Le temps des rêves, un film de Andreas Dresen: Critique

L’action se situe dans le charnier des années 90, à la suite de la chute du mur de Berlin, et suit les pas hasardeux d’une bande d’adolescents essentiellement tournés vers une exploration frénétique des possibilités que leur offre leur existence. Époque préservée où les rêves sont encore à portée, avant d’être happés par le réel, l’adolescence se révèle être pour eux une période avant tout destructrice.

Suivant les diverses activités de ces personnages, leurs enthousiasmes et leurs tentatives de construction, le film est imbibé d’une grande vitalité, rythmée par de la musique électronique. L’une des particularités de cette œuvre réside dans le fait que son réalisateur n’oppose pas cette pulsion de vie et son antagonisme destructeur. Il montre au contraire comment les deux mouvements peuvent être fondamentalement liés.

L’amour, l’amitié, la rivalité, les ambitions, les fêtes et les défaites, tout s’engouffre dans cette œuvre trou noir. Andreas Dresen dresse le portrait déstabilisant d’une jeunesse née sous le signe du vide et du non-sens, qui ne trouve un exutoire à sa soif de révolte que dans l’abandon et la destruction des corps. C’est le naufrage existentiel d’une génération dévorée par la perte de tout repère humain. La société, magma englobant et mortifère, finit toujours par récupérer, d’une manière ou d’une autre, ses marginaux : ici, en vampirisant les énergies de ces éphèbes aux silhouettes graciles.

Il y a un petit quelque chose de Trainspotting, chef d’œuvre de Danny Boyle, dans ces corps ou ces visages qui s’assombrissent et se détruisent, dans ces espérances qui chutent.

La beauté du film ne tient finalement que peu à son emballage télévisuel, à ses séquences musicales et ses scènes violentes, mais davantage au parfum nostalgique qui enveloppe le tout, baignant l’œuvre dans un parfum de Good Bye Lenin mélancolique.

Toutefois parler de « Trainspotting allemand » est abusif car même si l’énergie est là, elle l’est dans une chronique maladroitement mise en scène et avec une dramaturgie et une narration erratiques qui délivrent un message confus sur une génération désorientée et spoliée. Entre la délinquance et la volonté de se réaliser, les protagonistes du film errent tels des spectres de soirées techno en passages en détention et combats avec des skinheads. La matière est là, brute, organique, vivante, mais comme effacée par un scénario qui privilégie une continuité trop hasardeuse et une mise en scène parfois clinquante. Le temps des rêves comporte des scènes isolées magnifiques mais qui manquent de lien entre elles, Dresen tentant désespérément de leur donner un sens. Un tableau radical et sombre d’une jeunesse est-allemande sans repères qui construit et déconstruit sans cesse les prémices de sa future existence.

Synopsis : Allemagne de l’est. Dani et sa bande ont grandi dans l’utopie socialiste de la RDA. Adolescents à la chute du mur, ils vivent au rythme de la techno, de leurs rêves débridés et des allers retours au commissariat. Lancés à pleine vitesse dans les années 90, ces jeunes exaltés et désorientés vont se heurter au destin chaotique de leur génération .

Le temps des rêves: Bande-annonce

Fiche Technique: Le temps des rêves

Réalisation : Andreas Dresen
Scénario : Wolfgang Kohlhaase, Clemens Meyer, adapté du livre de Clemens Meyer
Casting : Merlin Rose, Julius Nitschkoff, Joel Basman, Marcel Heuperman, Frederic Haselon, Pit Bukowski, Gerdy Zint…
Production : Peter Rommel – Rommel Film
Image : Michael Hammon
Montage : Jorg Hauschild
Son : Peter Schmidt
Durée : 1h 57m
Genre: Drame
Date de sortie: 3 Février 2016

Auteur : Clement Faure

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