Papa ou Maman, un film de Martin Bourboulon

Papa ou Maman : un film dont on a pas besoin de vanter les mérites

Synopsis : Vincent (Laurent Laffite) et Florence (Marina Foïs) Leroy ont réussi leur vie : leurs carrières sont enviables, leurs enfants turbulents mais intelligents et ils dégagent une impression d’harmonie et de fiabilité qui fait d’eux des amis et des collègues référence. Pourtant, quand ils décident de divorcer, cette bonne entente est remise en question : puisque les deux ont des opportunités de travailler à l’étranger, il n’est plus question de garde alternée. Ils ne vont donc pas se battre pour avoir la garde des enfants, mais pour ne pas l’avoir.

Une comédie réussie dès la première scène

Le souci principal, lorsque l’on parle d’une comédie, est qu’il est facile de dire si l’on a ri ou pas durant la projection, mais il est difficile de dire d’un film qu’il est drôle dans l’absolu. L’humour dépend en effet beaucoup de la connivence entre celui qui fait la blague et celui qui la reçoit. Aucun humour n’est absolu, et même des films comme Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? ou Bienvenue chez les Ch’tis sont loin de faire l’unanimité malgré leurs millions d’entrées.

Pourtant, au delà des références culturelles et sociales entre le cinéaste et le public, il existe une mécanique à respecter si l’on veut avoir une chance de faire rire. Dans ce cadre, Papa ou Maman est un film qui a tout compris, et ce dès la première scène où, tout au long d’un plan séquence, Marina Foïs et Laurent Laffite, encore étudiants, se poursuivent dans les couloirs d’une faculté au son du Modern Love de David Bowie (qui décidément, après Mauvais sang et Frances Ha  inspire les cinéastes) . La scène est rythmée, belle et les personnages sont présentés dans l’action. Contrairement à Tiens-toi droite , on n’a pas besoin ici d’une voix-off pour nous expliquer que Vincent fait passer ses intérêts avant ceux de Florence, que leur relation est explosive et que leur amour s’épanouit dans le conflit.

En débutant son premier long-métrage par une telle scène, Martin Bourboulon fait preuve de caractère, comme s’il voulait nous dire : « je vais faire une comédie qui non seulement sera drôle, mais sera aussi belle et vous allez vous en souvenir ! ». Cette énergie et cette volonté se retrouvent tout au long des 85 minutes du film, une durée resserrée pour que le rythme ne redescende jamais.

La montagne russe du rire

Les habitués des montagnes russes savent que ce genre d’attraction se divise en deux phases: une première phase où le wagon monte lentement, laissant au passager tout le soin d’avoir peur à l’avance, et une deuxième phase où il dévale les rails à toute vitesse, enchaînant les loopings et faisant monter l’adrénaline. Papa ou Maman fonctionne exactement sur ce principe.

La tension monte en effet dans la première partie, où le couple, rendu mou par la réussite sociale, est paralysé à l’idée de créer le moindre conflit, ce qui les pousse à vouloir concilier l’impossible : divorcer mais rester amis, aimer ses enfants mais ne pas vouloir sacrifier ses soirées et donc les confier tous les soirs à la baby-sitter, chercher un nouveau challenge à l’étranger mais vouloir continuer à élever ses enfants en France. Pas étonnant dans ces conditions qu’ils soient incapables d’annoncer leur divorce.

Plus la date du jugement arrive, plus grande est la tension, et plus le choix devient difficile. Pendant ce temps, on apprend à mieux connaître les protagonistes et surtout les enfants : le grand frère qui a des problèmes de discipline à l’école, la pré-ado bourrée de complexes, et le petit dernier qui est un génie des échecs. Évidemment, toutes ces infos données l’air de rien vont servir de moteur au film dans la seconde partie.

Il suffit d’une situation de vaudeville pour que la guerre soit déclarée avec pour enjeu de ne pas avoir la garde des enfants. Le film ne cherche pas à nous bloquer sur une dimension psychologique de parents qui placent leurs ambitions personnelles avant le bien-être de leurs enfants, pour se concentrer sur cette très bonne idée comique : en inversant la lutte pour la garde, le scénario s’offre un éventail de situations très large. C’est que, à l’inverse d’une comédie de remariage classique, les personnages ne se redécouvrent pas pour s’aimer à nouveau, mais vont s’intéresser à leurs enfants dans le but de les dégoûter d’eux, déployant des trésors d’ingéniosité dans un crescendo de gags de plus en plus osés et drôles, certains étant même plutôt hilarants.

Le film a de ce point de vue bien retenu la leçon du Vilain et de 9 mois ferme d’Albert Dupontel : on peut faire une comédie « méchante » du moment que cela reste bon esprit. Comme dans un dessin animé où Bugs Bunny fait subir les pires horreurs à des méchants immortels, on sait que, contrairement à un film très noir comme la guerre des Rose, nos deux héros s’arrêteront avant d’atteindre le point de non-retour et que personne ne sera vraiment en danger.

Il y a des films ratés sur lesquels on pourrait parler des heures, et de très bons films qui se passent de commentaires.

On pourrait gloser sur le thème sociologique du film, celui des quarantenaires ambitieux pour qui la vie de famille et les enfants ont toujours été plus une gêne qu’un accomplissement, ou insister sur la dynamique du conflit pour sortir du train train quotidien. Mais là où le Prénom, aussi scénarisé par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière abordait le thème de la famille dans une forme extrêmement dialoguée, Papa ou Maman est tout entier tourné vers le gag de situation. Il exploite au mieux le tempo comique et les personnages de vachard sympathique auxquels on associe naturellement Laurent Laffite et Marina Foïs.

Ce film est une mécanique d’une grande précision qui ne repose ni sur des bons mots auxquels on rirait par complaisance, ni sur un jeu d’acteur outré, mais enchaîne les gags suivant un rythme parfait, le film n’étant ni hystérique, ni lent.

Si ce genre de compétences fait de Papa ou Maman une réussite qui tient plus de l’artisanat que du génie artistique, il accomplit si bien ce qu’il tente de faire que l’on ne peut que rire pendant et applaudir après.

Papa ou maman : Bande-annonce

Fiche Technique : Papa ou Maman

France – 2015
Réalisation: Martin Bourboulon
Scénario: Matthieu Delaporte, Alexandre de la Patellière avec la collaboration de Jérôme Fansten d’après une idée de Guillaume Clicquot de Mentque
Interprétation: Laurent Laffite, Marina Foïs, Alexandre Desrousseaux, Anna Lemarchand, Achille Potier
Date de sortie: 4 février 2015
Durée: 01h25
Genre : Comédies
Chef-opérateur: Laurent Dailland
Compositeur : Jérôme Rebotier
Monteur : Virginie Bruant
Producteur: Alexandre de la Patellière et Dimitri Rassam
Production: Chapter 2

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Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

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