Promouvoir, Les Nouveaux Censeurs

Promouvoir, Le Cinéma Et La Liberté [Édito]

En cette période troublée, où l’expression semble devenue celle de nos libertés qu’il faudra chérir et défendre avec le plus d’acharnement, l’association fondamentaliste catholique Promouvoir, semble vouloir user et abuser de la sienne au détriment de celle des autres en général, des cinéphiles en particulier. Loin de nous l’idée de promouvoir (justement…) à travers ces lignes la violence et le sexe au cinéma, encore moins lorsqu’il s’agit de mineurs, ou même de bouffer du curé et de remettre en cause la liberté de chacun de croire. Simplement, il faut rappeler quelques éléments fondateurs de notre société et de notre République.

 Après Baise-Moi en 2000, Antichrist, Bang Gang, Love, La Vie d’Adèle et bientôt Les 8 Salopards, ils sont de plus en plus nombreux ces films qui, au nom d’une trop grande violence (pour Les 8 Salopards) ou d’un trop-plein de sexe (pour Baise-Moi, Love, Antichrist), se retrouvent dans la ligne de mire de l’association fondamentaliste, qui tente de les faire interdire au plus grand nombre. Promouvoir est une association religieuse plutôt discrète, qui agit dans l’ombre, au mépris de tout esprit de laïcité (concept qu’ils abhorrent de toute façon), pour nous empêcher, en adultes responsables, de penser par nous-mêmes. Elle agit la plupart du temps au travers de son avocat maison, maitre André Bonnet (il se fait aussi appeler Patrice André…) fondateur et président de l’association qui, à défaut de représenter qui que ce soit d’autre qu’elle-même, a décidé à travers le cinéma, d’imposer sa vision étriquée de la société, sous prétexte de protéger nos enfants bref, de tuer la libre-pensée du spectateur/parent et la libre-expression du réalisateur. Leur modus operandi est simple: déposer des recours auprès des tribunaux pour faire reclassifier les films qu’ils jugent non conformes à leur vision réductrice du Septième Art. Pleins de mauvaise foi (sans jeu de mots), ils affirment sans sourciller que leurs principes religieux n’ont rien à voir avec leurs attaques…

Ce qui est révoltant dans leur démarche, ce n’est pas seulement qu’un groupe aussi réduit de personnes, qui ne représente rien (ou si peu) dans notre pays, ni par ses idées moyenâgeuses, ni par le nombre, se permette de nous dire ce que nous pouvons voir ou non et à quel âge nous pouvons le voir. C’est surtout qu’en dehors de toute anarchie, à une époque où nous devrions pouvoir encore plus qu’avant, dire ce que nous voulons, penser ce que nous voulons, voir ce que nous voulons, faire l’amour comme nous voulons, jouir de la vie comme nous voulons bref, être libres aujourd’hui plus qu’hier; de petits esprits viendraient avec une morale mortifère nous dire que oui, les extrémistes ont gagné et vont désormais imposer leur marche à la société.

Toute aussi révoltante est leur volonté de faire entrer leur vision religieuse de l’art dans la sphère publique. Alors que la laïcité devrait être aujourd’hui plus que jamais, un concept qui s’élargit, qui sort du simple espace administratif (rappelons en effet que le loi de 1905, limite l’absence d’expression religieuse, de quelque manière que ce soit, aux seuls espaces administratifs de l’État (mairies, préfectures, services publics, etc…)  pour s’étendre à tous les aspects publics de la société, Promouvoir tente de nous ramener avant 1905, époque où la religion catholique nous éduquait, avait droit de regard sur tout ce qui faisait nos vies et nous imposait sa notion de bien et de mal. Il est d’ailleurs étonnant que le comité de classification, puis la commission de classification du C.N.C. soient de plus en plus souvent remis en cause par des juges, comme si les réactions de certains groupuscules commençaient à en effrayer plus d’un et poussaient certains d’entre eux à les caresser dans le sens du poil, par peur de réactions excessives.

Bien évidemment, il n’est pas question de permettre à n’importe qui de voir n’importe quoi à n’importe quel âge, mais il est question d’accorder à tous le bénéfice de la maturité et de la responsabilité. Charge alors aux parents de dire à leurs enfants ce qu’ils sont en âge de voir ou non, tout en respectant la classification initiale. En aucun cas, il n’appartient à quelque association religieuse que ce soit, quand bien même cela serait en toute légalité et peut-être même légitime, d’imposer son dogme à l’ensemble d’une population dont elle se moque de savoir si elle partage ses désirs, ses croyances et encore moins sa morale. Nous sommes un pays libre de conscience, d’opinion ou de religion, parfois nous sommes même de sales gosses libertaires post-soixante-huitards, il est alors insupportable que Promouvoir utilise notre justice laïque à des fins de promotion d’une vision religieuse de nos moeurs et plus encore, de toute expression artistique, qu’elle soit musicale, plastique ou cinématographique. La seule religion qui puisse s’imposer dans la République française est celle de la laïcité qui, en ne représentant personne, représente tout le monde.

Festival

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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