Joséphine s’arrondit, un film de Marilou Berry : Critique

Le personnage de Pénélope Bagieu est un personnage singulier, représentatif des tracas journaliers de beaucoup. Si la première adaptation était assez ratée, lorsque la fille de Josiane Balasko s’attèle à la lourde tâche de réaliser, c’est une plus grande réussite. Par des idées de narration plus osées et représentatives d’une jeunesse qui s’essaie à l’innovation dans le cinéma, Joséphine s’arrondit parvient à conquérir le spectateur dans sa forme.

Synopsis: Depuis deux ans, Gilles (homme-parfait-non-fumeur-bon-cuisinier-qui aime-les-chats) et Joséphine (fille-attachiante-bordélique-mais-sympathique) s’aiment. Tout est parfait. Jusqu’à une nouvelle inattendue : ils seront bientôt trois. Ne pas devenir comme sa mère, garder son mec et devenir une adulte responsable, tout un tas d’épreuves que Joséphine va devoir affronter, avec Gilles… à leur manière.

Le film se présente comme une boucle au spectateur, ainsi, c’est un flash-back d’une heure et quart qui s’offre à nous, mais jusqu’ici, rien d’innovant. Là où une certaine tendresse se laisse voir, c’est dans les états d’esprit de l’héroïne. Etant enceinte, cette dernière ne fait qu’imaginer des situations rocambolesques, que la réalisatrice fait le choix de montrer. Ainsi, on verra Mehdi Nebbou dans un monde de couche-culotte, ou encore Marilou Berry dans l’angoisse routinière de la vie de mère. Joséphine s’arrondit est une comédie agréable car elle est travaillée et plutôt aboutie. Tout est mis à contribution pour plonger le spectateur dans le quotidien de Joséphine, que ce soit les décors, le maquillage, ou les costumes, symboles d’une certaine déchéance esthétique, quittant le monde glamour qu’elle côtoyait quand elle n’était pas enceinte pour se diriger vers un monde où manger de la crème glacée vautrée dans le lit fait loi. Mais attention, sous ses airs d’éloge du malheur d’attendre un enfant, Joséphine s’arrondit est, certes un film sur le quotidien difficile d’une femme enceinte, avec des scènes de yoga qui s’avèrent toutefois extrêmement drôles et réussies, mais aussi une ode au couple et à la joie d’avoir un enfant. Certes les protagonistes traversent crises de nerfs, pétages de plomb et semi-dépression, mais derrière se cache toujours la certaine émotion, mêlée d’appréhension, de l’arrivée du bébé.

Joséphine s’arrondit est un film sur la famille, et Marilou Berry est parvenue à rassembler un casting de choix pour interpréter celles et ceux qui forment l’entourage de la jeune femme enceinte. Mehdi Nebbou est excellent et se présente comme le point fort du film. Jeune père peu sûr de lui, devant s’affirmer dans son couple, le comédien est drôle malgré lui. Les moments de détresse qu’il traverse ne peuvent qu’être pris qu’avec humour, tout comme sa relation avec sa mère, interprétée par Victoria Abril, qui laissent entrevoir une réelle complicité, malgré deux manières de vivre bien différentes.
Sarah Suco et Cyril Gueï sont quant à eux les meilleurs amis de Josephine, deux appuis sur lesquels Josephine peut s’appuyer et s’évader le temps d’une sortie en boîte de nuit. Malheureusement, le personnage de Sarah Suco est un brin caricatural, et toutes les scènes autour de son couple en formation avec Medi Saddoun tombent un peu à plat, de par l’impossibilité d’une empathie envers les deux personnages. On s’attachera beaucoup plus aux personnages de Josephine ou de Cyril qu’à eux.
Le personnage le plus désagréable est sans hésiter celui de Vanessa Guide, qui interprète Diane, sœur de Josephine mais également colocataire, n’ayant pas de travail et étant affectée sur la plan sentimental. est un cliché du personnage que l’on retrouve dans les comédies françaises actuelles, à la manière de Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ? ou du personnage de Frédérique Bel dans L’étudiante et Monsieur Henri, et ne parvient pas à décrocher un sourire du spectateur, exception faite lorsqu’il y a confrontation avec sa sœur Josephine.
Enfin, même si elles ne sont pas d’utilité publique, les quelques apparitions de Josiane Balasko, Catherine Jacob ou Victoria Abril sont bien pensées et ne tombent pas dans la recherche d’humour excessive. Certaines scènes seront touchantes, d’autres auront une touche plus tragiques, de quoi faire de Josephine s’arrondit un film bien rythmé, durant lequel on ne s’ennuie pas. Toutefois, une fois le flash-back d’une heure et quart terminé, le film s’essouffle légèrement et tire un peu sur la corde. L’après accouchement laisse place à quelques facilités scénaristiques dont on se serait bien passé. Il est vrai qu’il y en a d’autres dans la première partie du film, comme celle de la relation entre la patronne de Gilles et son fils adoptif Bakary, mais pris comme un tout, le film s’en sort bien, surtout lorsque l’on prête attention au sort des comédies françaises d’aujourd’hui dans les yeux de la critique et des spectateurs.

Si Marilou Berry s’était déjà affirmée en tant que bonne actrice de comédie d’aujourd’hui, elle prouve, avec Josephine s’arrondit, qu’elle est également une bonne réalisatrice. Avec un casting trié sur le volet et correspondant aux différents personnages, la jeune cinéaste parvient à s’emparer de la ferveur du spectateur, qui ne pourra qu’être touché, voire ému, par ce quotidien et ces scènes de la vie conjugale et amicale, malgré quelques imperfections auxquelles on ne pouvait échapper.

Bande-annonce : Joséphine s’arrondit

Joséphine s’arrondit : Fiche Technique

Réalisation: Marilou Berry
Distribution: Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Medi Sadoun, Sarah Suco, Josiane Balasko, Catherine Jacob, Vanessa Guide…
Scénario: Samantha Mazeras, d’après le personnage de Pénélope Bagieu
Musique: Matthieu Gonet
Montage: Thibaut Damade
Photographie: Pierric Gantelmi d’Ille
Costumes : Lisa Korn
Producteur: Romain Rojtman
Production: Les films du 24
Distribution: UGC Distribution
Durée: 94 minutes
Genre: Comédie
Dates de sortie: 10 février 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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