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Our Brand Is Crisis, Un Film De David Gordon Greene: Critique

Our Brand Is Crisis de David Gordon Greene (réalisateur du remarqué Joe), s’inspire du documentaire du même nom et réalisé en 2005 par Rachel Boynton.

Synopsis: Un candidat à la présidence de la Bolivie à la cote de popularité en chute libre fait appel à une équipe de management américaine d’élite, dirigée par la compromise mais brillante stratégiste Jane « Calamity » Bodine. En pleine retraite forcée à la suite d’un scandale lui ayant valu son surnom et l’ayant profondément ébranlée, Jane se voit offrir la chance de battre son plus grand adversaire, le détestable Pat Candy, qui coache désormais l’opposition.

Les Promesses De l’Ombre

A travers une campagne présidentielle, ce film pose un regard accablant et parfois désespérant, sur le monde politique, devenu immense business mondialisé, dont sont exclues les convictions et la volonté de servir un peuple, au profit de carrières individuelles. Seuls comptent alors le pouvoir et la richesse, que l’on gagne avec une élection. Par le biais d’une histoire vraie, il passe en revue ce monde devenu sans morale, nécrosé par les mensonges, les vaines promesses, les vœux pieux et le clientélisme.

Le film reprend donc la trame du documentaire: Bolivie 2002, élection présidentielle, les candidats s’affrontent et parmi eux, deux hommes, deux « ombres » aux idées diamétralement opposées se détachent. L’un, capitaliste et pro-F.M.I. est soutenu (manipulé) implicitement par les U.S.A. à travers une entreprise de conseil en stratégie politique. L’autre pense avant tout à son pays: son peuple et son avenir. On suit la campagne, orchestrée de main de maitre par des Américains imposant, à un Bolivien dont ce n’est pas la culture, leurs méthodes: coups bas, mensonges, manipulations et surtout, diffamation et calomnie.

Pour ça, le film est passionnant bien qu’inutile, on aurait pu en rester au documentaire. Ce qui en fait le sel, c’est cette vision des coulisses d’une campagne ordurière, où tous les coups sont permis. Tout ce qui fait l’intérêt formel d’une fiction passe après le fond de l’histoire: l’intervention d’un pays du nord dans la vie politique d’un pays du sud. On repense évidemment à la mort de Salvador Allende, imputable à la C.I.A. et brillamment évoquée par Costa-Gavras dans Missing. Avoir fait de ce documentaire une oeuvre romancée, n’apporte en soit pas grand chose. Les états d’âmes des personnages sont moins intéressants que la partie d’échecs, qui se joue entre les deux stratèges, à travers leurs candidats respectifs.

Le film était prometteur, et même si David Gordon Greene peut faire encore mieux, son film Joe avait marqué, bien qu’arrivant après le plus abouti Mud de  Jeff Nichols. Au casting Sandra Bullock qui, forte d’une certaine expérience, semble vouloir suivre les traces de Matthew McConaughy et confirmer le virage amorcé avec Gravity. Depuis, elle semble vouloir se donner le temps de choisir ses films, mais son jeu reste assez limité et n’a pas trouvé cette profondeur, qui ferait d’une abonnées aux bluettes une actrice shakespearienne. Elle manque de subtilité, de nuance, forçant grimaces et gesticulations au détriment de la crédibilité. Alors Billy Bob Thornton, si peu présent, si trop absent, porte seul la classe, le talent et le charisme d’un acteur irréprochable.

Quant à David Gordon Greene, son travail est propre et sans éclat, ni reproches ni compliments, aucun instant de grâce dans la mise en scène, une bande originale dont on ne sait plus si on l’a entendue. Simplement, tout ça manque d’audace, de prise de risque formelle, d’envie de bousculer les codes préétablis du genre. Comme si le sujet suffisait à faire un film. Le seul reproche sera peut-être que tout cela se passe en Amérique latine, pas toujours réputée pour être un exemple de démocratie, le film venant grossir le trait. Comme si on venait confirmer les préjugés de certains sur les pays du sud, oubliant les vérités sur les pays du nord. Reste que ces stratèges politiques sont tout de même des maitres du jeu d’échecs.

Certains se plaindront d’un film caricatural, poussant loin l’idée d’hommes politiques corrompus par la soif de pouvoir. Ils oublieront que ce film s’inspire d’un documentaire qui lui-même, relate une authentique campagne électorale. Ils oublieront également que, lorsqu’un homme n’a pas de convictions, il se soumet à ses désirs et que, de tous les désirs, le pouvoir est celui qui fait perdre l’esprit et cela, David Gordon Greene le démontre parfaitement.

Our Brand Is Crisis: Fiche Technique

Réalisateur: David Gordon Greene
Producteur: George Clooney & Grant Heslov
Scénario: Peter Straughan
Musique: David Wingo
Sociétés de production: Participant Media, Smokehouse Pictures & 360 Films
Société de distribution: Warner Bros. Pictures
Sortie: 20 avril 2016
Origine: U.S.A.
Budget: 28 millions $
Durée: 107′
Casting: Sandra Bullock, Scoot McNair, Billy Bob Thornton et Zoe Kazan

 

Rétrospective Danny Boyle: Sunshine, critique du film

Dans la carrière de Danny Boyle, Sunshine, sorti en 2007, constitue son plus gros échec commercial, non pas en termes de chiffre d’affaires mais au prorata de son budget, les entrées en salles n’ayant atteint que 80% des dépenses de production.

En 2057, le soleil s’éteint peu à peu, condamnant l’Humanité vers sa perte. Après une première expédition avortée, un second groupe de scientifiques est envoyé en vaisseau spatial pour faire imploser une charge thermonucléaire sensé réveiller l’astre solaire. A l’approche de leur objectif, alors que les communications avec la Terre sont coupées et que les esprits commencent à s’échauffer, les membres de l’équipage reçoivent un mystérieux message de détresse.

A trop s’approcher du soleil, on se brûle les ailes !

Comme pour beaucoup de réalisateurs formalistes révélés dans les années 90, le virage du 21ème siècle –et du post-11 septembre–, caractérisé par la demande croissante du public pour des effets numériques maitrisés et des univers visuels ténébreux, s’est révélé pour lui une étape délicate. Son 28 jours plus tard s’étant avéré un coup gagnant grâce à la résurgence simultanée du film de zombie, beaucoup doivent penser qu’il aurait mieux fait d’en réaliser la suite lui-même tant cette seconde tentative de renouveler un genre ultra-codifié n’a pas réussi à convaincre le public. Il faut bien reconnaitre qu’en s’essayant aux codes de l’épopée spatiale, Boyle et son scénariste Alex Garland se sont attaqués à une institution sacrée sur laquelle beaucoup de réalisateurs s’étaient déjà cassé les dents. On ne peut toutefois pas leur reprocher de réussir à aborder les grandes thématiques fondamentales propres aux huis-clos spatiaux, déjà en exergue dans tous les classiques du genre dont ils s’inspirent allégrement, grâce à la mise en place d’enjeux magistraux. Et même si ce point de départ, qu’est la mort annoncée du Soleil, peut sembler être trop tiré par les cheveux pour rendre crédible l’intrigue et ses prétendues résonances philosophiques, il est surtout le prétexte à un style visuel qui, lui, est particulièrement singulier.

Avant que l’irréprochabilité du travail esthétique ne saute aux yeux, ce qui différencie Sunshine des nombreux films de série B dont il se rapproche à priori (on pense à Armageddon pour l’ampleur des enjeux et à Event Horizon pour le déroulement des évènements), c’est évidemment son casting. En mêlant quelques acteurs venus d’ailleurs à des comédiens anglo-saxons, Danny Boyle a donné une dimension internationale à l’équipage de l’ICARUS II, ce qui écarte le film du piège d’un quelque triomphalisme nationaliste que l’on reproche souvent à de tels films-catastrophe. Ainsi, la hongkongaise Michelle Michelle Yeoh (Tigre et Dragon, Demain ne meurt jamais), le néo-zélandais Cliff Curtis (Blow, The Fountain) et le japonais Hiroyuki Sanada (Ring, Le Dernier Samouraï), mais aussi Benedict Wong de par ses origines chinoises, apportent tout à la fois l’assurance d’interprétations soignées et cet éclectisme ethnique qui appuie l’universalité du propos. Parmi les autres acteurs, on note la présence de Chris Evans qui, après avoir été révélé dans Les Quatre Fantastiques, livrait là une prestation d’une étonnante maturité. Mais le rôle le plus mémorable du film qui offert à Cillian Murphy, que Boyle avait déjà dirigé dans 28 jours plus tard et qui avait entre-temps triomphé dans Batman Begins et Le Vent se lève. Comme le veut la règle propre à tout bon huis-clos, les relations entre les personnages se veulent tumultueuses, mais plutôt que d’ajouter à cette situation intrinsèquement claustrophobique une paranoïa entre les protagonistes, ce sont les doutes relatifs à leur mission qui générera cette tension si bien interprétée par les acteurs.

Les arguments scientifiques sur lesquels repose le scénario ne tenant pas la route une seule seconde, il faut chercher dans les rapports qu’entretiennent les personnages entre eux et vis-à-vis de leur objectif le pouvoir symbolique de l’œuvre. Dès la première scène, dans laquelle le psychiatre de bord fait preuve d’une certaine addiction aux rayons lumineux, on peut penser que la thématique de la drogue, déjà très présente dans les premiers films du réalisateur, va être à nouveau à l’œuvre, mais l’allégorie va bien plus loin. Le pouvoir de fascination que suscite le Soleil sur les astronautes, ainsi que la façon dont il est à la fois source de vie et de mort, font de lui une représentation assez évidente d’un Dieu Unique. C’est donc à travers le comportement autodestructeur que les personnages auront à son approche (tandis que certains y resteront parfaitement cartésiens et feront passer leur mission avant leur propre survie, les autres ne demanderont qu’à mourir pour Lui ou, pire, penseront parler en Son nom) que la réflexion métaphysique se tisse peu à peu, et que l’esprit nihiliste déjà présent dans Trainspotting ou La Plage reprend son droit sur le noble esprit de sacrifice qui semble initialement animé les héros. Même si l’écriture peut par moment sembler maladroite du fait de l’usage de certaines ficelles scénaristiques prévisibles (chaque personnage connait son moment de bravoure puis, quand il ne sert plus à rien, il meurt), l’étude approfondi de cet axe de lecture explorant la confrontation entre la science et le sacré donne tout son éclat à ce long-métrage. Encore une fois, ce choix du Soleil comme unique cause des enjeux, vitaux comme intellectuels, peut donner l’impression d’être une idée incongrue, mais elle se justifie par la volonté de Danny Boyle de faire de la lumière un élément central dans sa mise en scène.

Plus le film avance, plus l’ICARUS II approche du soleil. Dès lors, cette lumière ardente qui, depuis la Terre, apparait comme un espoir de survie, se transforme de plus en plus en une imminence mortelle pour nos attachants héros. Une évolution visuelle qui bien au-delà du nombre croissant d’effets lumineux ingénieux (un usage des lense flairs que n’aurait pas dénigrer J.J. Abrams) puisque, si la première moitié du film se construit sur une succession de plans assez longs, qui assoient sur l’ambiance un stress sous-jacent, le découpage va peu à peu s’accélérer tandis que l’intrigue va prendre l’allure d’un thriller oppressant puis d’un survival horrifique. C’est en cela que Sunshine représente une pièce charnière dans la filmographie de Boyle puisque si ses précédents films misaient sur son scénario pour créer du rythme (en particulier dans Petits meurtres entre amis et Transpotting, La Plage ayant davantage reposé sur sa photographie… avec le résultat que l’on sait), c’est à présent ce sens du montage qui deviendra l’élément clef de ses films, d’autant que c’est ce qui fera le succès de Slumdog Millionaire. Les nombreux plans terriblement suffocants filmés depuis l’intérieur des scaphandriers nous permettent de ressentir au mieux la peur et le sentiment d’impuissance des scientifiques face à leur destin funeste. Et la plus-value apportée par la composition de John Murphy donne aux plus belles scènes un pouvoir hypnotique assez bluffant. Cette maitrise formelle de la part de Danny Boyle, qui réussit à adapter sa réalisation au fur et à mesure que l’intrigue évolue pour en accentuer toujours plus la dimension immersive, est une marque indéniable de son talent protéiforme. C’est toutefois tous ces changements de rythme pour le moins radicaux qui ont probablement dû le plus déstabilisé le public lors de sa sortie en salles.

Sur un pitch qui laissait présager le pire, Danny Boyle a réussi à mettre au point une œuvre profondément humaniste, mais surtout la preuve que sa mise en scène ne se limite pas à ses tics d’ancien formaliste issu de la télévision mais qu’il est également capable de rendre ses réalisations sensorielles et éblouissantes de beauté. Sans jamais atteindre la grâce d’un Stanley Kubrick, puisqu’il est évident que c’est -sur le fond- son inspiration première, le réalisateur britannique fait preuve d’une maitrise technique qui ne mérite pas d’être boudée.

Sunshine: Bande Annonce (en VO)

https://www.youtube.com/watch?v=r8BSlqHAhuY

Fiche Technique: Sunshine

Réalisation: Danny Boyle
Scénario: Alex Garland
Interprétation: Cillian Murphy (Capa), Hiroyuki Sanada (Kaneda), Rose Byrne (Cassie), Chris Evans (Mace), Michelle Yeoh (Corazon), Cliff Curtis (Searle), Troy Garity (Harvey), Benedict Wong (Trey), Mark Strong (Pinbaker)…
Image: Alwin H. Kuchler
Costumes: Suttirat Anne Larlarb
Montage: Chris Gill
Musique: John Murphy
Producteur(s): Andrew MacDonald
Production: Fox Searchlight Pictures, DNA films
Distributeur: 20th Century Fox France
Durée: 100 minutes
Genre: Science-Fiction

Grande-Bretagne – 2007

Jane Got A Gun, un film de Gavin O’Connor : Critique

Avant même sa sortie, Jane got a gun a fait beaucoup parler de lui du fait de ses difficultés de productions, et en particulier de l’abandon le premier jour de tournage de la réalisatrice Lamsay (officiellement découragée au vu des conditions météorologiques, officieusement à cause de ses problèmes d’alcool), entrainant avec elle une partie du casting et le chef opérateur et remplacée à la dernière minute par Gavin O’Connor.

Synopsis: En 1871, Jane Hammond vit dans une ferme avec sa fille et son mari. Quand ce dernier rentre à la maison criblé de balles et annonçant que le gang auquel il appartenait va l’attaquer, elle n’a pas d’autre choix que de demander l’aide de son ancien fiancé. En même temps qu’elle s’entrainera au maniement des armes, les souvenirs referont surface, réveillant entre eux des sentiments qu’ils croyaient enfuis.

This is a man’s world

Le report de sa sortie suite aux attentats du 13 novembre contribuait aussi à sa manière à son statut de film maudit, mais rendait aussi sa sortie plus attendue. Longtemps resté sur la blacklist hollywoodien, le scénario de Brian Duffield a été moult fois remanié, ce qui rend difficile de savoir à quelle étape le projet de réaliser un western féministe s’est retrouvé vidé de son sens premier.

Depuis True Grit, il semble évident que le western peut être le terreau pour créer des personnages féminins forts autres que le stéréotype de la pionnière ultra-masculine Calamity Jane. Mais il est difficile de voir dans le personnage incarné par Natalie Portman un emblème de l’émancipation féminine tant son parcours et sa survie ne peuvent se faire que grâce aux hommes qui l’entourent. Même si cette mère courage est au centre du récit, il faut reconnaître que sans l’aide de ses deux hommes (Joel Edgerton et Noah Emmerich), le récit ne saurait pas comment lui donner une quelconque ampleur. Mais le véritable problème du scénario n’est pas tant l’échec du contournement des écueils machistes propres au genre, mais bel et bien sa construction. La façon dont le récit se construit autour d’une succession de flashbacks, introduits par des fondus enchainés ringards, fait subir au rythme  des ruptures maladroites du début à la fin alors que la tension ne se crée jamais. S’ajoute à cela une tonalité fleur bleue dans la relation entre Jane et son protecteur qui nuit elle aussi à la radicalité vers laquelle prétend tendre l’ambiance crasse qu’essaie vainement de mettre en place la photographie et ses filtres ocres et jaunâtres.

Que dire des acteurs, sinon que Natalie Portman, qui est pourtant la principale productrice et donc à l’origine du film, semble peu investie dans ce rôle. Aucune fulgurance, jamais émouvante. C’est à croire qu’elle a préféré prendre le moins de risque possible quant à l’interprétation de son personnage, ne sachant jamais choisir entre en faire un être fragile ou au contraire redoutable. Joel Edgerton et Noah Emmerich ne sont eux non plus pas convaincants, sans pour autant atteindre le niveau de grotesque d’Ewan McGregor qui, ne serait-ce qu’en s’étant taillé la même moustache que dans Jack le chasseur de géants, s’est fermé à la moindre crédibilité. Des personnages qui sont trop propres sur eux pour un univers qui se voudrait difficile. La mise en scène subit le même défaut, à savoir une incapacité de capter la violence ambiante, jusqu’à la fusillade finale expédiée trop rapidement pour ne pas être qualifiée de pétard mouillé, alors qu’elle condensait tous les enjeux du long-métrage. Quant à la scène de conclusion, elle nous renvoie à une morale désuète qui ne fait que confirmer ce que la réalisation kitch nous laissait présager : la modernité auquel prétend ce western n’est en fait qu’un regrettable passéisme.

Jane Got a Gun – Bande annonce:

Jane Got a Gun – Fiche technique:

Réalisation : Gavin O’Connor
Scénario : Brian Duffield, Anthony Tambakis, Joel Edgerton
Interprétation: Natalie Portman (Jane Hammond), Joel Edgerton (Dan Frost), Noah Emmerich (Bill Hammond), Ewan McGregor (John Bishop)…
Décors : James F. Oberlander, Tim Grimes
Costumes : Catherine George
Photographie : Mandy Walker
Montage : Alan Cody
Musique : Marcello De Francisci, Lisa Gerrard
Producteur(s): Natalie Portman, Mary Regency Boies, Terry Dougas, Aleen Keshishian, Scott Steindorff…
Production: 1821 Pictures, Boies / Schiller Film Group, Handsomecharlie Films, Scott Pictures, Straight Up Films, Unanimous Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Langue : Anglais
Durée : 98 minutes
Distributeur: Mars Distribution
Date de sortie: 27 janvier 2016
Genre : Western

Marguerite, un film de Xavier Giannoli : critique

On le sait depuis mercredi 27 janvier, Marguerite de Xavier Giannoli est nommé aux César. Rien de surprenant au regard de la qualité tant esthétique que dramatique de l’opus. Le film est porté par la fougue de Catherine Frot, toujours aussi surprenante de films en films.

Synopsis : Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

La folie des grandeurs

L’histoire tient pourtant sur un timbre : une chanteuse persuadée d’être une grande cantatrice chante abominablement faux, mais personne n’ose lui dire. Giannoli étudie de nouveau la force du mensonge, du monde fabriqué comme il l’avait déjà fait avec brio dans A l’origine. Ici encore le réalisateur étudie la formidable poussée fiévreuse par laquelle quelques personnes se mettent à créer un univers de toute pièce, l’énergie de tout un petit monde réuni autour de l’espoir d’une seule. La complication viendra avec le désir toujours plus grand de Marguerite, devant tant de louanges, d’étendre son public. Marguerite est un film de mise en scène dans la mise en scène, de personnages hauts en couleurs. Les plans sont construits tels des tableaux. Marguerite fait rire, rit elle aussi, mais émeut également par cette passion pourtant inaccessible qui l’occupe chaque jour entièrement. Catherine Frot offre à ce personnage réel ce qu’il faut de fantaisie et d’intelligence que la mise en scène accompagne. Une mise en scène pourtant de plus en plus voyeuriste, accentuée par le personnage du fidèle Maldebos et ses photographies comme des natures mortes pourtant consacrées aux nombreux portraits de « Madame » en star d’Opéra.

Comédie humaine

Tout tourne donc autour de ce mensonge qui devient de plus en plus grotesque, mais qui pourtant capte complètement le spectateur. Comme un homme, joué par Cluzet, mobilisait toute un village autour de la construction d’une route qui n’allait nulle part, Marguerite dépend de la farce qui se mêle autour d’elle. Libérée de la contrainte de plaire, son argent aidant, elle ose toutes les excentricités. Est-elle véritablement aimée ? Que cherche-t-on à la bercer ainsi d’illusions ? Le film ose tout nous montrer, lui aussi, même la perversité quand il faudra se résoudre à détruire le doux secret pour prendre l’ultime cliché, le plus beau. Autour de Catherine Frot gravitent d’excellents comédiens (du mari qui rechigne à écouter chanter sa femme en public mais maintien le secret en place à la jeune chanteuse d’opéra). Cette comédie humaine donne à voir toute une société basée en grande partie sur l’apparence. Il faut s’y montrer, avec du fard, ne pas y faire de faux pas et sauver ce qui reste d’honneur. Ainsi bridée cette « société du spectacle » voit naître des êtres incompris, jugés différents, que ses membres se plaisent à observer pour mieux en rire, mieux les détruire. Marguerite était sans doute trop loufoque, trop libre finalement pour cette époque qu’elle a forcé à la saluer avec délicatesse, pour mieux l’enterrer en coulisses. Victime malgré elle de cette machination qu’elle vivait comme un « rêve éveillé », Marguerite a chanté jusqu’au bout, remettant en cause l’œuvre d’art même dans sa volonté d’être toujours belle. Elle dira d’ailleurs :« un jour il faudra jeter des œuvres d’art sur des tomates, ça changerait ». Or, il semblerait que tous ne soient pas prêts au changement. La roue tourne pourtant, mais la course folle des hommes vers toujours plus de plaisir continue, quitte à détruire les dindons de la farce. Mais il y a aussi ceux qui dénoncent le grotesque, s’en jouent tout en s’y perdant. Le film tient justement parce que Marguerite y croit, mais que l’on sait que tout peut s’écrouler d’un moment à l’autre. La construction dramatique n’en est que plus forte, car ce sont eux au fond qui sont ridicules, pas Marguerite qui ne fait qu’étudier un mécanisme, faire le portrait d’un personnage fascinant. La grande scène a ouvert ses bras au personnage, un César sera-t-il au rendez-vous pour Marguerite, qui concourt parmi d’autres théâtres humains qui révèlent, eux aussi, la folie du monde à l’image de La loi du marché de Stéphane Brizé ? Réponse le 26 février prochain.

Bande annonce – Marguerite

Fiche technique – Marguerite

Titre original : Marguerite
Date de sortie :
Nationalité : France
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano
Interprétation : Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Syvlain Dieuaide, Aubert Fenoy,  Théo Cholbi
Musique : Ronan Maillard
Photographie : Glynn Speeckaert
Décors : Martin Kurel
Montage : Cyril Nakache
Production : Olivier Delbosc, Marc Missonier
Sociétés de production : Fidélité Films, Gabril Inc.,  France 3 Cinéma, Sirena Film, Score Pictures, CN5 Productions, Jouror Cinéma
Sociétés de distribution : Memento Films Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 129 minutes
Récompense(s) : César 2016 de la meilleure actrice pour Catherine Frot, des meilleurs costumes, des meilleurs décors et du meilleur son

Encore heureux, un film de Benoît Graffin : Critique

En compétition au Festival d’Alpes d’Huez 2016 et bon perdant, Encore Heureux s’aligne caustiquement sur ce dont les productions françaises semblent raffoler en ce moment. Sous forme d’interrogation, elles cumulent poncifs et bons sentiments. L’emploi ? La mort ? L’argent ? Le troisième âge ? Le bonheur conjugal/familial surtout ? L’image d’Épinal du couple qui se « déchire » sous les yeux des enfants/adolescents incrédules.

Synopsis : Sam, cadre supérieur, et sa femme Marie ont une vie agréable dans leur belle maison. Mais tout bascule quand Sam perd son travail. Deux ans après, il n’a toujours pas trouvé d’emploi. Marie, contrainte de voler dans les supermarchés, n’en peut plus de la nonchalance de son mari qui refuse tous les petits boulots qu’elle a pu lui trouver. Lasse, elle n’est pas loin de tomber dans les bras d’un homme riche et rassurant. Alors que la fille du couple, Alex, s’exerce sur le piano de leur voisine irascible, cette dernière meurt brutalement. L’adolescente cache la vérité à ses parents et dérobe une lampe extrêmement coûteuse…

Après La Loi du marchéLe Grand Partage, Papa ou maman, La famille Bélier, La dernière leçon ou Paris-Willouby, il est difficile de toujours apprécier ce qui sort de nos usines (pour ne pas paraphraser les Lumière). Il se pourrait que Benoît Graffin, scénariste confirmé (Après vous, La Fille de Monaco, Hors de prix..), nous réconcilie avec le genre dont il est question ici, la comédie française. Sandrine Kiberlain, une Vénus au coquillage, et Edouard Baer, ours très bien léché, campent ce duo aux accents improbables qui court après la carotte. L’argent fait-il le bonheur ? Au-delà de toute morale, il paraîtrait que oui et pour une fois, le résultat nous plait. Sommes-nous pour autant des ânes ? Ou des végétariens ?

À la conquête du bonheur ou comment une famille parisienne sans étiquette politique réussit à passer les obstacles. Ne jugeons pas les caractères, contentons-nous de les énumérer : Sam, ancien cadre, refuse de descendre l’échelle sociale, ou du moins par fierté devant sa femme. Sa femme, Marie, qui travaille dans un magasin de chaussures et se met à voler avec la complicité de ses enfants. Elle se laisse courtiser par un riche homme célibataire joué par Benjamin Biolay. Les bases sont amorales et aucun sentiment de culpabilité ne s’en dégage. Ce sont les petits plaisirs coupables dont chacun d’entre nous a déjà fait l’expérience. Le film entier tient sur ce fil et ne choit pas. L’équilibre est assuré par les acteurs qui réussissent à retranscrire le spontané rendant l’ensemble attachant. Le seul défaut serait de ne pas pousser le vice un peu plus loin, car on frôle le plaisir sans concession avec Bulle Ogier. La tendresse est telle, grâce principalement à Sandrine Kiberlain et ses enfants interprétés par Carla Besnaïnou et Mathieu Torloting, que l’on oublie les coquilles scénaristiques jusqu’à être tenu quasi en haleine par les péripéties roadmoviesques.

La simplicité apparente se complexifie de manière plus ou moins grotesque, mais le sourire est récurrent. Le scénario, bien que peu original et malgré des impressions de déjà vu comme les relations conflictuelles entre le troisième âge seul au monde et l’enfance au fort potentiel (L’Étudiante et Monsieur Henri), le béguin impossible (Caprices, Ange et Gabriel…), l’ambition contredite etc, réussit sa course poursuite sans excès. L’humour noir y est parfois maladroit, mais Encore Heureux a le mérite de s’élever en haut du panier grâce à la performance de ses acteurs et un quotient sympathie presque égal à celui de Little Miss Sunshine. Libre à chacun d’apprécier l’archétype de l’happy ending douteux. Pourquoi aucun prix à Alpe d’Huez ?

Encore heureux – Bande Annonce

[Encore heureux] : Fiche Technique

Réalisation: Benoît Graffin
Distribution: Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier, Carla Besnaïnou, Mathieu Torloting, Benjamin Biolay, Guilaine Londez …
Scénario: Mika Tard, Deborah Saïag, Benoît Graffin avec la participation de Nicolas Bedos
Musique: Gush
Montage: Anita Roth
Photographie: Antoine Héberlé
Décor : Samantha Gordowski, Julien Tesseraud
Producteur: Pauline Duhault
Production: E.D.I Films
Distribution: EuropaCorp Distribution
Durée: 93 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 27 janvier 2016

Festival de Gérardmer 2016 : Un point sur les films de la sélection

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Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016 :

Dernier maillon de notre Trilogie du Festival Fantastique après avoir couvert le FEFFS et le PIFFF, la rédaction s’embarque pour un voyage à travers les terres vosgiennes, aussi bienveillantes qu’effrayantes à l’occasion de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. L’occasion pour nous de faire un point sur tous les films sélectionnés (et ceux que la rédaction a déjà vu) et d’évoquer les différents jurys, hommages, rétrospectives et événements de cette édition.

Après nous avoir livré Un + Une avec Jean Dujardin en fin d’année dernière, Claude Lelouch fait l’honneur d’être le Président du Jury. Un choix que l’on pourrait trouver surprenant tant la filmographie du cinéaste ne comprend rien de ce qui fait l’essence du cinéma de genre. Mais cela pourrait s’avérer être un choix aussi étonnant que pertinent puisque le cinéaste vient avec un œil vierge et pourrait trouver des arguments inattendus. Autant dire que le palmarès risque de nous surprendre. A ses côtés, le jury est composé de Gilles Marchand, Dominik Moll, François-Eudes Chanfrault, Jonathan Lambert, Guillaume Gouix, Louise Monot, Mathilde Seigner, Elsa Zylberstein et Sophie Audouin-Mamikonian.

Dix films figurent en compétition pour succéder au Grand Prix de l’an passé, l’épatant It Follows qui a su marquer l’année par son effroi et sa maîtrise. Une sélection très anglo-saxonne composé de réalisateurs relativement méconnus, hormis Bernard Rose et l’inoubliable Candyman. Pour défendre les couleurs hexagonales, on pourra néanmoins compter sur la frenchy Lucile Hadzihalilovic (l’acclamée Innocence) avec le magnétique et tant-attendu Evolution.

COMPÉTITION OFFICIELLE LONGS MÉTRAGES

Bone Tomahawk, un film de S.Craig Zahler (Etats-Unis) : 
Synopsis : 1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer...

The Devil’s Candy, un film de Sean Byrne (Etats-Unis) : 

Synopsis : Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches….

Evolution, un film de Lucile Hadzihalilovic (France) :
(L’avis de la rédaction)

Synopsis : Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçons de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer, tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement. Nicolas est le seul à se questionner….

February, un film de Oz Perkins (Etats-Unis) :

Synopsis : Parce qu’étrangement leurs parents ne sont pas venus les chercher pour les vacances d’hiver, Rose et Kat sont retenues dans la prestigieuse institution pour jeunes filles où elles suivent leurs études. Dans un pèlerinage sanglant à travers les paysages gelés, Joan décide de s’y rendre. Au fur et à mesure qu’elle s’en rapproche, Kat est assaillie de visions terrifiantes et Rose voit avec horreur sa camarade devenir possédée par une force invisible et maléfique..

Frankenstein, un film de Bernard Rose (Etats-Unis) :

Synopsis : Le monstre se réveille dans un laboratoire scientifique, il ne sait pas qui il est, ce qu’il est. C’est encore un enfant dans un corps d’adulte. Il est innocent, mais la violence qu’on lui inflige lors de tests médicaux va lui faire découvrir l’existence d’un monde très différent, à la fois sombre et cruel. Blessé et abandonné, il parcourt la ville, suscitant la crainte et l’effroi chez ses habitants…

Howl, un film de Paul Hyett (Royaume-Uni) :
(L’avis de la rédaction)

Synopsis : Dans un train de banlieue londonienne, à la tombée de la nuit, le voyage se transforme en cauchemar lorsqu’un jeune contrôleur et un groupe de voyageurs se retrouvent à devoir lutter à mort contre une créature maléfique et terrifiante….

JeruZalem, un film de Doron Paz & Yoav Paz (États-Unis, Israël) :

Synopsis : Deux jeunes Américaines partent en vacances d’été à Jérusalem pendant les cérémonies du Yom Kippour. Mais cette escapade se transforme en véritable cauchemar quand semble s’ouvrir l’une des portes de l’Enfer. Et que sonne le jour du Jugement dernier….

Southbound, un film de Collectif (Etats-Unis) :
(L’avis de la rédaction)

Synopsis : Dans un désert américain, le long d’une route abandonnée, des voyageurs épuisés – deux hommes en fuite de leur passé, un groupe de rock au féminin en route vers son prochain concert, un homme perdu qui souhaite rentrer chez lui, un frère à la recherche d’une sœur depuis longtemps disparue et une famille en vacances – doivent affronter, au cours de cinq histoires cauchemardesques, leurs peurs les plus terribles et leurs plus sombres secrets.

The Witch, un film de Robert Eggers (Etats-Unis, Canada) :

Synopsis : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres….

What We Become, un film de Bo Mikkelsen (Danemark) :

Synopsis : La famille Johansson passe un été idyllique jusqu’au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier. Les autorités décident de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant la mise en quarantaine à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang…

Hors compétition

American Hero de Nick Love (Film de Clôture)
Le Complexe de Frankenstein de Alexandre Poncet & Gilles Penso
Lost Soul: The Doomed Journey of Richard Stanley’s Island of Dr. Moreau de David Gregory
La Rage du démon de Fabien Delage
Burying the Ex de Joe Dante
Cooties de Jonathan Milliott & Cary Murnion
Le Fantôme de Canterville de Yann Samuell (Séance Enfants)
Pay the Ghost de Uli Eidel
The Shamer de Kenneth Kainz
Silent Night de Steven C. Miller
Summer Camp de Alberto Marini
Sweet Home de Rafa Martinez
We Are Still Here de Ted Geoghegan

Hommage

Wes Craven (Projection de Scream, Le sous-sol de la peur, Les Griffes de la Nuit)
Alejandro Jodorowsky (Projection de El Topo, La Montagne sacrée, Santa sangre, La Danza de la Realidad)

Nuit Animée

The Empire of the Corpses de Ryôtarô Makihara
Harmony de Takashi Nakamura & Michael Arias

Nuit Décalée

Freaks of Nature de Robbie Pickering
Lovemilla de Teemu Nikki
Sharknado 3 de Anthony C. Ferrante

Compétition Courts métrages francophones

Juliet de Marc-Henri Boulier – (L’avis de la rédaction)
Of Men and Mice de Gonzague Legout – (L’avis de la rédaction)
L’Ours noir de Méryl Fortunat-Rossi & Xavier Séron – (L’avis de la rédaction)
Quenottes de Pascal Thiebaux & Gil Pinheiro
Un ciel bleu presque parfait de Quarxx

 

Rendez-vous lundi pour retrouver tout le compte-rendu de cette édition ô combien attendue par tous les fans de genre.

Pour plus d’informations : http://festival-gerardmer.com/2016/

Rétrospective Danny Boyle: 28 Jours Plus Tard

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Après La Plage, on dit de Danny Boyle qu’il est retourné dans son Angleterre natale, épuisé et déçu par cette première expérience hollywoodienne. Si cela ne l’a pas empêché d’y revenir par la suite, il profite de son retour pour se lancer dans des productions télévisées modestes avant de se voir très rapidement recontacté par son producteur Andrew Macdonald et Alex Garland (scénariste de La Plage) pour un projet de film sur des « zombies » capables de courir.

Synopsis: Un commando de la Protection Animale fait irruption dans un laboratoire top secret pour délivrer des dizaines de chimpanzés soumis à de terribles expériences. Mais aussitôt libérés, les primates, contaminés par un mystérieux virus et animés d’une rage incontrôlable, bondissent sur leurs « sauveurs » et les massacrent. 28 jours plus tard, le mal s’est répandu à une vitesse fulgurante à travers le pays, la population a été évacuée en masse et Londres n’est plus qu’une ville fantôme. Les rares rescapés se terrent pour échapper aux « Contaminés » assoiffés de violence. C’est dans ce contexte que Jim, un coursier, sort d’un profond coma…

A l’époque de leurs discussions, le terme « zombie » est employé mais il faut bien avoir à l’esprit que 28 Jours Plus Tard n’est pas un film de zombies, mais un film de contaminés. Si la différence semble mince, pour les spécialistes elle est essentielle, car selon les codes initiés et démocratisés par Georges A. Romero dans La Nuit des Morts-Vivants, un zombie n’est pas censé courir, tout comme un contaminé n’est pas censé être mort. Débat très sérieux dans le milieu qui avait par ailleurs été rediscuté à l’occasion de la sortie en salles de World War Z. Quoiqu’il en soit, Danny Boyle collabore à nouveau sur un scénario d’Alex Garland et démarre le tournage du film en septembre 2001. Pour les scènes à l’intérieur de Londres, Alex Garland s’est inspiré du roman Le Jour des Triffides de John Wyndham, où un homme se réveille à l’hôpital et découvre que toute la population est devenue aveugle. Cette impressionnante séquence d’un Londres vidé de toute sa frénésie est une introduction brillante en la matière. Tout le monde se souvient de Cillian Murphy, déboussolé et errant dans cette capitale abandonnée sur la composition envoûtante, aventureuse et saturée de Godspeed You! Black Emperor, qui inspira assurément par la suite les créateurs du jeu vidéo The Last of Us.

L’Enfer, c’est les autres

Ce qui surprend dans une production de ce calibre, c’est l’utilisation de caméras de qualité relativement modeste -certes en plus nombreuses quantité- en comparaison de ce qui se faisait à cette époque, surtout du côté de Panavision. Danny Boyle justifie ce choix d’utilisations de caméras digitales pour alléger l’organisation du tournage, tant dans la gestion matérielle que pour alléger le temps de préparation. Ce parti-pris confère à 28 Jours Plus Tard un style quasi-documentaire, proche du reportage. Le réalisateur dessine alors le portrait d’une société victime de sa fureur et se déchirant littéralement les uns des autres. Film d’anticipation et road-movie horrifique, Danny Boyle épate par la dimension narrative et émotionnelle de ce film de genre qui transmet avec brio ce sentiment de solitude, de chaos et de crédibilité. Les survivants deviennent tout aussi furieux que les contaminés, qui ne s’autorisent en aucun cas à avoir des sentiments et des émotions, de peur de finir comme le reste de la population. On se rappelle avec choc cette séquence où un survivant griffé est abattu aussi soudainement que brutalement par Séléna (Naomie Harris) alors qu’ils venaient de passer trois semaines ensemble. C’est là toute l’image d’une civilisation qui ne se laisse plus aucun répit et tente seulement de survivre, au détriment de ce qui fait toute l’essence de la vie. Ce qui est intéressant dans le traitement de ces contaminés, c’est que la faute incombe aux hommes autant à cause de leurs maladresses (les écologistes qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils libèrent) que des mauvais traitements qu’ils ont fait subir à leur environnement. Des singes porteur d’un virus dangereux et transmissible sont libérés et donnent lieu ainsi à un chaos inédit en Angleterre. C’est le point de départ d’un film où les premiers plans montrent un nouveau monde, redécouvert par Jim (Cillian Murphy) alors qu’il sort d’un coma. Au-delà du rapprochement très (trop ?) rapide qui a été fait avec les zombies, le personnage de Jim découvre avant tout des hommes victimes d’un mal qui semble incurable. Des hommes, des femmes, des enfants, des curés, personne ne semble échapper à cette folie qui les anime et les rend aussi féroces. Ainsi, il s’agit d’humains qui attaquent d’autres humains. La peur de l’inconnu et de l’étranger n’est finalement pas ce qu’il y a de plus terrifiant, car le véritable mal nous ronge de l’intérieur et est présent au sein même de notre société. A ce propos, le major Henry West (Christopher Eccleston) s’exprime sur la situation depuis l’infection dans un monologue glaçant de vérité :

« Ce que j’ai vu durant les quatre semaines depuis l’infection : des gens s’entretuer. Ce qui est également ce que j’ai vu durant les quatre semaines avant l’infection, les quatre semaines encore avant… d’aussi loin que je me souvienne, des gens s’entretuent. Ce qui, à mes yeux, nous met dans un état de normalité en ce moment. » 

A l’origine, Ewan McGregor, puis Ryan Gosling devait être la tête d’affiche du film. Mais des problèmes d’emploi du temps empêchèrent de trouver un accord pour ces deux comédiens, Le rôle échoira finalement à Cillian Murphy, permettant de le révéler sur la grande scène internationale après quelques rôles discrets au cinéma. Il est secondé par un casting de seconds rôles tous plus excellents qui confèrent à ce film de genre une distribution prestigieuse. Naomie Harris est également révélée dans ce film par son tempérament sauvage, déterminée avec une pointe de sentimentalisme. Brandan Gleenson confirme qu’il est une véritable gueule du cinéma anglais et qu’il est toujours aussi plaisant de le retrouver sur grand écran. Son rôle de père prêt à tout pour sa fille participe à donner quelques moments de poésie, de contemplation et de franche camaraderie dans un film au registre dur. Après Petits Meurtres entre Amis, Christopher Eccleston retrouve Danny Boyle et joue ce major à la philosophie bien discutable. Tous participent à sublimer le travail de narration et de psychologie des personnages initié par Danny Boyle et Alex Garland. Un point également sur la composition magistrale du film dirigé par un John Murphy qui apporte cette tension et cette dimension apocalyptique nécessaire au film. Quand bien même vous n’avez pas vu le film, il est impossible d’être passé à côté du sublime morceau In The House – In A Heartbeat, réutilisé dans le second opus dans une introduction au rythme effréné.

 

Comme toute production, le scénario a connu de nombreux changements. A l’origine, Alex Garland avait imaginé voir arriver les survivants dans le laboratoire de l’introduction (celui à l’origine de la contamination). Frank (Brandan Gleenson) étant contaminé, un médecin survivant expliquait qu’il était possible de le sauver en pratiquant une transfusion de sang complète. Jim décida alors de se sacrifier pour sauver Frank. Danny Boyle n’a pas apprécié cette fin et a changé tout le script de la seconde partie du film. Et c’est finalement ce qui permit au film de prendre une dimension plus réflexive, en s’intéressant à la gestion militaire des événements et montrer que l’homme reste un loup pour l’homme. Pour les héros du film, atteindre ce camp militaire était une opportunité de trouver un refuge, une sécurité, un paradis qui se révélera n’être rien d’autre que l’Enfer (celui de Sartre) pour ces personnages qui ne devront plus compter que sur eux-mêmes. Car au sein de ce camp, les intentions -d’abord voilées- de ces soldats survivants ne sont rien d’autres que de faire subsister la civilisation humaine, et ce par tous les prix. Le major Henry West énonce froidement le programme des réjouissances à venir: rationaliser l’espèce humaine non contaminée, féconder les femmes survivantes consentantes ou non, et tuer les hommes non valides. Dans ces conditions, quel camp est le pire entre les contaminés et les survivants ? Fondamentalement pessimiste, Danny Boyle ne tombe pas non plus dans le nihilisme radical, comme en témoigne son final porteur d’espoir et de volonté de vivre en marge de tout ce système oppressant. En s’intéressant déjà à la thématique du communautarisme et de la difficulté du vivre ensemble et égaux dans ses précédents films, Danny Boyle montre que la vie en communauté cache toujours un rapport dominant/dominé qui ne peut être maintenu que par la violence. C’est là toute la force et la maîtrise d’un cinéaste qui se construit une filmographie cohérente et passionnante.

 

A sa sortie, 28 Jours plus Tard a obtenu un succès commercial considérable, rapportant dix fois sa mise au box-office international. Pour autant, son succès fût surtout d’estime, notamment en France où moins de 200 000 spectateurs se sont déplacés en salles. C’est avec le temps que le film a acquis une nouvelle notoriété, devenant instantanément un classique du cinéma d’horreur. Fort de son succès, l’idée d’une suite était inévitable mais Danny Boyle et Alex Garland ne restèrent que producteurs exécutifs sur ce 28 Semaines Plus Tard réalisé par Juan Carlos Fresnadillo. Si le film s’éloigne considérablement de l’idée d’un petit groupe de survivants face à la contamination pour aller directement dans le camp des réfugiés sous l’autorité militaire, cela ne l’empêche d’être une nouvelle et jubilatoire proposition qui se révèle efficace à défaut d’atteindre les grandeurs du premier volet. Ce que l’on appelait déjà la « Saga des 28 » avait de quoi devenir une oeuvre monumentale dans le cinéma d’horreur. Mais alors que les fans attendent toujours l’arrivée d’un troisième opus, Danny Boyle a récemment déclaré qu’il serait peu probable qu’un « 28 Mois plus Tard » voit le jour. Dommage, tant ce premier opus condense tout ce qui se fait de mieux dans le cinéma de genre « contaminé ». Le cinéaste mancunien renouvelle un genre qui avait pris un sérieux coup de vieux et qui prendra un nouvel élan à la suite du film. Il ne s’agit ni plus ni moins de l’un des meilleurs films d’épouvante-horreur du XXIème siècle. D’un budget modeste et avec des moyens limités, mais étonnamment surprenant (inoubliable Londres vidé de sa frénésie), Danny Boyle prouve à cet instant qu’il peut s’attaquer à des genres différents, sans perdre de sa maîtrise. Il confirmera cette polyvalence en s’attaquant à Sunshine, une magnifique et éblouissante proposition de science-fiction. Quant à Alex Garland qui recollaborera par la suite avec Danny Boyle, il a réalisé son premier film l’an passé, l’envoûtant et énigmatique Ex Machina.

Auteur de la critique : Kévin List

Bande Annonce VF

Fiche Technique: 28 Jours Plus Tard

Titre original : 28 Days Later
Royaume-Uni
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 112min
Sortie en salles le 28 mai 2003

Réalisation: Danny Boyle
Scénario: Alex Garland
Distribution: Cillian Murphy (Jim), Naomie Harris (Selena), Christopher Eccleston (Henry), Megan Burns (Hannah), Brendan Gleeson (Franck)
Photographie: Anthony Dod Mantle
Décors : Mark Tildesley
Costume: Rachael Fleming
Montage: Chris Gill
Musique: John Murphy
Producteurs : Robert How,Andrew Macdonald
Sociétés de Production: DNA Films, British Film Council
Distributeur: UFD
Budget : 8 000 000 $
Festival: Meilleur Film britannique lors des Empire Awards 2003, Narcisse Award du Meilleur Film 2003 (Festival de Neuchâtel), Saturn Award du Meilleur Film d’Horreur 2004

Freaks and Geeks, L’intégrale de la série (1999-2000): Critique

      Certains lecteurs pourraient crier au scandale devant leurs écrans en lisant ceci : une série de Paul Feig et Judd Apatow. Notamment parce qu’il est noté dans le générique de la série qu’elle a été créée par Paul Feig. Prenons cependant un peu de recul : Judd Apatow a produit Freaks and Geeks, a aidé à sa création (il a créé des personnages principaux), et a aussi scénarisé et réalisé plusieurs épisodes : on compte 9 épisodes sur les 18 de la série, sur lesquels il a opéré en tant que scénariste, auteur de l’histoire, et réalisateur.

            Ceci étant dit, que raconte Freaks and Geeks ? « Dans le lycée William McKinley, deux clans d’adolescents : Les Freaks, rebelles qui ne travaillent pas, fument, et sèchent les cours, et les Geeks, les matheux du premier rang, sans aucune vie sociale. » peut-on lire sur le site Allociné. Le show du duo Feig / Apatow est bien plus que ça. L’intégrale de la série, qui compte 18 épisodes pour deux saisons, suit les aventures d’une adolescente et de son petit frère, Lindsay et Sam Weir, pendant l’année scolaire 1980-1981. C’est d’ailleurs la dernière année de lycée pour Lindsay, qui après avoir perdu sa grand-mère, quitte les mathlètes – une équipe de matheux en compétition –, tend à se rebeller contre toutes les images de l’adolescente modèle que ses parents et bien d’autres ont projeté sur elle et se découvre une amitié pour les Freaks. Sam de son côté traine avec ses amis Geeks, il quitteront peu à peu l’enfance, découvriront l’amour et les peines de la vie adulte.

            Oh, vous vous demandez ce que signifient Freaks et Geeks ? Les termes ont eu des significations plus ou moins proches depuis leurs premières apparitions et leurs utilisations dans la série. Ici, les freaks sont les laissés pour compte, les « outsiders » (dixit Apatow dans son entretien avec Emmanuel Burdeau, Comédie, Mode D’Emploi aux Éditions Capricci, page 71), les branleurs du lycée qui ont formé un groupe d’amis écoutant du rock, fumant cigarettes et drogues, et se laissant vivre. Le Geeks sont d’autres personnages à côté, ils sont les « intellos » (dixit plusieurs personnages dans la série), et les « underdogs » (propos d’Apatow qu’on peut traduire par « opprimés ») qui aiment les arts et objets populaires : le cinéma, Star Wars, The Bionic Woman, etc. Ils partagent aussi tous un facteur physique : ils ne sont pas les « beaux gosses » du lycée, et ont tous des corps d’enfants, certains en transformation (avec l’acné et tout ce qui va avec), et non des corps de modèles adolescents sportifs, ou pré-adultes (tels que ceux des freaks), ou encore virils, qui s’opposeront souvent au groupe de geeks. Le générique de la série que vous pouvez voir ci-dessous suit une séance de photographie scolaire des adolescents et se présente comme une galerie de portraits. Et c’est exactement de ça qu’il s’agit dans la série.

         En effet, comme dans les autres films de l’auteur, Freaks and Geeks s’attache à filmer la réalité quotidienne de ses personnages « victimes » et/ou en dehors des sentiers battus. Il semble que beaucoup d’entre nous pouvons nous y retrouver, aujourd’hui adultes ou toujours adolescents, dans ces personnages d’enfants-ado, d’adolescents, de parents et même dans certains seconds rôles. On pensera au C.P.E. du lycée incarné par Dave Allen, figure nostalgique et protectrice de la jeunesse, ancien rebelle rentré dans les rangs. La force du récit est de montrer ses personnages dans leurs difficultés quotidiennes donc – celles du lycée pour les geeks par exemple, ou encore celles d’un père autoritaire et pragmatique pour le personnage incarné par Jason Segel – mais aussi dans leurs victoires – Sam ayant une petite amie, ou encore le personnage incarné par Seth Rogen dépassant ses préjugés sur la sexualité vis-à-vis de sa petite amie. Le regard que porte Apatow sur ses personnages tient d’une grande justesse, il ne s’agit ni de les mettre en avant, ni de les surestimer, ni de les sous-estimer. Si on peut noter un vrai amour pour ceux-ci, Apatow dira dans son interview avec Emmanuel Burdeau (page 71) : « À ceux-là il n’arrive en général rien de très gai. Pour nous il était clair que certains des personnages ne quitteraient jamais la ville, qu’ils se préparaient à mener une existence misérable. C’était tout le propos. Il y a peut-être une chance que Lindsay s’en sorte, mais les autres ? ».

            À la lecture des quelques noms du casting cités, vous devez penser que celui-ci est riche. En effet, Freaks and Geeks, si elle est une série dramatique, a posé d’autres bases dans le monde de l’humour. Filmée avec une seule caméra (comme Malcolm plus tard) à l’inverse de séries (sitcom, peut-on préciser) telles que Notre Belle Famille (Step by Step, 1991-1998) ou Mariés deux enfants (Married… with Children, 1987-1997, précurseur dans bien d’autres domaines tels que l’humour à la télévision) filmées avec plusieurs caméras sur un même plateau et un public, la série de Feig et Apatow présente un casting formidable. James Franco, Seth Rogen, Jason Segel, Linda Cardellini… Des inconnus en 1999 et des « stars » de la comédie américaine aujourd’hui. Le travail de casting et de mise en scène de ces jeunes acteurs fait de Freaks and Geeks l’une des meilleures séries en termes d’actorat. « Non jeu » pourrait-on dire, justement cette impression de forte vraisemblance et crédibilité des personnages expose à quels points ces jeunes étaient doués. Des jeunes acteurs qui vont former le nouveau groupe de l’humour américain. Groupe mis au point par Apatow en parallèle et en collaboration avec d’autres figures importantes notamment nées sur la télévision américaine, via le Saturday Night Live ou encore le Ben Stiller Show (sur lequel Apatow a fait ses armes en tant qu’auteur audiovisuel). Et groupe humoristique qui s’émancipera même de leur mentor pour créer leur propre filmographie, on peut citer The Pineapple Express (2008), C’est la fin (2013), ou encore le récent The Interview (2015). À noter la présence en guest star de Ben Stiller, mais surtout celle géniale en second rôle de l’acteur de comédie – au cinéma (Stripes d’Ivan Reitman, 1981), par exemple) et à la télévision (la série SCTV Channel en 1983) –, Joe Flaherty, dans le rôle du père de Lindsay et Sam, père pragmatique, émouvant, hilarant dans ses manières mais aussi quand il le veut, avec des blagues bien à lui. Un exemple d’humour paternel avec un running gag à partir des mots « dead » / « die » : « You know who used to cut class ? Jimi Hendrix. You know what happened to him ? He died ! Chocking on his own vomit. ». Et ci-dessous une vidéo compilant des extraits de la série avec ce même running gag :

             On peut alors se demander pourquoi une série aussi géniale fut déprogrammée au bout de 18 épisodes. Si on peut lire que la série est constituée d’une seule et unique saison sur Netflix, Judd Apatow en compte bien deux. Il explique que si les audiences de la première ont été bonnes mais tout de même dépassées par l’émission de télévision Cops alors à sa dixième saison, la deuxième a vu ses audiences baisser. Elle fut alors déprogrammée de la chaîne NBC. Aussi il ne faut pas s’inquiéter à l’idée de ne pas avoir de « fin » de série. En effet, l’ensemble des épisodes nous fait suivre une année scolaire entière de ces freaks et geeks. Aussi étant une série sur le quotidien, il s’agit de suivre les étapes et épreuves de la vie des adolescents, certains en traversant avant d’autres. Donc la « fin » n’en est pas une pour tous et toutes, et marque même le début d’autres « aventures » pour quelques uns et quelques unes, dépassant le quotidien dans lequel beaucoup se sont créés une routine inacceptable pour les premiers – premières. On aurait aimé avoir d’autres saisons ? Bien évidemment.

            Mais vous pouvez vous amuser à imaginer l’avenir de ces jeunes gens, inconnu pour certains, facilement imaginable pour d’autres, ou alors retrouver Seth Rogen, Jason Segel, et le jeune – inconnu à l’époque – Jay Baruchel dans la série Undeclared (Les Années Campus), créée et produite par Judd Apatow, qui suit six adolescents à leur rentrée à l’université. Vous pouvez ainsi vous dire que la série présente la « suite » des aventures de certains personnages ou du moins certaines figures visibles dans Freaks and Geeks, même si, attention, le créateur a bien dit sa volonté avec ce nouveau show de faire une série moins dramatique et des épisodes d’ailleurs plus courts (30 minutes).

            Vous pouvez retrouver l’intégrale de la série Freaks and Geeks en VF et VOSTFR sur Netflix*. Aucun coffret dvd zone 2 existe actuellement faute des droits musicaux non acquis. Vous pouvez cependant trouver l’intégrale en dvd zone 1 (*la série est actuellement diffusée sur Amazon Prime).

Freaks and Geeks – Bande annonce :

Fiche Technique: Freaks and Geeks        

Titre : Freaks and Geeks

Créateur : Paul Feig

Showrunners : Paul Feig & Judd Apatow

Casting : Linda Cardellini, John Francis Daley, James Franco, Seth Rogen, Jason Segel, Martin Starr, Samm Levine, Busy Philips, Becky Ann Baker, Joe Flaherty, Leslie Mann, Dave Allen, Thomas F. Wilson

Production : Apatow Productions, DreamWorks Television

Distribution : Paramount Worldwide Television Distribution
1ère Diffusion US : 25 Septembre 1999 – 8 Juillet 2000 sur NBC

1ère Diffusion FR : 2001 sur Série Club

Trois souvenirs de ma jeunesse, un film d’Arnaud Desplechin : Critique

Après  un détour par le film « Jimmy P. » qu’on peut considérer comme l’apothéose de son vif intérêt pour la psychanalyse, Arnaud Desplechin revient à une figure connue, puisque « Trois souvenirs de ma jeunesse »  est présenté par le réalisateur lui-même comme le prequel de « Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) », et plus exactement comme les moments fondateurs de la vie de Paul Dedalus, le héros de ce dernier film, un héros interprété aujourd’hui comme hier par le même Mathieu Amalric.

Synopsis: Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il se souvient… De son enfance à Roubaix… Des crises de folie de sa mère… Du lien qui l’unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent… Il se souvient… De ses seize ans… De son père, veuf inconsolable… De ce voyage en URSS où une mission clandestine l’avait conduit à offrir sa propre identité à un jeune homme russe… Il se souvient de ses dix-neuf ans, de sa sœur Delphine, de son cousin Bob, des soirées d’alors avec Pénélope, Mehdi et Kovalki, l’ami qui devait le trahir… De ses études à Paris, de sa rencontre avec le docteur Behanzin, de sa vocation naissante pour l’anthropologie… Et surtout, Paul se souvient d’Esther. Elle fut le cœur de sa vie. Doucement, « un cœur fanatique » …

Se souvenir des belles choses (et des moins bonnes)

« Trois souvenirs de ma jeunesse » est sous-titré « (nos arcadies) », soit, par extension de l’étymologie et du mythe, un refuge paisible, le séjour de l’innocence. De fait, ce nouveau film d’Arnaud Desplechin est sans doute le plus apaisé de tous. Découpé en trois morceaux, en trois souvenirs, le film fait respectivement allusion à « La vie des morts », puis à « La sentinelle », et enfin, dans sa plus grande partie à « Comment je me suis disputé… ». Tant et si bien que ces souvenirs pourraient être considérés comme étant ceux de Desplechin lui-même, tout autant que ceux de Paul Dedalus : enfant traumatisé par la folie cruelle de sa mère, et faussement indifférent aux brimades de son père (« je ne sens rien », répète-t-il à l’envi) ;  adolescent marqué par une aventure digne du film d’espionnage proche de « La sentinelle », où le jeune Paul a laissé sa pièce d’identité en Russie pour permettre le sauvetage d’un Refuznik voulant fuir en Israël, ce qui lui vaut d’avoir un double inconnu « à moins d’être, le double d’un inconnu », comme il est dit dans le film ; enfin, jeune adulte roubaisien qui rencontre Esther, l’amour de sa vie. Une telle relecture de sa propre œuvre pourrait passer pour de la prétention, mais il n’en est rien. Plutôt que d’être de l’auto-citation, le film s’insère de manière fluide et cohérente dans un univers modelé depuis plus de vingt ans par son auteur.

Le film commence par une séquence insensée où une femme qui se présente comme l’épouse du protagoniste passe des coups de fil en vue de préparer le voyage de celui-ci, un retour en France après plusieurs années passées dans des ailleurs favorables à son métier d’anthropologue. La séquence est insensée, car Paul et sa femme se quittent sans larmes, dans la tristesse mais sans passion, comme de bons amis que la vie a eu la bonne idée de rassembler un temps dans la même couche…

Les trois parties du film sont très reconnaissables par l’ambiance que Desplechin a installée pour chacune d’entre elles. Même si l’équipe a pris grand soin dans le choix d’Antoine Bui, qui joue Paul enfant tout comme dans celui de Quentin Dolmaire qui joue le personnage de l’adolescence, car ils ressemblent étonnamment à Mathieu Amalric, chaque souvenir a sa couleur propre, avec par exemple pour la partie relative à l’aventure russe du lycéen Paul cette ambiance de film d’espionnage classique raconté en flashback avec des rajouts de voix off (comme dans beaucoup des films du réalisateur). Une salle d’interrogatoire claire obscure – Paul à son retour en France est arrêté à l’aéroport pour une histoire d’identité et de  passeport –, un inquiétant policier en la personne d’André Dussolier qui fait également office de confesseur à qui il raconte ces fameux souvenirs, autant d’éléments propres à instaurer un vrai climat de suspense. Mais sans doute l’histoire la plus passionnante (et la plus fournie) est celle de la rencontre avec Esther (Lou Roy-Lecollinet, une révélation) et la relation tumultueuse, fougueuse entre eux ; une rencontre qui raconte une adolescence très romantique, une adolescence rêvée, utopique presque, dont on soupçonne une part autobiographique non négligeable.

Une diction et un vocabulaire en décalage à la fois avec la jeunesse d’aujourd’hui, et avec celle des années 80, qui font davantage penser à « La maman et la putain » de Jean Eustache – influence inconsciente de la présence de Françoise Lebrun ? –, des formules littéraires en pagaille comme à son habitude, mais surtout une impeccable mise en scène font de « Trois souvenirs … » un film très identifiable à l’univers de Desplechin. Mais cette mise en scène est cette fois-ci agrémentée de nouveautés dans les techniques mises en œuvre, telles que ces split-screens à mi-parcours du film, ou encore ces délicieux « iris shot » hérités du cinéma de Griffith. De belles trouvailles pour dire que non, « Trois souvenirs de ma jeunesse » n’est pas une redite, mais bel et bien le prolongement éclairé d’une œuvre pourtant déjà riche. De même, une technique utilisée brièvement dans « Comment je me suis disputé… » où Emmanuelle Devos (l’ Esther d’alors) tout en marchant dans la rue, ou face caméra, lit  une lettre adressée à Paul, est reprise ici de manière un peu plus fréquente, et rend les échanges épistolaires des deux jeunes gens plus intenses, plus romantiques encore, tout en étant plus dynamiques.

« Trois souvenirs de ma jeunesse » est une ode réussie à l’amour, une ode réussie au cinéma, et une ode réussie à la jeunesse, avec à la clé une belle découverte d’une flopée de jeunes acteurs très talentueux, à commencer par l’irrésistible Quentin Dolmaire et l’exquise Lou Roy-Lecollinet, un beau passage de flambeau aussi peut-être en ce qui concerne Mathieu Amalric, dont pourtant la tirade finale, magistrale et poignante, suffit à elle seule à justifier sa présence dans le film, plus de vingt ans après ses premières apparitions chez Arnaud Desplechin.

Trois souvenirs de ma jeunesse – Bande annonce

3 souvenirs de ma jeunesse – Fiche technique

Titre original : –

Date de sortie : 20 Mai 2015
Réalisateur : Arnaud Desplechin
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 123 min.
Scénario : Arnaud Desplechin, Julie Peyr
Interprétation : Quentin Dolmaire (Paul Dédalus adolescent), Lou Roy-Lecollinet (Esther), Mathieu Amalric (Paul Dédalus adulte), Dinara Drukarova (Irina), Cécile Garcia-Fogel (Jeanne Dédalus, la mère), Françoise Lebrun (Rose), Irina Vavilova (Mme Sidorov), Olivier Rabourdin (Abel Dédalus, le père)
Musique : Grégoire Hetzel, Musiques aditionnelles : Mike Kourtzer
Photographie : Irina Lubtchansky
Montage : Laurence Briaud
Producteurs : Pascal Caucheteux, Oury Milshtein
Maisons de production : Why Not Production, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix SACD, Quinzaine des Réalisateurs, Festival de Cannes 2015, César 2016 du meilleur réalisateur
Budget : –

 

Rétrospective Danny Boyle: La Plage

Dès ses deux premiers longs métrages, Petits meurtres entre amis et Trainspotting, Danny Boyle s’était fait remarquer surtout par de jeunes cinéphiles qui ont adhéré à sa réalisation novatrice et ses personnages décalés, voire déjantés. Il était donc attendu au tournant pour ses films suivants.
La Plage, son quatrième long métrage, semble d’emblée se présenter comme une plus grosse production internationale, de part la présence de Leonardo DiCaprio, star internationale trois ans après Titanic et la publicité qui fut faite au film au moment de sa sortie.

Synopsis : Richard, un jeune Américain, fuit son pays et sa famille par quête d’aventures. Coincé à Bangkok, il entend parler d’une île, légendaire selon certains, où la vie serait paradisiaque.

Paradis promis
L’ouverture du film paraît tenir ses promesses. Par une mise en scène très immersive, Boyle nous plonge dans un Bangkok que l’on devine dangereux, lieu de toutes les tentations, surtout si elles sont illicites. Le cinéaste nous fait ressentir le côté poisseux et glauque de la ville.
C’est dans ce milieu que Richard pense être parti à l’aventure. Richard (Leonardo DiCaprio), on ne sait pas grand-chose de lui, sinon qu’il fait partie de ces jeunes qui pensent que la vie est plus belle ailleurs, avec ce snobisme de vouloir s’éclater dans des endroits où personne ne va. Parti à Bangkok en croyant y être seul, il se retrouve entouré de milliers de gens qui ont pensé la même chose que lui, d’où un sentiment d’amertume.
Au milieu d’allusions permanentes à Apocalypse Now (salle de cinéma qui diffuse le film, ventilateur au plafond qui produit un bruit d’hélicoptère…), allusions lourdes et qui peuvent sembler inappropriées puisqu’elles n’apportent rien au film (sinon un clin d’œil un peu vain de cinéphile) apparaît alors Daffy (Robert Carlyle, génial comme toujours), personnage visiblement cinglé (et au crâne rasé : encore une allusion ?) qui passe son temps à hurler dans les couloirs de l’hôtel.

Daffy va donc mentionner l’existence de La Plage ! Oui, parce que ce n’est pas une plage ordinaire. C’est le Saint-Graal de la plage, le paradis sur Terre. Il y a une distorsion comique entre la façon dont cette plage est présentée (comme une légende cachée, un mythe, le secret le mieux gardé, avec sa carte au trésor et ses malédictions si on en enfreint les règles) et la réalité : nous avons une plage, avec du sable et de l’eau !
Et de la drogue. Oui, parce que les personnages de ce film passent leur temps à fumer des choses pas très légales. En cela, Richard, Françoise (Virginie Ledoyen), Etienne (Guillaume Canet) et les autres se présentent comme les cousins lointains des personnages de Trainspotting. Le thème est clair et il traverse les films de Boyle à cette époque-là : fuir la réalité, partir loin de la vie ordinaire, échapper à un train-train quotidien pour partir à l’aventure, avoir le sentiment de vivre réellement, que ce soit en voyageant ou en se droguant.

Mauvais choix
Nos trois personnages arrivent donc sur l’île et se retrouvent dans une communauté qui vit là-bas dans le plus grand secret, à l’écart du monde. Là, le film arrive à un carrefour important. Boyle aurait pu, avec cette communauté, nous livrer une belle réflexion sur la vie en société, la naissance d’une nation, etc. Les possibilités d’études politiques qui lui étaient offertes alors étaient énormes. Mais il a préféré se focaliser sur… « Richard veut se faire Françoise, qui sort déjà avec Etienne ». Et c’est là que le film bascule et qu’il ne se relèvera plus, plombé par une succession de mauvais choix scénaristiques et esthétiques.
Le film commence à sérieusement perdre de son intérêt avec une scène de photographie d’étoiles. Les dialogues montrent alors leur vanité (même si on peut remercier Boyle d’avoir encore du second degré à certains moments), les personnages sont des stéréotypes creux, l’opposition entre les cultures est caricaturée à l’extrême. Ainsi, nous avons un Richard qui, étant Américain, manque forcément de culture (« C’est qui, Molière ? ») alors que les Français sont des insouciants un peu enquiquinants et ne pensent qu’à l’amour. Quant aux Suédois, ils sont forcément d’excellents pécheurs, etc.

Les histoires d’amour et de sexe, les oppositions entre personnages, les mensonges et les secrets, même les coups de théâtre, tout donne une impression de déjà-vu. Boyle ne parvient pas à renouveler le cinéma d’aventures romantique comme il semblait en avoir l’ambition. Pire, il sombre dans les lieux communs, comme cette scène pseudo-romantique d’amour sur la plage.
Quant à la dernière demi-heure du film, elle s’enfonce carrément dans le ridicule le plus complet. Avec un montage qui défie la raison (on a parfois l’impression qu’il n’y a aucun lien entre les différentes scènes), Boyle nous montre un Richard transformé en Rambo survivant dans la jungle thaïlandaise, creusant des pièges et se ceignant le front d’un bandeau en mode « guerrier survivor ». L’esthétique rappelant les jeux vidéo peut encore se justifier par la culture du personnage principal, mais l’ensemble est complètement bancal et d’une laideur rare.
Enfin, la conclusion du film nous délivre, avec une voix off décidément trop envahissante, une leçon de morale digne des pires téléfilms, du style « l’important, c’est ce qui est dans votre tête ».
Une fois de plus, rappelons que le film partait plutôt bien, mais son échec repose sur une série de mauvais choix fort dommageables.

La Plage : fiche technique

Titre original : The Beach
Réalisateur : Danny Boyle.
Scénariste : John Hodge, d’après le roman d’Alex Garland
Interprétation : Leonardo Dicaprio (Richard), Tilda Swinton (Sal), Robert Carlyle (Daffy), Virginie Ledoyen (Françoise), Guillaume Canet (Etienne), Paterson Joseph (Keaty)…
Directeur de la photographie : Darius Khondji
Musique : Angelo Badalamenti
Montage : Masahiro Hirakubo
Producteur : Andrew MacDonald
Société de production : Figment Films
Société de distribution : 20th Century Fox
Date de sortie en France : 16 février 2000.
Budget : 50 millions de dollars
Durée : 1h59.

Retrospective Danny Boyle : 127h, critique du film

Danny Boyle s’est toujours fait le défenseur des opprimés. Qu’ils soient incompris, inadapté sociaux ou simplement solitaire, les personnages qu’il a dirigé sous son scope n’auront toujours été que des figures/archétypes éprouvés psychologiquement ou physiquement et évoluant contraints et forcés, aux devants d’un spectre, récurrent dans sa mise en scène : la société.

Synopsis : Le 26 avril 2003, Aron Ralston (James Franco), jeune homme de vingt-sept ans, se met en route pour une randonnée dans les gorges de l’Utah. Il est seul et n’a prévenu personne de son excursion. Alpiniste expérimenté, il collectionne les plus beaux sommets de la région. Pourtant, au fin fond d’un canyon reculé, l’impensable survient : au-dessus de lui un rocher se détache et coince son bras contre la paroi rocheuse du canyon. Le voilà pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie, en proie à des hallucinations… Il pense à son ex-petite amie et à sa famille et se demande si les deux filles qu’il a rencontrées dans le canyon juste avant son accident seront les dernières. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n’arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence…

Qu’elle soit avilissante pour les héros de Trainspotting, puisque se conciliant difficilement à cette brochette de toxicos ; à l’agonie comme dans Sunshine ou (et c’est son plus bel exemple), décadente comme dans La Plage, cet amas d’individus et de normes l’aura toujours influencé, quitte à voir son style, s’éroder quelque part entre un symbolisme obséquieux (conséquence de son passé dans la publicité) et un manichéisme omniprésent. Mais au milieu de cette quête de diabolisation de la société, dont sa filmographie s’est fait l’objet, on constate heureusement quelques digressions, des exercices de style, qui, s’ils ne perdent en rien de cette substance caractéristique de son style, sont à ranger du côté de son caractère aventureux et indirectement de son statut de technicien de l’image.

Et autant dire que malgré la complexité revêtue par son dernier projet, Slumdog Millionaire, qui l’avait vu délocaliser son action au beau milieu de l’Inde et convoquer un casting presque exclusivement issu du pays de Gandhi, Boyle aura avec 127h réellement pris des risques. Et le premier d’entre eux sera aisément décelable dès l’annonce du sujet. Comment convoquer un style fait de réflexions sur la société et de fulgurances esthétiques, dans un survival, genre paradoxalement très peu enclin à tolérer ce genre de digressions formelles ?

Récit d’un aller-retour.

Là sera tout le problème, ou du moins le défi auquel sera confronté Boyle. Car si beaucoup de personnes au vu de la forme adoptée par le britannique, en l’occurrence un huis-clos statique mâtiné d’un survival naturaliste, y auront vu une manière pour lui de se reposer après le tournage titanesque du film susmentionné, peu y auront vraiment vus le potentiel dégagé par cette dramatique histoire. Ça serait ainsi, se fourvoyer que de penser le britannique à la recherche du repos, tant ce 127h reflète davantage toutes les aspérités du style de son auteur, et plus indirectement toutes ses obsessions, que ne l’a été ses précédentes réalisations.
Se faisant encore une fois l’écho de l’adversité, cette fois-ci opposant l’Homme à la nature, le film n’oublie cependant pas à y inclure une réflexion sur les dérives sociétales. Le simple début du film sert à prouver toute la vindicte adressée par le réalisateur à cet ensemble d’individus et de normes. Montage rapide quoique un brin (trop) symbolique, faisant la part belle à des déplacements de foules alternés à la mouvance normale du héros (James Franco), l’entame sert à prouver que ce personnage principal est un marginal, une victime de cette société dépravée et pernicieuse. Une victime, qui pour pallier à une vie sociale qui fout le camp et aux interactions sociales réduites, décide de partir dans un parc national d’Utah, à la recherche de sensation forte. Une décision qui ne sera en réalité que le point de départ d’un voyage pour l’alpiniste, qui devra au fond de ces canyons, embrasser une nouvelle facette de sa personnalité pour survivre. Car au biais de son parcours qui le verra affronter un éboulis ayant raison de son bras droit, piégé par la roche, l’homme (interprété par un édifiant James Franco) passera par plusieurs stades. L’occasion pour le metteur en scène britannique d’étayer par la force de sa technique, toutes les composantes qu’un tel sujet peut revendiquer, entre folie, abnégation et volonté de survivre.  Ainsi, par le biais de la caméra vidéo de l’alpiniste, qui agit en tant que legs testamentaire, et la caméra du réalisateur qui agit en tant que manifeste de survie, Boyle dresse une mise en scène presque schizophrénique se faisant côtoyer respectivement les moments d’errance et de folie aux cotés de la réalité, dont cherche à tout prix de s’en défaire Franco. Et ça en a quelque chose de grisant en fin de compte. Multipliant les ruptures de tons et les songes de Franco, qui se met à fantasmer par plusieurs fois à des éléments intra-sociétaux (entre une soirée, de l’eau et un échappatoire), Boyle parvient à maximiser la surprise au sein de son métrage, quand bien même son issue est déjà connue. Et ça il tient beaucoup à son style. Virtuose de l’image, Boyle ne dément à aucun instant de sa solide réputation dans le milieu, sachant à tout instant rendre compte d’images léchées, parfois rugueuse mais sachant faire fi de l’exiguïté confondante du canyon où la quasi-totalité du film prend place.
Pour autant, on pourra déplorer un tantinet la place réservée à la symbolique dans le film. Outre d’appuyer parfois de manière outrancière le propos, quitte à s’apparenter alors à une sorte de redite narrative, le réalisateur ne démord pas, et s’engouffre à nouveau dans ses montages parfois épileptiques qui, s’ils trouvent une certaine légitimé dans le dernier acte, ne font que presser un film, qui paradoxalement appose de sa marque le spectateur par sa seule lenteur, qui agit en tant que piège à la fois sur le corps et l’esprit dudit alpiniste.

127h : Fiche Technique

Titre original : 127 Hours
Titre français : 127 heures
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Danny Boyle et Simon Beaufoy, d’après l’autobiographie d’Aron Ralston
Interprétation : James Franco, Clémence Poésy, Treat Williams, Kate Mara, Amber Tamblyn, Lizzy Caplan
Direction artistique : Christopher R. DeMuri
Décors : Suttirat Anne Larlarb
Costumes : Suttirat Anne Larlarb
Photographie : Enrique Chediak et Anthony Dod Mantle
Montage : Jon Harris
Musique : A.R. Rahman
Lyrics : Dido, Rollo Armstrong
Production : Danny Boyle, Christian Colson, John Smithson
Coproduction : Tom Heller, John Smithson
Production déléguée : Bernard Bellew, Lisa Maria Falcone, John J. Kelly, Tessa Ross
Sociétés de distribution : Drapeau des États-Unis Fox Searchlight Pictures, Drapeau de la France Pathé Distribution
Budget : 18 millions de dollars2
Pays d’origine : Drapeau des États-Unis États-Unis et Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue originale : anglais américain et britannique
Format : couleur – 35 mm – 1,85:1 – son Dolby
Genre : aventure, drame
Durée : 94 minutes (1h 34)
Dates de sortie :
Sortie États-Unis : 4 septembre 2010 (Festival du film de Telluride), 5 novembre 2010 (sortie à New York et à Los Angeles), 12 novembre 2010 (sortie nationale limitée)
Sortie Canada : 12 septembre 2010 (Festival international du film de Toronto)
Sortie Royaume-Uni  : 28 octobre 2010 (Festival du film de Londres), 7 janvier 2011 (sortie nationale)
Sortie France : 23 février 2011

Spotlight, un film de Tom McCarthy : Critique

A l’heure où le journalisme d’investigation à l’ancienne commence à disparaitre, délesté de sa flamboyance par les assauts répétés d’Internet, ayant eu raison du caractère noble, jusqu’ici attachée à la notion même d’information, il est amusant de voir à quel point cette figure tutélaire de la société continue d’inspirer le cinéma.

Synopsis : En 2001, à Boston, le nouveau patron du Boston Globe vient perturber la routine dans la salle de rédaction. Il veut relever la rentabilité du journal au risque de devoir faire des coupures. Les journalistes confortablement installés dans leur routine affirment que les abonnés sont satisfaits du contenu actuel et ne voient pas trop l’intérêt de changer la ligne éditoriale, mais le nouveau patron ne l’entend pas de cette oreille et va forcer une équipe spéciale attitrée à des dossiers plus pointus (Spotlight) de rouvrir le dossier des prêtres pédophiles… ce qui va causer une onde de choc qui va affecter plus que la salle de rédaction. Comment l’archidiocèse de Boston va-t-il gérer ce nouveau scandale à venir ?

A chaque décennie son scandale.

Si celui-ci avait déjà connu par le passé nombre d’itérations promptes à le voir pleinement endosser son statut de 4ème pouvoir (on pense notamment au mythique Les Hommes du President, qui s’est fait l’écho de démythifier le retentissant scandale du WaterGate), la perspective de voir un film embrasser à corps perdu le postulat d’une presse écrite, comme dernier rempart contre l’obscurantisme et l’ignorance, qui plus est de nos jours, a de quoi faire sourire. Face à une démocratisation progressive de l’information ayant réduit à néant l’espoir de voir débouler des scoops de l’ampleur du Watergate ou dans un registre plus drôle, du MonicaGate, il apparait ainsi comme relativement vain de voir de tels efforts, ,qui, s’ils renvoient à une des facettes essentielles du métier, à savoir informer à tout prix, n’en demeure pas moins purement anachroniques, puisque se faisant l’écho d’une vision archaïque si ce n’est dépassée du métier de reporter. C’est pourtant l’incroyable pari/défi qu’a souhaité relever Tom McCarthy, un artiste protéiforme du cinéma américain (entre réalisateur pour HBO, scénariste pour Pixar et occasionnellement acteur), qui avec Spotlight, a cherché à se faire le défenseur de la brigade d’investigation éponyme rattachée au Boston Globe, qui a officié plus d’un an durant, à la révélation d’un scandale ayant fait polémique : celui des prêtres pédophiles de Boston. Autant dire un sacré défi, surtout quand on est au fait de la prépondérance revêtue par le rôle du clergé dans la ville du Massachusetts, réputée pour l’importance et la ferveur de sa communauté catholique.

Un classique instantané

Et malgré la modernité de son sujet (le scandale a été révélé en 2002), on saura gré à Tom McCarthy de ne pas avoir voulu y apposer une mise en scène sophistiquée. Soucieux de coller à cette esthétique vintage, agissant comme legs du genre journalistique tout entier (quitte parfois à le singer adroitement) McCarthy donne à voir d’entrée de jeu le canevas dans lequel se nimbera l’affaire. Cadre classique et épuré, sobriété évidente, le début du film résonne un peu comme ces questions auxquels chaque reporter doit se soumettre un jour.
Où ? Un journal en perdition de Boston. Qui ? Des reporters à la vie sociale secondaire et aux repas uniquement fait de bière et de pizza en prise avec un rédacteur en chef à peine dans ses murs mais déjà autoritaire. Quoi ? Une vie de bureau ou s’entasse papiers et incertitudes. En somme toute la sève du film de journalisme. Pourquoi ? La team Spotlight a besoin d’un sujet pour maintenir son lectorat en place. Comment ? En ravivant non sans fracas les prémices d’un scandale qui n’attend qu’à se voir déterré.
De ces questions, qui infuseront le film tel une ligne directrice, McCarthy, bien aidé par un scénario se faisant l’écho de la complexité de l’affaire, sans succomber à une pale redite de toutes ses ramifications (l’affaire ayant duré un an, il aurait été impensable de mettre en scène tous les retournements de situation), donne à voir une figure de l’Eglise peu reluisante. A l’instar du Spectre dans l’univers James Bond, la meilleure idée aura d’ailleurs été de personnifier le rôle du clergé et de l’assimiler à cette image entrepreneuriale, devenue par la force des choses cette entité difforme, amorale et tentaculaire, s’infiltrant sans mal dans les plus hautes instances judiciaires et politiques de la ville, quitte à pousser certains avocats, ayant couvert ledit scandale, se décharger de cette ignominieuse responsabilité, sous le seul sceau du travail accompli.
Et de ce constat alarmant, McCarthy en tire paradoxalement son meilleur atout. Puisque si on pourra déplorer la sobriété de la mise en scène, qui témoigne de cette volonté de rendre anti-spectaculaire le travail de fourmi de ces reporters, et qui pêche finalement à assurer pendant les 2h l’intérêt qu’on peut y porter, la force du film sera de pouvoir composer avec l’aspect horrifique de son histoire tout ce qu’il y a de plus réelle, et qui tel un coup de massue, achève le spectateur. Dressant un attrait tout particulier pour le morbide dégagé par son histoire, McCarthy ne dépassera heureusement pas la ligne jaune, en se contentant de laisser filer son récit, sans l’entraver avec divers flashbacks ou autres images explicites, ce qui auraient probablement sapé la force du métrage, lui qui paradoxalement et c’est rare, bande ici ses muscles sur la seule énonciation des méfaits qu’ils cherche à dénoncer. On ne saura toutefois, dans ce concert de louanges, omettre de mentionner le rôle tenu par les différents acteurs du métrage. S’il ne fait aucun doute que Michael Keaton et Mark Ruffalo sont à glorifier pour les rôles d’investigateurs téméraires et tenaces, on ne saurait oublier les prestations de John Slattery et Rachel McAdams, au diapason de l’ensemble, et qui n’auront de cesse à dévoiler cette vérité coûte que coûte, et ce malgré les pressions et autres remontrances de l’Église, piquée au vif par ces représentants du 4ème pouvoir qui auront par cet effort d’information, fait vaciller l’institution millénaire.

Véritable ode à un métier en voie de disparition, tout comme manifeste de la puissance du 4ème pouvoir, Spotlight s’avère en définitive être un film passionnant, mais surtout nécessaire, dont l’espoir véhiculé par cette brigade de reporters se révèle de plus en plus rare dans les productions cinématographiques actuelles.

Spotlight : Fiche Technique

Réalisation : Tom McCarthy
Scénario : Tom McCarthy et Josh Singer
Interprétation : Mark Ruffalo, Michael Keaton, Rachel McAdams, John Slattery, Liev Schreiber, Stanley Tucci
Direction artistique : Stephen H. Carter
Décors : Shane Vieau
Costumes : Wendy Chuck
Montage : Tom McArdle
Musique : Howard Shore
Photographie : Masanobu Takayanagi
Son : Paul Hsu
Production : Michael Bederman, Blye Pagon Faust, Steve Golin, Nicole Rocklin et Michael Sugar
Sociétés de production : Anonymous Content, Participant Media et Rocklin / Faust
Sociétés de distribution : Open Road Films (États-Unis), Warner Bros. France (France)
Langue originale : Anglais
Format : couleur – 1,85:1 Codex
Durée : 128 minutes
Récompenses : Oscars 2016 du meilleur film et du scénario original
Genre : drame
Sortie France : 27 janvier 2016

Etats-Unis – 2015