Il y a clairement deux pans différents dans la filmographie des frères Coen. Ils oscillent depuis le début de leur carrière entre comédies satiriques et films noir (comme No country for old men par exemple pour lequel ils raflent de nombreux oscars en 2007). Avec Ave césar, ils renouent clairement avec la comédie, genre dans lequel ils ont brillé auparavant avec The big lebowski ou Burn after reading et O’brother (tous deux déjà avec George Clooney).
L’âge d’or des studios vu par les Coen
Après le bouleversant Inside Llewyn Davis en 2013, les revoilà derrière la caméra pour signer à nouveau un film d’une qualité visuelle incroyable. Comme toujours le travail de Roger Deakins, chef op attitré de Joel et Ethan, est impeccable et illumine l’oeuvre de sa pureté.
Hommage roboratif à l’âge d’or d’Hollywood, de façon plus approfondie que dans Barton fink, palme d’or du festival de Cannes 1991, le nouveau film des frères Coen, doté d’un casting royal, est l’occasion pour eux de laisser parler leur amour du cinéma, dans un film qui cultive avec autant de bonheur le parfum de la nostalgie que le sourire irrésistible de la parodie. En cela, il constitue un réjouissant hommage au cinéma des années 50 et à l’âge d’or des studios dans une série de pastiches savoureux du peplum, du western du mélodrame et de la comédie musicale. (On appréciera l’enchaînement de plans Berkeley et l’hommage explicite à « By a waterfall », une chanson et surtout une chorégraphie du film Footlight parade de Busby Berkeley en 1933 lors de la scène de ballet de Scarlett Johansson).
Ainsi, sans égaler Barton Fink, et The Big Lebowski, entres autres figures phares du tandem, cet Ave César n’en constitue pas moins un spectacle pour le moins jubilatoire, doté de l’humour fin et irrésistible Coenien (notons d’ailleurs les superbes prestations de George Clooney et de Channing Tatum qui prouve après le sublime Foxcatcher qu’il est clairement un acteur extrêmement talentueux).
Toutefois les frères Coen nous ont habitués à jongler entre grands et plus petits films, dont fait partie Ave César. Par moments, le récit se disloque en succession de sketches inégalement inspirés et l’enchaînement s’essouffle, le récit devenant presque une comédie à sketches, une succession de parodies des différents genres de cinéma usinés à l’époque. L’œuvre aussi mineure que fastueuse (dans ses reconstitutions), se savoure donc par fragments, ce qui semble révéler un manque d’inventivité, l’absence d’un fil conducteur qui rendrait la narration plus fluide et éclairerait le spectateur, donnant ainsi plus de cohérence au film. Problème narratif qu’ils pallient sans cesse dans ce film avec un narrateur vraiment peu efficace (au contraire de celui de The big Lebowski par exemple) qui a pour but de lier les scènes entres elles.
Un Coen mineur donc, au charme tenace, qui réussit à combiner la satire acerbe et la nostalgie bienveillante, sans jamais sacrifier l’une pour l’autre.
Synopsis : La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. Il se retrouve confronté à une situation difficile lorsque l’acteur principal du film le plus attendu de l’année est kidnappé en plein tournage. La journée promet d’être mouvementée.
Ave Cesar: Bande Annonce
Ave Cesar: Fiche technique
Réalisateurs: Joel et Ethan Coen
Scénario : Joel et Ethan Coen
Interprétation: Josh Brolin (Eddie Mannix), Georges Clooney (Baird Whitlock), Alden Ehrenreich (Hobie Doyle), Ralph Fiennes (Laurence Laurentz), Channing Tatum (Burt Gurney)…
Montage: Joel et Ethan Coen
Musique: Carter Burwell
Direction artistique : Dawn Swiderski
Image: Roger Deakins
Producteurs : Joel et Ethan Coen, Tim Bevan, Eric Fellner
Société de production : Mike Zoss Productions, Working Title Films
Durée : 100 minutes
Genre: Comédie
Date de sortie : 17 février 2016
[Critique] On achève bien les chevaux Diffusé sur TCM le jeudi 25 février à 20h40
Synopsis : Dans les Etats-Unis du début des années 30, en pleine Dépression, les personnes défavorisées, souvent des chômeurs, voire même des vagabonds, venaient participer à des marathons de danse. Le principe : danser le plus longtemps possible, des centaines d’heures d’affilée, en ne faisant que de petites pauses de dix minutes toutes les deux heures. Le vainqueur remportait quelques centaines de dollars et certains pouvaient espérer se faire remarquer par un producteur et obtenir un contrat.
C’est dans le cadre de son cycle consacré aux films oscarisés que TCM Cinéma diffuse On achève bien les chevaux, sixième long métrage réalisé par Sydney Pollack, cinéaste qui eut une carrière prestigieuse aussi bien en tant que réalisateur (Jeremiah Johnson, Out of Africa, ou Les Trois jours du Condor, un des plus grands films d’espionnage américains) qu’en tant qu’acteur (donnant la réplique à Dustin Hoffman dans Tootsie, à Woody Allen dans Maris et femmes ou à Tom Cruise dans Eyes Wide Shut).
Le roman d’Horace McCoy datait de 1935, et il fallut attendre 1969 pour en voir l’adaptation au cinéma, alors que l’Amérique vivait dans un contexte socio-économique très différent. Il faut avouer que cette adaptation représentait un véritable défi : deux heures de huis-clos avec des couples qui dansent pendant des jours entiers sans sortir de la salle, et sans ennuyer les spectateurs, c’était une gageure. Sydney Pollack montre toute sa maîtrise et son efficacité dans sa mise en scène immersive sachant éviter le voyeurisme ou le pathos excessif et avec une science consommée du montage, sans oublier le jeu particulièrement intense et inspiré de l’ensemble du casting.
Société du spectacle
Très vite, le film impose son ambiance sombre et poisseuse. Et on comprend rapidement qu’il y a quelque chose à voir au-delà de ce marathon infernal. La première pensée, c’est une critique du monde du spectacle. En effet, ces personnages (102 couples, dont un vieux marin et une femme enceinte) qui vont s’épuiser, jusqu’à la mort pour certains, sur cette piste doivent constituer un spectacle. Un public vient prendre plaisir à assister à ce marathon, jetant des pièces à ceux qui parviennent à se faire remarquer par un numéro de claquettes ou un chant. On regarde ces souffrances comme les Romains s’amusaient aux combats de gladiateurs.
L’animateur du spectacle ne s’y trompe pas lorsqu’il affirme « Les gens veulent voir le spectacle de la misère, ça les aide à oublier la leur. »
Bien entendu, de nos jours, il est impossible, en voyant cela, de ne pas penser aux émissions de téléréalité. Le processus est le même : exploiter le désir sadique d’assister à la souffrance et à l’humiliation des autres et permettre de détourner l’attention des vrais problèmes. Panem et circenses, disait-on à Rome.
Cet animateur est d’ailleurs un des personnages-clés du film. Il fait clairement partie de ceux qui exploitent la douleur et qui décident de mener une vie facile, mais il semble comprendre l’enfer que subissent les concurrents.
Métaphore
Mais On achève bien les chevaux ne se contente pas d’attaquer la société du spectacle. C’est l’ensemble de l’Amérique qui est visée. Une Amérique qui prône l’égalité des chances et le dur labeur, une Amérique dont le rêve prétend que tout le monde peut réussir si on s’en donne les moyens.
Gloria, interprétée par la magnifique Jane Fonda (qui a manifestement hérité du talent de son père) ne croit plus à ces illusions. Personnage blasé et qui semble constamment habité par une souffrance intense, elle ne cesse d’affirmer que l’égalité des chances est une utopie qui ne se retrouve pas dans la réalité : « On m’a disqualifié en me mettant au monde », dira-t-elle, avant d’ajouter « Dans la vie, tout est fait d’avance, les rôles sont distribués avant qu’on vous ait vus. » C’est bien ce mythe du Rêve Américain qui s’effondre ici. D’abord parce que vouloir réussir ne suffit pas : encore faut-il faire échouer les autres ! Les scènes de derby sont, à ce point de vue, parmi les plus marquantes du film. Il est demandé aux concurrents de courir en couple autour de la piste pendant dix minutes sans s’arrêter ; les trois derniers couples seront éliminés. La splendide mise en scène de Pollack nous montre alors comment on tire sur les autres candidats pour les ralentir, comment on fait des croche-pieds, les bousculades, etc. L’intensité dramatique des deux scènes de derby est absolument exceptionnelle et montre la rage des concurrents à faire échouer les autres.
Il s’agit bien de dresser les candidats les uns contre les autres pour le grand bonheur d’une élite de spectateurs privilégiés. Et cette égalité des chances est encore mise à mal par l’organisation du jeu : l’animateur et les arbitres, tout puissants, peuvent disqualifier des candidats ou changer des règles à tout instant, sans prévenir. Ainsi, on apprend que l’animateur a caché la robe d’une des concurrentes, dans le seul but de la défavoriser.
Avec une intensité dramatique rare allant crescendo, avec une mise en scène remarquable et une interprétation hors-norme, Sydney Pollack signe un film sombre et complexe, multipliant les niveaux de lecture et dressant un portrait sans concession de l’âme humaine et de son pays.
On achève bien les chevaux : Fiche Technique
Titre original : They shoot horses, don’t they ?
Réalisateur : Sydney Pollack
Scénaristes : James Poe et Robert E. Thompson, d’après le roman d’Horace McCoy
Interprétation : Jane Fonda (Gloria), Michael Sarrazin (Robert), Gig Young (Rocky), Bruce Dern (James), Susannah York (Alice), Red Buttons (Le Marin).
Musique : John Green
Photographie : Philip H. Lathrop
Montage : Fredric Steinkamp
Producteurs : Irwin Winkler, Robert Chartoff
Sociétés de production : American Broadcasting Company, Palomar Pictures
Société de distribution : ABC Pictures International
Récompenses : Golden Globe et Oscar 1970 du meilleur acteur dans un second rôle (Gig Young)
Durée : 120’
Genre : drame
Date de sortie (USA) : 10 décembre 1969
On ne peut s’empêcher de penser, à la lecture du scénario, à un film sorti sept ans auparavant, à savoir Rashomon du maître japonais Akira Kurosawa. C’est en effet une même histoire, racontée à travers différents points de vue et donc par différents personnages.
Synopsis : A la sortie de son livre intitulé Les Girls, Sybil Wren est attaqué en justice par son ancienne coéquipière Angèle Ducros pour diffamation. Il serait en effet écrit dans le livre que cette dernière aurait tenté de se suicider lors de leur tournée il y a plusieurs années. Les deux femmes vont être invitées à exposer leur version des faits.
Paillettes et vérité
La question posée ici c’est d’abord la recherche de la vérité, et d’ailleurs le film montre fait apparaître plusieurs fois ce panneau « What is the truth ? » On aurait tendance à prendre pour vrai le témoignage de Sybil, qui recouvre un tiers du film, à croire à ce que nous montre le cinéma. Mais déjà ce premier récit est contesté par Angèle et de fait, par le film lui-même. Dans Rashomon, l’entièreté du récit était mise en scène par l’intermédiaire du narrateur qui racontait l’histoire. Il y a également mise en scène dans Les Girls puisque tout est raconté au tribunal.
La mise en scène est au cœur du film . Les Girls, c’est le nom du spectacle musical donné par Barry Nichols, accompagné par ses trois girls. Dans ce spectacle se suivent les numéros changeant d’époque et de costumes à volonté. Les professionnels du travestissement sont bel et bien les acteurs, et d’une manière plus large, les stars. Mais où s’arrête la mise en scène ? La question a pu être abordée dans d’autres films (par exemple The Truman Show de Peter Weir ou Le Prestige de Christopher Nolan, et d’une manière générale, toute son œuvre). Chaque version témoigne d’un rapport amoureux entre une girls et un homme et ce rapport-là est déjà un rapport masqué, biaisé. De plus, ce qui sème encore plus le doute, c’est que les différentes versions ne se contredisent pas, mais racontent des événements différents, mise à part la conclusion. Ainsi, on a bien des pans de la vérité qui sont présenté, des façades, un peu comme Charles Kane dans Citizen Kane d’Orson Welles.
A l’intérieur de ça, le film ressemble à une comédie musicale, quoique les numéros soient amenés d’une manière différente que dans Chantons sous la pluie. Au lieu que les personnages s’arrêtent et dansent dans la rue sans vraisemblance, ici les chansons sont à chaque fois sur scène, et donc totalement crédibles d’un point de vue narratif. C’est sûrement pour cela que Georges Cukor parlait plus de « film musical » que « de comédie musicale ». De plus, tourné en 1957, Les Girls est considéré par Jacques Lourcelles comme l’une des dernières grandes comédies musicales de l’époque, mais aussi comme l’un des derniers grands rôles de Gene Kelly qui interprète Barry Nichols.
Il est très agréable de voir Gene Kelly dans ce rôle-là, qui comporte quelques scènes surprenantes, bien éloignées de ces personnages toujours souriants et heureux qu’il jouait dans Chantons sous la pluie ou Les Demoiselles de Rochefort. A cela on rajoute les trois girls, à savoir Mitzi Gaynor, Taina Elg et la sublime Kay Kendall. Tout le plaisir est de les voir interpréter des rôles différents, selon l’histoire dans laquelle elles se trouvent. Artistes à multiples facettes, elles savent également danser et chanter de manière fort sympathique. La caméra de Cukor, malgré un classicisme hollywoodien assumé, cherche néanmoins à trouver à chaque fois la meilleure manière de filmer le numéro. De merveilleux plans composent ainsi la danse de la corde bien trop courte, dans un décor et un cadrage novateur.
Deux ans après Une étoile est née, Cukor change de ton pour Les Girls, qui, s’il reste respecte les codes du genre, reste un film aussi classe que classique, dans le bon sens du terme.
Les Girls : Extrait
Les Girls : Fiche Technique
Réalisation : George Cukor
Scénario : John Patrick, Vera Caspary
Interprétation : Gene Kelly (Barry Nichols), Mitzi Gaynor (Joy), Kay Kendall (Sybil), Taina Elg (Angèle)
Image : Robert Surtees
Montage : Ferris Webster
Musique : Cole Porter
Société de production : MGM
Date de sortie Fr : 4 avril 1958
Durée : 114 min
Genre: Film musical
Etats-Unis – 1957
C’est à n’y rien comprendre de la logique des distributeurs français! Après Made In France et Black, tous les deux victimes d’une censure bien-pensante qui n’ose pas dire son nom, c’est au tour de 99 Homes d’être privé d’exploitation en salles.
Synopsis: Dennis Nash, est un honnête travailleur qui vit en Floride avec sa mère et son fils. Lorsque le Tribunal lui apprend qu’il doit céder son bail à une société de saisie de biens immobiliers, il fait connaissance avec son directeur, le charismatique mais intraitable Rick Carver. Contraint de retrouver un emploi, Dennis n’a d’autre choix que de demander à celui qui l’a mis de la porte de le prendre sous son aile.
La propriété c’est du vol!
Et pourtant, le Grand prix remporté par le film au festival de Deauville aurait dû lui apporter une certaine légitimité, surtout quand on se rappelle du succès remporté par son prédécesseur, Whiplash. Puisqu’on ne peut pas reprocher aux deux acteurs de ne pas être bankables, c’est sans doute le sujet que les exploitants ont jugé comme non attractif. Une grave erreur, tant les tenants et aboutissants de la crise financière de 2008 sont un sujet qu’Hollywood et la télévision américaine aiment de plus en plus traiter. Margin Call et The Big Short en ont été les premiers exemples, et bientôt le téléfilm The Wizard Of Lies, dans lequel Robert DeNiro incarne Bernard Madoff, et la série Billions viendront confirmer la tendance. Mais pour revenir à 99 Homes, il ne s’agit pas, à proprement parler d’une intrigue ayant lieu dans le milieu de la finance, mais d’un regard sur une des conséquences directes de l’éclatement de la bulle des sub-primes : l’effondrement des marchés immobiliers, et tout particulièrement en Floride. Réalisateur engagé, d’origine iranienne et dont les précédents films attaquaient déjà frontalement les dérives du capitalisme, Ramin Bahrani signe son sixième long-métrage en imaginant la rencontre entre deux individus concernés par les expulsions massives de maisons rachetées par des banques et autres fonds spéculatifs puisqu’ils en sont, pour l’un, la victime, pour l’autre, le bourreau.
Incarnés respectivement par Andrew Garfield (The Social Network,The Amazing Spider-Man…) et Michael Shannon (Take Shelter, Free Love…), les deux visages du drame humain de la privation de domiciles à la classe moyenne sont d’une justesse confondante dansla représentation du rapport de force entre les dominants et les dominés sur lequel repose l’ultra-libéralisme, et donc le rêve américain. Le cynisme qui caractérise, dès la magnifique scène d’ouverture, Rick Carver, cet agent immobilier qui fait son beurre sur le malheur des autres, en fait un être si déshumanisé qu’il s’apparente à un véritable monstre de cinéma. C’est à cette incarnation de l’individualisme que va se retrouver confronter Dennis Nash, d’abord dans le conflit puis de plus en plus absorbé par son influence typiquement méphistophélique. De cet embrigadement aussi bien psychologique que pécuniaire, le cinéaste tisse les rouages d’un business qui considère le foyer familial comme un bien meuble. Ainsi, plutôt que s’ériger en thriller qui se focaliserait sur la complexité législative d’un secteur d’activité moralement condamnable, le scénario prend l’allure d’un drame humain. Il est de même pour la mise en scène qui, tout du long, oscille entre les plans larges sur les vastes zones pavillonnaires d’Orlando, baignées de soleil et pleines de vie, qui apparaissent comme un symbole de prospérité, et les gros plans sur les visages fermés de leurs habitants, pris dans la tourmente de leurs dettes et leurs impayés. A travers l’habileté de cette alternance 99 Homes déchire le voile d’une Amérique pervertie par son système boursier tout-puissant qui n’octroie qu’à 1% de la population le droit à la possession.
Tandis que Dennis Cash sombre dans une mentalité capitaliste qui le fait s’éloigner de sa famille, Rick Carver se dévoile peu à peu. C’est lorsque l’on comprend que ce nouveau riche n’est finalement pas le vampire inflexible tel qu’il a pu apparaitre, mais un simple opportuniste lui-même tombé dans le cercle vicieux de la loi du marché, se justifiant en citant la Bible, que la dualité morale du film prend un sens autre que le banal conflit manichéen. La responsabilité de la précarité dont tentent de sortir les habitants du motel dans lequel la famille de Dennis a du élire domicile, incombe en fait bien moins à ceux qui les ont poussé dehors qu’à une économie mondiale dégénérée, incarnée pour l’occasion par un consortium urbanistique prévoyant de bâtir une autoroute en rayant de la carte un millier de maisons habitées. La spéculation immobilière apparait alors comme un pouvoir omniscient pour lequel la petite entreprise de Carver, les banquiers, les tribunaux, la police locale mais aussi chaque américain, dès lors qu’il est désireux de se loger, ne sont que des pions. De ce fait, la relation tourmentée entre les deux personnages n’est qu’un prétexte pour comprendre par quel cheminement la réussite individuelle, telle qu’elle est conçue par le modèle américain, ne peut se faire que via la capitalisation d’un cataclysme collectif. La tension palpable entre les deux facettes de ce système, que la représentation visuelle rend opposées, est la clef du suspense qui, davantage que les rouages juridiques corrompus tel qu’ils sont décrits, rend le récit passionnant. Et même si, à mi-parcours, la dramaturgie semble faire du sur-place, et que la conclusion se fait un peu en eau de boudin, la puissance des deux acteurs et l’horreur que la mise en scène quasi-documentaire appose à la situation permettent à cette immersion au cœur de la fracture sociale de prendre le spectateur aux tripes de bout en bout.
Le discours terriblement fataliste avec lequel Ramin Bahrani plonge le public dans sa reconstitution ultra-réaliste de la crise n’empêche pas son film d’être une fable sociale merveilleusement captivante. Grâce notamment aux partitions irréprochables de son duo d’acteurs, 99 Homes s’inscrit comme un film indispensable pour sonder la dimension humaine des résultats de la disparition des repères moraux d’un système économique dérégulé.
99 Homes : Bande-annonce
99 Homes : Fiche technique
Réalisateur : Ramin Bahrani
Scénario : Ramin Bahrani, Amir Naderi, Bahareh Azimi…
Interprétation : Andrew Garfield (Rick Carver), Michael Shannon (Dennis Nash), Laura Dern (Lynn Nash), Noah Lomax (Connor Nash)…
Musique : Antony Partos, Matteo Zingales
Photographie : Bobby Bukowski
Montage : Ramin Bahrani
Direction artistique : Christina Eunji Kim
Producteurs : Ashok Amritraj, Ramin Bahrani, Andrew Garfield, Justin Nappi, Kevin Turen
Société production : Noruz Films
Distribution (France) : Wild Bunch
Récompenses : Grand prix au Festival du cinéma américain de Deauville 2015
Budget : 8 000 000 $
Durée : 112 min
Genre : Drame
Date de sortie : 15 mars 2016 en e-cinéma
[Critique] it’s a big country : diffusé sur TCM lundi 22 février à 01h25
Synopsis : une discussion dans un train entre deux hommes qui vantent les mérites des Etats-Unis, une vieille femme isolée qui a été oubliée par le recensement, ou un prêtre qui adresse ses sermons au président lui-même : It’s a big country contient huit épisodes qui nous montrent la grandeur et la beauté des USA.
C’est dans son cycle du mois de février consacré au génial Gene Kelly que TCM a déterré ce film complètement oublié, It’s a big country. L’affiche est alléchante : en interprétation, nous avons Ethel Barrymore, Gary Cooper, James Whitmore, Janet Leigh (vous savez, celle qui se fera assassiner sous la douche neuf ans plus tard) ou Fredric March ; quant au poste de réalisateur, il est occupé successivement (dans le désordre) par Richard Thorpe (réalisateur d’Ivanhoé, avec Robert Taylor), John Sturges (futur réalisateur des Sept Mercenaires), Charles Vidor (réalisateur du mythique Gilda, avec Rita Hayworth) ou William A. Wellman (entre autres).
Propagande américaine
It’s a big country est un film à sketches, genre plus fréquent dans les années 50-60 que de nos jours. Huit épisodes, mélangeant fiction et images d’archives, censés nous faire comprendre que les Etats-Unis sont un pays formidable, sans doute le meilleur au Monde.
Oui, parce que nous sommes ici en plein film de propagande, qu’il faut pouvoir remettre dans son contexte. Le film sort en 1951, en pleine guerre de Corée, une guerre qui, d’ailleurs, offrira le sujet de l’épisode 5. La Guerre Froide est passée à un niveau offensif : les États-Unis sont un pays en guerre. Ce genre de film purement patriotique est une arme comme une autre lors d’une période de conflit. Dès le début, nous sommes plongés dans ce sentiment de fierté nationale : le titre qui prend la forme d’une bannière étoilée, le sous-titre (An American Anthology), les voix off qui font les liens entre les épisodes, tout y est.
Les dialogues, évidemment, continuent dans cette voie. « C’est le plus grand pays du monde. Sûr, nous avons quelques problèmes, mais nous allons les résoudre. Moi, je suis quelqu’un qui aime l’Amérique. D’un bout à l’autre » proclame James Whitmore, alors qu’Ethel Barrymore dit : « Je suis fière d’appartenir à ce pays ! » Chacun des épisodes vante un des aspects positifs du pays : le mélange de populations d’origines diverses et variées, humilité religieuse, héros de guerre ou système éducatif performant, tout y passe. Il faut mettre l’accent sur un étonnant épisode 3, constitué uniquement d’images d’archives à la gloire de la population Afro-américaine, ses artistes, sportifs, scientifiques, etc., et ce dans un pays qui, en 1951, était encore largement ségrégationniste.
Inégal mais sympathique
Les films à sketches sont souvent marqués par une certaine inégalité de la qualité. Ici, il faut bien avouer que l’avant-dernier épisode (l’épisode religieux, avec Van Johnson) n’a pas un grand intérêt (à part nous vanter l’humilité du président du pays, qui se veut un citoyen comme les autres).
Cependant, l’ensemble du film reste très sympathique et agréable. Loin d’être un chef d’œuvre, It’s a big country est un film qui se laisse regarder avec un certain plaisir.
Deux épisodes se démarquent par leur côté comique : l’épisode 4, où l’on rencontre un immigré d’origine hongroise (forcément producteur de paprika : merci le cliché !) qui refuse que ses filles épousent des Grecs, parce les Hongrois et les Grecs se détestent depuis des générations. Et, bien entendu, sa fille aînée va tomber amoureuse d’un jeune et séduisant Grec (créant ainsi LE couple du film : Janet Leigh et Gene Kelly, magnifiques tous les deux). L’histoire est traitée avec humanité, humour et tendresse, et on regrette qu’elle ne soit pas plus longue.
L’épisode 6 est plus surprenant. On y voit Gary Cooper nous parler directement, face caméra, pour dresser un portrait ironique du Texas, décrit avec beaucoup d’humour comme un pays à l’intérieur du pays.
Le découpage du film évite toute lenteur ; c’est même parfois le sentiment inverse qui domine : pas assez développés, beaucoup trop courts pour certains (8 sketches en 1h25, ça fait beaucoup), il y a de temps en temps un goût d’inachevé. L’ensemble est plaisant et agréable, les petits rôles donnés à de grandes vedettes est très sympathique et le film se laisse voir, même s’il n’est pas inoubliable.
It’s a big country- Fiche technique
Réalisateurs : Richard Thorpe, John Sturges, Charles Vidor, Don Weis, Clarence Brown, William A. Wellman, Don Hartman.
Scénario : William Ludwig (episode 1), Helen Deutsch (ép. 2), Ray Chordes (ép. 3), Isobel Lennart (ép. 4), Allen Rivkin (ép. 5), Dorothy Kingsley (ép. 6), Dore Schary (ép. 7), George Wells (ép. 8).
Interprétation : Ethel Barrymore (Mrs. Riordan), Gene Kelly (Icarus Xenophon), Janet Leigh (Rosa Szabo), Van Johnson (Révérend Burch), Fredric March (Mr. Esposito), George Murphy (Mr. Callaghan)…
Photographie : John Alton, Ray June, William Mellor, Joseph Ruttenberg.
Montage : Ben Lewis, Fredrick Y. Smith.
Producteur : Robert Sisk.
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
Date de sortie (USA) : 20 novembre 1951
Durée: 89 minutes
Love, la série désenchantée de Judd Apatow pour Netflix
Fraîchement débarquée aujourd’hui 19 Février sur la chaîne Netflix, Love est la nouvelle série comique du maître du genre Judd Apatow. Très attendue par le public et par la presse, surtout après le très réussi Crazy Amy, on avait hâte de voir le réalisateur retourner à ses premières amours. On a encore à l’esprit les séries d’ado Les Années campus et Freaks and Geeks qui ont lancé la team de Seth Rogen et James Franco. CineSeriesMag a donc sauté sur l’occasion pour découvrir cette création plus mûre mais toujours plus subtile et vous faire part de son ressenti face aux deux premiers épisodes.
Love suit en parallèle deux jeunes célibataires qui tentent de survivre, chacun à leur manière, à leurs peine de coeur. Ces deux histoires, au départ très différentes, vont les mener immanquablement à des ruptures qui les réuniront. D’un côté, il y a Mickey, une fille un peu paumée, un peu névrosée et portée sur les médocs. Elle est jouée par Gillian Jacobs, vu dans les séries Community et Girls. De l’autre, il y a Gus, un garçon maladroit, coincé, limite niais et incarné par Paul Rust, le créateur de la série aux côtés d’Apatow. La jolie Mickey vit une relation compliquée avec un grand gamin incapable de se prendre en charge et accro à la cocaïne. Gus quant à lui est prêt à s’installer avec une fille insipide mais qui cache bien son jeu. Déçus tous deux par le couple, ils vont se chercher et apprendre l’un de l’autre.
Les histoires de nos deux amoureux éconduits s’entrecroisent et rythment le premier épisode. A la manière d’un Woody Allen, on découvre la psychologie des personnages au travers de leurs vies, un peu similaires malgré les différences. On y lit leurs inquiétudes, leurs aspirations et leurs déboires avec à la clef, une interprétation philosophique. Celle que, quel que soit le chemin qu’on emprunte, on parviendra au même dénouement. Pour les mêmes raisons, on peut déplorer l’aspect déprimant de cette comédie anti-romantique, assez réaliste mais très osée par certains côtés. Ainsi Mickey lâchera-t-elle à la mère de son petit-ami, au moment de leur départ : « Son foutre est encore entre mes jambes ! ». Et Gus refusera-t-il de s’engager dans un plan à trois avec deux soeurs, qualifiant se rapport d' »incestueux ». L’humour est noir donc, pince-sans-rire et sa subtilité n’est toujours évidente et accessible. En ce sens, les premiers épisodes peuvent un peu décevoir pour ceux qui attendaient une comédie plus légère. Mais Love est aussi une série intelligente et originale dont les personnages sont parfaitement interprétés par le duo Gillian Jacobs/Paul Rust. Et la structure des deux premiers épisodes est intéressante et fonctionne très bien. On reprend immédiatement sur la fin du premier, où se succédaient les événements marquants de chacun des partis, pour poursuivre l’épisode 2 sur une journée d’échange entre les deux héros, comme une pause dans le temps après toutes leurs mésaventures.
Les premiers épisodes de Love sont dans la lignée des créations du réalisateur. Il s’intéresse de près à la psychologie des personnages et on pénètre petit à petit dans leurs vies. En cela, la série rappellera un peu les débuts de Judd Apatow avec Freaks and Geeks mais l’humour pince-sans-rire y est beaucoup plus présent, l’analyse est plus mûre, plus dure aussi. On est loin de la fougue de Crazy Amy. Le ton va-t-il s’alléger par la suite ? On l’espère un peu. Le cas échéant, Love plaira aux amateurs des anti-comédies romantiques. Interrogé à ce sujet, Apatow s’est expliqué : « C’est une comédie romantique réaliste. L’amour demande beaucoup d’efforts, surtout quand vous êtes quelqu’un de compliqué. J’espère que ce genre d’histoire paraîtra plus familière aux spectateurs, plus proche de leur expérience, plus crédible que la majorité des films romantiques. » A vous de voir !
La cadence de tournage de Hong Sang-Soo est impressionnante : 11 films pour les seules dix dernières années. Il faut dire que le dispositif technique est non seulement simple, mais de plus en plus simplifié par une thématique désossée à l’extrême : un homme, généralement un réalisateur, enseignant souvent le cinéma à l’université, et une femme, jeune, généralement étudiante, une histoire d’amour plus ou moins contrariée, du désir et du sexe un peu, de la violence un peu, du soju énormément. Une répétition ad nauseam diraient ses détracteurs.
Synopsis: Le réalisateur Ham Cheonsoo arrive un jour trop tôt dans la ville de Suwon, où il a été invité à parler de son oeuvre. Il profite de cette journée d’attente pour visiter un palais de la ville. Il y rencontre Yoon Heejeong, une artiste locale avec laquelle il va discuter, dîner, boire… Mais il n’est pas tout à fait honnête avec Yoon Heejeong…
Be kind, rewind
Et pourtant, c’est dans les variations minimes de ce cinéma que l’on observe le très grand talent de ce cinéaste coréen pas comme les autres. Contrairement aux apparences, Hong Sang-Soo ne se contente pas de ressasser. Hier, il monte Hill of Freedom dans un ordre aléatoire, correspondant à la manière dont une pile de lettres s’échappe des mains de la protagoniste qui trébuche sur une marche d’escalier, lesquelles lettres contiennent le frêle squelette du scénario. Avant cela, dans Sunhi, il a utilisé un procédé encore différent, qui est de voir la même personne (Sunhi, l’héroïne du film) selon trois perspectives différentes (celles de ses trois prétendants). Aujourd’hui, dans un Jour avec, un jour sans, il pousse sa démarche plus loin, car dans un film de près de deux heures, il raconte deux fois la même histoire, en deux parties presque égales. A première vue, on ne peut pas être plus répétitif.
A la suite d’une erreur organisationnelle, un homme, Ham Chun-Soo (un patronyme étrangement familier, suivez mon regard !), réalisateur de films, se retrouve dans la ville provinciale de Suwon un jour trop tôt pour une conférence-débat qu’il doit assurer après la projection de l’un de ses films. Pour tuer le temps, il visite la ville et se rend au palais-musée du coin. Par deux fois, il y croise une jeune femme, Yoon Hee-Jung (Kim Min-hee), qu’il a déjà aperçue depuis la fenêtre de son hôtel, et avec laquelle il va passer cette journée. Hee-Jung affirme le connaître sans avoir vu aucun de ses films. Elle est peintre, et ils passent quelque temps à son atelier. Puis, le temps d’un dîner très arrosé, il aura eu l’occasion de lui déclarer son amour. Le lendemain, encore sous l’emprise de ses excès de la veille, il participe au débat, puis rentre à Séoul. Au bout de 55 minutes et à l’instar du Jour sans fin d’Harold Ramis, le film recommence depuis le début.
Avec une trame aussi ténue et une articulation aussi originale, il y a du quasi-expérimental dans ce film, sans que cela ait une connotation péjorative. Hong Sang-Soo n’est pas le premier à utiliser ce procédé, mais en en ayant une approche systématique, il apporte une dimension ludique à son film, ainsi qu’une réflexion sur la puissance du cinéaste et/ou du cinéma qui peut absolument donner à voir ce qu’il souhaite montrer. Dans le même temps, le spectateur profite de son regard habituel sur l’art, le désir et l’amour, ses préoccupations de toujours.
La première partie du film est intitulée Un jour sans, un jour avec : une inversion par rapport au titre du film, à laquelle on n’aurait pas prêté attention s’il n’y avait pas eu ce deuxième film dans le film, et si cette deuxième partie n’avait pas été sous-titrée « correctement », un Jour avec, un jour sans. Une inversion, un jeu de miroir qui mettent le spectateur sur la piste de ce qu’il doit voir : des variations minimes au début, une position, un angle de vue, une partie du dialogue, pour finir par des modifications plus marquées, voire des scènes qui n’existaient pas à notre vue, mais qui pourtant étaient bien là. Le procédé est étourdissant : la deuxième version permet une lecture en creux de la première. Même si les choses ont un sens et une logique dans la première partie, elles sont légèrement cotonneuses, et la relation qui se tisse entre Chun-Soo et Hee-Jung semble tiède et superficielle. La voix-off du héros ne fait que conforter cette ambiance romancée et un peu irréelle. Leur éclairage par une deuxième partie plus explicative, plus enjouée, peut-être plus naturelle aussi du fait que les acteurs ont déjà tout joué une première fois (et que Hong Sang-Soo leur a déjà montré la première partie entièrement montée), cet éclairage fait que le film soudain devient plus captivant, à la fois par le jeu des sept erreurs auquel le spectateur se prête inévitablement, que par la nature même des relations où le désir est plus incarné.
Ainsi, par exemple, l’alcoolisation très avancée de Chun-Soo qui semble être redoutée, voire rejetée dans une partie, s’avère être en réalité un puissant désinhibiteur à l’aune de la deuxième, permettant au protagoniste de déclamer de vrais « Je t’aime » à une femme qui même très belle, reste une quasi-inconnue. Et les mots que Jee-Hung prononce lors de ce dîner très arrosé (« Tu es un homme, un vrai ») , sont chargés de son propre désir de lui, alors que dans la première partie, on les sent teintés d’un léger mépris. Hong Sang-Soo s’amuse, et le spectateur s’amuse avec lui…
Sévissant une fois de plus dans son univers de référence, utilisant une fois de plus Jeong Jae-yeong comme son double à l’écran, en choisissant le naturalisme le plus radical, le cinéaste coréen montre combien il maîtrise la grammaire cinématographique avec trois fois rien, et que les inquiétudes qu’on a sur sa capacité à sortir de son « carcan » sont définitivement infondées…
Un jour avec, un jour sans : Bande annonce
Un jour avec, un jour sans : Fiche technique
Titre original : 지금은맞고그때는틀리다
Réalisateur : Hong Sang-Soo
Scénario : Hong Sang-Soo
Interprétation : Jeong Jae-yeong (Ham Cheon-soo), Kim Min-Hee (Yoon Hee-jeong), Yeo-jeong Yoon (Kang Deok-soo), Ju-Bong Gi (Kim Won-ho), Hwa-Jeong Choi (Bang Soo-young), Yoo Joon-sang (Ahn Seong-gook)
Musique : Yongjin Jeong
Photographie : Park Hongyeok
Montage : Hahm Sungwon
Producteurs : Hee Kim Kyoung
Maisons de production : Jeonwonsa Film
Distribution (France) : Les Acacias films
Récompenses : Léopard d’or (récompense suprême), meilleur acteur masculin, prix œcuménique, le tout au Festival de Locarno 2015
Budget : ND
Durée : 121 min
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Février 2016
Corée du Sud – 2015
Découvrez l’ensemble du palmarès 2016 du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand de cette 38e édition, un palmarès cohérent dans l’ensemble, qui clôt cette grande fête du cinéma. Dépassant les 160 000 entrées (+ 2% par rapport à 2015, nouveau record d’affluence) et ayant accueilli plus de 4000 professionnels accrédités (contre 3500 en 2015), la fête annuelle du court métrage international s’avère plus populaire et attractive que jamais.
Synopsis: Penélope est fonctionnaire, elle vit avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un jour, elle rencontre Ulises, un vieil homme indigent qui a perdu la mémoire et ses papiers. Elle arrive à le convaincre qu’il est son père et qu’il doit rentrer à la maison pour s’occuper de sa femme.
Prix Spécial du Jury
– Die Badewanne (La baignoire), Tim Ellrich (Autriche, Allemagne, 2015), Fiction, 12’58
Synopsis: trois frères tentent de faire revivre la magie de l’enfance grâce à une vieille photo de famille.
Mentions Spéciales du Jury
– Uzak mı… (Lointain), Leyla Toprak (Turquie, 2015, Documentaire, expérimental, 16’12
Synopsis: le film dresse un état des lieux humain et environnemental de la guerre de Kobané et présente la révolte des combattantes kurdes contre une société qui nie depuis des années la place des femmes dans l’histoire.
– Panorama, Virginia Urreiztieta (Vénézuela; 2015), Fiction, 20’00
Synopsis: Hanali, une petite fille de neuf ans, vient de perdre sa mère. Avec son père, elle se rend dans un petit village où elle rencontre Rosa, une mère qui a perdu son enfant. Sous le poids du chagrin, le fantasme prend le dessus et unit ces deux êtres qui aspirent à retrouver un bonheur perdu.
Prix du Public
– Madam Black, Ivan Barge (Nouvelle-Zélande, 2015), Fiction, 11’19
Synopsis: un photographe écrase le chat d’une petite fille. Il va devoir inventer toute une histoire pour expliquer sa disparition.
Prix du Meilleur Film d’Animation
– Dernière Porte au Sud, Sacha Feiner (Belgique, France, 2015), Animation, 14’20
Synopsis: « Le monde, ce sont des étages, faits de pièces et reliés par des escaliers. » Telle est la vision d’un enfant et de sa seconde tête siamoise, emmurés par leur mère dans le manoir familial depuis leur naissance. Jusqu’au jour où, apercevant une étrange lumière, ils jurent de trouver le bout du monde.
Synopsis: Alger, 2015. Adlan et Terroriste « naviguent » dans le quartier du Sacré-Cœur à la recherche de quelques dinars. Entre petits trafics et parking informel, ils attendent le week-end et le match du Mouloudia d’Alger afin de tuer le vide de leur quotidien.
Prix Canal+
– El Hueco (Le trou), Germán Tejada, Daniel Martin Rodriguez (Pérou, 2015), Fiction, 14’00
Synopsis: Robert a mis de l’argent de côté pour acheter l’emplacement qui jouxte la tombe de sa femme. Mais au cours de la transaction, il apprend que la place a été vendue à un autre. Sa jalousie et son désir de passer l’éternité avec Yenni vont le pousser dans ses derniers retranchements.
https://vimeo.com/129045023
Nomination European Film Awards
– In the Distance, Florian Grolig (Allemagne, 2015), Animation, 07’30
Synopsis: tout est calme et paisible derrière les nuages. Mais au loin, c’est la guerre, et le chaos se rapproche, nuit après nuit.
Palmarès Labo
Grand Prix
– Eden’s Edge (Three Shorts on the Californian Desert), Gerhard Treml, Leo Calice, Autriche, 2014), Animation, documentaire, 19’00
Synopsis: trois séquences minimalistes en vue aérienne, minutieusement mises en scène dans le sable gris du désert.
Prix Spécial du Jury / Special Jury Prize
– Hotaru, William Laboury (France, 2015), Expérimental, fiction, 21’37
Synopsis: ils m’ont dit : « Tu as un don, Martha. Ici, ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »
Mention Spéciale du Jury
– The Reflection of Power, Mihai Grecu (France, 2015), Documentaire, expérimental, 09’00
Synopsis: dans la capitale la plus secrète du monde, la foule assiste à un spectacle alors qu’une catastrophe menace d’anéantir la ville.
Prix du Public
– Ghost Cell, Antoine Delacharler (France, 2015), Animation, 06’00
Synopsis: à la fois film scientifique, documentaire et balade onirique, GHOST CELL est une plongée en relief au cœur des entrailles d’un Paris organique, vu comme une cellule au travers d’un microscope virtuel.
Prix Canal+
– Greener Grass (L’herbe sera plus verte), Paul Briganti (Etats-Unis, 2015), Fiction, 14’57
Synopsis: deux super mamans, Jill et Lisa, feraient vraiment n’importe quoi pour se faire bien voir. Un univers surréaliste où l’on s’inflige une souffrance dans l’espoir d’une récompense future – ou du moins, d’un sourire impeccable.
https://youtu.be/HVyQ-j6GWzU
Palmarès National
Grand Prix
– Les Amours vertes, Marine Atlan (France,2015), Fiction, 32’00
Synopsis: face à une grande route, bordée d’arbres, un sentiment nouveau naît chez Camille. Il va grandir à la découverte des sentiments des autres, entre les vagues.
Prix Spécial du Jury
– Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’47
Synopsis: c’est dimanche. Au cours du repas, Jean observe les membres de sa famille. On lui pose des questions sans écouter les réponses, on lui donne des conseils sans les suivre, on le caresse et on le gifle. C’est normal, c’est le repas dominical.
Mentions Spéciales du Jury
– Fuck l’amour, François Zabaleta (France, 2015), Fiction, 05’40
Synopsis: un homme retrouve de vieux films Super-8 et évoque le souvenir de ses parents morts, il y a trente ans.
https://youtu.be/ihhQLSbn-eE
– Le Gouffre, Vincent Le Port (France, 2015), Fiction, 52’12
Synopsis: Finistère Nord. La morte-saison. C’est le dernier jour de travail pour Céleste, gardienne d’un camping en bord de mer. Elle s’apprête à partir quand une enfant disparaît.
– Isabel Pagliai et Julien Guillery pour la photographie de Isabella Morra, Isabel Pagliai (France, 2015), Documentaire expérimental, 22’15
Synopsis: entre les histoires débridées d’Adriana, petite fille d’aujourd’hui, et la poésie d’Isabella, accusée par ses frères au XVIe siècle de trahison, quel rapport ? Ici, Adriana raconte, Camille maugrée, et Océane s’évertue à faire prononcer à sa poupée son sempiternel discours.
– Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48
Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.
Prix de la Meilleure Musique Originale (SACEM)
– Pierre Caillet pour Dans les eaux profondes, Sarah van den Boom (France, Canada, Québec, 2015), Animation, 12’04
Synopsis: trois personnages ont en commun un vécu intime et secret qui semble déterminer leur vie.
Prix de la Meilleure Photographie (Nikon)
– Paul Guilhaume pour L’ Ile jaune, Paul Guilhaume, Léa Mysius (France, 2015), Fiction, 30’00
Synopsis: Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.
Prix du Meilleur Film d’Animation Francophone (S.A.C.D.)
– Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’4
Prix de la Meilleure Première Oeuvre de Fiction (S.A.C.D.)
– Au bruit des clochettes, Chabname Zariab (France, 2015), Fiction, 26’00
Synopsis: Saman, dix-huit ans, vit depuis longtemps dans l’enfer du Bacha bazi. Tout bascule le jour où un petit garçon débarque sous son toit. Il comprend qu’il s’agit de son remplaçant. Leur maître Farroukhzad contraint Saman à lui apprendre à danser. Une amitié va naître entre les deux enfants.
Prix Adami d’interprétation – Meilleure comédienne
– Florence Fauquet dans Une sur trois, Cecilia de Arce (France, 2015), Fiction, 19’03
Synopsis: Simone et Zelda sont deux étudiantes en design. Elles ont un projet à rendre pour leur diplôme. Leur objectif est perturbé par la grossesse involontaire de Simone qui décide d’avorter. Elle en parle à Zelda qui va s’efforcer de rendre cette situation difficile la moins éprouvante possible.
Prix Adami d’interprétation – Meilleur comédien
– Eddy Suiveng dans Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48
– Fais le mort, William Laboury (France, 2015), Fiction, 08’40
Synopsis: Tom a 16 ans, et il est le cobaye préféré d’Evan qui fabrique des armes artisanales. Depuis qu’il a survécu au test du Patator, il évite de passer devant chez lui. Mais Evan ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Prix de la Presse Télérama
– Le Gouffre, Vincent Le Port (France, 2015), Fiction, 52’12
Mention Spéciale de la Presse Télérama
– Réplique, Antoine Giorgini (France, Belgique, 2015), Fiction, 18’48
Prix du Rire « Fernand Raynaud »
– Première séance, Jonathan Borgel (France, 2015), Fiction, 10’00
Synopsis: Ivan a rendez-vous chez un psychanalyste pour une première séance.
Prix Procirep du Producteur de court métrage
– Je Suis Bien Content
Coup de Cœur Canal+ Family
– Pourquoi les vaches ont des taches ?, Nina Degrendel, Soizic Delon (France, 5′)
Prix Orange Brèves Digitales
– À géométrie variable, Marie-Brune de Chassey (Belgique, 4′)
Bourse des festivals
– La troisième guerre, Giovanni Aloi (Bien ou Bien productions)
LeMagduCiné a rencontré des membres du l’équipe du film Five, à l’occasion de leur présentation en avant-première du film au Cinémovida d’Arras.
Nous avons rencontré ce mercredi 17 février 2016 au Cinémovida d’Arras des membres de l’équipe du film Five, en particulier les acteurs Idrissa Hanrot (qui interprète Nestor dans le film), François Civil (Timothée), l’actrice Margot Bancilhon (Julia), et le réalisateur-scénariste-acteur Igor Gotesman (Vadim), que vous pouvez voir sur la photographie de couverture, de gauche à droite.
Sur le point de départ du film
Five est lié à son court métrage éponyme, explique Igor Gotesman. Le court était un « embryon ». Aussi il ne comptait pas « aller faire la suite de ce film ». Pour lui, c’était une « évidence de faire un film sur les amis, sur les bandes ».
L’actrice dans une bande de garçons
« Je connaissais l’ambiance… Au lycée, j’étais surtout avec les garçons », explique Margot Bancilhon. Elle dit s’être alors inspirée de son expérience. Elle en a connu de similaires auparavant et encore aujourd’hui.
« Un film de potes »
« La bande de potes, c’est un thème qui me touche » dit le réalisateur. « On avait tous envie de défendre ce sujet, et le fait qu’on soit tous amis nous tous aidés » continue François Civil. « Il y aucun filtre entre nous », poursuit-il.
« Sans avoir la prétention qu’on réinvente le genre, effectivement… L’intrigue… va mettre cette amitié à l’épreuve… Il s’agissait de faire une sorte de dissertation sur ce qu’est l’amitié pour moi et pour d’autres jeunes », reprend le réalisateur-acteur. « Quand on n’a plus sa famille, il reste les amis » (réplique d’un des personnages du film), voilà c’est important pour nous de raconter ça », dit-il.
Sur le visuel du film
« J’avais envie d’une histoire qui soit prenante », mais pas que, explique le réalisateur. En effet, « faire de la comédie, faire rire les gens, c’est sérieux ! » continue Igor Gotesman. Il insiste alors sur sa nécessité de présenter un travail visuel soigné, des plans travaillés.
Sur la part d’improvisation du film
« Ça a toujours été ma manière d’envisager le métier de metteur en scène », répond le réalisateur-scénariste-acteur. À l’inverse du peintre, face au metteur en scène, « il y aura toujours des choses qui vont s’intégrer dans le film et qu’on n’aura pas envisagées », explique-t-il. Aussi « quand on a des acteurs qui peuvent improviser, il faut pouvoir s’adapter », poursuit-il.
François Civil continue en expliquant qu’il y avait des moments plus serrés, où il fallait suivre les indications et le scénario du réalisateur, et « d’autres moments où on était en roue libre… Où on avait plus d’espace… ».
« Même si j’ai peu improvisé », explique Idrissa Hanrot pour qui le film a été sa première expérience, « les autres comédiens lors des moments d’improvisation ont réussi à m’intégrer ». François Civil reprend en disant que parfois, si l’on a cru que c’était improvisé, ça ne l’était pas forcément : « comme il a écrit comme on l’aurait dit, ça a été évident ». « C’était un beau mélange », poursuit Margot Bancilhon, qui leur a permis d’improviser tout en restant maîtrisé et guidé par « le chef d’orchestre », soit le réalisateur, Igor Gotesman.
La rencontre se termina sur ces derniers mots, car l’équipe, fatiguée et affamée (notamment le réalisateur-acteur Igor Gotesman), voulait se rendre au restaurant. Vous pouvez retrouver la critique du film ici.
Avec Amis Publics, Edouard Pluvieux signe son premier long métrage, un film moderne et philanthrope sur fond de solidarité. Avec humour et tendresse, il aborde un sujet difficile, un sujet d’actualité : le Cancer. Mais ici, point (trop) de larmes, rien à voir avec Nos Etoiles Contraires car il s’agit moins d’émouvoir que de faire sourire et de rassembler les foules autour de ce sujet pour en faire une noble cause, une de celles qui méritent qu’on se bouge.
Synopsis : Lorsque son frère atteint d’un Cancer lui apprend qu’il va interrompre son traitement, Léo décide de réaliser son rêve d’enfance et avec l’aide de ses amis, il organise un faux braquage. Mais le jour du hold-up, la bande se trompe de banque et les jeunes gens deviennent alors des criminels au regard de la loi…
Un film fédérateur
Dès le début, le ton est donné au travers des images du générique où s’entrecroisent reportages sur des catastrophes industrielles, messageries instantanées, journal télé, réseaux sociaux, pages des magasines et photos de la vie courante. Dès lors, on va s’intéresser aux relations humaines, aux interactions sociales. Sans chercher à faire pleurer dans les chaumières, le film va se centrer sur ce qui unit. C’est un aspect très visible au sein de l’hôpital où se crée un réseau solidaire entre les patients, les soignants et les familles des malades. Ainsi, quand le policier (très bien joué par Vincent Elbaz) vient enquêter dans l’enceinte de l’hôpital, il est immédiatement confronté à la méfiance et à l’instinct protecteur d’une infirmière. De même, les jeux de regards et les mimiques à la manière du Chat Potté sont un pôle attractif et ont un rôle de connecteur entre les personnages et avec le spectateur. Les visages sont filmés de près, suggérant une complicité avec le public absorbé par les regards tour à tour songeurs ou larmoyants de Kev Adams et de Paul Bartel. Dans le film, l’aspect social est surtout représenté par les réseaux internet et téléphonique. Ici, ils ont un enjeu populaire, communautaire et bienveillant, loin des dangers qu’on leur attribue généralement. Amis Publics est un film social, un film qui rassemble, avec à sa tête le charismatique Kev Adams, idole de la jeune génération et qui incarne pour l’occasion Léo, un webmaster dégourdi, capable de pirater un système informatique pour la bonne cause. Et lorsque lui et sa bande deviennent les Robins des Banques, ils communiquent avec le peuple par le biais d’internet. Ce pouvoir social va les muer en justiciers des temps modernes, messagers d’espoir et héros d’un peuple qui ira jusqu’à se soulever face à l’autorité. Une jolie scène épique vite rattrapée par le côté réaliste du film.
Un film sérieux mais pas trop !
Kev Adams trouve ici un rôle plus mature, plus profond que ceux auxquels il nous avait habitué dernièrement dans Les Nouvelles Aventures d’Aladin ou encore Les Profs 2. Il l’interprète avec justesse, sincérité et une certaine intensité à l’instar de cette scène où il se tond la tête en direct sur le web. Le jeu du comédien est bien sûr nuancé par des réparties comiques et par l’énergie qui le caractérise mais sans tomber dans l’excès. Kev Adams est aussi admirablement secondé par Paul Bartel (jeune acteur remarqué dans Les Petits Princes et Les Géants) qui nous livre une performance touchante et transmet beaucoup d’émotions par le regard et la voix. On retiendra notamment sa scène d’adieux à la nature, quand il marche les pieds nus sur le terrain de foot où il a passé seul la nuit et qu’il en caresse l’herbe du bout des doigts. Si Amis Publics surprend par son ton plutôt sérieux et dramatique celui-ci est vite désamorcé par l’humour noir et les seconds rôles plus désinvoltes et superficiels. Producteur sur ce projet très personnel, l’acteur expliquera dans une interview que « ce qu’ils voulaient faire dans le film c’est justement rire de la maladie comme si c’était un détail ». Et on peut dire que John Eledjam et Majid Berhila y parviennent assez bien. Ils apportent de la légèreté au film par leurs répliques maladroites et leurs pitreries et, même si certaines sont un peu risquées et pas toujours à l’avantage de Eledjam, la plupart passe très bien et fait mouche. Les changements de rythme aussi peuvent surprendre. Le film aurait gagné sans doute à plus d’homogénéité, en particulier sur la fin trop rapide et abrupte comparée au reste. Après la scène du Casino, tout s’accélère et, malgré un choix légitime pour rendre compte de l’état d’esprit des personnages, le récit perd en intensité et en émotions. Pour autant, le film tient la route et nous offre un agréable moment avec des images propres et des plans travaillés. Quant à la musique de Cascadeur, elle est excellente et véritablement entraînante.
Avec ce premier film, Edouard Pluvieux nous livre une jolie découverte : Amis Publics est un récit entraînant qui aborde un sujet difficile avec tendresse et légèreté. Un parti-pris risqué mais qui fonctionne assez bien dans l’ensemble grâce à la performance de Paul Bartel et d’un Kev Adams touchant et vrai.
Amis Publics : Bande-annonce
Amis Publics : Fiche technique
Réalisation : Édouard Pluvieux
Scénario : John Eledjam, Gregory Boutboul, Kev Adams, sur une idée originale de John Eledjam
Image : Guillaume Schiffman
Production : Kev Adams, Elisa Soussan
Distribution : La Belle Company
Date de sortie: 17 février 2016
Distribution : Kev Adams, Paul Bartel, John Eledjam, Vincent Elbaz, Chloé Coulloud, Majid Berhila, Guy Lecluyse, Frank Bellocq…
Compositeur : Cascadeur
Directeur de la photographie : Guillaume Schiffman
Monteur : Antoine Vareille
Chef décorateur : Maamar Ech-Cheikh
Directrice du casting : Valérie Xae
Directeur de production : Philippe Gautier
1er assistant réalisateur : Benjamin Blanc
Chef costumier : Mélanie Sednaoui
Scripte : Isabel Ribis
Images sous-marine : Emmanuel Augeard
Coproduction : M6 Films, NJJ Capital, Cinefrance, UMedia
Exportation/Distribution internationale : Other Angle Pictures
Distributeur France (Sortie en salle) : La Belle Company
Synopsis : janvier 1944, le 5307ème Bataillon, commandé par le général Frank Merrill, est envoyé en Asie du Sud-Est. Sa mission : libérer la Birmanie occupée par les Japonais en attaquant ses bases vitales.
Les cinéastes qui ont connu la guerre sont souvent ceux qui en parlent le mieux. De John Ford à Pierre Schoendoerffer, ils apportent au genre des œuvres plus humaines et plus réalistes.
Samuel Fuller entre particulièrement bien dans cette catégorie. Engagé dans la 1ère division d’infanterie américaine, il participe au débarquement de Normandie et à la libération de certains camps de concentration. Cette expérience nourrira son cinéma : il a vu la violence des hommes, et la montrera dans ses polars, mais il a vu aussi la guerre et la reconstituera dans des films qui figurent parmi les meilleurs du genre : Baïonnette au canon, Au-delà de la gloire et Les Maraudeurs attaquent.
Aventures en Birmanie
Les Maraudeurs dont parle ce film ont réellement existé, de même que le général Frank Merrill. Il s’agit du 5307ème Bataillon Provisoire, dont Fuller nous montrera les souffrances. La scène d’ouverture résume parfaitement le film : en quelques minutes, le cinéaste parvient à nous montrer des personnages individualisés, à insister sur le côté humain de l’aventure et à nous donner une très belle scène d’action. Des grandes scènes de bataille, il y en aura trois dans le film ; cela permet d’obtenir un bel équilibre qui donne à l’ensemble un rythme ni trop lent (ce qui aurait ennuyé le spectateur) ni trop frénétique (ce qui aurait pu être au détriment de l’aspect humain du film). Toutes, elles montrent la grande qualité du travail esthétique de Fuller et l’audace de ses choix de mise en scène. Ainsi, la bataille de Shaduzup, où les personnages doivent évoluer au milieu des blocs de béton d’une gare nippone, est magnifiquement filmée et chorégraphiée. Le choix des cadrages et d’un montage innovant impose une violence encore rare dans le cinéma de ce début des années 60.
Chose rare dans les films de guerre de cette époque : jamais on n’entend le moindre propos anti-japonais. Bien que patriotique, comme il se doit, Les Maraudeurs attaquent ne développe pas le moindre sentiment de racisme. Fuller montre très peu les Japonais, mais en fait des soldats redoutables : cachés dans la nature luxuriante de la jungle birmane (même si le film a été tourné aux Philippines) ou dans l’ombre de la nuit, ils semblent toujours se confondre avec le décor et surgir de nulle part. Le sentiment d’un danger permanent s’impose alors aux personnages et aux spectateurs : quasiment invisibles, les Japonais sont donc susceptibles d’être partout.
« Vous êtes justement là pour faire l’impossible »
Cette angoisse de chaque instant influe forcément sur le moral des troupes. D’autant plus que les Japonais ne sont pas les seuls ennemis (et peut-être pas les plus dangereux). La jungle, les marécages, les moustiques, les sangsues, les maladies diverses et variées déciment les soldats. Sans oublier les ordres irréalistes. Fuller insiste sur le moral des troupes : ses personnages sont des humains avant d’être des soldats. Cet aspect psychologique est renforcé encore par une caméra qui est souvent la plus proche possible des personnages, au milieu des hautes herbes, en gros plan, scrutant les visages à la recherche des émotions qui ne peuvent plus être cachées. Fuller a manifestement une volonté de nous immerger, pour faire un film de guerre à hauteur d’homme.
Samuel Fuller montre aussi ce que l’on ne voyait pas dans les films de guerre de l’époque : le décompte des morts, les blessés qui attendent d’être évacués, les lettres aux familles des victimes, l’impossible empathie des officiers avec leurs hommes, la difficulté de commander, le désespoir face à des ordres aberrants, etc.
Certes, le film n’est pas exempt des défauts du genre : l’inévitable scène où une population locale vient réconforter les héros, les enfants qui sympathisent, l’héroïsme patriotique. On pourrait également reprocher à Fuller de ne pas montrer les horreurs de la guerre comme on peut les voir de nos jours. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en 1962 et que le cinéaste a réalisé là une œuvre audacieuse, respectant un équilibre entre classicisme et innovation. Un très beau film de guerre, injustement méconnu.
Les Maraudeurs attaquent: Bande-annonce
Les Maraudeurs attaquent: Fiche technique
Titre original : Merrill’s Marauders
Réalisateur : Samuel Fuller
Scénario : Samuel Fuller, Milton Sperling, d’après le livre de Charlton Ogburn, Jr.
Interprétation : Jeff Chandler (Frank Merrill), Ty Hardin (Lieutenant Stockton), Claude Akins (Sergent Kolowicz), Jack C. Williams (le docteur), Charles Biggs (Muley).
Photographie : William Clothier
Montage : Folmar Blangsted
Musique : Howard Jackson
Producteur : Milton Sperling
Sociétés de production : Warner Bros, United States Pictures
Société de distribution : Warner Bros
Pays : Etats-Unis d’Amérique
Date de sortie (USA) : 13 juin 1962
Durée : 94’
Jeune acteur issu de la scène théâtrale, et jusque-là uniquement aperçu au cinéma dans Deux vies plus une, Igor Gotesman autoproduit et réalise en 2011 son second court-métrage interprété Five. Il y mêlait ses deux inspirations principales, à savoir les teen-movies américains et les comédies de Cédric Klapisch.
Synopsis : Samuel, Timothée, Nestor, Vlad et Julia sont amis depuis leur plus tendre enfance et partagent l’espoir de vivre ensemble. Grâce au soutien financier de père, à qui il fait croire qu’il suit des études de médecine, Samuel réussit à louer un immense appartement. Mais le mensonge ne tient pas longtemps, contraignant Samuel à s’improviser vendeur d’herbes et à hésiter à parler de ses difficultés à ses amis.
Le souffle de la jeunesse n’y est pas
Autant dire que, comme beaucoup de débutants de sa génération – implicitement très inspirée par les sitcoms–, il a choisi de construire son scénario autour de la vie en commun d’un groupe d’amis. Quatre ans plus tard, grâce à la société de production Les Films du Kiosque, il a l’opportunité de transformer son essai en un long-métrage. Un film de potes sur les difficultés de la colocation. C’est là un schéma qui peut, même s’il a été déjà vu et revu, s’avérer très drôle, d’autant que Gotesman a, pendant ses quatre années, fait ses preuves. En tant que scénariste d’abord, puisqu’il a collaboré à l’écriture de la comédie Le Nouveau, mais surtout en tant que réalisateur et comédien puisqu’il a pleinement participé au succès de la mini-série Casting(s) aux côtés de Pierre Niney et François Civil. En réunissant ses deux compères pour incarner les rôles principaux de Five, Gotesman s’assure une certaine légitimité.
Devenu bankable depuis le succès d’Yves Saint-Laurent et d’Un homme idéal, Pierre Niney se voit affubler de l’interprétation de Samuel. François Civil, vu dans Catacombes mais surtout dans Made in France, prête ses traits à l’amusant Tim. Pour les trois autres amis qui forment le groupe de « cinq » amis annoncé par le titre, Igor Gotesman s’est donné le rôle de Vladim, le plus lisse de la bande, tandis que Margot Bancilhon, aperçue dans Nous trois ou rien, lui apporte une touche féminine dans la peau de Julia, et Idrissa Hanrot incarne le séducteur Nestor. Entre les cinq acteurs,l’alchimie fonctionne à merveille, créant le dynamisme et la fraîcheur inhérentes au teen-movie. Cependant, le traitement de ces cinq compères est si déséquilibré qu’il rend flagrante la frilosité du jeune réalisateur à prendre des risques puisqu’il semble évident que l’expérience, et donc la popularité, de chaque acteur furent déterminantes dans l’importance donnée à son personnage dans la dramaturgie. Ainsi, Samuel est au cœur de toutes les intrigues centrales du scénario, parfois accompagné de Tim, caractérisé selon le stéréotype du parfait sidekick, alors que Vladim et Julia ne font que partager une sous-intrigue très convenue et que Nestor n’a strictement aucun arc narratif à lui. C’est donc dans ce choix d’avoir concentré son film de potes sur un seul d’entre eux, et donc de délaisser les autres, que Gotesman n’a pas réussi à tirer profit du potentiel choral de son dispositif. Une gaucherie accentuée par le manque de primeur dans l’écriture.
Filmées grâce à une caméra anamorphique qui donne aux images un éclat et une chaleur pleine de vivacité, les mésaventures de Samuel et ses amis profitent d’une esthétique bigger than life qui, davantage que son montage, apporte au long-métrage une énergie récréative. C’est sur cette ambiance visuelle pleine de frivolité et sur le talent de Pierre Niney à jouer sur les failles de son personnage que repose tout le charme de Five. Un divertissement quelque peu léger, tant les relations entre les personnages ainsi que le déroulement de l’histoire se font au rythme de clichés et autres facilités scénaristiques. Trop pauvre en idées comiques surprenantes, en dehors peut-être du caméo survolté de Fanny Ardant dans son propre rôle et de la prestation cabotine de Pascal Demolon, l’humour de cette comédie ne doit se contenter que des blagues grivoises que s’échangent les personnages. Leur caractère puéril assure une pantalonnade légère, d’autant que le stéréotype du jeune adulte incapable de mûrir et de prendre ses responsabilités est devenu monnaie courante, mais empêche au film de se prétendre du niveau de ceux qu’il prend pour modèles, généralement porteurs d’une réflexion sociologique. En reste toutefois une belle histoire d’amitié, comme viendra d’ailleurs le surligner très lourdement le monologue final qui vient clore un scénario dont les ficelles éculées ont rendu caduque le moindre rebondissement.
Sympathique petit film de potes porté par un Pierre Niney en grande forme, Five n’est malheureusement pas assez drôle pour être retenu comme l’irrésistible comédie générationnelle qu’il voudrait être. La faute sans doute à un manque d’inspiration lors de l’adaptation d’un pitch calibré pour un format court et de l’âge des acteurs en décalage avec l’immaturité de leurs personnages.
Five : Bande-annonce
Five : Fiche technique
Réalisation : Igor Gotesman Scénario : Igor Gotesman Interprétation: Pierre Niney (Samuel), François Civil (Timothée), Igor Gotesman (Vadim), Margot Bancilhon (Julia), Idrissa Hanrot (Nestor)… Image: Julien Roux Décors : Nicolas De Boiscuillé Costumes: Elise Bouquet, Reem Kuzayli Montage : Stéphane Couturier Musique : Gush Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne Société de production : Les Films du Kiosque Société de distribution : StudioCanal Durée : 102 minutes Date de sortie : 30 mars 2016 Genre: Comédie