TCM Cinéma Programme : Les Maraudeurs attaquent

[Critique] Les Maraudeurs attaquent

Diffusé sur TCM le vendredi 19 février à 20h45

Synopsis : janvier 1944, le 5307ème Bataillon, commandé par le général Frank Merrill, est envoyé en Asie du Sud-Est. Sa mission : libérer la Birmanie occupée par les Japonais en attaquant ses bases vitales.

Les cinéastes qui ont connu la guerre sont souvent ceux qui en parlent le mieux. De John Ford à Pierre Schoendoerffer, ils apportent au genre des œuvres plus humaines et plus réalistes.
Samuel Fuller entre particulièrement bien dans cette catégorie. Engagé dans la 1ère division d’infanterie américaine, il participe au débarquement de Normandie et à la libération de certains camps de concentration. Cette expérience nourrira son cinéma : il a vu la violence des hommes, et la montrera dans ses polars, mais il a vu aussi la guerre et la reconstituera dans des films qui figurent parmi les meilleurs du genre : Baïonnette au canon, Au-delà de la gloire et Les Maraudeurs attaquent.

Aventures en Birmanie

Les Maraudeurs dont parle ce film ont réellement existé, de même que le général Frank Merrill. Il s’agit du 5307ème Bataillon Provisoire, dont Fuller nous montrera les souffrances. La scène d’ouverture résume parfaitement le film : en quelques minutes, le cinéaste parvient à nous montrer des personnages individualisés, à insister sur le côté humain de l’aventure et à nous donner une très belle scène d’action.
Des grandes scènes de bataille, il y en aura trois dans le film ; cela permet d’obtenir un bel équilibre qui donne à l’ensemble un rythme ni trop lent (ce qui aurait ennuyé le spectateur) ni trop frénétique (ce qui aurait pu être au détriment de l’aspect humain du film). Toutes, elles montrent la grande qualité du travail esthétique de Fuller et l’audace de ses choix de mise en scène. Ainsi, la bataille de Shaduzup, où les personnages doivent évoluer au milieu des blocs de béton d’une gare nippone, est magnifiquement filmée et chorégraphiée. Le choix des cadrages et d’un montage innovant impose une violence encore rare dans le cinéma de ce début des années 60.
Chose rare dans les films de guerre de cette époque : jamais on n’entend le moindre propos anti-japonais. Bien que patriotique, comme il se doit, Les Maraudeurs attaquent ne développe pas le moindre sentiment de racisme. Fuller montre très peu les Japonais, mais en fait des soldats redoutables : cachés dans la nature luxuriante de la jungle birmane (même si le film a été tourné aux Philippines) ou dans l’ombre de la nuit, ils semblent toujours se confondre avec le décor et surgir de nulle part. Le sentiment d’un danger permanent s’impose alors aux personnages et aux spectateurs : quasiment invisibles, les Japonais sont donc susceptibles d’être partout.

« Vous êtes justement là pour faire l’impossible »

Cette angoisse de chaque instant influe forcément sur le moral des troupes. D’autant plus que les Japonais ne sont pas les seuls ennemis (et peut-être pas les plus dangereux). La jungle, les marécages, les moustiques, les sangsues, les maladies diverses et variées déciment les soldats. Sans oublier les ordres irréalistes. Fuller insiste sur le moral des troupes : ses personnages sont des humains avant d’être des soldats. Cet aspect psychologique est renforcé encore par une caméra qui est souvent la plus proche possible des personnages, au milieu des hautes herbes, en gros plan, scrutant les visages à la recherche des émotions qui ne peuvent plus être cachées. Fuller a manifestement une volonté de nous immerger, pour faire un film de guerre à hauteur d’homme.
Samuel Fuller montre aussi ce que l’on ne voyait pas dans les films de guerre de l’époque : le décompte des morts, les blessés qui attendent d’être évacués, les lettres aux familles des victimes, l’impossible empathie des officiers avec leurs hommes, la difficulté de commander, le désespoir face à des ordres aberrants, etc.
Certes, le film n’est pas exempt des défauts du genre : l’inévitable scène où une population locale vient réconforter les héros, les enfants qui sympathisent, l’héroïsme patriotique. On pourrait également reprocher à Fuller de ne pas montrer les horreurs de la guerre comme on peut les voir de nos jours. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en 1962 et que le cinéaste a réalisé là une œuvre audacieuse, respectant un équilibre entre classicisme et innovation. Un très beau film de guerre, injustement méconnu.

Les Maraudeurs attaquent: Bande-annonce

Les Maraudeurs attaquent: Fiche technique

Titre original : Merrill’s Marauders
Réalisateur : Samuel Fuller
Scénario : Samuel Fuller, Milton Sperling, d’après le livre de Charlton Ogburn, Jr.
Interprétation : Jeff Chandler (Frank Merrill), Ty Hardin (Lieutenant Stockton), Claude Akins (Sergent Kolowicz), Jack C. Williams (le docteur), Charles Biggs (Muley).
Photographie : William Clothier
Montage : Folmar Blangsted
Musique : Howard Jackson
Producteur : Milton Sperling
Sociétés de production : Warner Bros, United States Pictures
Société de distribution : Warner Bros
Pays : Etats-Unis d’Amérique
Date de sortie (USA) : 13 juin 1962
Durée : 94’

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

Le Château de l’araignée : quand Kurosawa habille Macbeth de brume et de kimonos

"Le Château de l'araignée" transpose Macbeth dans le Japon féodal, entre codes du théâtre nô et fresque guerrière signée Akira Kurosawa. Toshiro Mifune et Isuzu Yamada portent ce récit d'ambition et de trahison, restauré en 4K et de retour sur grand écran.