Beira-Mar ou l’âge des premières fois : Critique

Si de prime abord Beira-Mar ou l’âge des premières fois fait penser aux films nordiques avec ces couleurs et ces teintes pâles, à la manière de Natür Therapy, le long-métrage s’avère être un film brésilien se déroulant sur le littoral. Les couleurs bleutées et grisâtres nous font voir un paysage maussade, que l’on se passerait de découvrir.

Synopsis : C’est l’hiver au Brésil. Lorsque Martin doit rejoindre le littoral et rencontrer pour la première fois la famille de son père, il propose à son meilleur ami de l’accompagner. Tomaz accepte, voyant ce séjour comme l’occasion de raviver leur amitié. Dans cette maison faisant face à une mer froide et déchaînée, les deux adolescents passent leurs journées ensemble, à l’écart du monde. Sur fond de quête identitaire et d’at
traction mutuelle, ils vont découvrir le doute, la jalousie et l’amour.

Ainsi, une nouvelle image du Brésil s’offre aux spectateurs. Alors que les lieux communs relatifs au pays de la samba renvoyaient des places ensoleillées, des plaines verdoyantes et des villes colorées, Beira-Mar fait valoir une côte brésilienne triste, comme si le temps s’était arrêté et que le paysage était en adéquation avec la mine cendreuse de nos deux compères. S’ils voyagent à des fins familiales, leurs déambulations relèvent plus du voyage initiatique, comme si chacun allait ressortir plus grand de ce voyage. Entre boîte de nuit, soirées dans une villa au bord de mer qui relèvent de l’orgie et discussions abordant toutes sortes de thèmes, plus personne ne sait où donner de la tête.

Martin et Tomaz sont les protagonistes principaux, amis de longue date et complices, à la manière de deux frères. Chacun tentera de se reconnaître dans un des deux personnages : alors que Tomaz à l’air d’être en quête d’identité, de nature assez frêle, plus petit que son camarade, Martin nous apparaît comme un personnage plus sur de lui, faisant face à son père, mais lui aussi dans une certaine quête identitaire, en résulte la rencontre avec des membres de sa famille qu’il n’avait pas vu depuis 10 ans. Toutefois, leur comportement intrigue et fait survenir des interrogations : les deux garçons sont-ils réellement amis ? Ne cherchent-ils pas plus que ça ? Alors qu’un semble assumer son hétérosexualité en couchant avec les filles s’offrant à lui, l’autre boit pour oublier et pour repousser le dit moment, comme si l’acte sexuel devenait embarrassant, à la manière d’un fardeau honteux. Ainsi, on apprend l’homosexualité de Tomaz. Malheureusement, tout s’avère bien trop prévisible. Certes, des détails sont éparpillés tout au long de la pellicule, mais les réalisateurs cherchent à émouvoir et provoquer une certaine empathie lors de cette révélation, n’en résultent des dires qui ne font qu’être affirmés. Cependant, la suite surprend et pourra laisser le spectateur pantois. Les garçons sont comme des frères, sont des plus proches, et finiront pas coucher ensemble. Après une discussion s’en suit une scène de sexe que l’on découvre sous des angles auxquels nous ne sommes pas habitués au cinéma. Par leurs choix de cadre et par une ambiance sonore travaillée, Filipe Matzembacher et Marcio Reolon laissent sous-entendre fellation et sodomie. Ainsi, Beira-Mar se confirme dans son statut de quête sexuelle, hétérosexuelle à la base, homosexuelle au final. Attention, rapports et amour ne sont pas magnifiés. Aucune musique extra-diégétique ne vient assagir la scène. Le maquillage n’est pas non plus de rigueur dans Beira-Mar, les visages des protagonistes sont marqués : boutons, traces rouges ou petites plaies nous laissent découvrir des jeunes dans la fleur de l’âge, s’immisçant petit à petit dans la vie d’adulte, une vie qu’ils ne cessent de repousser. Il est également intéressant de souligner que Mateus Almada et Maurício José Barcellos sont deux acteurs amateurs, dont un a été repéré sur Facebook. Si leur personnage ne sont pas des plus démonstratif, leur interprétation est sujette à une certaine sensibilité et une naïveté qu’il est agréable à voir. Les deux jeunes hommes s’aident à grandir mutuellement, et leur complicité est belle à voir.

Filipe Matzembacher et Marcio Reolon nous donne donc à voir l’homosexualité masculine, là où Abdellatif Kechiche avait levé le voile sur une homosexualité féminine. Certains assimileront les deux films, le bleu des cheveux de Tomaz rappelant ceux de Léa Seydoux dans La Vie d’Adèle et pourtant, Beira-Mar a été tourné en 2012. Par conséquent, les réalisateurs n’avait aucun connaissance du projet du réalisateur franco-tunisien, et n’étaient pas au fait du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, à l’origine du film de Kechiche.
Même si le sujet traité, la quête d’identité sexuelle, s’avère intéressant, Beira-Mar ou l’âge des premières fois est un film fade et plutôt impersonnel, aux personnages manquant de caractère et de force. Tomaz et Martin ne sont pas assez charismatiques pour espérer emporter l’empathie du public, malgré une certaine sensibilité dans le jeu des deux acteurs principaux.

Fiche technique : Beira-Mar

Titre original : Beira-Mar
Titre français : Beira-Mar ou l’âge des premières fois
Réalisation : Filipe Matzembacher, Marcio Reolon
Scénario : Marcio Reolon, Filipe Matzembacher
Interprétation : Mateus Almada, Ariel Artur, Mauricio Barcellos, Irene Brietzke, Elisa Brittes, Maitê Felistoffa
Direction artistique : Manuela Falcão
Montage : Bruno Carboni, Germano de Oliveira
Musique : Felipe Puperi
Photographie : João Gabriel de Queiroz
Son : Tiago Bello
Production : Marcio Reolon, Tainá Rocha
Sociétés de distribution (France) : Epicentre Films
Genre : Drame
Durée : 83 minutes
Dates de sortie : 17 février 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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