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Quelque part dans le temps, ressortie vidéo du film de Jeannot Szwarc : la critique

Retour sur Quelque part dans le temps, ressorti en dvd/blu ray

Synopsis : 1942. Alors que se joue la pièce qu’il a écrite, Richard Collier (interprété par Christopher Reeve) est abordé par une vieille dame qui lui remet une montre et lui dit ces mots mystérieux : « Reviens-moi, je t’en prie. ». Huit ans plus tard, il découvre dans un célèbre hôtel un portrait photographique de la même femme alors jeune au moment de la prise de vue. Elle s’appelle Elise McKenna (Jane Seymour), et séjourna dans le même hôtel en 1912. L’auteur est obsédé par celle-ci et intrigué par certaines découvertes. C’est ainsi le début d’une incroyable aventure qui va le transporter dans le passé, au début du XXe siècle.

            Ce jeudi 24 février 2016 est ressorti en vidéo chez les éditions Rimini le film Quelque part dans le temps (Somewhere in Time), réalisé en 1980 par Jeannot Szwarc. Un réalisateur efficace connu pour ses nombreuses mises en scène télévisuelles, des nombreux épisodes de Kojak (de 1973 à 1977) et même d’un épisode Columbo (aussi en 1973) aux récents shows de The Practice, Fringe et Almost Human, et pour certains films hollywoodiens, « pour le pire », Supergirl (1984), et « pour le meilleur », Les Dents de la Mer 2 (Jaws Part 2, 1978). Avec Quelque part dans le temps, on tient certainement le meilleur du réalisateur franco-américain, dont il parle comme étant son « film le plus personnel » et son «  meilleur » métrage.

Retour d’un film « culte »

            Les éditions Rimini n’y sont pas allées de main morte avec cette ressortie vidéo. En effet, les bonus vous permettront de (re)découvrir les coulisses de cette production méconnue, notamment à travers un entretien avec le réalisateur et producteur Jeannot Szwarc, un documentaire sur le scénariste-romancier du film Richard Matheson qui a adapté son propre roman pour le métrage, et des hommages aux fans du film qui ont grandement participé à sa sauvegarde dans l’esprit collectif, et au moment de sa sortie, à un certain succès ; en plus d’importantes diffusions télévisuelles sur une chaine américaine câblée par un cadre cinéphile admirateur du film. Revenons quelque part dans le temps vers la fin des années 70. Jeannot Szwarc vient de sauver Les Dents de la Mer 2 dont le tournage virait au véritable naufrage. Universal Studios considère lui devoir alors une faveur. Le réalisateur a toujours été intéressé par l’adaptation du texte de Matheson, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps publié en 1975. Le romancier accepte de travailler avec le cinéaste. Si le studio n’est pas convaincu par ce projet de science-fiction sans « effets spéciaux » dans une ère marquée par Star Wars (1977) – puis deux plus tard par Alien –, ayant ce dû envers le metteur en scène et le projet coutant peu, ils le laisseront faire le film sans aucune ingérence dans le processus filmique. Après un tournage « idyllique », le film sort dans les salles obscures en 1980 et obtient des critiques défavorables et un mauvais score au box-office, dû à « différents » problèmes, notamment de distribution. À noter que, dans l’entretien, le réalisateur semble particulièrement retenir une critique désastreuse qui a touché l’acteur principal Christopher Reeve. On pourrait vraiment se poser la question de savoir si le public était prêt à recevoir un tel film, tant Quelque part dans le temps fait véritablement figure d’ovni dans le genre de la science-fiction / fantastique en 1980.

Un voyage dans le temps spirituel et romantique

           On pourrait même parler simplement d’ovni cinématographique. Le film ne présente aucun effets spéciaux et presque aucun effet de montage et de mise en scène. Le fantastique arrive de telle manière qu’il pourrait ne pas en être question. Richard Collier devient obsédé par Elise McKenna. Des événements hasardeux surviennent : la femme âgée lui apportant une montre et lui demandant de lui revenir, mourant le soir même ; le lobby boy très âgé qui demande à l’auteur s’il ne l’a pas vu quelque part avant de reprendre de suite ses activités ; un portrait photographique qui émeut Richard de telle sorte que l’un et l’autre semblent être le champ et le contre-champ de chacun ; la découverte d’un livre sur le voyage dans le temps écrit par l’un de ses anciens professeurs de philosophie. Ces moments étranges attiseront la passion obsessive du personnage qui acceptera la possibilité de voyager dans le temps. Ici, exit la DeLorean ou quelque autre machine, le voyage dans le temps se fait spirituellement, il s’agit presque d’un reconditionnement de l’esprit, qui doit être persuadé d’être à une date et dans un lieu précis du passé. Pour cela, tout élément du présent doit être caché pour ne pas rappeler l’esprit lors de son bond temporel. Si on retrouvera par la suite d’autres événements tenant presque de l’heureux hasard et nous poussant à croire à une boucle temporelle, la fin du film, ces mêmes éléments et d’autres peuvent nous amener à l’hypothèse selon laquelle Richard Collier serait tout simplement victime de son obsession, de ce qu’il a étudié de fond en comble et aussi fantasmé à travers cet amour intemporel pour Elise McKenna avant même son voyage (voir photographie ci à droite). quelque-part-dans-le-temps-christopher-reeve-jane-seymour

Alors cette histoire romantique le serait dans la tradition des poètes du XVIIIe siècle. C’est-à-dire que Richard, héros romantique, est amoureux de l’amour ; rendu mélancolique et passionné par un amour perdu. Il est endeuillé d’un amour inconnu, fantasmé et idéalisé. Ainsi l’aventure de Richard n’est pas celle de héros de science-fiction tels que Luke Skywalker et Ellen Ripley. L’ambiguïté, la romance et la mélancolie sont essentielles ici, jusqu’à la fin du film, douce-amère, loin du happy-end qu’on connaît aux romances américaines telles que la Péniche du Bonheur (Houseboat, 1958) où tout le monde se retrouve pour vivre d’amour (et d’eau fraiche). On sait Jeannot Szwarc passionné de grands récits romantiques américains, il s’agit non pas de faire une romance, mais un véritable récit romantique. À l’image de la fin des Vacances Romaines (Roman Holiday, 1953) réalisé par William Wyler et ressorti au cinéma le 27 Janvier 2016, il s’agit d’en proposer une véritablement romantique, qui laisse une certaine ouverture au spectateur quant à la suite du récit, possiblement joyeuse, difficile ou autre ; certainement douce-amère et mélancolique.

Ci-dessous un extrait de la bande-son romantique composée par John Barry.

Quelque part dans le cinéma américain

           Quelque part dans le temps est aussi un voyage pour nous, spectateurs. Nous allons nous déplacer avec le personnage dans un grand hôtel qui a servi de décor principal à l’intrigue de Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot, Billy Wilder, 1959), d’ailleurs cité avec la musique du bal. Aussi, nous voyageons dans le temps tout de même à travers une machine, la pellicule, avec laquelle jouera le metteur en scène pour un effet pictural et photographique à certains moments du voyage de Richard, et une reconstitution d’époque avec une image plus documentaire, car presque brute semblerait-il, à d’autres instants. On notera par ailleurs un grand travail des couleurs héritier de son histoire avec l’usage du vert signifiant l’altérité au rouge de la passion, entre autres. Enfin découvrir le film aujourd’hui représente un double voyage : celui dans un film poursuivant une certain tradition du mélodrame et surtout du film romantique américain ; et celui quelque part dans le temps où les talentueux et magnifiques Christopher Reeve et Jane Seymour nous emplissaient d’amour, de beauté, de mélancolie, d’émotions, de romantisme donc, dans des images formidablement réalisées par Jeannot Szwarc, sur une musique intelligemment inspirée et incroyablement romantique composée par l’un des pères de James Bond au cinéma, John Barry. Le tout dans une édition vidéo soigneusement remasterisée proposée par Rimini Éditions.

https://www.youtube.com/watch?v=tHFJwPxkMYc

Fiche Technique: Quelque part dans le temps

Titre original : Somewhere in Time
Réalisateur : Jeannot Szwarc
Scénariste : Richard Matheson, d’après son roman Le jeune homme, la mort et le temps
Casting : Christopher Reeve, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec
Directeur de la photographie : Isidore Mankofsky
Monteur : Jeff Gourson
Musique : John Barry
Producteur : Stephen Deutsch, Ray Stark
Production : Rastar Pictures, Universal Pictures
Distribution : Universal Pictures, ESC Conseils
Sortie cinéma : Octobre 1980 (US), Mai 1981 (FR)
Ressortie Vidéo : RIMINI Éditions, Janvier 2016

Nymphs, une série de Miikko Oikkonen : Critique

Fans de séries fantastiques aux effets spectaculaires, passez votre chemin ! Nymphs est une délicate friandise, une série sensuelle et poétique où le fantastique est à peine palpable et suggéré de façon légère et mystique.

Synopsis : Après la mort de son petit-ami au cours de leur première nuit ensemble, Didi est recueillie par deux nymphes qui lui apprennent qu’elle est des leurs. Pourchassées par des Satyres, les trois jeunes femmes doivent vivre cacher mais elles doivent aussi coucher avec des hommes pour survivre, au risque de les tuer… 

Nymphs aka Nymfit est une série finlandaise passée presque inaperçue. On y suit Didi (Sara Soulié), une délicieuse jeune femme qui découvre son statut de nymphe en même temps que sa sexualité et qui porte sur son ventre un tatouage particulier qui ferait d’elle l’Élue de son clan. Sortie sans trop grand succès en août 2013 sur les écrans finlandais, la série a surtout marché en Italie et en Allemagne. En France, la chaîne June a diffusé Nymphs en avril dernier mais une fois encore, c’est plutôt le flop.
A première vue, cette série fantastique à l’eau de rose ne fait donc pas l’unanimité, pourtant, il faut bien lui reconnaître quelques qualités esthétiques et symboliques. D’ailleurs, si la série n’a pas été reconduite, nous venons d’apprendre qu’une adaptation pour le cinéma est actuellement en préparation ! Le producteur de la série, Matti Halonen, s’est confié à CineSeriesMag à ce sujet : « Nous sommes en train de développer un long métrage de Nymphs pour le Cinéma. Il entrera probablement en production entre 2016 et 2017. »

Nymphs, une série fantastique édulcorée et érotique :

D’abord, le sujet de la série est, somme toute, assez original : la légende des nymphes de la mythologie grecque modernisée et érotisée au maximum du convenable. On y côtoie de jolies demoiselles largement dévêtues, dans leur intimité et dans des postures suggestives, parfois seules, parfois à plusieurs… Et on les suit évidemment dans leurs ébats amoureux avec ces messieurs car après tout, c’est quand même le thème principal de la série. Les nymphes tentent de survivre dans le monde moderne en se nourrissant chaque mois de la force vitale de leurs amants, au risque de les tuer, et en fuyant des satyres qui veulent les détruire. Si elles ne s’accouplent pas avec des hommes, leurs corps s’abîment et elles se flétrissent avant de mourir. Un scénario attrayant et pourtant peu palpitant car le récit est un peu décousu et sans finalité concrète. Là où on aurait aimé en savoir davantage sur les origines des nymphes et des satyres ou encore sur les autres personnages Kati et Nadia, le récit se centre (trop) sur les histoires de coeur de Didi au risque d’en faire une série pour adolescentes. Pour ces mêmes raisons, le rythme de la série est aussi très irrégulier et certains passages traînent en longueur notamment dans les scènes de dialogues entre Didi et Samuel, son amour d’enfance. Mais d’une certaine façon, cette langueur dans le récit confine à l’ambiance lascive de Nymphs. Pour éclairer l’histoire, de nombreux flash-backs font alors irruption apportant une touche d’authenticité mais, là encore, de façon si désordonnée qu’ils complexifient parfois l’histoire au lieu d’en aider la compréhension.
En ce qui concerne les personnages, nos trois nymphettes sont jouées par des actrices charmantes et sexy. Et il y en a pour tous les goûts : brune, blonde et surtout rousse. La flamboyante Didi (Sara Soulié, célèbre en Finlande) gagnera en effet a être connue, faisant à elle seule tout l’attrait de la série. Mais qu’on se le dise, les autres dryades ne sont pas à jeter, notamment la brunette Kati (Rebecca Viitala), connue en Finlande pour avoir joué dans les séries Un Nouveau Jour et M. Helsinki. Frida (Malla Malmivaara), une autre nymphe passée du côté obscur, pourchasse ses pairs armée d’un arc et des flèches, ce qui n’est pas sans rappeler la beauté fatale de Hunger Games. Du côté des méchants, on appréciera le satyre Jasper (Pelle Heikkilä) pour sa blondeur décolorée et sa ressemblance à certain Spike dans Buffy contre les Vampires. Les acteurs, s’ils ne sont pas excellents, sont donc assez crédibles dans leurs rôles atypiques et leur interprétation un peu décalée, comme souvent dans les séries nordiques, légèrement surjouée et frisant parfois le second degré.
Sexe, action et clins d’oeil, tous les éléments sont donc réunis pour faire de Nymphs une série pour le moins “croustillante” avec une ambiance apathique et lascive qui lui apporte un côté méditatif et contemplatif.

Nymphs, un hymne à la Femme : 

Car ce qui fait l’attrait de Nymphs est surtout son esthétique raffinée et chatoyante. Les images voilées et vaporeuses se succèdent, dans des teintes claires et des tons pastels. Épurée, envoûtante et onirique, la photographie semble s’inspirer directement des « demoiselles » de David Hamilton (BilitisThe Age of innocence). Hamilton qui s’inspirait lui-même des peintures des nymphes et de la Renaissance et qui choisissait ses modèles parmi des mannequins nordiques. Ici aussi, les femmes sont donc pâles, gracieuses et juvéniles, candides et séduisantes, presque innocentes… Les décors tour à tour classiques, bucoliques, lambrisés, chaleureux. Le caractère romanesque et enchanteur est omniprésent et les images magnifiquement travaillées avec des jeux de lumière, de clair-obscur et de flous conférant une atmosphère poétique à la série.
Nymphs n’est pas une série d’action certes, mais elle pose quelques questions quant à la posture de la femme, ici valorisée et toute puissante malgré une fragilité latente, à la fois pécheresse et soumise à sa nature et son instinct. Une connotation féministe est ainsi envisageable au travers du personnage de Kati (Rebecca Viitala), sorte de guerrière amazone aigrie et violente. Finalement, les nymphes ont le pouvoir de vie ou de mort sur ces hommes qu’elles séduisent et qu’elles utilisent seulement pour se repaître. Elles ne vivent qu’entre elles et certaines se satisferont d’une relation homosexuelle malgré des besoins hétérosexués. Et quand se posera la question de l’amour véritable, d’autres encore seront capables d’égoïsme et de cruauté.

Nymphs est donc une série fantastique édulcorée et poétique garnie de personnages séduisants mis en scène dans des postures lascives et sensuelles. Une série avant tout esthétique et digne d’intérêt malgré quelques incohérences et une langueur sans doute voulue du scénario. Elle plaira sûrement au public féminin amateur de littérature à l’eau de rose et aux adeptes de David Hamilton pour la beauté de sa photographie et de ses interprètes. Le film est actuellement en préparation.

Nymphs : Bande-annonce

Fiche technique : Nymphs

Titre original : Nymfit
Genre : fantaisie, drame
Dirigé par Miikko Oikkonen, Teemu Nikki
Casting : Sara Soulié, Manuela Bosco, Rebecca Viitala, Ilkka Villi, Jarkko Niemi, Pelle Heikkilä, Malla Malmivaara
Pays d’origine : Finlande
No. de saisons : 1
N ° d’épisodes : 12 [ 1 ]
Distribution : MTV3 (Finlande), AVA (Finlande)
Production : Fisher King Production, Matti Halonen, Sarita Harma, Petteri Linnus, Mikko Tenhunen
Musique : Sakari Salli, Tuomas Wäinölä

Novembre 3, 2013 (Allemagne)
24 Mars 2014 (Finlande)

88ème cérémonie des Oscars : Palmarès

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Oscars 2016, le palmarès complet

Pour clore en beauté la « saison des awards », la cérémonie des Oscars a eu  lieu ce dimanche 28 février dans la salle grandiose de 3400 places du Dolby Theater à Los Angeles. La veille, ce sont les traditionnels Razzies Awards qui ont « récompensés » les pires films de 2015, 50 nuances de Grey et Les Quatre Fantastiques s’étant réparties les fameuses Framboises de la Honte. Heureusement, l’Académie des Oscars est là pour nous rappeler qu’Hollywood est avant tout un haut-lieu artistique ainsi que la plus prestigieuse des industries glamours.

Et pourtant, la grande messe du cinéma américaine aura laissé cette année une gout un peu amère, entachée par un soi-disant scandale lié à l’absence d’afro-américains dans les listes de nommés. Une polémique légitime même si elle a été lancée, rappelons-le, par une Jada Pinkett Smith aigrie de ne pas voir son cher et tendre époux nommé et suivi de près par un Spike Lee qui, bien que récompensé par un Oscar d’honneur, a perdu tout crédit en tant que réalisateur après son Oldboy, et tente désespérément de retrouver sa casquette de porte-étendard de la cause black qu’il avait mis de côté depuis longtemps.

Une polémique sur laquelle ne s’est empêché de revenir Chris Rock dans son excellent discours d’ouverture, rappelant notamment que de telles revendications de sa communauté sont la preuve qu’elle a avancé dans son long combat pour les droits civiles. Une problématique qui a fait office de leitmotiv dans de très bons sketchs tout le long de la soirée. Au delà de la question raciale, les intervenants (davantage les remettants que les vainqueurs limités à une quarantaine de secondes pour leurs remerciements) ont livré des prestations succulentes et des discours politiques engagés, faisant de la cérémonie un excellent show comme seuls les américains savent le faire.

Du côté des nominations, il était difficile -hormis dans le cas du meilleur acteur que tout le monde savait être acquis par Leonardo DiCaprio- de s’assurer des pronostics tant chaque catégorie était ouverte et les films présents étant très hétérogène et tous très bons dans leur genre respectif. Et au final, le film le plus récompensé est, de très loin, Mad Max: Fury Road qui a remporté quasiment toutes les catégories techniques.

Parmi les victoires les plus remarquées, il est important de citer celle d’Emmanuel Lubezki dont le travail d’orfèvre sur The Revenant a été unanimement salué, faisant de lui le premier cinéaste, depuis Walt Disney, a recevoir trois années de suite dans la même catégorie après Gravity et Birdman. De la manière, Alejandro González Iñárritu obtient pour la seconde année consécutive la statuette du meilleur réalisateur, ce qui n’avait plus été vu depuis Joseph L. Mankiewicz il y a 65 ans. On peut aussi noter le succès d’Ennio Morricone, qui aura dû attendre d’avoir 87 ans pour enfin recevoir son premier Oscar -hormis un Oscar d’honneur remis en 2007- et devenir ainsi le plus vieil artiste oscarisé de l’Histoire de l’Académie.

Mais les vrais vainqueurs sont indubitablement Leonardo DiCaprio, récompensé pour ce qui est sans conteste le rôle le plus éprouvant de sa carrière, Brie Larson, tout simplement bouleversante en mère courage, et le film Spotlight, dont le scénario prônant le courage et la défense du métier de journaliste ainsi que sa mise en scène très sobre ont su trouver la grâce des votants.

Le palmarès complet des Oscars 2016 : DiCaprio, Spotlight, Iñárritu…

Meilleur film:  Spotlight, réalisé par Tom McCarthy

Les autres nommés:

The Big Short : Le Casse du siècleréalisé par Adam McKay

Brooklynréalisé par John Crowley

Mad Max: Fury Road, réalisé par George Miller

Le Pont des espions, réalisé par Steven Spielberg

The Revenant réalisé par Alejandro González Iñárritu

Room, réalisé par Lenny Abrahamson

Seul sur Mars, réalisé par Ridley Scott

Meilleur réalisateur:  Alejandro González Iñárritu pour

Les autres nommés:

Lenny Abrahamson pour Room

Tom McCarthy pour Spotlight

Adam McKay pour The Big Short : Le Casse du siècle

George Miller pour Mad Max: Fury Road

Meilleur acteur:  Leonardo DiCaprio dans The Revenant

Les autres nommés:

Bryan Cranston dans Dalton Trumbo

Matt Damon dans Seul sur Mars

Michael Fassbender dans Steve Jobs

Eddie Redmayne dans The Danish Girl

Meilleure actrice: Brie Larson dans Room

Les autres nommées:

Cate Blanchett dans Carol

Jennifer Lawrence dans Joy

Charlotte Rampling dans 45 ans

Saoirse Ronan dans Brooklyn

Meilleur acteur dans un second rôle: Mark Rylance dans Le pont des Espions

Les autres nommés:

Christian Bale dans The Big Short : Le Casse du siècle

Tom Hardy dans The Revenant

Mark Ruffalo dans Spotlight

Sylvester Stallone dans Creed

Meilleure actrice dans un second rôle: Alicia Vikander dans The Danish Girl

Les autres nommées:

Jennifer Jason Leigh dans Les Huit Salopards

Rooney Mara dans Carol

Rachel McAdams dans Spotlight

Kate Winslet dans Steve Jobs

Meilleur film en langue étrangère:  Le Fils de Saul réalisé par László Nemes (Hongrie)

Les autres nommés:

A War réalisé par Tobias Lindholm (Danemark)

L’Étreinte du serpent, réalisé par Ciro Guerra (Colombie)

Mustang réalisé par Deniz Gamze Ergüven (France)

Theeb réalisé par Naji Abu Nowar (Jordanie)

Meilleur film d’animation:  Vice-versa, réalisé par Pete Docter et Jonas Rivera

Les autres nommés:

Anomalisa, réalisé par Charlie Kaufman et Duke Johnson

Le Garçon et le Monde, réalisé par Alê Abreu

Shaun le mouton, le film, réalisé par Mark Burton et Richard Starzak

Souvenirs de Marnie, réalisé par Hiromasa Yonebayashi et Yoshiaki Nishimura

Meilleur documentaire:  Amy, réalisé par Asif Kapadia et James Gay-Rees

Les autres nommés:

Cartel Land, réalisé par Matthew Heineman et Tom Yellin

The Look of Silence, réalisé par Joshua Oppenheimer et Signe Byrge Sørensen

What Happened, Miss Simone?, réalisé par Liz Garbus, Amy Hobby et Justin Wilkes

Winter on Fire: Ukraine’s Fight for Freedom, réalisé par Evgeny Afineevsky et Den Tolmor

Meilleur scénario original:    Josh Singer et Tom McCarthy pour Spotlight

Meilleur scénario adapté: Charles Randolph et Adam McKay pour The Big Short : Le Casse du siècle

Meilleure photographie: Emmanuel Lubezki pour The Revenant

Meilleurs décors: Colin Gibson et Lisa Thompson pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs costumes:  Jenny Beavan pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs maquillages et coiffures: Lesley Vanderwalt, Elka Wardega et Damian Martin pour Mad Max: Fury Road

Meilleur montage:  Margaret Sixel pour Mad Max: Fury Road

Meilleur montage son:  Mark A. Mangini et David White pour Mad Max: Fury Road

 

Meilleur mixage son:  Chris Jenkins, Gregg Rudloff et Ben Osmo pour Mad Max: Fury Road

Meilleurs effets visuels:  Mark Williams Ardington, Sara Bennett, Paul Norris et Andrew Whitehurst pour Ex Machina

Meilleure chanson originale: « Writing’s on the Wall », interprété par Sam Smith, dans 007 Spectre

Meilleure musique de film:  Ennio Morricone pour Les Huit Salopards

Meilleur court métrage de fiction:  Stutterer, réalisé par Serena Armitage et Benjamin Cleary

Meilleur court métrage d’animation:   Bear Story, réalisé par Pato Escala Pierart et Gabriel Osorio Vargas

Meilleur court métrage documentaire:  A Girl in the River: The Price of Forgiveness, réalisé par Sharmeen Obaid-Chinoy

A noter que, parallèlement à la cérémonie, deux Oscars d’honneur ont été remis à Spike Lee, dont les récents échecs ne doivent pas faire oublier à quel point son début de carrière fut remarquable, ainsi qu’à l’ancienne égérie de John Cassavetes, la toujours aussi sublime Gena Rowlands.

 

 

 

 

CinéBD – Le critique de cinéma

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[cinéBD] – Le critique de cinéma

Avant-propos : Depuis déjà 2 ans LeMagduciné vous parle de cinéma et de séries, (c’est sûr qu’avec un nom pareil on ne va pas parler tuning). Au travers de critiques, d’actus, d’interviews, de portraits et de jeu-concours follement amusants, nous essayons de partager au maximum notre passion de l’image qui bouge et qui fait du bruit. Le texte c’est chouette, mais il y a de multiples façons de parler de cinéma : par écrit, en soirée avec des potes, au bar, dans la rue, dans les montagnes russes, dans la salle de bain etc. Nous aurions pu nous lancer dans l’aventure Vidéo, pour engranger des likes et des pouces colorés… Mais on a trouvé encore mieux: la bande-dessinée (parfois vulgairement appelée « roman graphique »)! Car s’il y a quelque chose que l’on aime autant que le cinéma et les smoothies à la banane c’est cet autre art de la narration par l’image.

En collaboration avec Karton-karton, un nouveau blog BD qui gagnera à être connu, nous vous proposerons mensuellement (ou presque) des petites chroniques illustrées avec goût qui aborderont différents aspects du cinéma, déconstruits avec distance, humour et ironie, dans la pure tradition de l’humour glacé et sophistiqué (des fois que l’on nous reproche de ne pas être drôle, au moins nous sommes couverts). Les thèmes seront les plus variés possibles : un genre cinématographique, un métier particulier, un film… Bref le sujet qui nous inspirera en temps et en heures, en espérant que cela vous plaise. Et quoi de mieux pour commencer que de tendre tout de suite le bâton pour se faire battre, en abordant d’entrée de jeu ce fabuleux métier qu’est celui de critique de cinéma.

Ceci n’a pour seul but que de divertir et n’est pas a prendre totalement au sérieux.
Merci de votre attention et bonne lecture (promis les prochaines seront moins longues avec des lettres plus grosses).

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Pattaya, un film de Franck Gastambide

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Il est beaucoup de films que l’on voit en se disant qu’il s’agit d’une suite inappropriée… et il y en a certains, plus rares, que l’on aurait préféré être une suite assumée. Non pas que Les Kaïra ait été une comédie mémorable, on ne peut pas nier aux trois acolytes de la web-série Kaïra Shopping d’avoir su caricaturer les petites frappes de leurs cités HLM avec un second degré assez pertinent.

Synopsis : Afin de financer leur voyage dans une station balnéaire thaïlandaise, Franky et Krimo n’ont pas de meilleure idée que d’inscrire un nain de leur quartier à un concours de boxe. Mais leur ruse va inévitablement se retourner contre eux, transformant leurs vacances de tourisme sexuel en folles aventures.

Les Kaïras se dorent la pilule au soleil 

Quand, près de quatre ans plus tard, l’un des trois décide d’en réaliser la suite et que les deux autres ne le suivent pas, il aurait mieux fallu que le projet soit mis de côté et retravaillé dans l’attente de la reformation du trio. Mais non, Franck Gastambide est têtu et n’a pas hésité à remplacer ses anciens compères avec une nonchalance très douteuse. Le premier des deux, c’est Medi Sadoun, qui  semble très sollicité depuis Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, puisqu’on l’a vu récemment dans Joséphine S’arrondit et bientôt dans La Dream Team au côté de Gérard Depardieu. Nécessitant son quota de « reubeux » pour rendre sa satire sociétale cohérente,  c’est Malik Bentalha qui se charge d’occuper ce rôle. Le second c’est Jib Pocthier, que l’on retrouvera bientôt dans Les Visiteurs : La Révolution. Devant son refus, et puisque le scénario comporte un nombre incalculable de moqueries envers les personnes de petite taille, il a fallu que Anouar Toubali, un autre nain aperçu dans Les Kaïra, vienne le remplacer. C’est donc avec une troupe de rechange que Gastambide met en boite son scénario qui se construit sur le même schéma que beaucoup de suites, celui du dépaysement (on pense forcément aux récents, et très mauvais, Babysitting 2, Les Profs 2 ou encore Les Tuche 2). Mais qu’aurait gagné ce Pattaya à être Les Kaïra 2 ? Hormis d’être porté par une troupe de comédiens dont la symbiose a déjà fait ses preuves, c’est surtout cette introduction lourdingue, basée sur les explications d’une insupportable voix-off, qui nous aurait été épargnée si nous nous étions retrouvés face à des personnages déjà connus. Après une demi-heure, on finit (enfin !) par se libérer de cette mise en place plombante et fermer les yeux sur ce casting de rafistolage pour entrer dans le lourd du sujet… sauf que, pas de chance, c’est cette première demi-heure qui offrait les situations les plus drôles.

La délocalisation du décor dans cette ville thaïlandaise, haut lieu du tourisme sexuel à présent considéré comme « le paradis des cailleras », a au moins pour avantage d’élargir le potentiel satirique d’un film qui, en s’enfermant dans des blocs d’immeubles (et même si la ville de Melun était dans Les Kaïra une belle source de décalage), s’assurait de tourner rapidement en rond. Pattaya s’assure ainsi un humour décomplexé et politiquement incorrect. Les meilleures idées comiques sont sans doute les nombreuses parodies et autres clins d’œil à la culture populaire, avec surtout la télé-réalité en ligne de mire, et les quelques caméos bien pensés, qu’il s’agisse de Fred Testot ou Cyril Hanouna mais aussi de Seth Gueko et Rim’K dont la présence satisfera les amateurs de rap à qui s’adresse le film. Dans un esprit peu raffiné, très inspiré par certaines comédies américaines, le scénario enchaine sans vergogne les blagues les plus graveleuses sur les nains, les gros, les travelos et tant d’autres sujets si faciles à attaquer. Ce n’est donc pas un hasard si le passage qui se veut le plus drôle du film est un gag scatologique littéralement explosif. Sauf que, là encore, la tonalité comique s’appauvrit rapidement et le réalisateur n’a pas d’autre choix, pour maintenir l’attention du spectateur jusqu’au bout, de faire profiter à sa dernière demi-heure d’une accélération notable du rythme. On en retiendra surtout une scène de fête sur la plage pleine d’énergie. On peut ainsi remarquer que Franck Gastambide a fait, en moins de quatre ans, beaucoup de progrès en termes de mise en scène mais a encore des efforts à faire du côté de l’écriture.

En plus de s’essouffler trop vite, l’humour gras, à force de ne taper que sur les mêmes cibles, dérape souvent dans le pire mauvais gout notamment machiste et homophobe. Au-delà de cet esprit outrancièrement irrévérencieux –qui attirera les spectateurs fatigués d’un cinéma populaire français trop lisse-, l’un des plus gros soucis de ce film est finalement d’être incapable de tirer un autre profit de son changement de décor que l’exploitation de ses paysages exotiques. Etre allé poser sa caméra à l’autre bout du monde pour aller y jouer avec exactement les mêmes clichés que ceux présents dans les banlieues françaises et en limitant les autochtones à un gang de boxeurs nains est en effet un gros gaspillage cinématographique. Même si le talent de transformiste –à défaut de talent d’acteur- de Gad Elmaleh est mis à profit pour rendre rigolo son personnage de gourou au look calqué sur Fu Manchu, il n’apporte pas grand-chose à ce scénario dont le niveau ne s’élève jamais au-delà du niveau intellectuel de ses personnages. A propos des personnages principaux justement, le plus flagrant, et sans aucun le plus avilissant de ce Pattaya, est que son réalisateur-scénariste semble à présent trop déconnecté de l’univers urbain qu’il caricature pour le faire sans tomber dans une représentation aussi désuète que méprisante. Et pourtant, c’est à ceux là même qui sont réduits à leur illettrisme et leur vulgarité qu’est destiné cette comédie. En cela, Pattaya s’inscrit dans cet esprit communautariste qui avilie le cinéma français contemporain et semble rendre légitime les discours les plus haineux d’un coté comme de l’autre du spectre idéologique.

Désireux de pousser jusqu’au bout l’esprit trash de sa satire de la jeunesse des banlieues, en mettant de côté le second degré de son premier film, Franck Gastambide fait preuve d’une telle fainéantise dans l’élaboration de son projet qu’il est légitime de se demander s’il n’a pas financer son film de potes uniquement pour aller profiter du soleil de Thaïlande.

Pattaya : Bande-annonce

Pattaya : Fiche technique

Réalisateur : Franck Gastambide
Scénario : Franck Gastambide, Stéphane Kazandjian
Interprétation : Franck Gastambide (Franky), Malik Bentalha (Krimo), Anouar Toubali (Karim), Ramzy Bedia (Reaz), Gad Elmaleh (Le Marocain)…
Musique : Kore, Eric Neveux
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Laure Gardette
Producteurs : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma, Gaumont, D8 Films
Distribution: Gaumont Distribution
Durée : 97 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 24 Février 2016
France – 2016

41ème cérémonie des Césars : Palmarès

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Césars 2016 : Le palmarès

Ce vendredi 26 février 2016, la grande cérémonie de remise des Césars s’est tenue pour la 41ème année consécutive. Après deux années où deux films ont deux raflé tous les prix des principales catégories (cinq césars pour Les Garçons et Guillaume, à table en 2014 et Timbuktu en 2015), on a pu remarquer une certaine tendance cette année: Un nombre réduit de films se répartissaient les nominations, en particulier Trois souvenirs de ma jeunesse et Marguerite qui se partagent onze nominations. Ce palmarès limité prouve que, malgré leur qualité, il y a trop peu de réalisations françaises qui ont marqué l’année cinéma 2015, mais a au moins eu l’avantage de donner à la compétition un minimum de suspense à qui repartira avec le plus de statuettes.

Cette année, la présentation a été confiée à Florence Foresti. L’humoriste a toutefois été loin d’égaler le talent comique et le panache que ses prédécesseurs ont su insuffler à la cérémonie, faute à un discours d’ouverture et à des sketchs poussifs qui avaient tous tendance à tomber un peu à plat. Grâce aux discours des remettants comme des gagnants -limitées cette années à 2 minutes 30- et de la performance de Christine and the queens, cette soirée aura tout de même été, à défaut d’un grand show plein de surprises, une soirée émouvante.

Le résultat de la soirée n’est, cette année, pas un razzia pour un seul et même film puisque que l’on peut distinguer trois grands vainqueurs: D’une part Fatima, récompensé du César du meilleur film, et d’autre part Marguerite et Mustang, qui ont remporté tous deux quatre statuettes. Et même si on peut regretter que des oeuvres moins consensuelles, telles que Mon Roi et Dheepan, soient reparties bredouilles, on ne peut que saluer le féminisme qui caractérise ce palmarès.

Découvrez tous les récompensés de la 41ème cérémonie des César.

Meilleur film : Fatima, de Philippe Faucon

 

Meilleur réalisateur :  Arnaud Desplechin pour Trois souvenirs de ma jeunesse

Meilleur acteur : Vincent Lindon dans La Loi du marché 

Meilleure actrice : Catherine Frot dans Marguerite

Meilleur acteur dans un second rôle :  Benoit Magimel dans La Tête haute

Meilleure actrice dans un second rôle:  Sidse Babett Knudsen dans L’hermine

Meilleur espoir masculin :  Rod Paradot dans La Tête haute

Meilleur espoir féminin :  Zita Hanrot dans Fatima
Meilleur scénario original :  Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour pour Mustang

Meilleure adaptation : Philippe Faucon pour Fatima

Meilleurs décors : Martin Kurel pour Marguerite

Meilleurs costumes :  Pierre-Jean Laroque pour Marguerite

Meilleure photographie : Christophe Offenstein pour Valley of Love

Meilleur montage :  Mathilde Van de Moortel pour Mustang

Meilleur son :  François Musy, Gabriel Hafner pour Marguerite

Meilleure musique originale : Warren Ellis pour Mustang

Meilleur premier film :  Mustang réalisé par Deniz Gamze Ergüven

Meilleur film d’animation long-métrage:  Le Petit Prince réalisé par Mark Osborne 

Meilleur film d’animation court-métrage:  Le repas dominical réalisé par Céline Devaux

Meilleur film documentaire :  Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent

Meilleur film étranger :  Birdman réalisé par Alejandro González Iñárritu

Meilleur court-métrage :  La contre-allée réalisé par Cécile Drucroq

César d’honneur : Michael Douglas

 

Nahid, un film de Ida Panahandeh : critique

Nahid est le nom de l’héroïne du premier long métrage de la cinéaste Ida Panahandeh. Nommer son film ainsi, c’est affirmer son point de vue unique, celui de cette jeune femme iranienne d’aujourd’hui coincée dans des mœurs d’avant-hier.

Synopsis: Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils de 10 ans dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la tradition iranienne, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier a accepté de la céder à son ex femme à condition qu’elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec un nouvel homme qui l’aime passionnément et veut l’épouser va bouleverser sa vie de femme et de mère….

Le vent nous emportera

Divorcée depuis deux ans d’Ahmad (Navid Mohammadzadeh), son mari irresponsable, junky et joueur, Nahid (Sareh Bayat) vit avec son fils Amir Reza (Milad HosseinPour) dans un appartement dont elle n’arrive pas à payer le loyer avec son maigre salaire de dactylo. Vent debout contre l’iniquité des lois iraniennes à l’égard des femmes dans le cas des divorces, Nahid a en effet farouchement renoncé à la pension alimentaire en échange de la garde d’Amir Reza, sinon confiée d’office par la loi au père ; pour les mêmes raisons, elle renonce à un remariage avec son nouvel amoureux, Massoud (Pejman Bazeghi).

Le premier plan du film nous montre pourtant Nahid et Massoud, que la première appelle « Mon chéri », au bord d’une mer caspienne morose et balayée par le vent, tous deux debout à une distance plus ou moins prudente l’un de l’autre, essayant de voler du temps et une intimité relative à la société qui les observe. Nahid est visiblement amoureuse de cet homme qu’elle peut à peine voir en tête à tête en public, ne parlons même pas de gestes de tendresse. Massoud est un veuf prospère, possédant notamment cet hôtel où il rencontre sa belle, et la cinéaste a cette belle idée d’utiliser les caméras de surveillance de l’hôtel comme moyen pour les deux amoureux de contourner les interdits, un moyen de voir l’autre, d’être vu par l’autre, au travers des écrans, quand il leur est impossible de s’afficher ensemble.

Tout comme dans le film Une Séparation de Asghar Farhadi et dont Sareh Bayat était déjà une des protagonistes, Nahid est un film qui montre la violence faite à la femme iranienne à travers une histoire de divorce, une violence qui se traduit par des lois plus que discriminatoires. Mais contrairement à lui, Nahid adopte le point de vue de la femme. Et ici, la femme n’est pas exempte de défaut : une femme dépensière, fantasque, n’hésitant pas à opérer de petits mensonges pour arriver à ses fins. Une femme qui doit ruser en permanence pour sauvegarder le peu de marge de manœuvre à sa main. Une femme qui crie sur un fils difficile, pour la garde duquel elle est pourtant prête à tous les renoncements. Ainsi, Nahid n’apparaît jamais comme une victime éplorée, seulement comme une femme libre qui veut « vivre seule » ainsi qu’elle le réclame, ni sous la coupe d’un ex-mari encore amoureux, revanchard et vindicatif, ni sous la surveillance rapprochée d’un frère qui ne pense qu’à la réputation de la famille, ni même sous l’autorité financière de son amoureux qu’elle sera obligée d’épouser le temps d’un mariage temporaire, afin de sauver les meubles, cette mascarade de mariage en vigueur notamment en Iran, et qui lui permettra de vivre sous le même toit que Massoud et sa fillette.

Nahid est virevoltante, comme une petite souris prise dans un piège. Elle sait à peine ce qu’elle veut, tant le monde des possibles est restreint, d’abord confinée à son appartement qui représente ses seuls mètres carrés de liberté, puis chez Massoud qui, à son tour, lui semble empiéter sur sa liberté, chez son frère enfin, quand toutes ses ruses sont épuisées. Est-ce ce mouvement incessant de Nahid qui rend le film sans relief, sans point fort auquel se raccrocher ? Toujours est-il que malgré un scénario (trop) fourni, le film manque paradoxalement de dynamisme, et la mise en scène de situations très quotidiennes ne fonctionne pas aussi bien que dans d’autres films. Il semble que d’une part des films comme Taxi Téhéran de Jafar Panahi ou les Chats persans de Bahman Ghobadi marchaient notamment grâce à l’humour qui manque peut-être à Nahid, et que d’autre part les films comme Une séparation ou Au revoir de Mohammad Rassoulof, marquent par une intériorité des personnages qui les rendent plus intenses que la jeune Nahid, avec plus d’épaisseur, et ce, sans remettre en cause le talent de Sareh Bayat qui sonne toujours très juste dans sa prestation.

Il est toutefois intéressant de suivre son histoire d’amour avec Masoud, un amour qui s’exprime en creux, une passion symbolisée ici par un flamboyant canapé rouge, un achat que Nahid fait malgré son manque chronique d’argent, une couleur rouge dans un océan de gris (la mer, le temps, les costumes et le décor en général), que le chef opérateur Morteza Gheidi sublime avec ce qu’il faut comme grain de tristesse et de mélancolie.

Nahid est un film « officiel », qui a reçu les autorisations (et les contrôles) de la part du gouvernement iranien. On y voit donc les femmes voilées du lever au coucher, à l’extérieur comme à l’intérieur, enceintes sans tendresse, giflées sans raison valable. Cette obéissance totale aux chartes en vigueur permet de voir en filigrane à quel point le cinéma est contraint, mais surtout à quel point la vie est contrainte en Iran, à commencer par celle des femmes, et rien que pour ça, Nahid est un film qui mérite une large audience.

Nahid – Bande annonce

Nahid – Fiche technique

Titre original : ناهید
Réalisateur : Ida Panahandeh
Scénario : Ida Panahandeh, Arsalan Amiri
Interprétation : Sareh Bayat (Nahid), Nasrin Babaei (Leila), Pejman Bazeghi (Masoud), Milad HosseinPour (Amir Reza), Navid Mohammadzadeh (Ahmad), Pouria Rahimi (Naser)
Musique : Majid Pousti
Photographie : Morteza Gheidi
Montage : Arsalan Amiri
Producteurs : Bijan Emkanian
Maisons de production : –
Distribution (France) : Memento films Distribution
Récompenses : Festival de Cannes, prix de l’avenir pour Ida Panahandeh
Budget : ND
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 24 Février 2015
Iran – 2015

The Finest Hours, un film de Craig Gillespie : Critique

Muni d’une filmographie aux films oubliables, à l’exception du sympathique Lars and the Real Girl (Une fiancée pas comme les autres en français), et destinés principalement aux adolescents, la comédie potache Mr. Woodcock et le remake de Fright Night en témoignent, Craig Gillespie poursuit sa collaboration avec Disney entamée avec son précédent film, Million Dollar Arm, et vient donc mettre en scène pour eux l’opération de sauvetage d’un pétrolier qui eut lieu au début des années 50.

Synopsis : En 1952, une tempête provoque le naufrage des pétroliers SS Fort Mercer et SS Pendleton près des côtes de Cap Cod. Des garde-côtes vont alors tenter une périlleuse opération de sauvetage.

En pleine tempête 

Un fait divers très connu aux Etats-Unis mais beaucoup moins par chez nous, qui traduit donc l’envie d’un film 100% américain porté par un yes-man du studio et qui est condamné à errer dans la masse de ces œuvres inspirées de fait réels sans éclats et académiques qui voient régulièrement le jour. Ce genre de produits cinématographiques, on en voit des dizaines par an et n’ont, en apparence, plus rien à offrir au cinéma, ni même aux spectateurs. D’où une campagne promotionnelle frileuse qui essaie de faire passer son film dans la plus grande discrétion.

Il faut dire qu’ici il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent, le scénario s’avère très classique et sans surprise. En découpant la narration en 3 points de vue, celui du garde-côte, qui fait office de personnage principal, celui de sa femme ainsi que celui du « chef » des membres d’équipages coincés sur le pétrolier échoué, le film ne fait pas le choix le plus judicieux car il s’encombre de la sorte avec un rythme en dent de scie et de sous-intrigues inutiles et poussives pour comprendre l’état d’esprit de certains personnages. Jouer la subtilité et les non-dits aurait eu plus d’impact ici, permettant de réduire un récit parfois trop long et d’en enlever les passages les plus laborieux. Tout ce qui entoure la femme du garde-côté est, par exemple, un ratage complet. Ces scènes sont mal-amenées et très lourdes, soulignant un travail d’écriture bancal. Ce sera la partie sauvetage et celle sur la survie de l’équipage du pétrolier qui se montreront les plus efficaces même si elles n’évitent pas un nombre assez important de clichés propres au genre, entre les querelles pour le commandement et le passif tragique du héros. Néanmoins la personnalité frustrée du héros détonne dans ce genre de films, apportant une touche de fraîcheur dans le récit et une empathie plus prononcée. De plus les séquences sur le pétrolier, malgré leurs aspects déjà-vus, fonctionnent vraiment tandis que le film gère son classicisme avec intelligence distillant ici et là un charme désuet qui fait son œuvre même si on n’évite pas une touche de pathos qu’on aurait aimé éviter.

On se retrouve face à un casting qui souffle le chaud et le froid. Les acteurs ne sont pas mauvais en soi mais certains semblent totalement effacés et ne font que le strict minimum pour habiter le récit, comme Eric Bana qui ne semble être là que pour cachetonner. Globalement les acteurs ont du mal à sortir de leurs caricatures, offrant des performances assez limitées à l’image de Holliday Grainger qui peine à convaincre dans son rôle. Elle n’a jamais assez de convictions pour être aussi forte et indépendante que son personnage et est trop détachée pour que l’on ressente son inquiétude. Finalement les plus convaincants sont le duo principal et Ben Foster qui n’a pas d’autres choix que de faire le minimum, vu le peu de place laissé à son personnage, mais qui le fait avec toute l’intensité et le talent qui le caractérise. Chris Pine fait quant à lui un héros convaincant, offrant une prestation honorable sans pourtant être mémorable, et c’est vraiment Casey Affleck qui marque le film de son empreinte. Il est ici très bon comme à son habitude et irradie l’écran par son charisme et sa subtilité de jeu.

La mise en scène de Craig Gillespie arrive à distiller ici et là de bonnes idées, notamment durant les passages sur le pétrolier qui retranscrivent bien la claustrophobie du lieu et la détresse des personnages. Globalement elle se montre maîtrisée et efficace, n’hésitant pas même à placer des mouvements de caméras ambitieux qui traduisent une volonté de ne pas rester sur ses acquis assez admirables mais pas entièrement tenue. Car, hormis les passages en mer vraiment réussis par leurs tensions et leurs rythmes, malgré un ou deux enchaînements de plans assez illisibles, les passages sur la terre ferme se montrent quant à eux fades et génériques. Il est donc dommage que ces passages sur la côte prennent beaucoup trop d’importance et ce n’est pas aidé par un montage qui fait trop de parallèles grossiers entre les événements en mer et ceux sur terre, alourdissant le rythme et accentuant le pathos. L’aspect larmoyant n’est pas non plus aidé par la musique pompeuse de Carter Burwell, qui est bien loin de son travail pour les frères Coen. Il est aussi dommage que les effets spéciaux du film ne soient pas toujours au point et que beaucoup de fonds verts soient trop visibles mais cet aspect est légèrement atténué par une photographie léchée qui fait son petit effet.

The Finest Hours est donc un film totalement oubliable mais pas entièrement honteux. Il n’apporte clairement rien au paysage cinématographique, est muni de plusieurs passages ratés et mal écrits et ne dépasse jamais son classicisme qui apporte beaucoup trop de pathos. L’ensemble est finalement sauvé par une mise en scène qui à ses fulgurances et une efficacité constante de la partie sauvetage même si elle est attendue. Le casting maintient le film à flot mais ne se révèle pas mémorable tandis que le spectateur est ballotté entre les moments agréables et ceux agaçants au sein d’une oeuvre qui tangue entre ses deux niveaux de qualités. Pas terrible donc mais vu la quasi-absence de campagne promotionnelle et le projet en lui-même, on aurait pu s’attendre à bien pire.

The Finest Hours : Bande annonce

The Finest Hours : Fiche technique

Réalisateur: Craig Gillespie
Scénario : Eric Johnson, Scott Silver et Paul Tamasy, d’après le livre « The Finest Hours: The True Story of the U.S. Coast Guard’s Most Daring Sea Rescue » de Casey Sherman et Michael J. Tougias
Interprétation: Chris Pine (Bernie Webber), Casey Affleck (Ray Sybert), Eric Bana (Daniel Cluff), Ben Foster (Richard Livesey), Kyle Gallner (Andy Fitzgerald), Holliday Grainger (Miriam)…
Image: Javier Aguirresarobe
Montage: Tatiana S. Riegel
Musique: Carter Burwell
Décor : William Ladd Skinner
Producteur : Dorothy Aufiero et James Whitaker
Société de production : Walt Disney Pictures et Whitaker Entertainment
Distributeur : The Walt Disney Company France
Durée : 117 minutes
Genre: Catastrophe
Date de sortie : 24 février 2016

Etats-Unis – 2016

Les ardennes, un film de Robin Pront : Critique

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Difficile de croire, en voyant ce long-métrage, que son scénario est l’adaptation d’une pièce de théâtre. C’est pourtant ainsi que l’acteur Jeroen Perceval a présenté le projet à son ami Robin Pront qui a décidé d’en tirer son premier film. Quoi qu’il en soit, et grâce à l’ambiance très sombre et au rythme dynamique que ce jeune réalisateur y injecte, Les Ardennes s’inscrit parfaitement dans la nouvelle vague flamande en cours.

Synopsis : Quatre ans après un cambriolage qui a mal tourné, Kenneth sort de prison, impatient de reprendre ses activités illicites avec sa petite-amie Sylvie et son frère Dave. Il ignore cependant que ses deux anciens complices sont désormais rangés et en couple. Même si Dave n’ose pas avouer à son frère qu’il sait dangereux, la vérité ne saurait lui être longtemps dissimulée.

Règlement de comptes dans les flandres

Sa thématique des liens conflictuels entre deux frères en marge du système n’est d’ailleurs pas sans rappeler le film Belgica, sorti quelques semaines auparavant, signé Felix van Groeningen, porte-étendard de ce mouvement. Mais ici, la caractérisation de ces deux frangins rattache assurément le long-métrage au genre du film de gangsters. Pas au sens de mafieux organisés militairement mais de petites frappes vivant de menus larcins. De plus, le lien du sang qui rapproche Dave et Kenneth va apporter à leur récit une dimension proche du drame shakespearien. La source de conflit entre ces deux malfrats est issue du sempiternel schéma du triangle amoureux, provoqué par Sylvie, l’ex de Kenneth qui s’est inévitablement amourachée de Dave pendant son séjour en prison. Tout l’enjeu du film va alors être de savoir comment cette trahison sera perçue par Kenneth et si sa brutalité animale sera tempérée par son amour fraternel.

Le principal atout qui donne au film une identité singulière est son casting composé de véritables gueules cassées loin des canons de la beauté auxquels s’accrochent benoîtement les grands studios. Une des caractéristiques propres à ce jeune cinéma belge. Eric Godon et Jeroen Perceval forment -et même si l’on sait avec un profond regret que Matthias Schoenaerts était pressenti pour incarner un des deux personnages- un tandem efficace dans l’animosité et l’antipathie qu’ils dégagent. Et pourtant, ce sont deux autres acteurs qui font preuve d’une telle présence qu’ils magnétisent toute l’attention du spectateur quand ils sont à l’écran. Ces deux acteurs ce sont Sam Louwyck (que l’on aperçoit d’ailleurs dans Belgica) et Jan Bijvoet (vu récemment dans l’excellent L’étreinte du serpent, mais aussi dans Alabama Monroe de Van Groeningen… comme quoi le cinéma belge tourne autour du même noyau d’acteurs !), qui incarnent deux gangsters hauts en couleurs vivant au cœur de la forêt ardennaise. Des personnages malheureusement sous-exploités par le scénario, et qui de toute façon n’apparaîtront que dans le dernier tiers de celui-ci. Le second argument des Ardennes vient de la maîtrise avec laquelle Robin Pront parvient à ce qu’une noirceur oppressante imprègne l’ensemble du film, aussi bien dans ses décors urbains que ruraux. Très inspiré par le cinéma de David Michôd (Animal Kingdom) et de Jeremy Saulnier (Blue Ruin), le réalisateur flamand est parvenu à tirer l’essence de leur mise en scène qui permet de magnifier la violence psychologique qui agite ses protagonistes.

Derrière cette réalisation inspirée et ces choix de casting audacieux, c’est toutefois un film bien mince qui se construit autour d’un scénario pour le moins bancal. Là où les modèles du cinéaste font leur part belle à la profondeur de ses personnages, cet effort d’écriture fait ici sévèrement défaut. De fait, la tension entre Kenneth, Dave et Sylvie, qui devrait être le pilier du film, ne prend jamais. Les interprétations des trois acteurs principaux, finalement assez creuses malgré le charisme atypique qu’ils dégagent, n’aident pas à l’installation du suspense. Autrement dit, la violence psychologique est sensible à l’image mais  n’émane pas de ce qui devrait la source naturelle, les personnages eux-mêmes. Le résultat est donc qualifiable de superficiel. Le meilleur exemple est la façon dont la musique techno est utilisée comme artifice pour souligner la brutalité de Kenneth (quoi de mieux que des basses et des percussions pour illustrer l’agressivité, après tout?). La simplicité de l’intrigue n’empêche pas sa construction d’être trop floue pour rendre tangible tous les tenants et aboutissants de cette relation fratricide. Ajoutez à cela quelques personnages secondaires qui sonnent faux –voire purement risibles dans le cas de cette gendarmette qui, en une réplique, a le pouvoir de briser toute l’intensité du climax– et vous obtenez un thriller qui ne réussit pas à faire effet. Au vu de ce résultat somme toute décevant, ce n’est au final pas le fait qu’il soit tiré d’une pièce de théâtre qui est le plus surprenant, mais que l’écriture de cette adaptation ait pu prendre trois longues années.

Maîtrisé sur la forme, mais raté sur le fond, Les Ardennes n’est après tout qu’un premier film et l’on peut espérer à son réalisateur de recevoir des propositions pour mettre en scène des scripts plus aboutis que celui qu’il nous propose dans ce film néo-noir maladroit.

Les Ardennes : Bande-annonce (prévue pour la Belgique, donc ne tenez pas compte de la date de sortie qu’elle inclut)

Les Ardennes : Fiche technique

Réalisateur: Robin Pront
Scénario : Jeroen Perceval, Robin Pront
Interprétation: Jeroen Perceval (Dave), Kevin Janssens (Kenneth), Veerle Baetens (Sylvie), Viviane De Muynck (Mariette), Jan Bijvoet (Stef), Sam Louwyck (Joyce)…
Image: Robrecht Heyvaert
Montage: Alain Dessauvage
Musique: Hendrik Willemyns
Direction artistique : Geert Paredis
Producteur : Bart Van Langendonck
Société de production : Savage Film
Durée : 93 minutes
Genre: Thriller
Date de sortie : 13 avril 2016

Belgique – 2016

 

Galavant saison 2 : Critique Série

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L’année dernière, sortie de nulle part, une comédie musicale extravagante était apparue sur nos écrans. Galavant était cette série étrange qui mélangeait récits de chevalerie, humour potache et numéros musicaux divers et variés.

Synopsis : Suite (et fin ?) des aventures du chevalier Galavant et du Roi Richard, parcourant les cinq royaumes dans le but de retrouver sa bien aimée pour le premier, sa couronne pour le second. 

L’humour c’est plus marrant…En chantant !

Le genre de curiosité télévisuelle tellement rare que l’on se demande quels producteurs ont été assez fous pour croire en ce projet, aussi chouette soit-il. Contre toutes attentes, Galavant se payait même le luxe d’être réussie, franchement drôle, bien interprétée et d’une qualité musicale tout-à-fait honorable, avec des chansons souvent sympathiques, parfois formidables, servies par des textes hilarants. Le seul couac dans tout cela ? Le public n’a pas vraiment suivit le délire… Et on ne peut pas lui en vouloir. Difficile de cerner l’objet quand celui-ci ne semble jamais se fixer de but précis. Pas vraiment une série d’aventure, clairement pas un conte de fée, pas totalement parodique mais légèrement méta, des péripéties qui s’enchaînent mais un fil conducteur assez mince… A force de chercher l’originalité, la série a perdu son public qui aime bien savoir où il met les pieds. Pour remettre en perspective, les audiences étaient mauvaises pour ABC (un des grands network US affilié à Disney), si Galavant s’était retrouvée sur le câble ( par exemple la CW ou HBO), elles auraient été relativement correctes. Mais une étrangeté en amenant une autre, les pontes de la chaîne semblaient s’être pris d’affection pour cet objet télévisuel non identifié et, à la surprise générale, ont commandé une saison 2. Et c’est tant mieux, parce que la première nous laissait en suspens avec de multiples situations à résoudre et une envie d’en entendre plus. Nous retrouvons donc Galavant et le vil Richard en fuite, après la prise de pouvoirs de Madalena et Gareth. Sid l’écuyer est retenu en otage par ces derniers tandis que la princesse Isabella et le reste de la bande (le bouffon, les cuistots et les parents) se cachent dans le château du cousin Harry, âgé de 10 ans, et bien décidé à épouser sa cousine comme l’ordonne la tradition familiale.

Manifestement conscients de son annulation probable au terme de cette saison, les auteurs ont eu la bonne idée de ne pas se brider, ne se refusant aucun délire dans une tentative de sauvetage artistique de la dernière chance, quitte à frapper fort d’entrée de jeu. Dès le premier épisode, l’esprit est à la franche déconnade, la chanson phare de la première saison est traînée dans la boue (« C’est une chanson entraînante mais avez vous remarqué que trois pirates ont déjà sauté du bateau ? »), et les premières péripéties de nos héros annoncent la couleur : une forêt enchantée dont aucun homme ne revient est en fait un bar gay dirigé par une Kylie Minogue plutôt en forme, les devins font des prédictions à la cocotte en papier, les méchants se disputent sur la déco de la salle du trône, Richard s’est littéralement fait voler son château (en tout cas il n’est plus là) etc. C’est absurde, souvent drôle, toujours très bien interprété, truffé d’idées géniales (« la forêt des coïncidences » pour faire avancer l’intrigue, le « D’Dew », Tad Cooper) avec toutefois un seul bémol : Les chansons, autrefois très entraînantes, paraissent anecdotiques, moins surprenantes là où celles de la première saison restaient en têtes pendant des semaines. Si les références aux grands succès du musical sont évidentes (West Side Story, Mary Poppins, Grease, Dirty Dancing…), on regrette parfois le manque d’originalité mélodique de ces numéros chantés.

Mais malgré cet accroc, difficile de ne pas rêver que la série ait mieux cernée son public car, au delà de sa forme atypique, Galavant rattrape ses lourdeurs méta (les références « obligatoires » à Games of Thrones un peu faciles) par l’écriture subtile de ses personnages principaux. Héros ou félons, on s’attache à tout le monde, jusqu’à souhaiter un happy end général. Thimothy Odmusson, révélation de la première saison, se taille ici la part du lion avec son interprétation de Richard au caractère fantasque et efféminé (il ne ferait pas tâche dans un film des Monty Python, lui et son « dragon » Tad Cooper), mais on prend également un plaisir fou à suivre l’évolution de la relation amour/haine entre Gareth et Madalena, l’émancipation d’Isabella ou encore la prise de pouvoirs progressive de Wormwood le nouvel antagoniste, adepte de la magie noire et organisateur méticuleux de mariage à ses heures perdues. Dommage que la série s’obstine à multiplier les invités de luxe sous employés pour attirer une audience qui semble déjà partie ailleurs (Kylie Minogue bien sur, mais aussi Nick Frost, Hugh Bonneville, Eddie Marsan…) au lieu de développer véritablement une intrigue solide. Galavant reste néanmoins une curiosité rafraîchissante que l’on ne reverra probablement pas sur ABC, les fameux producteurs de la chaîne défendant bec et ongles l’originalité des programmes ayant été récemment poussés vers la sortie. Reste un final qui ne manque certainement pas de panache !

Galavant: Fiche Technique

Titre original : Galavant
Genre : Comédie, Musical, Fantasy
Créateur(s): Dan Fogelman
Production : Dan Fogelman, Alan Menken, Glenn Slater, Chris Koch
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2015
Chaîne d’origine : ABC
Épisodes : 18 (2 saisons)
Durée : 30 minutes
Statu : en cours (?)
Avec : Joshua Sasse, Mallory Jansen, Karen David, Timothy Omundson, Vinnie Jones…

TCM Cinéma Programme : Outland

On ne retiendra de Peter Hyams que ses films de science-fiction : Capricorn One (1977), son faux documentaire sur la falsification de l’alunissage, 2010 : l’année du premier contact (1984), sa suite du chef d’œuvre de Kubrick, ou encore Timecop (1994), qui offrit un de ses rôles emblématiques à Jean-Claude Van Damme.

Synopsis : Dans un futur lointain, le marshall William T.O’Neil accepte un poste sur une station de forage minier installée sur une lune de Jupiter et abritant plus de deux mille ouvriers. Là-bas, il remarque une série d’accidents liés aux conditions de travail très difficiles. Son enquête le mène à soupçonner le directeur de l’exploitation, qui n’entend pas voir ses pratiques mises à jour.

Dans l’espace, personne n’entend les syndicats crier

Technicien minutieux qui prenait soin d’être directeur de la photographie de la plupart de ses réalisations, Hyams est à présent considéré par ses fans comme un précurseur à la conception cinématographique de James Cameron. Au cœur de sa filmographie concentrée sur l’avenir de l’Homme et son rapport souvent difficile aux technologies futuristes, le plus connu de ses films est incontestablement Outland. Lorsqu’il fut réalisé, en 1981, le space-opéra était alors un sous-genre imminent marqué par deux mastodontes : La saga Star Wars d’une part, et Alien d’autre part. Comme toujours désireux d’introduire un fort réalisme dans sa représentation du futur, Hyams -même s’il a pour l’occasion embauché Jerry Golsdmith, compositeur du film de Ridley Scott- n’a pas succombé aux voies de l’épopée épique ni du fantastique, mais a, au contraire, fait le choix audacieux d’orienter sa mise en scène vers un modèle plus terre à terre, celui du western. Ce n’est ainsi pas pour rien que le shérif auquel Sean Connery prête ses traits est représenté de la même manière que le stéréotype du brave héros incorruptible du far-West, et en particulier à celui qu’incarne Gary Cooper dans Le Train sifflera trois fois, dont le scénario est finalement très proche dans la façon dont ce représentant de la loi va se retrouver isolé face à une menace imminente.

L’intrigue a beau se dérouler sur Io, une lune de Jupiter, elle pourrait tout aussi bien avoir pu être transposée sur une plateforme offshore sur la Terre du 20ème siècle. L’univers futuriste et les magnifiques décors qui l’illustrent ne font que renforcer le discours hautement anticapitaliste du film. En cela, Outland est une œuvre atypique à une époque où l’on sait à quel point l’idéologie reaganienne au pouvoir imprégnait la production hollywoodienne. La façon dont le pouvoir économique, incarné ici par Shepard, l’impitoyable directeur du chantier, exploite avec autant de véhémence des ressources minières du satellite que des ouvriers, est porteuse d’un regard très dur sur la mentalité fordienne, prônant la quête effrénée de productivité, telle qu’elle était (et reste un quart de siècle plus tard) défendue par l’Etat américain. De la même manière, la froideur clinique dans laquelle se déroule l’enquête que mène William T. O’Neil révèle la crainte de déshumanisation que le cinéaste a des avancées technologiques. Car oui, au-delà du pamphlet politique, Outland est avant tout un polar au déroulement fluide profitant d’un suspense diablement efficace  mais aussi un divertissement dont les scènes d’action sont rendues remarquables par des effets spéciaux et un montage ingénieux qui ne font que renforcer l’ambiance claustrophobique.

A la tête de cette aventure spatiale, Sean Connery est comme à son habitude irréprochable. A une étape de sa carrière où il essayait encore de faire oublier son rôle iconique de James Bond en multipliant les expériences ambitieuses (Zardoz, L’Homme qui voulut être roi…) et avant d’obtenir son Oscar pour Les Incorruptibles en 1987, le comédien écossais âgé alors d’une cinquantaine d’années fait preuve ici d’une virilité auquel peu d’acteurs contemporains auraient pu prétendre. Pris dans la tourmente d’une tension qui monte crescendo, son personnage reste tout aussi crédible du début à la fin. La réussite du long-métrage est également liée à sa direction artistique qui donne vie à cet univers futuriste. L’usage de maquettes et de décors à grande échelle d’une qualité sidérante donne à Outland un réalisme spectaculaire qui n’a rien à envier à 2001. Pour toutes ces raisons, le thriller qui prend place dans les couloirs aseptisés de cette usine peut se targuer d’être un formidable film d’anticipation qui, contrairement à beaucoup de films comparables de l’époque, subit sans flancher le poids des années.

Outland : Bande-annonce

Oultand : Fiche technique

Réalisation : Peter Hyams
Scénario : Peter Hyams
Interprétation : Sean Connery (William T. O’Neil), Peter Boyle (Mark B. Sheppard), Frances Sternhagen (Dr Marian Lazarus), James Sikking (Sgt. Montone)…
Image : Stephen Goldblatt
Montage : Stuart Baird
Direction artistique : Malcolm Middleton
Musique : Jerry Goldsmith
Budget : 16 millions de dollars
Producteur : Richard A. Roth
Société de production : The Ladd Company et Outland Productions
Récompense : Saturn Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour Frances Sternhagen
Date de sortie Fr : 2 septembre 1981
Durée : 110 minutes
Genre: Science-fiction

Etats-Unis – 1981

Le palmarès de la 66e Berlinale

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La 66e édition de la Berlinale s’est achevée ce week-end

Les festivals et autres cérémonies qui récompensent le 7e art continuent de poursuivre leur petit bout de chemin et de s’achever week-end après week-end. C’est au tour du festival international du film de Berlin, ou plus communément appelé la Berlinale, de rendre son verdict. Festival en marge des autres, se voulant le reflet du monde et marqué par de fortes idées politiques, la Berlinale a eu pour thème cette année le malheur des réfugiés. Très ancré dans le contexte actuel,  ce thème a été représenté essentiellement par trois films : Fuocoammare, de Gianfranco Rosi, Between Fences, d’Avi Mograbi, et Ta’Ang, de Wang Bing.

Et c’est Fuocoammare qui a conquis le jury présidé par Meryl Streep et qui remporte par conséquent l’Ours d’or du Meilleur film. Il s’agit d’un documentaire italien sur le malheur des réfugiés à Lampedusa, raconté à travers le regard de Samuel, un jeune garçon de douze ans, né au beau milieu de cette île.
L’autre grand fait notable de cette cérémonie est la récompense décernée à la réalisatrice française Mia Hansen-Love, pour son film L’Avenir, où Isabelle Huppert décide de tout plaquer suite  au départ de son mari avec une autre femme. La sortie est prévue pour le 6 avril 2016.

 Palmarès complet de la 66e Berlinale :

Ours d’or du Meilleur film : Fuocoammare de Gianfranco Rosi

Ours d’argent – Grand Prix : Mort à Sarajevo de Danis Tanovic

Ours d’argent du Meilleur réalisateur : Mia Hansen-Love pour L’Avenir

Ours d’argent du Meilleur acteur : Majd Mastoura pour Hedi

Ours d’argent de la Meilleure actrice : Trine Dyrholm pour La Communauté

Ours d’argent du Meilleur scénario : United States of Love de Tomasz Wasilewski

Ours d’argent – Prix Alfred Bauer : A Lullaby to the Sorrowful Mystery de Lav Diaz

Ours d’argent de la contribution technique : Crosscurrent pour la photographie de Lee Ping-Bin

Prix du premier film : Hedi de Mohamed Ben Attia

Bande annonce de Fuocoammare, le grand gagnant de la 66e Berlinale

https://www.youtube.com/watch?v=f8Kc5wy0Rxg