Festival de Deauville: 99 Homes, Mr Holmes avec Ian McKellen

Festival de Deauville: 99 Holmes, de Ramin Bahrani: Crise des Subprimes et ascension sociale

Nash, dont la maison vient d’être saisie par sa banque, se retrouve à devoir travailler avec le promoteur immobilier véreux qui est responsable de son malheur.

Quatre ans après avoir remporté le Grand Prix (Take Shelter), Michel Shannon est de retour à Deauville devant la caméra de Ramin Bahrani, accompagné d’Andrew Garfield (The Amazing Spiderman). 99 Homes était le premier film de la sélection à être projeté cette semaine, retour sur un candidat sérieux à une récompense.

Bahrani nous replonge, une petite décennie plus tard, dans les mécanismes d’hypothèques et de prêts qui ont précipité les économies occidentales dans le vide; et parvient à insuffler une dramaturgie poignante dans une immersion très réaliste. En effet, Nash, après s’être fait expulsé avec sa mère et son fils, et s’être vu contraint à vivre dans un motel, entrevoit la lumière par le prisme de la même personne qui l’a poussé dans l’obscurité: Rick Carver alias Michael Shannon. Encore une fois impérial, il campe un promoteur qui trouve sa fortune dans l’écroulement du château de cartes, et essayant d’y trouver une once de morale on peut l’entendre citer Darwin ou la Bible… Après une nouvelle expulsion, il se confronte au jeune Nash en perdition, il finit par lui proposer du boulot, à contrecœur et en déroute financière, il accepte. Entreprenant et efficace, il gagne même rapidement la confiance de son boss qui lui ouvre les portes d’une fraude juteuse. Nash aperçoit alors la possibilité de posséder à nouveau sa maison familiale, et se retrouve à expulser les gens de chez eux. Symbole de son malaise, il cache la vérité à sa famille, mais faute de pouvoir se la cacher à lui même, il invoque de plus en plus les raisons que Rick récite à longueur de temps.

Les deux hommes négocient à hauteur de millions de contrats qui les font vider les quartiers, mais pourtant ils ne sont pas clairement responsables du cataclysme économique et social qui les enrichit. Ils ne sont pas les particuliers qui se sont endettés. Ils ne sont pas les banques qui ont accepté les prêts. Ils ne sont pas le gouvernement qui est resté attentiste. Cependant, ils prennent appui sur cette masse qui coule pour rester à la surface, un choix amoral qui empoisonne Nash. Et plus les dollars s’accumulent, plus les conséquences de ces actes prennent matières, et les enfants, les personnes âgés, les familles qu’il a privés de foyer tournoient autours de lui. L’argent qu’il en retire en vaut-il vraiment la peine ?

Mr Holmes de Bill Condon: L’amnésie est dans le pré

Dans le cadre de l’hommage rendu lors du festival de deauville à Ian McKellen, son dernier film Mr Holmes était projeté en avant première cette semaine. Le septuagénaire endosse le rôle du détective Sherlock Holmes, mais sans la pipe ni la casquette cette fois, car l’intrigue prend à contre courant le mythe et l’envisage dans son aspect le plus réel. Sherlock Holmes est un détective dont il doit la renommé aux livres que son ami le Dr Watson a écrits d’après leurs enquêtes. Il coule dorénavant des jours paisibles sur la côte anglaise, avec sa bonne et son fils, ainsi que ses abeilles. A l’orée de son 94ème anniversaire, sa mémoire vacille et l’homme lutte pour résoudre une dernière fois une affaire dont il a oublié la trame. Un voyage dans ses souvenirs qui risque d’éveiller le pire comme le meilleur…

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.