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TCM Cinéma Programme : Interview de Quentin Tarantino

Voyage en terrain connu avec Quentin Tarantino

Alors que le dernier film de Quentin Tarantino Les Huits Salopards est toujours dans les salles, TCM rediffuse une discussion entre le réalisateur et Elvis Mitchell. Cette discussion de 28 minutes fait partie d’un programme appelé Sous Influence, enregistrée pour TCM Amérique en 2008, soit entre Boulevard de la Mort et Inglourious Basterds. Cependant, ce n’est pas une interview classique d’un réalisateur américain, comme on peut en voir des centaines à la télévision. Comme le titre l’indique, la discussion porte essentiellement sur les inspirations de Quentin Tarantino, ses plaisirs et déplaisirs de cinéma.

L’entretien est menée par Elvis Mitchell. Derrière ce nom très musical se cache un grand monsieur à petites lunettes paré de dreadlocks. Peu connu en France, c’est un critique de cinéma réputé aux Etats-Unis, écrivant pour le New York Times et dans d’autres journaux. Il anime aussi l’émission The Treatment sur la radio californienne KWCR, et enfin, présente pour TCM son émission Under the Influence. Elvis Mitchell a une manière bien à lui de conduire les discussions avec ses invités. Au lieu poser les questions habituelles et surfaites, Mitchell s’intéresse à ce qui fait véritablement la personne en face de lui, et cherche à sonder en profondeur ses motivations par des questions détournées. Pour cette interview par exemple, Quentin Tarantino vient de sortir il y a à peine un an son film Boulevard de la Mort. On aurait pu s’attendre à tout types de questions de la part du présentateur, comme « Pourquoi vous aviez envie de faire un film de genre ? » ou bien « De quoi vous vous êtes inspirés pour ce film ? ». Mitchell a l’intelligence d’ouvrir la discussion par « Quel est le premier film qui vous a fait peur ? ». Question très personnelle s’il en est, et Quentin Tarantino n’est pas avare de réponses. En répondant à cette question, on en apprend plus sur l’homme s’il nous intéresse, mais bien plus, on comprend comment il fonctionne, et donc comme il réagit, comment il agit, et enfin comment il conçoit ses films. Il est évident que si les films dont se souvient encore Tarantino sont Don’t look in the basement! de Brownrigg et La dernière maison sur la gauche de Wes Craven, leur manière de faire passer la peur va se retrouver dans le cinéma de Tarantino, d’une manière ou d’une autre.

Ainsi, au cours de cette discussion, QT parle du cinéma qu’il aime. Ce qui est impressionnant, c’est qu’il est incollable sur le sujet, faisant des parallèles entre tel réalisateur et tel réalisateur actuel, citant des acteurs oubliés des années 50 à qui il voue son admiration. On sait que Tarantino est un passionné de films en tout genres et notamment de films d’exploitations classés B, qu’il absorbe et réinjecte dans son cinéma (il le dit lui-même dans l’interview). Parfois, il lui arrive même de citer certains films qu’il apprécie par dessus tout, et Elvis Mitchell semble étonné. Parce que Tarantino est quelqu’un qui a ses goûts propres, son cinéma qu’il défend, sa manière bien à lui d’aimer le cinéma et de le transmettre. Parlant de ses influences, il cite des maîtres de la couleur : Minnelli, Almodovar, Sirk… et cela nous aide à appréhender son cinéma, qui est lui aussi indéniablement basé sur la couleur. Il suffit de voir les affiches de Pulp Fiction ou de Kill Bill. La couleur et les acteurs, voilà en effet deux éléments qu’on ne peut pas louper chez Tarantino. Grâce à l’interview, on peut aller chercher les références cachées qu’il nous propose. C’est là l’autre avantage. En grand connaisseur, Tarantino donne ici de nombreux noms tout droit sortis des années 50, que les premiers adorateurs de ses films ne connaissent pas forcément. Que Tarantino, maître du divertissement en personne, permette de faire redécouvrir de belles oeuvres, c’est absolument génial. De plus, l’interview est ponctué d’extraits de films cités qui permettent déjà une première approche, une première passerelle. Seul défaut de l’interview : sa durée, 28 minutes seulement, bien trop courtes pour explorer le cinéma de Tarantino.

Pulp Fiction : Extrait

X-Files Saison 10, Une Série De Chris Carter: Critique

Synopsis: Le retour de Fox Mulder et Dana Scully, deux agents du F.B.I. aux prises avec le paranormal et les complots ourdis par le gouvernement américain.

Une Dernière Saison Pour La Route

Voilà bientôt 14 ans que le bureau des x-files était fermé, 14 ans d’une vie redevenue presque normale pour les agents Mudler et Scully. Elle, redevenue médecin à l’hôpital lui, transformé en ermite, enfermé chez lui loin de toutes ces affaires étranges qui ont miné sa vie. Il y avait de quoi être sceptique à l’annonce de leur retour car, si les premières saisons de la série (autrefois intitulée Aux Frontières Du Réel, mais qui s’en souvient ?) étaient captivantes par leur côté « monstre de la semaine », les dernières tournaient franchement en rond, promettant sans cesse de révéler ce mystère d’une vérité qui n’arrivait jamais.

Pourtant, le premier épisode de cette mini-série, façon « trois p’tits tours et puis s’en vont », ne présageait rien de bon. Une mise en place superflue, puisqu’on est censé connaitre les personnages. Des acteurs au ralenti et une intrigue dont on peine à trouver l’intérêt. Après tout, pourquoi pas ? David Duchovny et Gillian Anderson sont là pour interpréter des personnages vieillissants, fatigués et le jouent plutôt bien. Le rythme est lent, mais leurs retrouvailles laborieuses, on sent deux héros à qui on a imposé de tourner la page et qui du coup, n’ont plus envie de remettre les mains dans le cambouis.

Dès l’épisode 2, on sent poindre ce qui pourrait faire le sel de cette ultime saison: la dérision. Pas pour ridiculiser les personnages, mais pour montrer du doigt leurs travers. Un Fox Mulder qui passe en revue tout ce qu’il a toujours cru et qui découvre qu’il est un peu trop crédule. En rire…C’est exactement ce qui se passe avec l’épisode 3, mémorable en tout point. Un des scénaristes historiques de la série, Darin Morgan, connu pour son humour, ouvre ici grandes les vannes et retourne complètement la série, pour un épisode comique totalement irrésistible. Au passage, il dénonce quelques dérives de nos sociétés occidentales: matérialisme et superficialité. L’émotion, en forme de bilan des années écoulées, n’est pas non plus absente, Scully se retrouvant face à la mort des proches et face à ses échecs, dans un épisode qui restera comme un des plus touchants. Comme s’il fallait toujours se retourner pour constater que nos décisions d’hier sont nos échecs d’aujourd’hui.

Au travers des courbes d’audience U.S, on voit qu’il aurait mieux valu commencer par cet humour, car cette dixième et dernière saison est déjà un échec d’audience cuisant, passant de 21 millions de téléspectateurs pour le premier, à seulement 8 millions pour le troisième, audience qui se stabilise ensuite. Pourtant, Chris Carter a eu l’intelligence de faire une boucle avec cette saison, le dernier épisode venant clore le premier, tout en offrant une fin ouverte. Le problème vient finalement du fait que Chris Carter semble vouloir condenser les 202 premiers épisodes dans les 6 derniers, en répétant ce qui était devenu le principal défaut des dernières saisons: ne jamais révéler sa vérité. C’est flagrant dans le deuxième épisode, Mulder commençant à croire que ce qu’il pensait être la vérité, serait en fait un mensonge qu’on l’aurait poussé à croire pour cacher la vraie vérité. Certes la vérité est ailleurs, mais vient le moment où il faudrait le trouver, cet ailleurs…

Cette dixième et dernière saison laisse une étrange sensation, que l’on ressent dès le générique, toujours inchangé et qui propulse renvoie plusieurs années en arrière. Il souffle comme un vent de nostalgie sur ces visages plus ridés, plus fatigués aussi, comme si leur quête un peu vaine avait fini par user leur âme tout autant que leurs convictions. On sent que cette fois, c’est bien l’épilogue, que la fin du sixième épisode est un adieu sans retour, que ces soirées que l’on passait, captivé par leur quête de paranormal, ne seront désormais que le ressassement d’épisodes passés, que l’on se répète à l’infini. X-Files aura été aux origines de cet âge d’or des séries que connaissent actuellement les U.S.A., elle n’en signera pas l’achèvement mais, au travers d’une dernière parade, elle aura su faire des adieux dignes et émouvants qui laisseront derrière eux les regrets d’une madeleine de Proust à jamais perdue.

Casting: Gillian Anderson, David Duchovny, Robbie Amell, William B. Davis, Mitch Pileggi
Durée: 42′
Nombre d’épisodes: 6
Première diffusion: 24 janvier 2016 sur Fox
Diffusion France: M6 à partir du 25 février 2016
Origine: U.S.A.
Genre: Science-fiction
Création: Chris Carter
Scénario: Glen Morgan, Darin Morgan et James Wong
Réalisation: Chris Carter, James Wong, Darin Morgan et Glen Morgan

https://www.youtube.com/watch?v=rsBX-8vWgCc

Clermont-Ferrand 2016: Compétition Labo

Festival Clermont 2016, les coups de cœur de la Rédaction CineSeriesMag

Bienvenue dans le laboratoire, où les réalisateurs expérimentent tous azimuts, sans tubes ni éprouvettes, leurs idées les plus folles. La rationalité n’est pas toujours le meilleur outil pour appréhender ce bouillant maelström créatif. Parfois, l’image est plus forte que les dialogues (totalement absents mêmes, dans certains cas).  D’autres fois, elle devient psychédélique, épileptique, sans accord véritable avec le texte ou en total décalage. Peut-être l’imagination ou une certaine sensibilité alors… Quoiqu’il en soit, même si le labo n’est pas toujours facilement accessible, il est représentatif du pluralisme du genre et d’une formidable créativité cinématographique. Parmi ce tourbillon de trente films au programme de cette quinzième édition de la compétition Labo du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2016, voici quelques quelques Objets Filmiques Non Identifiés et baroques, que nous avons dénichés pour vous.

[COMPÉTITION LABO]

5) The Atom Station, Nick Jordan (Royaume-Uni, Angleterre, 2015), Documentaire expérimental, 13’20

Synopsis: regard sur les paysages naturels et industriels de l’Islande, où convergent les forces culturelles, politiques et écologiques qui façonnent le pays. Avec la voix de W. H. Auden lisant son poème « Voyage en Islande » (1937), et celle du militant écologiste Ómar Ragnarsson.

Pour l’engagement environnemental de l’oeuvre, The Atom Station vaut le détour. Très bien réalisé et totalement immersif, ce film est centré sur le paysage industriel et naturel de l’Islande et relate le mélange des forces culturelles, économiques et écologiques qui sont présentent sur l’île. La poésie contemplative d’Auden exprime le désir de s’échapper de sa patrie britannique, d’abandonner les attributs de la modernité et la guerre prochaine. Ragnarsson quant à lui, lance un cri d’alarme pour protéger un désert vital, menacé par les sociétés internationales d’aluminium qui exploitent l’Islande, au péril de son écosystème, de ses volcans, de ses baleines…  Nick Jordan réalise ici un documentaire profond, et partage son inquiétude face à l’inégalité du combat entre les fonderies d’aluminium (des multinationales américaines pour la plupart), et les rares voix écologiques qui essaient de se faire entendre.

4) Greener Grass, Paul Briganti (Etats-Unis, 2015), Fiction, 14’57

Synopsis: deux super mamans, Jill et Lisa, feraient vraiment n’importe quoi pour se faire bien voir. Un univers surréaliste où l’on s’inflige une souffrance dans l’espoir d’une récompense future – ou du moins, d’un sourire impeccable.

Greener Grass (L’herbe sera plus verte) de Paul Briganti est une comédie loufoque et drôle, où deux « desperate housewives »  cherchent l’approbation de leurs amis, à tout prix. Les couleurs sont volontairement saturées, les personnages sont caricaturés, les dialogues déjantés frôlent l’absurde. On nage en plein univers surréaliste, et on aime ça!

https://youtu.be/HVyQ-j6GWzU

3) Hotaru, William Laboury (France, 2015), Expérimental, fiction, 21’37

Synopsis: ils m’ont dit : « Tu as un don, Martha. Ici, ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »

Hotaru de William Laboury, issu de la Fémis, est une fiction expérimentale d’une poésie profonde. Cette oeuvre empreinte les codes de la science-fiction pour mieux interroger nos plus anciens souvenirs de l’altérité. L’histoire est touchante et très bien écrite. L’utilisation de la 3D et des glitchs est incroyable. Les éléments sonores nous embarquent dans cet univers intime où nous explorons la conscience de Martha. Très beau!

2) Freedom & Independence, Bjørn Melhus (Allemagne, 2014), Expérimental, fiction, 15’01

Synopsis: entre comédie musicale, film d’horreur et conte de fées, le film évoque l’élitisme néo-libéral et les scénarios fantasmés d’une fin du monde annoncée, dans un cadre de vie façonné par une architecture mégalomaniaque.

Et  c’est parti pour un quart d’heure de folie douce futuriste, vitaminée et chorégraphiée. Ce court expérimental interroge les changements idéologiques mondiaux s’orientant vers une nouvelle forme de capitalisme religieux, à travers la confrontation des idées et des citations du philosophe objectiviste autoproclamé et romancier Ayn Rand, avec des contenus évangéliques de films grand public aux Etats Unis. Les protagonistes citent des concepts du néo-libéralisme élitiste dans un mélange de délires religieux et d’hallucinations sur l’apocalypse. Tout un programme! Ce conte de fées contemporain, dans lequel Melhus exécute tous les personnages lui-même, a été en partie tourné dans une morgue de Berlin et dans de nouveaux milieux urbains à Istanbul. Jouissif et drôle, et qui questionne…

1) Voor Film, Douwe Dijkstra (Pays-Bas, 2015), Documentaire, expérimental, 11’37

Synopsis: regarder un film… Ce documentaire se penche sur ce rituel complexe en donnant la parole à une dizaine de spectateurs. Comment se passe cette expérience pour ceux qui ont un handicap sensoriel, des croyances religieuses très fortes ou un chagrin d’amour ? Un essai sur le cinéma et son public.

Voor Film de Douwe Dijkstra est une tentative drôle et habile de mise en abyme du cinéma, un film sur les films. Ce documentaire explore notre petit rituel qui consiste à regarder des film, une histoire sur les images en mouvement et leur public. Certains éprouvent des difficultés sensorielles, d’autres ont de fortes croyances religieuses ou connaissent un chagrin d’amour, l’un s’arrime à l’intrigue, l’autre aux acteurs. Voor Film exploite toutes ces impressions subjectives, ces croyances ou sentiments, notre imaginaire, tandis que nous assistons avec plaisir à la projection d’une fabrique d’images et de sons, de mouvements et couleurs en kaléidoscope. Le cinéaste ou son double apparaît parfois en buste géant au-dessus de maquettes d’avions ou de voitures miniatures sur sols de carton en se demandant comment ce drôle d’étalage va pouvoir se transformer en grand spectacle. Une expérience fine de cinéma.

Quand Jamel Debbouze parle de La Vache

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Intervention de Jamel Debbouze lors de l’avant-première de La Vache à Europacorp Cinéma :

Dimanche 14 Février 2016, c’était la fête des amoureux mais à Europacorp Cinéma, c’était aussi l’avant-première de La Vache, la comédie émouvante de Mohamed Hamidi avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson et Jamel Debbouze. Ce conte épicurien porté par un personnage touchant dont la simplicité n’a d’égal que sa noblesse d’âme et interprété avec verve par Fatsah a su toucher le cœur de CineSeriesMag et du public présent ce jour-là.

Avant la séance, l’équipe du film avait tenu à nous faire part de ses sentiments à l’égard de ce beau projet. Étaient présents le réalisateur Mohamed Hamidi ainsi que les comédiens Fatsah Bouyahmed et Jamel Debbouze. Après une courte présentation du réalisateur, c’est Jamel Debbouzze, acteur et surtout producteur sur le film qui a pris la parole. Et malgré l’énergie et l’humour qui caractérise le personnage, l’émotion était palpable dans la salle.

Mohamed Hamidi : « Nous avons terminé La Vache fin 2015. C’est un film que nous défendons depuis deux ans et qui nous tient beaucoup à coeur. Il n’a pas été forcément facile à monter car ce n’est pas évident de raconter des histoires un peu originales et un peu osées comme celle-ci. »

Jamel-debouzze-avant-premiere-la-vacheJamel Debbouze : « Il est rare pour un jeune producteur comme moi de faire ce genre de film. Un film qui rassemble. Car c’est un film qui représente la communion. Et c’est pour ça que je fais ce métier, pour voir des familles réunies devant le même film :  des parents, des enfants, des grands-parents…  On met deux ans à faire un film. Deux ans tous les jours. Un an d’écriture et après, il y a la préparation, la recherche des acteurs, le tournage qui dure deux mois et le montage…  Alors, quand le film sort, on a rien d’autre en tête. On a qu’une seule appréhension, c’est l’accueil du public. »

La Vache sortira dans les salles demain Mercredi 17 Février mais de notre côté, le pari est gagné !

Brooklyn, un film de John Crowley : Critique

Tout juste couronné du BAFTA du meilleur film britannique, le dernier film de John Crowley, Brooklyn, a fait la clôture du festival Ciné O’Clock de Villeurbanne, un certain jour de Saint-Valentin. C’est l’occasion de s’intéresser à un film de ce cinéaste dont les films n’ont pas (ou peu) été distribués en France. Le film et son actrice principale Saoirse Ronan (prononcez Sursha) sont nommés aux Oscars 2016.

Synopsis : Dans les années 50, la jeune Eilis part pour un avenir meilleur sur le nouveau continent. Elle atterrit à Brooklyn et découvre la vie new-yorkaise. Elle s’éveille peu à peu et trouve l’amour auprès d’un jeune italien, Tony. Malheureusement, elle doit retourner en Irlande. Elle va devoir choisir entre ces deux vies.

Saoirse Ronan ou la Liberté

 

Adapté d’une nouvelle de Colm Tóibín, le film ressemble à une histoire d’amour assez classique, à savoir celle d’une jeune femme qui hésite entre deux prétendants. Rien de bien nouveau à ce sujet, surtout quand les prétendants sont aussi attendrissants l’un que l’autre. D’un côté, Emory Cohen est Tony, troisième fils d’une famille italienne de cinq enfants, d’une nature plutôt insouciante. De l’autre, Domhnall Gleeson est Jim, grand irlandais sur lequel pèsent les traditions irlandaises.

Mais ce n’est pas choisir entre deux garçons qui pose problème à Eilis, non, le vrai choix, c’est celui de la terre. La structure du film est claire : après une courte introduction en Irlande, la première partie s’attache à décrire l’adaptation d’Eilis aux manières new-yorkaises ainsi que la découverte de l’amour avec l’italien qu’elle y rencontre. La seconde est l’objet d’un retour au pays irlandais, qui se veut temporaire mais que tout le monde souhaite voir se prolonger. Là où un film traditionnel de triangle amoureux aurait alterné les moments passés avec chaque garçon, pour bien faire sentir l’hésitation constante du personnage féminin, ce qui surprend ici c’est la séparation des deux moments, qui est logique puisque la distance entre les deux est de plusieurs jours voire de plusieurs semaines. On observe rapidement que l’évolution de la relation avec chacun des prétendants comporte à la fois des ressemblances et des différences notables. La famille italienne semble beaucoup plus triviale et proche que la famille irlandaise, plus distinguée, alors même que les rapports entre les couples sont filmés de la même manière, comme par exemple ces déambulations des amoureux filmées en travelling arrière. Ainsi, si la relation de Eilis avec les garçons ne change pas vraiment,  c’est plutôt le cadre qui va faire toute la différence.

A travers ces choix de terre et de vie, c’est bien évidemment l’évolution d’Eilis elle-même que nous suivons, qui est somme toute classique et sans grande surprise. La jeune Saoirse Ronan montre une fois de plus ses talents d’actrice, tout en étant parfaite pour ce rôle, dans une totale harmonie avec le sujet et son personnage. En revanche, l’émotion est dans un entre-deux, entre l’humour british assez récurrent dans la première partie (notamment les passages chez la mère Kehoe, interprétée par Julie Walters), et les larmes, qui ont tendance à couler un peu trop facilement, mais seulement dans le film.

Même si le film n’est pas une révolution, la mise en scène est tout ce qu’il y a de plus honnête, sans être plate. Brooklyn permet de passer un bon moment et de découvrir une fois de plus la qualité de jeu de Saoirse Ronan, qui mérite sa nomination aux Oscars.

Brooklyn : Bande-Annonce

Brooklyn : Fiche Technique

Réalisation : John Crowley
Scénario : Nick Hornby, d’après l’oeuvre de Colm Toibin
Interprétation : Saoirse Ronan, Emory Cohen, Domnhall Gleeson
Image : Yves Bélanger
Montage : Jake Roberts
Musique : Michael Brook
Sociétés de production : Wildgaze Films, Parallel Film Productions, Irish Film Board, Item 7
Distributeur : 20th Century Fox
Durée : 111 min.
Angleterre/Irlande/Canada – 2016

Joséphine s’arrondit, un film de Marilou Berry : Critique

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Le personnage de Pénélope Bagieu est un personnage singulier, représentatif des tracas journaliers de beaucoup. Si la première adaptation était assez ratée, lorsque la fille de Josiane Balasko s’attèle à la lourde tâche de réaliser, c’est une plus grande réussite. Par des idées de narration plus osées et représentatives d’une jeunesse qui s’essaie à l’innovation dans le cinéma, Joséphine s’arrondit parvient à conquérir le spectateur dans sa forme.

Synopsis: Depuis deux ans, Gilles (homme-parfait-non-fumeur-bon-cuisinier-qui aime-les-chats) et Joséphine (fille-attachiante-bordélique-mais-sympathique) s’aiment. Tout est parfait. Jusqu’à une nouvelle inattendue : ils seront bientôt trois. Ne pas devenir comme sa mère, garder son mec et devenir une adulte responsable, tout un tas d’épreuves que Joséphine va devoir affronter, avec Gilles… à leur manière.

Le film se présente comme une boucle au spectateur, ainsi, c’est un flash-back d’une heure et quart qui s’offre à nous, mais jusqu’ici, rien d’innovant. Là où une certaine tendresse se laisse voir, c’est dans les états d’esprit de l’héroïne. Etant enceinte, cette dernière ne fait qu’imaginer des situations rocambolesques, que la réalisatrice fait le choix de montrer. Ainsi, on verra Mehdi Nebbou dans un monde de couche-culotte, ou encore Marilou Berry dans l’angoisse routinière de la vie de mère. Joséphine s’arrondit est une comédie agréable car elle est travaillée et plutôt aboutie. Tout est mis à contribution pour plonger le spectateur dans le quotidien de Joséphine, que ce soit les décors, le maquillage, ou les costumes, symboles d’une certaine déchéance esthétique, quittant le monde glamour qu’elle côtoyait quand elle n’était pas enceinte pour se diriger vers un monde où manger de la crème glacée vautrée dans le lit fait loi. Mais attention, sous ses airs d’éloge du malheur d’attendre un enfant, Joséphine s’arrondit est, certes un film sur le quotidien difficile d’une femme enceinte, avec des scènes de yoga qui s’avèrent toutefois extrêmement drôles et réussies, mais aussi une ode au couple et à la joie d’avoir un enfant. Certes les protagonistes traversent crises de nerfs, pétages de plomb et semi-dépression, mais derrière se cache toujours la certaine émotion, mêlée d’appréhension, de l’arrivée du bébé.

Joséphine s’arrondit est un film sur la famille, et Marilou Berry est parvenue à rassembler un casting de choix pour interpréter celles et ceux qui forment l’entourage de la jeune femme enceinte. Mehdi Nebbou est excellent et se présente comme le point fort du film. Jeune père peu sûr de lui, devant s’affirmer dans son couple, le comédien est drôle malgré lui. Les moments de détresse qu’il traverse ne peuvent qu’être pris qu’avec humour, tout comme sa relation avec sa mère, interprétée par Victoria Abril, qui laissent entrevoir une réelle complicité, malgré deux manières de vivre bien différentes.
Sarah Suco et Cyril Gueï sont quant à eux les meilleurs amis de Josephine, deux appuis sur lesquels Josephine peut s’appuyer et s’évader le temps d’une sortie en boîte de nuit. Malheureusement, le personnage de Sarah Suco est un brin caricatural, et toutes les scènes autour de son couple en formation avec Medi Saddoun tombent un peu à plat, de par l’impossibilité d’une empathie envers les deux personnages. On s’attachera beaucoup plus aux personnages de Josephine ou de Cyril qu’à eux.
Le personnage le plus désagréable est sans hésiter celui de Vanessa Guide, qui interprète Diane, sœur de Josephine mais également colocataire, n’ayant pas de travail et étant affectée sur la plan sentimental. est un cliché du personnage que l’on retrouve dans les comédies françaises actuelles, à la manière de Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ? ou du personnage de Frédérique Bel dans L’étudiante et Monsieur Henri, et ne parvient pas à décrocher un sourire du spectateur, exception faite lorsqu’il y a confrontation avec sa sœur Josephine.
Enfin, même si elles ne sont pas d’utilité publique, les quelques apparitions de Josiane Balasko, Catherine Jacob ou Victoria Abril sont bien pensées et ne tombent pas dans la recherche d’humour excessive. Certaines scènes seront touchantes, d’autres auront une touche plus tragiques, de quoi faire de Josephine s’arrondit un film bien rythmé, durant lequel on ne s’ennuie pas. Toutefois, une fois le flash-back d’une heure et quart terminé, le film s’essouffle légèrement et tire un peu sur la corde. L’après accouchement laisse place à quelques facilités scénaristiques dont on se serait bien passé. Il est vrai qu’il y en a d’autres dans la première partie du film, comme celle de la relation entre la patronne de Gilles et son fils adoptif Bakary, mais pris comme un tout, le film s’en sort bien, surtout lorsque l’on prête attention au sort des comédies françaises d’aujourd’hui dans les yeux de la critique et des spectateurs.

Si Marilou Berry s’était déjà affirmée en tant que bonne actrice de comédie d’aujourd’hui, elle prouve, avec Josephine s’arrondit, qu’elle est également une bonne réalisatrice. Avec un casting trié sur le volet et correspondant aux différents personnages, la jeune cinéaste parvient à s’emparer de la ferveur du spectateur, qui ne pourra qu’être touché, voire ému, par ce quotidien et ces scènes de la vie conjugale et amicale, malgré quelques imperfections auxquelles on ne pouvait échapper.

Bande-annonce : Joséphine s’arrondit

Joséphine s’arrondit : Fiche Technique

Réalisation: Marilou Berry
Distribution: Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Medi Sadoun, Sarah Suco, Josiane Balasko, Catherine Jacob, Vanessa Guide…
Scénario: Samantha Mazeras, d’après le personnage de Pénélope Bagieu
Musique: Matthieu Gonet
Montage: Thibaut Damade
Photographie: Pierric Gantelmi d’Ille
Costumes : Lisa Korn
Producteur: Romain Rojtman
Production: Les films du 24
Distribution: UGC Distribution
Durée: 94 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 10 février 2016

Clermont-Ferrand 2016: Compétition Internationale

Festival Clermont 2015, les coups de cœur de la Rédaction leMagduCiné

C’est à présent le moment de vous délivrer nos 10 coups de cœur de cette 28è compétition internationale des courts-métrages du Festival International du Court Métrage à Clermont-Ferrand 2016 qui, avec 79 films en compétition, nous aura fait voyager à travers les 5 continents, dans des styles et genres cinématographiques des plus variés. Une sélection riche et de qualité globalement, et qui a révélé de véritables bijous cinématographiques. En voici quelques-uns:

[COMPETITION INTERNATIONALE]

10) dark_net, Tom Marshall (Royaume-Uni, Angleterre, 2015), Fiction, 12’31

Synopsis: dans ses questionnements, Alan frappe toujours à la mauvaise porte. Mais cette fois-ci, il a trouvé une réponse… sur internet, sous la forme d’un assassin dangereux et super entraîné. Mais on n’entre pas impunément dans le « dark_net ».

Tom Marshall puise dans le « dark net », où l’on ne trouve pas que de la pornographie, un scénario bien construit, et plein d’humour. Dans un bar, Allan ce anti héros éconduit, un peu looser, un peu cocu, révèle à son pote le plan de sa vengeance contre son rival, un plan pas très régulier… Les dialogues sont savoureux, la réalisation des plus maîtrisées. Jouissif!

https://vimeo.com/151131067

9) Sexy Laundry, Izabela Plucinska (Allemagne, Canada, Pologne, 2015), Animation, 12’00

Synopsis: cinquante nuances de pâte à modeler… pour les vieux.

En français, on pourrait traduire, « sexe pour blasés », tout un programme! Comment ranimer la flamme après vingt-cinq ans de vie commune? Cette question universelle devrait en intéresser plus d’uns. La comédie érotique d’Izabela Plucinska, entièrement réalisée avec de la pâte à modeler, une prouesse technique, pénètre dans l’intimité d’Alice et Henri, un couple de quinquagénaires usé par la routine. Heureusement, ces derniers, malgré quelques atermoiements, débordent d’imagination pour rallumer la flamme! Dialogues intimes et sans tabou, humour ravageur, font de ce film une animation thérapeutique et absolument décomplexante! Sexy Laundry mériterait le prix de l’animation la plus originale.

8) Die Badewanne, Tim Ellrich (Autriche, Allemagne, 2015), Fiction, 12’58

Synopsis: trois frères tentent de faire revivre la magie de l’enfance grâce à une vieille photo de famille.

Die Badewanne pourrait servir d’illustration parfaite lors d’un cours magistral à la grande école des scénaristes ou du théâtre: unité de lieu, unité d’action, unité de temps, les règles de la narration classique sont ici respectées à la lettre. Oui, on peut trouver dans une simple photo d’enfance, la source d’une bonne histoire de cinéma, ici une histoire familiale, de fraternité. La réalisation maîtrisée de Tim Ellrich, qui se déroule dans le huit-clos d’une salle de bain, et même d’une baignoire pourrait-on dire, brille par l’originalité du sujet et procure un rire garanti.

7) Ihr Sohn, Katharina Woll (Allemagne, 2015), Fiction, 23’00

Synopsis: Gregor est musicien, et c’est un doux rêveur. La vie lui sourit, du moins tant qu’il n’a pas de comptes à rendre à sa mère, directrice d’une prestigieuse galerie d’art. Voilà bien longtemps qu’il a abandonné l’espoir d’être pour elle autre chose qu’un fils raté.

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Ihr Sohn (Son Fils) de Katharina Woll est un film sensible: une mère peu compatissante voulant ou croyant tout contrôler, un fils cherchant désespérément sa reconnaissance. Ce film est sublimé par l’interprétation brillante de ses acteurs, Marie-Lou Sellem, et Sebastian Urzendowsky. Délicat et très touchant.

6) 2037, Enric Pardo (Espagne, 2015), Fiction, 12’00

Synopsis: Marc travaille pour une entreprise qui vend des voyages dans le temps. C’est un employé modèle, mais un jour, il décide d’enfreindre le règlement et d’utiliser la machine à voyager dans le temps à des fins personnelles.

Ah, il est certain que la comédie espagnole a de l’avenir! 2037 de Enric Pardo est une belle révélation, son humour irrésistible à la Almodovar dans un esprit futuriste, ses références explicites à Star Wars, son rythme diablement efficace et son scénario solide, ont font une véritable réussite.

5) Amal, Aïda Senna (Maroc, 2015), Fiction, 15’00

Synopsis: Amal rêve de devenir médecin. Lorsqu’elle se fait violer, son avenir risque d’être compromis. Afin de poursuivre ses études, elle garde ce lourd silence en elle. Son meilleur ami, Hicham, lui annonce une nouvelle qui dévoilera son lourd secret. Arrivera-t-elle à sauver les apparences ?

Partons à présent au Maroc, profitons des vapeurs réparatrices du hammam! Dans AmalAïda Senna aborde dans de front un sujet difficile, celui du déni de grossesse, suite à un viol. L’enfant de Amal, mère célibataire risque d’être considéré comme un bâtard. Avec Hicham, qui porte également en lui un lourd secret, ils vont former un couple socialement mixte, pour se sauver mutuellement et peut-être construire un autre avenir. La photographie de ce film est magnifique, les images et les séquences d’une puissance exceptionnelle.

4) El Hueco, Germán Tejada, Daniel Martin Rodriguez (Pérou, 2015), Fiction, 14’00

Synopsis: Robert a mis de l’argent de côté pour acheter l’emplacement qui jouxte la tombe de sa femme. Mais au cours de la transaction, il apprend que la place a été vendue à un autre. Sa jalousie et son désir de passer l’éternité avec Yenni vont le pousser dans ses derniers retranchements.

Germán Tejada réussit ici une prouesse avec El Hueco (Le trou), celle de faire un film très drôle à partir d’un sujet qui ne l’est pas du tout. Ce film raconte les péripéties de Robert qui souhaite acquérir la tombe à côté de celle de sa femme et qui découvre que celle-ci a déjà été achetée par quelqu’un d’autre. S’ensuit alors une quête rocambolesque pour parvenir à récupérer cette tombe et pouvoir ainsi passer l’éternité à côté de sa dulcinée.

3) Madam Black, Ivan Barge (Nouvelle-Zélande, 2015), Fiction, 11’19

Synopsis: un photographe écrase le chat d’une petite fille. Il va devoir inventer toute une histoire pour expliquer sa disparition.

Vous aimez les chats? Alors, il est certain que vous succomberez au charme de Madam Black! Sauf si vous êtes superstitieux et que vous avez peur des chats noirs ou empaillés, mais cela est une autre histoire… Le court métrage de 11 minutes d’Ivan Barge fut acclamé par le public à Clermont-Ferrand. Ce film efficace, drôle et touchant, raconte l’histoire d’un photographe qui écrase la chatte d’une petite fille. Il va inventer une histoire à l’animal digne du celle du nain dans Amélie Poulain, afin de justifier de la disparition de Madame Black.

https://vimeo.com/128092320

2) Den Tha Gerasoume Pote, Spiros Charalambous (Grèce, 2014), Fiction, 21’26

Synopsis: le dernier soir du mois d’août, Nikos fait l’amour pour la première fois. Avec le mois de septembre, c’est une nouvelle vie qui commence pour Maria.

Quelle poésie! La sensualité grecque touche ici la grâce même. Den Tha Gerasoume Pote (Jeunes pour toujours) de Spiros Charalambous doit essentiellement sa beauté à l’interprétation de ses acteurs: Kostas Nikouli, joue le rôle d’un jeune homme macho étant sur le point de connaître sa première expérience sexuelle. Vana Pefani a la chance de livrer l’une de ses meilleures performances cinématographiques de sa carrière. Un court-métrage plein de vérités, et de rêveries, explorant avec brio le thème de la perte de l’innocence. Une musique et des chants sublimes, et une dernière danse d’adieu inoubliable.

1) Las Cosas simples (Les choses simples), Alvaro Anguita (Chili, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Penélope est fonctionnaire, elle vit avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un jour, elle rencontre Ulises, un vieil homme indigent qui a perdu la mémoire et ses papiers. Elle arrive à le convaincre qu’il est son père et qu’il doit rentrer à la maison pour s’occuper de sa femme.

Du grand cinéma! Pour son premier film, le réalisateur chilien Alvaro Anguita, se sert avec finesse du rire et des quiproquos pour évoquer un sujet grave, celui de la maladie d’Alzheimer. Un tableau plein de tendresse, celui d’une jeune femme désespérée et luttant comme elle peut, face à la dégénérescence inéluctable de sa mère. L’amour filial est ici sublimé, Alvaro Anguita un nom à retenir!

 

Serie Vinyl: saison 1 critique du pilote

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En 2008 sort Shine a Light, documentaire sur les Rolling Stones réalisé par Martin Scorsese. Auparavant, Mick Jagger ambitionnait déjà de produire un film sur le monde de la musique, à la manière de Casino, avec Martin Scorsese aux commandes. Mais la crise passe par là et le projet tombe à l’eau, aucune production ne souhaite s’engager dans cette proposition, vue comme un gouffre financier. Toutefois, le grand amoureux de musique qu’est Scorsese ne lâche pas l’affaire. Naît donc l’idée de faire de ce film une série. Ainsi, HBO se présente comme la maison idéale pour produire Vinyl. Au passage, Terence Winter rejoint le casting et vient s’imposer en tant que producteur exécutif, showrunner et scénariste.

Synopsis : Les exploits d’un exécutif d’une maison de disques, blindé de cocaïne, en 1977 : année où le punk, le disco et le hip-hop émergent et se confrontent.

Avec Martin Scorsese aux commandes, on ne pouvait qu’attendre impatiemment ce premier épisode. Depuis son dernier film Le Loup de Wall Street, la moindre réalisation du cinéaste américain est très attendue. Avec Vinyl, c’est aussi la période abordée et le casting qui mettent l’eau à la bouche. Alors, ce pilote parvient-il à être convaincant ?

En terme d’ambiance, de costumes et de décors, Vinyl ne peut que séduire et se présente aux spectateurs comme une véritables immersion dans les seventies. Hommes d’affaires, milieux où l’argent et la drogue font loi et musiciens au mieux de leur forme embellissent le côté rock’n’roll de Vinyl. S’offre à nous un monde qui fait dans la démesure.
Le casting est également parfait. Bobby Cannavale, incarnant Richie Finestra, magnat de la musique, camé au possible, livre une prestation exceptionnelle grâce à une palette d’expressions corporelles variée et colle parfaitement à son rôle de patron de production fou, mais ayant toujours les pieds sur terre. Malgré nous, on ne peut s’empêcher d’éprouver une empathie pour le personnage. Les seconds rôles excellent également et apportent tout l’humour dont Vinyl a besoin. Les petites touches humoristiques, tantôt (très) potaches, tantôt plus fines, réussissent leurs coups et font travailler les zygomatiques des spectateurs. On notera pareillement l’importance de la figuration, apportant toute crédibilité aux séquences de concerts et de bureau de production.

Mais le pilote de Vinyl a un bémol, et non des moindres, qui pourrait causer du tort à la suite de la série. Si la structure narrative est intéressante, bien amenée et richement construite, l’intrigue en elle-même ne s’avère pas convaincante et laisse sur sa faim au terme du premier épisode. Le monde de la musique offre de nombreuses opportunités scénaristiques et pourtant, outre le stress de signer de « gros » artistes, elles s’avèrent bien faibles. Mais cela n’empêche pas de passer un très bon moment devant ce premier épisode au rythme effréné. On rapportera toutefois des légers moments de « flottements », avec des fluctuations rythmiques marquées, comme pour exprimer des reprises de souffle des personnages.
Bien évidemment, la réalisation de Martin Scorsese est pour beaucoup dans la réussite de ce pilote. Par ses choix de cadre et ses partis pris esthétiques (longs plans, travellings, gros plans, mises en reliefs sonores), on perçoit à la perfection l’amour de la musique du réalisateur américain. Les concerts et les foules en délire sont magnifiés, les studios d’enregistrement s’offrent à nous comme idylliques. Parallèlement, le monde de la drogue, frôlant avec celui de la mafia, où chacun cherche à s’enrichir, est lui aussi parfaitement représenté, et parfaitement conformes aux nombreux témoignages des protagonistes de l’époque.

Enfin, la bande originale est simplement jouissive. Les amateurs de rock, de pop et de funk ne pourront que prendre leur pied devant cet épisode, et devant la série, en général. Vinyl n’est pas une critique du monde de la production de l’époque, c’est également un éloge, une ode à la musique. Au détour d’un coin de salle ou en backstage, on croisera donc Robert Plant de Led Zeppelin ou d’autres chanteurs punk et rock, et c’est un réel plaisir.

Faut-il donc attendre la suite de Vinyl ? Évidemment. On ne peut qu’être certain que Mick Jagger, Terence Winter et Martin Scorsese ont encore énormément à nous offrir. Le casting fou et le monde de la musique passionnent et happent le spectateur. On espèrera seulement un renouveau de l’intrigue, une croissance scénaristique, principal défaut de ce pilote.

Fiche technique : Vinyl

Créateur & Showrunner : Brian KoppelmanTerence Winter David Levien
Distribution : Bobby Cannavale, Olivia Wilde, Ray Romano, Ato Essandoh, Max Casella, Birgitte Hjort Sørensen, Juno Temple, James Jagger…
Réalisateurs : Martin Scorsese (Épisode 1), Allen Coulter (Épisodes 2 et 7), Mark Romanek (Épisode 3), S.J. Clarkson (Épisode 4), Peter Sollett (Épisode 5), Nicole Kassell (Épisode 6), Jon S. Baird (Épisode 8), Carl Franklin (Épisode 9)
Scénariste : Terence Winter (Épisodes 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10), ainsi que Adam Rapp, George Mastras, Jonathan Trapper, Deborah Cahn
Productrice déléguée : Emma Tillinger Koskoff
Producteurs : Mick Jagger, Martin Scorsese, Mari-Jo Winkler
Production : HBO, Paramount Television

Vinyl est diffusée sur OCS City et disponible dans les offres Canal 24h après sa diffusion américaine à partir du 15 février.

Festival Clermont-Ferrand 2016: Compétition nationale

Festival court-métrage Clermont 2016, les coups de cœur de la Rédaction LeMagduCiné

Rappelons le: 57 élus parmi 1714 inscrits! Fictions, animations et documentaires au rendez-vous, en français mais pas que : la compétition nationale de cette 38è édition s’est ouverte au monde entier pour nous offrir un regard riche et neuf sur notre société contemporaine, les fantômes du passé et les promesses de demain. Nous avons voulu vous faire partager notre sélection assez hétéroclite et qui respecte la pluralité du genre. Voici pour nous, quelques pépites de cette sélection française du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2016.

[COMPETITION NATIONALE]

10) L’ Ours noir, Méryl Fortunat Rossi, Xavier Seron (France, Belgique, 2015), Fiction, 15’20

Synopsis: Règle n°1 : Ne nourrissez jamais les ours. Règle n°2 : Ne vous approchez pas à moins de 100 mètres. Règle n°3 : Évitez de surprendre l’ours. Règle n°4 : Gardez toujours votre chien en laisse.

Sans nul doute, le film le plus déjanté de cette sélection française! Maintenant que vous connaissez les règles du guide du parc Forillon au Québec, nous vous souhaitons un agréable séjour dans le parc naturel de l’ours noir. Mais ne faîtes pas comme le « club des cinq », suivez  les règles scrupuleusement, l’ours n’étant jamais loin pour attaquer… Et n’oubliez pas votre le vaporisateur chasse-ours! Entre humour plûtôt trash et scènes gores, cette fantaisie bucolique de Méryl Fortunat Rossi et Xavier Seron, tourné au sein du Parc Naturel Régional des Ardennes, laissera assurément quelques traces dans les esprits.

9) Première séance, Jonathan Borgel (France, 2015), Fiction, 10’00

Synopsis: Ivan a rendez-vous chez un psychanalyste pour une première séance.

Une séance chez le psy pas tout à fait comme les autres! Jonathan Borgel démontre qu’avec un scénario bien pensé, on peut réaliser un film drôle, efficace et rapide. Le quiproquo final est à mourir de rire!

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8) Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’47 

Synopsis: c’est dimanche. Au cours du repas, Jean observe les membres de sa famille. On lui pose des questions sans écouter les réponses, on lui donne des conseils sans les suivre, on le caresse et on le gifle. C’est normal, c’est le repas dominical.

Ah, qui n’a jamais subi les affres des questions fâcheuses, le cirque du repas dominical bien alcoolisé? Porté par une composition bien ficelée de Flavien Berger, et la voix off cassée de Vincent Macaigne, Le Repas dominical de Céline Devaux, déjà présenté en Compétition Courts Métrages au Festival de Cannes 2015, est un bijou d’animation aux images psychédéliques, absolument tordant de rire, tout en touchant à des sujets compliqués et intimes. Une prouesse visuelle, un tempo bien rythmé, bref une grande réussite!

https://vimeo.com/131886814

7) Sabine, Sylvain Robineau (France, 2016), Fiction, 14’00

Synopsis: à la suite d’une rupture amoureuse, Franc, propriétaire d’un vidéo-club, décide de soigner son chagrin en réalisant des films d’un genre particulier.

Sylvain Robineau lance ici un cri du cœur, à travers cette comédie légère sur le dépit amoureux. Il raconte son histoire avec humour, un peu dans l’esprit de la Nouvelle vague. Les dialogues sont savoureux, avec trois personnages qui mesurent leurs connaissances du cinéma. Le Franc du vidéo-club est interprété avec brio par Franc Bruneau, un visage bien connu dans monde le court-métrage, un acteur qui monte. Les deux autres excellentes comédiennes viennent du théâtre, Laura Chetrit et Caroline Mounier. Le réalisateur taquine aussi le spectateur en se moquant du snobisme et du manque d’ouverture dont on peut parfois faire preuve, simplement pour paraître intelligent. Une belle éclaircie dans la morosité ambiante, totalement rafraîchissante!

6) Une sur trois, Cecilia de Arce (France, 2015), Fiction, 19’03

Synopsis: Simone et Zelda sont deux étudiantes en design. Elles ont un projet à rendre pour leur diplôme. Leur objectif est perturbé par la grossesse involontaire de Simone qui décide d’avorter. Elle en parle à Zelda qui va s’efforcer de rendre cette situation difficile la moins éprouvante possible.

Une sur trois est une comédie dramatique délicate, qui raconte l’histoire d’une amitié fusionnelle entre deux jeunes filles bien d’aujourd’hui. Cecilia de Arce aborde avec réalisme et humour le thème tabou de l’avortement, tout en sublimant la relation fraternelle de ses deux héroïnes, portée par deux comédiennes de talent, Marie Petiot et Florence Fauquet. Fun et réaliste, une musique rythmée, une oeuvre rafraîchissante qui démontre que la beauté de la vie, malgré les drames, l’emporte toujours!

5) Ennemis intérieurs, Sélim Azzazi (France / 2015), Fiction, 27’33

Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.

Dans ce premier court métrage, Sélim Azzazi traite avec brio, de la question brûlante de l’identité. Nous avons eu la chance de rencontrer ce réalisateur prometteur, et nous vous invitons à découvrir notre interview.

4) Yaadikoone, Marc Picavez (France, 2015), Fiction, 22’00

Synopsis: à l’approche de la saison des pluies, Yaadikoone, neuf ans, casse accidentellement la toiture de sa maison avec son ballon de foot. Yaadi se met alors en tête de réparer lui-même cette maudite toiture…

Marc Picavez aime l’Afrique et sait la sublimer à travers l’imageYaadikoone vous fera voyager au Sénégal, dans la banlieue de Dakar à travers la quête de Souleymane, qui est aussi un rite initiatique, une émancipation sous fonds de légende locale. “Yaadikoone”,  c’est aussi le nom d’un célèbre bandit des années 50, que la mémoire populaire retient comme le Robin des Bois sénégalais. Les personnages sont hauts en couleur mais chaleureux telle Rama, la grand-mère de Souleymane, la cinquantaine ronde et bien vivante, mais pleine de tendresse pour son petit-fils. Marc Picavez montre également le deuil d’un Sénégal au bord d’être vaincu par les désillusions, celui d’une population en effervescence, prête à tout pour non seulement réparer, mais aussi s’élever. Marc Picavez prouve qu’avec un scénario simple et allégé, une narration classique, on peut créer un grand film, généreux, humaniste et onirique.

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3) Au bruit des clochettes, Chabname Zariab (France, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Saman, dix-huit ans, vit depuis longtemps dans l’enfer du Bacha bazi. Tout bascule le jour où un petit garçon débarque sous son toit. Il comprend qu’il s’agit de son remplaçant. Leur maître Farroukhzad contraint Saman à lui apprendre à danser. Une amitié va naître entre les deux enfants.

Chabname Zariab aborde ici avec talent et pudeur un sujet difficile, celui de la pédophilie qui est monnaie courante dans certains pays musulmans, en Afghanistan, en Iran ou au Tadjikistan,  Les « batchas » sont de très jeunes garçons prostitués sous le joug de leurs maîtres, qui doivent danser, habillés en filles, dans des espèces de maisons closes réservées aux hommes, avant d’être abusés par ces derniers à la fin de la représentation. Alternant scènes de jour et scènes nocturnes en huis clos, Au bruit des clochettes est un film d’une intensité dramatique rare. A travers les deux scènes superbes de danse, le spectateur appréhende la grandeur et la misère de ces courtisans éphémères dont l’avenir est lugubre: l’abandon par leur maître et une vie de paria. Un mets raffiné à découvrir ici.

https://www.dailymotion.com/video/x3rdo1a

2) L’ Ile jaune, Paul Guilhaume, Léa Mysius (France, 2015), Fiction, 30’00

Synopsis: Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

L’ Ile jaune traite avec subtilité et tendresse de la volatilité des amours adolescentes. Cette oeuvre est très représentative de ce que l’adolescence a de plus beau et de plus violent. Il souffle à travers ce film, un vent de fraîcheur et un parfum de liberté. Avec les mouettes, les goélands, les images du port et l’île de Diego, on part en vacances, on profite de ces paysages magnifiques et on prend un grand bol d’air marin, avec une certaine nostalgie de notre jeunesse perdue. L’image est sublime, telle une carte postale suspendue, le scénario est particulièrement soigné. Paul Guilhaume et Léa Mysius, tous deux issus de la Fémis, ont réalisé un film inoubliable.

1) Des millions de larmes, Natalie Beder (France, 2015), Fiction, 22’55

Synopsis: c’est l’histoire d’une rencontre dans un café-restaurant désert, le long d’une route. Un homme d’une soixantaine d’années attend là. Une jeune femme fait son entrée, la mine passablement fatiguée, avec un sac sur le dos et toute sa vie dedans. Il lui propose de l’avancer. Elle accepte.

Natalie Beder est une réalisatrice d’avenirDes millions de larmes, produit par Yukunkun Productions, est sa première réalisation. Ce road-movie abordant les thèmes de la paternité, de la solitude, et du voyage, repose sur la magie d’une rencontre entre un homme mur portant un lourd secret, et une femme un peu vagabonde, un peu errante, et du coup un peu méfiante. Petit à petit, les distances s’estompent, les âmes se rapprochent. Un film sensible et poétique, un véritable bijou, porté par une photo magnifique et un montage très maîtrisé, et surtout de merveilleux acteurs, André Wilms et Natalie Beder, elle-même, qui interprète la jeune fille.

 

El clan, un film de Pablo Trapero : critique

L’être humain n’aime rien tant que de classer êtres et choses dans des boîtes, ça le rassure ; c’est donc tout naturellement que comme pour tout le reste, le cinéma est saucissonné en diverses catégories, et c’est ainsi qu’on hérite de la case « nouveau cinéma argentin ». Avec son premier film Mundo Grua, film en noir et blanc sorti en 1999 et adoubé par les critiques, Pablo Trapero est généralement estampillé  comme le précurseur de cette nouvelle vague argentine.

Synopsis: Dans l’Argentine du début des années quatre-vingt, un clan machiavélique, auteur de kidnappings et de meurtres, vit dans un quartier tranquille de Buenos Aires sous l’apparence d’une famille ordinaire. Arquimedes, le patriarche, dirige et planifie les opérations. Il contraint Alejandro, son fils aîné et star du rugby, à lui fournir des candidats au kidnapping. Alejandro évolue au prestigieux club LE CASI et dans la mythique équipe nationale, LOS PUMAS. Il est ainsi, par sa popularité, protégé de tous soupçons….

Petits meurtres entre amis

Depuis, ce cinéma est passé toutes les couleurs : par l’étrangeté de Lucrecia Martel (La Ciénaga, La sainte fille), par le minimalisme poétique de Carlos Sorin (Historias minimas ou encore l’inoubliable Bombón el perro), ou encore par la rigueur de Lisandro Alonso (dont le récent Jauja est un exemple parfait), pour reboucler sur Pablo Trapero, le cinéaste argentin le plus en vue ces dernières années (Carancho, Elefanto blanco, puis aujourd’hui El Clan).

Ce pays hybride, le plus européen de toute l’Amérique du Sud, théâtre de violents évènements dans bien des domaines (militaire, politique, socio-économique) est le terreau idéal pour faire éclore des histoires qui sortent de l’ordinaire. Les nouveaux Sauvages de Damián Szifron l’ont encore montré tout récemment. Pablo Trapero, lui, aime à capturer plutôt des sujets sociétaux pour en faire des films à forte dimension spectaculaire. Dans Carancho, il mettait en scène un de ces avocats véreux qui surfent sur la vague des accidentés de la route et de leurs juteuses assurances. Dans Elefanto Blanco, il dénonce le scandale de cet énorme bidonville à ciel ouvert de Buenos Aires au travers de l’histoire de deux prêtres engagés à la cause de mal-logés, dans un film qui déjà, montrait son appétence pour les images fortes et le romanesque quelque peu grandiloquent.

El clan n’est en rien différent. Cette fois-ci, c’est un fait divers qui lui sert de matériau, l’histoire de la famille Puccio dont le patriarche Arquimedes (Guillermo Francella) organise le kidnapping de gens fortunés qui ont le malheur de croiser sa route. Situé dans les années 80, à la jonction des juntes militaires successives et de la résurgence de la démocratie en Argentine, le récit met en avant la désorganisation que ce genre de changement violent occasionne et permet.  Arquimedes est un cacique du pouvoir, barbouze notoire ayant déjà trempé dans divers enlèvements de nature politique, au travers de terribles opérations telles l’opération El condor de sinistre mémoire qui a abouti à l’assassinat de nombreux dissidents politiques sud-américains. Le point de vue est celui d’Alex (Peter Lanzani), rugbyman adulé, un de ses fils au-dessus de tout soupçon, entraîné dans cette folie sans savoir sur quel pied danser.

Pablo Trapero joue sur la juxtaposition de la vie domestique heureuse et tranquille du clan, une famille bourgeoise de Buenos Aires avec à sa tête l’impénétrable Arquimedes, un homme reptilien dont le regard perçant tétanise ses 5 enfants, et les diverses exactions perpétrées par le même, aidé de ses complices, mais surtout de ses fils. Le cinéaste fait constamment le va-et-vient entre ces deux mondes, au risque de la répétition. Il est glaçant de voir combien la famille d’Arquimedes, en particulier ses filles et sa femme qui ne participent pas à ces actions, sont dans un déni énergivore qui frise la pathologie et de fait, le film n’est jamais aussi émouvant que lors de ces scènes où enfin le non-dit se fissure et où l’un ou l’autre des enfants arrive à émettre une voix discordante. La manipulation du père est terrible, basée sur une culpabilisation de ses enfants. Contrairement à ce qu’on a pu voir dans Canine de Yorgos Lanthimos, ou encore dans Elève libre de Joachim Lafosse, où l’adulte pervertit le monde référentiel avec de nouvelles règles sournoises, la manipulation psychologique est ici assez frontale, directe et dictatoriale à l’instar du régime totalitaire qui fut celui du pays. Ici, les enfants n’ont peur que de leur père et des représailles.

La juxtaposition est le maître-mot du film. Juxtaposition pour une des séquences marquantes d’El Clan, ce montage alterné entre d’une part le kidnapping et l’enfermement dans la cave familiale d’une des victimes (la dernière en réalité), et d’autre part une scène sexuelle entre Alex et sa petite amie : mise en parallèle des coups de boutoir, mise en parallèle des cris/ hurlements/râles, un procédé qui pourrait prêter à confusion…

Juxtaposition encore pour un film composé de flash-backs et de temps présent qui amène une dynamique dans le rythme d’un film aux actions répétitives. Le film s’ouvre sur l’arrestation d’une partie du Clan, pour revenir ici et là aux évènements qui les ont conduit à cette issue.

Juxtaposition enfin pour une utilisation de la musique  qui donne par ailleurs de faux airs scorsesiens à son film, associée à la violence des rapts et des exécutions perpétrés par Arquimedes et ses sbires (Sunny Afternoon des Kinks, ou  encore Just a gigolo de David Lee Roth).

Finissant comme il a commencé, dans une ambiance électrique et gonflée, El Clan est un film maîtrisé par son réalisateur, mélangeant une ambiance de gangster-movie  aux réalités d’un film politique qui convoque les démons dont l’Argentine a encore bien du mal à se défaire. Mais tout comme on l’a constaté avec Denis Villeneuve et son Sicario, Pablo Trapero devrait faire attention à ne pas succomber à la surenchère en proposant des films de plus en plus maniérés qui l’éloignent de sa sobriété initiale.

El Clan : Bande annonce

El clan: Fiche technique

Titre original : El Clan
Réalisation : Pablo Trapero
Scénario : Pablo Trapero, Julian Loyola, Esteban Student, d’après une histoire vraie
Interprétation :   Guillermo Francella (Arquímedes Puccio), Peter Lanzani (Alejandro Puccio), Gastón Cocchiarale (Maguila Puccio), Franco Masini (Guillermo Puccio), Antonia Bengoechea (Adriana Puccio), Stefanía Koessl (Mónica), Giselle Motta (Silvia Puccio), Lili Popovich (Epifanía Puccio)
Musique : Sebastián Escofet
Photographie : Julián Apezteguia
Montage : Alejandro Carrillo Penovi, Pablo Trapero
Producteurs : Agustín Almodóvar, Pedro Almodóvar, Gabriel Arias-Salgado, Leticia Cristi, Esther García, Axel Kuschevatzky, Matías Mosteirín, Hugo Sigman, Pablo Trapero, Pola Zito
Maisons de production : El Deseo, K&S Films, Kramer & Sigman Films, Matanza Cine, Telefonica Studios, Televisión Federal (Telefe)
Distribution (France) : Diaphana films
Récompenses :  Prix de la meilleure photo, meilleur costume, meilleur acteur pour Peter Lanzani, meilleur son, meilleure direction artistique de l’Academia de las Artes y Ciencias Cinematográficas de la Argentina 2015; Ours d’Argent au festival de Venise 2015; Prix d’honneur au Festival International du Film de Toronto pour Pablo Trapero; Goya 2016 du meilleur film étranger en langue espagnole
Genre : Drame, Thriller
Durée : 110 min.
Date de sortie : 10 Février 2016

Argentine / Espagne – 2015

 

Peur de rien, un film de Danielle Arbid : Critique

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Chacune de ses réalisations, que ce soit en format long ou court, relevait d’une grande part d’intimité. Rien d’étonnant alors que Danielle Arbid signe un film à ce point autobiographique qu’il narre l’arrivée d’une jeune femme venant, comme elle, de Beyrouth dans le Paris des années 80.

Synopsis : Paris, début des années 90. Lina, une jeune Libanaise de 18 ans, débarque pour suivre des études. Réservée mais idéaliste, elle souhaite profiter de la liberté que lui offre son pays d’adoption. Elle vivra sa vie au gré des rencontres et des difficultés auxquelles elle sera confrontée.

Une actrice éclatante au cœur d’un film transparent

Une version romancée de son propre parcours donc, mais pas uniquement. A l’heure où le cinéma français donne de plus en plus d’importance à ses chroniques sociétales, Peur de rien semble, sur le papier, l’occasion d’apporter à ce genre souvent très austère le vent de fraicheur d’une jeunesse sous-représentée. Arbid  a de plus pris un soin tout particulier à dénicher une jeune actrice parfaitement inconnue pour en faire son alter-égo. Une jeune actrice sortie de nulle part dont le charme et le talent réussissent à irradier l’écran au point de vampiriser complétement le récit. En cela, le choix de Manal Issa dans le rôle de cette immigrée libanaise, renommée pour le coup Lina, fut un excellent choix. Mais le fait que la dramaturgie se focalise à ce point sur son héroïne empêche le scénario de se développer et de se trouver une finalité thématique.

La teneur personnelle du scénario assure une justesse incontestable aux faits qui nous sont racontés, mais là où le bât blesse, c’est dans la façon dont tout cela nous est présenté. Bien que les musiques renvoient directement aux années 80/90, et feront plaisir aux nostalgiques de cette période, le manque d’effort dans les décors est si flagrant que les anachronismes nous font constamment douter de l’époque pendant laquelle se situe l’action. N’aurait-il pas alors été plus habile dès lors de transposer le récit de nos jours, pourrions-nous nous demander ? Peut-être pas car la seule fonction de beaucoup de personnages secondaires est de recréer le tumulte idéologique des dernières années Mitterrand dont la première conséquence est quelque chose de nul en non avenu de nos jours : la politisation des jeunes. Toutefois, le dédain avec lequel Lina côtoie sans s’en soucier aussi bien les « faf » d’extrême-droite que les « cocos » d’extrême-gauche est symptomatique de l’absence de point de vue de la réalisatrice sur l’époque tumultueuse qu’elle prétend dépeindre. Mais, au-delà du symbole politique qu’ils apportent au regard que cette jeune immigrée porte sur son pays d’adoption, les personnages secondaires sont si sous-exploités qu’ils en deviennent difficilement identifiables. Seuls les trois petits-amis de notre héroïne, Julien (Damien Chazelle), Jean-Marc (Paul Hamy) et Rafaël (Vincent Lacoste) ont un semblant d’importance sur la prétendue évolution psychologique de Lina. La part romantique du long-métrage lui apporte une certaine légèreté, mais surtout va devenir l’enjeu majeur du film.

Parallèlement à ses déboires amoureux anecdotiques et à son parcours initiatique en encéphalogramme plat, le film nous fait suivre les cours en amphithéâtre que suit l’héroïne, portés par la professeure incarnée par l’excellente Dominique Blanc. Peut-être les meilleurs passages du film dans l’apologie qu’ils font de l’Éducation Nationale. Et pourtant, la façon dont ces monologues font écho à ce que traverse Lina manque à ce point de subtilité qu’elle donne le sentiment que la réalisatrice cherche désespérément à justifier son récit grâce des modèles littéraires. Ces scènes servent aussi à colmater les blocs du scénario qui souffrent d’un manque de fluidité assez pesant. Le glissement brusque que prend le dernier quart du film, faisant passer l’intrigue des amourettes de jeunesse de Lina à sa volonté d’obtenir une carte d’immigré et un permis de travail est l’exemple le plus flagrant de cette déconstruction dramaturgique. Ainsi, malgré le jeu remarquable de Manal Issa, son personnage ne profite pas de changement notable dans son rapport à la France et les enjeux qu’ils soient politiques ou émotionnels n’apportent rien de constructif au film. C’est pourquoi les frasques juridico-administratives que subit Lina pour acquérir la nationalité apparaissent, à une demi-heure de la fin, comme un espoir de voir le scénario porteur du message sociétal qui jusque-là lui faisait défaut. Et pourtant, la résolution bâclée de cet enjeu final et la brutalité avec laquelle le happy-end –prévisible au possible– clôt le film sans résoudre les intrigues précédemment amorcées renvoient le film face à son caractère anodin.

L’énergie, mêlant candeur et audace, que dégage l’actrice Manal Issa ne réussit pas à tirer vers le haut l’autofiction qu’a voulu signer Danielle Arbid, plombée par une écriture très maladroite. L’image pleine de charme que la réalisatrice donne de la France des nineties est si lisse et impersonnelle que ses tentatives d’y inclure un discours se retrouvent fatalement insignifiantes.

[Bande-annonce] Peur de rien

[Fiche technique] Peur de rien

France – 2015

Réalisation : Danielle Arbid
Scénario: Danielle Arbid, Julie Peyr
Interprétation: Manal Issa (Lina), Paul Hamy (Jean-Marc), Vincent Lacoste (Rafaël), Damien Chapelle (Julien), Dominique Blanc (Madame Gagnebin)…
Image: Hélène Louvart
Montage: Mathilde Muyard
Son : Emmanuel Zouki, Jean Casanova
Producteur(s): David Thion, Philippe Martin, Nabil Akl
Production: Les Films Pelléas
Distributeur: Ad Vitam
Date de sortie: 17 février 2016
Durée: 120 minutes
Genre: Comédie dramatique

Le temps des rêves, un film de Andreas Dresen: Critique

L’action se situe dans le charnier des années 90, à la suite de la chute du mur de Berlin, et suit les pas hasardeux d’une bande d’adolescents essentiellement tournés vers une exploration frénétique des possibilités que leur offre leur existence. Époque préservée où les rêves sont encore à portée, avant d’être happés par le réel, l’adolescence se révèle être pour eux une période avant tout destructrice.

Suivant les diverses activités de ces personnages, leurs enthousiasmes et leurs tentatives de construction, le film est imbibé d’une grande vitalité, rythmée par de la musique électronique. L’une des particularités de cette œuvre réside dans le fait que son réalisateur n’oppose pas cette pulsion de vie et son antagonisme destructeur. Il montre au contraire comment les deux mouvements peuvent être fondamentalement liés.

L’amour, l’amitié, la rivalité, les ambitions, les fêtes et les défaites, tout s’engouffre dans cette œuvre trou noir. Andreas Dresen dresse le portrait déstabilisant d’une jeunesse née sous le signe du vide et du non-sens, qui ne trouve un exutoire à sa soif de révolte que dans l’abandon et la destruction des corps. C’est le naufrage existentiel d’une génération dévorée par la perte de tout repère humain. La société, magma englobant et mortifère, finit toujours par récupérer, d’une manière ou d’une autre, ses marginaux : ici, en vampirisant les énergies de ces éphèbes aux silhouettes graciles.

Il y a un petit quelque chose de Trainspotting, chef d’œuvre de Danny Boyle, dans ces corps ou ces visages qui s’assombrissent et se détruisent, dans ces espérances qui chutent.

La beauté du film ne tient finalement que peu à son emballage télévisuel, à ses séquences musicales et ses scènes violentes, mais davantage au parfum nostalgique qui enveloppe le tout, baignant l’œuvre dans un parfum de Good Bye Lenin mélancolique.

Toutefois parler de « Trainspotting allemand » est abusif car même si l’énergie est là, elle l’est dans une chronique maladroitement mise en scène et avec une dramaturgie et une narration erratiques qui délivrent un message confus sur une génération désorientée et spoliée. Entre la délinquance et la volonté de se réaliser, les protagonistes du film errent tels des spectres de soirées techno en passages en détention et combats avec des skinheads. La matière est là, brute, organique, vivante, mais comme effacée par un scénario qui privilégie une continuité trop hasardeuse et une mise en scène parfois clinquante. Le temps des rêves comporte des scènes isolées magnifiques mais qui manquent de lien entre elles, Dresen tentant désespérément de leur donner un sens. Un tableau radical et sombre d’une jeunesse est-allemande sans repères qui construit et déconstruit sans cesse les prémices de sa future existence.

Synopsis : Allemagne de l’est. Dani et sa bande ont grandi dans l’utopie socialiste de la RDA. Adolescents à la chute du mur, ils vivent au rythme de la techno, de leurs rêves débridés et des allers retours au commissariat. Lancés à pleine vitesse dans les années 90, ces jeunes exaltés et désorientés vont se heurter au destin chaotique de leur génération .

Le temps des rêves: Bande-annonce

Fiche Technique: Le temps des rêves

Réalisation : Andreas Dresen
Scénario : Wolfgang Kohlhaase, Clemens Meyer, adapté du livre de Clemens Meyer
Casting : Merlin Rose, Julius Nitschkoff, Joel Basman, Marcel Heuperman, Frederic Haselon, Pit Bukowski, Gerdy Zint…
Production : Peter Rommel – Rommel Film
Image : Michael Hammon
Montage : Jorg Hauschild
Son : Peter Schmidt
Durée : 1h 57m
Genre: Drame
Date de sortie: 3 Février 2016

Auteur : Clement Faure