Five, un film d’Igor Gotesman : Critique

Jeune acteur issu de la scène théâtrale, et jusque-là uniquement aperçu au cinéma dans Deux vies plus une, Igor Gotesman autoproduit et réalise en 2011 son second court-métrage interprété Five. Il y mêlait ses deux inspirations principales, à savoir les teen-movies américains et les comédies de Cédric Klapisch.

Synopsis : Samuel, Timothée, Nestor, Vlad et Julia sont amis depuis leur plus tendre enfance et partagent l’espoir de vivre ensemble. Grâce au soutien financier de père, à qui il fait croire qu’il suit des études de médecine, Samuel réussit à louer un immense appartement. Mais le mensonge ne tient pas longtemps, contraignant Samuel à s’improviser vendeur d’herbes et à hésiter à parler de ses difficultés à ses amis.

Le souffle de la jeunesse n’y est pas

Autant dire que, comme beaucoup de débutants de sa génération – implicitement très inspirée par les sitcoms–, il a choisi de construire son scénario autour de la vie en commun d’un groupe d’amis. Quatre ans plus tard, grâce à la société de production Les Films du Kiosque, il a l’opportunité de transformer son essai en un long-métrage. Un film de potes sur les difficultés de la colocation. C’est là un schéma qui peut, même s’il a été déjà vu et revu, s’avérer très drôle, d’autant que Gotesman a, pendant ses quatre années, fait ses preuves. En tant que scénariste d’abord, puisqu’il a collaboré à l’écriture de la comédie Le Nouveau, mais surtout en tant que réalisateur et comédien puisqu’il a pleinement participé au succès de la mini-série Casting(s) aux côtés de Pierre Niney et François Civil. En réunissant ses deux compères pour incarner les rôles principaux de Five, Gotesman s’assure une certaine légitimité.

Devenu bankable depuis le succès d’Yves Saint-Laurent et d’Un homme idéal, Pierre Niney se voit affubler de l’interprétation de Samuel. François Civil, vu dans Catacombes mais surtout dans Made in France, prête ses traits à l’amusant Tim. Pour les trois autres amis qui forment le groupe de « cinq » amis annoncé par le titre, Igor Gotesman s’est donné le rôle de Vladim, le plus lisse de la bande, tandis que  Margot Bancilhon, aperçue dans Nous trois ou rien, lui apporte une touche féminine dans la peau de Julia, et Idrissa Hanrot incarne le séducteur Nestor. Entre les cinq acteurs, l’alchimie fonctionne à merveille, créant le dynamisme et la fraîcheur inhérentes au teen-movie. Cependant, le traitement de ces cinq compères est si déséquilibré qu’il rend flagrante la frilosité du jeune réalisateur à prendre des risques puisqu’il semble évident que l’expérience, et donc la popularité, de chaque acteur furent déterminantes dans l’importance donnée à son personnage dans la dramaturgie. Ainsi, Samuel est au cœur de toutes les intrigues centrales du scénario, parfois accompagné de Tim, caractérisé selon le stéréotype du parfait sidekick, alors que Vladim et Julia ne font que partager une sous-intrigue très convenue et que Nestor n’a strictement aucun arc narratif à lui. C’est donc dans ce choix d’avoir concentré son film de potes sur un seul d’entre eux, et donc de délaisser les autres, que Gotesman n’a pas réussi à tirer profit du potentiel choral de son dispositif. Une gaucherie accentuée par le manque de primeur dans l’écriture.

Filmées grâce à une caméra anamorphique qui donne aux images un éclat et une chaleur pleine de vivacité, les mésaventures de Samuel et ses amis profitent d’une esthétique bigger than life qui, davantage que son montage, apporte au long-métrage une énergie récréative. C’est sur cette ambiance visuelle pleine de frivolité et sur le talent de Pierre Niney à jouer sur les failles de son personnage que repose tout le charme de Five. Un divertissement quelque peu léger, tant les relations entre les personnages ainsi que le déroulement de l’histoire se font au rythme de clichés et autres facilités scénaristiques. Trop pauvre en idées comiques surprenantes, en dehors peut-être du caméo survolté de Fanny Ardant dans son propre rôle et de la prestation cabotine de Pascal Demolon, l’humour de cette comédie ne doit se contenter que des blagues grivoises que s’échangent les personnages. Leur caractère puéril assure une pantalonnade légère, d’autant que le stéréotype du jeune adulte incapable de mûrir et de prendre ses responsabilités est devenu monnaie courante, mais empêche au film de se prétendre du niveau de ceux qu’il prend pour modèles, généralement porteurs d’une réflexion sociologique. En reste toutefois une belle histoire d’amitié, comme viendra d’ailleurs le surligner très lourdement le monologue final qui vient clore un scénario dont les ficelles éculées ont rendu caduque le moindre rebondissement.

Sympathique petit film de potes porté par un Pierre Niney en grande forme, Five n’est malheureusement pas assez drôle pour être retenu comme l’irrésistible comédie générationnelle qu’il voudrait être. La faute sans doute à un manque d’inspiration lors de l’adaptation d’un pitch calibré pour un format court et de l’âge des acteurs en décalage avec l’immaturité de leurs personnages.

Five : Bande-annonce

Five : Fiche technique

Réalisation : Igor Gotesman
Scénario : Igor Gotesman
Interprétation: Pierre Niney (Samuel), François Civil (Timothée), Igor Gotesman (Vadim), Margot Bancilhon (Julia), Idrissa Hanrot (Nestor)…
Image: Julien Roux
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Costumes: Elise Bouquet, Reem Kuzayli
Montage : Stéphane Couturier
Musique : Gush
Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
Société de production : Les Films du Kiosque
Société de distribution : StudioCanal
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 30 mars 2016
Genre: Comédie

France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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