Pseudonym, un film de Thierry Sebban : Critique

Acteur de théâtre aperçu dans la série Canal + Pigalle, la Nuit, Thierry Sebban a également réalisé plusieurs courts-métrages. Pour son premier long, il a choisi d’aborder à  sa manière le drame du problème de la dangerosité des rencontres faites sur Internet. Un sujet prétendument touchant de par son statut de père de famille.

Synopsis : Alex est un père divorcé en quête d’une relation grâce aux outils numériques à sa disposition. C’est justement via un repas par webcams interposées qu’il fait la connaissance de la sulfureuse Nina. Il ne se doute que cette rencontre est orchestrée par des êtres impitoyables qui vont l’entrainer dans une infernale spirale de violence.

Et vous, tomberez-vous dans le piège?

Une problématique qui a valu au long-métrage d’être soutenu par la gendarmerie anti-cybercriminalité ainsi que, paradoxalement, de l’un de leurs farouches adversaires, les Anonymous. En plus d’en être le scénariste et le réalisateur du film, Sebban s’y octroie pour l’occasion le premier rôle principal de sa carrière. En une durée assez courte de moins d’une heure et quart, il imagine le drame d’un homme pris au piège d’une bande de tortionnaires sadiques. Le fait que, contrairement aux stéréotypes, la victime du guet-apens ne soit pas la femme mais l’homme, se veut inspiré par le modus operandi du gang des Barbares dans la tristement célèbre Affaire Halimi. Mais, que cet unique twist soit déjà contenu dans le synopsis et qu’il n’aboutisse à rien de concret, révèle bien la vacuité dont souffre le déroulement du récit.

Alors que le film commence sous la forme d’un thriller noir à travers la conversation entre Alex et Nina qui profite d’une certaine intensité érotique et d’un doute autour des motivations de chacune des parties, la suite s’égare au point de passer complètement à côté de son sujet. En se divisant entre les arcs narratifs des deux personnages, la question de la menace liée aux abus du web devient parfaitement obsolète. Au travers d’un montage alterné, on observe donc les errances de Nina, ses prises de drogue, d’alcool, une scène de sexe et enfin sa tentative de suicide, parallèlement à une espèce de torture-porn maladroit. Faussement trash et moralement caduc, le film mise tout sur le rythme que lui apportent son surdécoupage –utilisant aussi bien un montage épileptique que des cut très brutaux– et sa musique électronique composée par Nicolas Baby, du groupe FFF. Le résultat en est un long clip écœurant dépourvu de plus de la conclusion qui lui aurait donné un sens. Dans la peau de Nina, Perrine Tourneux est peut-être la seule interprète qui tire son épingle du jeu dans sa manière de passer du statut d’aguicheuse sexy à celui de junkie perturbée. Cependant, son personnage n’est, comme tous les autres, à commencer par celui d’Alex, qu’une caricature, réduisant le pouvoir d’empathie à zéro. En guise de méchant, Simon Abkarian, qui a déjà collaboré avec Thierry Sebban dans Pigalle, se retrouve affublé du rôle le plus grotesque : celui du commanditaire de ces tortures, une incarnation de la perversité voyeuriste ce qu’il peut y avoir de plus granguignolesque. Hormis sa scène de course-poursuite, filmée en caméra embarquée, l’ensemble souffre donc d’une absence de suspense au profit d’une violence exacerbée terriblement inconvenante au regard de ce qu’il voudrait raconter. Et n’évoquons pas la conclusion, nous faisant suivre l’évasion d’Alex des griffes de cette bande de criminels, dont on ne comprendra jamais la raison de leurs actions, dépourvue de la moindre crédibilité. Un comble pour thriller qui se voudrait réaliste.

Malgré la bonne intention qu’est de dénoncer les risques liés à l’Internet, Pseudonym sombre dans traitement de fort mauvais gout sur le fond comme sur la forme. Les 75 minutes que dure le film se révèlent finalement bien longues. Ce qui devait devait être un film militant moderne n’et finalement qu’une série B dépassée.

[Bande-annonce] Pseudonym:

[Fiche technique] Pseudonym:

France – 2014

Réalisation : Thierry Sabban
Scénario: Thierry Sebban
Interprétation: Thierry Sebban (Alex), Perrine Tourneux (Nina), Igor Skreblin (Sergueï), Simon Abkarian (Monsieur)…
Image: Christophe Grelié
Montage: Thierry Sebban, Eric Armbruster
Décors : Anne-Sophie Criaud
Musique: Nicolas Baby
Producteur(s): Gilles Podesta, Thomas Langmann
Sociétés de production: Diabolo Films, La Petite Reine
Distributeur: Destiny Distribution
Date de sortie: 9 mars 2016
Durée: 74 minutes
Genre: Thriller

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.