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Steve Jobs, un film de Danny Boyle : Critique

Muni d’une pré-production assez chaotique qui connut passation de droits, changement de réalisateur et d’acteurs, devant être initialement dirigé par David Fincher et incarné par Christian Bale, le film connut presque 4 années de difficultés avant de pouvoir enfin voir le jour.

Synopsis : Découpé en trois parties se déroulant dans les minutes précédant les lancements médiatiques respectifs du Macintosh 128K, du NeXT Computer et de l’iMac, le film imagine – essentiellement par des dialogues – les discussions et conflits que Steve Jobs (Michael Fassbender) a eus avec ses proches dans ces moments-clé, en particulier avec Joanna Hoffman (Kate Winslet), la responsable marketing, Steve Wozniak (Seth Rogen), son associé des débuts, John Sculley (Jeff Daniels), le PDG d’Apple, et sa fille Lisa.

Closed System

Pourtant l’arrivée de ce Steve Jobs version Danny Boyle ne fait pas que des heureux, entre ceux qui regrettent le départ de Fincher et n’aiment pas le style de Boyle ou encore ceux qui doutent du choix de Michael Fassbender dans le rôle titre ainsi que ceux qui s’interrogent sur l’utilité d’un second biopic sur Jobs peu de temps après un premier très anecdotique. Tout cela peut donc expliquer le fait que le film n’ait pas connu un franc succès au Box Office américain alors qu’il est probablement un des biopics les plus originaux de ces 6 dernières années, le dernier en date étant peut être 127 Hours déjà réalisé par Boyle.

Le scénario écrit par Aaron Sorkin, déjà scénariste du très réussi The Social Network de Fincher, prend l’approche originale et bien vue de ne pas retracer le parcours professionnel et personnel de Jobs mais de s’ancrer dans trois moments importants de son histoire. Découpé en trois grosses scènes à trois différentes époques, 1984, 1988 et 1998, chacune se déroulant dans les coulisses avant le lancement d’un nouveau produit et se déroulant en temps réel, même si renvoyant parfois à quelques flashbacks pour évoquer la genèse des relations entre certains personnages, le film s’intéresse à analyser les créations de l’homme dans une approche symbolique et romancée plus qu’à l’homme en lui-même. Il prêtera cependant beaucoup d’attentions à sa personnalité très renfermée et ses plus gros défauts, étant un opportuniste manipulateur qui tire profit des autres, mais le regard porté sur lui est plus sur la personnalité fantasmée qu’il s’est créée plutôt que sur le « vrai » lui. L’ensemble parle donc de création et de transmission, que ce soit de l’image personnelle presque fictive transmise au public et à l’entourage, des avancées technologiques transmises au peuple etc. Tout ça passera surtout par l’exploration de ses relations à travers les trois époques se cristallisant principalement dans la relation qu’il entretient avec sa fille qu’il a d’abord refusé de reconnaître. Sorkin va se servir de ça pour créer des liens et s’intéresser à son obsession des systèmes fermés, un système que l’utilisateur ne peut pas modifier par lui-même, ce qu’est au final Steve Jobs, un homme renfermé sur lui-même qui n’écoute personne et se révèle borné. Au fil des trois séquences, les mêmes personnages et problèmes reviennent sur le tapis, ce qui d’un point de vue narratif peut engendrer une certaine répétitivité, notamment entre le premier et dernier acte. Un dernier acte qui est d’ailleurs moins maîtrisé et qui cède à beaucoup de facilités et lourdeurs simplifiant son propos pour tomber dans une « happy end » bien pensante qui dénote un peu avec le reste.

Cependant même si d’un point de vue narratif, le film à ses défauts, c’est sur sa partie symbolique qu’il se montre admirable dans la densité des sujets qu’il aborde. Que ce soit l’aspect christique de Steve Jobs totalement assumé, le montrant comme un gourou qui galvanise les foules, les poussant à l’admiration et à l’hystérie ou dans la manière de présenter l’homme comme il présente ses créations. Ici Jobs est une création divine, un « système » fermé qui ne connait que peu de changements mais qui pourtant se verra optimisé à travers son attachement à sa fille. On le verra rentrer en conflits avec les mêmes personnes, souvent pour des sujets similaires et on prend conscience que pour un homme cherchant l’innovation, il ne va pas en avant et se tourne résolument vers le passé. A travers lui, le scénario pousse une réflexion qui le dépasse et qui trouve un écho universel sur la croyance, la transmission et la mélancolie marchant aussi comme un portrait acerbe de l’Amérique suprémaciste. Parler de l’image d’un homme dans laquelle chacun peut se refléter tout en étant capable de rester très intime dans son portrait de Jobs, c’est là tout l’aspect brillant de l’écriture d’Aaron Sorkin. Surtout que misant sur une approche très théâtrale, il a écrit une quantité assez phénoménale de dialogues, le film étant très verbeux, et ceux-ci se montrent d’une intelligence rare. Souvent ironiques et lourds de sens, ces dialogues sont un vrai régal arrivant à nous happer dans des conflits qui parfois nous dépassent quand on n’est pas spécialisé dans l’informatique car ils se montrent très exigeants et ne facilitent pas le confort du spectateur à certains moments. L’écriture de Sorkin, comme Steve Jobs et ses créations, est un système fermé mais qui se révèle passionnante spécialement dans son utilisation du « walk and talk ».

Le film est habité par un casting exceptionnel qui rivalise de talent pour tenir la comparaison face à Michael Fassbender qui incarne totalement son personnage. Même s’il ne ressemble pas physiquement à Jobs, il en a compris l’essence et se place dans les chaussures du personnage avec aisance offrant un travail de composition assez phénoménal. Il est un sérieux prétendant à l’Oscar. Et en face de lui, Kate Winslet est absolument parfaite de justesse tout comme Jeff Daniels, ici au sommet, et un excellent Seth Rogen qui retranscrit la personnalité de son personnage avec subtilité et une sobriété admirable. Il n’y a vraiment aucune fausse note dans ce casting qui mérite toutes les éloges même pour les rôles plus anecdotiques comme pour celui de Katherine Waterston qui est un peu effacée mais l’actrice retransmet les troubles de son personnage à la perfection.

La réalisation est techniquement irréprochable que ce soit dans le montage qui retranscrit à merveille le rythme des dialogues, arrivant même à rendre lisible un montage alterné entre deux scènes pourtant très dense même si ce procédé devient légèrement répétitif dans sa deuxième utilisation, la photographie très esthétisée qui permet un rendu très brut, assez proche de ce qu’avait déjà fait Boyle avec 127 Hours et Trance tandis que la bande originale se montre enivrante et inspirée. Pour sa mise en scène Danny Boyle continue dans la lignée de ses deux précédents films, avec une approche consciencieuse et distordue jouant avec les focales et la profondeur de champs mais aussi favorisant des cadrages penchés évoquant souvent les rapports de force et les changements chez le personnage. D’ailleurs Boyle calme un peu son style malgré quelques plans qui revoient à ses tics les plus courants mais mise sur une approche plus terre à terre et moins esthétisée pour jouer sur le métaphorique. S’appropriant un style plus théâtral, voire même opératique, il enferme son personnage dans le cadre sans possibilités de fuite favorisant les couloirs étroits, le plaçant sous un toit etc. Il fait en sorte qu’il soit toujours encadré, comme un système fermé, il le suit à coup de plans séquences et de travellings pour la plupart du temps et pense sa mise en scène autour de ce principe d’enfermer son personnage pour un rendu aux bordures de cadre très marqués. On est face à quelque chose de très carré et qui se libère au fur et a mesure que le personnage se rapproche de sa fille, avec un dernier acte jouant beaucoup plus sur les espaces faisant respirer son personnage, l’ensemble se montrant assez bien pensé et habilement exécuté.

Steve Jobs est tout simplement un film monstre. Une œuvre d’une densité et d’une intelligence qui donne le vertige même si elle a une certaine tendance à l’autisme, se montrant très exigeante à aborder. Surtout que parfois il est plus passionnant dans ce qu’il évoque que dans ce qu’il raconte, se montrant plus pertinent dans son symbolisme que dans son aspect narratif. Néanmoins on ne peut que reconnaître que l’écriture de Sorkin est brillante, arrivant à moderniser et à tirer d’un genre classique et éculé comme le biopic, un ensemble diablement original et immersif. Le tout étant soutenu par un casting grandiose et une réalisation minutieuse de Danny Boyle qui s’accorde à l’approche très théâtrale de Sorkin tout en gardant le style si particulier du cinéaste. Steve Jobs est donc une belle réussite pour un projet qui aurait pu être bancal et assurément un très bon film.

Steve Jobs : Bande-annonce

Fiche technique : Steve Jobs

Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Aaron Sorkin, d’après la biographie Steve Jobs de Walter Isaacson
Interprétation : Michael Fassbender (Steve Jobs), Kate Winslet (Joanna Hoffman), Seth Rogen  (Steve Wozniak), Jeff Daniels (John Sculley), Katherine Waterston (Chrisann Brennan, petite-amie de Steve)…
Décors : Gene Serdena
Costumes : Suttirat Anne Larlarb
Montage : Jon Harris
Musique : Daniel Pemberton
Photographie : Alwin H. Küchler
Production : Guymon Casady, Christian Colson, Mark Gordon et Scott Rudin
Société de production : Management 360, The Mark Gordon Company et Scott Rudin Productions
Société de distribution : Universal Pictures France

Etats-Unis – 2015

Anomalisa, de Duke Johnson et Charlie Kaufman : Critique

Charlie Kaufman a l’habitude de signer des scénarios intriguants. On se souvient notamment de Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, de Dans la peau de John Malkovich et Adaptation, tout deux de Spike Jonze. Anomalisa ne fait pas exception à la règle.

Synopsis: Anomalisa, c’est le nom de cette parenthèse dans la vie de Michael Stone. Michael Stone, c’est cet homme qui doit aller donner une conférence dans une ville lointaine de l’Ohio, loin de sa famille qui est restée à Los Angeles. Lisa, c’est la fille que Michael Stone va rencontrer un soir dans son hôtel et qu’il va renommer Anomalisa. Anomalisa, c’est la contraction entre anomalie et Lisa.

Intriguant, ce film l’est, tant par son sujet (on connaît Kaufman pour ses scénarios perturbés) que par sa forme. C’est en effet l’animation en stop-motion qui a été choisie par les deux réalisateurs, avec pourtant des visages au rendu réaliste, qui offrent ainsi un rendu très fin des expressions. Et pourtant, ce n’est pas pour rien que d’ordinaire les personnages en stop-motion ont les traits grossis, à l’instar de Wallace et Gromit. L’exagération des expressions des figurines en stop-motion permettent une meilleure compréhension des sentiments exprimés (et l’on retrouve d’ordinaire l’amalgame simplification égale pour les enfants).

Ici ce n’est pas le cas, les personnages d’Anomalisa peinent à transmettre leurs émotions. Ce n’est toutefois pas dérangeant puisque d’une part le film n’en reste pas moins drôle, car les passages comiques le sont essentiellement par les gestes ou la situation, et d’autre part cela sert le film, puisque le film parle d’un homme qui n’arrive plus à créer du contact avec les autres. En plus de ce réalisme étrange, les visages des figurines sont fait de telle sorte que l’on aperçoit les traits de jonction des parties, comme si on pouvait interchanger les visages des personnages entre eux. Seul le personnage principal se distingue des autres, Michael Stone, mais aussi la fille qu’il va rencontrer, Lisa. Elle est singulière. Ce qui distingue Lisa des autres, c’est la cicatrice qu’elle tente de cacher. C’est aussi sa voix qui est remarquable et singulière. Non pas parce qu’elle est féminine, mais parce que toutes les autres voix sont masculines et sensiblement identiques (puisque c’est celle du même acteur), à l’exception de celle de Michael Stone.

Le monde dans lequel vit Michael Stone est un monde lassant, pétri de formalismes. Les rapports qu’il entretient avec les autres sonnent faux et surfaits, même la conversation avec sa femme au téléphone. En rencontrant un être unique, unique pour lui, il va vouloir rompre avec son quotidien et chercher à se surprendre et essayer de profiter des plaisirs simples. Mais cela ne va pas être arrangé par ce qu’il décrit comme des troubles psychologiques, sans donner plus de précision. De notre côté, on ne peut pas ne pas penser, à Barton Fink des Coen ou bien sûr Shining de Kubrick, avec ces plans de couloirs d’hôtels interminables, et qui tendent non pas vers un lieu maléfique mais du moins angoissant et oppressant. C’est en effet ce qui se retrouve dans le cinéma de l’étrange de Charlie Kaufman. Ses personnages sont des êtres qui, las, veulent sortir de leur quotidien par l’imaginaire ou l’improbable, avant le retour au statut quo. Ainsi, tout cela n’était qu’une parenthèse, une anomalie.

Bande-Annonce: Anomalisa

Anomalisa – Fiche technique

Date de sortie : 3 février 2016
Réalisateur : Duke Johnson et Spike Jonze
Nationalité : Etats-Unis
Année : 2016
Durée :  90 min
Scénario : Charlie Kaufman
Voix : Jennifer Jason Leigh, David Thewlis, Tom Noonan
Musique : Carter Burwell
Photographie : Joe Passarelli
Montage : Garret Elkins
Maisons de production : Paramount Animation et Starburns Industries
Distribution (France) : Paramount Pictures
Récompenses : Lion d’Argent 2015. Le film est également nommé aux Oscars 2016 pour le meilleur film d’animation.

Préjudice, un film d’Antoine Cuypers : critique

Quelques plans fixes sur un jeune homme filmé seul dans une pièce, il n’en faut pas plus à la mise en scène pour installer en quelques minutes le sentiment de malaise et de solitude qui infusera tout le film. Cédric est un pauvre garçon âgé d’une trentaine d’années et dont le retard mental apparent ne sera jamais explicitement nommé en tant que tel par le scénario.

Synopsis : Des parents reçoivent à diner leurs enfants, un fils marié et lui-même père d’un enfant de 5 ans, et une fille qui leur apprend qu’elle et son fiancée attendent eux-aussi un enfant. C’est cette bonne nouvelle qui va déclencher chez le troisième enfant de la fratrie un profond sentiment de dénégation. Etant lui-même atteint d’une forme d’autisme, il vit encore chez ses parents alors qu’il a atteint la trentaine. Désireux de s’émanciper, il cherchera à faire connaitre ses ambitions de voyage au reste de la famille, peu disposée à lui prêter attention.

C’est lui que la mise en scène identifie à ces plans fixes déstabilisants qui iront prendre peu le pas sur les mouvements de caméra qui accompagnent la vie et l’harmonie qui semblent caractériser le reste de sa famille, et en particulier sa sœur. Celui qui vit reclus dans une chambre au dernier étage de chez ses parents en vient à prendre l’ascendant sur une réunion de famille qui pourtant démarrait sous les meilleurs auspices.

Tel est le postulat d’un psychodrame familial en huis-clos qui renvoie, sur le fond comme sur la forme, aux grands prédécesseurs de ce sous-genre que sont Festen, Melancholia, Canine ou encore Le septième continent. Pour son premier film, le belge Antoine Cuypers signe ainsi une réalisation soignée, imprégnée de l’influence des codes imposés par les modèles susnommés, au point d’en recopier maladroitement certains effets pompeux. Le ralenti sous la pluie calqué sur le film de Lars Van Trier, en est l’exemple le plus flagrant. Académique mais non moins déstabilisant, Préjudice profite également d’un casting et d’une qualité de dialogues qui donnent aux échanges une saveur incisive. Le couple formé par Nathalie Baye –qui, même à contre-emploi, a toujours ce talent inné pour irradier l’écran- et le chanteur Arno -dont on peut regretter que le rôle soit un peu en retrait- fonctionne parfaitement, et le jeu d’Ariane Labed (vue récemment dans The Lobster de Yorgos Lanthimos) est impeccable. L’interprétation la plus mémorable de ce film restera évidemment celle de Thomas Blanchard. Un nom à retenir. La détresse et la fureur qu’il donne au personnage de Cédric vont devenir l’axe de voûte autour duquel vont s’articuler tous les non-dits et les maux qui pèsent sur cette famille en apparence idéale.

La photographie naturaliste est pour beaucoup dans l’ambiance froide et angoissante qui règne dans cette maison, et le rythme des percussions qui sont l’unique musique
extra-diégétique du film, donne à certains passages une tension qui prend véritablement aux tripes. Cette atmosphère pesante participe, en bien ou en mal, à la difficulté d’empathie que peut ressentir le spectateur devant tel ou tel personnage. La mère a-t-elle raison de surprotéger son fils en l’enfermant ? Le père a-t-il raison de nourrir en vain ses rêves d’évasion ? Ses frères et sœurs devraient-ils être plus compatissants à son égard comme essaient de le faire leurs conjoints ? Est-il dangereux ? Autant de questions auxquelles on aimerait pouvoir répondre, mais que cette soirée en leur compagnie ne nous permet pas de résoudre. C’est cette impossibilité de trancher, de n’être que le témoin impuissant d’une scène de famille dont on ignore le passif en détail, qui est le plus déstabilisant. Là où la facilité aurait été de façonner, autour d’une situation clairement définie, un discours moralisateur sur le rejet de ce que l’on juge « anormal », Antoine Cuypers fait le choix de laisser les interprétations libres au public. En cela, on peut même justifier la difficulté que le réalisateur a à conclure le film comme un élément à part entière de ce recul qu’il nous impose face à des individus qu’il ne nous revient pas de juger.

Préjudice est un film marquant de par son traitement frontal de la problématique délicate de la place à donner à certains enfants atteints de troubles du développement. L’idée retorse qui est de plonger le spectateur dans le tumulte relationnel d’un cocon familial dissonant sans lui donner les clefs qui lui permettrait de donner entièrement tort ou raison à aucun de ses membres est mené jusqu’au bout. Cette réussite est la preuve que le cinéma belge reste un excellent observatoire de l’âme humaine.

Préjudice : La bande-annonce (sous titrée en flamand… film belge oblige)

Préjudice : fiche technique

Belgique – 2016
Réalisation: Antoine Cuypers
Interprétation: Thomas Blanchard (Cédric), Nathalie Baye (La mère), Arno (le père), Ariane Labed (Caroline), Eric Caravaca (Gaetan), Cathy Min Jung (Cyrielle)…
Scénario: Antoine Cuypers, Antoine Wauters
Musique: Ernst Reijseger, Francesco Pastacaldi (percussions)
Montage: Elif Uluengin
Photographie: Frédéric Noirhomme
Décors: Patrick Deschène, Alain-Pascal Housiaux
Producteurs: Bernard Michaux, Benoit Roland
Production: Samsa Films, CTM Pictures, Wrong men, Mollywood
Distribution: Les Films du Losange
Durée: 105 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 3 février 2016

Robin Des Bois : Un Héros, Quatre Films

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Robin Des Bois, Un Héros (Pas) Très Discret…

Entre le mythe et une réalité bien différente, Robin Des Bois ne cesse encore aujourd’hui d’enthousiasmer les amateurs de panache, de bravoure et de romantisme. Adapté pas moins de 26 fois pour le cinéma, il reste un de ces héros qui ne souffrent pas le passage des années et des siècles, s’adaptant aux modes et aux mentalités. Tour à tour classique, moderne, humoristique ou plus austère, ce que la littérature et le cinéma en ont fait est aujourd’hui à l’opposé de ce que semble avoir été la vie de cet authentique truand, capable des crimes les plus atroces.

Robin Hood (Robin À La Capuche, en Français) semble trouver son origine au début du XIIIème siècle, une trentaine d’années donc avant la croisade de Richard Coeur De Lion. Il est cité de manière très vague dans plusieurs chansons populaires, jusqu’à trouver son apogée dans une chanson de geste qui lui est consacrée. On navigue comme cela entre le XIIIème et le XVème siècle, le personnage de Robin, au début vulgaire, briguant, coupeur de têtes se moquant bien des pauvres, devient peu à peu Robin De Locksley, noble dépossédé de ses terres, dépouillant les riches pour donner aux pauvres. On lui invente une parente, lady Marianne, dont il tombe amoureux (moeurs de l’époque obligent), ainsi que tous ses compagnons, de frère Tuck à Petitjean.

Inventé aussi, le fait d’avoir vécu durant la croisade de Richard Coeur De Lion, mais là encore, l’imagination populaire est toujours fertile lorsqu’il s’agit d’embellir l’ordinaire et se moque bien des 30 ans d’écart. Il n’a pas non plus sévit dans la forêt de Sherwood. Pas non plus de réel roman sur Robin, du moins pas comme on l’entend, puisque avant le XXème siècle, il n’y a guère que Walter Scott pour le citer tel qu’il est dans la légende, à travers son roman consacré à Invahoé. Au bout du compte, comme cela se passe à chaque fois dans l’imagerie populaire, le temps a creusé un fossé entre ce que les historiens savent du véritable Robin des Bois et ce héros que l’imagination a créé, prompt à rassurer les foules et les pousser à se rebeller contre leurs seigneurs.

Bien sûr, si Robin Hood le bandit n’était pas devenu un Robin Des Bois héroïque, le cinéma n’en aurait jamais filmé les aventures dramatiques, comiques voir même érotiques. Pour le meilleur, parfois pour le pire, quatre de ces films se détachent par les tournants qu’ils ont su marquer, chacun à sa manière, dans l’évolution du personnage. Pas forcément des classiques aujourd’hui, mais en tout cas 4 parmi les 26, qui permettent de résumer la carrière cinématographique d’un bandit devenu personnage puis héros, et qui inspira jusqu’au célèbre bandit Jesse James.

 

1938: Le Classique…

S’il « nait » à l’écran dès 1912, il faut tout de même attendre 1938 pour qu’il le crève littéralement sous les traits d’un Errol Flynn inoubliable de panache, de charme et de prestance. Charme dont il use et abuse pour séduire une fondante Olivia De Havilland, magnifique lady Marianne, malgré un contexte sociétal qui la cantonnait plus ou moins à un rôle de faire-valoir. Le Hongrois Michael Curtiz signait là (en collaboration avec William Keighley qui tourna les premières scènes, lesquelles ne donnèrent pas satisfaction à la production) son 84ème film (authentique, à l’époque les réalisateurs travaillaient à peu près à la vitesse des réalisateurs pornographiques aujourd’hui) après s’être fait la main sur quelques grandes et belles histoires telles que Sodome Et Gomorrhe, L’Arche De Noé ou encore Capitaine Blood, déjà avec Errol Flynn.

S’il peut apparaitre aujourd’hui désuet, ce Robin Des Bois reste le plus réussi des 26 films. Malgré les collants, malgré les brushings impeccables très hollywoodiens, Curtiz a trouvé là le parfait équilibre entre l’humour, l’héroïsme et l’amour. De l’humour sans jamais se moquer ni ridiculiser son personnage, de l’héroïsme bien loin de l’invincibilité invraisemblable d’un James Bond et de l’amour comme seuls l’époque et le lieu savaient le proposer: un éclairage braqué sur les visages, de gros plans sur les yeux et des baisers enfiévrés. Le jeu d’acteurs reste par moments très théâtral, comme l’était celui d’un cinéma muet qui venait à peine de disparaître.

Ce Robin Des Bois qu’incarne Errol Flynn est en fait celui qui fait rêver d’amour et d’aventures lorsque l’on est enfant, un héros qu’on rêve d’avoir pour père, ami ou amant. Un héros sans peur et sans reproches, rempli des idéaux les plus nobles, qui botte le derrière de la pire des crapules, ici le prince félon, le prince Jean, incarné par le venimeux Claude Rains, acteur que l’on retrouve dans quelques immenses classiques comme Casablanca, Le Crime Était Presque Parfait ou Lawrence d’Arabie.

Michael Curtiz, dans un « après moi le déluge » flamboyant, signait là la meilleure référence sur le curriculum vitae de l’homme à la capuche, laissant tous les autres pour longtemps loin derrière. Loin derrière ? Pas forcément…

 

1973 : Robin s’Anime…

Car 35 ans plus tard, l’artillerie lourde de la Disney Company, toujours notoirement allergique aux scénarios originaux, décide d’animer les aventures du bandit de Sherwood. On est toujours en pleine époque classique pour l’animation et Disney est presque seul au monde, multipliant succès au box-office, parcs d’attractions gigantesques et programmes télévisuels. Cependant, Walt Disney n’est mort que depuis 12 ans et le studio peine à retrouver une dynamique. L’idée de Robin Des Bois fait son chemin et suii directement la trajectoire graphique fixée par Le Livre De La Jungle, certains doubleurs reprenant directement leur prestation du film précédent.

L’idée de base du scénario était de faire un mélange des aventures de Robin Des Bois et du Roman De Renart, contes médiévaux des XIIème et XIIIème siècle, contemporains donc des origines de la légende de Robin Hood. Au premier coup d’oeil, on retrouve du Roman le bestiaire des personnages sorti de l’imaginaire Disney. Et si le film n’est pas le plus gros succès en salles de la firme, le recul donné par le temps permet de se dire que c’est une belle réussite, qui vient titiller le film de Michael Curtiz sur son piédestal.

Robin Des Bois version Disney date de cette époque où l’on pouvait encore parler de « dessin » animé, où le trait de crayon constituait un gage de qualité, où l’on ne cherchait pas à faire un dessin animé réaliste, où la recherche artistique ne résidait pas dans la performance informatique, où captiver ne voulait pas dire épater. Bref, le Robin Des Bois de Wolfgang Reitherman, à qui l’on doit aussi Les 101 Dalmatiens, Le Livre De La Jungle, Les Aristochats ou Merlin l’Enchanteur, fait de l’art et non de l’esbroufe. Rien n’est oublié de ce qui fait la qualité du héros : courage, humanisme, fidélité et toujours cet humour qui rend la défaite du Mal encore plus savoureuse. Seul bémol à l’époque, Robin Des Bois donne aux pauvres certes, mais il vole tout de même et pour beaucoup, c’était trop éloigné des codes moraux de Disney et fit grincer bon nombre de dents. On tenait donc là le dernier Robin dans sa version « classique »…

 

1991: Le Changement, c’Est Maintenant…

18 ans plus tard, on ne change rien mais on change tout. Après Disney, c’est au tour de Kevin Reynolds (également réalisateur de Waterworld) de s’y coller et de tenter, dans un effort jamais récompensé, de dépoussiérer le mythe en le modernisant. Dans ce cas moderniser signifie « rendre crédible », « coller à la réalité de l’époque ». Exit donc les collants et autres chapeaux à plumes, les brushings improbables et autres sourires blancs comme neige. Kevin Reynolds veut des héros frustres vêtus de frusques, une forêt de Sherwood inhospitalière et humide bref, il veut de l’authenticité.

Dans un certain sens c’est réussi, le film s’ouvre sur Robin prisonnier aux croisades, où les chrétiens souffrent, torturés par les infidèles. Il porte les cheveux longs, empeste le chacal et ne se lave que lorsque Marianne le lui demande. La reconstitution de l’époque (faite en partie à Carcassonne) semble crédible et de ce point de vue, le film est une réussite. Réussi également le scénario qui, dans un effort louable, tente de nous faire comprendre comment Robin devint Robin, et pour quels motifs. Le casting est bon voire excellent, mais si Mary Elizabeth Manstrantonio enterre pour de bon le côté godiche du personnage de Marianne, Kevin Costner souffre lui de dialogues parfois indigents. Il n’y avait pourtant pas besoin de forcer le trait sur le côté héroïque du personnage, sa légende suffisait. Fort heureusement, ce film bénéficie de la présence du très shakespearien (et très regretté) Alan Rickman, stupéfiant de malfaisance en sherif de Nottingham.

Malgré ça, ce Robin Des Bois, Prince Des Voleurs fut un succès avec près de 5 millions d’entrées en France, et 6 millions de disques vendus dans le monde pour Brian Adams, interprète du générique de fin, entré dans l’histoire du cinéma. Pourtant la critique ne fut pas tendre, d’autant moins que ce film est comme une frustration  : pétri des meilleures intentions pour donner un nouvel élan au mythe, il n’y parvient que sur la forme, sans être concluant sur le fond.

 

2010: Baroud d’Honneur ?

C’est presque exactement sur le même écueil que vient s’échouer Ridley Scott, 19 ans après Kevin Reynolds, comme si lui aussi avait en ligne de mire le film de Michael Curtiz et cette obsession de le dépasser. Comme s’il était incroyable que la meilleure adaptation des aventures de Robin puisse avoir à cette époque, 72 ans ! Dans l’authenticité, l’âpreté et la rudesse de son film, Ridley Scott va encore plus loin, son film doit donner le sentiment d’un documentaire filmé il y a 800 ans. Pour ça c’est réussi, malheureusement.

Résultat mitigé, car si Ridley Scott semble bien présent à la mise en scène, son réalisme à tout crin livre un film austère, presque dépressif. La couleur en est absente (ou à peu près), privilégiant des tons sombres. Plus aucune trace de glamour et, si Russel Crowe est bien un immense acteur et le démontre encore ici, il n’a pas le sex-appeal d’Errol Flynn et semble encore porter l’armure du Maximus de Gladiator. Tout cela parait naturel si l’on considère le fait que Scott a tenu à intégrer son film dans la réalité historique de l’époque, féru de Moyen-Âge, son Robin Des Bois constitue presque un contre-champs de Kingdom Of Heaven.

Néanmoins ses intentions restent déroutantes, en particulier son scénario qui fait de Robin un usurpateur, chargé d’apporter la couronne royale au Prince Jean, suite à la mort de Richard Coeur De Lion aux Croisades. Et encore, il était prévu que le beau rôle soit cette fois donné au shérif de Nottingham au détriment de Robin, ce qui faillit faire fuir Russel Crowe. C’est louable de vouloir filmer un héros imparfait, d’autant plus s’il se rapproche du personnage originel, mais alors pourquoi ne pas récréer son histoire de fond en comble ? À trop hésiter, Ridley Scott a ôté presque tout intérêt cinématographique au personnage, sans proposer suffisamment de matière en échange.

Ce qu’il restera est un casting plutôt convaincant et, si l’on s’y attarde un peu, presque impressionnant. Russel Crowe en Robin n’a rien de surprenant, puisque l’acteur s’est toujours dit fan du personnage. Matthew Macfadyen en sherif fut peut-être le meilleur choix de Scott, cinématographiquement, un des meilleurs de l’acteur, plutôt habitué aux pièces de Shakespeare, moins inspiré pour sa carrière sur grand écran. Cate Blanchett en Marianne, Max Von Sydow jouant son père, Oscar Isaac en Prince Jean, William Hurt et Léa Seydoux viennent clore un casting de luxe, mais insuffisant à faire un chef-d’oeuvre.

On y verra peut-être une certaine nostalgie, un truc de « vieux con », mais il semble incontestable aujourd’hui que le film de Michael Curtiz reste la meilleure des aventures de Robin Des Bois. Ses qualités vont au-delà de son charme désuet, le film est enlevé, rythmé, alternant bravoure, humour et amour, avec la précision d’une montre suisse. Même s’il idéalise une réalité antipathique, s’il privilégie le plaisir du spectateur par rapport à une réalité sans intérêt, le résultat vaut très largement les quelques libertés et digressions que s’autorise Curtiz: un des chefs-d’oeuvres du cinéma d’aventure.

La Fabuleuse Gilly Hopkins, un film de Stephen Herek : La Critique

Le 24 février sortira en salle La fabuleuse Gilly Hopkins, nouveau film de Stephen Herek, réalisateur des 101 Dalmatiens (la version live) et des Trois Mousquetaires, tous deux produits chez Disney. Exit la compagnie aux grandes oreilles pour le nouveau film d’Herek. D’ailleurs, il ne s’agira pas de faire une critique du film du point de vue de l’adaptation, mais de travailler l’objet filmique même qui pose de nombreux problèmes.

Synopsis : Depuis qu’elle a été abandonnée bébé par sa mère, Gilly Hopkins, 12 ans et au caractère bien trempé a épuisé une à une ses familles d’accueil. Assistant social, institutrice, copine de classe, familles d’accueil : Gilly n’a besoin de personne et elle le fait savoir.

La Fabuleuse Gilly Hopkins, une créature cinématographique diforme

                        Il y a dans ce film plusieurs récits : Gilly arrivant dans sa nouvelle famille d’adoption, jouant comme à son habitude les trouble-fêtes, puis s’intégrant au sein de celle-ci ; la séparation involontaire de Gilly de sa nouvelle famille à cause de ses bêtises ; l’intégration à une « nouvelle » famille de sang avec sa grand-mère ; le retour de la mère et la situation finale. Un axe les unit : Gilly et l’espoir de revoir sa mère qu’elle fantasme comme une star californienne.

            Sachez bien alors que le film ne dure qu’1h32. « Qu’ », parce-que chacun de ces récits pourrait être l’objet d’un film. Ainsi le long métrage de Stephen Herek avance avec un rythme tellement soutenu qu’il en est brut. Si au début, on peut penser que l’introduction rapide du film permet de rentrer dans le vif du sujet, il n’en est rien par la suite. L’histoire du film est trop ample pour une telle durée et surtout pour un tel réalisateur. Imaginez alors que le retour de la mère, les conséquences et la fin s’enchaînent en une dizaine de minutes.

            Dommage, car à partir du deuxième récit, le film s’avère intéressant. Le premier, non pas qu’il soit inintéressant, a été déjà énormément traité de cette manière feel-good-movie par les téléfilms de la chaîne M6, avec plus de temps. Et en même temps, aurait-on pu capter aussi bien l’émotion du deuxième « chapitre » sans avoir eu la présence du premier ? C’est là que le film aurait dû être plus long. En effet, le premier aurait pu être bien plus subtil et humain, moins brut, cousu de fil blanc et rentre-dedans, et ainsi être plus émouvant. Le deuxième aurait alors gagné en force. Problème pour lui, l’arrivée abrupte du troisième, traité en quelques minutes. Ce travail permet étrangement de conclure proprement le deuxième récit. Mais l’on aurait aimé voir véritablement les conséquences dans le quotidien de ce bref retour.

            Le fait est que si le film n’est pas assez long, c’est surtout qu’il n’est pas humain, c’est un pur produit industriel. Plusieurs films en un donnent peut-être l’impression d’une quantité, mais non de la qualité. Plusieurs tons aussi, du teenage movie au feel-good movie familial, ou encore de la comédie tous publics au mélodrame hyper-larmoyant, La Fabuleuse Gilly Hopkins est un film batard.

            Il est en effet le produit de nombreuses influences hollywoodiennes contemporaines. En témoigne aussi sa musique, composée et instrumentale d’une part, l’électro-pop girly adolescente d’autre part, ou encore l’utilisation de musiques pop rythmées. On pourrait répondre à tout cela que la vie n’est pas uniforme. Mais il faut revenir à ce qui a été dit avant, il s’agit non pas de capter la vie et son quotidien, mais de livrer un film trop dense et donc, un film qui, à force de vouloir tout exposer, montre bien peu de choses à part des récits stéréotypés, voire clichés pour ce type de personnage, et qui vont rester à leur stade, qui ne vont jamais préciser et nuancer.

             Le casting va cependant apporter de l’humanité. Si Sophie Nélisse incarne un personnage très stéréotypé, elle apporte une certaine douceur et une justesse rafraichissante dans le film. Kathy Bates, l’actrice géniale de Misery (Rob Reiner, 1990), manque ici de subtilité. Elle interprète très bien son personnage, comme Clare Foley, parfaite dans son second rôle stéréotype de la petite fille solitaire, excentrique et ne demandant qu’à se faire des amis. Glenn Close, après un retournement de situation comico-dramatique prévisible, déjà vu et lourd, est brillante. Sa justesse provient d’une chose qu’elle maîtrise parfaitement (voir la série Damages par exemple, 2007-2012), elle n’en fait pas trop. Enfin le personnage archétypal – la figure du vieux sage, aveugle en plus – qu’est Mr. Randolph apporte de la poésie, de la beauté, de l’humanité dans ce film, grâce au jeu juste de Bill Cobbs, qui n’en fait pas trop non plus, même si on peut déplorer l’une de ses séquences qui va révéler Gilly. Un moment du film manquant de finesse, qui a pour seule fonction de révéler le personnage principal et nous tirer des larmes de nos glandes lacrymales (comme bien d’autres séquences du film). Julia Stiles n’a pas eu besoin de faire beaucoup d’efforts pour interpréter son personnage très très peu sympathique, on la voit trop peu pour juger, quelques minutes tout au plus. Et l’acteur incarnant le personnage des services sociaux est purement artificiel.

            Le happy end qui n’en est pas tout fait un, plus doux-amer que joyeux, clôturera très bien ce film. On aurait pu penser cela, mais le générique à la musique pop-électro pour adolescentes brisera le moment. Voilà peut-être la meilleure métaphore du film. Un gâchis. Un consommable familial à voir si on a du temps à perdre…

Fiche Technique : La Fabuleuse Gilly Hopkins (The Great Gilly Hopkins)

Réalisation : Stephen Herek
Scénarisation : David Paterson, d’après l’œuvre de Katherine Paterson
Casting : Sophie Nélisse, Kathy Bates, Glenn Close, Bill Cobbs, Octavia Spencer, Julia Stiles, Clare Foley, Zachary Hernandez
Directeur artistique : Christopher Minard
Costumes : Meghan Kasperlik
Décors : Ola Maslik
Directeur de la photographie : David M. Dunlap
Montage : David Leonard
Compositeur : Mark Isham
Producteurs/trices : Brian Kennedy, William Teitler, John Paterson, David Paterson, Matthew Myers, Isabel Teitler
Production : Arcady Bay Entertainement
Distributeur France : Chrysalis Films
Date de sortie française : le 24 février 2016

Les délices de Tokyo, un film de Naomi Kawase : Critique

De la part de l’auteur de ces lignes, le choix de rentrer dans le cinéma de Naomi Kawase au travers des Délices de Tokyo relève de la volonté d’être séduite par une cinéaste dont l’œuvre n’a pas eu ses faveurs jusqu’ici. Son précédent film, Still the Water, a été tout autant qualifié d’émouvant et de barbant, de majestueux et d’ennuyeux. Naomi Kawase est une cinéaste qui sublime la nature dans une veine (trop) contemplative et appuyée, mais cela ne semble pas être le cas de son nouveau film.

Synopsis: Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ».Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable…

Les recettes du bonheur

Déjà vu à Cannes par un de nos rédacteurs, conquis par son charme exotique, Les délices de Tokyo, semblait, à la vue de la bande-annonce, un film plus animé, plus touchant avec son sujet culinaire souvent vecteur d’émotions, et son casting intergénérationnel composé d’une vieille dame philosophe, d’un jeune homme taciturne et d’une adolescente mal aimée, qui sonne comme une promesse de belles histoires de transmission.

Sentaro (Masatoshi Nagase) est un homme encore jeune qui se réveille aux aurores pour aller, d’un pas lourd, préparer des dorayakis, ces petites crêpes japonaises fourrées à la pâte de haricots rouges confits (le An du titre original). Sentaro passe des journées sans joie à fabriquer et vendre ses petites pâtisseries, se laissant chahuter sans réagir par de jeunes collégiennes joyeuses. L’homme est taciturne, voire dépressif, on le sent porteur de tristes
secrets.

L’histoire est celle de sa rencontre avec la jeune Wakana (Kyara Uchida), une jeune fille toute aussi mélancolique que lui. Comme toutes les collégiennes du quartier, elle vient tous les jours à la boutique de Sentaro, essaie sans succès de se faire embaucher par lui, et reçoit de sa part les dorayakis ratés dans ce qui se rapproche le plus d’un geste d’amitié. Mais c’est aussi et surtout l’histoire de sa rencontre avec Tokue (Kirin Kiki), une vieille dame un peu mystérieuse, un peu fantasque, qui elle aussi insiste pour venir travailler à l’échoppe de Sentaro. D’abord réticent, Sentaro cède après avoir goûté de sa délicieuse pâte de An. Commence alors un ballet à trois à pas très feutrés, où chaque personnage emmène au pot sa solitude pour goûter ensemble à une communauté chaleureuse faite de petites attentions les uns aux autres.

Le film de Naomi Kawase est une véritable ode poétique à la nature, aux cerisiers en fleurs, aux canaris qui font « piou piou piou », à la lune avec qui on partage des promesses, aux forêts que l’on entend presque respirer, aux haricots qu’on laisse venir à soi, et auxquels on s’adresse tendrement, respectueusement. Un film animiste donc, où les hommes et les femmes murmurent à l’oreille des arbres, mais qui aurait cependant gagné à être moins surligné. Les images se suffisent à elles-mêmes, et pourtant la cinéaste s’est crue obligée de faire dire et redire à ses différents protagonistes tout le bien et tout le beau qu’ils trouvent dans la nature.
Les commentaires de Tokue en particulier sont quelquefois très redondants, trop présents, et écrasant sur leur passage la délicatesse de ce qui est filmé par Kawase. La musique du français David Hadjadj n’est pas en reste pour surcharger une image qui n’en avait pas besoin.

En revanche, la cinéaste arrive à nous émouvoir avec le silence de ses personnages, celui de Sentaro, en particulier. Des silences éloquents si on peut dire, qui traduisent parfaitement ses tourments et turpitudes qui nous restent cachés. Quand il se lie d’amitié avec Tokue, et qu’ensemble ils font chanter les haricots dans des plans très serrés sur la nourriture rarement vus au cinéma, Sentaro esquisse un sourire qui révèle en creux la bouleversante absence de sourire jusqu’à ce moment du film. Une très belle histoire d’appropriation filiale mutuelle s’écrit sous nos yeux, et on ne peut qu’être attendris. Mais là encore, la cinéaste aurait pu facilement se passer des larmes qu’il verse dans certaines scènes, tant elles sont superflues et nuisent à la sobriété du film. A l’autre extrémité, le jeu de Kirin Kiki est celui d’une actrice bonne vivante, adoptant des personnages excentriques et comiques à la télé ou dans les films de Hirokazu Koreeda dont elle est une fidèle ; un jeu qui peut parfois paraître en décalage avec la tonalité générale que la cinéaste a voulu donner à son film.

Soulignons aussi la prestation toute en réserve de la jeune Kyara Uchida dans son rôle de Wakana (la petite-fille de Kirin Kiki à la ville). Wakana est une quasi-enfant qui porte une mère fantasque et irresponsable (un autre point qui rappelle le grand Koreeda). Kyara Uchida apporte beaucoup de fraîcheur et d’émotion dans son rôle d’enfant trop vite grandie, ignorée de sa mère et ignorée de ses camarades.

Les délices de Tokyo est un film tourné avec beaucoup de savoir, avec de vrais moments de pure beauté, mais il souffre d’un surtexte trop important, trop prévisible et souvent inutile. La cinéaste a par ailleurs voulu rendre hommage dans son film à une minorité que les japonais ont longtemps tenu à l’écart de la société (Tokue fait partie de cette minorité), et il y a un télescopage maladroit entre cette histoire et celle plus intimiste de Sentaro et de ses deux partenaires. Cet hommage n’est ni inintéressant, ni inutile, mais les deux parties du film semblent avoir été accolées l’une à l’autre de manière un peu heurtée, sans beaucoup de liant, ce qui donne l’impression que le film est calibré à marche forcée pour une audience large et grand public, avec des thématiques destinées à émouvoir le plus grand nombre. Une impression mitigée donc pour cette première rencontre avec Naomi Kawase…

Les délices de Tokyo – Bande annonce

Les délices de Tokyo – Fiche technique

Titre original : An
Date de sortie : 27 Janvier 2016
Réalisateur : Naomi Kawase
Nationalité : Japon
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 113 min.
Scénario : Naomi Kawase, d’après la nouvelle de Durian Sukegawa
Interprétation : Kirin Kiki (Tokue), Masatoshi Nagase (Sentaro), Kyara Uchida (Wakana), Miyoko Asada (Propriétaire de la boutique), Etsuko Ichihara (Yoshiko)
Musique : David Hadjadj
Photographie : Shigeki Akiyama
Montage : Tina Baz
Producteurs : Koichiro Fukushima, Yoshito Oyama, Masa Sawada
Maisons de production : Comme des Cinémas
Kumie, Mam, Nagoya Broadcasting Network (NBN), Twenty Twenty Vision Filmproduktion GmbH
Distribution (France) : Haut et court
Récompenses : Kirin Kiki : meilleure actrice au Hochi Festival 2015 ; Naomi Kawase : meilleure réalisatrice au festival de Valladolid ; meilleur film étranger au festival de Saõ Paolo.
Budget : 234 000 000 JPY

Ce sentiment de l’été, un film de Mikhaël Hers : Critique

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Après Memory Lane, un premier long métrage passé relativement inaperçu, pour lequel le producteur Luc Moulet avait dit du réalisateur qu’il s’agissait du «plus grand cinéaste français de demain», Mikhaël Hers revient aux affaires avec Ce sentiment de l’été.

Synopsis: Au milieu de l’été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu’ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.

Ce dernier partage la même volonté d’illustrer une chronique de la vie quotidienne en plein été, à ceci près qu’il lui ajoute l’absence comme élément perturbateur. Si le premier était un film de potes suggestif, le second est un film sur la difficulté des relations à tenir dans une période post-mortem. Le cinéaste français conserve son goût pour la contemplation, la représentation d’une saison qu’il filme avec amour et plaisir au sein de laquelle errent des corps à la recherche d’un sens à donner à la vie. Si Ce sentiment de l’été ne renouvelle en rien le drame d’auteur sur fond de réflexion sur le deuil, Mikhaël Hers est suffisamment sensible et mélancolique pour emporter l’adhésion d’un public sensible à la tristesse d’Anders Danielsen Lie (Fidelio l’odysée d’Alice, Oslo 31 août).

De la difficulté de surmonter le deuil (encore)

On ne pourra nier que le film a des allures de séquelle à Oslo, 31 août, surtout quand celui-ci partage le même interprète principal. A croire qu’Anders Danielsen Lie interprète l’amoureux mélancolique à la dérive avec brio. On retrouve donc ces personnages similaires dans les deux films, différents sur la condition sociale mais liés par la même mélancolie qui les anime à longueur de journée. Ici, il doit vivre péniblement avec le deuil de sa compagne avec qui il entretenait une relation fusionnelle et artistique. C’est d’ailleurs elle que l’on suit à travers une introduction d’une poésie envoûtante. On suit cette jeune femme au réveil, le corps à moitié dénudé en train de se préparer, de se sublimer par la grâce de la lumière estivale et de se diriger vers son école d’art. Une longue introduction d’ambiance où aucun mot n’est prononcé, seul le bruit de ses pas nous guide vers son destin funeste puisqu’elle est soudainement victime d’un arrêt cardiaque et s’effondre dans un parc. C’est à cet instant que le film prend le spectateur par la main et nous indique que l’intérêt du film se porte davantage sur les relations entre les individus touchés par ce même deuil. Chacun y va de sa réaction, les uns se morfondent, d’autres en profitent pour vivre une nouvelle vie, certains la continuent sans se retourner et certains autres encore tombent en dépression. Sans jamais tomber dans le pessimisme froid et pesant, Mikhaël Hers aborde ce sujet avec poésie et finesse, de par l’atmosphère d’une saison estivale magnifiée par le parti-pris de tourner en pellicule. Plus que jamais, l’été est beau ici. Et c’est paradoxalement sa sublimation qui fait davantage prendre conscience aux personnages du vide qui les entourent. Chaque personnage virevolte à travers la vie, sans situation établie, ni projet de vie, quand bien même on a un enfant en bas-âge. Le temps passe, mais seule l’action de boire des coups sur les toits des différentes capitales apporte un tant-soi peu d’évasion et de sens à ces personnages. Dans cette optique, la ville de New York semble être le lieu ultime où les personnages errants se réunissent, partagent leurs souvenirs et sont à la recherche d’une existence.

Que ce soit à Berlin, Paris, Annecy ou New York, l’absence rattrape toujours ces personnages qui n’arrivent pas à laisser leur corps s’émouvoir dans des environnements pourtant beaux et propices à la jovialité. Peu importe la ville, on se rend rapidement compte que chaque ville agit comme un nouveau décor, une nouvelle vie mais où le modèle narratif reste le même: Les personnages se rencontrent, discutent longuement, vont en soirée et se remémorent la douleur qu’ils partagent et qui s’avère être au final le seul lien qui les unit. De là l’idée de signifier qu’il est difficile de se reconstruire quand bien même l’environnement varie et les gens autour de soi aussi. Le fait de voir une attirance magnétique entre deux personnages liés par le prisme d’un deuil commun montre à quel point le passé nous rattrape toujours. Ces personnages interprétés par Anders Danielsen Lie et Judith Chemla apportent la justesse nécessaire pour montrer cette gêne, cette retenue et ces silences qui agissent entre eux. Il y a assurément dans Ce sentiment de l’été une réussite dans la transmission des sentiments, des émotions qui les animent et de la complexité de leurs relations. Chacun réapprend à vivre à sa façon et se laisse apprivoiser par la vie et le plaisir. On pourrait presque trouver ça maladroit de conclure son film sur une scène de sexe et des plans fixes symbolisant l’évasion, mais cette manière de libérer les corps donne finalement sens à la pensée du cinéaste pour qui la vie après la mort est possible.

Comme son précédent film, à trop vouloir s’attacher à représenter le climat, l’ambiance et la tonalité de l’environnement dans lequel évolue les personnages, Ce sentiment de l’été ne raconte pas grand-chose de plus que la monotonie et la mélancolie perpétuelles de nos vies. Mikhaël Hers le fait néanmoins d’une jolie manière, par la grâce d’une lumière qui magnifie les décors et donne vie aux corps. On ressort de la projection avec le sentiment d’avoir vu un film au sujet tellement rabâché qu’il ne surprend plus mais pour lequel on lui accorde notre estime, simplement parce Ce sentiment de l’été réussit à nous redonner envie de jouir de la vie et de voir le monde, au-delà du vide qui anime nos vies.

Ce sentiment de l’été : Bande-annonce

Ce sentiment de l’été : Fiche Technique

 

Réalisation : Mikhaël Hers
Scénario : Mikhaël Hers & Mariette Désert
Interprétation : Anders Danielsen Lie (Lawrence), Judith Chemla (Zoé), Marie Rivière (Adélaïde), Féodor Atkine (Vladimir), Thibault Vinçon (David)…
Photographie : Sébastien Buchmann
Décors : Sidney Dubois
Costume : Caroline Spieth
Montage : Marion Monnier
Musique : Thomas Jamois
Producteurs : Philip Boëffard, Rémi Burah, Vanessa Ciszewski, Pierre Guyard, Ève Machuel, Olivier Père, Christophe Rossignon, Gaetan Rousseau
Sociétés de Production : Nord-Ouest, Arte France Cinéma, Katuh Studio, Rhône-Alpes Cinéma
Distributeur : Pyramide Distribution
Festival : Grand prix du jury du Festival du Film indépendant de Bordeaux 2015
Genre : Drame
Durée : 106 minutes
Sortie en salles le 17 février 2016

France / Allemagne – 2015

 

American Gods, The Witch, Conan, AHS : news & trailers du 25 au 31 janvier

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Actus cinéma et séries – les légendes sont de sortie : American Gods, Conan The Conqueror, AHS, The Witch, Alice au Pays des Merveilles

CineSerieMag vous invite à découvrir ou redécouvrir quelques news du Cinéma et de la télévision qui ont marqué cette dernière semaine de janvier. Au programme : le plein de bandes-annonces et un gros plan sur les monstres, les légendes et les héros d’hier et d’aujourd’hui : Cabin Feever, The Witch, American Horror Story, Conan The Conqueror, American Gods, Official Secrets, Mamá, Alice au Pays des Merveilles, Gaycation…

 Actualités cinéma  : le prochain Conan The Conqueror

Après l’échec cuisant du remake de 2011 avec Jason Momoa, voici enfin le troisième volet de la saga Conan le Barbare et la suite de Conan le Destructeur. Conan the Conqueror racontera comment Conan (joué par Schwarzy bien sûr), désormais roi d’Aquilonie devra reprendre les armes pour défendre son royaume. Dans une interview pour TheArnoldFans.com, Arnold Schwarzenegger a voulu apaiser les inquiétudes de ses fans : « J’ai fait tous ces trucs physiques [de mes derniers films] et ça ne m’a pas épuisé, j’ai beaucoup d’énergie et je me sens vraiment en pleine forme. Je suis absolument convaincu que je peux faire le film Conan et faire aussi de l’équitation, des combats à l’épée, et tous les combats. » Le producteur Frederick Malmberg et son collègue Chris Morgan sont actuellement à la recherche d’un réalisateur pour le film.

 Actualités séries : American Horror Story saison 6

US Weekly et US magazine ont rapporté l’intérêt de la production d’AHS pour l’histoire du Slender Man appelé aussi ‘Tall Man’. La légende du Slender Man est née sur Internet, popularisée par le site Something Awful en 2009. Elle a inspiré plusieurs séries tv comme Supernatural, Lost Girl ou même Dr Who ainsi que le film The Tall Man. Le mythe décrit ce monstre comme une homme très mince en costume noir, aux bras anormalement longs et au teint blafard dépourvu de bouche et d’yeux qui traquerait et kidnapperait les enfants. Quelqu’un aurait déjà écrit le scénario de cette prochaine saison dont American Horror Story devrait racheter les droits. En outre Lady Gaga devrait aussi faire partie du casting. Bref, affaire à suivre…

 Actualités cinéma  :  le trailer de The Witch

On apprenait dimanche que The Witch de Robert Eggers avait été gratifié du Prix du Jury Syfy au Festival de Gérardmer. Ce conte horrifique très remarqué raconte la plongée dans l’horreur et dans la folie d’une famille puritaine en proie à un mal invisible au milieu du 17e siècle. Le nouveau trailer rend parfaitement compte de cette ambiance angoissante et oppressante.

Trailer de The Witch :

 Actualités séries : American Gods a son premier rôle !

C’est Ricky Whittle (Lincoln dans The 100) qui interprétera le rôle de Shadow Moon dans la prochaine série American Gods tirée du roman de Neil Gaiman, également producteur du projet. Bryan Fuller (Hannibal, Pushing Daisies) et Michael Green sont à la tête de cette épopée qui opposera les anciens Dieux aux Dieux de l’Amérique contemporaine. American Gods raconte l’histoire de Shadow Moon, un arnaqueur repenti qui va devenir le garde du corps de Mr Wednesday. Mais le mystérieux individu est en fait un ancien dieu qui parcourt le pays pour reformer ses armées et se préparer à combattre de nouvelles divinités. Le tournage débutera en avril pour une diffusion sur Starz fin 2016. L’épisode pilote sera réalisé par David Slade qui interviendra sur d’autres épisodes. Neil Gaiman est très enthousiaste et a confié au sujet de Ricky Whittle : « Je suis heureux que Ricky ait été choisi pour Shadow Moon. Ses auditions étaient mémorables. »

 Actualités cinéma  :  le sequel de Mamá

On en a beaucoup parlé cette semaine :  Mamá, le film d’horreur de Andrés Muschietti produit par Guillermo del Toro aura une suite ! Retrouvez notre article ici.

 Actualités cinéma  : trailer du remake de Cabin Fever 

Eli Roth va toujours plus loin dans l’horreur et s’attaque désormais au remake d’un de ses grands classiques : Cabin Fever. Comme le premier, cette nouvelle version sera réalisée par Travis Zariwny et suivra une bande de jeunes fêtards touchés par un virus des plus violents et isolés dans une cabane en pleine forêt. Le trailer sanglant de Cabin Fever laisse présager un film bien gore à la hauteur du premier !

Bande annonce de Cabin Fever :

 Actualités séries : Gaycation, le docu-série LGBT de Ellen Page

Retrouvez les infos sur Gaycation, la nouvelle série choc de Ellen Page, dans notre  article du 30 janvier.

 Actualités cinéma  : Official Secrets

Le prochain film de Justin Chadwick réunira Anthony Hopkins, Harrison Ford, Paul Bettany, Natalie Dormer et Martin Freeman autour de la guerre en Irak. Adapté du livre The Spy Who Tried To Stop A War: Katherine Gun And The Secret Plot To Sanction The Iraq Invasion de Marcia et Thomas Mitchell, ce thriller suivra Katharine Gun un agent de la NSA arrêtée pour avoir révélé l’opération d’espionnage américano-britannique en vue d’obtenir l’autorisation de l’ONU pour l’invasion de l’Irak.

 

 L’info de dernière minute : le trailer d’Alice au Pays des Merveilles 2

Dans ce teaser du deuxième volet, la voix d’Alan Rickman se mêle à la musique. Dans le premier volet d’Alice au Pays des Merveilles, il était Absolem la chenille que vous pourrez entendre plus longuement au cinéma en Mai 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=8bdlZ3_tiWA

Star Wars IX : Colin Trevorrow se la joue Gravity

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De passage au Festival du Film Indépendant de Sundance, le réalisateur Colin Trevorrow, chargé par LucasFilm de clore la trilogie initiée par J.J Abrams, avec Star Wars IX, s’est fendu de quelques révélations pour le moins étonnantes. Si l’on est ravi de le voir poursuivre le travail visuel de ses prédécesseurs, en favorisant un tournage en argentique, on ne peut qu’être circonspect de le voir affirmer tout sourire, vouloir tourner son épopée de science-fiction dans un endroit tout simplement insolite : l’Espace. 

Soutenu dans sa démarche par Christopher Nolan, qui avait en son temps émis les mêmes démarches pour shooter quelques plans de son Interstellar, il semblerait donc que Trevorrow vienne s’ajouter au bal des réalisateurs tentant désespérément de laisser une trace dans leur art. Non content d’avoir reçu l’aval o combien symbolique de Steven Spielberg sur son précédent film Jurassic World, il semblerait donc que, sans doute pour se détacher de cette image de yes-man attachée à lui après le succès du film (en l’occurrence un remake), le réalisateur américain ait décidé de voir les choses en grand pour son Star Wars IX en ayant révélé sa volonté de tourner dans l’espace.

« J’ai demandé : pouvons-nous filmer dans l’espace en Imax aujourd’hui pour Star Wars ? Je n’ai pas encore reçu de réponse, mais il y a déjà eu des tournages IMAX dans l’espace ! »

Si on ne peut que rester circonspect devant l’absurdité d’une telle demande, qui si elle se voit teintée d’une volonté à accoucher plus grand réalisme n’en demeure pas moins un défi technique titanesque, on doit au moins reconnaitre à Trevorrow l’idée de vouloir donner  aux spectateurs avec son Star Wars IX un véritable bouquet final, similaire au Retour du Jedi en son temps, qui en donnant à voir la déculottée en règle de l’Empire, continue de s’imposer comme l’un des épisodes majeurs de la saga initiée par George Lucas.

LeMagduCiné s’allie à TCM Cinéma pour plus de passion !

TCM Cinéma & leMagduCiné : Plus de films, plus d’écrits, plus de cinéphiles 

              Si le début de l’année 2016 a été marqué par le deuil dans le monde du cinéma – avec le décès de grands noms tels que Michel Galabru, Alan Rickman et Marc Cassot (grand doubleur français)–, il a aussi apporté quelques bonnes nouvelles. En octobre 2015, lors de la Soirée George Lucas chez TCM Cinéma, LeMagduCiné s’est lié avec la célèbre chaîne câblée de télévision entièrement dédiée au cinéma.

           Dès ce mois de février débute alors une série de nouveaux écrits critiques / historiques / théoriques qui travailleront les films programmés par la chaîne. Cette collaboration nous & vous permettra de (re)découvrir des anciens films et d’autres relativement récents. Il s’agira donc d’élargir ensemble le spectre de notre cinéphilie qui est, comme s’annonce le prochain Star Trek réalisé par Justin Lin, sans limite ! À noter toutefois que les films proposés par la chaîne sont des productions américaines.

         Au programme de ce mois février, nous rédigerons un écrit sur Gene Kelly célébré par TCM Cinéma via sa rétrospective mensuelle. Seront faits aussi des retours de quelques-unes de leurs interviews, notamment celles de Quentin Tarentino et James Cameron. De plus, il vous sera proposé les critiques de l’énigmatique Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), du coloré et énergique Un Jour à New-York (Stanley Donen et Gene Kelly, avec Gene Kelly et Frank Sinatra, 1950), du guerrier Les Maraudeurs attaquent (Samuel Fuller, 1962), et enfin du physique On achève bien les chevaux (Sydney Pollack, 1969).

            Si l’on espère que notre programme d’écriture vous comblera, nous ne pouvons que vous conseiller d’étendre le vôtre en découvrant les nombreux autres films proposés par TCM Cinéma : Syriana (Stephen Gaghan, 2005) Butch Cassidy & Le Kid (George Roy Hill, 1969), El Dorado (Howard Hawks, 1966), Nashville (Robert Altman, 1975), Les Ailes (William Wellman, 1927), Elephant (Gus Van Sant, 2003), Le Renard du Désert* (Henry Hathaway, 1951), Les rats du désert* (Robert Wise, 1953)The Rain People (Francis Ford Coppola, 1969), Sailor & Lula (David Lynch, 1990), et bien d’autres films à (re) découvrir sur TCM Cinéma.

            Retrouvez ici le programme de la chaîne TCM Cinéma :

http://www.tcmcinema.fr/guide-tv

            Nous vous souhaitons d’excellentes lectures et (re)découvertes cinématographiques. Ci-dessous, la bande-annonce de notre prochain rendez-vous filmique :

*Tous deux avec James Mason dans le rôle du maréchal Erwin Rommel.

Beira-Mar ou l’âge des premières fois : Critique

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Si de prime abord Beira-Mar ou l’âge des premières fois fait penser aux films nordiques avec ces couleurs et ces teintes pâles, à la manière de Natür Therapy, le long-métrage s’avère être un film brésilien se déroulant sur le littoral. Les couleurs bleutées et grisâtres nous font voir un paysage maussade, que l’on se passerait de découvrir.

Synopsis : C’est l’hiver au Brésil. Lorsque Martin doit rejoindre le littoral et rencontrer pour la première fois la famille de son père, il propose à son meilleur ami de l’accompagner. Tomaz accepte, voyant ce séjour comme l’occasion de raviver leur amitié. Dans cette maison faisant face à une mer froide et déchaînée, les deux adolescents passent leurs journées ensemble, à l’écart du monde. Sur fond de quête identitaire et d’at
traction mutuelle, ils vont découvrir le doute, la jalousie et l’amour.

Ainsi, une nouvelle image du Brésil s’offre aux spectateurs. Alors que les lieux communs relatifs au pays de la samba renvoyaient des places ensoleillées, des plaines verdoyantes et des villes colorées, Beira-Mar fait valoir une côte brésilienne triste, comme si le temps s’était arrêté et que le paysage était en adéquation avec la mine cendreuse de nos deux compères. S’ils voyagent à des fins familiales, leurs déambulations relèvent plus du voyage initiatique, comme si chacun allait ressortir plus grand de ce voyage. Entre boîte de nuit, soirées dans une villa au bord de mer qui relèvent de l’orgie et discussions abordant toutes sortes de thèmes, plus personne ne sait où donner de la tête.

Martin et Tomaz sont les protagonistes principaux, amis de longue date et complices, à la manière de deux frères. Chacun tentera de se reconnaître dans un des deux personnages : alors que Tomaz à l’air d’être en quête d’identité, de nature assez frêle, plus petit que son camarade, Martin nous apparaît comme un personnage plus sur de lui, faisant face à son père, mais lui aussi dans une certaine quête identitaire, en résulte la rencontre avec des membres de sa famille qu’il n’avait pas vu depuis 10 ans. Toutefois, leur comportement intrigue et fait survenir des interrogations : les deux garçons sont-ils réellement amis ? Ne cherchent-ils pas plus que ça ? Alors qu’un semble assumer son hétérosexualité en couchant avec les filles s’offrant à lui, l’autre boit pour oublier et pour repousser le dit moment, comme si l’acte sexuel devenait embarrassant, à la manière d’un fardeau honteux. Ainsi, on apprend l’homosexualité de Tomaz. Malheureusement, tout s’avère bien trop prévisible. Certes, des détails sont éparpillés tout au long de la pellicule, mais les réalisateurs cherchent à émouvoir et provoquer une certaine empathie lors de cette révélation, n’en résultent des dires qui ne font qu’être affirmés. Cependant, la suite surprend et pourra laisser le spectateur pantois. Les garçons sont comme des frères, sont des plus proches, et finiront pas coucher ensemble. Après une discussion s’en suit une scène de sexe que l’on découvre sous des angles auxquels nous ne sommes pas habitués au cinéma. Par leurs choix de cadre et par une ambiance sonore travaillée, Filipe Matzembacher et Marcio Reolon laissent sous-entendre fellation et sodomie. Ainsi, Beira-Mar se confirme dans son statut de quête sexuelle, hétérosexuelle à la base, homosexuelle au final. Attention, rapports et amour ne sont pas magnifiés. Aucune musique extra-diégétique ne vient assagir la scène. Le maquillage n’est pas non plus de rigueur dans Beira-Mar, les visages des protagonistes sont marqués : boutons, traces rouges ou petites plaies nous laissent découvrir des jeunes dans la fleur de l’âge, s’immisçant petit à petit dans la vie d’adulte, une vie qu’ils ne cessent de repousser. Il est également intéressant de souligner que Mateus Almada et Maurício José Barcellos sont deux acteurs amateurs, dont un a été repéré sur Facebook. Si leur personnage ne sont pas des plus démonstratif, leur interprétation est sujette à une certaine sensibilité et une naïveté qu’il est agréable à voir. Les deux jeunes hommes s’aident à grandir mutuellement, et leur complicité est belle à voir.

Filipe Matzembacher et Marcio Reolon nous donne donc à voir l’homosexualité masculine, là où Abdellatif Kechiche avait levé le voile sur une homosexualité féminine. Certains assimileront les deux films, le bleu des cheveux de Tomaz rappelant ceux de Léa Seydoux dans La Vie d’Adèle et pourtant, Beira-Mar a été tourné en 2012. Par conséquent, les réalisateurs n’avait aucun connaissance du projet du réalisateur franco-tunisien, et n’étaient pas au fait du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, à l’origine du film de Kechiche.
Même si le sujet traité, la quête d’identité sexuelle, s’avère intéressant, Beira-Mar ou l’âge des premières fois est un film fade et plutôt impersonnel, aux personnages manquant de caractère et de force. Tomaz et Martin ne sont pas assez charismatiques pour espérer emporter l’empathie du public, malgré une certaine sensibilité dans le jeu des deux acteurs principaux.

Fiche technique : Beira-Mar

Titre original : Beira-Mar
Titre français : Beira-Mar ou l’âge des premières fois
Réalisation : Filipe Matzembacher, Marcio Reolon
Scénario : Marcio Reolon, Filipe Matzembacher
Interprétation : Mateus Almada, Ariel Artur, Mauricio Barcellos, Irene Brietzke, Elisa Brittes, Maitê Felistoffa
Direction artistique : Manuela Falcão
Montage : Bruno Carboni, Germano de Oliveira
Musique : Felipe Puperi
Photographie : João Gabriel de Queiroz
Son : Tiago Bello
Production : Marcio Reolon, Tainá Rocha
Sociétés de distribution (France) : Epicentre Films
Genre : Drame
Durée : 83 minutes
Dates de sortie : 17 février 2016

TCM Cinéma Programme : Usual Suspects

[Critique] Usual Suspects

Diffusé sur TCM à partir du mardi 02 février

Synopsis : après l’attaque et l’incendie d’un bateau, l’agent des douanes Dave Kujan et l’agent du FBI Jack Baer interrogent les deux seuls rescapés, un marin hongrois grièvement brûlé et un petit arnaqueur boiteux, Verbal Kint.

Dans le cadre du partenariat entre LeMagduCiné et TCM Cinéma, nous vous proposerons régulièrement des critiques de films diffusés sur la chaîne de cinéma.

Olivier Assayas écrivait à propos d’Hitchcock : « Hitchcock est le grand cinéaste manipulateur. Il joue au chat et à la souris avec le spectateur, met en place des mécaniques, des leurres, qui conduisent son public où il le désire. On peut d’ailleurs trouver cette manipulation perverse». Le minimum que l’on puisse dire, c’est que Bryan Singer, pour son deuxième long métrage, a retenu les préceptes du maître.

Double temporalité

Usual Suspects est un film jouissif, un polar tendu construit avec maestria. Le scénario, écrit par Christopher MacQuarrie (futur réalisateur de Mission Impossible : Rogue Nation) alterne deux chronologies différentes : le présent (l’enquête sur le massacre du bateau dans le port de San Diego) et le passé (récit de Verbal Kint), construction que l’on avait qualifiée de complexe à la sortie du film. De fait, le scénario est loin d’être compliqué, et le spectateur peut sans problème remettre dans l’ordre les épisodes. Mais cette organisation permet à Singer d’arriver là où il veut nous mener et d’entraîner les spectateurs dans un jeu de manipulation diabolique.

Le passage d’une temporalité à l’autre se fait par un réseau dense de références internes et de renvois qui assurent une cohérence à l’ensemble. Du coup, la narration se fait avec une impeccable fluidité : une fois embarqué dans le navire de Singer, on n’en sort pas. Sa durée courte (1h45) lui assure un rythme rapide, malgré les scènes d’action peu nombreuses. Enfin, sa construction en flashback, nous rappelant constamment que presque tout le monde est mort sur ce bateau, donne un aspect de tragédie moderne à cette histoire de gros coup, renvoyant aux classiques du genre. De plus, ces deux temporalités sont assumées par deux narrateurs différents, puisque le passé est vu uniquement à travers le témoignage de Verbal Kint. Cela permet à Singer de s’amuser très subtilement sur le rôle des différents narrateurs.

Deux coups de génie

A priori, pas de grande originalité dans le déroulement du scénario ni dans l’histoire elle-même, qui reprend un des thèmes importants du polar (l’alliance de cinq petits malfrats dans le but de faire un gros coup), mais une grande maîtrise dans son système narratif. Cependant, le synopsis met l’accent sur deux énigmes autour desquelles tourne toute l’histoire. La première énigme, c’est le coup du bateau lui-même. On nous annonce dès le début qu’il s’agissait d’un trafic de drogue, mais plus l’enquête évolue, plus le flou s’installe autour de ce qui s’est réellement passé sur un quai de San Diego. Chaque nouvelle information, au lieu de clarifier la situation, renforce encore l’énigme.

L’autre coup de génie, c’est Keyser Söze. Criminel fantôme, sorte de Croque-Mitaine du monde des petites frappes, Père Fouettard ultime, son personnage marque d’une façon indélébile les spectateurs du film. Véritable mythe, légende urbaine, il emploie tout le monde en même temps (certains travaillent indirectement pour lui sans même le savoir) et son invisibilité lui permet d’être à la fois partout et nulle part simultanément. Légende pour les uns, terrifiante réalité pour les autres, on nous le présente avec une aura si légendaire qu’il en devient mythique. La scène où Kint raconte la légende de Söze en Turquie est filmée d’une façon tellement irréelle qu’elle renforce le flou du spectateur.

Réflexion sur les mythes, jeu sur la narration, Singer réemploie les ingrédients traditionnels du genre pour s’amuser avec son spectateur. Série B réalisée avec relativement peu de moyens et des acteurs alors inconnus mais remarquables à tout point de vue, Usual Suspects est un film qui peut se voir et se revoir avec le même plaisir, tant il restera toujours des réponses à la question : comment se fait-on manipuler par un cinéaste ?

Usual Suspects : Bande annonce

Usual Suspects : Fiche technique

Réalisateur : Bryan Singer
Scénariste : Christopher MacQuarrie
Interprètes : Gabriel Byrne (Dean Keaton), Kevin Pollack (Todd Hockney), Stephen Baldwin (Michael MacManus), Benicio DelToro (Fenster), Kevin Spacey (Verbal Kint), Pete Postlethwaite (Kobayashi), Chazz Palminteri (Dave Kujan), Giancarlo Esposito (Jack Baer).
Musique et montage : John Ottman.
Directeur de la photographie : Newton Thomas Sigel
Producteur : Michael McDonnell, Bryan Singer.
Compagnies de production : Polygram Filmed Entertainment, Spelling Films International, Blue Parrot, Bad Hat Harry Productions, Rosco Film GmbH.
Compagnies de distribution : Polygram Filmed Entertainment.
Date de sortie : 25 janvier 1995.
Durée : 1h46
Budget : 6 millions de dollars
Récompenses : Oscars du meilleur scénario original (Christopher MacQuarrie)
Oscar du meilleur second rôle masculin (Kevin Spacey)

Diffusé sur TCM à partir du 02 février 2016