Duo écossais assez peu connu en francophonie, Chris Baldie et Michael Park signent avec Traqué dans l’espace une œuvre rythmée et inventive, qui ressuscite l’esprit du space opera tout en y injectant une tendresse inattendue. Paru aux éditions Bamboo, au sein de la collection Les Aventuriers d’ailleurs, ce récit se lit d’une traite, avec une certaine gourmandise.
L’humanité n’est plus. Du moins, c’est ce que l’on pensait. Un homme, un seul, a survécu. Il est retrouvé par hasard sur une planète lointaine, échoué dans un sarcophage cryogénique enfoui dans la glace. Il est le dernier témoin d’un monde effacé, même s’il l’ignore encore. Il avait fait une promesse à sa femme enceinte : partir quelques jours en mission, puis endosser le costume du père de famille responsable. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.
Le lecteur suit ce rescapé, réveillé dans un futur trop lointain pour être compréhensible, trop hostile pour être supportable. Ce qui l’anime ? Le souvenir de Kathy, un éventuel retour sur Terre. Cette obsession, désespérée, agit comme un fil rouge dans un album peuplé d’espèces exogènes, de chasseurs de primes et de secrets révélés par bribe.
Traqué dans l’espace fait le grand écart entre la mélancolie d’un survivant et la mécanique brutale du space western. Le dernier humain a une certaine valeur biologique et, dès son réveil, il devient la cible d’une traque interplanétaire orchestrée par les Katzanis, une race redoutée pour sa brutalité.
Six chapitres. C’est ce qu’il faut à Chris Baldie et Michael Park pour caractériser ses protagonistes, les opposer ou les rapprocher, en faisant cohabiter spectacle et moments de respiration. Leur récit SF se teinte volontiers d’humanité, de dérision et supporte de nombreuses thématiques, parmi lesquelles l’ostracisme, l’armement militaire, la famille, le deuil ou encore la loyauté.
Par touches successives, à travers une construction non linéaire, le lecteur recolle les morceaux d’un double puzzle mémoriel : individuel, lié au survivant, le « Capitaine », mais aussi spatial, à travers l’histoire des peuples qui coexistent plus ou moins harmonieusement. Qui est vraiment ce capitaine ? Que signifiait cette mission de quatorze jours ? Et pourquoi l’humanité a-t-elle disparu ? Autant de questions qui vont former le cœur battant de l’album.
Le dessin tranche ici avec la gravité du propos : un style cartoonesque semi-réaliste, à mi-chemin entre le comics indé et l’animation rétro, qui surprend par sa capacité à faire passer l’émotion sans surenchère. Le découpage est dense (souvent de nombreuses cases par page) et injecte une énergie continue, proche du montage cinématographique, rythmant l’ensemble avec une efficacité remarquable.
Traqué dans l’espace ne se perd jamais dans les nébuleuses d’un cosmos trop vaste pour son propre bien. C’est un récit à hauteur d’homme, sous ses oripeaux de science-fiction. On y parle d’amour, de mémoire, de solitude, de perte, encapsulés dans une aventure qui ne lâche jamais la bride. À lire.
Traqué dans l’espace, Chris Baldie et Michael Park
Bamboo, juin 2025, 248 pages





