Accueil Blog Page 697

La vache, un film de Mohamed Hamidi: Critique

0

Le Festival de l’Alpe d’Huez voit souvent juste : les deux derniers films à avoir remporté le grand prix du public (Babysitting et Papa ou maman) ont connu le succès populaire que l’on sait. Cette année, pour la première fois de l’histoire du festival, les prix du public et du jury sont revenus au même film. Autant dire que celui-ci semble présagé un beau carton au box-office.

Synopsis : Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu’il rêve d’emmener à Paris, au salon de l’Agriculture. Lorsqu’il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles. L’occasion pour Fatah et Jacqueline de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires.

Une belle bête nourrie aux ondes positives

Et pourtant, au vu de son pitch, de son casting et même de son affiche, La Vache laisse craindre une énième comédie franchouillarde empêtrée dans sa ringardise et son bon-sentimentalisme mielleux. Pensé comme un road-trip en miroir du premier film de son réalisateur, Né quelque part dans lequel un fils d’immigré algérien quittait la France pour un premier voyage sur la terre de ses ancêtres, La Vache nous fait donc suivre le périple d’un homme très candide d’une cinquantaine d’années sur les routes de France. Un bon prétexte à un choc culturel, qui nous permet de voir, au vu de la lourdeur du précédent film de Mohamed Hamidi, qu’il connait et aime davantage le terroir français que l’Algérie, mais surtout qu’un voyage dans ce sens lui impose plus de respect, en tant que symbole de celui de ses propres parents. Mais davantage que son contexte rural, l’essor comique, mais aussi affectif, de ce long-métrage lui vient de l’interprétation que donne Fatsah Bouyahmed au personnage de Fatah. Jusque-là humoriste de stand-up, uniquement vu au cinéma dans quelques rôles secondaires de comédies dérisoires, l’acteur fait preuve d’une sensibilité et d’une répartie qui font le sel de La Vache.

Même si les codes du road-movie, avec ses rencontres et sa quête initiatique en filigrane, sont terriblement prévisibles, et que la caractérisation des personnages secondaires reste assez stéréotypée, le film fait son effet, en grande partie grâce à l’alchimie entre la vache Jacqueline et Fatah qui, tel Fernandel et Marguerite en leur temps, portent le film sur leurs épaules. Une bonne surprise tant on aurait pu craindre que le duo de personnages secondaires, incarnés par Jamel Debbouze et Lambert Wilson, vienne vampiriser l’écran, d’autant plus que leur seule rencontre à l’écran, dans Le Marsupilami, a été un mauvais souvenir (en particulier pour Alain Chabat qui y a perdu sa crédibilité de réalisateur). Mais que nenni ! Certes, Jamel fait du Jamel, comme il le fait depuis vingt ans, mais son personnage ayant été rajouté à la dernière minute pour le remercier d’être coproducteur (et accessoirement ami du réalisateur et de l’acteur), il est trop peu important dans l’intrigue pour venir parasiter l’excellent numéro de Fatsah Bouyahmed. Quant à Lambert Wilson, il fait preuve d’une telle justesse dans l’interprétation de son rôle, pensé comme l’opposé de ce qu’incarne Fatah (un bourgeois catholique en pleine dépression), que sa partition toute en subtilité renforce la crédibilité de son acolyte. Mais il ne faut pas oublier les autres acteurs secondaires, et notamment Hajar Masdouki qui, dans la peau de la femme de Fatah, ajoute à l’émotion du scénario, ou bien encore tous les autres habitants du village, témoins indirects des aventures de Jacqueline et son maitre, sur lesquelles leur « regard de bledards » est un ressort de décalage comique finement exploité.

La linéarité du récit permet au capital sympathie du personnage de s’accroître en douceur, jusqu’à en faire devenir un symbole d’abnégation qui impose le respect. Il est important de noter à quel point la musique joue pour beaucoup dans le sentiment bonne humeur que dégage ce fermier algérien. Une mélodie cuivrée que le réalisateur a pensé comme une référence à l’ambiance joyeuse des films de Kusturica assurée par les sonorités tziganes de Goran Bregović et ici composée par le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf. Une ambiance musicale qui s’accorde à merveille au message bon-enfant du scénario. Alors que les comédies françaises ont de plus en plus tendance à jouer de leurs personnages caricaturaux pour s’en moquer de façon clivante, La Vache ne s’amuse pas à mettre en porte-à-faux les modes de vie algériennes et françaises mais prône au contraire le rapprochement patrimonial. A aucun moment, la naïveté qui caractérise Fatah n’est sujet à railleries. Bien au contraire, le voir se transformer en un héros populaire des deux côtés de la Méditerranée grâce à sa volonté d’aller au bout de ses rêves prouve bien que, malgré leurs différences culturelles notables, de telles valeurs positives peuvent réunir les peuples. C’est en cela que La Vache est un véritable feel-good-movie, au sous-texte politique évident, qui fait un bien fou dans les temps troublés que nous traversons.

Au final, La Vache est le film d’une révélation sur le tard, celle de son acteur Fatsah Bouyahmed, tout simplement irrésistible, mais surtout un rappel que, à l’heure où les comédies populaires ont adopté le cynisme et le communautarisme qui minent notre société, il est encore possible de délivrer un message humaniste sans tomber sans la mièvrerie.

 [Bande-annonce] La Vache:

https://www.youtube.com/watch?v=v6sl1IBtEow

[Fiche technique] La Vache:

France – 2015

Réalisation : Mohamed Hamidi
Scénario: Mohamed Hamidi , Alain-Michel Blanc, Fatsah Bouyahmed
Interprétation: Fatsah Bouyahmed (Fatah), Lambert Wilson (Philippe), Jamel Debbouze (Hassan), Hajar Masdouki (Naïma)…
Image: Elin Kirschfink
Montage: Marion Monnier
Musique: Ibrahim Maalouf
Producteur(s): Nicolas Duval-Adassovsky, Yann Zenou, Laurent Zeitoun, Jamel Debbouze…
Production: Pathé, France 3 Cinéma, Agora Films, 14ème Art Production, Ten Films
Distributeur: Pathé
Date de sortie: 17 février 2016
Durée: 93 minutes
Genre: Comédie

Festival Clermont-Ferrand 2016: Interview de Sélim Azzazi

0

Entretien avec Sélim Azzazi, réalisateur de Ennemis intérieurs

Synopsis: Dans les années 90, le terrorisme algérien s’invite en France. Deux hommes. Deux mémoires. Deux identités. Un affrontement.

– Bonjour Sélim Azzazi, pouvez-vous nous révéler votre parcours cinématographique? Avez-vous déjà une expérience du format court?

festival-clermont-2016-selim-azzaziNon, c’est mon premier court-métrage. J’ai 40 ans, je suis de banlieue lyonnaise. Je suis monteur son de cinéma. Ça fait 15 ans que je travaille dans la production cinématographique en post-production (…) Je suis venu au cinéma un peu accidentellement. Je m’intéressais plus au son. En gros, je faisais de la radio et de la musique. J’ai fait une école de cinéma qui est aussi une école d’ingénieur du son, qui s’appelle « l’École Louis Lumière » en région parisienne. J’y suis allé pour faire de la musique et je suis ressorti pour faire du cinéma.

Parallèlement, j’ai toujours beaucoup aimé le théâtre (…) Par ailleurs, je me suis professionnalisé dans l’apprentissage du métier d’acteur et de la direction d’acteurs, et les deux se sont rejoints sur le court métrage.

– Rentrons dans le vif du sujet. Qualifieriez-vous votre œuvre de « politique »? Si oui, pourquoi?

Oui certainement (…) Pour moi, tout est politique. Vous posez une caméra, vous choisissez quelqu’un en fonction de son âge, son aspect, la manière dont vous le représentez. C’est un choix qui a une couleur politique de toute façon. Dès que l’on fait le choix de représenter quelqu’un de telle ou telle manière, il y là quelque chose qui touche pour moi à la politique. Après, mon court métrage est plus associé à une thématique qui est l’identité, l’histoire de France, la décolonisation, la naturalisation avec en toile de fonds le terrorisme. Donc forcément, ça touche à l’actualité, ça touche à la politique.

– Vous avez réalisé et scénarisé ce film qui aborde en toile de fonds la question du terrorisme algérien arrivant en France dans les années 1990. Votre scénario met en scène deux personnages, l’un subissant un interrogatoire serré alors qu’il cherche à être naturalisé (interprété par Hassam Ghancy), l’autre représentant une administration intransigeante dans ses interrogations (interprété par Najib Oudghiri), deux hommes, deux parcours différents, deux caractères opposés, dans un quasi huit-clos et une tension permanente. Avez-vous beaucoup travaillé le scénario et la force des dialogues pour rendre votre film aussi percutant?

Le scénario s’est écrit en pointillés, et ça a pris beaucoup de temps. Je suis venu à cette histoire à travers un travail que j’avais fait au théâtre sur les interrogatoires de la commission des affaires antiaméricaines aux États-Unis dans les années 50, sur la « chasse au sorcières », le maccarthysme (…) La problématique m’a fasciné parce que le destin des personnages se jouait sur une question: « êtes-vous ou avez-vous déjà été membres du parti communiste? ». L’idée du format et du sujet, je l’ai trouvé là. J’ai même écrit un scénario rapidement, qui plaisait à des producteurs avec lesquels je suis associé, mais qui posait la question de la légitimité à financer un court-métrage sur une histoire qui n’est pas la nôtre, qui ne se situe pas en France, mais aux États-Unis qui produisent déjà beaucoup de films. La question s’est posé de le transformer ici. Mon père était algérien, j’ai très vite compris que ce qui m’intéressait dans cette histoire de suspicion, et d’appartenance ou pas à la nation, c’était la notion d’ennemis intérieurs, développée au cours de la Guerre d’Algérie, pas que d’ailleurs. Le sujet qui se cachait derrière mon intérêt pour le maccarthysme, (…) c’était l‘interrogatoire lié à l’enquête de naturalisation. En l’occurrence là, c’est pas une demande de naturalisation, c’est une demande de réintégration, puisque mon sujet traite de gens qui ont déjà été français, qui étaient des citoyens entre guillemets, des « sous citoyens », c’est pas vraiment le mot, mais des citoyens au statut particulier, et qui sont devenus algériens suite à l’Indépendance.

(…) Pour le scénario, on a eu l’aide de la région Rhône-Alpes. Après, on a bénéficié de l’appui du CNC, avec une aide à la réécriture, Le processus a duré deux ans environ (…) La source liés aux attentats, elle existe, c’était dans les années 90 Khaled Kelkal, un terrorisme lié  la guerre civile algérienne et qui avait eu comme acteur ce jeune homme qui est mort au cours de sa traque, et qui est impliqué dans plusieurs affaires de terrorisme en France dans les années 90 (…) S’est rajoutée bien sûr l’affaire Merah,

Le gros du travail c’est ça avec tous les écueils que ça comporte (…) C’est vraiment mon premier scénario abouti. Je ne savais pas écrire, je connaissais l’écriture cinématographique, le jeu d’acteurs. J’ai bataillé pour apprendre. J’ai fait la même erreur que font 9 scénaristes sur 10, c’est de commencer par les dialogues (…) Comme je suis un peu obsessionnel, j’ai continué à muscler le scénario jusqu’au bout, et même avant le tournage, pendant les répétitions que je filmais, je ramenais à mes comédiens tous les deux jours des nouveaux textes (…) J’ai impliqué mes comédiens, en particulier Hassam Ghancy, dans cette écriture, cette bataille, pour confronter nos idées. Et puis au montage, vous allez aux nerfs, vous gardez la substantifique moelle.

– Votre réalisation est aboutie. Les plans serrés sur les visages, les lumières tamisées, ou encore les flous artistiques lorsque vous filmez les réunions de votre personnage principal avec ses amis. Tout cela donne un aspect très réaliste. Vous êtes-vous inspirés de votre vécu personnel?

La partie interrogatoire, plutôt non. C’est un interrogatoire fantasmé. c’est un point de départ qui existe, qui est le chantage à la naturalisation qui se pratique par les services de police (…): « Est-ce que vous êtes disposés à nous parler  de personnes que vous connaîtriez? (…) Moi ce que j’ai fantasmé à travers ce scénario, c’est cette histoire de deux personnes d’origine maghrébine qui vont se frotter sur cette notion de justice.

Par contre effectivement, pour tout ce qui touche au passé du requérant, je me suis nourri de la mythologie familiale. Mon père était algérien, c’est un immigré qui est venu en France enfant, qui lui-même a été nourri de l’immigration de son père, qui est venu travailler. Tout ça c’est une espèce de bain familial avec ses points d’interrogation, ses flous. Oui, ça nourrit des images mentales, notamment le rapport au père. On voit le père blessé à l’hôpital marchant avec son fils, tout ça c’est assez personnel. Et puis les réunions pareil. Je ne suis pas croyant, je suis de famille maghrébine culture musulmane, mais par contre j’ai la connaissance de ces réunions, le souvenir d’enfant aussi, parce que c’est aussi un peu un regard d’enfant que je porte sur ces hommes, et c’est vrai que je suis allé chercher dans ma mémoire d’enfant pour donner un peu de dignité à ces visages proches. J’ai fait appel comme je tournais à Lyon à des gens que je connaissais, il y a des gens de ma famille dans ces réunions. Donc il y a un côté autobiographique, oui.

– L’image, la photographie, sont impeccables pour un premier film. Pour la réalisation, vous êtes-vous fait aider?

(…) Vous vous faîtes évidemment aider, dans le sens où vous avez une idée de ce que vous voulez faire, vous cherchez des images. En fait, avec chaque collaborateur, vous avez une relation de création. En plus, je suis moi-même collaborateur de réalisateurs, en tant que monteur son. Donc je sais bien ce qu’on attend de vous. Après en court métrage, il y a beaucoup moins de moyens. Les gens sont moins investis forcément (…) Mais le processus est le suivant: vous faîtes votre travail de recherche, pour les photos, pour l’image, et puis vous la communiquez  à votre chef opérateur, Frédéric Serve, qui est également associé de production et coproducteur du film. Il a la connaissance technique (…) Pour l’image, c’est plus aisé parce que c’est concret. J’ai vu des milliers de photos (…) Vous avez votre histoire un peu en tête. Même si vous ne savez dire pourquoi, vous savez que cette photo vous intéresse plus que les autres. Puis, vous faîtes un patchwork et après vous distribuez à la chef déco, Françoise Arnaud, au chef opérateur, à la costumière. On en parle on essaie. c’est éminemment un travail collaboratif, d’équipe. Chacun, sous la direction de votre regard, fait avancer le film. On a tourné cinq jours, trois jours les interrogatoires, deux jours les autres plans. les extérieurs, les réunions, la prison, qui est une maquette (…)

 –  Le père de votre personnage principal faisait partie du FLN, ce dernier n’y est pour rien. Le fonctionnaire de police est dans sa logique purement administrative. Est-ce cette contradiction, cette opposition que vous avez voulu filmer lors de l’interrogatoire?

Ce qui m’intéressait, c’est le fossé qu’il y a entre la réalité de ce que les gens ont vécu pendant ce qu’on l’on appelle la Guerre d’Algérie, et la mythologie qu’il en reste aujourd’hui. La récupération politique du FLN aussi, qui veut faire de tous les algériens des combattants éminents  de la liberté. Il y a beaucoup plus d’algériens qui ne savaient pas, qui étaient entre les deux, Il y en a beaucoup qui n’étaient pas nécessairement pour la France, mais qui n’étaient pas forcément non plus pour l’Indépendance. La situation était beaucoup plus complexe, que ce que le mythe qu’on se raconte aujourd’hui, c’est-à-dire tous résistants ou tous collabos (…) C’est cette zone d’ombre que je voulais explorer. En fait le type qui demande la naturalisation, là ou ça lui fait mal, ce sont toutes ces questions auxquelles il n’a pas voulu réfléchir. Il se sent français. Tout ce qu’il sait, c’est que oui il y a des contradictions, oui c’est douloureux, oui je ne sais pas pourquoi mon père faisait cela. Il est comme tout le monde : il ne connaît ses parents que par un angle de vision. Donc oui, le flic appuie là-dessus lourdement. Lui est dans sa logique administrative.

– Votre sujet traite de l’identité. L’actualité récente sur le débat de la déchéance de nationalité notamment, ancre profondément votre oeuvre dans l’actualité et lui donne une portée universelle, hors contexte. Y avez-vous pensé par la suite?

Oui pour moi, le fonds du sujet c’est l’identité et la manière dont on vous demande de la définir dans un cadre précis de demande de naturalisation. Et ce sur quoi ça fait mal. Le terrorisme, c’est une toile de fonds. (…) Cela rappelle ce que l’on appelait le terrorisme pendant d’autres époques, notamment la Guerre d’Algérie. Je voulais inviter les spectateurs à être dans la peau de quelqu’un qui va malgré lui à cause de son origine, son parcours, être sommé de devoir se positionner sur cette question, en l’occurrence en dénonçant des gens, à cause d’un conflit dans lequel il est impliqué malgré lui. C’est vrai que ça m’intéresse toujours, notamment dans de futures fictions. On revit d’une certaine manière des débats, et nos parlementaires en sont je pense très conscients, qui étaient en question dans les années 60. Même la guerre police-justice, c’est exactement les mêmes interrogation en Algérie département français, quand vous avez les militaires qui débarquent. Pour eux ce qui compte c’est l’efficacité et la justice pose des freins à leur action. Si on ne va pas vite, si on perd trois jours parce qu’il faut faire telle démarche alors qu’on a un suspect, on ne va peut-être pas empêcher un attentat qui se prépare. Et donc c’est cette frontière là qui m’intéresse, ces deux logiques, de protéger et de défendre, et du coup jusqu’où on va dans ce but.

– Vous avez indéniablement ici la matière pour faire un long. Y songez-vous? D’autres projets en route? 

Oui, j’ai plusieurs projets. Certains ont à voir un peu avec cette thématique mais dans une manière de raconter un peu différente. Et puis d’autres n’ont rien à voir (…) Je voulais faire une proposition qui nous amène à réfléchir au delà des clichés, à toutes les nuances qu’il y a, et les fausses mythologies. Quand je vois certains débats, c’est un peu déprimant, ces jeunes issus de l’immigration s’invectiver, traiter tout le monde de harkis, alors qu’ils connaissent plutôt mal cette histoire. L’histoire de la Guerre d’Algérie et de la décolonisation est beaucoup plus complexe que ce qu’on en raconte, et c’est très douloureux pour tout le monde (…) J’aimerais bien continuer à creuser cette question.  (…) Par ailleurs, j’aime la fiction, je continuerai sur d’autres sujets.

Merci Sélim Azzazi.

 Ennemis Intérieurs : Trailer

Ennemis Intérieurs: Fiche technique

Réalisateur: Sélim Azzazi
Scénariste: Sélim Azzazi
Directeur photographie: Frédéric Serve
Ingénieur du son: Vincent Cosson, Pascal Jacquet
Musique: Sélim Azzazi
Montage: Anita Roth
Interprète: Najib Oudghiri, Stéphane Perrichon, Hassam Ghancy
Décors: Françoise Arnaud
Mixage Son: Vincent Cosson

Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu : Critique

Synopsis : Le voisin de Tito aurait un trésor de famille enfoui dans son jardin. S’il l’aide, ils partageront le trésor. Tito accepte de participer. Il va donc aller chercher l’aide d’un troisième homme qui possède un détecteur de métaux. Ensemble, ils vont devoir sonder et creuser 800 mètres carrés de terrain..

Life is life, ou le super-héros ordinaire

Tout commence par cet enfant qui regarde par la fenêtre de la voiture. Dès le début, on a en effet la vision d’un monde vu par le prisme du regard d’un enfant. Son père l’a déçu, parce qu’il n’est pas venu le chercher à temps à l’école. Désenchantement ultime du père qui, pour tenter de réparer sa faute, va lui lire plus tard l’histoire de Robin des Bois, l’homme qui volait les riches pour donner aux pauvres. Le père, c’est Tito, et en lui lisant cette histoire, c’est son fils qu’il veut réenchanter, qui lui reprochait de ne pas être Robin des Bois. Par chance, l’aventure se présente à Tito quand son voisin lui propose de l’aider à déterrer un trésor. A noter cependant que le trésor semble d’abord bien hypothétique. C’est une histoire qui se raconte depuis quatre générations, soit avant la Seconde Guerre Mondiale, que c’est le grand-père qui aurait donné comme indice ultime de faire attention à la maison familiale, que le voisin en question n’a pas non plus l’air très sûr de ce qu’il dit, se raccrochant donc à cet espoir, cette légende d’une fortune promise. S’il y croit, ce n’est pas à cause de son âme d’enfant comme Tito, mais plutôt à cause du manque d’argent. Le voisin est en effet descendant d’une famille anciennement noble, et se trouve maintenant en faillite. C’est pour cela qu’il va demander à Tito, simple employé de bureau, d’investir avec lui dans la location d’un détecteur de métaux, afin de sonder le terrain familial.

Ainsi, ce sont donc trois bonhommes qui se retrouvent sur ledit terrain, Tito, le voisin et l’ouvrier qui va devoir passer le détecteur. On voit vite ce qui se passe : trois couches sociales sont représentées, et on peut dès lors observer leurs interactions. Rapidement, l’un est maltraité, l’autre ne dit rien et le troisième ne fait rien et donne des ordres. Cela se fait lentement, au fur et à mesure des situations loufoques. Le comique de la situation ne change pas la volonté du film de dresser le portrait de la Roumanie actuelle, dont la situation économique est à déplorer. Ce à quoi on assiste en réalité, c’est à la recherche d’un espoir qui serait enfoui, peut-être, et qui aurait été enterré avant l’arrivée des communistes. Le film serait ainsi une métaphore de la société roumaine d’aujourd’hui.

Et puis non. Tout est troublé lorsque les motivations profondes de Tito sont révélées. Alors que l’on aurait pu croire que l’argent était le seul motif de la recherche, on comprend que Tito ne cherche qu’à vivre une histoire, pas vraiment héroïque en vérité –il ne s’agit que de chercher une caisse dans un jardin– mais  qui en a au moins l’apparence et les mêmes codes. Il y a un élément déclencheur inattendu, c’est le personnage qui restera secondaire du voisin qui propose l’aventure. Puis il y a la préparation de la quête, avec une structure que l’on pourrait retrouver dans les plus gros blockbusters hollywoodiens : le héros veut quelque chose pour lancer sa quête, mais doit faire face à un premier refus, avant qu’un soutien inespéré lui permette de poursuivre malgré tout. S’ensuit une chaîne de péripéties, ici plus drôles qu’impressionnantes (lorsque l’ouvrier change de détecteur et que l’appareil sonne à chaque pas), qui aboutissent finalement à la rencontre avec l’ennemi tant redouté depuis le début du film : la police. A partir de là, tout le dénouement prend son temps pour dévoiler la récompense du héros, mais surtout pour retourner la situation à son avantage. Au final, l’histoire n’était qu’un prétexte pour Tito, l’occasion de redonner le sourire à son fils. C’est d’une certaine manière un message d’espoir à la fois pour le pays et pour le cinéma, puisque c’est ainsi les histoires et non l’argent qui est salutaire pour se sortir d’une situation économique dure. Or, s’il y a bien une chose que le cinéma sait faire, c’est raconter des histoires. La musique, jusque là absente, retentit sur le dernier plan, un panoramique ascendant vers le soleil. Life is Life du groupe Leinbach ne fait que conclure parfaitement ce trésor.

Bande-Annonce: Le Trésor

Fiche Technique: Le Trésor

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Corneliu Porumboiu
Nationalité : Roumanie
Année : 2016
Durée :  89 min
Scénario : Corneliu Porumboiu
Acteurs : Toma Cuzin (Toni), Adrian Purcarescu (Adrian), Corneliu Cozmei (Cornel)
Photographie : Tudor Mircea
Montage : Roxana Szel
Maisons de production : 42 Km Films, Les Films du Worso, Rouge International
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix Un certain talent dans la sélection Un certain regard à Cannes 2015.

Equals, une romance dystopique avec Nicholas Hoult & Kristen Stewart

0

equals-affiche-film-ridley-scottEquals, plus qu’un film de SF, une histoire d’amour…

Ecrit par Nathan Parker et réalisé par Drake Doremus (Breathe In, Like Crazy), Equals a su se faire remarquer à la Mostra de Venise et au TIFF 2015 (Toronto International Film Festival) malgré des avis mitigés. Le casting réunit pourtant deux stars montantes du cinéma : Nicholas Hoult, remarquable dans Kill Your Friends et  Mad Max : Fury Road  et Kristen Stuart, longtemps stigmatisée par la saga Twilight mais véritablement révélée par Sils Maria et The Guard. On y retrouvera aussi Guy Pearce (Iron Man 3, Mildred Pierce) et Jacki Weaver (Happiness Therapy).

Produit par Ridley Scott, Equals raconte l’histoire de Nia (Kristen Stewart) et de Silas (Nicholas Hoult), deux travailleurs évoluant dans une dystopie futuriste où les émotions humaines ont été génétiquement éliminées. Jusqu’au jour où une maladie qui libère les émotions contamine nos héros. Ils doivent alors choisir soit de vivre avec ce secret au risque d’être découverts puis soigner, soit de fuir pour vivre leur amour en toute liberté.

Si on pense immédiatement au film Equilibrium pour cet ascétisme, cette entrave des émotions, Equals se rapproche aussi de The Giver dans un style semble-t-il plus sobre, moins teen-movie. La bande-annonce diffusée hier nous laisse d’ailleurs présager le meilleur à travers ses images pâles et épurées qui ne seront pas sans rappeler l’atmosphère de The Island ou de Bienvenue à Gattaca. Une scène de réunion dans un amphithéâtre nous remémore en outre Divergente et pourrait nous amener à penser que Equals surfe dangereusement sur la vague des films de science-fiction à la mode, mélangeant dystopie et mièvreries.

Mais, encore une fois, la sobriété des images du trailer porté par la bande-son du groupe The Chromatics avec « Kill For Love », nous donne plutôt bon espoir. La bande-annonce est simple et efficace, silencieuse mais terriblement expressive. Elle joue sur le thème du film, le non-dit et se finit sur une voix-off : « Just remember what it feels like » ou « Rappelle-toi seulement de ce que l’on ressent ».

Gageons le film sera à la hauteur de ce que ces premières images nous annoncent :

Zootopie, un film de Byron Howard et Rich Moore: Critique

0

Depuis ses premiers dessins animés, qu’il s’agisse des courts-métrages mettant en scène Mickey Mouse et ses amis ou des longs-métrages, les productions de Walt Disney ont toujours donné une place belle aux animaux.

Synopsis: Judy Hops est une idéaliste : Dès son plus jeune âge, elle rêvait de d’intégrer les forces de l’Ordre pour faire régner la justice. Sortie première de l’académie de Police de son village, elle rejoint la ville, symbole de tous les possibles, mais là-bas, elle est victime d’une sévère discrimination. Déterminée, elle se penche néanmoins sur une affaire de disparition, l’obligeant à faire alliance avec Nick Wilde, arnaqueur notoire. Un détail : Tous les personnages sont des animaux.

Nos amis les bêtes

Dans le genre, trois dates sont à retenir : D’abord Bambi, en 1942, premier long-métrage dont un animal est le personnage principal, ensuite Robin des Bois, en 1972, où l’anthropomorphisme fut poussé au point d’avoir remplacé tous les humains par des animaux et enfin, dans une moindre mesure, Le Roi Lion, en 1994, qui replaçait les animaux dans leur milieu naturel loin d’une quelque influence humaine. Sans aucun doute, on considérera sous peu Zootopie comme une quatrième étape dans l’aboutissement de ce travail grâce à la réussite de son concept qui est d’imaginer une ville réunissant toutes les espèces de mammifères. Plutôt que d’adapter les animaux à un univers réaliste, ce sont  à l’inverse tous les aspects d’une vie urbaine moderne qui se retrouvent adaptés à la nature de ses habitants très différents les uns des autres. C’est en cela que Zootopie est un tour de force à tous les niveaux.

Un coup de génie technique d’abord, tant les efforts pour animer chaque espèce d’animaux présente dans le film en leur donnant une démarche et des comportements calqués sur les humains sont payants. Dans un premier temps déstabilisant même si l’on en a l’habitude, le fait de voir des animaux habillés devient si vite un fait établi que de voir des animaux naturistes après seulement une trentaine de minutes de film réussit à susciter un malaise pudique et ô combien hilarant. Au-delà du design et du look des animaux, le travail sur les décors urbains est surement plus remarquable encore. La scène de l’entrée dans la ville de l’héroïne évoque bien le potentiel que peut générer l’idée de cloisonner cette cité selon le milieu d’origine et la taille de ses habitants. Ainsi, les quartiers désertiques, tropicaux ou encore polaires se juxtaposent autour d’un centre-ville follement cosmopolite et chacun foisonne d’une multitude d’éléments de décors et de détails qui mériteraient plusieurs visionnages pour être pleinement appréciés.

Un coup de génie scénaristique également, car le  concept même de cette ville segmentée en fonction de la nature de ses habitude ne pouvait aller sans sous-tendre à des problématiques sociétales que l’on ne pensait pas voir aborder dans un film Walt Disney. Derrière sa devise « Ici, chacun est ce qu’il veut » (quelle plus belle allégorie du rêve américain ?), la ville de Zootopia est en proie à la ghettoïsation, aux préjugés raciaux, à la peur de l’autre, mais aussi à un certain formatage culturel et à la surconsommation. Autant de problématiques qui résonnent avec un gout amer dans notre réalité et sur lesquelles l’intrigue du film, une affaire policière relativement simple, joue avec une intelligence remarquable. Sans jamais chercher à être moralisateur, le duo de réalisateurs/scénaristes (Byron Howard et Rich Moore, à qui l’on doit respectivement Raiponce et Les Mondes de Ralph) nous rappelle que là où Walt Disney fait preuve du plus de maturité n’est certainement dans ses franchises Marvel ou Star Wars, mais bel et bien dans ses films d’animation.
Un coup de génie humoristique enfin car le décalage sur lequel joue constamment le film entre les comportements humains et les animaux qui l’adoptent est la source d’un nombre incalculable de situations cocasses. L’extrait des paresseux fonctionnaires asséné par la promotion n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres. Au-delà du pouvoir comique du concept anthropomorphique, la structure scénaristique qu’est d’avoir pensé l’enquête policière comme un buddy-movie est déjà, en soi, un irrésistible apport comique issu des codes classiques du genre. Cerise sur le gâteau, l’ingéniosité dont fait preuve le scénario pour digérer les références culturelles populaires apporte  non seulement au film une incroyable modernité (ce qui veut aussi dire que les enfants de nos enfants le trouveront désuets), mais aussi à certaines scènes et répliques une force de résonance irrésistiblement hilarante. Et le caractère intergénérationnel des films et séries auxquels les scénaristes s’amusent à faire référence -allant même jusqu’à titiller la mythologie Disney- participera au plaisir de tous les publics. L’empathie pour les personnages et l’énergie qu’ils dégagent sont, quant à elles, liées à la présence d’acteurs et autres guest-star de renom en guise de doubleurs.

Loin d’être les personnages les plus attachants que le studio aux grandes oreilles nous aient offerts, les héros de Zootopie sont des êtres dont on se sent proches, grâce à quoi leur apparence animale s’efface, n’étant plus que le prétexte à des gags qui, paradoxalement, renvoient aux travers de notre propre nature humaine. Véritable leçon de ce que l’on nomme timidement le « vivre-ensemble », ce chef d’œuvre permet enfin aux studios Disney de s’émanciper de Pixar (de plus marqué par son premier échec commercial) pour retrouver sa place de leader dans le domaine de l’animation. Espérons qu’ils se maintiennent à un tel niveau.

Zootopie : Bande-annonce

Zootopie :Fiche technique

Etats-Unis – 2016

Titre original : Zootopia
Réalisation : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush
Scénario : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush, Phil Johnston
Doublages (VO) : Ginnifer Goodwin (Lieutenant Judy Hopps), Jason Bateman (Nick Wilde), Idris Elba (Chef Bogo), J.K. Simmons (Le maire, Leodore Lionhearted), Shakira (Gazelle), Alan Tudyk (Duke Weaselton)…
Doublages (VF) : Laëtitia Lefebvre (Judy Hopps), Alexis Victor (Nick Wilde), Jean-Claude Donda (Flash), Claire Keim (l’adjointe au maire Bellwether), Pascal Elbé (le chef Bogo), Fred Testot (Benjamin Clawhauser), Thomas Ngijol (Yax)…
Direction artistique : Matthias Lechner
Montage : Fabienne Rawley
Musique : Michael Giacchino
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur film d’animation
Durée : 108 minutes
Date de sortie : 17 février 2016
Producteurs : John Lasseter, Clark Spencer
Société de production : Walt Disney Animation Studios
Société de distribution : Walt Disney France

Interview : Jonathan Trullard, un réalisateur particulier

C’est une question qu’on ne se pose pas souvent. Et pourtant, c’est la question qu’a choisi de poser Jonathan Trullard aux habitants de sa commune. Posté devant le cinéma local, il tend le micro à ceux qui passent pour leur demander : « Pourquoi allez-vous au cinéma ? ». De cette première interrogation va en naître quantité d’autres qui constitueront le cœur du travail de ce marseillais d’adoption, venu au cinéma après quelques détours.

En effet, au départ, le jeune homme s’était destiné à une autre carrière : « Ma formation est essentiellement littéraire et j’étais encore en 2011 prof de français à Liverpool. Mais j’ai eu envie de tout arrêter pour faire ce que j’avais toujours eu envie de faire sans jamais m’en donner les moyens : du cinéma. Je suis rentré en France et j’ai fait une Licence de Cinéma à Aix-en-Provence. » C’est en 2012 au cours d’un stage dans une chaîne de télévision participative que ce réalisateur en herbe aura l’occasion de se mettre à la création. Arrête Ton Cinéma, série documentaire qui interroge indifféremment passants anonymes et réalisateurs chevronnés, est née d’une envie de réconciliation :

« J’ai toujours côtoyé des personnes de milieux et catégories sociales radicalement différentes et les personnes que je connais sont parfois à mille lieues l’une de l’autre dans leur rapport au cinéma. Ainsi j’ai pu côtoyer des personnes à la cinéphilie quasi religieuse tandis que d’autres préfèrent cent fois aller au Vélodrome que dans une salle obscure. J’ai essayé avec Arrête Ton Cinéma de rassembler tout le monde autour d’une même table en allant voir des personnes de cinéphilies et de milieux tout-à-fait différents, sans laisser plus de place aux uns qu’aux autres, dans une démarche la plus égalitaire qui soit. »

Ce qui au départ ne devait durer qu’un mois se prolongera finalement pendant trois ans. Trois années durant lesquelles Jonathan Trullard apprends à faire du cinéma sur le tas, questionnant à chaque épisode les pratiques et les finalités du septième art. « Peut-on faire du cinéma sans argent ? », « Le cinéma d’auteur a-t-il un public restreint parce qu’il est ennuyeux ? » « Ça a vraiment un sens le cinéma militant ? » sont autant de questions qu’il se pose. Nourrie de ses réponses, et en parallèle de son auteur, la série grandit, évolue. Elle se teinte de fiction et le documentaire devient une base sur laquelle se construisent de nouvelles idées. « Je crois être arrivé avec les deux derniers épisodes à quelque chose qui correspond à mon idée de la série aujourd’hui : une frontière floue entre fiction et documentaire où nos aventures de jeunes cinéastes en herbe puisent dans le réel. Je vois chacun de ces épisodes comme de véritables court-métrages à présent. »

Au fil des rencontres, de nouveaux projets naissent, et, en échange de la musique de la série, Jonathan Trullard réalise le clip The Lizard pour le musicien irlandais Tim O’Connor. « Il y avait quelque chose de vraiment nouveau pour moi sur ce projet car 80% de mon cinéma depuis trois ans se résumait à une forme documentaire très verbale, donc sortir de cette forme de cinéma pour un objectif tout autre, celui de rendre compte de ce que m’inspire une musique et d’écrire une trame narrative sans dialogue, était un vrai challenge et une expérience très excitante. » Tout cela est produit sans budget aucun et grâce au soutien d’une équipe bénévole et motivée qui accompagne Jonathan dans ses créations, trouvant des solutions pour pallier le manque de moyens. « Travailler trois ans sans argent sur Arrête Ton Cinéma nous a permis de développer un esprit de débrouille et de bricolage, il fallait constamment chercher des solutions et faire avec des bouts de ficelles sinon les épisodes ne pouvaient exister. Pour The Lizard nous n’avions pas plus de budget que pour un épisode, nous avons donc gardé nos habitudes de « cinébricoleurs » et tâché de faire au mieux avec les moyens du bord. » Ce système a évidemment ses limites, et aujourd’hui la série est en pause depuis plus de six mois, pour une durée indéterminée. « Accepter de continuer sans argent en venait, après trois ans de bénévolat, à accepter les conditions indécentes dans lesquelles on continuait de travailler jusqu’en avril dernier. » Pour concrétiser ses idées sur le prolongement de la série, le réalisateur est donc en recherche de financements. Pour autant, il n’est prêt à tout accepter, et est décidé à mener la série comme il l’entend, sans compromis. « Ce qui me fait peur, c’est qu’avoir un diffuseur de nos jours est généralement synonyme d’aseptisation et de formatage, ce que je vois mal pour Arrête Ton Cinéma puisque la série est par essence totalement « hors cadre », son avenir semble donc bien obscur aujourd’hui.»

Mais Jonathan Trullard ne compte pas se laisser décourager, et d’autres projets sont déjà en marche, notamment avec le duo de musiciens marseillais Catherine Vincent. « J’aime beaucoup leur univers et leur musique que j’ai redécouvert l’année dernière avec le film de Paul Vecchiali Nuits blanches sur la jetée. Le format s’apparentera encore moins que The Lizard à un « clip » classique, la musique sera composée pour l’image. Pour moi, ce projet est un véritable court-métrage… à forte densité musicale ! Plus ambitieux en termes de moyens, il s’annonce compliqué en termes d’organisation, j’ai besoin d’aide financière et logistique pour le produire. Le projet sur lequel je rêve actuellement de travailler si je n’avais pas de contraintes financières, ce serait un court-métrage de fiction. Ce sera une histoire d’amour et donc, par définition, un thriller.

Aujourd’hui je souhaite continuer de faire un cinéma libre, je ne souhaite pas m’engager dans un projet qui serait fait de contraintes et de compromis de production ne correspondant pas aux valeurs ou envies de cinéma qui sont les miennes. »

C’est donc ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux : continuer dans le même esprit de liberté à réaliser ses envies de cinéma et, par conséquent, les nôtres.

Auteur Amaurych

Les innocentes, un film de Anne Fontaine: critique

Le couvent Polonais, a défaut d’être hospitalier, abrite de drôles de nonnes ; des nonnes fugueuses dans le fiévreux Ida de Pawel Pawlikoswi (Oscar du meilleur film étranger 2014), aujourd’hui des nonnes enceintes dans Les innocentes de Anne Fontaine.

En Pologne, en 1945, Mathilde Beaulieu, jeune médecin de la Croix Rouge française, cantonnée dans un village proche, découvre un couvent de bénédictines où des soldats soviétiques sont entrés de force, ont tué 20 religieuses et en ont violé 25. Sept des survivantes sont sur le point d’accoucher.

Chemin de Croix

Enfin cela n’a rien de vraiment drôle finalement, dans l’un on exhumait les fantômes de la shoah ; dans l’autre on assiste, 9 mois après le « passage » de l’armée russe à l’apparition « miraculeuse » de bébé dans ce sanctuaire de chasteté.

Sous la neige, hors du temps, les murs misérables d’un couvent résonnent de cris entre deux psaumes. Des ventres ronds se dessinent sous le tissu gris ; loin d’être immaculée, la conception a marqué plusieurs de ces femmes. Paralysée par la peur d’ébruiter l’affaire, la Mère supérieure refuse toute aide extérieure ; pourtant l’une des religieuses parvient à avertir une jeune interne de la Croix Rouge. Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge) comprend deux mots de polonais, son interlocutrice en parle deux de français, mais rapidement Mathilde saisi la gravité de la situation. Troublée par ce qu’elle va découvrir mais jamais dépassée par les événements, Mathilde gagne la confiance de ces sœurs. Et ce malgré l’ascétisme qui règne et qui les sépare, malgré le rigorisme ambiant qui aseptise les rapports humains.

Anne Fontaine filme plus qu’un drame historique, elle l’utilise à des fins subtiles pour tisser des liens entre le dévouement et l’épanouissement. Truffé de symboles, liturgique ou médicinale, de croix, qu’elles soient rouge ou chrétienne, et même d’uniformes : blouse tâchée, uniforme gradé, ou habit religieux ; le film définit d’abord ses personnages par leur fonction. Chacun répond de sa cause, le couvent obéit au divin ; les médecins sont sous les ordres de l’armée, ils sont en mission. Mathilde, qui lie ces deux mondes, se heurte à la ferveur de ses « patientes », leur foi est douloureuse car elle les enchaine à quelque chose dont elles doutent. Leur dévotion nécessite qu’elles monopolisent leur amour dans le désincarné, mais surgissent de leurs entrailles des enfants de chair et d’os, à la fois réminiscence d’un cauchemar, et offrande ultime. Dans leur cœur et dans leur bras, l’amour tangible se manifeste, faut-il l’accepter, faut-il le repousser ?

La réalisatrice étale ce dilemme sur tout son film, en enchaînant les scènes douces amères et les clairs obscurs, tout balance entre le brutal et la délicat, le mortifère et le vivant. A commencer par la formidable photographie de Caroline Champetier, avec un travail d’éclairage et de lumière très pictural qui capte la froideur des arcades nues, et le léger hale chaud d’une bougie allumée. Des tableaux souvent mangés par l’ombre, mais jamais abandonnés à l’obscurité, qui traduisent l’ambivalence d’une histoire à la météo changeante, souvent cruelle, parfois légère. Comme le personnage de Samuel (Vincent Macaigne), médecin qui s’amourache de cette Mathilde aux traits angéliques et un tantinet garçonne. Seul représentant de son genre, il incorpore une gentille débauche, celle de la danse alcoolisée et du sommeil accompagné.

Anne Fontaine avec ce 14ème long métrage change de ton après Gemma Bovary, mais continue son cinéma international (elle qui a tourné avec Naomi Watts et Robin Wright en 2013 pour Perfect Mothers et qui d’ailleurs était en compétition lors du dernier festival de Sundance). Un casting à l’accent, forcément, polonais où l’on retrouve deux actrices qui jouaient déjà dans le Ida de Pawlikoswki : Joanna Kulig et Agata Kulesa, ainsi qu’Agata Buzek (découverte elle, chez StathamCrazy Joe). Frontière de la langue, frontière de la foi, autant de freins que Mathilde ignore pour toucher ce que proclame le film : l’amour fraternel et maternel de la vie. Cloîtrées, hantées, la croyance de ses sœurs s’effrite ; au contact de la jeune femme, elle renaît. Elle qui amène pourtant sa science, son touché, dans cet antre qui à l’image de la mère supérieure sombre peu à peu dans la maladie. Finalement Mathilde résout un problème qui dépasse l’événement qui l’avait amenée ; un problème ancré dans le spirituel, qui, à force d’ascèse se délite. Mathilde ouvre une nouvelle voie à leur ferveur, plus animée, plus sensible, plus vivante.

Avec Les innocentes, Anne fontaine explore, fascinée, le périple de la foi, ballottée par les horreurs de la guerre et les sursauts de l’âme. Lou de Laâge, une croix (rouge) comme chemin, fait profession de foi en la vie, et brille dans ce film bouleversant.

Les Innoncentes: Bande-annonce

Fiche technique: Les Innocentes

Réalisatrice: Anne Fontaine
Scénario: D’après une idée originale de Philippe Maynial/Sabrina B. Karine/ Pascal Bonitzer/ Anne Fontaine/ Alice Vial
Interprétation: Lou de Laâge/ Vincent Macaigne/ Joanna Kulig/ Agata Kulesza/ Agata Buzek
Montage: Annette Dutertre
Photographie: Caroline Champelier
Musique: Grégoire Hetzel
Costume: Katarzyna Lewinska
Décors: Joanna Macha/ Anna Pabisiak
Production: Éric et Nicolas Altmayer/ Philippe Carcassonne
Société de Production: Aeroplan Film/ France 2 Cinéma/ Mandarin Cinéma/ Mars Films/ Scope Pictures
Distribution: Mars Distribution
Genre: Drame historique
Durée: 100 minutes
Langue: Français/ Polonais
Date de sortie: 10 février 2016

L’Exposition Martin Scorsese à la Cinémathèque Française

Retour sur l’exposition Martin Scorsese à la cinémathèque française

Du 14 Octobre 2015 au 14 Février 2016

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

            CineSeriesMag s’est rendu à la cinémathèque française dans le cadre de l’exposition dédiée au cinéaste italo-américain Martin Scorsese. Il s’agira ici de dresser un retour sur un événement qui nous a plus que partagé.

            Arrivés à l’entrée de l’exposition, nous nous introduisons dans un antre obscur. Face à nous, quatre écrans sur lesquels sont projetés des images de la filmographie du cinéaste, bien sûr non de manière aléatoire. Justement pensée, elle révèle et nous fait (re)découvrir en images le cinéma de Martin Scorsese. Des regards colorés, des rues New-Yorkaises traversées, la présence du Christ sous différentes formes (de bois, de chair dans La Passion du Christ et de manière figurale à travers les interprétations de ses héros), le mystique et l’homme, le travail de la couleur, New-York et son quartier de Little Italy, l’argent et les hommes, les plans et mouvements de caméra propres au cinéaste. On y voit aussi les acteurs du maître : De Niro, Di Caprio, Paul Newman, qui, avec la bande-son de Taxi Driver, et l’utilisation de la couleur par le réalisateur dans certains de ses films, expose le travail de citation et intrinsèquement de cinéphilie de Martin Scorsese. Et si cette installation était la clef de l’exposition ? Après quelques minutes, le visionnage se termine.

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

Ci-dessus, les yeux chez Scorsese.

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

Ici, la figure du Christ.

Sur notre gauche, un tableau noir présentant un texte d’introduction : « Inventeur de formes éminemment contemporaines, archéologue du cinéma soucieux de la préservation de son patrimoine, Martin Scorsese figure parmi les plus grands réalisateurs de notre époque. Passionnément engagé en faveur de la conservation des images animées, il aime à jeter un pont entre le passé et le futur du 7ème art. Dans ses films, les scènes et les époques changent, mais ses personnages sont toujours en proie aux mêmes doutes et aux mêmes questionnements. New York, la ville où Scorsese a grandi, constitue le théâtre récurrent de ses fictions, tout particulièrement le quartier de Little Italy, celui des immigrés italiens où sa famille, d’origine sicilienne, s’est installée. C’est également à New York que, le jeune Scorsese a étudié le cinéma. Ses études lui ont permis de développer sa propre écriture cinématographique. L’exposition montre dans quelle mesure il a marqué le cinéma américain de l’après « Nouvel Hollywood », par des défis esthétique, narratif et intellectuel originaux. Elle révèle en parallèle ses sources d’inspiration, sa méthode de travail, entouré pour chaque nouveau projet de fidèles collaborateurs. Cette exposition est la plus importante jamais organisée sur le réalisateur de Taxi Driver et du Loup de Wall Street. Elle se compose d’éléments essentiellement issus de la collection privée de Martin Scorsese, complétée par des archives issues de prestigieuses collections privées européennes et américaines. L’exposition a été produite par la Deutsche Kinemathek, Museum for Film and Television, Berlin. ».

Un texte d’introduction qui annonce son organisation en cinq parties, parfois sous-découpées :

1 – De Nouveaux Héros

            1* Une Famille Italo-Américaine

            2* Fratries

            3* Hommes et Femmes

2 – Crucifixion

3 – Au Cœur de New-York

4 – Inspirations

            1* Cinéphilies

            2* Revoir Hitchcock

            3* Hommages

5 – Maestria

            1* Filmer

            2* Monter

            3* Mixer

            Si à la lecture de ces titres, l’ordre vous semble quelque peu chaotique, notamment à cause de la partie Maestria qui casse l’organisation thématique, il est temps de vous rassurer, vous n’êtes pas dans le faux. Si les méthodes de travail du réalisateur, ses documents et autres pensées sont dévoilées dans toute l’exposition, la partie n°5 tient alors de la maladresse en voulant célébrer le génie technique du cinéma de Scorsese, déjà formidablement exposé précédemment à travers les documents. D’ailleurs, les textes de présentation de cette partie explicitent son côté maladroit. On peut lire dans la sous-partie Filmer : « Les films de Scorsese se caractérisent aussi par une fluidité, que leur confèrent l’habileté de la mise en scène et le travail de virtuose effectué à la caméra par ses directeurs de la photographie (…) Le langage cinématographique sophistiqué de Scorsese, avec ces changements fréquents de vitesse, ces mouvements contraires de caméra et d’acteurs, ces déplacements de steadycam interminables, a pour unique but d’exprimer la dramaturgie du film et la force suggestive exercée sur le spectateur. ». « Scorsese » pourrait être remplacé par « Spielberg » (et bien d’autres noms) que le texte n’aurait pas véritablement à changer. De même pour le texte des sous-parties Monter : « Martin Scorsese compte parmi les réalisateurs qui continuent d’élaborer la construction visuelle de leurs films au travers de storyboards, dessinés plan par plan. Il prévoit non seulement les durées des plans et les mouvements de caméra, mais esquisse également l’ordre et le montage des scènes. Tel un architecte… » ; et Mixer : « La Musique joue un rôle prépondérant dans la vie mais aussi dans l’œuvre de Martin Scorsese. ». Si ce texte nous amène au rapport à la musique du cinéaste, il n’analysera pas véritablement son travail très conséquent que l’on vous invite à découvrir via l’interview de David Chase – créateur des Soprano lui aussi inspiré – par un autre grand cinéaste cinéphile Peter Bogdanovitch, par exemple. Le texte contient d’ailleurs des erreurs : Be my Baby n’est pas un titre des Rolling Stones mais des Ronettes. C’est Anybody Seen My Baby qui est un titre du groupe anglais. Autre erreur dans le même texte : « Dans Shutter Island (2010), Scorsese ose une expérience inédite en intégrant exclusivement de la musique contemporaine au sein de l’intrigue du film. L’atmosphère de ce thriller psychologique est imprégnée de la musique abstraite de compositeurs tels que Krzysztof Penderecki ou György Ligeti qui ont tous deux vécu dans les années 50. ». Première erreur, le film comporte une musique jazzy-blues des années 50s, Cry, chantée par Johnny Ray, et il est aussi constitué de compositions d’artistes modernes tels que Brian Eno et surtout Max Richter, qui n’a pas été choisi au hasard. En effet, il est compositeur de la mémoire, de l’histoire, et son titre On the nature of daylight est particulièrement utilisé lors des séquences de souvenirs du personnage interprété par Di Caprio.

            Généralités et lieux communs dans les textes de présentation (on citera aussi la sous-partie 1.3 : Hommes & Femmes), manque de précisions, informations erronées… L’exposition Martin Scorsese a dans son organisation et ses textes tout d’un exposé scolaire sur le cinéaste. Les détails nous viennent avec les documents. Certains sont purement anecdotiques et tiennent de la célébration du cinéaste : la table présente dans un documentaire sur ses parents, la reproduction d’une télévision elle aussi dans le documentaire (voir photographie ci-dessous)…

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

D’autres tiennent plus de l’objet communiquant, c’est-à-dire de l’aspect médiatico-attractif, tels que les nombreuses photographies de tournage dont beaucoup sont trouvables sur l’internet avec un bon moteur de recherche. Par exemple, la photographie ci-dessous :

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

Enfin certains sont rares, et en disent plus sur le cinéaste que tout le reste de la partie concernée. Problème, ils ne sont pas mis en avant. On peut citer par exemple la lettre-manifeste de Scorsese concernant la nécessité d’exiger des distributeurs qu’ils investissent un peu plus dans l’édition de copies viables, qui supportent le poids du temps. Acte conséquent du cinéaste cinéphile qui a propulsé tout son travail sur la conservation des films – notamment avec la création de la Film Foundation en 1990 (avec Woody Allen, Robert Altman et d’autres) -, aussi illustré par les lettres de soutiens de cinéastes, elles aussi isolées. Ces objets sont précisément dans le couloir de sortie peu éclairé conduisant au magasin de la cinémathèque.

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

On pourra cependant féliciter la mise en avant et le travail de présentation du film Les Nerfs à Vif (Cape Fear, 1991), film longtemps isolé de sa filmographie, de même pour Le Temps de l’Innocence (The Age of Innocence, 1993).

 

Ci à droite les essais des tatouages du personnage

de Max Cady, des Nerfs à Vif, interprété par R. De Niro.

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

Ci-dessus, les storyboards de la séquence

en bateau des Nerfs à Vif et des photographies

de la construction du plateau.

À l’entrée, pour débuter la sous-partie de la famille italo-américaine, et plus tard plusieurs fois, Les Affranchis, le plus connu et médiatisé de Scorsese ont-ils dû se dire lors de la préparation de l’exposition, citant Italoamericans sans le diffuser. Vous pouvez le retrouver dans le dvd Martin Scorsese : courts-métrages et documentaires édité chez Wildside en 2007, ou si vous ne pouvez attendre, vous le trouverez facilement sur Youtube.

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

Bien sûr on trouve d’intéressantes et réussies installations telles que celle du début ou encore la carte – avec quelques reliefs – de New-York autour de laquelle des écrans diffusent des extraits des films New-Yorkais – du maître – titrés nous renvoyant au lieu réel du tournage (voir photographies ci à droite et ci-dessous).

Copyright Cinémathèque
Copyright Cinémathèque française

On peut aussi citer la projection de La Clef de la Réserve (The Key of Reserva, 2007), court métrage publicitaire tourné par Scorsese rendant un formidable et drôle hommage à Hitchcock, qui fut un passage obligé pour tous les visiteurs. Si plusieurs passaient devant sans s’y arrêter, ce fut un moment fédérateur, même si le court métrage est disponible légalement sur l’Internet :

On pourrait citer d’autres bonnes trouvailles, mais s’il s’agit maintenant de faire le bilan de cette exposition : la première question ne concernerait pas les erreurs et maladresses de celles-ci, mais à qui elle s’adresse ?

Il s’agit, il nous semble, d’une exposition tous publics, on ira même jusqu’à parler d’une célébration tous publics. Certes, il faut ouvrir un artiste à tous et toutes, mais pourquoi ne pas déjà le faire plus ouvertement dès le site de la cinémathèque (vous y retrouverez une introduction de Serge Toubiana, une exposition virtuelle sur New-York et Scorsese avec une map intéractive liée aux images des films du maître – telle l’installation de la troisième partie -, entre autres), afin de proposer un travail (d’analyse notamment) plus approfondi de l’œuvre de Martin Scorsese auxquels les documents viendraient tous à être mieux présentés et découverts, et gagneraient leur place dans l’exposition. Le cinéphile habitué des outils de la toile en saura bien plus chez lui, et il n’aura pas à débourser plus d’une dizaine d’euros (hors cartes avantages et autres réductions) pour l’entrée et trente-neuf euros pour le catalogue des textes qui ont servi de base à l’exposition. Le cinéphile et le simple spectateur débutant ses aventures cinématographiques, s’ils ne sont pas connectés, en sauront tout aussi énormément en regardant Arte, chaine (partenaire de la cinémathèque) qui a mis en place une rétrospective sur le cinéaste américain en proposant au spectateur de (re)découvrir son grand film documentaire très important : Un Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain (A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies, 1995) ; le deuxième film, Un Voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma italien, ou Mon Voyage en Italie (Il Mio viaggio in Italia, 1999) été édité en dvd par Arte, il est d’ailleurs présenté à l’exposition, notamment avec un extrait. Cela entre bien d’autres découvertes, de six de ses films à la diffusion de la rencontre Martin Scorsese par Martin Scorsese tournée à la cinémathèque, et tout cela gratuitement. D’ailleurs, on remarquera que les thématiques du travail d’Arte sont plus nuancées : si la cinémathèque s’intéressait dans une partie à New-York, la chaine réfléchissait Scorsese « entre deux villes : entre New-York et Hollywood » (voir leur présentation sur le site officiel) ; concernant la famille, Arte élargissait bien plus le champ de réflexion en travaillant la deuxième famille du cinéaste, famille du cinéma avec Harvey Keitel, Robert De Niro, Thelma Shoonmaker… certes cités et à de nombreuses reprises présentés par la cinémathèque – notamment les acteurs – mais dont les rapports amicaux et professionnels n’ont pas été assez creusé par l’organisation dédiée au cinéma.

            Enfin, l’exposition Martin Scorsese à la cinémathèque française tient davantage de la célébration, de l’événement fédérateur, que du travail d’exposition et du rendez-vous culturel qu’il suggère. Ce moment mis en place par la cinémathèque tient d’une introduction au cinéaste, et la suite de la (re)découverte du cinéaste, et le travail plus poussé sur le maître, ont eu lieu lors d’événements à la cinémathèque, que vous pourrez retrouver sur l’Internet, de même pour les travaux d’Arte.

Ci-dessous, trois Blow up (Arte) dirigés par Luc Lagier pour (re)découvrir Martin Scorsese de manière amusante et intelligente :

https://www.youtube.com/watch?v=uvTPVas2mVU

https://www.youtube.com/watch?v=C99LKF6vO1c

Enfin un dernier hommage intelligent et subtil  au cinéaste par Xavier Giannoli :

https://www.youtube.com/watch?v=K6wFCCpDquA

Pseudonym, un film de Thierry Sebban : Critique

0

Acteur de théâtre aperçu dans la série Canal + Pigalle, la Nuit, Thierry Sebban a également réalisé plusieurs courts-métrages. Pour son premier long, il a choisi d’aborder à  sa manière le drame du problème de la dangerosité des rencontres faites sur Internet. Un sujet prétendument touchant de par son statut de père de famille.

Synopsis : Alex est un père divorcé en quête d’une relation grâce aux outils numériques à sa disposition. C’est justement via un repas par webcams interposées qu’il fait la connaissance de la sulfureuse Nina. Il ne se doute que cette rencontre est orchestrée par des êtres impitoyables qui vont l’entrainer dans une infernale spirale de violence.

Et vous, tomberez-vous dans le piège?

Une problématique qui a valu au long-métrage d’être soutenu par la gendarmerie anti-cybercriminalité ainsi que, paradoxalement, de l’un de leurs farouches adversaires, les Anonymous. En plus d’en être le scénariste et le réalisateur du film, Sebban s’y octroie pour l’occasion le premier rôle principal de sa carrière. En une durée assez courte de moins d’une heure et quart, il imagine le drame d’un homme pris au piège d’une bande de tortionnaires sadiques. Le fait que, contrairement aux stéréotypes, la victime du guet-apens ne soit pas la femme mais l’homme, se veut inspiré par le modus operandi du gang des Barbares dans la tristement célèbre Affaire Halimi. Mais, que cet unique twist soit déjà contenu dans le synopsis et qu’il n’aboutisse à rien de concret, révèle bien la vacuité dont souffre le déroulement du récit.

Alors que le film commence sous la forme d’un thriller noir à travers la conversation entre Alex et Nina qui profite d’une certaine intensité érotique et d’un doute autour des motivations de chacune des parties, la suite s’égare au point de passer complètement à côté de son sujet. En se divisant entre les arcs narratifs des deux personnages, la question de la menace liée aux abus du web devient parfaitement obsolète. Au travers d’un montage alterné, on observe donc les errances de Nina, ses prises de drogue, d’alcool, une scène de sexe et enfin sa tentative de suicide, parallèlement à une espèce de torture-porn maladroit. Faussement trash et moralement caduc, le film mise tout sur le rythme que lui apportent son surdécoupage –utilisant aussi bien un montage épileptique que des cut très brutaux– et sa musique électronique composée par Nicolas Baby, du groupe FFF. Le résultat en est un long clip écœurant dépourvu de plus de la conclusion qui lui aurait donné un sens. Dans la peau de Nina, Perrine Tourneux est peut-être la seule interprète qui tire son épingle du jeu dans sa manière de passer du statut d’aguicheuse sexy à celui de junkie perturbée. Cependant, son personnage n’est, comme tous les autres, à commencer par celui d’Alex, qu’une caricature, réduisant le pouvoir d’empathie à zéro. En guise de méchant, Simon Abkarian, qui a déjà collaboré avec Thierry Sebban dans Pigalle, se retrouve affublé du rôle le plus grotesque : celui du commanditaire de ces tortures, une incarnation de la perversité voyeuriste ce qu’il peut y avoir de plus granguignolesque. Hormis sa scène de course-poursuite, filmée en caméra embarquée, l’ensemble souffre donc d’une absence de suspense au profit d’une violence exacerbée terriblement inconvenante au regard de ce qu’il voudrait raconter. Et n’évoquons pas la conclusion, nous faisant suivre l’évasion d’Alex des griffes de cette bande de criminels, dont on ne comprendra jamais la raison de leurs actions, dépourvue de la moindre crédibilité. Un comble pour thriller qui se voudrait réaliste.

Malgré la bonne intention qu’est de dénoncer les risques liés à l’Internet, Pseudonym sombre dans traitement de fort mauvais gout sur le fond comme sur la forme. Les 75 minutes que dure le film se révèlent finalement bien longues. Ce qui devait devait être un film militant moderne n’et finalement qu’une série B dépassée.

[Bande-annonce] Pseudonym:

[Fiche technique] Pseudonym:

France – 2014

Réalisation : Thierry Sabban
Scénario: Thierry Sebban
Interprétation: Thierry Sebban (Alex), Perrine Tourneux (Nina), Igor Skreblin (Sergueï), Simon Abkarian (Monsieur)…
Image: Christophe Grelié
Montage: Thierry Sebban, Eric Armbruster
Décors : Anne-Sophie Criaud
Musique: Nicolas Baby
Producteur(s): Gilles Podesta, Thomas Langmann
Sociétés de production: Diabolo Films, La Petite Reine
Distributeur: Destiny Distribution
Date de sortie: 9 mars 2016
Durée: 74 minutes
Genre: Thriller

Saw 8 Legacy est en préparation : quel film pour quelle suite ?

0

Saw 8 Legacy : le film d’horreur revient pour une suite !

Mardi dernier, nous apprenions la préparation du huitième volet de la célèbre saga horrifique SAW. Initiée en 2004 par le désormais célèbre réalisateur malaysien James Wan, la saga a pu se vanter de scènes gores efficaces et jusqu’au-boutistes malgré une qualité plutôt décadente d’épisodes en épisodes. Après de multiples rumeurs ces dernières années, Lionsgate aurait enfin lancé la production d’un huitième opus à la franchise.

Selon le site américain spécialisé Bloody Disgusting, la nouvelle major, tout juste sortie du ras de marée au box office de Hunger Games, aurait engagé les scénaristes Josh Stolberg et Peter Goldfinger (le jouissif Piranha 3D) pour s’occuper du script. Ce nouveau film serait manifestement une suite, en témoigne son titre de travail, Legacy (Héritage en français), et chercherait toujours un réalisateur pour passer de la case développement à celle de la pré-production.

Une saga (très) prolifique

Saw, sorti en 2004, témoigne de l’implication de son auteur à croire en son projet. Après être sorti de l’école de cinéma, James Wan a tenté d’écrire et de produire un petit film indépendant en s’inspirant du minimalisme du Projet Blair Witch et en l’adaptant à un huis clos. Après des refus avec des producteurs australiens, lui et son ami scénariste Leigh Whanell ont apporté un court métrage de sept minutes sur le piège à ours inversé (financé à auteur de 2000$) ainsi qu’une copie du scénario aux producteurs Gregg Hoffman, Oren Koules et Mark Burg. Ils reçoivent ainsi 1,2 millions de dollars pour réaliser leur film.

Après un succès critique, le long métrage (bande-annonce ci-dessous) devient un phénomène aux box office américain et mondial, en accumulant plus de 103 millions de dollars. Quand on agrandit à l’échelle de la saga, la série de sept films a coûté environ 65 M$ et en a rapporté plus de 873 millions. Un carton commercial qui doit beaucoup à la qualité de son croque mitaine, alias Jigsaw, ennemi iconique, incarné avec maestria par Tobin Bell.

Que penser de cette annonce et qu’espérer de cette suite ?

Si l’annonce de Saw 8 ne surprend pas réellement, suite aux nombreuses rumeurs de ces dernières années, on s’étonne d’une mise en chantier si rapide d’une saga encore dans les têtes de la plupart des spectateurs. A l’instar d’un 10 Cloverfield Lane, Saw 8 Legacy donne envie autant qu’il inquiète, notamment par les scénaristes engagés sur le projet. Si on ne doute pas de leur capacité à s’adapter aux carcans de la franchise, on regrette un choix presque hors sujet avec le ton de la franchise. En effet, les deux personnes recrutées ont fait leurs preuves dans du cinéma horrifique très second degré avec pour exemple Piranha 3D.

De plus, on se demande comment le film pourra faire la jonction avec le long métrage précédent. Sans vouloir trop spoiler, la fin de SAW 3D : Chapitre final, dévoilait un retournement qui laissait penser une éventuelle suite. D’ailleurs, il a longtemps été déclaré que Lionsgate avait signé jusqu’à l’épisode 8, ce qui ne laissait presque aucun doute sur la tenue d’un nouvel opus. Enfin, la saga avait été en réalité brutalement stoppée suite aux mauvais résultats (à relativiser) de l’épisode 6, obligeant la major à arrêter la saga brusquement.

Finalement, l’idée d’un huitième épisode à la saga SAW nous emballe autant qu’elle nous rebute. Si la présence de scénaristes assez inexpérimentés en la matière et la durée entre les films peuvent nous refroidir, l’idée d’un retour du glorieux Jigsaw nous procure une attente assez insatiable. Néanmoins, on préférera rester objectif et réservé concernant cette annonce, qui pourrait redonner un petit coup de fouet au cinéma gore américain qui connait beaucoup de difficultés ces dernières années.

Festival Clermont-Ferrand 2016: Interview de Jean-Claude Saurel

0

« Le terrain d’expérimentation pour le renouvellement de l’écriture cinématographique »

De son visage plissé et de sa moustache grisonnante se dégage une bonhomie naturelle. Le pas est tranquille et posé. Jean-Claude Saurel, s’avance vers nous, et nous conduit près de son QG dans un bureau adjacent « pour être au calme ». Sa délicatesse le pousse à chercher lui-même une chaise supplémentaire afin de nous mettre d’emblée à l’aise. Il nous confesse prendre parfois son temps, sortant tout droit d’une séance scolaire, avant deux réunions avec le CNC et l’ADAMI prévues pour l’après-midi. Mais ne nous méprenons pas. De cette force tranquille, émane l’homme de convictions: le regard est fixe lorsqu’il s’exprime, la voix assurée, le ton posé. Jean-Claude Saurel est un amoureux de la libre expression artistique et du format court auquel il a consacré la plus grande partie de sa vie. Président de l’association Sauve qui peut le Court Métrage, il demeure le digne ambassadeur de son festival, sachant le défendre par monts et par vaux. Face à son immense succès, l’homme préserve la simplicité, la modestie et la franchise des grandes figures.

Interview de Jean-Claude Saurel, président de Sauve qui peut le court métrage

festival-clermont-2016-jean-claude-saurelNous avons eu le privilège de rencontrer cette personnalité importante du 7ème Art lors d’un entretien matinal le 8 février 2016; où il retrace l’historique de son association et de son festival, tout en acceptant de se livrer sur son parcours exceptionnel. Bonne humeur garantie!

– JCS, commençons si vous le voulez bien par une petite anecdote. La présentatrice de la cérémonie d’ouverture de cette 38è édition a éveillé notre curiosité… Le vent souffle très fort aujourd’hui dans le rues clermontoises… Êtes-vous « Le Diable »? Portez-vous fièrement ce pseudonyme?

Comme beaucoup de pseudonymes, c’est quelque chose de totalement accidentel. Au siècle dernier, quand j’étais étudiant débutant à Clermont, on avait l’habitude de jouer au baby-foot dans un bistrot branché de l’époque, pas très loin d’ici d’ailleurs le « Bar du Jardin ». Un soir, un de mes adversaires a qualifié un de mes coups de diabolique. C’est devenu accidentellement le lendemain « Le Diable » (…) Il y a eu plusieurs versions sur l’origine, mais je donne ici l’authentique! Quand j’ai rencontré ma femme, je lui racontais que c’était parce que je buvais des diabolos menthe mais c’était une fausse piste (rires)…

– Depuis 1999, vous êtes président de l’association Sauve qui peut le Court Métrage (ndlr: créée en 1981), qui vous a confié l’organisation de l’Evènement. Dans l’intitulé même de votre association, on trouve un cri d’alarme, l’idée même d’une urgence… En 2016, malgré l’immense succès de votre festival, le format court vous semble-t-il toujours en danger?

Il est compliqué de répondre à cette question. Une précision sur l’origine de Sauve qui peut le Court Métrage: oui, il s’agissait bien d’un cri d’alerte puisque qu’à l’époque le court-métrage était dans une situation d’hyper-confidentialité. Mais c’est aussi parce que Antoine (ndlr: Antoine Lopez, l’un des trois fondateurs du Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand), que je qualifierais de Niel Amstrong, avait beaucoup de sens de l’humour lors de l’ouverture. Il l’a toujours d’ailleurs, on est encore proche malgré sa retraite. C’était aussi un clin d’œil au film de Godard Sauve qui peut la vie. Les deux étaient mélangés.

Aujourd’hui, cette urgence est moins présente. Dans notre sillage pleins de festivals se sont créées et ont réhabilité petit à petit une certaine légitimité du court, même si ce n’est pas complètement abouti. Les gens comprennent quand même progressivement que le court c’est pas seulement un genre en danger, mais c’est aussi l’avenir de fait du long-métrage, puisque c’est le terrain d’expérimentation pour le renouvellement de l’écriture cinématographique entre autres, que je mets en premier. On dit souvent que c’est un passeport pour le long, ou un passage. Je le mettrais en dernier. Parce que passer au long métrage, c’est tout de même une sacrée course d’obstacles.

Bien-entendu, vu l’ampleur du festival de Clermont, on peut citer quelques grands réalisateurs actuels qui ont commencé par le court. J’en dirais 4 ou cinq à la volée: Jean-Pierre Jeunet, Cédric Klapisch… Mais l’immense majorité des réalisateurs ont souvent du mal à passer au long ou quelques uns restent dans le court-métrage (…) On a baptisé l’amphithéâtre de Gergovia « Agnès Varda« , qui est « une papesse » du court-métrage, puisqu’elle en a réalisé 17, en alternant longs et courts. C’est un parcours original. Mais elle est coiffée par notre animateur de débat Claude Duty, le « pape » du court-métrage, puisqu’il en a réalisé 21, avant de passer au long un peu accidentellement (…) Personnellement, je partage l’idée avec l’immense partie de l’équipe de Sauve qui peut, que le format court c’est d’abord en premier l’avenir du long, c’est le terrain d’expérimentation du renouvellement du long métrage, et du cinéma en général. Et aussi quelque chose qu’on oublie souvent, un lieu de formation exceptionnel pas seulement pour les réalisateurs, mais aussi pour tout un tas de métiers du cinéma. Un seul exemple: j’ai connu Christophe Rossignon, c’est un grand maintenant, mais il débuta tout petit en produisant des courts-métrages. Maintenant, c’est le patron de « Nord-Ouest Productions » avec un palmarès exceptionnel. Je citerais un film qu’il a produit, Bienvenue chez les Ch’tis, où il apparaît même en tant que figurant (ndlr: le serveur de la brasserie)… Sans mentionner tous les techniciens qui ayant commencé par le court, sont maintenant dans le long, et bien reconnus.

– Vous avez lancé le festival de Clermont-Ferrand en 1979 avec Antoine Lopez et Georges Bollon, après des études en droit puis en lettres, et l’entame de cotre carrière de sculpteur et graveur de pierres. Vous avez co-réalisé en 2001 un film Comme un seul homme, 20 prix, 20 mentions, qui aborde avec justesse la dimension humaine d’un sport qui vous passionne (comme tout bon clermontois qui se respecte) et que vous avez pratiqué, le rugby. Quel parcours! Atypique pourrait-on dire… Pourquoi avoir consacré la plus grande partie de votre vie au court-métrage? Quelle(s) spécificité(s) trouvez-vous dans ce mode d’expression artistique?

Je suis tombé dans le bain comme spectateur et compagnon de route des fondateurs, puisque c’était des gens que j’avais connus animateurs du CCUC. Il est important de rappeler que si le festival a démarré avec autant de succès, c’est dû en grande partie à la fidélité du public du CCUC, ce fameux Cercle Cinématographique Universitaire de Clermont-Ferrand, qui était le premier de France tout de même, avec 1700 adhérents. J’étais alors un festivalier très assidu et en 1999 quand il y a eu un problème de croissance de l’association, il fallait un président présent et actif (…) C’est comme ça que les « vieux » Antoine et Georges m’ont demandé de devenir président de l’association. Mais il ne faut jamais perdre de vue que nous avons un fonctionnement atypique, c’est la collégialité intégrale. Je joue le rôle d’un président d’association loi 1901, mon rôle est de représenter l’association et de m’occuper de la partie administrative.

Après, on a évoqué mon expérience de co-réalisateur, puisque j’ai travaillé avec Jean-Louis Gonnet (ndlr, pour Comme un seul homme, 2001). Je peux signaler aussi à titre anecdotique, un vidéaste local très connu dans le monde entier, mais pas connu à Clermont, Michel Coste, qui en 1991 a construit un scénario où je suis le personnage central par rapport à mon métier de graveur sur pierres. Ça s’appelle J’irais gravé sur vos tombes (rires), un film remarquable puisqu’il commence comme un documentaire classique et finit dans le fantastique. Il y a 3 morts qui sortent de leur tombe dans un cimetière typique et qui viennent me déranger dans mon travail, mais je ne dirai pas ce qu’ils leur arrivent (rires).

Je garde un œil sur le court-métrage parce que ça me passionne toujours autant (…) Le court-métrage, c’est tout simplement la richesse et le pluralisme du genre. Du fait des conditions économiques beaucoup moins contraignantes que pour le long, ça permet une liberté totale d’exploration et de recherche.

– On parle de « Cannes du Court », du plus grand festival de court-métrage au monde. Êtes-vous fier de ces qualificatifs laudatifs ou gardez-vous une certaine distance? 

Il est reconnu comme tel par les professionnels depuis un quart de siècle. C’est une réalité incontournable. Souvenez-vous qu’en 1995, c’est le centenaire du cinéma. Il y a ici une coïncidence: c’est lors du centenaire du cinéma que la fréquentation du festival par le public a atteint le seuil des 100 000 entrées. C’est à partir de ce moment là à peu près 1993-1995 qu’on est reconnu comme la première manifestation mondiale en termes de fréquentation par un public assidu. Par ailleurs, on accueille actuellement à peu près 3200 professionnels venus du monde entier.

Ce sont les seuls points de comparaison avec Cannes, car Cannes c’est pas du tout la même chose. Un, la compétition officielle est hyper médiatisée, et n’est réservée qu’aux professionnels, une énorme différence avec Clermont (…) On a institué ici un système dans l’esprit du départ qui veut qu’il n’y a pas de rupture entre les professionnels et le public. Les professionnels sont badgés, ils font la queue comme tout le monde, et ça change tout. Exemple très important: depuis quelques années on essaie de toucher les publics les plus divers et on envoie des places d’accès gratuit à toutes les associations caritatives, « Secours Populaire », « Secours Catholique », et « Restos du Cœur ». Les gens qui bénéficient de ces tickets du fait de l’ambiance particulière de Clermont-Ferrand, notamment du point de vue vestimentaire, n’hésitent pas à venir. Vous donnez des tickets gratuits à Cannes, les gens n’oseront jamais monter les marches, par exemple (rires)

– Une question de politique territoriale à présent. Êtes-vous préoccupé par le nouveau découpage régional et votre rattachement avec Rhône-Alpes?

On arrive à la question qui « fâche » avec cette réforme territoriale totalement incohérente. On va en discuter tout à l’heure avec le CNC, car il y a danger. En 2015, lors du festival avec l’ancienne Région Auvergne, qui était la principale partenaire du festival, on a signé une convention dans un but précis, celui de sanctuariser au moins pendant trois ans nos actions. On a calculé tout simplement. Avec cette nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne, si nous perdions, je schématise, le pilotage de la Commission du Film, le pilotage de Pôle d’éducation à l’image, on serait mal parce que ce sont des actions étroitement imbriquées avec le festival, qui nous nourrissent et qui se nourrissent du festival (…) Cette région qui passe de 4 départements à 12, pose le problème de la proximité, ou alors il nous faut des moyens énormes pour gérer un seul Pôle d’éducation à l’image sur 12 départements. Une des qualités de notre action locale du point de vue du Pole d’éducation à l’image, c’est que l’on ne s’occupe que de 4 départements (…) On travaille sur la proximité (…) A l’échelle de la nouvelle région, nos équivalents en Rhône-Alpes, ne fonctionnent pas du tout de la même manière que nous. Nous ici on est totalement indépendants donc ils vont passer sur les fourches caudines de notre organisme (…) On risque de perdre de l’efficacité. Deux gestions différentes. Laquelle va l’emporter? Vu le rapport de force entre les deux régions, je pense que c’est Lyon (…)

– Une question de genre à présent. L’année dernière, nous avons été charmés par certaines comédies, telles que Pierrot La fontaine Mon cul, People are strange ou encore De Smet qui a remporté le prix Canal +… Même si les thématiques sociales sont récurrentes à chaque édition, pensez-vous qu’une comédie puisse à nouveau remporter un Vercingétorix? 

Si on fait l’historique, plusieurs fois des comédies ont été récompensées, notamment une qui a fait le tour du monde, elle a même été oscarisée, Le Mozart des pickpockets (2006). Les jurys ici sont totalement indépendants (…), c’est très variable. Ce qui guide la sélection, c’est l’esprit des sélectionneurs, nos sélectionneurs, notre équipe: un, les tripes du réalisateur contre les tripes du sélectionneur et deux, respecter le pluralisme du genre qui me semble infini (…) il y a toujours quelques comédies, mais il faut qu’elles soient de haute qualité.

– Quelle est selon vous l’influence des attentats de 2015 sur cette 38è édition?

L’an dernier, le festival s’est ouvert trois semaines après les attentats contre Charlie Hebdo. Nous étions sous le plan Vigipirate. On a un directeur de cabinet du Préfet, qui est très bien, qui ne sort pas de l’ENA, un ancien prof, donc il a le sens des réalités, Il a remarquablement mis en place le plan Vigipirate lors de l’édition 2015, parce qu’il connait le festival, c’est un fan, et ça s’est très bien passé. Cette année c’est plus compliqué, l’état d’urgence est quelques degrés au-dessus. On a eu des petits soucis mais ça à l’air de pas trop mal se passer. Les 27 000 euros (ndlr: liés à la sécurité du festival) sont de notre poche pour l’instant. On espère que cela va changer (…)

– Une question plus personnelle pour conclure. Certaines anciennes figures du festival ont quitté le navire (Antoine Lopez, Jacques Curtil, Christian Guinot…). Votre mandat arrive à son terme en 2017. Après tout le chemin parcouru, avez-vous l’envie de tirer votre révérence, de passer le témoin, ou pas?

Le mandat de trois ans arrive à échéance en juin 2017. Je fais un trait d’humour. Je pense que je vais survivre à Hollande (rires) (…) Bien-entendu, comme pour le reste du fonctionnement de l’équipe, c’est eux qui décident. Moi personnellement tant que je suis en forme physique, s’ils me demandent de faire un septième mandat, je le ferai, ce qui m’amènerait en 2020. Là c’est une question interne (…) Vous savez, Gilles Jacob mon équivalent de Cannes, a tenu les rennes jusqu’à 82 ans, donc ça me laisse de la marge (rires).

Merci infiniment JCS!

Jean-Claude Saurel en quelques dates:

1947
Naissance à La Terrisse, dans l’Aveyron. Ses parents étaient agriculteurs.
1967
Après un bac de philosophie à Rodez, Jean-Claude Saurel poursuit ses études à Clermont-Ferrand. D’abord en Droit, puis en Lettres.
1974
Débute sa carrière de sculpteur et graveur sur pierre
1979
Lancement du festival du court métrage à Clermont-Ferrand avec Antoine Lopez et Georges Bollon
1999
Devient président de « Sauve Qui Peut Le Court Métrage »
2007
Représente le secteur culturel au Conseil Economique, Social et Environnemental Régional

Supercut du Super Bowl : Tous les trailers de l’événement analysés !

0

Tous les trailers du Super Bowl passés au crible :

L’événement télévisuel et sportif le plus suivi au monde, le Super Bowl, s’est déroulé hier dans le Levi’s Stadium de Santa Clara en Californie. Hormis la victoire des Broncos de Denver et la traditionnelle parade musicale et mercantile, les cinéphiles ont pu apercevoir de nombreux trailers des films les plus attendus de ces prochains mois. Outre les évidentes frasques super-héroïques telles que Deadpool, Batman v Superman : Dawn of Justice, X-Men : Apocalypse et Captain America : Civil War, des blockbusters plus originaux tirent leurs épingles du jeu (Eddie The Eagle, The Secret Life of Pets).

Dans cet article, nous allons tenter d’analyser les éléments qui nous ont été offerts dimanche soir, d’abord grâce à un supercut qui regroupe une grande partie des trailers. Par la suite, on se référera aux longues bandes annonces de certains films qui ont été dévoilés en amont.

https://www.youtube.com/watch?v=AzyUCTOoA_w

Dans ce Supercut, quatre mini trailers s’enchaînent concernant les films de super héros, c’est-à-dire dans l’ordre : Deadpool, Batman v Superman : Dawn of Justice, X-Men : Apocalypse et Captain America : Civil War.

Le spot TV du premier est des plus classiques. Quelques nouvelles images à se mettre sous la dent et la production tente d’accentuer le versant humoristique de son produit. La Fox a voulu rassurer les spectateurs les plus réfractaires à l’univers très violent et second degré du long métrage. (Notre avis sur le film : https://lemagducine.fr/deadpool-film-de-tim-miller-critique/ )

Celui de Batman v Superman : Dawn of Justice est un peu plus original bien qu’assez étrange sur la forme. Avec un partenariat avec Turkish Airlines, les personnages de Lex Luthor (Jesse Eisenberg) et de Bruce Wayne (Ben Affleck) nous dévoile leurs cités respectives de Métropolis et Gotham au travers de monuments ou autres constructions. Pas de nouvelles images du film mais des fausses publicités aux allures propagandiques. Si on est plutôt satisfait que la Warner Bros ne cède pas aux moneyshot faciles et aux révélations délirantes (comme dans le dernier trailer à ne surtout pas regarder), ce concept de bande annonce très mercantile ne nous rassure guère concernant la qualité esthétique et cinématographique de l’œuvre.

Les nouvelles images de X-Men Apocalypse sont aussi esthétisées que numériques et proposent un véritable contenu inédit. Malgré tout, en dehors du décolleté d’Olivia Munn, qu’est ce que qui pourrait nous rassurer ? Pas grand chose pour sûr. Le même problème que la première bande annonce resurgit, le flot de numérique nuit à l’immersion et la direction artistique laisse quelque peu à désirer. On espère bien plus d’une bande annonce X-Men, qui aura la tâche de succéder à Days of Future Past, considéré comme l’un des meilleurs épisodes de la saga.

Enfin, le trailer de Captain America : Civil  War semble être le plus rassurant cinématographiquement parlant. Outre les nouveaux plans dévoilés, c’est surtout l’ambiance de bataille qui touche le spectateur. Affublé d’un chœur en fond sonore hurlant l’union et la division des super héros, la courte bande annonce témoigne de la violence du futur affrontement entre les équipes menées par Captain America d’un côté et Iron Man de l’autre. Clins d’œils également pour le nouveau costume d’Antman (peut-être verra-t-on sa transformation en « Giant Man » ?) ainsi que d’autres visuels plus nets sur Black Panther, le célèbre personnage originaire du Wakanda.

https://www.youtube.com/watch?v=zLXIsq8AQ-Y

Ninja Turtles est probablement la suite la plus improbable et la moins attendue de cette sélection. Pourtant, le premier volet a trouvé son public (500 millions de dollars de recettes mondiales) et certaines catégories de spectateurs se sont plus à suivre les aventures (très numériques) des Tortues Ninja dans cette nouvelle adaptation . Si l’auteur de ces lignes se retrouve étrangement dans cette catégorie, les nouvelles images dévoilées promettent un spectacle bourrin et décérébré. N’est-ce pas là tout ce qu’on attend de ce genre de long métrage ?

https://www.youtube.com/watch?v=eM-vxD4Ua4w

Le péplum fantastique américano australien Gods of Egypt vient également de dévoiler une courte minute d’images inédites. Le long métrage a beaucoup fait parlé de lui sur la toile et pas forcément en bien. En cause notamment le whitewashing de la production (utilisation d’acteurs blancs caucasiens pour des personnages étrangers) ainsi que pour ses effets spéciaux flashy désastreux dignes d’un jeu de PlayStation 2. Le résultat est d’autant plus incompréhensible qu’il est signé Alex Proyas, déjà auteur de Dark City et I Robot, deux films reconnus pour leurs directions artistiques maîtrisées.

Après Maléfique et Cendrillon, Disney poursuit sa campagne de réadaptations (ou repompages au choix) et c’est désormais Le Livre de la Jungle qui passe à la moulinette Live Action. Réalisé par Jon Favreau (Iron Man 1 et 2, Chef) et avec un casting vocal quatre étoiles (Scarlett Johansson, Idris Elba, Ben Kingsley), le long métrage pourrait tirer son épingle du jeu grâce à une direction artistiques plutôt travaillée malgré le flot de numériques. On espère donc que la major aura compris ses lacunes concernant le projet et proposera une adaptation live digne du format d’origine.

https://www.youtube.com/watch?v=wfIdYbRMOUY

Dans la catégorie suite, préquelle ou remake improbable, Independance Day : Resurgence se tiendrait en très bonne position. Pourtant, à la vue des différentes images proposées, on est en droit de s’interroger quant à la tenue d’une suite aussi épique et héroïque que son aîné. Armé de figures de proues telles que Jeff Goldblum ou Bill Pullman qui rempilent dans leurs rôles respectifs, le long métrage propose de nouveaux visages des plus intéressants, menés par Charlotte Gainsbourg et Liam Hemsworth. Avec un fond sonore très patriotique, on sent l’influence du premier opus sur ce nouveau film. De bonne augure ?

Eddie The Eagle est probablement le projet le plus indépendant de cette sélection. Le film, salué à Sundance en Janvier dernier, raconte l’histoire vraie d’Eddie Edwards, surnommé l’Aigle, qui fut le premier athlète britannique à participer aux Jeux Olympiques d’Hiver en 1988 à Séoul, dans la catégorie du saut à ski. Un pitch original, qui devrait faire la part belle à l’humour, notamment avec Matthew Vaughn (Kingsman) à la production. Le long métrage aura pour trio d’acteurs Taron Egerton (de nouveau Kingsman), Hugh Jackman et Christopher Walken. Il débarquera en salles américaines le 1er avril prochain et le 13 Avril dans nos contrées.

https://www.youtube.com/watch?v=w60unmIFvgM

Enfin, The Secret Life of Pets (ou Comme des bêtes en version française), nouveau long métrage du studio Illumination, a dévoilé des séquences inédites au public. Réalisé par le français Pierre Coffin, auteur de l’univers des Minions, le film part d’un postulat amusant : Que font nos animaux une fois que nous sommes partis ? Un pitch qui rappellera Toy Story mais qui pourrait donner de bonnes séquences à l’humour décalé, après la petite déception que fut le Spin off consacré aux Minions.

Sur l’ensemble des bandes-annonces et autres trailers dévoilés, on peut dire que les majors ont rempli leurs jobs et nous ont proposé des nouvelles séquences tout-à-fait prometteuses. Sans commencer à fabuler, on peut d’ores et déjà dire que nous sommes rassurés face à la description des longs métrages proposés. L’attente va être longue !