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La Chanteuse de pansori, un film de Im Kwon-taek: Critique

Im Kwon-Taek est un des cinéastes asiatiques les plus prolifiques et demeure pourtant l’un des moins reconnus dans l’Hexagone. Son prix de la mise en scène en 2002 à Cannes pour « Ivre de Femmes et de Peinture » laissait présager un meilleur avenir pour son auteur, ce film étant à ce jour son plus grand succès chez nous.

Synopsis: Deux orphelins, Dongho un garçon et Songwha une fille, recueillis par un chanteur itinérant de pansori, Yubong, apprennent sous sa rude férule, à devenir musicien et chanteuse. Ils vivent des représentations données en public dans les villages. Mais après la guerre, les gens ne s’intéressent plus à cet art méprisé. Dongho part, fuyant la misère, la brutalité de son père. Songwa tombe malade et refuse de chanter. Pour qu’elle perpétue le pansori, sa douleur et sa peine, Yubong la rend aveugle. A travers un mélo superbe, un hommage à une tradition culturelle coréenne.

L’Art de Vivre

Force est de constater qu’il n’en aura rien été. Il faut dire que sa carrière n’a pas été un long fleuve tranquille, lui-même ayant tardé à vouloir dévoiler son œuvre au grand public. Son passé de militant communiste au plus fort de la dictature coréenne, qui n’était qu’alors un seul état, l’obligeait à produire des longs-métrages de commande populistes et manichéens. Ce n’est que lors de la scission du pays que le gouvernement mettra tout son pouvoir pour faire de sa cinématographie une rivale conquérante à la Nouvelle Vague mondiale.

 La Chanteuse de Pansori regroupe un panel d’obsessions propre au réalisateur. C’est d’abord un bel hommage à la culture traditionnelle de la péninsule, le Pansori étant un de ses plus anciens marqueurs sociaux. Mais c’est surtout un chant liturgique qui requiert une attention toute particulière, la voix servant de catalyseur aux émotions qu’il dégage. C’est enfin un art de vivre, où il faut puiser au plus profond de son être pour matérialiser la puissance démiurgique de l’incantation. Le propos, au-delà de faire revivre ce pan oublié de L’Histoire, est de nous faire ressentir la douleur qu’éprouvent ceux qui tentent de le conserver. Le récit alterne alors des moments de plénitude totale avec d’autres sentiments beaucoup plus diffus où sourd une grande mélancolie. C’est cette alternance qui lui donne sa puissance émotionnelle et lui redonne les lettres de noblesse qu’il mérite. Il faut prendre la pleine mesure de ce grand film en se laissant porter par la grâce des personnages qui s’échinent péniblement à un jusqu’au boutisme cathartique.

Le noyau familial est également une autre de ses grandes préoccupations. Il n’y a qu’à voir son désir de reconstruire le lien du sang dans l’adversité, tant il s’acharne à lui faire subir les pires épreuves. Il tire de cet éclatement un regard très juste sur la complexité des relations humaines. Son vécu personnel s’en ressent, lui qui fit partie d’une grande cellule dont les membres s’éparpillèrent plus que de raison. Les uns morts au combat pour servir la Patrie, les autres s’évitant et se conspuant pour cause de traîtrise. Il met probablement un peu de lui dans chacun des hommes et des femmes qu’il suit avec une infinie tendresse. Ce faisant, il ne leur épargne pourtant aucune concession. Le père est cet figure rustre et alcoolique qui admoneste sa progéniture dans le but ultime de transmettre son savoir. Il ne tergiverse jamais avec le respect et exige un don de soi total. Le fils, peu courageux, est celui qui n’a pas su se forger le mental d’acier pour tracer la route paternelle. Les regrets lui en seront éternels. Enfin la fille représente la force de caractère que la cécité soudaine pousse dans un retranchement insoupçonnable. Il est permis de penser que cette force de la nature est la personne pour qui le maître  a le plus d’empathie.  Son admiration pour les femmes est sans borne. Sûrement s’imagine-t-il que la gente féminine représente le mieux l’abnégation dont doivent faire preuve les aspirants garants à la transcendance.

Car il ne s’agit finalement que de cela. Il faut pouvoir se donner corps et âme à son art pour en légitimer l’esprit spirituel. Traverser les peines et les joies, masquer ses peurs et ses faiblesses, garder sans cesse espoir dans une forme d’abandon. Aussi illusoire soit-elle. C’est le sens de ces dernières séquences bouleversantes  où frère et sœur se retrouvent par la grâce du chant. Il leur suffit de quelques notes pour s’avouer un amour fraternel. Peu de mots, des gestes hésitants mais une même sensation d’éternité. Dans la continuité, le géniteur ose enfin avouer à sa fille les raisons de ses tourments, signe qu’il lui reconnaît sa pleine dévotion. On comprend par là que la culpabilité est la grande affaire d’Im Kwon-Taek, qui infuse par touches latentes la majeure partie de la structure narrative du scénario. Il semble ainsi y solder le deuil d’idéaux longtemps lourds à porter. Le long pèlerinage parcouru par ces pauvres hères procède d’un langage divinatoire  où chaque pas effectué les libère d’un sacerdoce blasphématoire. C’est  un chemin de croix dont ils ne peuvent réchapper, guidés qu’ils sont par une puissance imperceptible et intangible.

La mise en scène se joue d’une temporalité étendue et laisse vivre dans son expression la plus simple les éléments naturels qui entourent les troubadours. L’hiver glace les cœurs endeuillés qui se perdent tandis que l’automne ravit l’espoir d’une union fragile. L’horizon s’obstrue d’une pleine lune qui aveugle la pensée alors que le soleil du petit matin réchauffe le sang d’une fratrie embaumée. Elle saisit avec une incroyable dextérité la pesanteur des situations et ranime la flamme avec passion lorsqu’elle devient nécessaire. Et les comédiens en arrivent à une extase telle qu’ils s’oublient devant la caméra, surs que leurs faits et gestes trouveront la pleine mesure de leur expression avec la virtuosité du cinéaste.

Bande annonce La Chanteuse de Pansori

La Chanteuse de pansori: Fiche technique

Titre : La Chanteuse de pansori
Titre original : Seopyeonje (서편제)
Réalisation : Im Kwon-taek
Scénario : Kim Myung-gon, d’après le roman de Lee Chung-joon
Casting : Kim Myung-gon : Youbong, Oh Jung-hae : Songhwa, Kim Kyu-chul : Dong-ho, Shin Sae-kil, Ahn Byeong-kyeong : Naksan
Production : Lee Tae-won
Société de production : Taehung Pictures
Musique : Kim Soo-chul
Photographie : Jung Il-sung
Montage : Park Sun-duk
Pays d’origine : Corée du Sud
Langue : coréen
Format : Couleurs – 1,85:1 – Dolby – 35 mm
Genre : Drame, musical
Durée : 112 minutes
Dates de sortie : 10 avril 1993 (Corée du Sud), 22 novembre 1995 (France)

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Mysterious object at noon, un film d’Apichatpong Weerasethakul : Critique

Synopsis : Sillonnant la campagne thaïlandaise, une équipe de tournage demande aux personnes rencontrées en chemin de prendre la parole devant la caméra. Sur le principe du cadavre exquis, chacun invente successivement les péripéties d’un conte étrange. Celui d’un garçon infirme qui découvre un beau jour son institutrice évanouie et une mystérieuse boule sur le plancher. La boule se métamorphose et prend soudain les traits d’un petit garçon…

Work in progress

Le réalisateur Apichatpong Weerasethakul possède aujourd’hui une renommée internationale : il a été primé plusieurs fois au sein de festivals prestigieux, notamment à Cannes (Palme d’or en 2010 pour son film Oncle Boonmee). Découvrir les débuts d’un cinéaste, c’est toujours un petit privilège. Mysterious object at noon est le premier long métrage de Weerasethakul, réalisé en 2000, resté inédit jusqu’à sa récente restauration et sa sortie en janvier 2016. Regarder ce film aujourd’hui, à la lumière des récentes œuvres du réalisateur est intéressant pour voir comment le travail de ce dernier a évolué et quelles sont les constantes qui innervent ses créations.

Mysterious object at noon est l’œuvre d’une expérience. A mi-chemin entre travail documentaire et mise en scène de fiction, Weerasethakul fait reposer son scénario sur le principe du cadavre exquis. Il élabore la structure de son récit : un jeune infirme étudie auprès de son institutrice, celle-ci perd connaissance. En essayant de la réveiller, le jeune garçon trouve aux côtés de l’enseignante un objet sphérique étrange qui se transforme en petit garçon. A partir de cette base, le réalisateur propose à ses personnages de prendre les rênes de l’histoire et d’en raconter la suite. Ses acteurs, non-professionnels, il les filme partout à travers la Thaïlande, dans chaque village qu’il traverse avec toujours la même attention portée à ceux qui sont montrés.

Bien que le résultat final du film puisse laisser un goût d’inachevé, compte tenu du lien trop lâche qui relie les différents interprètes de l’histoire de l’infirme, on note néanmoins une réelle envie de filmer l’autre, de prendre le temps de montrer qui il est aux spectateurs, de lui laisser le temps de s’exprimer. Cela donne au film des accents méditatifs que l’on retrouve au sein de sa filmographie. Mysterious object at noon est un film expérimental. Le réalisateur y explore les possibilités formels et scénaristique du médium film et offre à son public un mystérieux objet, à la fois travail en train de se faire et premier jalon d’une œuvre à venir.

Mysterious object at noon : fiche technique

Titre original : Dokfa nai meuman
Thaïlande
Genre : premier long métrage
Réalisé par : Apichatpong Weerasethakul
Image : Prasong Klimborron et Sayombhu Mukdeeprom
Montage : Tony Morias et Apichatpong Weerasethakul
Son : Sirote Tulsook Paisit
Date de sortie : 27 janvier 2016

Festival de Gérardmer 2016 : Le Bilan de la Rédaction

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Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016 : Bilan

Gérardmer, c’était bien mais Gérardmer, c’est déjà fini. Après cinq jours intensifs de projections non-stop et de pluie battante dans la commune vosgienne, le jury présidé par Claude Lelouch a rendu son verdict. Si on ne s’étonnera pas qu’il ait fait jaser dans le public de la cérémonie de clôture (Evolution et JeruZalem ont été hués), les meilleurs films de la compétition ont néanmoins été récompenses. Bone Tomahawk est la claque implacable de ce festival, tandis que Southbound est un efficace film à sketchs horrifiques sans oublier le jubilatoire et chouchou du public The Devil’s Candy alors que l’envoûtant et terrifiant The Witch est -certes- salué mais ne récolte qu’une maigre récompense. Comme chaque année, il y a du bon et du moins bon. Des films qui vont annoncer la couleur du genre dans les mois à venir et ceux qui vont inévitablement tomber dans l’oubli. Alors si malheureusement, la rédaction n’a pas tout vu, de nombreux films ont néanmoins été visionnés et c’est l’occasion pour nous de vous donner un avis avec le recul nécessaire post-cérémonie pour juger ces films.

[EN COMPÉTITION] The Witch

Réalisé par Robert Eggers (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Au XVIIème siècle, une famille puritaine de Nouvelle-Angleterre vit seule dans des contrées sauvages. Alors que son nouveau-né disparaît que sa fille est suspectée de sorcellerie, la famille commence à être fragilisée par un mal mystérieux.

Un an. Ça fait fait un an qu’un certain et très sobrement intitulé The Witch, film de sorcières d’un illustre inconnu jouit d’une excellente réputation. Sa première projection à Sundance 2015 avait laissé les spectateurs tétanisés et les critiques faisaient déjà l’éloge d’un nouveau cinéaste décidé à marquer le genre. Un an que The Witch fait donc son petit bonhomme de chemin, ne s’immisçant que très peu dans les autres festivals internationaux, conservant une aura mystique et mystérieuse autour de lui. Et voilà qu’il débarque à Gérardmer, prêt à en découdre avec des festivaliers à qui il en faut plus pour les effrayer. Autant le dire tout de suite, on n’a jamais vu une telle représentation du mythe de la sorcière au cinéma. Enfin une relecture viscérale qui va au bout des choses, n’hésite pas à choquer et remettre en questions toutes les croyances universelles. A contre-courant de tout ce qui a déjà été crée, Robert Eggers est un réalisateur qui casse les codes, suggère plus que ne représente et va jusqu’à sous-entendre que l’origine du mal démarre dans l’enfance (par l’hypocrisie des adultes). Robert Eggers propose avec ce film une réflexion intéressante sur le domaine de la croyance et de la condition humaine. L’hypocrisie de l’homme est pointé du doigt, celui qui se dit vertueux alors qu’il n’est au fond qu’attirer par le pêché et cède sans demi-mesure dans le mensonge, par vanité. Comme l’indique le générique final, Robert Eggers a potassé le sujet en faisant appel à un nombre conséquent de documentations sur le moyen-âge et les procès contre les sorcières. Tout ce qui est dit dans le film provient de procès ayant « réellement » existé. Tout ce qui entoure cette représentation de la sorcière est souligné, sublimée par une photographie aussi crasseuse que brumeuse, froide et anxiogène où le Mal peut prendre aussi bien prendre la forme d’un chaperon rouge ou d’un bouc. Sans compter une lumière sublime qui participe à l’ambiance moyenâgeuse de ce premier long métrage. The Witch est une ode au Mal, ou tout du moins tente de le comprendre et de l’expliquer. Le cinéaste n’hésite pas à jouer avec les attentes du spectateur, ce qui donne à son film des allures de suspens où le spectateur s’interroge constamment sur la culpabilité des membres de cette famille (Y’a-t-il vraiment une sorcière ? Quel membre est le coupable ? Sont-ils tous fous ? Qu’en est-il du monde extérieur ?). Si le rythme lancinant pourra en rebuter certains, le dernier quart du film voit la tension s’accentuer dans un climax final tétanisant. Maîtrisé et doté d’une réflexion aussi fascinante que pertinente sur les croyances, The Witch est un film qui aura bien mérité sa réputation festivalière et est assurément la révélation de cette année. C’est peu dire que The Witch nous a foutu la même baffe que It Follows, l’an passé. Un must-see absolu pour tous les fans de genre.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

[DOCUMENTAIRE] Lost Soul – The Doomed Journey Of Richard Stanley’s Island Of Dr. Moreau

Réalisé par David Gregory (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Le cinéaste Richard Stanley rêve depuis toujours de porter à l’écran le roman de H.G. Wells L’Île du docteur Moreau. Finalement, au beau milieu des années 1990 et grâce à sa force de conviction, il se retrouve à la tête d’un budget conséquent pour enfin pouvoir donner vie à son projet. Mais le rêve va très vite se transformer en cauchemar, sur fond de batailles d’ego et d’intérêts divergents entre l’art cinématographique et son industrie.

Pour qui aime le cinéma, il est toujours intéressant de jeter un œil sur les making-of ou les documentaires qui reviennent sur la genèse d’un film. Ne-serait-ce que pour comprendre les mécanismes de production d’un film ou s’intéresser aux différents corps de métier et voir à quel point le cinéma est un art et un travail d’équipe magnifique. Mais il est encore plus fascinant de voir les films qui se sont fait dans la douleur ou ne sont pas fait pour comprendre à quel point la réussite d’un film tient sur un fil. On se souvient du tournage chaotique et inachevé de Don Quichotte de Terry Gilliam dans Lost in la Mancha, de l’éprouvant Apocalypse Now de Francis Ford Coppola dans Aux Coeurs des Ténèbres ou de Fucking Kassovitz qui revient sur le bordel  monstre qu’a été Babylon A.D. Mais si ces documentaires vous avaient déjà laissé bouche-bée sur la manière dont la production d’un film peut tourner au carnage, alors il faut absolument que vous voyez Lost Soul. Ce documentaire revient sur l’hallucinante genèse du film L’île du Docteur Moreau de John Frankenheimer avec Marlon Brando et Val Kilmer. Je viens de dire que le film est de John Frankenheimer mais le projet est à la base partie d’une idée de Richard Stanley, très réputé autrefois dans le cinéma indépendant. Jouissant d’un confortable budget hollywoodien, il a participé à toute l’écriture du scénario, la pré-production et était présent les premières semaines du tournage pour mettre en image ce livre qui le hante depuis sa plus tendre enfance. Lost Soul revient donc sur l’incroyable histoire d’un échec historique. Jamais on ne s’ennuie devant ce film où plus le récit avance, plus le film devient incontrôlable et montre à quel point le projet est parti dans des directions inimaginables. Il arrive même à nous surprendre constamment et montrer quand bien on croyait avoir tout vu que le pire n’était pas encore arrivé. On apprend ainsi qu’un cyclone a bloqué le tournage du film, que Val Kilmer a été exécrable avec toute l’équipe, que Marlon Brando en avait rien à foutre du film et se moquait éperdument du tournage (à partir du moment où il a échappé des mains de Richard Stanley), que le tournage a duré six mois au lieu de six semaines, que Richard Stanley a fait appel à la sorcellerie pour maudir ce film, qu’il a disparu dans les forêts australiennes, que John Frankenheimmer n’a fait qu’hurler pendant le tournage, que l’alcool et la drogue ont coulé à flot dans les soirées avec l’équipe, et caetera, et caetera. C’en est absolument dément de voir à quel point ce film est devenu incontrôlable. Pour ce documentaire, David Gregory s’est approprié tous les points de vue de cet avortement cinématographique. Tous les corps de métiers d’un film (producteurs, réalisateurs, assistants réalisateurs, acteurs(rices), régisseurs, costumiers, maquilleurs, locaux, etc.) ont eu le droit à la parole et c’est ce qui donne son authenticité à ce récit. Tous s’accordent à dire que le film aurait pu marquer l’histoire du cinéma fantastique tant Richard Stanley semblait avoir un regard visionnaire sur l’oeuvre de H.G. Wells. Si on le savait déjà, on se rend compte à quel point l’équilibre d’un film est délicat tant le système de production cinématographiques contient son lot de failles, d’égos surdimensionnés, d’individus aussi m’en-foutistes que perchés, et de solutions casse-gueules. Lost Soul est un documentaire tellement incroyable qu’il mériterait d’être adapté en long métrage. Un incontournable absolu dans la catégorie « documentaire sur le cinéma ».

Note de la rédaction : ★★★★★  

[EN COMPÉTITION] The Devil’s Candy

Réalisé par Sean Byrne (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…

Certains amateurs du genre se souviennent peut-être de The Loved Ones, un brillant et éprouvant premier film d’horreur, qui avait par ailleurs obtenu le Prix du Jury à Gérardmer en 2011. Cette incursion dans le genre avait révélé Sean Byrne et on attendait impatiemment de ses nouvelles. C’est désormais chose faite avec The Devil’s Candy où le cinéaste tasmanien abandonne le torture-porn pour se tourner vers le slashero-thriller démoniaque. Le film démarre de la plus classique des manières : Dans une maison de campagne éloignée de la ville, un homme entend des voix et tue sa mère. On apprend que son père se suicidera par la suite. La maison est rachetée par une famille qui s’installe et tente de prendre ses marques. Le père de famille ne va pas tarder à entendre ces mêmes voix. On croirait là avoir affaire à un ersatz d’Amytiville. Mais heureusement, Sean Byrne prend la bonne voie pour livrer un film bien différent des attentes crées par l’introduction. Si la trame narrative s’avère bien plus classique que son précédent, elle se révèle tout aussi diablement efficace. Le cinéaste semble privilégier la mise en scène puisqu’il fait preuve d’une maîtrise magnétique qui donne un aspect des plus envoûtants à la photographie et au montage. La lumière est en ce sens un modèle de ce qu’il faut faire pour installer une ambiance sans tomber dans la caricature. A cela, il faut noter une bande-son composée de morceaux de métal et de hard-rock qui correspond à l’état d’esprit de cette famille d’artistes (la composition musicale a d’ailleurs obtenu le Prix de la Musique Originale à Gérardmer). Par ailleurs, on s’attache énormément aux personnages du film tant si bien que malgré sa trame classique, le réalisateur nous saisit et suscite notre empathie. Un effort remarquable tant les films de genre codifiés nous mettent face à des personnages caricaturaux ou vides de sens. La seconde partie du film vire littéralement dans le slasher pur et brutal avec un enchaînement d’événements qui accentuent une tension déjà bien pesante. The Devil’s Candy était donc la séance Grand Huit de ce festival. On connaît le chemin mais c’est toujours avec le même plaisir qu’on le prend.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[HORS COMPÉTITION] Cooties

Réalisé par Jonathan Milott & Cary Murnion (Etats-Unis, 2014). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : Infectés par un mystérieux virus, des écoliers deviennent des créatures sauvages et meurtrières qui menacent les enseignants…

Les fans de Lloyd Kaufman et amateurs des films Troma connaissent assurément Poultrygeist : Night of the Chicken Dead, une série Z extrêmement assumée et jubilatoire comme pas permis. Le modèle du film idéal dans une soirée entre potes, bières et pizzas. Cooties en est son pendant, son spin-off plus gentil mais dans cette même veine délirante. A la suite d’un nuggets pourri, tous les enfants qui n’ont pas encore fini la puberté deviennent des infectés et se mettent dans une rage folle envers les non-contaminés. D’un côté, le pitch est porteur d’un potentiel horrifique énorme, de l’autre il y a une dimension comique certaine à voir des adultes défoncer des enfants. Pas étonnant alors qu’on ait Leigh Wannell (sagas Saw/Insidious) et Ian Brennan (la série Glee) à l’écriture du film. Irrévérencieux quand il s’agit de balancer des punchlines bien sentis (la pique sur les hobbits à l’encontre d’Elijah Wood), Cooties devient donc un objet plutôt fendard avec quelques longueurs, un manque d’audace et de gore mais qui se regarde sans déplaisir et s’avère être une séance taillée pour être en festival. Loin d’être un indispensable, Cooties est suffisamment drôle pour mériter le coup d’œil et passer un bon moment.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[EN COMPÉTITION] Bone Tomahawk

Réalisé par S. Craig Zahler (Etats-Unis, 2015). Sortie en DVD/Blu-Ray/VOD le 11 mai 2016.

Synopsis : 1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer.

Avant tout, il convient de dire que Bone Tomahawk est le film qui nous aura le plus marqué dans cette compétition et est donc un Grand Prix du Jury entièrement mérité. Car au-delà de ce que le film offre en termes de fantastique, Bone Tomahawk est un film pertinent et ancré dans une actualité bouillante qui lui donne tout son sens. Ces derniers mois ont été dur à la suite des attentats et maintenant plus que jamais, le radicalisme effraie ce qui ne nous empêche pas de vouloir tenir tête et combattre ce mal qui nous a frappé de plein fouets. Bone Tomahawk, c’est l’histoire de citoyens américains qui vont combattre des indiens troglodytes (un autre indien du film dira cette phrase pleine de sens « ils ne sont pas comme moi ») pour tenter de sauver trois individus enlevés. Il faut savoir que ces hommes sont des cannibales à la violence acharnée, véritables monstres de cinéma.  On regrette de voir que le film, qui a remporté un tas de prix (Grand Prix du Jury de Gérardmer et Prix de la Mise en Scène à Sitges, entre autres) à travers le monde, ne sera disponible qu’à partir de mai prochain en VOD et sorties matérialisées. Même pas une sortie en salles ? Déception et incompréhension. On peut s’estimer chanceux de l’avoir vu sur grand écran à Gérardmer. Il faut dire qu’en termes de violence et de brutalité, à l’image de l’Ouest américain, S. Craig Zahler ne lésine pas sur les moyens. La première image du film s’ouvre sur un homme assoupi, se faisant sauvagement égorgé. La chair est écorchée, le sang coule, la respiration devient étouffante et on devine qu’il ne s’agira pas de l’unique image choc du film. La suite tend à installer une dimension contemplative et survival appréciable (mais peut-être pas accessible à tous), donnant au film des allures de western classique. L’intrigue fait donc fi de toute complexité narrative : Des cowboys valeureux partent à la rescousse d’une jolie demoiselle, deux heures durant. C’est tellement simpliste et épuré que le réalisateur assume clairement ce postulat pour le contrebalancer en se dirigeant vers des sentiers qui n’ont encore jamais été foulés au cinéma. C’est aussi grâce à la mise en scène que le film se démarque et prend son envol. Cette dernière prend le temps d’affiner les cadres, de faire durer les plans, de représenter l’étendue de l’Ouest américain qui apparaît comme un territoire inconnu et de jouer sur des contrastes solaires/nuités somptueux. On notera qu’on tient avec Bone Tomahawk la meilleure distribution de ce festival, avec des Kurt Russel, Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox impeccables, où les dialogues balancés avec hargne sont le fruit d’une écriture ciselée remarquable. On voit très bien le parallèle avec l’actualité récente, surtout quand le film propose d’avoir un recul sur les événements et de ne pas faire des amalgames entre les indiens. Bone Tomhawk se conclue dans une violence effroyable, faisant résonner les cris, tourner les yeux et susciter quelques débuts de malaise (de vrais scènes de carnage). C’est certain, cela faisait un moment qu’un film n’avait pas suscité un tel malaise au sein de notre rédaction. La dernière fois qu’on a été aussi retourné, c’était en novembre dernier.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[NUIT DÉCALÉE] Freaks of Nature

Réalisé par Robbie Pickering (Etats-Unis, 2015). Sortie le 15 février 2016 en VOD. 

Synopsis : Dans un monde où zombies, vampires et humains cohabitent, la vie d’un lycée est perturbée par l’arrivée des Aliens…

La célèbre et mythique Nuit Décalée de Gérardmer. La fameuse nuit qui permet à des spectateurs déconneurs, alcoolisés et assoifés de mauvais films sympathiques de se décharger dans une programmation qui jouit peut-être d’un trop grand sérieux. Après nous avoir balancé une publicité WTF pour une pizza, des bonbons et des requins gonflables dans la salle, la première séance de cette Nuit s’avère être un crossover ultime. Freaks of Nature combine tout simplement le teen movie, le film de zombies, le film de vampire et le film d’extra-terrestres. Rien que ça. Et justement c’est bien ça le problème. Car en croyant que ce postulat unique lui assure une audience large et une écriture ouverte à toutes les possibilités, Freaks of Nature se révèle extrêmement pauvre en humour. Ni le côté potache, ni les dialogues enfantins ne lui permettent de se démarquer et d’être le film fendard qu’on souhaitait voir dans ce genre d’événement. L’ambiance de la salle a pris un sérieux coup, les bâillements se sont levés et certaines paupières n’ont pas souhaité continuer la projection. Une parodie fades de tous les genres qui ont animé Hollywood ces dernières années. Autant se tourner vers le cinéma d’Edgar Wright qui, avec sa Cornetto Trilogy, arrive à dépeindre tous ces genres avec un humour génial et sans limites.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆  

[NUIT DÉCALÉE] Sharknado 3 : Oh Hell No !

Réalisé par Anthony C. Ferrante (Etats-Unis, 2015). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : Fin et April passent leurs vacances d’été en Floride. Pas de chance ! Cet état, habituellement ensoleillé, est détrempé par la pluie. Mais il y a pire : un Sharknado s’annonce… C’est toute la côte Est, d’Orlando à Washington, qui cette fois-ci sert de garde-manger aux requins volants. Fin et April vont devoir, une fois de plus, sortir le grand jeu…

Faut-il vraiment présenter la saga Sharknado ? Merci aux gars d’Asylum Productions de nous avoir offert le concept le plus délirant possible et qui a étonnamment trouvé un écho auprès du public et des spectateurs de Syfy. On reprend donc les mêmes ingrédients des précédents en poussant encore plus loin le n’importe-quoi (vu qu’Asylum semble avoir fait pété les budgets). Ok la Maison Blanche est détruite, ok le délire requin nous envoie dans l’espace avec David Hasselhoff, ok le casting devient de plus en plus prestigieux (!!!) mais cela n’empêche que ce film reste un navet pour lequel on ne devrait pas avoir la simplicité d’état d’esprit de le diffuser en festival. Des effets-spéciaux cheap aux bavards interminables, Sharknado 3 va paradoxalement plus loin tout en régressant dans le plaisir jubilatoire, lorgnant avec la morosité et l’ennui le plus total. Il fût une époque où l’on ne s’emballait pas autant devant les téléfilms catastrophe de TF1 ou M6. Sharknado reste donc toujours aussi con, lourd et chiant. Il y avait bien un troisième film dans cette Nuit Décalée mais ces deux là ont refroidis même les esprits les plus solides des festivaliers.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆    

[HORS COMPÉTITION] Summer Camp

Réalisé par Alberto Marini (Espagne, 2015). Date de sortie en DVD/Blu-Ray/VOD prochainement annoncée.

Synopsis : En espérant y vivre de nouvelles expériences, quatre jeunes acceptent de travailler comme moniteurs et monitrices dans un camp d’été. La propagation incontrôlable d’une infection qui rend chacun agressif va entraîner le groupe dans une spirale infernale d’horreur et de folie.

Produit par les créateurs de la saga [REC], Summer Camp est un film qui ne restera qu’en festival tant il n’innove rien ce qui a déjà été fait dans le thriller, le film d’horreur et plus spécifiquement le film de contaminé. Tout commence mal dès la présentation des personnages, caricaturaux au possible. On repense déjà avec un certain regret à Bone Tomahawk, The Devil’s Candy et The Witch. Le film trace son chemin sans surprises, on fonce droit vers le déjà-vu pur et dur mais le cinéaste Alberto Marini offre soudainement une intrigue plus intéressante, du moins dans un premier temps. La bonne idée vient du fait que la contamination n’a en effet qu’une durée limitée ce qui fait les personnages contaminés peuvent redevenir normaux à tout instant. Dès lors, le film prend des allures de The Thing à la sauce espagnol où chacun doit faire confiance ou non à l’autre (des quiproquos laissent croire à la culpabilité de certains personnages, sur le point ou non de devenir des contaminés). Les contaminés sont féroces et la brutalité fonctionne à plein régime même si la mise en scène s’avère brouillonne. Le problème, c’est que malgré cette intéressante et inédite tournure narrative, le film s’emmêle dans ce qui faisait sa force et résonne mal sur l’ensemble du film. Le réalisateur semble s’en apercevoir et retombe donc dans le film d’horreur vu mille fois, avec le lot de codes du genre que cela comprend. Paradoxalement, le film se prend tellement au sérieux qu’il en devient drôle et aurait davantage mérité sa place dans la Nuit Décalée. On regrettera que la bonne idée d’une infection à durée limitée soit mal exploitée car Summer Camp avait les arguments pour devenir plus qu’une série B ressassée et hautement dispensable.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆    

Tout le palmarès de la 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer

Malgré quelques déceptions, cela faisait des années que la compétition international du Festival de Gérardmer n’avait pas été aussi bonnes. On repart de ce festival avec l’envie féroce de recommander Bone Tomahawk, The Witch, The Devil’s Candy, Southbound, de discuter des perplexes Evolution et JeruZalem et d’oublier les autres.

Avant de conclure, j’en profite pour remercier l’organisation du Festival de Gérardmer pour nous avoir permis d’assister à toute la manifestation, à l’attaché de presse Aïda BELLOULID pour sa disponibilité et sa gentillesse ainsi que tous les bénévoles du festival qui ont dû braver des pluies diluviennes pour maintenir à flot ce navire si formidable qu’est le Festival à Gérardmer. On ne peut que trop vous conseiller de vous y rendre l’année prochaine. Merci à tous et à l’année prochaine.

Festival de Gérardmer 2016 : Grand Prix du Jury pour Bone Tomahawk

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Bone Tomahawk Grand Prix du 23ème Festival de Gérardmer

Après cinq jours de compétition acharnés entre la dizaine de longs métrages sélectionnés, c’est avec une vive excitation mêlée à une certaine émotion que les festivaliers se sont empressés d’aller assister à la cérémonie de clôture et de remise des prix. On se rappelle que l’an passé, Christophe Gans avait récompensé It Follows de David Robert Mitchell, un choix qui s’était avéré percutant tant le film avait su marquer les esprits et est déjà devenu un incontournable du genre.

Le Jury Longs Métrages de la 23e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer était présidé par Claude Lelouch et composé de Sophie Audouin-Mamikonian, François-Eudes Chanfrault, Guillaume Gouix, Jonathan Lambert, Gilles Marchand, Dominik Moll, Louise Monot, Mathilde Seigner et Elsa Zylberstein.

Alors après les traditionnels pronostics des festivaliers dans les rangs de l’espace LAC (The Witch et Southbound étaient au cœur des discussions), les remerciements des dirigeants du festival aux partenaires et bénévoles, et le fameux discours du Président du Jury, Monsieur Claude Lelouch, ce dernier annonce les différents primés et sacre enfin Bone Tomahawk de S. Craig Zahler du Grand Prix du Jury, qui se positionne désormais comme l’un des plus attendus films de genre de l’année.

Palmarès du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2016 :

Grand Prix du Jury Bone Tomahawk  de S. Craig Zahler (États-Unis/USA)

1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer.

Prix du Jury ex-æquo Évolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Espagne & Belgique)

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçons de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer, tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement. Nicolas est le seul à se questionner. Il a l’impression que sa mère lui ment et il voudrait savoir ce qu’elle fait la nuit, sur la plage, avec les autres femmes. Au cours des étranges découvertes qu’il fera, Nicolas trouvera une alliée inattendue en la personne d’une jeune infirmière de l’hôpital

JeruZalem de Doron Paz & Yoav Paz (États-Unis & Israël)

Deux jeunes Américaines partent en vacances d’été à Jérusalem pendant les cérémonies du Yom Kippour. Mais cette escapade se transforme en véritable cauchemar quand semble s’ouvrir l’une des portes de l’Enfer. Et que sonne le jour du Jugement dernier

Prix de la Critique InternationaleÉvolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Espagne & Belgique)

Prix du Public The Devil’s Candy de Sean Byrne (États-Unis)

Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…

Prix du Jury JeunesSouthbound de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath & Radio Silence (États-Unis)

Dans un désert américain, le long d’une route abandonnée, des voyageurs épuisés – deux hommes en fuite de leur passé, un groupe de rock au féminin en route vers son prochain concert, un homme perdu qui souhaite rentrer chez lui, un frère à la recherche d’une sœur depuis longtemps disparue et une famille en vacances – doivent affronter, au cours de cinq histoires cauchemardesques, leurs peurs les plus terribles et leurs plus sombres secrets.

Prix du Jury Syfy The Witch de Robert Eggers (États-Unis & Canada)

1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

Grand Prix du Court MétrageQuenottes de Pascal Thiebaux et Gil Pinheiro (France & Luxembourg)

 Et si La Petite Souris n’était en fait qu’une psychopathe obsessionnelle obnubilée par sa collection de trophées dentaires ? Pour elle, une dent perdue est inacceptable, elle doit impérativement la remplacer… Par tous les moyens…

Prix de la Musique OriginaleThe Devil’s Candy de Sean Byrne (États-Unis)

Rendez-vous dès demain pour avoir un compte-rendu de la rédaction sur cette 23ème édition qui aura bien évidemment comporté son lot de surprises mais aussi de frustrantes déceptions.

Pour plus d’informations et retrouver la totalité du palmarès : http://festival-gerardmer.com/2016/

La 5ème vague, un film de J Blakeson : Critique

Moins connu que les nombreux livres estampillés « jeunes adultes » qui se voient portés au cinéma, la trilogie de Rick Yancey (dont le troisième tome sera publié dans l’année) a tout de même généré suffisamment de succès outre-Atlantique pour se voir, à son tour, adapté à l’écran.

Synopsis : La Terre a été attaquée par des extra-terrestres qui, en quatre vagues, ont détruit la plupart des humains. Parmi les survivants, la jeune Cassie se voit séparée de son petit frère, qu’elle a juré de protéger, et se lance à sa poursuite lorsqu’elle rencontre un mystérieux protecteur. Parallèlement, et alors qu’une cinquième vague va achever l’extermination de l’Humanité, un groupe de jeunes se forme pour résister à l’ennemi.

Plus convenu de Divergente. Plus cucul que Twilight.

Derrière ce projet, la Columbia a confié la réalisation de La 5ème Vague à J Blakeson, mais s’est surtout assuré une certaine visibilité grâce à la présence en tête d’affiche de Chloë Grace Moretz. Depuis qu’elle est devenue bankable grâce à Kick-ass, la jeune actrice enchaine les projets de réalisateurs de renom (Hugo Cabret, Dark Shadows…), quelques films d’auteur (Sils Maria) ainsi que d’impardonnables navets (Carrie). Amatrice des romans dont le film est tiré, elle s’est lancée dans cette aventure qui sera incontestablement à ranger dans la troisième catégorie. Même si le pitch peut laisser présager d’un film de science-fiction plus musclé que Les Âmes Vagabondes et que la scène d’ouverture semble nous plonger dans un univers post-apocalyptique pour une intrigue survivaliste telle que la série The Walking Dead les a rendues populaires, la tournure du scénario et la platitude de la mise en scène nous font peu à peu réaliser à quel point le film n’a strictement rien à sauver.

Respectant à la virgule près les règles de la structure narrative classique, le premier tiers du film est voué à la mise en situation. Sans toutefois réussir à creuser ses personnages au-delà des clichés les plus consensuels, il s’agit sans nul doute de la partie la plus intéressante du long-métrage, grâce à des scènes de destruction massive profitant d’effets spéciaux acceptables. Une demi-heure sous le signe du film catastrophe qui satisfera donc les amateurs du cinéma de Roland Emmerich. Et bien que sa rapidité d’adaptation fasse perdre beaucoup aux enjeux que voudrait avoir le film, la confrontation de Cassie, cette gamine bien trop stéréotypée, à une situation extraordinaire est une allégorie particulièrement peu subtile du passage à l’âge adulte qui peut toutefois laisser un dernier espoir de voir une histoire qui s’éloigne de toutes ces variations dystopiques pour ados ultra-calibrées qui défendent avec le pire des cynismes le pouvoir de l’émancipation. Mais la suite du scénario ira justement nous prouver que c’est dans cette voie aseptisée et hypocrite qu’il se fourvoie avec des gros sabots, et ce particulièrement grâce au soi-disant (car prévisible au moins une demi-heure plus tôt) rebondissement majeur sur la nature des méchants, personnalisés ici par un Liev Schreiber qui n’y croit pas une seconde (on a de la peine pour lui quand on sait qu’il est en même temps dans l’excellent Spotlight). Parmi les éléments devenus l’un des pires poncifs de ce sous-genre, l’idée de voir des enfants se faire transformer en machines à tuer est ici particulièrement malsaine tant le discours en faveur de l’auto-défense et du maniement des armes à feu manque de subtilité.

Mais le pire n’est pas dans la sous-intrigue entourant le conditionnement des ados par l’armée, et dont le personnage est campé par Nick Robinson (aperçu dans Jurassic World), mais bel et bien dans celle qui nous fait suivre Cassie. Pendant que ses amis se retrouvent conditionnés par des militaires, elle fait la connaissance du brave Evan Walker, qui répond à tous les archétypes du gentil héros américain (interprété par Alex Roe, dont la ridicule scène torse nu assurera l’adhésion des midinettes auxquelles s’adressent le film), impeccable sous tous rapports. Se tisse entre eux une relation qui elle-aussi répond aux normes les plus classiques de la partie « romantique » attendues d’une telle production infantilisante. Et, d’un coup d’un seul, suite à un rebondissement des plus rocambolesques qui survient en même temps que celui sur les militaires, ce personnage  se retrouve limité à des répliques dont la mièvrerie ferait passer tout ce qui a précédé pour du Baudelaire. Se multiplient alors de déplorables tirades sur « le pouvoir de l’amour et ses bienfaits pour sauver l’Humanité contre les aliens ». C’est ainsi que démarre un dernier tiers où tous les pires reproches que l’on puisse faire aux Hunger Games, Nos Etoiles Contraires et autres films pour teenagers américains se retrouvent condensés. Incohérences, sentimentalisme à l’eau de rose croupie, manque de crédibilité et de surprise, personnages caricaturaux et dialogues mal écrits… tout est là pour faire plonger ce film d’invasion dans les tréfonds de la crétinerie. Un niveau d’écriture qui s’accorde à merveille avec le peu de moyens que se donne la mise en scène plan-plan qui ne réussit à donner corps à aucun passage, aucune intensité ni émotions, le tout accompagné d’une bande originale lourdingue.

Plus le film avance, plus il s’effondre dans les travers le plus convenus et les plus naïfs de son scénario déjà-vu, qui ne réussit qu’à grossir la puérilité du roman dont il est tiré. Le résultat en est indubitablement le premier navet de cette année 2016 et la preuve que la formule young adult a atteint ses limites.

La 5ème vague – Fiche technique:

Etats-Unis – 2016

Titre originel : The 5th Wave
Réalisation: J Blakeson
Interprétation: Chloë Grace Moretz (Cassie), Alex Roe (Evan Walker), Zackary Arthur (Sammy), Nick Robinson (Ben Parish), Liev Schreiber (Colonel Vosch)…
Scénario: Susannah Grant, Akiva Goldsman, Jeff Pinkner d’après l’oeuvre de Rick Yancey
Musique: Henry Jackman
Montage: Paul Rubell
Photographie: Enrique Chediak
Décors : Jon Billington
Producteurs : Tobey Maguire, Graham King, Lynn Harris, Matthew Plouffe, Tim Headington
Production: Columbia Pictures
Distribution: Sony Pictures Releasing France
Durée: 117 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie: 27 janvier 2016

Stargate Universe saison 1 et 2 : critique série

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Deuxième série dérivée, Stargate Universe s’avère pourtant très différente de ses ainées. Un ton plus sombre et nettement moins d’humour, un design réaliste, une image magnifique, une continuité bien plus marquée, une série qui se concentre sur tout un équipage et non plus une équipe, moins d’exploration et plus de développement des personnages.

Synopsis : Dans la Voie Lactée, une base du SGC, ayant pour vocation à étudier le mystérieux 9ème chevron de la porte des étoiles, est attaquée par surprise. Le dernier chevron est finalement activé en catastrophe et les gens réunis autour du projet, militaires, civil et scientifiques, débarquent sur un très ancien vaisseau qui vogue à des milliards d’années-lumière, à destination des frontières de l’univers même. Totalement non préparés, sans équipement et pas du tout qualifiés pour une telle mission, ils vont pourtant devoir survivre en trouvant les ressources nécessaires sur d’autres planète, et surtout coopérer ensemble, ce qui ne sera guère évident pour une communauté constituée par la force des événements. Mais malgré les difficultés et le danger, tous prennent conscience qu’ils vivent une aventure unique.

Ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage

Une volonté d’innover

Une volonté marquée de se distinguer de SG1 et Atlantis. Une prise de risque dont on peut féliciter les créateurs, mais que malheureusement plusieurs fans n’ont visiblement pas appréciée, rebutés principalement par le manque d’humour et d’exploration. Ce qui est fort dommage car SGU excelle sur plusieurs points.

Luttes pour la survie, justice, espoir constituent des thèmes très intéressants et inédits pour la franchise. Outre le ton sombre, on assiste clairement à un effort de réalisation, tant au niveau de la musique (de vraies compositions sont utilisées, comme « Breath » de Alexi Murdoch, en plus de morceaux originaux signés par un Joël Goldsmith toujours en grande forme), que des images somptueuses de l’espace. Il y a quelque chose de majestueux à voir l’équipage accolé à la baie du vaisseau, admirer une nébuleuse ou contempler la couronne d’une étoile.

Des personnages complexes qui évoluent

Du fait des conditions particulières à sa formation, des problèmes de confiance et des conflits de pouvoir notamment ne tardent pas à apparaître. Difficile aussi pour une autorité de se faire respecter et d’être considérée comme légitime, lorsque les civils peinent à accepter une autorité militaire parfois instable et craignent pour leur sécurité, des dangers extérieurs comme des soldats eux-mêmes.

Moins lisses que ceux des précédentes séries (surtout Atlantis), les personnages apparaissent plus complexes, et dévoilent une évolution certaine.

Parmi eux on retrouve le colonel Young, qui en acceptant le commandement d’une base mineure n’avait pas signé pour de telles responsabilités écrasantes. Il est intègre mais cède un peu trop souvent à ses émotions. Son aptitude à diriger sera d’ailleurs souvent remise en cause. Principalement par le Dr Rush (Robert Carlyle, également maléfique et tourmenté Rumplestiskin dans Once upon a time), scientifique de génie, froid et rationnel, du genre à ne pas hésiter à sacrifier des personnes pour l’intérêt de tous. Une absence de compassion auquel vient s’ajouter une obsession dangereuse pour le mystère qui entoure le vaisseau, ce qui suscite la méfiance de Young. Mais son intelligence fait de lui un atout indispensable. Rush, par son rôle très ambigu, est sans contexte le personnage le plus intéressant de la série, et même de la franchise.

Les autres ne sont pas en reste mais ils sont trop nombreux pour être tous cités. Si parmi les jeunes personnages se créé un triangle amoureux, ce dernier reste très discret et traité avec pertinence sans qu’il ne prenne une place trop importante dans l’intrigue.

Durant la saison 2, l’évolution des personnages est notable, notamment dans les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Ceux qui s’affrontaient naguère commencent à agir ensemble comme des partenaires, même si la confiance reste encore fragile. Young affronte ses doutes, Eli, le jeune génie qui passait son temps à jouer à des jeux vidéo, accepte d’utiliser son talent, et Chloé la fille de sénateur, trouve finalement sa place.

Dans l’ensemble, en dépit des épreuves endurées et des conditions encore rudimentaires, chacun accepte la situation. Comme le dit un des scientifiques parlant au nom de tous, « je n’aimerais être à aucun autre endroit ». C’est que l’équipage vit en même temps une incroyable aventure, découvrant de nouveaux mondes, de nouvelles galaxies, contemplant de près de magnifiques étoiles.

Le vaisseau constitue également un personnage à part entière, et prend des décisions par lui-même pour le bien de l’équipage.

De nouvelles découvertes sur le fonctionnement du vaisseau, des rencontres avec des races aliens hostiles comme bienveillantes, prolongent l’intérêt de la saison 2. Une saison réussie donc, qui trouve même le temps de développer les personnages secondaires, bien que la multiplicité des intrigues nuise parfois au rythme.

Lien avec la Terre

L’équipage a la possibilité de contacter la Terre via les pierres de communication, pour s’entretenir avec les responsables ou bien parler à leurs proches. Mais malgré l’immense réconfort que cela peut leur apporter, cette technologie a ses limites : tout le monde n’a pas le niveau d’autorisation requis pour connaître la vérité, l’aide qu’ils peuvent offrir à leurs proches est limitée puisque n’étant pas physiquement présents, ils sont condamnés à les voir évoluer sans eux. Entre autre les couples finissent fatalement par se séparer. Une possibilité qui a parfois l’effet pervers de rendre l’éloignement encore plus pénible à supporter.

L’idée est intéressante, elle permet davantage d’intrigues via le lien avec la Voie Lactée, ainsi que de conserver une capacité d’identification propre à la franchise via ce lien avec notre monde. Mais elle a l’inconvénient de casser quelque peu avec l’isolement, en diminuant l’intensité de l’histoire par des scènes sentimentales un peu trop nombreuses. Défaut néanmoins surtout présent au début de la série, par la suite cette astuce scénaristique sert d’avantage l’histoire, comme le conflit avec l’Alliance Luxienne. A ce titre, les épisodes de fin de la première saison suscitent une intensité rarement égalée.

Reproches injustifiés

En plus de son changement de cap, Stargate Universe a subi d’autres critiques, notamment des trop fortes ressemblances avec Battlestar Galactica et Star Trek Voyager. A croire que certains aiment bien parler de copie dés que les séries partagent quelques caractéristiques communes sans chercher à voir plus loin… Concernant Battlestar Galactica, série culte de SF (et forcément référence facile), si les deux séries partagent effectivement la même ambiance sombre et une idée assez similaire (humains à la dérive dans un espace inconnu), SGU s’en diffère pourtant par de nombreux points : utilisation d’éléments classiques de la SF (aliens, voyage temporel, technologie avancée…) que Battlestar Galactica avait refusé d’utiliser pour innover le genre, ainsi que des personnages de notre monde. Stargate Universe a emprunté l’ambiance sombre et réaliste de Battlestar Galactica pour y ajouter ses propres éléments et les mélanger à sa sauce, c’est indubitablement une série différente. Elle reste fidèle au concept de la franchise : permettre le voyage dans les étoiles à notre époque, via des technologies avancées.

Changement de ton, ressemblances injustifiées, malgré ses qualités Stargate Universe a souffert de plusieurs handicaps dans son idée de départ. Ces reproches sont difficiles à comprendre d’autant que Stargate Universe réussit sur plusieurs points où Atlantis n’avait su réussir, amplifiant les défauts de SG1 sans bénéficier des mêmes qualités (mais ça c’est une autre critique): histoire centrée sur toute une communauté et non une équipe, un bâtiment Ancien qui se découvre petit à petit, (les interfaces avec notre propre technologie ne se font pas en un clin d’œil), mondes exotiques qui habitent d’autres écosystèmes que ces bonnes vieilles forêts de Vancouver…

Il est regrettable que tant de personnes privilégient le pur divertissement à une œuvre de qualité. Si Stargate Universe n’est pas irréprochable loin s’en faut, dire qu’elle n’aurait jamais dû exister comme il est possible de le lire sur internet paraît exagéré.

Une triste annulation

Pourtant avec le temps elle avait fini par être davantage appréciée, mais c’était sans compter sur la politique controversée de SyFy, qui en changeant le jour de diffusion de la série a provoqué une nette baisse des audiences sur la saison 2 (idem pour Caprica, autre série excellente victime de cette chaîne de plus en plus critiquée). Malgré toutes les protestations, le couperet est tombé, et c’est avec une grande tristesse que les fans de cette série incomprise ont dû se résoudre à voir une série très prometteuse se terminer prématurément, en plein sur sa lancée. D’autant que les scénaristes avaient un plan prévu sur 5 ans, avec la levée du mystère sur une intelligence présente dés le début de l’univers rien que ça ! Comment aurait encore évolué ces personnages qui avaient déjà bien changé depuis le début ? Nous ne le saurons jamais. Agréable consolation malgré tout : le dernier épisode s’achève sur une fin ouverte, ou l’équipage se cryogénise pour arriver dans une autre galaxie. Discours sur les épreuves endurées et les liens forts qui en ont résulté, l’équipage devenu une vraie famille, lumières qui s’éteignent, dernier regard sur les lueurs bleutés de la navigation en hyper-espace, un adieu émouvant en somme.

Stargate Universe: Fiche technique

Réalisateurs : Peter De Luise, Andy Mikita
Scénaristes : Carl Binder, Joseph Mallozzi, Paul Mullie, Robert C.Cooper, Brad Wright
Casting : David Blue : Eli Wallace ; Robert Carlyle : Dr Nicholas Rush ; Louis Ferreira : Col Everett Young ; Alaina Huffman : Sgt Tamara Johansen ; Elyse Levesque : Chloe Armstrong ; Ming-Na : Camille Wray ; Jamil Walker Smith : Sgt Ronald Greer ; Brian J. Smith (II) : Ltn Matthew Scott
Musique : Joel Goldsmith
Producteurs : Robert C. Cooper, Brad Wright
Société de production : MGM
Genre : Science-fiction
Chaîne de diffusion : Syfy
Nationalité : américaine, canadienne
Nombre d’épisodes : 40, 2 saisons
Durée : 42 minutes

Stargate Universe: Bande-annonce

Retrospective Danny Boyle : Trance, critique du film

Comme l’a prouvé la rétrospective Danny Boyle effectuée par plusieurs de nos rédacteurs, le réalisateur américain aime s’attacher à un univers clippesque, dans lequel vient se greffer un rythme effréné, laissant rarement le temps au spectateur de reprendre son souffle. Trance ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans cette droite lignée.

Synopsis : Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Si sur le papier, le scénario de ce long-métrage apparaît comme un énième film de faussaires bandits prêts à tout pour mettre la main sur le pactole, il n’en est rien. Certes, le vol du tableau de Goya, Le Vol des Sorcières, sert de toile de fond au film et fait de la première demie-heure de film un agglomérat de lieux-communs, mais Danny Boyle se penche davantage sur l’hypnose, et sur la manière dont l’hypno-thérapie peut être retranscrite à l’écran. Comment filmer l’état second d’une personne ? Comment donner corps à cet état de « transe » que traverse Simon lors de ses séances d’hypnothérapie ? Beaucoup d’interrogations pour de très belles réponses de la part du réalisateur.

Danny Boyle a su imposer son style, n’en déplaise à beaucoup. Le réalisateur tend à concilier fond et forme, et avec Trance, impossible de dissocier l’un de l’autre. L’image de son directeur de la photographie, Anthony Dod Mantle, avec qui il avait travaillé sur 127 heures, 28 jours plus tard ou encore Slumdog Millionnaire, émerveille comme elle intrigue : jeux de couleurs, surcadrages ou variations des valeurs de plans, n’hésitant pas à briser certaines normes cinématographiques, font partie intégrante du travail issu de la collaboration entre les deux hommes.
Mais ne serait-ce pas trop ? La question mérite d’être posée. Si Danny Boyle tente coûte que coûte de magnifier ces faits par une image léchée, s’en dégage une sensation de trop plein, comme si Trance n’était qu’un magazine d’effets visuels, afin de montrer de quoi le réalisateur est capable.Cependant, les choix esthétiques s’avèrent justifiés et sont en adéquation avec la tension progressive qui émane du film.

Côté casting, on compte un « frenchie » dans l’équipe, en la personne de Vincent Cassel. Son personnage ne peut que rappeler celui de François Toulour « le renard de la nuit », qu’il endossait dans Ocean’s Twelve et Ocean’s Thirteen de Steven Soderbergh. Sinon, Cassel fait du Cassel, tantôt désagréable, tantôt plus juste, alternant entre mine de gangster et carrure de bel homme. Le personnage de Vincent Cassel aime les femmes et le fait savoir. Il aime avoir le contrôle et n’hésite pas à faire comprendre qu’il est un homme de pouvoir, n’hésitant pas à user de la violence pour parvenir à ses fins.
Autre personnage clé, Simon, incarné par James McAvoy, acteur britannique. Par un jeu frôlant la folie et la sournoiserie, Simon se révèle être un personnage que l’on cerne difficilement. Manipule-t-il la bande de Cassel ? Est-il amoureux ou est-ce sa mémoire qui lui joue des tours ? Impossible de définir qui est Simon, tant il s’avère être ambigu, que ce soit dans sa manière d’agir ou dans ses séances d’hypnothérapie. James McAvoy donne donc vie de la plus belle des manières à un personnage qui interpelle le spectateur. Mais Danny Boyle sait également s’entourer des meilleures actrices américaines. Ainsi, Rosario Dawson est la révélation du film. Par son charme et un jeu permettant un personnage sans artifice, la comédienne qui a débuté au cinéma avec Larry Clark épate et enthousiasme le spectateur. Même si elle s’avère minoritaires, plongée dans un univers que l’on qualifiera de masculin, Rosario Dawson parvient à prouver que les femmes ont un impact sur la gente masculine et qu’elles ne sont pas prêtes à se laisser faire ! Danny Boyle s’entoure donc d’un casting de choc, mais attention, le film est à voir en version originale étant donné que la version française fait perdre toute crédibilité aux différents personnages, qu’ils soient minimes ou majeurs !

Enfin, Trance est un film à twist, comme bon nombre de films à l’instar du cultisme Usual Suspects de Bryan Singer ou encore Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Le twist final d’un film emporte rarement l’adhésion totale du public, et dans Trance, il s’avère qu’il déçoit. La tension palpable, qui ne fait que s’intensifier, laisse présager un final grandiose, et pourtant, ce n’est pas le cas. Toutefois, cela est une question d’interprétation et d’appréhension de la pellicule, certains verront en ce twist final un véritable coup de maître.

Trance a donc toute sa place dans la filmographie de Danny Boyle. Rythme effréné et réalisation léchée, accompagnés d’un casting de choix, font de cette œuvre un film haletant, mais qui ne renouvelle pas pour autant le film de faussaires, seule l’appréhension psychologique étant vraiment intéressante.

Fiche technique : Trance

Réalisateur : Danny Boyle
Interprétation : Vincent Cassel, James McAvoy, Rosario Dawson, Danny Sapani, Tuppence Middleton
Bande originale : Rick Smith
Scénario : Joe Ahearne, John Hodge
Photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Jon Harris (II)
Directeurs artistiques : Katrina Dunn, Denis Schnegg, Su Whitaker
Décor : Mark Tildesley, Dominic Capon
Costume : Suttirat Anne Larlarb
Producteurs : Danny Boyle, Christian Colson
Production : Cloud Eight Films, Film4
Distributeur France : Pathé Distribution
Durée : 101 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie France : 8 mai 2013

Tokyo Olympiades, un documentaire de Kon Ichikawa: Critique

Tokyo Olympiades, c’est la transcription cinématographique de ce que le sport apporte dans notre vie sociétale, une forme de synergie populaire où l’accent est mis sur le plaisir et la communion entre les êtres malgré leurs différences.

Synopsis : Le film est consacré aux Jeux Olympiques d’été de 1964 qui ont eu lieu à Tokyo. L’objectif du réalisateur, Kon Ichikawa est de lier le Septième Art au Sport, sans oublier de mettre en avant les bénéfices à différents points de vue d’un événement planétaire tel que les Jeux Olympiques.

Une initiation pour 2020

Cette œuvre parvient avec sa justesse technique à nous faire replonger dans une Olympiade qui s’est déroulée il y a plus de la moitié d’un siècle. Le sport est bien sûr mis sur un piédestal mais ce qui différencie ce documentaire des autres productions commerciales c’est sa capacité à aller au-delà de l’aspect sportif.

L’objectif est de promouvoir les bienfaits du plus grand événement planétaire, les Jeux Olympiques. Cohésion, entraide, objectifs communs, renforcement de son identité, éthique, sont autant de qualités-thématiques abordées qui font de cette œuvre un véritable symbole de paix.

Ces caractéristiques énumérées précédemment vous paraîtront sans doute banales voire sans originalité particulière je le conçois. Mais, encore faut-il être capable de trouver un réalisateur qui soit capable de nous faire vibrer et ressentir cette passion des êtres. Sur ce point on retrouve la qualité majeure des films japonais, la retranscription des sentiments.

Autant du point de vue de la population que des sportifs, on ressent cette forme d’accomplissement de l’athlète d’aller au bout de soi-même après 4 ans de préparation pour parfois une fraction de seconde le moment T, ou pour le spectateur qui s’émancipe au travers de la performance des athlètes qui lui font vivre une expérience personnelle propice à son bien-être passager, donc implicitement à son émancipation, qui viendra elle-même impacter son engagement dans la vie sociétale. D’où ce sentiment pendant les JO de fédérer une nation.

De ce documentaire, les connaisseurs n’obtiendront pas des connaissances sportives supplémentaires, mis à part découvrir de nouveau certaines nouvelles facettes du peuple japonais. Mais, en tant que fan inconditionnel de sport on ne peut qu’être satisfait d’avoir visionné enfin une œuvre digne de son nom dans le registre.

Vous vous demanderez surement au vu de ces éloges pourquoi seulement un 3,5 ? Parce que lorsque l’on visionne les Dieux du Stade réalisé en 1938 en marge des JO de Berlin, on s’aperçoit que d’autres thématiques auraient pu être mieux exploitées, notamment le côté jusqu’au-boutiste des athlètes pour réaliser leurs rêves. Le second reproche concerne l’entame du documentaire assez maladroite, très traditionnelle, un peu théâtralisée avec certaines longueurs. Enfin, malgré la grande justesse technique d’Ichikawa, lorsque l’on voit ce qu’était capable de faire Riefenstahl dans les années 30, on se dit qu’il y avait mieux à faire par moment. Il y a une certaine répétition dans l’esthétisme du documentaire qui finit par ne plus impressionner le spectateur au fil des heures.

Ceci dit, nous ne sommes vraiment pas surpris de le voir dans les documentaires à visionner dans les 1001 films avant de mourir (référence pas absolue, mais tout de même) car cette œuvre a d’innombrables qualités. Ce documentaire parvient à nous rendre spectateur et à nous faire revivre des émotions passées, et surtout à dresser un tableau exceptionnel des bienfaits du sport partant de la plus petite échelle (un individu) à un plus grand panel visant l’universalité.

Après avoir vu ce documentaire le spectateur a véritablement hâte de voir ce que donneront ces JO en 2020, en espérant que d’ici là cette œuvre soit plus visionnée, et surtout que le Comité Olympique Japonais nous trouve un nouveau Ichikawa pour retranscrire de nouveau les JO du Pays du Soleil Levant, 56 ans après.

Tokyo Olympiades: Fiche Technique

Titre original :東京オリンピック, Tōkyō Orinpikku
Réalisation : Kon Ichikawa
Photographie :Kazuo Miyagawa
Pays d’origine : Japon
Genre : Documentaire
Durée : 2 h 50
Date de sortie :28 juillet 1965
Film présenté hors compétition au Festival de Cannes 1965

Auteur : Adrien Lavrat

La Tour 2 Contrôle Infernale, un film d’Éric Judor : Critique

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Cela faisait 15 ans que les fans s’interrogeaient sur le devenir des laveurs de carreaux les plus connus du cinéma français. 15 ans à se demander ce que sont devenus Marie-Joëlle ou « Machin ». En 2016, Eric Judor entreprend le pari osé d’une suite de La Tour Montparnasse Infernale avec La Tour 2 Contrôle Infernale.

Synopsis : Octobre 1981. Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest…

Toutefois, il ne s’agit pas ici d’une suite, mais d’un prequel. Ainsi, le comparse de Ramzy Bedia nous fait découvrir l’histoire des pères des protagonistes du premier opus, les pères étant interprétés par Eric et Ramzy, pour le travail de ressemblance. La Tour Montparnasse Infernale était une affaire de goût : alors que certains voyaient en ce film un navet aux dialogues et péripéties nauséeux accompagné de personnages stupides et stériles, d’autres appréhendaient le long-métrage comme une comédie mythique, aux répliques cultes, d’une absurdité qu’il était agréable de voir. Ainsi le débat était lancé. Comment envisager la suite ? Eric et Ramzy sauront-ils préserver le « niveau » du premier opus et maintenir une lignée humoristique qui leur est propre ou sombreront-ils dans un excès d’imbécilité qui ne pourra que décrédibiliser La Tour Montparnasse Infernale ?Même s’il s’avère bien différent du premier, La Tour 2 Contrôle Infernale peut-être considéré comme une bonne suite de la part du duo comique.

Anti-Eric et Ramzy, passez votre tour. L’humour du duo est absurde, sans réel sens. En brisant le 4ème mur et par des comiques de situation et de répétition, le fan inconditionnel du premier film parviendra à retrouver l’esprit du premier opus. Mais tout l’humour du film ne repose pas uniquement sur Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk (Eric et Ramzy). Les dialogues entre le ministre (Grégoire Oestermann) et sa conseillère (Marina Foïs) sont tout à fait jouissifs – en accord avec l’époque du film, les années 80. Ceux-ci, à propos des choix du ministre, passionné de musique et souhaitant instaurer la « Fête de la musique » -, se présentent comme incongrus et s’avèrent inénarrables, tant ils sont absurdes et emplis de continuelles touches humoristiques. Toutefois, l’humour prend légèrement moins bien, certaines vannes tombant quelque peu « à plat ». Pour compenser, certaines scènes sont extrêmement drôles et bien plus réfléchies qu’elles n’y paraissent. Philippe Katerine, accompagné de sa bande de « Moustachious », parvient à tirer son épingle du jeu et se révèle être la bonne surprise de ce prequel. Défauts de prononciation et faits acerbes définissent un personnage haut en couleur, peut-être le plus intéressant du film. Mais si le film ravit par son casting, c’est également parce qu’une bonne partie des acteurs du premier film se retrouvent dans ce nouveau projet. Ainsi, nous redécouvrons Serge Riaboukine dans la bande des Moustachious, mais également Marina Foïs incarnant La Conseillère du Ministre, enceinte de la future et culte « Marie-Joëlle », ou encore le père de Peter Mc Calloway, ici nommé Jean-Peter Mc Calloway. (À savoir que Peter Mc Calloway est l’idole ultime du personnage qu’incarne Ramzy dans La Tour Montparnasse Infernale). En parlant de Ramzy, il est important aussi de souligner qu’il est bien moins bon que ne peut l’être Eric. Alors que le personnage de ce dernier est toujours aussi « débile » et « mongole », comme il aime à l’appeler, celui de Ramzy est bien plus superficiel. Le jeu d’acteur de Ramzy reste en surface, comme s’il n’osait plus se donner un genre « bêta », comme s’il n’assumait plus le caractère idiot de son personnage. Dommage, sachant que le film repose sur la complicité du duo.

Cependant l’absurde ne se cantonne pas aux dialogues ou aux situations engendrées par les personnages du film. La réalisation d’Eric est à la merci du métrage, se dévoilent des partis pris techniques totalement rocambolesques et pourtant singuliers à l’ambiance du film que parvient à instaurer Eric Judor. Effets de montage, générique au milieu du film ou gros plan jusque dans les narines de Philippe Katerine viennent rompre avec l’action du film, pour prolonger le comique instauré par le réalisateur ; n’en déplaise aux spectateurs qui ne sauront que se fendre la poire devant de tels choix qui paraissent bêtes de prime abord, mais qui sont en réalité de magnifiques prolongements de l’absurdité ambiante de La Tour 2 Contrôle Infernale.

La Tour 2 Contrôle Infernale est donc plutôt une réussite, même si moins convaincante que son prédécesseur. Le duo comique convoque la même folie dans le scénario, malgré des touches humoristiques différentes. Les fans pourront s’y retrouver, alors que les haters d’Eric et Ramzy continueront de penser que le duo comique ne parvient qu’à nous proposer des films d’une lourdeur sans nom. La Tour 2 Contrôle Infernale réussira-t-il à être aussi culte que son ainé dans la force de ses répliques ? Avis aux amateurs !

Fiche technique : La Tour 2 Contrôle Infernale

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Éric Judor
Interprétation : Ramzy Bedia, Éric Judor, Philippe Katerine, Marina Foïs, Serge Riaboukine, William Gay, Grégoire Oestermann, Lionel Beyeke…
Scénario : Éric Judor, Ramzy Bedia
Producteurs : Alain Goldman
Maison de production :
Distributeur : Legende Distribution
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie

Leonardo DiCaprio, Brie Larson & Spotlight : grands vainqueurs des SAG Awards 2016

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Leonardo DiCaprio, Brie Larson et Spotlight encore primés : un bon indice pour les Oscars ?

Ils étaient nombreux hier soir, samedi 30 janvier, à défiler sur le red carpet du Shrine Auditorium à Los Angeles. Les héros de la télévision, ceux de Game of Thrones notamment, ont côtoyé les stars du grand écran pour assister aux résultats des SAG 2016 : Leonardo DiCaprio avec à son bras Kate Winslet, Ben Kingsley, Julianne Moore, Kit Harrigton et Emilia Clarke, Nicole Kidman, Brie Larson, Jim Parsons, Naomi Watts ou encore Rachel McAdams pour ne nommer qu’eux. Si Idris Elba a raflé deux récompenses, c’est sans grande surprise que Leonardo DiCaprio et Brie Larson ont remporté les prix des meilleurs acteur et actrice de cinéma et que Spotlight s’est vu décerner le prix de la meilleure distribution. Les Critics Choice Awards avaient déjà fait ce choix le 17 janvier (nous leur avions consacré un article ici), ce qui nous donne un aperçu de ce que pourraient être les Oscars le 28 février – même si force est de constater qu’hier les acteurs de couleur étaient à l’honneur…

Les primés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie cinéma :

Meilleur acteur :
LEONARDO DiCAPRIO / Hugh Glass – “THE REVENANT” (20th Century Fox)

Meilleure actrice :
BRIE LARSON / Ma – “ROOM” (A24)

Meilleur acteur dans un second rôle :
IDRIS ELBA / Commandant – “BEASTS OF NO NATION” (Netflix)

Meilleure actrice dans un second rôle :
ALICIA VIKANDER / Gerda Wegener – “THE DANISH GIRL” (Focus Features)

Meilleure équipe d’acteurs :
SPOTLIGHT

Les primés aux Screen Actors Guild Awards par catégorie télévision :

Meilleur acteur de série ou téléfilm :
IDRIS ELBA / DCI John Luther – “LUTHER” (BBC America)

Meilleure actrice de série ou téléfilm :
QUEEN LATIFAH / Bessie Smith – “BESSIE” (HBO)

Meilleur acteur de série dramatique :
KEVIN SPACEY / Francis Underwood – “HOUSE OF CARDS” (Netflix)

Meilleure actrice de série dramatique :
VIOLA DAVIS / Annalise Keating – “HOW TO GET AWAY WITH MURDER” (ABC)

Meilleure acteur de série comique :

JEFFREY TAMBOR / Maura Pfefferman – “TRANSPARENT” (Amazon)

 

Meilleure actrice de série comique :
UZO ADUBA / Suzanne “Crazy Eyes” Warren – “ORANGE IS THE NEW BLACK” (Netflix)

Meilleure équipe d’acteurs dans une série dramatique :
DOWNTON ABBEY

Meilleure équipe d’acteurs dans une série comique :
ORANGE IS THE NEW BLACK

Meilleure équipe de cascadeurs dans un film :
MAD MAX: FURY ROAD” (Warner Bros. Pictures)

Gaycation, le docu-série engagé de Ellen Page

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Gaycation : un documentaire sur les droits de la communauté LGBT porté par Ellen Page

Outre ses talents d’actrice incontestables, Ellen Page est une jeune femme intelligente et combative, une activiste du bonheur et de l’amour comme elle le laissait entendre il y a deux ans lors de son Coming Out.  Actuellement à l’affiche de Free Love, une romance au caractère militant avec Julianne Moore, la jeune actrice est aussi aux commandes d’une série documentaire LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) : Gaycation.

Jusqu’en août 2015, Ellen Page et son ami, le cinéaste et journaliste Ian Daniel, ont parcouru le monde à la découverte des cultures LGBT, faisant honneur à cette communauté chaleureuse mais opprimée, pointant du doigt les détracteurs, n’hésitant pas à aller à la confrontation comme avec le sénateur Cruz en plein Barbecue ! Du Japon au Brésil en passant par la Jamaïque, les deux instigateurs sont partis à la rencontre de personnages incroyables pour recueillir leur histoire, leurs confessions dans une série de reportages.

Invitée du Grand Journal le 15 janvier 2016, Ellen Page a expliqué ses motivations quant à la réalisation de Gaycation notamment dans la défense des droits de la communauté LGBT : « Il reste encore un combat à mener. Dans de très nombreux états, on peut encore être licencié parce qu’on fait partie de la communauté LGBT et les femmes ‘Trans’ aux Etats-Unis ont une espérance de vie de 35 ans. Il faut donc bien comprendre qu’il existe toujours des problèmes évidents d’égalité. »

Le premier épisode de Gaycation sera diffusé 2 Mars 2016 à 22 heures sur Viceland, la chaîne TV de la plate-forme de journalisme d’investigation Vice.

Rétrospective Danny Boyle : Slumdog Millionaire

Avant de pouvoir écrire une critique de ce film, il est nécessaire de rappeler qu’il a tout de même remporté 4 golden globes et 8 oscars, dont celui du meilleur film, en 2009. Slumdog Millionaire est l’adaptation britannique d’un roman indien très célèbre de Vikas Swarup : « Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire ».

Danny Boyle, le metteur en scène de Trainspotting, relève le défi de traduire les contradictions d’un pays en pleine mutation. Il ambitionne de parler de l’Inde d’aujourd’hui, pays difficile à cerner (cf. Documentaire de Louis Malle L’inde Fantôme), de ses affrontements reli­gieux à ses trafiquants d’enfants.

Toutefois son erreur est de vouloir néanmoins montrer un pays joyeux malgré toute cette pauvreté, où deux orphelins affamés peuvent s’amuser comme des fous sur le toit d’un train en marche, et où peut fleurir une extraordinaire histoire d’amour en plein cœur des bidonvilles.

Quelque chose dérange dans ces images et ce récit invraisemblable souligne au contraire, involontairement, la cruauté d’une réalité bien plus triste.

Aussi stylisée que décorative, la mise en scène tente de renouer avec le bouillonnement créatif de ses premiers longs métrages. En effet les partis pris esthétiques sont nombreux et très éclectiques. Beaucoup de plans originaux, une caméra agitée et nerveuse qui bouge sans cesse et surtout un énorme travail sur la colorimétrie. Slumdog Millionaire pêche principalement par son exagération perpétuelle

Le fait d’esthétiser la pauvreté, donne alors une vision très superficielle et mercantile. La pauvreté, la mort, se veulent belles par l’utilisation de couleurs accentuées, un montage au rythme effréné, et une bande son oppressante et omniprésente. Mais tout cela ce n’est pas la réalité, ce ne sont que des enchevêtrements d’artifices. La misère et la laideur sont enveloppées dans un déguisement rutilant et aseptisé, autant de choix esthétiques qui mettent le spectateur à distance, qui le privent d’un réel qu’ils méritent de voir.

Par ailleurs, les effets de mise en scène sont décuplés par un scénario qui cultive lui aussi l’artifice et la surenchère.

Le film est en fait divisé en de multiples saynètes sans rapport les unes avec les autres, interrompues par une nouvelle question – prétexte à un nouveau sujet –, où Danny Boyle veut tantôt dénoncer la misère, tantôt rendre hommage au folklore indien. Son développement narratif, suivant toujours le même schéma, ne laisse place à aucune surprise et lasse rapidement. Il en résulte un film confus, intéressant à certains égards mais somme toute décevant.

En somme, un sommet de mièvrerie beaucoup trop kitsch, pour une success story exotique calibrée pour remporter un maximum d’oscars et faire tirer aux spectateurs quelques larmes.

En comparaison avec les meilleurs films oscarisés des années précédentes, un sentiment de légèreté semble prendre le dessus. Pour ne citer qu’eux No country for old men des frères Coen et Les infiltrés de Martin Scorsese les années précédentes.

Synopsis : Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les bidonvilles de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’émission « Qui veut gagner des millions ? ». Il n’est plus qu’à une question de la victoire lorsque la police l’arrête sur un soupçon de tricherie.
Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d’où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu’il a perdue.
Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision ? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante.

https://www.youtube.com/watch?v=MLI_u2DkSYk

 Slumdog Millionaire – Fiche technique :

Réalisation : Danny Boyle
Interprétation : Dev Patel, Freida Pinto
Scénario : Simon Beaufoy, d’après le livre « Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire » de Vikas Swarup
Musique : A.R. Rahman
Montage : Chris Dickens
Photographie : Anthony Dod Mantle
Décors : Mark Digby
Producteur : Christian Colson
Production : Celador Films et Film4 Productions
Distributeurs : Pathé
Durée : 120 minutes
Genre : Drame

Auteur : Clement Faure