, célébrant la beauté intérieure et la transformation des êtres au gré des rencontres. Une comédie subtile et lumineuse portée par Denis Podalydès et Salif Cissé, sous la direction délicate de Fabienne Godet.
Chime est un moyen-métrage qui voit l’auteur de Cure (1997) revenir à l’angoisse psychologique et ambiguë, après une dizaine d’années d’exploration d’autres genres. On y retrouve l’inquiétante étrangeté – quoiqu’un brin frustrante, format oblige – qui fait le sel de son cinéma.
La nouvelle adaptation cinématographique du roman fleuve de Cao Xueqin, monument de la littérature chinoise du XVIIIème siècle, Le Rêve dans le pavillon rouge (2024), de Hu Mei, révèle aux spectateurs français ce que serait l’équivalent d’un cinéma hollywoodien venu de Chine.
Tout commence par un carillon. À peine audible, mais déjà trop net. Dans Chime, Kurosawa ne filme pas l’horreur : il l’infiltre. Un plan fixe, une injonction absurde (« coupe plus droit »), un silence qui devient entaille. L’étrangeté ne surgit pas, elle s’installe. Elle use le réel, l’évide, jusqu’à ce qu’il devienne inquiétant par saturation de normalité.
Dans son 15ᵉ long-métrage, Cédric Klapisch nous offre une fresque ambitieuse qui traverse 150 ans d’histoire française, principalement située à Paris. À travers une succession complexe de temporalités, le réalisateur entrelace les destins de quatre héritiers contemporains avec celui d’Adèle, une jeune femme du XIXᵉ siècle en quête de ses origines. Entre peinture et photographie, secrets familiaux et bouleversements sociétaux, ce récit choral explore la transmission, l’évolution de l’art et les liens intergénérationnels dans une mise en scène fluide et immersive. Un voyage cinématographique captivant qui souligne combien comprendre son passé est essentiel pour mieux affronter l’avenir.
Avec Jeunes Mères les frères Dardenne -dignes héritiers belges du cinéma naturaliste et engagé de Ken Loach - poursuivent une œuvre sensible, éprise de mesure, presque trop bien écrite dénonçant les déterminismes sociaux au risque d'oublier le choc des déséquilibres et la folie du spontané.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.