L’etudiante et Monsieur Henri, un film de Ivan Calberac: Critique

Parallèlement à la sortie de son nouveau livre « Venise n’est pas en Italie », Ivan Calbérac revient au cinéma pour son 4ème long-métrage, et sa 4ème comédie, L’étudiante et Monsieur Henri. Avant toute chose, il faut savoir que le film est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom, écrite par le réalisateur, ayant déjà été jouée dans des salles parisiennes.

Synopsis : A cause de sa santé vacillante, Monsieur Henri ne peut plus vivre seul dans son appartement parisien. Particulièrement bougon, il finit néanmoins par accepter la proposition de son fils Paul de louer une chambre à une jeune étudiante. Loin de tomber sous le charme, Henri va se servir d’elle pour créer un véritable chaos familial…

Si ce nouveau film peut rebuter par son affiche ou par son pitch convenu, cette nouvelle comédie mérite le coup d’oeil. Tout d’abord, qu’il est agréable de revoir Claude Brasseur au cinéma, notre papa de La Boum, lui qui avait quitté nos écrans depuis le dernier film de Jean-Pierre Mocky, Le renard jaune. Avec sa voix grave et rocailleuse, on le reconnaitrait parmi mille autres acteurs. Claude Brasseur dans le rôle d’un vieil homme bougon et solitaire est criant de vérité. Ce faciès, ses expressions subtiles et une certaine nonchalance d’un point de vue filmique font de cet homme un grand acteur. Il est vrai que ce rôle n’est en rien original pour lui, mais c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et sa prestation ne déroge en rien à la règle.

Dans le long-métrage, Claude Brasseur est accompagné de valeurs sûres du cinéma, comme Guillaume de Tonquedec, connu pour Fais pas ci, fais pas ça, qui ne cesse de s’affirmer comme un excellent acteur, ou encore Frederique Bel, qui elle, s’avère toujours des plus énervantes, nous livrant une interprétation semblable à son époque de La minute blonde : de la bêtise chez le personnage, un profond sentiment d’agacement chez le spectateur. Un personnage connu de tous dans le cinéma français, cette bobo catho tête à claques. La surprise du casting vient de la jeunesse, et de Noémie Schmidt, L’étudiante et Monsieur Henri étant son premier long-métrage au cinéma (on a pu la voir dans un téléfilm auparavant). Même si le jeu de la jeune fille peut parfois sonner légèrement faux, elle arrive à se placer en pilier du film. Sa relation avec Monsieur Henri, comme le vin, se bonifie avec le temps, et son amourette avec Guillaume de Tonquédec est relativement crédible.

L’étudiante et Monsieur Henri est donc une comédie française agréable, ayant pourtant de nombreux défauts des comédies françaises actuelles. Comme beaucoup, la comédie d’Ivan Calbérac souffre de prévisibilité dans le récit. Les ficelles se dévoilent au fur et à mesure, et sont parfois des plus énormes. Même avant d’avoir vu le film, l’ending se fait entendre : « Une amitié entre une jeune étudiante et un vieux monsieur. » Il ne faut pas longtemps pour deviner le sort des personnages, et Ivan Calbérac ne contre pas le destin. Ce que l’on pense arrive, malheureusement, mais sans aucun pathos. Le réalisateur laisse une part d’imagination aux spectateurs. En ce qui concerne la fin, car si cette dernière est plutôt brute, quoi qu’un peu tire-larme avec la lettre, le film est une concentration de surplus d’émotions et de bons sentiments, avec une musique extra-diégétique qui deviendrait presque nauséeuse. Ivan Calbérac gâche ses intentions par des surplus de montage qui nuisent au film. Certaines scènes n’auraient-elles pas été plus fortes si elles avaient été plus brutes ?

Enfin, Ivan Calbérac s’inscrit dans une conformité de réalisation des comédies, françaises ou d’ailleurs, bien qu’il y ait un travail sur le son assez agréable, avec l’utilisation du hors-champ : les partis pris du théâtre restranscrits au cinéma, même si Létudiante et Monsieur Henri n’est en rien théâtral, il ne s’agit pas d’un huis-clos, bien au contraire. Le scénario nous fait passer de boîte de nuit à Loft de DJ, en passant par un cimetière. On regrettera tout le passage en Angleterre qui n’est, dans le contexte, pas très utile. Il aurait été plus intéressant, une fois de plus, de faire appel à l’imagination débordante que le spectateur peut avoir.

L’étudiante et Monsieur Henri est une comédie sans prétention, d’une gentillesse infinie, portée par une agréable découverte, Noémie Schmidt, et par deux acteurs de choix, deux valeurs sûres du cinéma que sont Claude Brasseur et Guillaume de Tonquédec.

L’étudiante et Monsieur Henri: Bande-annonce

L’étudiante et Monsieur Henri: Fiche Technique

Réalisateur : Ivan Calbérac
Scénario : Ivan Calbérac
Casting : Claude Brasseur, Guillaume de Tonquédec, Noémie Schmidt, Frédérique Bel, Thomas Soliveres…
Genre : Comédie
Nationalité : Française
Date de sortie : 7 octobre 2015
Durée : 98 minutes
Costumes : Claire Lacaze
Photographie : Vincent Mathias
Son : Philippe Fabbri, Damien Aubry, Emmanuel Croset
Montage : Hervé Guichard
Musique : Laurent Aknin
Producteurs : Isabelle Grellat Doublet, Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Production : Mandarin Cinéma, StudioCanal
Distributeurs : StudioCanal

 

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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