Une expédition de trappeurs, un guide grièvement blessé par un ours et laissé pour mort par ses camarades, en plein conflit entre Blancs et Indiens : en ce mois de février 2016, lorsque l’on réunit ces éléments, cela fait inévitablement penser à The Revenant, le nouveau film événement d’Alejandro Gonzalez Inarritu.
Synopsis : l’expédition de trappeurs du capitaine Henry (John Huston) cherche à atteindre le fleuve Missouri pour pouvoir partir vendre leurs fourrures dans le Sud. Ils doivent faire vite, car les Indiens menacent d’attaquer. Mais Zachary Bass, le guide, est attaqué par un ours et laissé pour mort.
Mais ici, nous sommes en 1971, le film est réalisé par Richard C. Sarafian et l’acteur principal est Richard Harris.
Cependant, l’histoire est bel et bien identique : c’est l’histoire vraie de Hugh Glass, qui a été attaqué par un ours dans le Sud Dakota en 1823. Et si, dans le film de Sarafian, le nom du personnage est changé de Glass en Bass, l’allusion reste transparente.
Double mouvement
Man in the wilderness est construit sur deux mouvements. Le premier, c’est le mouvement intérieur qui entraîne un Bass mourant à puiser des forces dans sa vie passée. Le film plonge alors dans cette introspection à travers toute une série de flash-backs nous permettant de mieux connaître ce personnage pourtant mystérieux. Nous voyons se dessiner devant nous le portrait d’un homme qui va progressivement rejeter la « civilisation » blanche avec ses religions et son mode social.
C’est dans cette quête intérieure que va s’effectuer également une sorte de communion avec la nature. « Le royaume du ciel est en toi comme en toute chose : la mer, le ciel, le vent », lui dira un personnage issu directement de son passé. Et c’est à travers la nature que Bass reconstituera ses forces.
Le second mouvement est celui de l’expédition du capitaine Henry. Les trappeurs cherchent à rejoindre le Missouri, poursuivis par les Indiens et par leurs remords. Ils ont abandonné le corps de Bass, mais son fantôme semble hanter le convoi. Henry, qui considérait Bass comme son fils mais n’hésite pas à faire avancer sa troupe sans esquisser le moindre retour en arrière, fait le guet chaque soir, comme s’il attendait l’arrivée de l’esprit du guide. Plusieurs fois on croit le voir, on lui tire même dessus avant de se rendre compte que ce n’est pas lui. Bass devient le symbole de la malédiction du convoi.
Car l’expédition est maudite. Le capitaine, rongé par le remords, s’enfonce dans la folie destructrice. L’image de ce bateau sans eau, ce bateau voyageant sur terre, montre bien le côté contre-nature de l’aventure. On est dans l’absurdité d’hommes qui perdent le contact avec la réalité. Ces images superbes, soutenues par une musique grandiose, donnent au film un aspect épique qui contraste avec l’introspection de Bass dans une sorte de complémentarité.
« Civilisés » et « sauvages »
Outre sa réflexion sur les liens entre l’homme et la nature, Le Convoi Sauvage se distingue aussi par une vision critique des pionniers Blancs. Même si les Blancs se prétendent « civilisés » et n’hésitent pas à qualifier les Indiens de « sauvages » ou « barbares », il n’en reste pas moins que les trappeurs détruisent la nature, abandonnent leur blessé, et tirent constamment les premiers lors des combats, sans même chercher à connaître les intentions des personnes en face. « Nous sommes les découvreurs de la nouvelle Amérique », dira le Capitaine Henry. Sarafian se livre donc à une attaque contre les pionniers du pays, une version critique des légendes fondatrices des Etats-Unis.
Sur un rythme lent, Le Convoi sauvage s’inscrit dans cette liste de films des années 70 qui remettaient en question le western traditionnel, au côté de Jeremiah Johnson par exemple. L’interprétation est excellente, les images sont très belles, montrant un travail discret de mise en scène. Incontestablement, le film de Richard C. Sarafian est à redécouvrir.
Le Convoi Sauvage : Fiche Technique
Titre Original : Man in the wilderness
Réalisateur : Richard C. Sarafian.
Scénario : Jack DeWitt
Interprétation : Richard Harris (Zachary Bass), John Huston (Capitaine Henry), Henry Wilcoxon (chef Indien), Percy Herbert (Fogarty), Dennis Waterman (Lowrie).
Photographie : Gerry Fisher
Montage : Geoffrey Foot
Musique : Johnny Harris
Producteur : Sanford Howard
Société de production : Limbridge, Wilderness films.
Société de distribution : Warner Bros
Date de Sortie : 24 novembre 1971 (USA)
Pays : Etats-Unis
Durée : 104’
C’est juste après le succès international de L’Ange Bleu que Josef Von Sternberg embarque l’actrice Marlene Dietrich (dont il s’imagine être le Pygmalion) à Hollywood pour une coproduction internationale. Les films coloniaux étant à la mode, c’est donc en Afrique du Nord que se déroulera Cœurs Brûlés (Morocco de son titre original), en pleine époque de conflits contre des groupes de résistants locaux cachés dans les montagnes. Cette situation justifiera la présence de la Légion étrangère dans la ville.
Synopsis : à Mogador, en plein Maroc colonial, le légionnaire Tom Brown rencontre la chanteuse de cabaret Amy Jolly. Ils tombent amoureux l’un de l’autre.
Terre d’exotisme et de sensualité
Le film va jouer pleinement sur l’aspect exotique de son scénario. Le cinéaste prend son temps pour nous montrer la population locale, les prières, il implante une ambiance quasiment digne des contes arabes. Mogador devient une sorte de Babel où toutes les langues sont parlées, mais c’est également un lieu où toutes les luxures semblent possibles.
Avec son goût du scandale et de la sensualité assumée, Von Sternberg va jouer là-dessus. Son film apparaît vite comme un écrin où se déploie toute la splendeur de Marlene Dietrich. L’actrice a bien changé depuis L’Ange Bleu, mais le cinéaste aime toujours la rendre provocante. Habillée en garçon, elle n’hésite pas à embrasser une autre femme, geste qui, en 1930, ne pouvait qu’être scandaleux.
« Rien de tel que l’indépendance », dira Amy : là est résumé un des thèmes importants du film. Amy se veut une femme libre, choisissant ses amants, se jouant des hommes et des règles de pudeur qu’ils imposent. Mais cette liberté est-elle réelle ? De qui dépend-elle ? Amy ne va-t-elle pas s’enfermer dans son amour pour Tom Brown ?
Un des aspects les plus importants du personnage d’Amy, c’est sa méfiance manifeste envers ses propres sentiments. Elle veut jouer à la séductrice, mais refuse catégoriquement de tomber dans le piège de l’amour. A travers les mots, en filigranes, on sent toute la souffrance de ce personnage, souffrance d’autant plus émouvante qu’elle reste muette, qu’Amy se force à la masquer, mais qu’elle passe par tous les pores.
Suicide Passenger
Dès le début, Tom Brown nous paraît avoir plusieurs points communs évidents avec Amy. Lui aussi ne respecte pas les règles. Ce qui entraîne de fréquents conflits avec sa hiérarchie. Lorsque l’officier donne ses consignes, c’est Tom qu’il regarde avec intensité, sachant déjà qui va les enfreindre. Séducteur incapable de résister à une femme, il est volontiers bagarreur et violent. Quand ses supérieurs veulent l’affecter ailleurs, il refuse tout simplement, préférant se rendre coupable d’insubordination.
Le second point commun concerne sa vie passée. Même s’il n’en dira jamais rien, Brown laisse suggérer qu’il s’est engagé dans la Légion pour fuir son passé et les conséquences d’éventuelles fautes qu’il aurait commises. Amy, elle aussi, arrive au Maroc pour fuir. « Il y a une Légion Étrangère pour les femmes aussi » avouera-t-elle, sans que, une fois de plus, on puisse savoir ce qui a pu la pousser à tout abandonner pour se donner en spectacle dans un cabaret miteux. Au début du film, l’officier du bateau l’affirme : ces passagers sont appelés les « Suicide passenger » : aller simple sans retour.
Mélodrame
Il y a une déchéance qui amène les personnages au Maroc ; il y en a une autre, une plus profonde encore, qui fait définitivement abandonner la vie sociale et la liberté, une déchéance produite par l’amour, sentiment décrit ici comme asocial. Toute la seconde partie du film conduit à cette rupture, à ce constat terriblement pessimiste.
Le film déploie alors les charmes du mélodrame. Les sentiments contrariés, l’amour qui va à l’encontre de la position sociale et des convenances, tout les ingrédients sont ici réunis. Mais Von Sternberg agit avec subtilité : pas de pathos, pas de musique lourde venant insister sur les sentiments. Le mélodrame est d’autant plus tragique qu’il n’est pas appuyé.
Aidé d’un casting irréprochable (le couple Marlene Dietrich et Gary Cooper, peut-on rêver plus mythique?), le cinéaste dresse, avec une grande économie de moyen, un très beau film sur la liberté et l’enfermement, sur l’enfer des sentiments qui coupent du monde et changent des destinées, sur la déchéance. Un film sur la fuite, un mélodrame colonial se déroulant dans un monde rempli de dangers et de mystères.
Coeurs Brûlés : fiche technique
Titre original : Morocco.
Réalisateur : Josef Von Sternberg
Scénariste : Jules Furthman, d’après la pièce Amy Jolly de Benno Vigny
Interprètes : Gary Cooper (Tom Brown), Marlene Dietrich (Amy Jolly), Adolphe Menjou (M. Bessiere)
Photographie : Lee Garmes
Musique : Karl Hajos, Leo Robin
Producteur : Hector Turnbull
Société de production : Paramount Pictures
Pays : USA
Année : 1930
Durée : 1h28
Les chamans du Do it yourself new-yorkais posent leurs caméra dans l’Upper West Side et captent un pan de la ville que l’on croise sans jamais voir, celui du trafic d’héroïne.
Synopsis : A New York, un couple de vagabonds toxicomanes, entretenant une relation conflictuelle, se bat contre leur addiction.
La folle histoire d’amour du titre lie inexorablement Harley, blanche et blonde jeune fille avec le sombre métalleux Ilya. Deux toxicomanes vivant dans la rue, sans cesse à la récolte d’un peu d’argent pour leur prochain fix. Ils sont les habitants du quartier que l’on croise sans regarder qui, à force de survivre, touchent à l’addiction du danger.
Le film s’ouvre sur les visages des deux protagonistes s’embrassant à même le sol. Du made love in New-York on passera rapidement au mad love lorsque Harley, qui désespère après avoir perdu celui qui la traite désormais comme une moins que rien, se tranche les veines. C’est le point de départ d’un combat contre une autre addiction, celle de l’amour toxique cette fois-ci.
L’inexplicable attrait d’Harley pour ce démon urbain qu’incarne Ilya ne peut s’expliquer que par une addiction amoureuse qui a dû prendre racine lors d’une parenthèse idyllique d’un passé tragique, à l’image de la scène d’introduction. Lorsqu’Ilya disparaît ou frôle l’overdose, la jeune femme perd les pédales, sauf que leur retrouvailles sont très vite synonymes d’errances funestes. Le jeune homme devient un substitut à l’héroïne de l’héroïne sans jamais la sauver. Si New-York était Gotham, Harley serait Quinn et Ilya le joker. Le comic book de Batman relatant leur relation s’appelle d’ailleurs Mad Love, ce qui n’a sans doute pas échappé aux cinéastes.
Mad Love in New-York n’est pas un portrait de ces personnages, pourtant directement inspirés des écrits d’Arielle Holmes (Heaven knows What) qui joue son propre rôle en incarnant Harley. Le film n’est pas là pour nous faire comprendre tel un documentaire le quotidien de ces personnages, mais pour nous le faire ressentir, au plus près d’eux. Et la mise en scène des frères Safdie n’y est évidemment pas pour rien. La caméra ne se contente pas de suivre son personnage dans son dos, mais la réalisation passe de plans larges filmés de l’autre côté de la rue, à des plans très rapprochés, une manière d’ancrer ces destins tragiques dans une réalité urbaine que l’on connaît par cœur. Les deux réalisateurs ont d’ailleurs filmé à même la rue, avec des acteurs souvent non-professionnels issus de l’entourage d’Arielle Holmes. Ce choix anti-studio donne énormément d’authenticité au film.
On frôle dès lors le documentaire, mais les Safdie avaient davantage envie de lorgner vers le fantastique pour éviter le didactisme d’un film anti-drogue. Le choix, entre autres, d’Isao Tomita pour la bande-son imprègne le film d’un psychédélisme en adéquation avec son sujet. Le générique du début, long plan-séquence musical à l’hôpital, nous prive d’un pathos, préférant plutôt nous plonger dans ce monde parallèle qu’est celui de la toxicomanie.
Après une piqûre d’héroïne il n’y qu’un pas entre le surnaturel et le naturel, du téléphone d’Ilya se transformant en feux d’artifice au réveil brutalement seul d’Harley dans son bus en direction de jours meilleurs. Avec Mad Love in New-York les frères Safdie ont filmé des personnages en errance entre la vie et la mort, des personnifications de nos hantises de décadence.
Mad Love in New-York de Josh & Benny Safdie – Bande-annonce
Fiche Technique : Mad Love in New-York
Titre original : Heaven Knows What
Date de sortie : 03 Février 2016
Nationalité : Américain
Durée : 97 min.
Genre : Drame
Réalisateur : Josh et Benny Safdie
Auteurs : Josh Safdie et Ronald Bronstein d’après le roman Mad Love in New York City d’Arielle Holmes
Casting : Arielle Holmes, Caleb Landry Jones, Buddy Duress, Necro, Eléonore Hendricks
Chef opérateur : Sean Price Williams
Chef décoratrice : Audrey Turner
Monteurs : Benny Safdie et Ronald Bronstein
Musique : Ariel Pink, Paul Grimstad, Isao Tomita
Producteurs : Sebastian Bear-McClard, Oscar Boyson, Benny Safdie, Josh Safdie
Distributeur : Carlotta Films
Budget : NR
Ça ne va pas fort chez les super-héros de la Fox : leur Quatre Fantastiques a été un tel échec que la licence leur a échappé, et leur X-men Apocalypse ne réussira pas à s’imposer auprès du grand public encore sous le coup des mastodontes commerciaux Captain America 3 et Batman Vs. Superman. La stratégie de la firme pour se refaire une santé est de justement jouer sur cette saturation de blockbusters de super-héros que ce printemps va nous faire vivre pour nous vendre une adaptation des aventures d’un personnage dont la nature même est d’en casser les codes aseptisés.
Synopsis : Ancien soldat des forces spéciales reconverti comme mercenaire au rabais, Wade Wilson est un individu lubrique et immoral au franc-parler acerbe. Alors qu’il croit avoir réussi à se poser en filant le grand amour avec une jeune femme aussi délurée que lui, il apprend qu’il est atteint d’un cancer. Il accepte l’offre d’une société secrète lui proposant de le soigner, mais lorsqu’il réalise qu’il a été trahi, il choisit d’utiliser les pouvoirs acquis lors de cette expérience pour se venger.
Héros sale et méchant
Imaginé en 1991 par Fabian Nicieza et Rob Liefeld comme un antagoniste des X-men, Deadpool devient rapidement assez populaire pour se voir offrir ses propres comics. Présenté comme un tueur à gages psychopathe au bagout intarissable, son super-pouvoir d’auto-guérison s’accompagne d’une névrose qui lui permet, entre autres, d’être conscient d’être un personnage de bande-dessiné et donc de pouvoir briser le quatrième mur. En chantier depuis une dizaine d’années, initialement pensé pour être le premier spin-off à faire suite à la trilogie X-men, un film consacré à Deadpool n’a malheureusement pas pu se faire plus tôt, suite aux refus de plusieurs réalisateurs pressentis (Robert Rodriguez, David S. Goyer…) et aux difficultés de s’adapter au planning de plus en plus chargé de Ryan Reynolds, ce dernier ayant été contraint de se contenter d’un caméo dans le premier film consacré à Wolverine. Le projet a finalement atterri entre les mains de Tim Miller, connu uniquement des amateurs de jeux-vidéos pour être un spécialiste dans l’animation de cinématiques. A présent vendu par une campagne marketing chargée comme une comédie d’action survoltée, le long-métrage prétend avoir emprunté aux bandes dessinées dont il est tiré sa violence et sa vulgarité inédite. Interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis, Deadpool a au moins le mérite d’être libéré des contraintes de grosses productions tout public. Mais cet argument ne couvre-t-il pas une simple pantalonnade, comme a pu l’être Hancock, une série B impersonnelle, comme The Punisher en son temps lui aussi classifié R17, ou bien est-ce là ce film transgressif tant attendu qui fera enfin bouger les codes d’un genre trop balisé ?
Les codes du genre, on peut dire que le réalisateur les connait au vu du générique d’ouverture. En quelques secondes, le ton est donné : L’autodérision et le détournement des poncifs cinématographiques seront les principaux ressorts comiques du film. Mais les minutes qui suivent font aussitôt naître une frayeur tristement légitime: Et si toutes les bonnes blagues et les meilleures scènes d’action avaient été révélées par la campagne promotionnelle? Malgré la qualité du montage qui rend jouissives les cascades et autres gunfights de cette introduction survitaminée, il faudra attendre un petit quart d’heure pour pouvoir apprécier des scènes inédites et faire renaître l’espoir d’être surpris. Dès lors, les punchlines du héros masqué reprennent le pas sur l’action et les flashbacks revenant sur les origines du personnage deviennent le centre de gravité de la narration. Ce background est très fidèle aux comic-books, même si les puristes pointilleux trouveront toujours à se plaindre, prétextant entre autres que le mot « Arme-X » ne soit jamais cité. Le talent du réalisateur dans le domaine des effets spéciaux permet aux scènes d’action d’être spectaculaires malgré le budget relativement réduit du film. Des scènes au cours desquels on appréciera les effluves sanglantes, loin d’être outrancièrement gores mais déjà trop rares pour ne pas être remarquées. Rédigé par le même duo de scénaristes que Bienvenue à Zombieland, le scénario parvient à tirer profit de la nature de son anti-héros dans sa façon de s’adresser directement au public, rendant ainsi fluides les allers-retours chronologiques et à justifier les moqueries aux codes cinématographiques auxquels le film est fatalement soumis. Son humour salace est également habilement utilisé pour multiplier les allusions sexuelles les plus graveleuses sans que le film ne sombre dans un esprit lourdaud que l’on pouvait craindre. Mais les répliques les plus drôles sont indubitablement celles qui ont pour cible ce cinéma commercial et politiquement correct dont il se prétend l’antithèse. Un sens de l’autodérision qui n’épargne évidemment ni la mythologie X-men (on regrettera que Hugh Jackman ait refusé de faire une apparition) ni Ryan Reynolds en personne. C’est cet ultra-référencement dans la répartie fleurie du personnage qui rappelle que nous sommes face à un film de fans, et c’est là sa principale limite.
Sans jamais être véritablement subversif dans ce qu’il raconte, Deadpool n’hésite pas à imposer à l’univers des super-héros un humour noir dont le niveau n’a jamais été atteint. Sexe, drogues, blagues sexistes, violence gratuite… tous les ingrédients sont réunis pour donner au long-métrage une tonalité amorale qui pourtant ne fait jamais son effet en tant que tel. Tout en en jouant avec un impitoyable esprit satirique, la trame du film ne parvient aucunement à briser le schéma imposé par un cahier des charges nécessitant une exposition du background du personnage et de son combat contre un méchant. Incarné par Ed Skrein (vu dans Game of Thrones et héros de Le Transporteur Héritage), Ajax est un parfait « méchant qui a la classe », mais bien trop lisse au regard de ce qu’il est dans la bande-dessinée. Avoir choisi pour méchant un personnage aux pouvoirs relativement similaires à ceux du héros est une solution de facilité qui rend leur combat peu palpitant mais qui surtout est la source d’un manichéisme aux antipodes de ce qu’incarne Deadpool. De son côté, la fiancée de Wade Wilson est interprétée par la délicieuse Morena Baccarin (la femme de Brody dans Homeland et de Gordon dans Gotham) qui participe au caractère sulfureux du personnage, même si là encore le scénario n’a pas oser exploiter son statut de prostituée. Il est des choses avec lesquels on ne plaisante pas, et la sacro-sainte histoire d’amour en est une. A l’image de Deadpool qui manque naturellement de subtilité, aucun personnage secondaire ne peut prétendre avoir été écrit avec une quelconque épaisseur, les motivations des méchants n’étant même pas définies. Le plus gros regret concernant la caractérisation de Deadpool est sans doute de ne pas avoir su jouer avec sa névrose schizophrénique, l’absence d’incarnation à ses voix intérieures étant sans doute le petit grain de folie qui manque au film. L’éclatement narratif et l’étirement de certains flashbacks ont beau permettre de comprendre les enjeux du héros, ils ont aussi pour effet de donner au récit un rythme bancal. La scène précédent la transformation de Wade est ainsi trop peu dynamique, tandis que d’autres passages ne réussissent à devenir iconiques que grâce à l’usage de musiques pleines d’entrain: on pense notamment à « Shoop » de Salt-N-Pepa ou « X Gon’ Give It To Ya » de DMX, mais aussi l’hilarant rap qui accompagne le montage des premières (ex)actions de Deadpool. Ainsi, tout n’est pas parfait dans cette comédie d’action, jubilatoire comme un Kingsman, mais ni aussi corrosive ni aussi explosive qu’on aurait pu le souhaiter.
Début en demi teinte pour une franchise de super-héros se vouant différente des autres en jouant à fond sur le potentiel déjanté et irrespectueux de son personnage et de sa verve ininterrompue et ce, de son ouverture à sa scène post-générique. Avoir réussi à nous faire oublier, à grands coups de répliques cinglantes et de gags trashs, les faiblesses d’un scénario convenu n’est finalement que la première chose à attendre d’un divertissement régressif. Et le sentiment de ne pas être pris pour des gamins écervelés est la preuve que, sans révolutionner quoi que se soit, Deadpool se démarque de toutes ces productions fabriquées à la chaine par une industrie mercantile et bien-pensante. Espérons que la suite ne rentrera pas dans le moule…. ou, mieux, qu’elle réussira à l’explosera une bonne fois pour toutes!
[Bande-annonce] Deadpool:
[Fiche technique] Deadpool:
États-Unis, Canada – 2015
Réalisation : Tim Miller
Scénario: Rhett Reese, Paul Wernick
D’après l’œuvre de : Fabian Nicieza et Rob Liefeld
Interprétation: Ryan Reynolds (Wade Wilson / Deadpool), Morena Baccarin (Vanessa), Ed Skrein (Francis/Ajax), T.J. Miller (Weasel), Leslie Uggams (Al), Brianna Hildebrand (Negasonic)…
Image: Ken Seng
Effets spéciaux : Jonathan Rothbart
Montage: Julian Clarke
Musique: Junkie XL
Producteur(s): Simon Kinberg, Ryan Reynolds, Lauren Shuler Donner, Stan Lee…
Production: Marvel Films
Distributeur: Twentieth Century Fox France
Date de sortie: 10 février 2016
Durée: 109 minutes
Classification : – 12 ans en France, R17 aux Etats-Unis
Genre: Action, comédie
Comment vous décrire ce duo monty pythonesque. Dignes successeurs de Laurel et Hardy, Reece Shearsmith et Steve Pemberton ont fait leurs armes auprès de Mark Gatiss (cocréateur de Sherlock, et interprète de Mycroft Holmes, ainsi que du professeur Lazarus dans Doctor Who) et Jeremy Dyson dans Le Club des Gentlemen diffusé entre 1999 et 2002 sur le réseau BBC Two.
Synopsis : Six histoires sans lien se déroulant à chaque fois dans un lieu différent se trouvant toujours au numéro 9. Ces habitations (maison / appartement / manoir) font face à des événements extraordinaires ou macabres, avec une bonne dose d’humour…
Ladite série comique à sketchs était à la base un spectacle théâtral, récompensé en 1997, puis une émission de radio avant de finir sur les écrans pour trois saisons. Ils récidivent dans l’humour acerbe et noir avec Psychoville en 2009. Décrite comme étant un sombre thriller psychologique, leur deuxième création raconte le quotidien de 5 personnages des plus atypiques (une sage-femme façon Kathy Bates dans Misery, un clown à demi-manchot, un acteur nain télékinésiste, un milliardaire aveugle et un homme-enfant tueur en série) reliés par une lettre qui les fait chanter sur un meurtre qu’ils auraient tous commis. Les deux hommes sont prolifiques dans un genre qui fait la réputation de l’autre côté de la Manche, la fantaisie satirique teintée d’un macabre délirant. Le rédacteur de ces lignes, amateur (et c’est un euphémisme) de séries anglaises, s’est penché sur le sujet en dévorant les deux premières saisons et constate l’écart entre d’une part la maîtrise et l’efficacité relative des sketchs de Inside n°9, et d’autre part les caricatures poussées à l’extrême ainsi que la lourdeur soulignée du potentiel comique dans les deux précédentes séries citées. CSM vous décrypte leur dernière anthologie.
La plume des deux comédiens, aux noms qui sonnent comme un cliché anglais, a beaucoup mûri en 20 ans. Inside n°9dresse actuellement 12 situations, presque toutes en huis clos, à la fois rocambolesques, dérangeantes et très drôles durant lesquelles l’être humain est pointé du doigt , qu’il soit affable, hypocrite ou égoïste… A la différence du Club des Gentlemen et de Psychoville, Inside n°9 est d’un réalisme indéniable, oscillant toujours adroitement entre froide conscience, fatalisme vain et satire habile au dénouement quasi toujours tragique et inattendu. Les anglais, en remettant au goût du jour La Quatrième dimension et Alfred Hitchcock Presents, font montre de suffisamment d’auto-dérision et de self control pour que l’ensemble des 12 épisodes paraisse enfin équilibré. 10 épisodes sont un régal, tandis que 2 autres amusent beaucoup moins. Revenons sur ces deux saisons, épisode par épisode.
Rebecca (Katherine Parkinson) et Jeremy (Ben Willbond) organisent leur fête de fiançailles au manoir familial. Les invités jouent aux Sardines (cache-cache inversé), partie durant laquelle les participants se cachent au fur et à mesure dans… une penderie, jusqu’au dernier qui perd la manche et devient le premier à se cacher dans la manche suivante. Les joueurs s’entassent progressivement et les langues se délient..
Le huis-clos n’a jamais été aussi bien utilisé: 2 à 3 m² ! Sartre (L’Enfer c’est les autres) aurait été plié en 4. Une famille bourgeoise qui a des secrets, rien d’original, mais les dialogues et les touches d’ironie font passer l’ensemble comme une excellente partie de cache-cache… Etre pris au piège au sens propre, même en tant que spectateur, plaisir coupable.
Gerald (Denis Lawson), riche propriétaire et sa jeune compagne Kim (Joyce Veheary) se font cambrioler par deux voleurs maladroits. Après avoir passé le système de sécurité, les ennuis ne font que commencer…
Episode quasi muet, le mime finit par agacer un peu, mais la description du riche d’un certain âge cherchant une seconde jeunesse au travers sa(es) conquête(s) est d’une subtilité zygomatique… En jouant au chat et à la souris, les deux acteurs/scénaristes se mettent presque à nu, sans fard ni perruque, pour se ridiculiser.
Tom (Reece Shearsmith) est un enseignant frustré par son travail et qui rêve d’écrire un roman. Un soir, un clochard nommé Migg (Steve Pemberton) retrouve son portefeuille, et Tom se sent obligé de l’héberger pour la nuit. Mais Migg prend progressivement ses quartiers dans l’appartement de Tom et transforme sa vie, au grand désarroi de Gerri, sa petite amie (Gemma Arterton).
La meilleure façon de marcher (pour ne pas citer que Claude Miller) n’est-elle pas la nôtre ? Le chat et la souris sont devenus la cigale et la fourmi, mais les apparences ne sont pas toujours trompeuses. La précarité, sur le pas de notre porte…
Frankie J. Parsons (David Bedella), un célèbre chanteur, vient rendre visite à une petite fille gravement malade en compagnie de son assistant (Adam Deacon) et de la représentante de l’organisation caritative organisatrice (Tamsin Greig). Lorsque Frankie succombe à une attaque cardiaque en gonflant un ballon, le père de la petite fille (Steve Pemberton), l’assistant et la représentante se rendent compte que son dernier souffle contenu dans le ballon pourrait valoir une fortune.
L’absurdité de l’avarice par le biais du handicap enfantin. Peut-on rire de tout? Pousser les vices à leur paroxysmes dans le seul but de moraliser ce qui serait amoral. L’écriture, un peu lourde, finit toujours remporter l’adhésion du spectateur, qui doit laisser sa conscience de la censure au placard…
Tony, un acteur de théâtre, tient le rôle-titre d’une adaptation de Macbeth. Jim, sa doublure, attend patiemment sa chance, et celle-ci survient lorsque Tony est victime d’un accident sur scène.
L’épisode a mis plus de temps que tous les autres à s’écrire et est malheureusement le moins regardé de toute la série. En 5 actes et dans la loge du comédien, nous suivons le parcours fulgurant d’une ambition prêt à tout pour grimper toujours plus haut. Un des meilleurs épisodes des deux saisons !
Katy (Aimee-Ffion Edwards (Skins, Luther)) est engagée par Hector et Tabitha (Helen McCrory (Harry Potter, Peaky Blinders)), deux frère et sœur excentriques qui vivent dans un manoir gothique, pour qu’elle garde Andras, leur frère handicapé qui est constamment alité. Elle ne doit pas entrer dans sa chambre, sauf s’il sonne de sa clochette, ce qu’il ne fait jamais d’après Hector et Tabitha.
Gothique jusqu’à l’excès, qui rappelle le personnage Oscar Lomax dans Psychoville et son manoir poussiéreux, le fond (message ou morale) est moins évident, masqué entièrement par la forme (l’univers gothique et l’horreur qui s’en dégage). Autre cas de handicap, hors cadre et personnage qui n’ont rien de « si » terrifiant pour souligner les liens familiaux et les torts secrètement cachés.
7) The Inventors (épisode online)
[Trailer] Inside n°9 saison 1
Saison 2 ★★★★☆
diffusée entre le 26 mars et le 29 avril 2015
1) La Couchette ★★★★★ (réalisé par Guillem Morales)
Alors que le docteur Maxwell, qui a un important rendez-vous professionnel le lendemain, essaie de dormir dans un wagon-lits, il est constamment dérangé par les autres occupants du compartiment, un Allemand affligé de flatulences, un couple britannique venu assister au mariage de leur fille, et une routarde australienne et son petit ami d’un soir. Pendant la nuit, les voyageurs font une macabre découverte.
On se demande s’ils n’auraient pas vu « Train d’Enfer » de Titeuf en écrivant l’épisode tant les corrélations humoristiques sont évidentes, ou bien The Lady Vanishes d’Hitchcock, tant l’écriture est intelligente. Mélissa McCarthy dans le même wagon que l’oncle Vernon et Pétunia Dursley, gentils, tandis que Reece Schearsmith incarne un savant pincé et pressé, et Steve Pemberton un allemand « décoincé ». Certes, ils usent de beaucoup de clichés, mais on ne peut au final que les admirer. Plus hitchcockien, tu meurs…
Christine (Sheridan Smith (Dates, Galavant)) rencontre Adam à une fête du nouvel an. Les téléspectateurs assistent par la suite à plusieurs épisodes importants de sa vie se déroulant à intervalles réguliers.
Les répercussions d’un choix sur une vie en 12 jours importants. Très bien écrit et mis en scène sans prétention, efficacement. Les périodes sont reliées par des connexions habiles et ingénieuses. Passer de la joie d’une aventure sans lendemain, à une vie de couple, un mariage, un enfant, un divorce avec certaines thématiques de l’épouvante, le tout porté par la talentueuse Sheridan Smith. Seul regret, trop court !
Au XVIIe siècle, Elizabeth Gadge (Ruth Sheen), une villageoise d’un certain âge, est accusée de sorcellerie par sa fille et son beau-fils. Le magistrat local fait appel à deux chasseurs de sorcières pour qu’ils déterminent si Elizabeth est coupable ou innocente.
L’humour est beaucoup plus monthy pythonesque : le huis-clos dans un tribunal qui ressemble à une cabane en paille et le public serait des figurants en cartons-pâte. L’effet de masse de villageois sans véritables opinions. La ruralité à l’épreuve de l’inconnu. Sur cet épisode, la rédaction peine à s’en faire une, d’opinion.
4) Cold Comfort ★★★★★ (réalisé par Steve Pemberton et Reece Shearsmith)
Andy commence à faire du bénévolat dans un service d’écoute téléphonique. Il reçoit un appel d’une jeune femme suicidaire qui va avoir d’importantes répercussions.
Entièrement en found footage, caméras de surveillance ou webcams, sur les conditions de travail en open space, l’épisode est d’une incroyable ingéniosité. L’un des meilleurs de la série ! Il donne envie de revoir Timecode de Mike Figgis…
5) Nana’s Party ★★★★★ (réalisé par Steve Pemberton et Reece Shearsmith)
Angela (Claire Skinner) et Jim (Steve Pemberton) invitent Carol (Lorraine Ashbourne), la sœur d’Angela, et son mari Pat (Reece Shearsmith) à venir fêter les 79 ans de Maggie (Elsie Kelly), la mère d’Angela. Cette fête familiale réunissant des personnalités très différentes va connaître un déroulement inattendu.
On revient sur la famille pour des non-dits encore plus jouissifs. L’épisode représente la quintessence du duo : faire de l’événement heureux, un vernis qui craque jusqu’à révéler la surface salie de l’être humain. Ne les traitons jamais de pessimistes, ni fatalistes !
Une jeune femme rend visite à Madame Talbot (Alison Steadman), une médium, et son assistant pour une séance de spiritisme. Après une séance particulièrement spectaculaire, il s’avère que Talbot et son assistant sont des acteurs travaillant pour une émission de caméra cachée. Toute l’équipe se met en place pour recevoir un nouveau client.
Se jouer de la téléréalité pour mieux se recentrer sur la peur primaire du revenant à la vie, très belle mise en abyme du jeu dans le jeu…
Créée et écrite par Reece Shearsmith et Steve Pemberton
Casting : Reece Shearsmith et Steve Pemberton, Oona Chaplin, Tamsin Greig, Julia Davis…
Musique : Christian Henson
Chaine de diffusion : BBC Two
Photographie: Stephan Pehrsson
Maquillage : Lisa Cavalli-Green, Roxana Habibi, Lara Prentice, Sophie Harmon, Cecilia Herlin
Coiffure : Helen Speyer …
Nb d’épisodes : 12 (+1 online)
Durée: 30 minutes
Produit par Adam Tandy et Jon Plowman
Pays : Royaume-Uni
Les livres de R. L. Stine ainsi que la série canadienne auront fait frissonner quelques générations de grands enfants. Des contes horrifiques assez simplistes mais efficaces avec des jeunes dans les rôles des héros luttant contre des créatures fantasques, monstrueuses ou bizarroïdes.
Synopsis : Nouvellement nommée Proviseure adjointe au collège de Madison dans le Delaware, Gayle Cooper emménage avec son fils Zach dans cette petite ville de province. Rapidement, Zach fait la connaissance de sa voisine, Hannah, et de son antipathique de père qui n’est autre que R. L. Stine, l’écrivain de la série Chair de Poule. Tous deux vivent cloîtrés mais lorsque Zach et un ami pénètrent dans la demeure pour sauver Hannah, ils libèrent accidentellement les monstres prisonniers des livres du romancier.
Chair de Poule : de la série au film
Dans la série télévisée Chair de Poule, le ton est assez neutre quoiqu’un peu naïf mais sans trop d’humour pour ne pas nuire à l’histoire et faire monter la tension. Les décors sombres et sinistres nous plongent dans une ambiance angoissante dès le générique et la mélodie, qu’on peut dire proche des Contes de la Crypte, confère à la série un caractère plus authentique. Dès cet instant, les enfants sont seuls face aux monstres, isolés des parents. Livrés à eux-même, ils affrontent leurs peurs et leurs angoisses comme des grands. Cette angoisse latente sur fond de mièvrerie, c’est ce qui a rendu la série Chair de Poule aussi mémorable. Sans être trop excessif dans ses images ou dans les sursauts, chaque épisode apportait son lot de frayeurs et de malaise,juste assez pour se faire peur et laisser une empreinte piquante dans la mémoire. Juste assez pour se prouver qu’on était des grands !
Chair de Poule, le film, ne laissera pas de marque impérissable.
Peu d’enfants ont frissonné d’ailleurs à l’avant-première. Et beaucoup ont ri dans la salle. Car avec ses effets spéciaux très réussis et ses quelques passages amusants, le film se rapproche davantage d’un Jumanji voire de La Nuit au Musée. Dès le début, là où on attendait le générique culte et inquiétant, on suit tout simplement une voiture à travers forêts et champs. Le sujet du film était pourtant un bon prétexte !
Pour rappel, dans le générique de la série, on suivait les pas de R. L. Stine en haut d’une colline qui surplombait une petite ville et une forêt. De sa sacoche s’échappaient les feuillets de ses histoires qui s’envolaient à travers la ville, contaminant la population, envahissant la ville avec ses créatures. Dans le film, c’est un peu le même principe puisque les monstres s’échappent des livres du romancier. Une première déception donc pour les plus grands fans. D’autant que l’ambiance du film est aussi très différente de la série. Le ton est beaucoup plus enjoué, digne d’une comédie et les images sont très colorées, quasi féeriques. A l’arrivée en voiture, on traverse des paysages verdoyants là où R. L. Stine marchait dans les herbes mortes dans la série – d’emblée le ton sinistre était donné. Les adultes aussi sont plus présents, en tant qu’adjuvants rassurants et, en guise de grands enfants, on nous sert des adolescents en quête d’une histoire d’amour. Le contexte est donc beaucoup moins inquiétant que pour la série. Le casting non plus n’a rien d’exceptionnel hormis Jack Black qui réussit sa prestation de R. L. Stine sans en faire des tonnes.
Pour autant, on reconnaît aisément les monstres de l’oeuvre de Stine et surtout on retrouve son personnage fétiche : le vilain pantin Slappy apparu dans La Nuit des Pantins, Le Pantin Maléfique et La Revanche du Pantin. Et si pour ces deux derniers titres, R. L Stine lui-même introduisait l’épisode de la série, il fait aussi une apparition à la fin du film !Il faut avouer que les créatures sont particulièrement bien réussies et fidèles aux romans, quant à la scène avec les nains de jardin, elle est jubilatoire. Chair de Poule est donc une assez bonne comédie fantastique, plutôt pour jeune public mais les grands adeptes de la série télévisée des années 90′ risquent d’être déçus par cette adaptation moderne et colorée qui saura se faire remarquer par ses images numériques et autres effets spéciaux.
Chair de Poule : Bande-annonce
Fiche Technique : Chair de Poule
Titre original : Goosebumps
Durée : 1h43
Genre: Comédie – Aventures d’épouvante
Origine : États-Unis
Réalisateur : Rob Letterman
Scénaristes : Carl Ellsworth, Scott Alexander, Larry Karaszewski, Darren Lemke
Casting : Dylan Minnette, Odeya Rush, Jack Black, Ryan Lee, Amy Ryan, Jillian Bell
Producteurs : Deborah Forte, Neal H. Moritz
Production : Columbia Pictures, Original Film, Scholastic Entertainment, Sony Pictures Entertainment (SPE)
La famille la plus célèbre de France est de retour après un premier opus sorti en 2010 et constituant un des plus gros succès de cette année-là, en ayant réuni près de 1 500 000 entrées. Olivier Barroux est de retour à la réalisation, ainsi que chacun des membres de la famille Tuche devant la caméra (Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty en tête) pour une nouvelle aventure familiale les menant cette fois de l’autre côté de l’Atlantique.
Synopsis : À l’occasion de l’anniversaire de « coin-coin », le benjamin de la fratrie, la famille Tuche part le retrouver aux États-Unis; les choses ne vont pas se passer comme prévu, mais alors pas du tout.
Après Monaco, c’est à la conquête de l’ouest américain que se livreront cette fois les Tuche. Les premiers résultats sont d’ailleurs unanimes : 201 264 entrées lors de son premier jour d’exploitation, avec une moyenne de 334 spectateurs par écran pour 604 copies. Que nous réserve ainsi cette suite et la découverte des Etats-Unis à travers les yeux de la famille Tuche? Verdict ci-dessous.
Au premier abord, l’originalité dans cette suite semble aux abonnés absents. L’idée du choc culturel étant la trame principal du premier opus est une fois encore ici le moteur essentiel de l’histoire. Par conséquent, les grandes lignes du scénario et du déroulement de l’intrigue sont identiques. Le benjamin de la famille, Donald, dit « Coin-coin », est à nouveau le narrateur, mettant en place le contexte de l’histoire ainsi que ses principaux enjeux. Il sera également, grâce à son savoir, à nouveau introduit rapidement dans le monde des affaires ; le père, joué par Jean-Paul Rouve, fidèle à son accent et ses jeux de mots faciles, prendra sous son aile non pas une équipe de foot mais une clinique chirurgicale ; les deux enfants essayent toujours de percer dans le monde du spectacle : Le cinéma, pour Stéphanie, et la musique pour Tuche Daddy. Quant à Mamie Suze : ses incompréhensibles logorrhées verbales sont toujours de la partie.
Les principaux gags émanant de cette trame sont donc sensiblement les mêmes que le premier film. Cependant, nous attendions-nous réellement à quelque chose de sensiblement différent ? Le terrain de la comédie populaire est balisé, encadré, régi par des principes stricts : une réalisation et mise en scène des plus classiques, un humour grand public, une caractérisation des personnages assez basique, et des situations rocambolesques rapidement résolues pour laisser place à un final où la morale et l’optimisme font bon ménage.
En ce sens, Les Tuche 2 fait très bien son job. Les répliques font mouche pour la plupart et les personnages sont toujours aussi décalés et crétins. On retiendra surtout Jean Paul Rouve qui continue d’exceller en père de famille beauf, s’improvisant chirurgien et fan absolu de Charles Ingalls de La Petite Maison Dans La Prairie. Qu’importe ainsi si certains seconds rôles restent trop superficiels, notamment un Maurice Barthelemy en faux agent de star qu’on aurait voulu voir plus développé. Qu’importe également si la pointe d’émotion que l’on voit apparaître à fin du film est bien trop primaire et expédiée pour réellement convaincre. Le public veut voir les Tuche : et en ce sens, le film est efficace !
Ainsi, Les Tuche 2 – Le Rêve Américain est une suite des plus classiques, bien consciente de ses défauts (manque d’originalité, mise en scène classique…) mais bien menée. Cette famille, dont les retrouvailles sont à destination des fans du premier film et plus généralement aux amateurs de comédies populaires, n’a rien perdu de son efficacité et de sa drôlerie. Tuche pour un, un pour Tuche !
Bande annonce officielle de Les Tuche 2 – Le Rêve américain
Fiche technique – Les Tuche 2 – Le rêve américain
Date de sortie : 03 février 2016
France – 2016
Réalisation : Olivier Baroux
Scénario : Philippe Mechelen, Lionel Dutemple, Julien Hervé, Benjamin Morgaine, Nessim Chikhaoui
Interprétation : Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, Sarah Stern, Pierre Lottin, Théo Fernandez…
Musique : Martin Rappenau
Photographie : Christian Abomnes
Décors : Perrine Barre
Montage : Richard Marizy
Sociétés de production : Eskwad, Pathé, TF1 Films Production, Prod par 4 Ciné, Jouror Film, Pathé Distribution
Sociétés de distribution : Pathé Distribution
Genre : Comédie
Durée : 96 minutes
En cette période troublée, où l’expression semble devenue celle de nos libertés qu’il faudra chérir et défendre avec le plus d’acharnement, l’association fondamentaliste catholique Promouvoir, semble vouloir user et abuser de la sienne au détriment de celle des autres en général, des cinéphiles en particulier. Loin de nous l’idée de promouvoir (justement…) à travers ces lignes la violence et le sexe au cinéma, encore moins lorsqu’il s’agit de mineurs, ou même de bouffer du curé et de remettre en cause la liberté de chacun de croire. Simplement, il faut rappeler quelques éléments fondateurs de notre société et de notre République. Après Baise-Moi en 2000, Antichrist, Bang Gang, Love, La Vie d’Adèle et bientôt Les 8 Salopards, ils sont de plus en plus nombreux ces films qui, au nom d’une trop grande violence (pour Les 8 Salopards) ou d’un trop-plein de sexe (pour Baise-Moi, Love, Antichrist), se retrouvent dans la ligne de mire de l’association fondamentaliste, qui tente de les faire interdire au plus grand nombre. Promouvoir est une association religieuse plutôt discrète, qui agit dans l’ombre, au mépris de tout esprit de laïcité (concept qu’ils abhorrent de toute façon), pour nous empêcher, en adultes responsables, de penser par nous-mêmes. Elle agit la plupart du temps au travers de son avocat maison, maitre André Bonnet (il se fait aussi appeler Patrice André…) fondateur et président de l’association qui, à défaut de représenter qui que ce soit d’autre qu’elle-même, a décidé à travers le cinéma, d’imposer sa vision étriquée de la société, sous prétexte de protéger nos enfants bref, de tuer la libre-pensée du spectateur/parent et la libre-expression du réalisateur. Leur modus operandi est simple: déposer des recours auprès des tribunaux pour faire reclassifier les films qu’ils jugent non conformes à leur vision réductrice du Septième Art. Pleins de mauvaise foi (sans jeu de mots), ils affirment sans sourciller que leurs principes religieux n’ont rien à voir avec leurs attaques…
Ce qui est révoltant dans leur démarche, ce n’est pas seulement qu’un groupe aussi réduit de personnes, qui ne représente rien (ou si peu) dans notre pays, ni par ses idées moyenâgeuses, ni par le nombre, se permette de nous dire ce que nous pouvons voir ou non et à quel âge nous pouvons le voir. C’est surtout qu’en dehors de toute anarchie, à une époque où nous devrions pouvoir encore plus qu’avant, dire ce que nous voulons, penser ce que nous voulons, voir ce que nous voulons, faire l’amour comme nous voulons, jouir de la vie comme nous voulons bref, être libres aujourd’hui plus qu’hier; de petits esprits viendraient avec une morale mortifère nous dire que oui, les extrémistes ont gagné et vont désormais imposer leur marche à la société.
Toute aussi révoltante est leur volonté de faire entrer leur vision religieuse de l’art dans la sphère publique. Alors que la laïcité devrait être aujourd’hui plus que jamais, un concept qui s’élargit, qui sort du simple espace administratif (rappelons en effet que le loi de 1905, limite l’absence d’expression religieuse, de quelque manière que ce soit, aux seuls espaces administratifs de l’État (mairies, préfectures, services publics, etc…) pour s’étendre à tous les aspects publics de la société, Promouvoir tente de nous ramener avant 1905, époque où la religion catholique nous éduquait, avait droit de regard sur tout ce qui faisait nos vies et nous imposait sa notion de bien et de mal. Il est d’ailleurs étonnant que le comité de classification, puis la commission de classification du C.N.C. soient de plus en plus souvent remis en cause par des juges, comme si les réactions de certains groupuscules commençaient à en effrayer plus d’un et poussaient certains d’entre eux à les caresser dans le sens du poil, par peur de réactions excessives.
Bien évidemment, il n’est pas question de permettre à n’importe qui de voir n’importe quoi à n’importe quel âge, mais il est question d’accorder à tous le bénéfice de la maturité et de la responsabilité. Charge alors aux parents de dire à leurs enfants ce qu’ils sont en âge de voir ou non, tout en respectant la classification initiale. En aucun cas, il n’appartient à quelque association religieuse que ce soit, quand bien même cela serait en toute légalité et peut-être même légitime, d’imposer son dogme à l’ensemble d’une population dont elle se moque de savoir si elle partage ses désirs, ses croyances et encore moins sa morale. Nous sommes un pays libre de conscience, d’opinion ou de religion, parfois nous sommes même de sales gosses libertaires post-soixante-huitards, il est alors insupportable que Promouvoir utilise notre justice laïque à des fins de promotion d’une vision religieuse de nos moeurs et plus encore, de toute expression artistique, qu’elle soit musicale, plastique ou cinématographique. La seule religion qui puisse s’imposer dans la République française est celle de la laïcité qui, en ne représentant personne, représente tout le monde.
Dès les premières minutes, il est évident qu’avec Chantons sous la pluie, nous sommes devant une comédie musicale : voilà nos trois héros chantant gaiement la chanson éponyme, en cirés jaunes sous une pluie battante, dans un moment totalement anachronique au film, puisqu’en effet le personnage de Debbie Reynolds n’a pas encore rencontré ceux de Gene Kelly et de Donald O’Connor.
Diffusé sur TCM à partir du mardi 02 février
Synopsis : Don Lockwood est une grande star du cinéma muet hollywoodien. Nous sommes en 1927, et toutes les productions se tournent vers le parlant. Mais la partenaire de Don, Lina Lamont, est une femme capricieuse, stupide et dotée d’une voix affreuse.
Mais peu importe, nous sommes au cinéma, et qui plus est, devant une comédie musicale, et peut-être même la comédie musicale. Une petite contextualisation s’impose. Le film sort dans les salles américaines en 1952, à une époque où les comédies musicales sont nombreuses, avec des acteurs dans la droite lignée du music-hall comme le sont les deux plus connus représentants à savoir Fred Astaire et Gene Kelly, le héros de Chantons sous la pluie. Après la guerre, et pour contrer l’expansion de la télévision, le cinéma doit trouver de nouvelles manières d’attirer le public, aussi seront privilégiés les films à spectacle tels les westerns et les péplums, ou en l’occurrence les comédies musicales, alliés à une utilisation de la couleur et une mise en scène exubérante. Chantons sous la pluie n’échappe pas à la règle puisque le film contient de nombreux numéros chantés et dansés, comme on peut s’y attendre. Mais après le précédent film de Gene Kelly Un Américain à Paris qui s’apparentait davantage à un mélodrame, le film co-réalisé avec Stanley Donen porte les marques de la comédie. Le comique est porté presque entièrement par le personnage de Cosmo Brown, joué par Donald O’Connor, dont chaque scène est pretexte à de bonnes grimaces ou de superbes moments de cabarets, comme le prouve la chanson Make ‘Em Laugh. Donald O’Connor y est surprenant et donne à voir de nombreuses cascades parfaitement interprétées et brillamment insérées dans une chorégraphie sans faux pas, ou presque. L’acteur a d’ailleurs été récompensé d’un Golden Globe du meilleur acteur pour ce rôle, et il est bien dommage que cet acteur ait été oublié, tant il était réjouissant.
Bien sûr, Donald O’Connor n’est pas au centre de l’intrigue, et c’est bel et bien Gene Kelly que l’on suit déambulant à Hollywood, non pas en 1952 mais en 1927. C’est une année charnière pour le cinéma puisque c’est cette année que sort Le Chanteur de Jazz d’Alan Crosland, premier film parlant. En vérité, le film n’est pas entièrement parlant et ce sont seulement quelques minutes où l’on pouvait entendre certaines chansons mais surtout certains dialogues. Suite à ce film, c’est l’ensemble de la production américaine, à commencer par les majors, qui décident de passer au tout parlant. De nombreux auteurs s’y refuseront d’abord, comme Fritz Lang qui sort son premier parlant M le Maudit en 1931 ou encore Charlie Chaplin, dont Le Dictateur ne sera fait qu’en 1940. Mais pour les acteurs sous contrat de la production hollywoodienne, le choix n’est pas possible, c’est le parlant ou rien. Seulement voilà, tout les acteurs ne sont pas aussi bons dans le muet que dans le parlant, notamment à cause de leur voix, comme c’est le cas de la partenaire à l’écran de Don Lockwood, Lina Lamont. Sa voix insupportable et sa niaiserie avaient été jusqu’ici masquées par l’absence de micro, mais le nouveau film de Lockwood et Lamont est une véritable catastrophe. Ainsi, le film est également un véritable documentaire sur la mutation de la production cinématographique et les problèmes engendrés : devoir parler dans le micro et changer son jeu, avoir une voix qui correspond à ce que l’on attend de nous, mais aussi faire attention à la synchronisation des bandes pendant les projections en salles. Le film est ainsi le lieu d’une réflexivité du cinéma sur le cinéma, et sur la manière dont il a dû s’adapter, alors que dans le même temps il doit lui aussi faire face à la concurrence de la télévision et proposer de nouvelles choses. L’histoire du music-hall est également condensé dans le numéro final interprété par Gene Kelly. Un numéro qui dure une bonne vingtaine de minutes, comme le voulait l’habitude de l’époque, afin de mettre en avant le côté cabaret, et qui est l’occasion pour la MGM de montrer tout son potentiel en déployant tout ce qui se fait de mieux en termes de décors, de chorégraphie et de mouvements de caméras. Puisqu’on est dans une séquence à la fois imaginaire et appartenant totalement au cabaret, le film se permet un déploiement des couleurs les plus diverses et des cadrages les plus excentriques. Elle est faite en forme d’hommage au cinéma américain des années 30, qui connaissait son Age d’Or, et la séquence fait un superbe tour entre plusieurs genre et plusieurs styles.
Le film est désormais l’un des plus connus et reconnus de l’histoire du cinéma. Il est à la fois un exemple de comédie musicale, un exemple des films des années 50, un exemple du cinéma hollywoodien, et un exemple de cinéma tout court. A ce titre, il n’est à manquer sous aucun prétexte.
Chantons sous la pluie: Bande-annonce
Chantons sous la pluie : Fiche Technique
Titre original : Singin’ in the Rain
Date de sortie US : 11 avril 1952
Date de sortie FR : 11 septembre 1953
Réalisation : Stanley Donen et Gene Kelly
Scénario : Betty Comden, Adolph Green
Distribution : Gene Kelly, Debbie Reynolds, Donald O’Connor, Jean Hagen
Paroles : Arthur Freed
Musique : Nacio Herb Brown
Direction musicale : Lennie Hayton
Arrangements vocaux : Jeff Alexander
Orchestrations : Wally Heglin, Skip Martin, Conrad Salinger
Chorégraphie : Gene Kelly
Direction artistique : Cedric Gibbons, Randall Duell
Décors : Edwin B. Willis, Jacques Mapes
Costumes : Walter Plunkett
Maquillage : William Tuttle
Coiffures : Sydney Guilaroff
Photographie : Harold Rosson (photographie additionnelle : John Alton, non crédité)
Effets spéciaux : Warren Newcombe, Irving G.Ries
Montage : Adrienne Fazan
Son : Douglas Shearer
Production : Arthur Freed (délégué) ; Roger Edens (associé)
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 2 540 000 dollars
Confrontée à une jeune fille apeurée de dénoncer un dealer en puissance, Laurel (Julianne Moore) décrit sa peur à elle, son secret gardé au plus profond pour pouvoir rester digne dans la police, avoir son statut, son rang. Dévouée à son métier, cette femme cache, au début des années 2000, son homosexualité. Femme dans un monde d’hommes, attachée corps et âme à son métier, elle ne veut pas prendre le risque de s’affaiblir un peu plus dans le regard de ceux avec qui elle travaille au quotidien.
Synopsis : Années 2000. Laurel, est une brillante inspecteur du New Jersey. Sa vie bascule le jour où elle rencontre la jeune Stacie. Leur nouvelle vie s’effondre quand Laurel découvre qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Laurel a un dernier souhait : elle veut que sa pension revienne à la femme qu’elle aime mais la hiérarchie policière refuse catégoriquement. Laurel et Stacie vont se battre jusqu’au bout pour faire triompher leurs droits
En héritage
C’est pourquoi elle parcourt près d’une centaine de kilomètres pour aller simplement faire du volley alors qu’elle n’aime pas ça. Son objectif : rencontrer quelqu’un mais loin des regards de ceux qui la connaissent. La première partie du film s’attache à nous présenter Laurel comme une femme forte et déterminée. Elle rencontre Stacie (Ellen Page), beaucoup plus jeune, qui assume pleinement son orientation sexuelle sans pour autant en faire une revendication. Plus identifiée dans son look, son attitude ou encore son métier, là aussi, « d’homme » (elle est mécano), la jeune femme ne se démonte pas, elle non plus, quand il s’agit de relever les manches. Ces deux femmes-là ont un rêve simple : être aimées, avoir une maison et un chien. C’est ce tout petit rêve-là qu’elles réalisent un an après leur rencontre. L’histoire d’amour se résume ici à des moments de rire partagés, des balades sur la plage. Le quotidien est donc souvent abordé sans parole, sous forme de photographies instantanées d’un bonheur tout simple, mais vrai.
Quand Laurel apprend qu’elle est malade, le film aborde son vrai sujet : le combat pour l’égalité. Voilà qu’une toute petite histoire en rencontre une plus grande. De nombreux personnages vont alors graviter autour de Laurel et Stacie, leur histoire est mise de côté pour devenir un symbole. Stacie n’a pas vraiment envie de penser à l’héritage qu’elle gardera de Laurel, puisqu’elle est obnubilée par l’idée de la maintenir en vie, de la sauver. Laurel de son côté pense à l’égalité. Autour d’elles, des hommes se battent. D’un côté, le partenaire de Laurel, toujours, fidèle et admiratif, qui devra se dépatouiller avec les mœurs de la police (réunies en un seul homme qui assène toutes les visions négatives de l’homosexualité). De l’autre, un chef de file d’une association pour la défense des droits homosexuels (Steve Carell, point d’humour un poil caricatural, comme contrepoint du film) dont l’objectif non caché est de légaliser le mariage gay. Ces deux personnages-là se battent pour aider Laurel, mais pas pour les mêmes raisons. Ils auront chacun droit à leur morceau de bravoure respectif en temps voulu. Laurel est surtout en bisbille avec les freeholders, qui refusent de faire bouger la loi qui consiste à verser la pension d’un flic à son époux ou épouse. Or, Stacie et Laurel sont engagées dans une union libre, qui semble-t-il n’est pas « acceptable » au nom de la religion très présente dans les mots et les réflexions des freeholders. Le film alternera donc les moments de lutte de l’association, tous assez « spectaculaires » dans le sens où c’est plus que l’intimité de Laurel qu’ils veulent changer, les interventions du collègue de Laurel, et la dégradation de l’état de Laurel elle-même face au désarroi et à la force de Stacie, qui tente de tout gérer de front (dans sa vie personnelle, pas sur plan politique « notre histoire n’est pas politique », dira-t-elle). La politique semble donc quelque peu échapper à ces deux-là. Leur maison est symbole de leur amour, elle ne peut donc concrètement disparaître avec Laurel, voilà tout. Stacie reste dans cette optique-là (même quand elle accepte de s’exprimer dans le cadre de la « lutte »), elle n’est jamais dans la revendication égalitaire.
Amour et préjugés
Tout est fait pour rendre le long métrage émouvant car chacun se répète à tout moment à quel point l’autre est formidable. Le temps manque, pourtant le film prend beaucoup (trop?) de temps dans son introduction à raconter l’histoire naissante de Stacie et Laurel pour les « abandonner » ensuite. Les jeux de regards entre les deux femmes sont assez beaux et puissants, on comprend assez vite la force de leur amour, l’importance qu’il prend dans leurs vies. Les abandonner est peut-être un terme un peu fort, Stoller mettant peu à peu en avant le combat qui prend le pas sur l’intimité, jusqu’alors décrite, des deux femmes. La petite histoire d’amour, aussi forte soit-elle, n’a d’intérêt pour lui que parce qu’elle permet de « faire bouger les choses » à une plus grande échelle. C’est pourquoi il multiplie les regards sur leur histoire, quitte à les dénaturer quelque peu. Pourtant, après en avoir fait des symboles, il n’hésite pas à revenir vers elles, seulement elles.
La mise en scène est assez classique. Confrontation des hommes en costume d’un côté, et des combattants de l’autre. L’histoire d’amour entre Stacie et Laurel est elle-même chorégraphiée de manière très conventionnelle : rencontre, amour, installation. Quand la maladie survient, les obstacles à franchir sont nombreux, on assiste alors à un revirement de situation : alors que Laurel surprotégeait Stacie, c’est Sactie qui devient garde malade. A aucun moment cependant elle ne sort du cadre de son rôle stricte, le réalisateur ne cherchant pas à en faire une énième amoureuse-courage. Cependant, l’on n’échappe pas à la scène de la tonte des cheveux, mais assez vite coupée, ainsi qu’au désir de l’autre de soigner même quand c’est impossible. Il semblerait alors que le réalisateur ménage l’émotion tout le long du film, s’attachant à la loi, au débat d’opinions contraires, pour faire de la fin du film le moment d’explosion de cette émotion : résultat final de l’audience, remémoration des moments passés ensemble. La plage, presque plus que la maison au final, est le point d’orgue d’une histoire d’amour ordinaire rendue extraordinaire par sa nature et le combat qu’elle a permis de mener.
Pourtant, ce que défendent Stacie et Laurel c’est un amour égal aux autres, intense pour elles parce que c’est celui d’une vie qui se résumera à des souvenirs contenus entre quatre murs ou dans l’infini d’une mer immense. Le film oscille sans cesse entre ces deux états : la loi et l’amour, sans jamais vraiment décider s’il est du côté du morceau de bravoure émotionnellement au sommet ou de l’intimité bouleversée par l’Histoire. Résultat, Free Love reste très balisé quant à l’émotion qu’il veut véhiculer, bloquant parfois l’attachement aux personnages (dont les visages sont pourtant sans cesse mis en lumière), ou déplaçant le combat dans une guimauve d’interventions qui ne perçoivent pas toujours ce qui se joue de l’intime à l’universel, soit de Stacie et Laurel au mariage universellement offert à tous les amoureux, quelle que soit leur orientation sexuelle.
Free Love : Bande annonce
Free Love : Fiche technique
Titre original : Freeheld
Réalisation : Peter Sollett
Scénario : Ron Nyswaner
Interprétation : Ellen Page, Julianne Moore, Steve Carell, Michael Shannon …
Musique : Hans Zimmer, Johnny Marr
Photographie : Maryse Alberti
Décors : Joanne Ling
Montage : Andrew Mondshein
Sociétés de production : Endgame Entertainment, Double Feature Films, Head Gear Films, Metrol Technology, High Frequency Entertainment
Sociétés de distribution : Bac Films
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Date de sortie : 10 février 2016
Pour son quatrième long-métrage, Roschdy Zem s’attaqué au mythe Chocolat, clown noir ayant fait la gloire du Nouveau Cirque à Paris avec son compère, le clown blanc Footit. Après s’être attelé à une histoire de body-builder ou au fait divers Omar m’a tuer, Chocolat se présenté comme un nouveau pari osé, mais est-il réussi ? Le résultat est en demi-teinte.
Synopsis : Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.
Pour assurer le rôle de Chocolat, il fallait un acteur à la hauteur du personnage, à l’aise avec son corps, qui n’est pas peur de se mettre en avant. Roschdy Zem a donc fait appel à Omar Sy, acteur ayant la côte en ce moment, et aimé des français. Si le personnage sied à merveille à l’acteur, son interprétation est pourtant mitigée. Sur fond de racisme et de xénophobie, de peur de l’autre et de lieux-communs, Omar Sy donne à voir un personnage éperdu des femmes, d’argent, de jeu et de boissons, aux envies déraisonnables après s’être enrichi à Paris. Impossible de s’immiscer dans l’intimité de Chocolat et d’éprouver une empathie pour le personnage. Par son jeu, Omar Sy freine le fanatisme que l’on aimerait accorder au personnage. Le clown Chocolat ne parait pas sympathique, malgré un magnifique sourire, et semble bien trop mystérieux pour se révéler intéressant, comme si le comédien n’avait pas réussi à cerner correctement le personnage qu’il incarne, tentant de jouer sur plusieurs tableaux, faisant de Chocolat un personnage à facettes multiples. Les différentes histoires d’amour du protagoniste qui jalonnent le film ne sont pas convaincantes, presque dénuées de sens. On parvient à saisir l’amour que le clown noir porte aux femmes, mais les diverses relations sont tellement fleur bleue qu’elles en deviennent désagréables. Clothilde Hesme n’est pourtant pas mauvaise, et on discerne le fait que Marie est un point d’appui pour Chocolat, et pourtant, ça ne prend pas. S’attacher au jeune couple est chose difficile tant il apparaît comme inabouti et bien futile. Les beaux sourires de Clothilde Hesme et Omar Sy n’emportent donc pas l’adhésion du public.
Toutefois, son complice de jeu, James Thiérrée, incarnant Footit, est excellent, et se dessine comme la révélation du film auprès du grand public, son corps étant un remarquable atout de jeu. Son aisance sur scène et sa gestuelle offre une crédibilité inégalable à son personnage. L’acteur suisse propose un jeu sensible et puissant, gratifié d’une élégance et d’une modestie formidable. A savoir que James Thiérrée, petit-fils de Charlie Chaplin, est un homme de cirque, son personnage et le propos du film lui conviennent donc à la perfection.
Dans son parcours, Chocolat a rencontré de nombreux hommes de cirques, mais également toutes sortes d’artistes. Dans le film de Roschdy Zem, Olivier Gourmet endosse le rôle de Oller, directeur du Nouveau Cirque, Noémie Lvovsky et Frédéric Pierrot sont le couple Delvaux. Quelques apparitions plus minimes, mais très amusantes, sont aussi à noter, comme celle des frères Podalydès qui deviennent les Frères Lumière le temps d’une séquence, ou encore celle de Xavier Beauvois en Félix Potin, célèbre épicier et distributeur de l’époque.
Mais Chocolat n’est pas qu’une question d’acteurs et de personnages. Chocolat est aussi le symbole d’une époque, et s’inscrit dans un contexte historique spécifique. Ainsi, Roschdy Zem a du accomplir la difficile tâche de recréer l’ambiance de la fin du XIXème siècle, début XXème. Et c’est une réussite. Les décors, que ce soient ceux de la ville ou de la campagne, nous immergent dans une ambiance et dans des conditions de travail singulières, bien différentes de celle d’aujourd’hui. Les costumes sont resplendissants et embellissent les acteurs. Techniquement, le travail de la lumière est superbe, notamment lors des séquences sous le chapiteau des Delveaux. Il est agréable de voir un travail aussi minutieux sur ce que beaucoup pourraient considérer comme des éléments de second ordre. Roschdy Zem parvient à délaisser notre présent pour nous inscrire dans un passé complexe, où le racisme était omniprésent.
En effet, l’histoire du clown Chocolat est aussi une réflexion sur le racisme et la xénophobie de l’époque. Malheureusement, le racisme dénoncé par le réalisateur semble trop superficiel. Certes, il est significatif d’une époque, mais de le voir tantôt nuancé, tantôt affirmé fait interroger le spectateur sur les intentions de Roschdy Zem. Toute la séquence de l’exposition coloniale n’est pas justifiée et n’est pas d’un grand intérêt. On comprend la souffrance de Chocolat vis-à-vis de la population noire, on perçoit sa tristesse lors de son « échange » avec un « indigène » (appelé comme cela à l’époque), toutefois, tout est trop creux, ayant l’impression que cette situation arrive « comme un cheveu sur la soupe ». Il s’avère dommage que le traitement du racisme dans Chocolat soit effectué de la sorte, car les intentions du réalisateur sont bonnes, et on parvient à les percevoir, mais l’ensemble trop factice rebute et décrédibilise une xénophobie ambiante.
Chocolat était un film très attendu, mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Malgré un contexte historique intéressant, qui mériterait d’être plus abordé dans le cinéma français, et une incroyable prestation de James Thiérrée dans le rôle de Footit, le film n’arrive pas à convaincre. Omar Sy déçoit et n’est pas au meilleur de sa forme, et on regrettera un traitement trop laxiste du racisme et de la crainte de l’autre de l’époque. Toutefois les ambitions de Roschdy Zem en réalisant ce long-métrage ne sont pas à dénigrer, et il est bon de voir des films français prendre de telles initiatives, aussi ambitieuses soient-elles.
[Bande-annonce] Chocolat :
[Fiche technique] Chocolat :
Titre : Chocolat
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Cyril Gely, d’après l’oeuvre de Gérard Noiriel
Interprétation : Omar Sy, James Thiérrée, Clothilde Hesme, Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky…
Musique : Gabriel Yared
Montage : Monica Coleman
Photographie : Thomas Letellier
Décors : Jérémy Duchier
Producteurs : Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma, Gaumont, Korokoro, M6 Films
Sociétés de distribution (France) : Gaumont
Récompenses : Césars 2017 des meilleurs décors et du meilleur acteur dans un second rôle pour James Thiérée
Genre : Biopic
Durée : 111 minutes
Dates de sortie : 3 février 2016
The Thing : de l’invasion des corps à l’aliénation hollywoodienne
Vous entendez ce rythme ? Ce… boum – boum ? C’est le battement d’un cœur, d’un organe père ou mère. Des notes électriques viennent aggraver cette mélodie de l’être vivant. À qui appartient ce son ? À la chose venue de l’espace, c’est-à-dire à l’alien métamorphe, ou aux victimes humaines du film The Thing réalisé par John Carpenter en 1982 ?
On dira même plus, ce son composé par Ennio Morricone ne serait-il pas l’écho des corps en souffrance et aliénés dans The Thing ?
Le(s) Corps
Carpenter filme tel Don Siegel dans L’Invasion des Profanateurs de Sépulture la paranoïa des êtres face à l’autre. Et aussi la disparition du corps humain derrière le factice extra-terrestre, et l’aliénation de l’âme humaine par l’autre. En lisant entre les lignes, il s’agit pour Siegel de critiquer la société de consommation, l’uniformisation. Carpenter lui, va plus loin. Il filme l’aliénation littérale du corps humain par le corps étranger à la fois un et multiple, via l’assimilation organique mortelle et monstrueuse du premier sujet. Cela dans un paysage inhumain – inadapté à l’Homme, à l’humain, l’Antarctique. Si les personnages de The Thing se sont adaptés à l’environnement en construisant une base, avec des bâtiments, des corps externes, la chose, aliénante et métamorphe, a choisi les corps animaliers et humains comme enveloppes externes. Revenons sur le loup qui court sur le son du thème principal (voir ci-dessus). Il avance vers la base américaine, poursuivi par un hélicoptère norvégien armé. Qu’a-t-il bien pu se passer avant ? Nous avons vu une soucoupe volante arriver sur Terre avant le générique, quand cela-a-t-il eu lieu ?
Ci-dessous la scène d’ouverture du film.
La « Chose »
The Thing possède le concept de suite en lui-même. Il est l’évolution d’un premier état, d’une première histoire dont on découvrira les réminiscences plus tard dans le récit d’une manière presque archéologique, et que l’on vivra à notre tour, de par l’idée de l’événement répété. D’ailleurs, on peut lire qu’il est un remake d’une production (et réalisation, même s’il n’est pas crédité) d’Howard Hawks, La Chose d’un autre monde (1951). Comme pour Assaut (1976), Carpenter retravaille Hawks avec intelligence et cinéphilie. D’autre part, son film est la deuxième adaptation de la nouvelle de John Campbell, La bête d’un autre monde (1938). De plus, le film de Carpenter tend à s’inspirer d’un nouveau grand modèle du genre à l’époque, Alien, réalisé par Ridley Scott en 1979, notamment sur l’idée que le récit du film fait suite d’autres sombres événements qui vont se répéter chez des personnages isolés de tout, en mission, et au job cependant très terre-à-terre : pilote, ingénieur, électricien, cuisinier, scientifique… The Thing, s’il est un corps multiple, est un donc un corps altéré – on pourrait dire d’altérations -, mais à l’inverse de la chose lorsqu’elle n’a pas complètement assimilé son modèle, ou lorsqu’elle décide d’en assimiler un autre, il n’est pas difforme, il n’est pas dépourvu de formes. Le film est un corps multiple, et non, tel la chose lorsqu’elle a terminé sa tache d’aliénation, une imitation – qui plus est factice – de ce qui a été.
Et Hollywood
Ne pourrait-pas-t-on voir dans The Thing le corps du cinéma de Carpenter ? D’un côté créateur-auteur qui va reprendre les récits classiques et les genres (l’aventure, la s-f, l’épouvante, etc) pour mieux les réinventer, et de l’autre, un cinéphile paranoïaque à l’idée de découvrir son cinéma favori altéré monstrueusement derrière une apparence de copie parfaite du modèle original ? Le film se termine sur cet échange : « Que fait-on maintenant ? » – le personnage interprété par Kurt Russell, McReady, répond : « On attend. ». McReady, Ready, prêt… Qui attend. Depuis 1982, nous avons attendu. Jurassic World, Star Wars The Force Awakens, Point Break (2016), ou encore le faux préquel, remake non assumé de The Thing reprenant son récit, son univers, ses designs monstrueux et même son titre… Ainsi la chose sévit toujours. Carpenter l’avait prophétisé. Ennio Morricone en avait composé la marche funèbre. Si elle est venue de l’espace – cinématographique, imaginaire, économique, industriel… -, la chose est toujours sur terre, et elle a pour nom : « Hollywood ».
On vous encourage à aller redécouvrir le chef d’œuvre The Thing de John Carpenter au cinéma à l’occasion de sa ressortie en version restaurée le 27 Janvier 2016, accompagné par la version elle aussi restaurée du génial l’Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel déjà ressorti le 14 Janvier 2015.