Le Répondeur : Un imitateur qui a du répondant !

Une farce sensible aux résonances profondes : Sous l’apparence d’une comédie légère, Fabienne Godet joue avec l’illusion et la vérité, révélant les liens invisibles qui façonnent notre quotidien. À travers le jeu des apparences et des voix, elle nous rappelle que la beauté véritable réside dans l’authenticité des émotions et la richesse des cœurs. Un récit d’une surprenante justesse qui célèbre l’humain dans toute sa complexité.

Pour son cinquième long-métrage, Fabienne Godet adapte avec beaucoup de finesse et de sensibilité le roman éponyme de Luc Blanvillain paru en 2020. Cette comédie lumineuse et touchante, qu’on pourrait qualifier de farce ou de conte, tant elle est improbable dans la vraie vie, autorise par là-même des ressorts insoupçonnés sur la profondeur et la vérité des relations humaines, par un scénario d’une grande originalité.

Car cette histoire est avant tout la rencontre quasi fortuite de deux personnes que tout oppose a priori, mais tous deux à une période compliquée de leur vie : l’écrivain reconnu Pierre Chozène, qui cherche la quiétude pour écrire son roman le plus intimiste, et l’imitateur Baptiste Mendy, qui a beaucoup de mal à vivre de son talent.

La réussite et la crédibilité du film, dans ce genre de la comédie toujours difficile à réussir, est d’avoir su convoquer deux grands acteurs fins et délicats, mais très différents, dirigés par la réalisatrice avec la retenue et la justesse nécessaires pour assurer la vraisemblance de leurs personnages qui se transforment et prennent de l’ampleur au contact l’un de l’autre.

C’est ainsi Denis Podalydès (immense acteur qu’on ne présente plus), impeccable dans le rôle d’un Pierre Chozène désabusé par son entourage et ses multiples interactions extérieures, qui confie son téléphone et donc sa vie à Salif Cissé (ce jeune acteur noir déjà reconnu), qui se révèle, après une longue apprentissage d’imitation, être le parfait répondant que cherche l’écrivain (avec le mot répondeur, on joue habilement sur les mots).

Par une sonnerie reconnaissable, comique et décalée (le Freak de Chic), Baptiste Mendy répond donc à la place de Pierre Chozène, faisant au mieux pour suivre les instructions de l’écrivain en s’adressant aux gens qui inlassablement l’appellent : son père, son ex-femme Nathalie, sa fille Elsa, son ancienne maîtresse Clara (jouée par une authentique et enjouée Aure Atika), mais d’autres comme son éditeur ou le très prisé et sexy journaliste Gabriel Lazano, pour lequel Elsa a le béguin.

La voix de Denis Podalydès dans la bouche de Salif Sissé est incroyable de vraisemblance, un travail considérable de synchronisation des voix, sous le coaching de plusieurs imitateurs dont le très reconnu Michaël Gregorio. Il en va de même pour les autres imitations (parlées ou chantées) que Baptiste Mendy fait dans l’association théâtrale où il se produit, entouré d’une troupe de comédiens qu’on apprécie.

Bien entendu les ressorts, pour certains comiques mais aussi sérieux, du film viennent de la réponse apportée par Baptiste à chaque fois que retentit la chanson le Freak ! Ainsi, au-delà des instructions, il improvise en temps réel, dans la bouche de Pierre Chozène, étonnant souvent ses interlocuteurs avec quelques quiproquos savoureux. Pris au jeu, mais sans le vouloir vraiment, il se crée une vie propre dans le monde de l’écrivain, allant jusqu’à rencontrer et se faire apprécier d’Elsa (interprétée par la fraîche et faussement innocente Clara Bretheau), la fille de Pierre, cette peintre qui a bien du mal à vivre de ses toiles. Et étonnamment, lui qui est loin d’être le mâle séducteur qu’on attend, joue sur le registre de son côté nounours et de sa délicatesse, en affichant une profondeur de sentiments qui fait mouche.

Et par un twist auquel on pouvait s’attendre, chaque protagoniste va trouver une évolution favorable dans sa vie, sauf le fameux journaliste, trop imbu de sa personne : Pierre Chozène qui redécouvre l’amour avec Clara, Elsa qui trouve enfin le succès comme peintre, et Baptiste qui rencontre un vrai public comme imitateur, avec une fin ouverte sur le futur de ses amours, dans un monde qui s’ouvre enfin à lui.

La comédie de Fabienne Godet est un vrai bijou, on s’y amuse certes, mais elle captive avec quelques sujets clés de notre société bien assénés : quelles sont les relations qui comptent vraiment dans la vie, comment et peut-on vraiment se défaire de l’emprise de son smartphone ? Il nous apprend aussi que tout n’est pas dans la beauté apparente, en tout cas dans ses canons traditionnels, et fait la démonstration que la beauté intérieure, dont on se moque souvent, s’avère sans doute le trésor essentiel des rapports humains, qu’il faut savoir découvrir et exploiter, et ça on adore !

Bande annonce du film : Le Répondeur

Fiche technique :

  • Titre original : Le Répondeur
  • Réalisation : Fabienne Godet
  • Scénario : Fabienne Godet et Claire Barré, d’après l’œuvre éponyme de Luc Blanvillain
  • Musique : Éric Neveux
  • Décors : Jonathan Israel
  • Costumes : Elsa Bourdin
  • Photographie : Eric Blanckaert
  • Son : Marianne Roussy-Moreau, Anne Gibourg, Grégoire Chauvot et Laure Arto
  • Montage : Florent Mangeot et Florent Vassault
  • Production : Bertrand Faivre
  • Sociétés de production : Le Bureau et France 3
  • Société de distribution : Tandem
  • Genre : Comédie
  • Durée : 102 minutes
  • Dates de sortie en France : 14 janvier 2025 (Festival de l’Alpe d’Huez), 4 juin 2025 (sortie en salles).

Distribution :

  • Salif Cissé : Baptiste Mendy
  • Denis Podalydès : Pierre Chozène
  • Aure Atika : Clara
  • Clara Bretheau : Elsa Chozène
  • Manon Clavel : Fanny
  • IZM : Vincent
  • Harrison Arevalo : Gabriel Lozano
  • Serge Postigo : Gustave Marandin.
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3.5

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Bruno Arbaud
Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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