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Gérardmer 2025 : Quel bilan de cette édition du célèbre festival vosgien ?

Quel plaisir de retrouver le lac qui se blanchit de moins en moins à mesure que le dérèglement climatique progresse… Mais pas besoin de neige pour se sentir comme chez soi, dans un petit cocon d’horreur niché au creux des montagnes, tout tranquille, attendant que les monstres attaquent.

Côté organisation, le festival, bien que vivant surtout grâce à ses bénévoles, a changé de direction et d’organisation. À notre connaissance, la passation a été si bien gérée que les problèmes logistiques que nous avions à déplorer les années précédentes ont tout simplement disparu. Ainsi, les réservations pour journalistes et festivaliers ont été simplifiées, de même que le système de votation du prix du public et la distribution des places. Malgré une affluence approchant celle record de l’année dernière, aucun problème n’était à signaler et les festivaliers avaient le sourire, prêts à s’amuser de se faire peur tout en sirotant du vin chaud.

L’année 2025 fut, pour Gérardmer, ce qu’on appelle un « bon cru », bien que, mis à part Else, qui aura divisé les festivaliers, tous les films du festival aient eu leur part d’intérêt, qu’il soit esthétique, artistique au sens large ou tout simplement jouissif comme une soirée film gore entre amis.

L’inventivité, l’audace formelle et parfois narrative semblent être le fil rouge qui relie les œuvres de cette année, de In a Violent Nature, slasher movie prenant le point de vue du tueur, à Azrael, film d’action post-apocalyptique dénué, à une scène près, de tout dialogue, en passant par l’humour surréaliste de Rumours ou l’extravagance plastique de Else. Même Les Maudites, bien que plus classique en apparence, étonne par le partage fait entre ce qu’on appellerait les scènes de vie et les scènes d’horreur, allongeant la durée des unes et réduisant celle des autres, ainsi qu’en débutant une nouvelle histoire, ou presque, à la moitié du film. Sans conteste un des films marquants de cette année et promis à un bel avenir s’il est bien distribué dans nos contrées. The Wailing, El llanto reprend le mythe/copypasta du Slender Man pour le transfigurer en une aventure féminine tout en tensions et jeux visuels qui surprend aussi bien par sa narration que par sa précision, en dépit pourtant de la jeunesse de son réalisateur. Affirmant avec force son style, et nous donnant une fois de plus une pépite argentine, on espère que Pedro Calero continue sur cette voie.

Oddity, Exhuma, Grafted furent certes moins surprenants, plus convenus mais tout aussi divertissants et c’est cela aussi qu’on vient chercher près du lac gérômois. Quant à Rich Flu, l’originalité de la situation initiale, un virus qui ne tuerait que les plus riches, finit par décevoir en débouchant sur des péripéties plus conventionnelles. Est-ce l’impact du confinement ou une question de budget, mais la plupart des films en compétition se déroule dans un espace clos, dont les protagonistes cherchent à sortir et vers lequel ils sont sans cesse ramenés, que ce soit une maison (Oddity), un appartement (Else), une forêt (Rumours, Azrael, In a Violent Nature).

Faut-il attribuer la qualité de cette sélection à la nouvelle équipe en charge d’organiser le festival ? Aucun rapport évidemment, on doit en réalité supposer que le festival a simplement accompagné ce qui semble être un renouveau du genre horrifique ces derniers temps, et particulièrement ces deux dernières années dans le cinéma. Tout en respectant la diversité de ses formes et de ses codes, même en France, le cinéma de genre, pourtant si pauvre, reprend des couleurs et étonne parfois en accouchant dans la douleur de chefs-d’œuvre comme The Substance. Plus généralement, de nouvelles pépites viennent tenir la dragée haute aux auteurs de l’elevated horror qui, quoique ne réinventant rien, attirent toujours plus de spectateurs et font le bonheur d’une critique forcément conquise.

Dans le droit sillage de ce renouveau, le festival nous a offert une sélection non seulement de qualité comme on a dit, mais diverse, dans laquelle tous les goûts de l’épouvante pouvaient se régaler. Ainsi l’horreur ambitieuse et intello dans Else voire She Loved Blossoms More peut côtoyer des exemplaires volontiers plus plateform-oriented mais tout aussi plaisants et fun (The Moogai, Companion) comme on aime. Grand gagnant, In a Violent Nature se paie le luxe d’allier ces deux tendances en offrant une lecture très abstraite, soustractive, des codes du genre et finalement très sérieuse du slasher tout en y incluant des moments gore savoureux dont le contraste ponctue parfaitement cet OVNI horrifique.

Ce moment de grâce en forme de renouveau à confirmer, pour nous, amateurs de films de genre, sera-t-il un feu de paille ou le début d’un nouvel âge d’or ? Impossible de le prédire, mais le festival, chaque année et exemplairement en 2025, nous offre comme un coup de sonde bienvenu dans l’ambiance et l’univers du cinéma de genre international, et c’est pourquoi il faut y retourner.

Le cinéma de Sorrentino après Partenope

Après The Consequences of Loves, Il divo, La grande Bellezza, Loro, Youth et La main de Dieu, et deux saisons d’une série sur la papauté, le dernier film de Paolo Sorrentino nous transporte à Naples pour suivre le destin de Parthenope, une femme incarnant l’esprit de la ville antique sur une période de cinquante ans. Sublime par sa beauté qui captive tous ceux qu’elle croise, Parthenope est une figure énigmatique qui, tout en suscitant le désir, semble en être elle-même détachée. L’occasion de revenir sur le cinéma de son réalisateur, qui incarne pour beaucoup le renouveau de l’art cinématographique italien, alliant une référence – voire une déférence – assumée aux glorieux aïeux de la péninsule, avec une interrogation (qui se veut?) profonde sur les mystères de la Beauté et du Temps, l’hommage au style des premiers servant d’écrin pour le spectateur et le réalisateur.

Si l’on reconnaît le style particulier de Sorrentino dans son dernier film, c’est de La Grande Bellezza (2014) que Parthenope semble se rapprocher le plus. La beauté italienne ( que les spectateurs transalpins n’ont pas manqué de célébrer avec leurs nombreuses venues en salle) telle qu’on se la représente avec douceur et nostalgie, en en ramenant l’image de nos voyages ou de nos souvenirs, y était célébrée par des plans somptueux sur les monuments, les dorures des palais secrets, une musique classique du plus haut effet, et une langue italienne ample, déclamée avec saveur et profondeur par un Toni Servillo au sommet de son jeu d’acteur. Campant un Jep Gambardella, mondain blasé et désabusé, les répliques au scalpel, amusantes et pleines d’une fausse profondeur, ont su convaincre dès son entrée tonitruante dans le cadre. Très vite, la désillusion du roi des mondains ne put réchauffer la beauté froide d’une ville certes éternelle mais dont les «vrais habitants sont les touristes » et qui oscille désormais entre son illustre passé perdu, et l’image de carte postale figée sur papier-glacé bon marché que les tour operator distribuent chaque été. Ainsi ce touriste asiatique pris du syndrome de Stendhal (ou une banale crise cardiaque ? ) sur une place de Rome qui ouvre le film – signe que même dans un contexte vulgaire le sublime frappe comme la foudre.

Mais la foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit ; si la vulgarité de la mondanité, d’une vanité toute pascalienne ( on se souvient du personnage étrange de la sœur valétudinaire qui semble, comme par hasard, offrir un semblant de réponse à la quête stérile de Jep) rehaussait la splendeur de Rome et marchait main dans la main avec sa propre dénonciation, c’est bien parce que cette vanité était le sujet même du film. Si Proust est cité dès les premières minutes, c’est que Sorrentino lui emprunte sa satire féroce et acerbe des mondains ( qu’on pense aux Verdurins de Sodome et Gomorrhe) pour la transformer alchimiquement en une représentation qui se justifie immédiatement par une beauté décapante. Le film que nous regardions était la réponse à la fuite en avant de Jep. Métaphorique, mélancolique, à l’allure marmoréenne, La Grande Bellezza n’en était pourtant pas moins claire dans son propos : le cinéma (et sans doute spécifiquement le cinéma italien) sauve le monde de la vulgarité en la métamorphosant en beau.

Ce n’est assurément pas le cas dans Parthenope, ce qui pose la question à la fois simpliste et pertinente de savoir où va le cinéma de Sorrentino ? Aurons- nous des films de la trempe de La Grande Bellezza ou dans un autre genre Il Divo ? Ou Faudra-t-il se contenter d’allégories appauvries de leurs modèles comme Loro ou – sans doute – Parthenope ? La jeune et magnifique Celeste Della Porta n’est peut-être pas en effet la sirène qu’elle croit être.

Le charme du style de Sorrentino.

Disons le tout de suite, le spectateur ne sera pas surpris et trouvera dans Parthenope exactement ce qu’il veut y trouver : une peinture cinématographique ample et généreuse qui projette sur la rétine des cadres somptueux, rehaussés d’une photographie comme sculptée pour attacher et attaquer le regard. La métaphore est usée jusqu’à la corde mais convient pertinemment – hélas peut-être – à cette œuvre puisqu’en effet chaque cadre est véritablement composé comme un tableau avec en son centre Parthenope, souvent d’ailleurs exhaussée par un surcadrage qui ne se préoccupe pas d’être subtil. L’héroïne semble comme se détacher de tout, de la réalité, des autres qui flottent autour d’elle mais surtout de la profondeur de champ à travers l’usage de la courte focale qui floute l’arrière-plan pour mieux la laisser dominer le cadre. La mise-en-scène offre un contrepoint bienvenu à ces exiguïtés en s’ouvrant souvent sur de plans plus amples et parfois même larges et fixes qui essaient de capturer l’infini de la mer napolitaine ou de ses cieux, captant la lumière méditerranéenne. Comme pour mieux nous indiquer d’y plonger méditativement les yeux et l’âme, ces plans sont souvent fixes. Là encore, on peut comparer ces cadrages aux longs plans de Rome dans La Grande Bellezza qui s’attardaient sur ses monuments pour mieux nous faire ressentir le poids écrasant du temps, de l’histoire et de la beauté de la cité éternelle. Comme pour son aïeul, des moments de mélancolie sublimes s’arrachent parfois de tous ces plans qui accusent de plus en plus leur artificialité. La soirée boudée par l’écrivain très cliché-Hemingway joué par Gary Oldman par exemple, on pense aussi à la réunion, pour ainsi dire, des deux familles interlopes de Naples. Le rythme même des séquences semble se reproduire facilement comme s’il butait sur ce qu’il n’arrivait pas à saisir ou à raconter : ainsi aux scènes et décors ouverts, remplis de convives qui dansent, suivent des moments plus intimistes où le rythme se calme, comme s’il s’agissait toujours de se recentrer sur Parthenope. Des scènes donc très vaporeuses et évanescentes où nulle part ailleurs Sorrentino ne semble mieux toucher du doigt ce qu’il veut atteindre.

La grande Beauté avec un grand « B ».

Et c’est là que le bât blesse, la sensation de doux étouffement, la beauté éphémère livrée aux ravages du temps (il tempo scorre accanto al dolore – « le temps file aux côtés de la douleur » dit le cardinal lubrique) et du souvenir qui la force à fuir comme Parthenope – toute cette esthétique de l’effleurement mélancolique semble s’épuiser à la longue. On peut se lasser de regarder la mer, fut-elle napolitaine – e Dio non ama il mare (« et Dieu n’aime pas la mer »). Et surtout, ces thèmes ne représentent qu’une vision très particulière de la beauté, et pour tout dire très romantique (façon XIXe siècle désabusé) avec laquelle on peut tout à fait être en désaccord, sinon plus grave, y être insensible. Comme cela a été souvent remarqué par les critiques, Parthenope se rattache certes à La Grande Bellezza dans ses scènes contemplatives comme dans ses scènes de liesse, mais peut-être jusqu’à l’auto-caricature qui a poussé certains à comparer le style du film avec les pubs pour parfum ou lessive les plus vulgaires. Mais c’est que précisément à l’instar de ces pubs (et c’est ce qui les rend si artificielles et reconnaissables à nos yeux), la vulgarité ou un quelconque degré de laideur est proscrit. Leur beauté est froide et comme statique, à l’instar d’une statuaire grecque qui aurait perdu son aura. Hugo disait « que le beau n’a qu’un type, le laid en a mille » ; on comprend donc pourquoi à force de se concentrer sur une image marchandisée de la beauté, Sorrentino en vient à ressasser son style, ses thèmes, son image décongelée de la Beauté parfaite.

A l’image ( si l’on peut dire) de son traitement allégorique de Naples/Parthenope, la beauté qu’il poursuit semble inatteignable en raison même de son abstraction quasi-platonicienne et même pour tout dire surannée et convenue : tout au long de l’oeuvre nous est répété que Parthenope/ Naples est « envoûtante » et « fugace », que le charme de la cité italienne n’a d’égale que son intangibilité, comme une réaction chimique qui ne vient pas. Essayant de cadre, surcadrer Celeste Dalla Porta, l’objectif ( en cela et sur beaucoup d’autres points très évidents – très male gaze) tente de saisir oude capturer tangiblement la beauté qu’incarne l’actrice, toujours susceptible d’un aggiornamento infini qui donne son prétexte et son thème au film. On a vu plus original comme traitement du Beau. En sorte qu’il se crée un étrange sentiment de trop et de trop peu, comme si le réalisateur avait voulu approcher son sujet fuyant en l’extrayant de son milieu mal dégrossi, comme Michel-Ange extirpant la statue du bloc de pierre, tout en y ajoutant des couches toujours plus artificielles : l’écrivain à la Hemingway dont on se demande ce qu’il fait là, la relation incestueuse tragique, l’étude anthropologique des hommes qui consiste finalement à rien de plus qu’à « voir les choses » (« vedere le cose »), le temps qui passe aux côtés de la douleur, la vulgarité de Greta Cool versus l’authenticité des habitants des bas fonds et pour finir sur une touche toujours aussi hétéroclite, l’équipe de foot napolitaine.

N’oublions pas du reste que Parthenope est une divinité marine, allégorie de Naples mais également jeune brillante anthropologue, féministe convaincue et intraitable mais femme traumatisée par la mort de son frère dont elle se sent responsable. Parthenope, le personnage est tout cela à la fois mais doit également incarner ce que le réalisateur cherche (le secret de la grande Beauté donc) tout en représentant cette recherche même à travers le thème de ses études anthropologiques qui finalement se réduisent à être … une forme de cinéma (« Billy Wilder est un anthropologue »). Pas plus que l’ajout de distance à la surface ne dessine une profondeur, pas plus l’ajout de dizaines de thèmes ne fait une esthétique qui évite d’être creuse – on ne se déplace que sur une superficie, fut-elle le territoire de Naples.

La beauté à couper le souffle ou essoufflée ?

Tout se passe comme si Sorrentino nous resservait les mêmes thèmes, la même esthétique, que La Grande Bellezza dans l’écrin de La main de dieu, sa ville de cœur, Naples. Bref, pour un film qui se clôt sur l’importance intellectuelle et artistique de voir les chose, il nous sert du vu et revu. Quoiqu’il soit un très grand metteur-en-scène éduqué à l’école des maestri du cinéma italien, on peut se demander si ce glorieux héritage n’est pas plutôt un testament tant il s’évertue à filmer quelque chose d’inerte qui semble étouffer sous l’odeur de la mort. Les styles qu’il emprunte à Fellini, Visconti (et Rosi dans ses films dossiers comme Il Divo et Loro) documentaient avec brio une réalité qui n’est plus vraiment la nôtre : Il boom de l’après guerre, la stratégie de la tension, l’impression d’être dans l’histoire et en dehors, mais ici, qu’ a à nous dire Sorrentino sur le contemporain ? L’idée que sa beauté évanescente fuit à mesure que l’on tente de l’agripper ? Que les divinités ont quitté la terre, que nous sommes rivés à leur trace dans un poursuite vaine et désespérée hors du vulgaire ? Soient les vieux mythes romantiques. Bref, encore une fois le style est somptuaire mais s’abîme avec nos regards dans un ennui prévisible tant il se révèle au service d’un propos auto-complaisant.

Que nous dit sorrentino de l’état actuel du cinema italien contemporain ?

Si le contemporain est l’intempestif comme le dit Nietzsche, ou s’il est l’obscurité du présent comme le dit Agamben, alors forcément le cinéma de Sorrentino nous aide à y voir moins clair au sens où il révèle en creux à quel point même une valeur esthétique comme la Beauté semble toujours déjà appartenir à un passé révolu, dont l’écho ou la lumière rémanente, comme celles des étoiles de la métaphore d’Agamben, ne peut nous venir que d’une distance très lointaine et pour tout dire incompréhensible. La phrase de fin de Parthénope « forse non è cosi » « peut-être n’est ce pas ça… » répétée deux ou trois fois dans le film pour contredire le fait que le temps qui passe ne serait que douleur, semble offrir une porte de sortie dérobée, de même que la jouissance finale qui accompagne le travelling très composé et esthétisé des supporters de l’équipe de Naples. Peut-être donc faut-il jouir de la vie en ne se posant plus la question de ce qu’est la beauté, de ce qu’est l’anthropologie… à moins qu’il s’agisse de comprendre « que la douleur passée avec le temps » ne résume pas la vie entière, il vaut mieux en jouir comme ces supporters dont la joie certes simple n’en est pas moins belle ? La réponse est indécidable tant elle semble plate et jetée à la face du spectateur comme pour mieux et plus rapidement clore tout un montage alambiqué qui ne sait pas très bien où il va – mais peut-être l’important pour Sorretino n’est pas de raconter quelque chose, de faire sentir le passage du temps – pourtant un de ses thèmes de prédilections, mais d’exhiber un voir ( « vedere le cose ») qu’il prend pour universel.

Pour comprendre l’Italie contemporaine et pour un cinéma moins abstrait, on préférera peut-être l’alter-ego diabolique de Sorrentino, S. Sollima dont le dernier polar Adagio était une petite perle qui n’a évidemment pas attiré l’œil des aficionados de la prima vista. Car ce que semble oublier Sorrentino un peu plus à chaque film, c’est que la grandeur du cinéma italien n’est évidemment pas épuisé par son trio préféré Visconti, Antionioni, et Fellini (agrémenté d’un F. Rosi pour le versant politique) mais se trouve exemplairement – peut-être davantage que nul autre cinéma au monde – dans la coexistence de ces maestri avec un cinéma de genre affirmé, assumé et fier qui trouve dans ses propres ressources de quoi documenter le contemporain. Même au sein des chefs-d’œuvre de la culture haute italienne se trouve ce goût décidément très transalpin pour la culture basse, parce qu’elle a aussi quelque chose à nous dire. Ainsi le cirque chez Fellini, le goût du concret chez Visconti, et sans doute le meilleur exemple : le plan de fin explosif de Zabriskie Point d’Antonioni, où la maison du promoteur immobilier vole en éclats subitement comme par la magie du regard de la personnage, laissant longuement voir à l’écran un tourbillon de marchandises qui ne se consomment plus mais se consument. La lenteur du montage et de la séquence nous indique s’il le fallait, que ce bric-à-brac de la laideur et de la vulgarité capitaliste est le temps d’une séquence transformé en beauté. C’est bien à peu près de la même chose dont il s’agit dans l’ultime séquence de Parthenope mais qui semble ajouté là – parce qu’il fallait bien faire un dernier plan en forme d’hommage à la beauté de Naples. Bref, le problème de ce dernier plan comme du reste finalement, c’est son artificialité gratuite.

Tu ne mentiras point de Tim Mielants : Secrets et mensonges irlandais

Tu ne mentiras point, décidément le cinéma irlandais est en forme. Après le tout récent et ténébreux Clan des bêtes de Christopher Andrews, ce nouveau film irlando-belge de Tim Mielants est une preuve supplémentaire de la beauté d’un cinéma qui s’appuie sur une certaine authenticité.

Synopsis : Irlande, 1985. Modeste entrepreneur dans la vente de charbon, Bill Furlong tâche de maintenir à flot son entreprise, et de subvenir aux besoins de sa famille. Un jour, lors d’une livraison au couvent de la ville, il fait une découverte qui le bouleverse. Ce secret longtemps dissimulé va le confronter à son passé et au silence complice d’une communauté vivant dans la peur.

The Quiet Boy

20 ans déjà se sont écoulés depuis The Magdalene Sisters, le film qui a fait découvrir à grande échelle le scandale de l’Église catholique irlandaise, avec les abusives Sœurs de Marie-Madeleine, des couvents tenus par quatre congrégations religieuses différentes, destinés à accueillir les « fallen women » (prostituées, victimes d’incestes, de viols, et toute grossesse hors mariage). Ces couvents abritaient des laveries, où les jeunes filles placées de force par leurs parents sont taillables et corvéables à merci. Tu ne mentiras point du belge Tim Mielants évoque cet épisode, mais contrairement au célèbre film de Peter Mullan, il n’est ici qu’un des éléments qui tissent la narration.

Nous sommes en 1985, mais compte tenu de la pauvreté ambiante, cela aurait pu être 10 ou 20 ans auparavant, voire beaucoup plus avant encore, tant certaines scènes du film font penser à l’écossais Bill Douglas – c’est un compliment –, et à son immense trilogie : un enfant qui lape, pieds nus dans la neige de Noël, du lait laissé à quelque animal ou humain nécessiteux, un autre qui glane du bois le long des routes pour pouvoir chauffer la maison. Seuls les hits qui passent à la radio arrivent à marquer l’époque. Au milieu de toute cette misère, Bill Furlong (Cillian Murphy), un petit patron charbonnier, passe pour un nanti. Père de 5 belles et joyeuses filles, c’est pourtant un homme malheureux, extrêmement mélancolique, taiseux, douloureux même. L’histoire du film est la sienne, et le présent est entrecoupé de flashbacks qui aident à comprendre la nature de sa tristesse.

En 1985 en effet, l’Irlande se chauffe encore au charbon. C’est sur leur dos que Bill et ses hommes livrent charbon et briquettes dans toute la ville, y compris au couvent. Les évènements que Bill vit tout au long de cette période de Noël, au dit couvent où il assiste sans le vouloir à d’horribles scènes impliquant les « pensionnaires », ou encore dans les rues où la précarité est partout, réveillent son propre passé, le souvenir de sa propre mère, employée comme servante et devenue elle aussi une jeune mère célibataire ; grâce aux bonnes actions de sa patronne, elle a échappé au couvent. Bill est au milieu de sa vie quand il découvre le secret des sœurs Magdalene, et semble se réveiller d’une longue léthargie où il a enfoui ce passé.

Même lorsqu’il n’est pas filmé de nuit, Tu ne mentiras point baigne également dans un clair-obscur ; c’est l’hiver, les charbonniers sont debout avant l’aube et rentrent bien après le coucher de soleil. L’atmosphère générale du film rejoint tout à fait l’humilité de Bill Furlong, mais aussi la cruauté des religieuses (comme dans la fameuse scène dans le bureau de la Mère Supérieure, surprenante Emily Watson) et c’est toute cette belle cohérence qui le rend intéressant.

Cillian Murphy est impeccable comme d’habitude. Se levant au milieu de la nuit, en proie à ses douloureux souvenirs, fixant le vide pendant des heures, le personnage n’a besoin que du regard magnétique de l’acteur pour nous transmettre ses anxiétés, ses traumatismes, ses peurs de l’avenir, voire un vague sentiment de culpabilité par rapport à ce qui se passe dans la communauté. De même, la bonté infinie de Bill se passe également de tout dialogue et de tout superflu. Une ou deux phrases ici et là de la voix grave de Cillian Murphy suffisent à montrer l’empathie de Bill envers le monde qui l’entoure, une empathie qui, sans se réclamer d’une psychologie de bas étage, s’adresse aussi au malheureux petit garçon qu’il fut.

Tu ne mentiras point est le film d’un belge qui a su capter l’essence du réalisme social outre-manche sans en faire une caricature, et surtout en réussissant le côté intimiste du métrage. Le titre original, Small Things Like These, également celui du livre de Claire Keegan (The Quiet Girl) duquel le scénario est tiré, traduit parfaitement l’ambiance de ce film à très bas bruit qui nous transporte pourtant de bout en bout dans son univers, l’univers d’une vie tissée de tous ces petits riens qui reviennent aujourd’hui avec force dans l’esprit du protagoniste. Et même si le scandale des Magdalene Sisters n’est pas son seul sujet, le film rend un bel hommage aux 30 000 jeunes victimes de ce triste scandale de maltraitance.

Tu ne mentiras point – Bande annonce

Tu ne mentiras point – Fiche technique

Titre original : Small Things Like These
Réalisateur : Tim Mielants
Scenario : Enda Walsh, d’après le livre éponyme de Claire Keegan
Interprétation : Cillian Murphy (Bill Furlong), Eileen Walsh (Eileen Furlong), Clare Dunne (Sr. Carmel), Emily Watson (Sr. Mary), Michelle Fairley (Mrs. Wilson), Helen Behan (Mrs. Kehoe), Zara Devlin (Sarah Redmond)
Photographie : Frank van den Eeden
Montage : Alain Dessauvage
Musique : Senjan Jansen
Producteurs : Ben Affleck, Matt Damon, Catherine Magee, Alan Moloney, Cillian Murphy, Co-producteurs : Susan Mullen, Gitte Nuyens, Bert Van Dael, Sasha Veneziano
Maisons de production : Fís Éireann / Screen Ireland, Big Things Films, Co-production : Wilder Content
Distribution : Condor
Durée : 98 min.
Genre : Drame, Hiostorique
Date de sortie : 30 Avril 2025
Irlande· Belgique· Etats-Unis – 2024

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Quand le Cinéma Rencontre le Jeu : Comment les Films Influencent Nos Choix de Casinos en Ligne

Le cinéma et le jeu ont toujours été intimement liés, mais leur relation se manifeste de manière particulièrement évidente dans le domaine des casinos en ligne. Les films façonnent notre perception du jeu, qu’il s’agisse de tournois de poker à enjeux élevés ou de roues de roulette tournant dans une tension palpable. Ces représentations cinématographiques ne se contentent pas de divertir : elles influencent la manière dont les joueurs abordent les jeux, choisissent des thèmes et développent des stratégies. 

Cette relation explique pourquoi certains jeux gagnent en popularité, tandis que la narration renforce l’expérience de jeu.

Vivez la puissance des scènes de casino emblématiques

Des films comme Casino Royale et Ocean’s Eleven ont donné au monde des casinos un statut iconique, laissant une impression durable chez les joueurs. Leur tension à haute intensité, leurs décors sophistiqués et leurs victoires dramatiques créent une atmosphère électrisante tant dans les jeux réels qu’en ligne, incitant les spectateurs à rechercher des expériences similaires – comme des tables de poker élégantes ou des parties de blackjack pleines de suspense.

Les films façonnent également les attentes des joueurs au-delà de l’esthétique. Une étude sur l’influence des médias a démontré que l’exposition au jeu dans les films accroît la propension des spectateurs à prendre des paris plus risqués, en raison d’une représentation romancée du jeu – les protagonistes battent les probabilités, tandis que les conséquences et les pertes sont souvent minimisées.

Principales façons dont les films influencent le comportement des joueurs :

  • Comportement à risque : Les scènes de mises « all-in » inspirent les joueurs à prendre davantage de risques, notamment dans des jeux comme le poker vidéo.
  • Préférences de jeu : Le poker bénéficie d’un attrait cinématographique supérieur au bingo ou au keno, ce qui en augmente la popularité.
  • Ambiance : Les casinos en ligne qui reproduisent l’esthétique sonore et visuelle des scènes de films sont souvent plus prisés. Les plateformes les mieux notées dans un casino en ligne avis proposent souvent ce type d’ambiance immersive.
  • Perception sociale : Des films comme Very Bad Trip présentent le jeu comme une activité sociale agréable, loin de l’image du joueur solitaire.

Machines à sous à thème : la magie du cinéma dans le jeu

Les machines à sous thématiques sont l’une des expressions les plus visibles de l’influence du cinéma. Des franchises comme Jurassic Park, The Dark Knight ou James Bond ont inspiré des machines à sous qui séduisent autant les cinéphiles que les joueurs occasionnels. Ces jeux utilisent des personnages, musiques et scénarios familiers pour créer un lien immédiat, bien plus captivant que les alternatives génériques.

Les développeurs investissent massivement dans les licences, sachant que le contenu de marque augmente l’engagement. Une machine à sous bien conçue ne se contente pas de jouer sur la nostalgie : elle intègre des bonus, des cinématiques et des éléments interactifs inspirés de la narration cinématographique. Par exemple, les machines Le Seigneur des Anneaux intègrent de véritables extraits de films avec les voix des personnages, tandis que Terminator 2 utilise l’image et les répliques emblématiques d’Arnold Schwarzenegger.

Philosophie des machines à sous à thème :

  • La familiarité réduit l’hésitation du joueur.
  • La nostalgie crée un lien émotionnel.
  • Les éléments narratifs prolongent le temps de jeu.
  • Les sorties de films servent de levier de promotion croisée.

Archétypes de personnages et psychologie des joueurs

Les films représentent souvent les joueurs selon des archétypes : le pro froid et calculateur (comme James Bond), le marginal impulsif (Rain Man) ou l’amateur chanceux (Las Vegas 21). Ces modèles influencent inconsciemment la manière dont les joueurs se perçoivent et se comportent. Certains adoptent une stratégie méthodique, d’autres recherchent la gloire immédiate comme dans un film.

Des œuvres comme Very Bad Trip illustrent comment le personnage du « gros parieur » influence les comportements, incitant certains à parier plus qu’ils ne le feraient normalement. Cet effet est particulièrement marqué dans les jeux en direct, où l’interaction rappelle l’expérience d’un vrai casino. Une étude révèle que les joueurs qui s’identifient à ces personnages augmentent leurs mises de 23 % après avoir vu des films sur les casinos.

Les films entretiennent aussi certaines idées reçues :

  • La croyance que les victoires viennent en série, comme dans les montages de films.
  • Une méfiance envers les opérateurs de casino, accentuée par des personnages négatifs (ex. : Casino et Ace Rothstein).
  • Une surestimation de la stratégie dans les jeux comme le poker, au détriment du rôle du hasard.

Son et visuel : une expérience cinématographique

Les casinos en ligne exploitent musiques, animations et effets sonores pour recréer l’ambiance du jeu au cinéma. Le cliquetis des jetons, la roue de la roulette ou la musique de victoire sont conçus pour générer des émotions et retenir les joueurs.

Les concepteurs empruntent les techniques du suspense cinématographique :

  • Musique qui monte en intensité avant les tours bonus (style Les Dents de la Mer).
  • Arrêts sur image façon Tarantino lors des gains importants.
  • Compteurs inspirés de Christopher Nolan pour simuler la dilatation du temps.

Une attention minutieuse à ces détails rend les jeux plus captivants, même en cas de perte. Une étude de 2023 a révélé que les joueurs passent 40 % plus de temps sur des machines dotées de sons dignes du cinéma par rapport à celles à l’audio basique.

L’avenir du jeu inspiré du cinéma

Avec l’évolution technologique, la frontière entre cinéma et jeu s’estompe. Les casinos en réalité virtuelle (VR) permettront bientôt de plonger dans des décors issus de films : marcher dans un casino façon James Bond, jouer avec un croupier IA à l’apparence de personnages cultes…

Tendances émergentes :

  • Machines à sous interactives où les choix du joueur modifient le scénario.
  • Réalité augmentée (AR) pour projeter des tables de jeu dans le monde réel.
  • Expériences de jeu générées par IA, inspirées de films populaires.
  • Objets numériques à collectionner (NFT) à thème cinématographique via blockchain.

Les studios et développeurs collaboreront davantage pour créer du contenu exclusif : des machines à sous liées à la sortie d’un film, des tournois en direct avec une réalisation cinématographique… Objectif : rendre l’expérience de jeu aussi immersive et émotionnelle qu’une projection sur grand écran.

Conclusion

Le cinéma ne se contente pas de refléter la culture du jeu, il la façonne activement. Des machines à sous aux comportements des joueurs, son influence est subtile mais profonde. À mesure que la technologie progresse, cette synergie se renforce, promettant des expériences toujours plus immersives et spectaculaires.

Gardez cela en tête lors de votre prochaine partie sur une machine inspirée du cinéma ou d’un blackjack à la James Bond : vous incarnez un rôle construit au fil de décennies de narration cinématographique.

Guest post

 

Quand les gains filent plus vite que les répliques : le parallèle inattendu entre cinéma et casinos à retrait rapide

Le cinéma et les jeux d’argent en ligne peuvent sembler n’avoir aucun lien évident, et pourtant, ces deux industries partagent un point commun : la vitesse. Les cinéphiles attendent un divertissement sans faille et de haute qualité sans délais, tandis que les joueurs de casino exigent des paiements rapides sans temps d’attente inutile. Ces deux secteurs prospèrent en offrant une gratification instantanée – comprendre ce parallèle éclaire les attentes modernes des consommateurs.

Comment l’indécision a influencé l’industrie du divertissement : L’impatience des consommateurs a transformé ces deux secteurs

Le cinéma a connu une évolution spectaculaire au cours des deux dernières décennies : les spectateurs n’acceptent plus les longues files d’attente au cinéma ou dans les vidéothèques ; ils exigent désormais un accès instantané via les plateformes de streaming. Ce changement fait écho à l’évolution des plateformes de jeux en ligne, où les retraits ne nécessitent plus plusieurs jours de traitement – les deux secteurs valorisent désormais le temps plus que tout. Aujourd’hui, les consommateurs privilégient la commodité dans leurs décisions d’achat.

Ce basculement culturel vers l’immédiateté ne s’est pas produit du jour au lendemain. Dans le cinéma, l’augmentation des vitesses internet et le modèle perturbateur de Netflix ont changé les attentes à jamais ; de même, dans le jeu en ligne, l’arrivée des portefeuilles électroniques puis des retraits en cryptomonnaie, souvent traités en quelques heures au lieu de jours, a conféré un avantage compétitif important aux industries ayant su s’adapter rapidement, tandis que les autres ont vu leur clientèle chuter.

Les principaux facteurs qui ont alimenté cette demande incluent :

  • Irritation des consommateurs : des études montrent une diminution de la capacité d’attention des utilisateurs, nombreux étant ceux qui abandonnent des processus prenant plus de quelques secondes à charger.
  • Révolution mobile : les smartphones ont mis le divertissement à portée de main, créant une attente d’accès immédiat partout.
  • Changement générationnel : les jeunes générations ayant grandi avec le streaming instantané et les applications ont peu de patience pour les délais, qu’ils tolèrent mal.

Comment la technologie accélère la vitesse

La technologie derrière les retraits rapides et le streaming instantané présente des similitudes frappantes. Les cinémas utilisent des réseaux de diffusion de contenu (CDN) pour distribuer les fichiers de films sur des serveurs mondiaux afin que les spectateurs se connectent rapidement au serveur le plus proche ; les casinos en ligne utilisent des systèmes de traitement des paiements distribués de manière similaire, permettant des retraits via les canaux les plus rapides selon la localisation et la méthode de paiement.

Les processeurs de paiement ont évolué en trois grandes étapes, parallèlement aux méthodes de livraison de films. Les virements bancaires traditionnels étaient l’équivalent des DVD physiques – lents et fastidieux. Les portefeuilles électroniques ont offert une alternative semblable au streaming, réduisant le traitement à 24 heures, puis la cryptomonnaie est apparue, offrant un « streaming en direct » avec des transactions parfois finalisées en 10 minutes seulement. L’infrastructure de fond comprend également la détection de fraude en temps réel, similaire à la gestion des droits numériques (DRM) qui protège les flux vidéo.

La psychologie de la gratification instantanée : pourquoi la vitesse compte autant

Les recherches en neurosciences montrent que les récompenses différées activent différentes zones cérébrales que les récompenses immédiates ; les gains immédiats stimulent davantage nos centres du plaisir que les gains différés – ce qui explique pourquoi les casinos à retrait rapide sont si bien classés dans les enquêtes de satisfaction, indépendamment du choix de jeux ou des bonus offerts.

De la même manière, dans le cinéma, les spectateurs évaluent plus favorablement un film lorsqu’ils ont bénéficié d’une expérience de streaming fluide par rapport à ceux qui ont subi des interruptions, même si le contenu reste identique. Ce principe psychologique explique pourquoi les deux industries investissent massivement dans la réduction de la latence. Les casinos misent beaucoup sur l’amélioration de l’« expérience du dernier kilomètre » – l’instant où les gains atteignent le compte du joueur – car ce moment détermine la perception de la marque, tout comme la fin d’un film influence l’impression laissée au public.

Sécurité vs vitesse : un équilibre délicat en coulisses

Les consommateurs exigent la vitesse, tandis que les régulateurs imposent la sécurité – créant une tension permanente dans les deux secteurs. Les plateformes de cinéma combattent le piratage avec des filigranes numériques et des systèmes de cryptage, tandis que les casinos mettent en œuvre des vérifications multicouches. Les opérateurs les plus performants parviennent à minimiser la friction utilisateur tout en garantissant une sécurité solide.

Les processus KYC (Know Your Customer) modernes en offrent un bon exemple. Là où les casinos exigeaient autrefois une documentation lourde avant un premier retrait, beaucoup utilisent désormais :

  • La numérisation automatisée des documents qui vérifie rapidement les identités, réduisant les délais de plusieurs jours à quelques minutes.
  • Les biométries comportementales pour analyser les schémas de jeu et détecter les fraudes.
  • Les services tiers de pré-vérification des joueurs.

Ces innovations reflètent l’évolution du streaming, passé de DRM contraignants à des protections de contenu quasi invisibles. Dans les deux cas, les solutions réussies respectent les normes de sécurité tout en restant presque imperceptibles pour les utilisateurs légitimes.

Quel avenir pour les transactions instantanées et le streaming ?

Les technologies émergentes promettent de rendre les systèmes « rapides » d’aujourd’hui obsolètes. Les réseaux 5G pourraient permettre de télécharger un film en quelques secondes et les contrats intelligents basés sur la blockchain pourraient automatiser les paiements de casino dès la fin d’une partie. Par ailleurs, les deux secteurs explorent l’informatique en périphérie (edge computing) pour éliminer totalement la latence.

Au cœur de cette évolution se trouve leur convergence. De la même manière que les plateformes de streaming intègrent aujourd’hui des éléments de jeux, les casinos pourraient bientôt offrir des contenus premium accessibles instantanément à leurs joueurs. La vitesse reste l’élément clé : dans notre société où l’attention est devenue plus rare que jamais, la vitesse n’est pas seulement une question de commodité, elle est devenue le fondement de la fidélité client.

Conclusion

Le lien entre les casinos à retrait rapide et le cinéma moderne illustre une tendance plus large : les consommateurs privilégient aujourd’hui la rapidité autant que la qualité dans leurs décisions d’achat, qu’il s’agisse d’encaisser leurs gains ou de regarder des films ou des séries. En comprenant ce changement dans les attentes des consommateurs, les deux industries peuvent améliorer leurs services pour répondre – voire surpasser – les besoins des utilisateurs. Ceux qui réussiront dans ce nouveau paysage ne se contenteront pas d’offrir d’excellents contenus ou jeux : ils sauront surtout les livrer rapidement.

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Une pointe d’amour : La beauté est dans les yeux de celui qui regarde

Une pointe d’amour, un film qui célèbre la résilience et l’amour vrai. En traitant sans détours mais avec délicatesse le désir et la difficulté d’aimer dans un corps contraint, le film offre une belle leçon de vie, en utilisant les codes du road-movie. Sans militantisme, il pousse à la réflexion et rappelle, avec intelligence et subtilité, que les émotions et les aspirations profondes transcendent toutes les barrières.

Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur Maël Piriou nous offre, et c’est un vrai cadeau, une touchante comédie romantique. C’est aussi une histoire d’amitié authentique, inspirée du film Hasta la Vista de Geoffrey Enthoven en 2011, mais dont, à vrai dire, il ne reste pas grand-chose, au-delà du road-movie avec un vieux fourgon, le but du voyage et le handicap. Le thème des handicapés est certes très présent dans le film – traitant des questionnements sur l’amour et la tendresse –, mais le réalisateur en atténue avec justesse les effets au fil du film.

En allant droit au but des sentiments, dits ou non-dits, et des faux-semblants, le réalisateur exploite à fond les vertus du road-movie. Ils permettent à ces deux « vieux » amis avocats, Mélanie et Benjamin, de prendre du recul et de se révéler en découvrant qui ils sont vraiment l’un pour l’autre, ainsi que leurs aspirations profondes.

Dans une durée resserrée, traversant de superbes paysages espagnols, le métrage est construit sur un scénario rythmé et original, qui ne manque pas de rebondissements étonnants et certains moments drôles, avec surtout un twist qu’on ne voit pas venir. D’autant que l’accompagnant de circonstance des personnages, Lucas, conducteur-infirmier-homme à tout faire, tout juste sorti de prison, les entoure d’une affection humaine qui semble innée, contribuant à leur faire peu à peu oublier leur handicap, à l’instar de Driss/Omar Sy dans Intouchables.

Oser reconnaître l’amour malgré ses blessures et ses doutes

Mélanie la battante, travaillant malgré son handicap, venant d’apprendre de récentes mauvaises nouvelles sur sa santé, ressent l’urgence d’enfin connaître les bienfaits de l’acte sexuel, quitte à ce qu’il soit tarifé dans un bordel en Espagne s’occupant des handicapés. Car si elle croit en l’amour, il est pour le moment virtuel et platonique, Mélanie n’osant pas provoquer la rencontre dans son état, et ignorant ce qu’elle a sous les yeux.

Ayant réussi à convaincre Benjamin de l’accompagner in extremis dans son périple, ce tétraplégique par accident et amorphe, en apparence en tout cas, elle lui raconte ses états d’âme, n’hésitant pas à lui asséner quelques formules percutantes : « Tu te rends compte qu’on ne m’a jamais caressé les seins ? »

Mais après de nombreux échanges, une rencontre inopinée et révélatrice, à défaut d’être belle et drôle, et aussi grâce à Lucas qui sait provoquer Mélanie et Benjamin en leur faisant le coup de la panne, le but affiché du voyage va évoluer au fil du temps, par la découverte étonnante du vrai Benjamin, dont Mélanie finit par reconnaître le leitmotiv caché : Force et Tendresse, comme un code de ceux qui n’arrivent pas à se parler.

Cette découverte et ses évolutions ne manquent pas de provoquer de beaux moments, où l’on lit dans leurs pensées plutôt qu’ils ne les expriment, avec une profondeur des sentiments et quelques émotions que l’on ne manque pas de ressentir, les libérant ainsi de leurs chaînes apparentes.

On aime ce film par la vitalité conjuguée de ses trois acteurs principaux

  • Julia Piaton, cette actrice déjà reconnue (récemment dans Le Secret de Khéops, Le Mélange des genres), interprète ici un très grand rôle dans le personnage de Mélanie, parfaite en handicapée fonceuse et libre dans son fauteuil roulant, affichant aplomb et vérité, mais aussi beaucoup de sensibilité ;
  • Quentin Dolmaire, ce jeune acteur méconnu, qui a bien failli rater ses auditions pour le film, et qui se révèle d’une écoute et d’une tendresse inouïes dans le rôle de Benjamin, composant avec brio les attitudes du tétraplégique plutôt difficiles à interpréter;
  • Gregory Gadebois, immense acteur qu’on ne présente plus (Délicieux, Louise Violet), et qui trouve ici un rôle clé d’accompagnant bourru, mais volubile et d’une grande humanité, lui qu’on trouve habituellement plutôt dans des rôles de taiseux.

Visiblement heureux d’être ensemble, ces acteurs sont parfaitement dirigés par Maël Priou, affichant pudeur, retenue et délicatesse, par une mise en scène sobre mais efficace.

Une belle leçon de vie

Abordant la douloureuse question de l’amour physique des handicapés, ce film en transcende les obstacles, sans militantisme ni pathos, en nous donnant une véritable leçon de vie, et en sachant faire éclore les vrais sentiments et transports amoureux tels que tout le monde peut les connaître.

Son visionnage donne l’espoir d’un futur plus tolérant, et nous fait mieux comprendre cette citation d’Oscar Wilde : « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde », sous-entendu ici l’amour s’invite à celui qui sait regarder !

Bande annonce – Une pointe d’amour

Fiche technique – Une pointe d’amour

  • Réalisateur : Maël Piriou
  • Scénario : Maël Piriou, inspiré de l’œuvre de Geoffrey Enthoven
  • Scénaristes (version originale) : Pierre De Clercq, Mariano Vanhoof
  • Genre : Comédie romantique, road movie
  • Musique : Pascal Sangla
  • Directeur de la photographie : Guillaume Schiffman
  • Montage : Francis Vesin
  • Costumes : Sophie Bay-Baudens
  • Chef décorateur : Wouter Zoon
  • Ingénieurs du son : Dominique Lacour, Anne Gibourg, Sarah Lelu, Emmanuel Croset
  • Durée : 1h24
  • Pays d’origine : France
  • Date de sortie : 30 avril 2025
  • Production : Same Player Production, Pathé Films, Logical Content Ventures, France 3 Cinéma, Cine Nomine
  • Producteur délégué : Vincent Roget
  • Producteurs associés : Michael Kuperberg, Ardavan Safaee, Pierre Forette, Thierry Wong
  • Producteur exécutif : Marianne Klopocki
  • Directeur de production : Régis Vallon
  • Attachés de presse : Dominique Segall, Apolline Jaouen, Jérôme Barcessat, Marion Seguis
  • Distribution : Pathé Films

Casting principal

  • Julia Piaton : Mélanie
  • Quentin Dolmaire : Benjamin
  • Grégory Gadebois : Lucas
  • Florence Viala : Stéphanie
  • Claude Guyonnet : Marc
  • Louis Meignan : Séverin
  • Aude Léger : Juliette
  • Roc Esquius : Barman El Cielo
  • Martin Petit : Frère de Mélanie
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3.5

« Emmanuelle Béart » : portrait d’une comédienne créatrice

Publié aux éditions LettMotif, Emmanuelle Béart, une actrice française, d’Arnaud Duprat, nous offre l’occasion de nous replonger dans la trajectoire artistique de l’actrice, mais surtout au cœur de l’élaboration patiente d’une persona complexe, profonde, parfois contradictoire, à l’image même de celle qui l’incarne. 

Pour beaucoup, Emmanuelle Béart émerge réellement dans Manon des sources : sauvageonne lumineuse, alliance troublante de pureté et de gravité, elle crève l’écran dans un rôle à bien des égards séminal. Sous la caméra de Claude Berri, dans des paysages amples et extérieurs, la comédienne se fond littéralement dans la nature. L’eau, les arbres, la terre deviennent autant d’extensions de sa silhouette fragile et candide. Si cette image matricielle aurait pu la figer à jamais – à l’instar de Romy Schneider, qu’elle cite comme modèle –, l’actrice parvient au contraire à faire de Manon non une prison, mais un socle. Ce rôle fondateur agit en effet comme un creuset : il condense les traits encore en gestation d’une identité artistique, sans pour autant les enfermer.

Dans Manon des sources, la jeune héroïne, silencieuse et fière, interroge déjà la dynamique du regard masculin, sans renier l’intelligence ni l’instruction. Un « syncrétisme d’une persona en construction », écrit Arnaud Duprat, observant que la violence sourde et la gravité naturelle de Manon prolongent des intuitions aperçues plus tôt, dans Demain les mômes ou Un amour interdit.

Peu après, dans Les Enfants du désordre, Emmanuelle Béart incarne Marie, une écorchée vive confrontée à la marginalité, à la drogue et à la prostitution. À première vue, un contre-emploi. Mais Arnaud Duprat nuance aussitôt : il ne s’agit pas de rupture mais de continuité souterraine. Comme Manon, Marie est observatrice, mélancolique, traversée d’une pureté douloureuse. Pourtant, Marie se tient cette fois au bord du précipice, prête à tomber. Cette évolution prépare discrètement le terrain pour les figures futures : des héroïnes douces et passionnelles, aux prises avec leurs propres gouffres intérieurs.

Dès lors, Emmanuelle Béart devient l’objet de sollicitation des plus grands : Jacques Rivette, André Téchiné, Claude Sautet. Trois cinéastes qui joueront un rôle crucial dans l’affirmation de sa maturité artistique. Dans La Belle Noiseuse, J’embrasse pas, Un cœur en hiver, c’est tout un pan de sa persona qui s’épanouit : des héroïnes amoureuses, artistes, porteuses d’une violence intériorisée sous un visage juvénile. L’auteur analyse longuement les aspérités qui permettent de mieux affirmer et caractériser l’image de la comédienne, qui se fixe peu à peu. 

Les années 90 qui s’ensuivent marquent un nouveau tournant : Emmanuelle Béart ne se contente plus d’incarner ; elle commence à créer. Sa persona devient malléable entre ses mains. Plus que des personnages, elle forge des figures, des femmes libres, souvent délaissées, tiraillées entre la sensualité, la passion et la responsabilité.

Dans Une femme française de Régis Wargnier, elle donne corps à Jeanne, femme plurielle et combattante, écartelée entre plusieurs amours, plusieurs fidélités. Ici, la persona s’érotise, sans jamais céder au cliché : la femme, la maîtresse et la mère se confondent, se combattent, s’embrassent dans un même souffle tragique. Le personnage se dresse face au conservatisme, à une bienséance surannée.

De L’Enfer de Claude Chabrol à Les Destinées sentimentales d’Olivier Assayas, en passant par Voleur de vie d’Yves Angelo, Emmanuelle Béart incarne inlassablement des femmes qui aiment « mal », trop, ou pas assez – et qui, pour cette raison, effraient, fascinent ou rebutent les hommes qui les entourent. L’actrice entre en relation dialogique avec ses rôles, parfois presque en résonance, et l’opuscule offre au lecteur le recul nécessaire pour mesurer les récurrences dans les représentations supportées.

Le retour auprès de Rivette, Téchiné et Sautet dans les années 2000 n’a rien du hasard. C’est une reconnaissance mutuelle : ils la filment désormais avec une écoute, une patience qui témoignent de la richesse complexe de l’actrice créatrice qu’elle est devenue. Elle campe alors des héroïnes à la morale flottante, où la mère et l’amante s’entrelacent dans des drames subtils. Avec La Répétition de Catherine Corsini, Arnaud Duprat note une dimension nouvelle : l’autoportrait. L’actrice semble s’y dédoubler, dans un jeu de miroirs vertigineux entre vie et art, représentation et réalité. 

Au fil de l’ouvrage, une certitude s’impose : la carrière d’Emmanuelle Béart n’est pas une succession d’opportunités ou de hasards, mais une architecture secrète. Une œuvre patiente, où des héroïnes blessées, aimantes, insurgées se succèdent avec une certaine cohérence. À travers elle, c’est toute une histoire des femmes qu’Arnaud Duprat esquisse : une histoire où la sexualité est active, où l’amour n’est jamais simple, où la liberté coûte cher.

Loin du catalogue ou de l’hagiographie, Emmanuelle Béart, une actrice française ne cesse d’interroger les liens invisibles entre les rôles, les gestes, les regards, nous révélant ainsi combien Emmanuelle Béart est une actrice qui n’a cessé de se réinventer, en même temps qu’elle poursuivait, de film en film, une quête intime de soi.

Emmanuelle Béart, une actrice française, Arnaud Duprat 
LettMotif, avril 2025, 200 pages

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3.5

« Possessions » : une descente flamboyante dans les ténèbres de Turin

Avec Possessions (Glénat), Alexis Bacci signe une œuvre monumentale, dense et fascinante, qui, en quelque 400 pages haletantes, nous entraîne dans une odyssée baroque où l’intime côtoie le démoniaque, où l’enquête policière se teinte de poésie noire. Un polar ésotérique au souffle rare, où le chaos du monde devient le miroir du chaos intérieur.

Dès les premières planches, le ton est donné : Antonio Ventimila suffoque dans une existence parisienne étouffante. Entre les discussions vides à la machine à café, l’indifférence d’une compagne volage et les humiliations ordinaires de la vie urbaine, son mal-être se cristallise. Dans un geste soudain, il plaque tout, sans mot dire, et prend la fuite vers l’Italie. Un accident à la sortie du tunnel du Mont-Blanc, la frontière entre deux vies, précipitera sa chute – ou son éveil.

Hospitalisé à Turin, Antonio rencontre Alfonso Di Marco, écrivain fantasque rongé par la maladie, qui l’entraîne dans un projet aussi mystérieux qu’inquiétant : faire l’inventaire de ce que la ville cache de plus obscur pour écrire un ouvrage de référence sur le diable. D’abord réticent, Antonio cède aux avances financières mirobolantes et à l’appel, plus sourd, d’un destin qui semble déjà écrit.

Capitale industrielle et mystique, à la croisée des magies blanche et noire, Turin devient alors un personnage à part entière. La ville est traitée avec une minutie de cartographe et l’imagination d’un poète halluciné. De ruelles vénéneuses en palais muséaux, Antonio explore ses ombres épaisses, rencontrant figures inquiétantes et reliques infernales, certaines exposées dans un cabinet de curiosités pour le moins extravagant.

Le récit oscille entre enquête documentaire, plongée onirique et quête existentielle. Les visions d’Antonio – combat contre un globe oculaire géant, déambulations dans des architectures impossibles – donnent au récit une texture sensorielle presque délirante. La frontière entre rêve et réalité se brouille, à l’image d’un giallo italien où la lumière la plus éclatante cache toujours l’ombre la plus épaisse.

Et bientôt, Antonio trouve un guide : Chiara, réceptionniste d’hôtel au charme équivoque, avec qui il entre en relation. Après l’avoir éveillé aux mystères de Turin, elle lui confesse être une sorcière… ce qui ne sera pas la seule surprise du récit. Clairement, Alexis Bacci joue avec nos attentes, brouille nos repères, place son protagoniste dans un état de carence informationnelle qu’il partage avec le lecteur. C’est à travers ses yeux, pas tout à fait dessillés, que se révèlent les intrigues d’une ville ésotérique.

Chemin faisant, l’auteur explore, avec justesse, les blessures d’Antonio : deuil non cicatrisé, illusions perdues. Possessions devient alors un roman graphique sur la résilience autant qu’une chasse aux démons – les leurs, et les nôtres. Car au-delà de son esthétisme quasi hypnotique, l’album est profondément personnel. Les photographies de famille, insérées avec délicatesse dans la trame graphique, ancrent le récit dans la mémoire affective. On sent que derrière la quête du mal, c’est d’abord une quête de sens et de rédemption qui s’opère.

Sombre, baroque, dédaléen, Possessions est un album majeur. Antonio Ventimila, son anti-héros égaré, se fait l’écho de nos propres errances, et Turin, théâtre de la magie et du mal, le miroir inquiétant de notre part sombre. 

Possessions, Alexis Bacci 
Glénat, avril 2025, 408 pages

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4

« La Pâle figure » : Bernie Gunther dans l’antichambre du mal

Adaptation graphique d’un monument du roman noir historique, La Pâle figure réussit le pari audacieux d’inscrire le détective Bernie Gunther dans la bande dessinée sans en amoindrir ni la densité morale ni la noirceur lucide. Le Berlin de 1938 s’y révèle dans toute sa complexité : une ville suspendue entre modernité et barbarie, théâtre d’une enquête haletante et miroir d’un monde au bord du gouffre.

Le lecteur entre dans La Pâle figure comme dans un piège à mâchoires. Berlin, 1938 : les relents de pogroms flottent dans l’air, les ruelles s’assombrissent sous les bottes de la Gestapo et les portraits d’Hitler ornent les murs. Dans ce climat délétère, Bernie Gunther, ex-flic reconverti en privé, est rappelé dans les rangs par Heydrich lui-même. Deux affaires s’entrelacent : un chantage à la correspondance homosexuelle visant un fils d’aristocrate et une série de meurtres de jeunes filles blondes, laissées mortes, violées, marquées de symboles cabalistiques – autant d’échos sinistres aux obsessions raciales du régime. Derrière le serial killer, c’est l’État lui-même qui semble rôder. Et dans ce labyrinthe de faux-semblants, Gunther avance avec un humour sardonique comme seule boussole, au bord de l’abîme.

Avec sa silhouette droite, son regard fatigué et ses répliques laconiques, Bernie Gunther est l’héritier assumé de Philip Marlowe. Mais là où Marlowe déambule dans un Los Angeles interlope, Gunther arpente les rues surveillées de Berlin, capitale d’un régime obsédé par la pureté. C’est un homme seul, sans illusions, mais pas sans convictions. Sa parole demeure relativement libre dans un monde qui ne l’est plus. Mais Gunther n’est pas un ange. Il ment, il frappe, il tue même, lorsque cela lui semble juste. Ce n’est pas tant un héros qu’un survivant moral, un homme à la frontière du bien, du mal, du renoncement.

L’adaptation par Pierre Boisserie (scénario), François Warzala (dessin) et Marie Galopin (couleurs) épouse avec finesse l’esthétique du roman noir et la précision documentaire de Philip Kerr. Le trait ligne claire de Warzala tranche délibérément avec la noirceur du propos : les uniformes sont impeccables, les décors détaillés, les visages lisses, ce qui rend d’autant plus glaçante la violence qui surgit entre les cases.

L’enquête s’accélère sans jamais sacrifier la profondeur : les dialogues sont ciselés, l’humour mordant, les silences rares mais évocateurs. Une scène suffit souvent à résumer une époque : un adolescent embrigadé par Der Stürmer, persuadé à tort que les Juifs ont tué son père ; une femme tombant amoureuse d’un SS parce qu’il la fait souffrir ; un dignitaire nazi opposé à la violence non par humanisme, mais pour ne pas dédommager les clients juifs par des assurances allemandes…

Ce qui fait la force de cette bande dessinée, c’est la manière dont elle met en tension les mécanismes de la haine d’État. On y croise Julius Streicher, portraituré comme un gangster halluciné, sorte de caïd antisémite à la tête de son journal de propagande. On y voit les rivalités internes entre dignitaires nazis, les jeux d’influence autour de l’ésotérisme et le cynisme bureaucratique des tueurs en col blanc.

L’intrigue policière n’est jamais prétexte : elle révèle les strates d’un système où tout, jusqu’au crime, peut être instrumentalisé au service d’une idéologie. Un médium devient une pièce maîtresse dans un stratagème visant à faire croire à des crimes rituels juifs ; une enquête bâclée devient un levier pour justifier une répression. Loin de tout manichéisme, l’album montre que le mal n’a pas besoin de monstres : il prospère dans les raisonnements froids, les compromis quotidiens, les indifférences lâches.

Rarement adaptation aura si bien restitué la densité morale et historique d’une œuvre littéraire, sans tomber dans la reconstitution scolaire ou l’illustration fade. La Pâle figure ne prend pas le lecteur par la main : elle l’immerge, frontalement, dans un monde où les repères s’effondrent. En filigrane, les auteurs interrogent la manière dont la vérité est instrumentalisée, les médias détournés, les minorités ciblées. Dans cette Allemagne qui ressemble parfois à un miroir déformant de nos propres sociétés, Bernie Gunther reste un repère fragile : un homme qui refuse de haïr par pur réflexe pavlovien.

Un troisième tome est-il déjà en préparation ? On l’espère vivement. Car cette Allemagne a encore beaucoup de choses à nous révéler. Et on l’attend avec l’impatience réservée aux grands maîtres. 

La Trilogie berlinoise : La Pâle figure, Pierre Boisserie, François Warzala et Marie Galopin  
Les Arènes, avril 2025, 140 pages

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4.5

Les désarmés, en quête du butin

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Cet album est la version 2010 de celle parue initialement en deux parties aux Éditions Zenda (1991 et 1993). Il s’agit d’une version retravaillée qui fait l’objet d’une nouvelle mise en couleurs, par Ruby.

D’emblée, on sent les auteurs désireux de s’inscrire dans la lignée des genres que sont les films noirs ainsi que les westerns. Bien que l’époque ne soit pas précisée, on verrait bien l’histoire dans les années 1940-1950, justement en pleine période où ces deux genres faisaient la renommée du cinéma américain. Clairement, l’album est conçu à la manière d’un film, avec des images qui font la part belle aux grands espaces américains. L’action se situe dans le sud des États-Unis, entre quelques petits patelins ainsi que le désert traversé par le Rio Grande qui matérialise la frontière avec le Mexique. D’autre part, le dessin de couverture nous renvoie à la mentalité américaine marquée par la banalisation de l’usage des armes, alors que les protagonistes sont des gangsters qui ne jurent que par les rapports de force. Exemple avec l’illustration de couverture et ce canon double pointé en gros plan vers nous lecteurs, comme si nous étions les désarmés désignés par le titre. Ironiquement, les gangsters à l’œuvre dans l’album voient le Mexique comme le lieu où ils pourraient se retirer pour mener la belle vie avec leur butin, alors qu’ils savent parfaitement que les Mexicains considèrent les États-Unis comme le pays où ils pourraient mener une vie meilleure…

Une intrigue bien tordue

Si cet album a d’abord bénéficié d’une édition en deux parties, c’est que l’ensemble est quand même assez conséquent, avec ici 96 planches qui nécessitent environ deux heures de lecture attentive. Les raisons en sont multiples, notamment le nombre de personnages qui induit les différentes relations qui les amènent à se côtoyer, mais aussi les divers allers et retours entre le présent de narration et quelques moments dans le passé récent. Ainsi, le début nous présente un duo (l’homme au volant, la femme à son côté) en fuite à bord d’une puissante voiture dans le désert du Texas (11h30). Puisque par la radio du bord, ils entendent des messages émanant de la police, on devine qu’ils utilisent un véhicule volé. D’autre part ils sont sérieusement blessés, très certainement des blessures par balles. La police les incite à se rendre, affirmant que les blessés seront soignés, quand une roue se déglingue soudainement, entrainant le véhicule dans une folle cabriole. La suite de la lecture nous fait comprendre que l’accident était prévisible. En effet, après ces 5 planches d’introduction, l’action nous ramène 48 heures plus tôt. Un homme au physique inquiétant vient s’approvisionner à une station-essence située à l’écart, quelque part dans le comté de Crystal. Après un dialogue instructif avec la pompiste, il renonce à s’approprier le contenu de la caisse (fermée à clé), dérangé qu’il est par l’irruption d’un autre inconnu au physique tout aussi inquiétant qui le bouscule en entrant dans le magasin. En ville, le premier inconnu prend une chambre au Longhorn Hotel en prétendant s’appeler Jim Forbes, représentant venant de Chicago. Vondale, le tenancier demande à Clayton, le garçon d’étage de l’emmener vers la chambre qu’il prend pour une demi-journée, la numéro… 13 (qui donne sur la rue). Or, Clayton a reconnu l’homme et il l’espionne par un trou dans le plancher de la chambre au-dessus. Forbes, lui, observe la banque située en face et répète ses gestes et paroles pour quand il viendra la cambrioler. Clayton décide d’aller prévenir le shérif de ce qui se trame, alors même qu’il lui avait strictement interdit (pourquoi donc ?) de venir le voir à son bureau.

Tous pourris

Tout en restant dans la même région et sur un laps de temps de quelques jours, le scénario joue avec le temps et les lieux pour nous faire sentir les vues de plusieurs personnages agissant au sein de différents groupes, ce qui nous permet d’appréhender la complexité de la situation. C’est suffisamment bien élaboré pour qu’on comprenne progressivement ce qui se passe. Néanmoins, une seconde lecture pourrait s’avérer fructueuse pour bien cerner l’ensemble, car de nombreux détails s’avèrent particulièrement révélateurs et important, aussi bien dans le scénario (dialogues) que dans les situations (aspect graphique). Il est question des plans des gangsters, plutôt machiavéliques. L’un des plus puissants revient au premier plan après une blessure et il veut montrer qu’on n’empiète pas impunément sur son territoire. Bien entendu, les autres réfléchissent à sa succession, sur laquelle tous ne sont pas d’accord. Et puis, nous avons quelques opportunistes et des naïfs plus ou moins manipulés. Nous faisons également connaissance avec une mère et ses deux fils, dont l’un réapparaît opportunément. Les relations entre les deux frères et leur mère font l’objet de quelques échanges verbaux très édifiants. Même du côté du shérif, on sent que les petits arrangements font partie des comportements habituels. Ici, on dépassera largement ce cadre sans que personne ne s’y oppose. L’épaisseur de l’album permet un réel approfondissement des caractères des principaux personnages. 

Aspect graphique

Le scénario de Pirus dépasse donc largement le simple exercice de style. De même, on sent déjà une belle maîtrise dans le dessin de Mezzo. Rappelons qu’on doit à ce même duo la trilogie Le roi des mouches, dont le premier épisode Hallorave date de 2005. Le choix des couleurs est aussi sombre que l’atmosphère générale. Et les vignettes sont de tailles et formes variées, malgré une base à trois bandes par planche. Enfin, dès le début on sent chez tous les personnages qu’ils balanceraient père et mère pour s’approprier le magot. Cela passe par des physiques bien différenciés et patibulaires (mais presque, pour paraphraser Coluche). D’ailleurs, la galerie des visages se retrouve sur les pages de garde, pour bien enfoncer le clou.

Les Désarmés, Pirus (scénario) – Mezzo (dessin) – Ruby (couleurs)
Drugstore (Editions Dupuis) : sorti le 12 mai 2010
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3.5

Thunderbolts* : Heart Squad ou le Marvel du cœur

Contre toute attente, le dernier film de super-héros (enfin anti-héros ici) du MCU est plutôt réussi. En faisant sa version du Suicide Squad de la défunte franchise concurrente DC Comics chez Warner, la firme aux idées (version Marvel, cette fois) appartenant à Disney nous livre un blockbuster sympathique et étonnamment émouvant, qui peut compter sur une demi-douzaine de qualités que tout ce qui a précédé n’avait plus. Un peu de sentiments et de profondeur, une excellente actrice qui peut exprimer son talent, un méchant très réussi et quelques séquences spectaculaires bien réalisées, et le tour est joué. Cerise sur le gâteau : ces seconds couteaux, peu intéressants dans d’autres films, forment ici une petite bande éminemment attachante. La phase 5 se clôt donc avec les honneurs. Et un peu d’espoir ?

Synopsis : Marvel Studios rassemble une équipe de anti-héros peu conventionnelle : Yelena Belova, Bucky Barnes, Red Guardian, Le Fantôme, Taskmaster et John Walker. Tombés dans un piège redoutable tendu par Valentina Allegra de Fontaine, ces laissés pour compte complètement désabusés doivent participer à une mission à haut risque qui les forcera à se confronter aux recoins les plus sombres de leur passé. Ce groupe dysfonctionnel se déchirera-t-il ou trouvera-t-il sa rédemption en s’unissant avant qu’il ne soit trop tard ?

On y allait à reculons. On n’y croyait plus. On s’attendait à un nouveau blockbuster estampillé Marvel totalement désincarné. Et il faut avouer qu’on s’était trompé. La bonne surprise est donc proportionnelle à nos craintes légitimes. Après une phase 5 catastrophique, où des navets et boursouflures tels que Ant-Man – Quantumania, The Marvels ou encore Captain America – Brave New World se sont enchaînés, et où seul le volet final des Gardiens de la Galaxie valait vraiment le coup (on met de côté le sympa mais totalement vain et éphémère Deadpool & Wolverine, qui tenait plus d’une longue blague de fan-service que d’un film), ce Thunderbolts* apparaît donc comme un petit miracle.

En réunissant une bande d’anti-héros et de personnages de second plan (méchants ou semi-vilains) qu’on avait aperçus dans les précédentes phases, Marvel voulait clairement tenter une sorte de Suicide Squad comme l’avait fait feu le DCEU. Bien meilleur que le film charcuté de David Ayer – l’une des plus grosses déceptions de l’époque, une sorte d’objet informe de toutes parts, vidé de sa substance et de ses belles promesses – mais tout de même largement en-dessous de sa suite/reboot, l’incroyable, merveilleux et parfait The Suicide Squad de James Gunn, Thunderbolts* se positionne comme une étonnante surprise. D’autant plus que, de sa promotion à ses premières bandes-annonces, on s’attendait à une nouvelle catastrophe industrielle ou à un blockbuster insignifiant et dépassé.

Première bonne nouvelle : cette équipe crée un vrai lien sympathique, une complicité, et on la trouve vraiment attachante. Un peu comme un bon souvenir des Gardiens de la Galaxie, la déconne en moins. On regrette de ne pas voir davantage à l’écran le charismatique Sebastian Stan, mais Florence Pugh s’impose comme le cœur battant de l’équipe et du film, son noyau. Déjà épatante dans le malaimé mais sympathique Black Widow, elle parvient, dans ces produits manufacturés que sont devenus n’importe quel film du MCU, à faire vivre son personnage et à révéler pleinement ses talents d’actrice. Dès les premières images, son timbre de voix impacte notre ouïe et son jeu d’actrice nous captive.

Mieux : grâce à elle, Thunderbolts* prend un tournant tragique et réussit l’exploit de mettre de l’émotion et de la profondeur dans cet univers pourtant dévolu au grand spectacle et aux blagues souvent ratées. Ses états d’âme et certaines séquences fouillant son passé, comme sa relation avec son père, donnent du cœur à cette histoire. Mais surtout, c’est son lien avec le grand méchant du film, Sentry, qui nous touche. Et, miracle, Marvel parvient enfin à livrer un film avec un vilain réussi et complexe. Lewis Pullman donne de la chair à ce quidam devenu surpuissant. En second plan, il est bien secondé par le personnage opportuniste de Valentina Allegra de Fontaine, joué par une Julia Louis-Dreyfus magistrale. Du fond, quelques sentiments et des protagonistes qui peuvent exister dans ce grand barnum : ce n’est pas si souvent.

Ensuite, si l’on regrette que le film se noie encore dans les mêmes décors citadins gris et ternes, ici, ils ont leur raison d’être. Et cela fait du bien de quitter le Multiverse et ses délires pour retrouver une intrigue plus terre-à-terre, loin du cosmos, avec des enjeux plus humains. Comme un retour aux tout premiers films du MCU, et un brin de nostalgie involontaire qui s’infiltre durant la projection.

La mise en scène de Jake Schreier est compétente, et si la première partie nous livre des affrontements somme toute basiques et déjà vus, la seconde est plus palpitante. La séquence où Sentry met K.O. toute la clique est jubilatoire, l’affrontement citadin qui suit est impressionnant, et on peut dire que le dénouement déjoue toutes les attentes. Les effets spéciaux ont, pour une fois, l’air d’être finis, et une sorte de sentiment de réussite et d’objet sincère nous parcourt le cœur et l’esprit à la fin de la projection. Pas le meilleur Marvel, pas non plus un excellent film, mais certainement ce que la firme aux idées a fait de mieux et de plus honnête depuis bien longtemps, avec un caractère dépressif qui ajoute une sacrée valeur à ces Thunderbolts* qu’on a bien envie de les revoir.

Bande-annonce – Thunderbolts*

Fiche technique – Thunderbolts*

Réalisateur : Jake Schreier.
Scénaristes : Joanna Cola & Lee Sung-Jin d’après l’oeuvre de Kurt Busiek.
Production: Marvel Studios (Disney).
Distribution: The Walt Disney Company France.
Interprétation : Florence Pugh, David Harbour, Sebastian Stan, Wyatt Russell, Hannah John-Kamen, Lewis Pullman, …
Genres : Action – Science-fiction.
Date de sortie : 30 avril 2025.
Durée : 2h06.
Pays : USA.

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3.5

« La Bataille de Sinope » : une tragédie navale magistralement dépeinte

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Avec La Bataille de Sinope, Jean-Yves Delitte et Sandro signent un nouveau tome de l’excellente collection « Les Grandes Batailles navales », publiée aux éditions Glénat. Cette série s’attache à remettre en lumière des épisodes méconnus de l’histoire maritime mondiale. 

Située à la charnière du XIXe siècle, période où l’Empire ottoman, autrefois conquérant, vacille désormais sur ses fondations vermoulues, l’intrigue nous transporte aux prémices de la guerre de Crimée. Dans ce contexte géopolitique tourmenté, l’Empire Ottoman apparaît comme un géant déchu, devenu un enjeu diplomatique entre une Russie impériale agressive, un Royaume-Uni soucieux de préserver ses intérêts coloniaux et une France républicaine en pleine mutation politique.

Jean-Yves Delitte, scénariste chevronné et fin connaisseur de l’histoire maritime, livre ici un récit solide, fondé sur une documentation rigoureuse et un sens aigu du détail historique. Le 26 septembre 1853, lorsque le Sultan Abdül Medjid Ier, poussé par des factions bellicistes internes et craignant des troubles populaires, décide de déclarer la guerre à la Russie, il ignore encore l’ampleur du désastre à venir. Deux mois plus tard, le 30 novembre, la flotte ottomane, ancrée dans le port de Sinope, est prise au piège par une escadre russe déterminée à frapper fort. Ce dramatique affrontement est restitué avec une grande clarté narrative par les auteurs, qui excellent dans la caractérisation des forces en présence.

Ce tome introduit à dessein des points de vue français et britannique. À travers deux personnages au destin tragique, mais à l’acuité remarquable, le lecteur découvre les dessous d’une marine ottomane rongée par la corruption, le népotisme et l’incompétence. L’œuvre ne ménage pas les autorités ottomanes, dépeintes comme aveugles aux mouvements stratégiques russes. Cette critique est portée par des dialogues incisifs, et elle enrichit considérablement le récit.

Le dessin est quant à lui précis, dynamique et particulièrement soigné. Il donne vie aux scènes maritimes avec virtuosité : les vaisseaux, les décors et la mise en page inventive permettent une représentation remarquable des combats navals, mais aussi des événements qui les ont précédés. L’Empire ottoman n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été ; c’est un fruit prêt à être cueilli par celui qui manifestera le plus grand appétit. 

Jean-Yves Delitte et Sandro réussissent pleinement leur pari : instruire tout en divertissant. La Bataille de Sinope, qui se conclut par l’habituel dossier pédagogique, invite à redécouvrir un chapitre-clé, pourtant souvent négligé, de notre histoire géopolitique. Un album incontournable pour les amateurs d’histoire maritime, qui confirme tout le bien que l’on pensait déjà de cette collection-phare des éditions Glénat.

La Bataille de Sinope, Jean-Yves Delitte et Sandro
Glénat, avril 2025, 56 pages

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4