Retrospective Danny Boyle : Trance, critique du film

Comme l’a prouvé la rétrospective Danny Boyle effectuée par plusieurs de nos rédacteurs, le réalisateur américain aime s’attacher à un univers clippesque, dans lequel vient se greffer un rythme effréné, laissant rarement le temps au spectateur de reprendre son souffle. Trance ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans cette droite lignée.

Synopsis : Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Si sur le papier, le scénario de ce long-métrage apparaît comme un énième film de faussaires bandits prêts à tout pour mettre la main sur le pactole, il n’en est rien. Certes, le vol du tableau de Goya, Le Vol des Sorcières, sert de toile de fond au film et fait de la première demie-heure de film un agglomérat de lieux-communs, mais Danny Boyle se penche davantage sur l’hypnose, et sur la manière dont l’hypno-thérapie peut être retranscrite à l’écran. Comment filmer l’état second d’une personne ? Comment donner corps à cet état de « transe » que traverse Simon lors de ses séances d’hypnothérapie ? Beaucoup d’interrogations pour de très belles réponses de la part du réalisateur.

Danny Boyle a su imposer son style, n’en déplaise à beaucoup. Le réalisateur tend à concilier fond et forme, et avec Trance, impossible de dissocier l’un de l’autre. L’image de son directeur de la photographie, Anthony Dod Mantle, avec qui il avait travaillé sur 127 heures, 28 jours plus tard ou encore Slumdog Millionnaire, émerveille comme elle intrigue : jeux de couleurs, surcadrages ou variations des valeurs de plans, n’hésitant pas à briser certaines normes cinématographiques, font partie intégrante du travail issu de la collaboration entre les deux hommes.
Mais ne serait-ce pas trop ? La question mérite d’être posée. Si Danny Boyle tente coûte que coûte de magnifier ces faits par une image léchée, s’en dégage une sensation de trop plein, comme si Trance n’était qu’un magazine d’effets visuels, afin de montrer de quoi le réalisateur est capable.Cependant, les choix esthétiques s’avèrent justifiés et sont en adéquation avec la tension progressive qui émane du film.

Côté casting, on compte un « frenchie » dans l’équipe, en la personne de Vincent Cassel. Son personnage ne peut que rappeler celui de François Toulour « le renard de la nuit », qu’il endossait dans Ocean’s Twelve et Ocean’s Thirteen de Steven Soderbergh. Sinon, Cassel fait du Cassel, tantôt désagréable, tantôt plus juste, alternant entre mine de gangster et carrure de bel homme. Le personnage de Vincent Cassel aime les femmes et le fait savoir. Il aime avoir le contrôle et n’hésite pas à faire comprendre qu’il est un homme de pouvoir, n’hésitant pas à user de la violence pour parvenir à ses fins.
Autre personnage clé, Simon, incarné par James McAvoy, acteur britannique. Par un jeu frôlant la folie et la sournoiserie, Simon se révèle être un personnage que l’on cerne difficilement. Manipule-t-il la bande de Cassel ? Est-il amoureux ou est-ce sa mémoire qui lui joue des tours ? Impossible de définir qui est Simon, tant il s’avère être ambigu, que ce soit dans sa manière d’agir ou dans ses séances d’hypnothérapie. James McAvoy donne donc vie de la plus belle des manières à un personnage qui interpelle le spectateur. Mais Danny Boyle sait également s’entourer des meilleures actrices américaines. Ainsi, Rosario Dawson est la révélation du film. Par son charme et un jeu permettant un personnage sans artifice, la comédienne qui a débuté au cinéma avec Larry Clark épate et enthousiasme le spectateur. Même si elle s’avère minoritaires, plongée dans un univers que l’on qualifiera de masculin, Rosario Dawson parvient à prouver que les femmes ont un impact sur la gente masculine et qu’elles ne sont pas prêtes à se laisser faire ! Danny Boyle s’entoure donc d’un casting de choc, mais attention, le film est à voir en version originale étant donné que la version française fait perdre toute crédibilité aux différents personnages, qu’ils soient minimes ou majeurs !

Enfin, Trance est un film à twist, comme bon nombre de films à l’instar du cultisme Usual Suspects de Bryan Singer ou encore Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Le twist final d’un film emporte rarement l’adhésion totale du public, et dans Trance, il s’avère qu’il déçoit. La tension palpable, qui ne fait que s’intensifier, laisse présager un final grandiose, et pourtant, ce n’est pas le cas. Toutefois, cela est une question d’interprétation et d’appréhension de la pellicule, certains verront en ce twist final un véritable coup de maître.

Trance a donc toute sa place dans la filmographie de Danny Boyle. Rythme effréné et réalisation léchée, accompagnés d’un casting de choix, font de cette œuvre un film haletant, mais qui ne renouvelle pas pour autant le film de faussaires, seule l’appréhension psychologique étant vraiment intéressante.

Fiche technique : Trance

Réalisateur : Danny Boyle
Interprétation : Vincent Cassel, James McAvoy, Rosario Dawson, Danny Sapani, Tuppence Middleton
Bande originale : Rick Smith
Scénario : Joe Ahearne, John Hodge
Photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Jon Harris (II)
Directeurs artistiques : Katrina Dunn, Denis Schnegg, Su Whitaker
Décor : Mark Tildesley, Dominic Capon
Costume : Suttirat Anne Larlarb
Producteurs : Danny Boyle, Christian Colson
Production : Cloud Eight Films, Film4
Distributeur France : Pathé Distribution
Durée : 101 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie France : 8 mai 2013

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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