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Angie Tribeca saison 1: critique série

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 Sortie de nulle part en ce début d’année et conçue par Steve Carell et sa douce Nancy, Angie Tribeca se démarque tout d’abord par son mode de diffusion très particulier. Curieusement, ce n’est pas un, ni deux, mais bien dix épisodes qui furent diffusés en boucle pendant 25 heures lors de la première journée. Soit toute la saison lâchée sous le regards des spectateurs avides de programmes nouveaux, avant de reprendre le 25 Janvier pour…la saison 2.

Synopsis: Les aventures d’Angie Tribeca, inspectrice de Los Angeles, et de son partenaire Jay Geils, dont elle tombe rapidement amoureuse mais refuse toute relation car ses 237 précédents coéquipiers ont tous eu une relation avec elle avant de mourir ou de disparaître dans des circonstances mystérieuses.

Er-ZAZ de comédie

Curieux tout ça. Enfin bon, au moins on attendra pas longtemps pour avoir la réponse a ce cliffhanger prenant surgissant en fin de course. Donc nous avons tous les épisodes, c’est bizarre, mais on est content ! C’est bien beau tout ça, mais de quoi cela parle-t-il donc ? De pas grand chose en vérité. Précisons un peu, Angie Tribeca est une parodie de cop show américains. Ce genre un peu fourre-tout qui permet de reprendre des clichés gros comme le Texas, connus de tous, de les replacer dans des situations toujours plus absurdes et attendre que la magie du rire opère.

 

Amateurs d’enquêtes méticuleuses, de personnages ambigus et de psychopathes tordus, passez votre chemin. L’histoire tient sur un post-it : Angie Tribeca est une inspectrice de Los Angeles badass, efficace et solitaire, à qui on impose un partenaire beau gosse dont elle craint de tomber amoureuse (ses 237 coéquipiers précédents étant tous morts ou portés disparus). Gros post-it certes, mais post-it quand même. Le reste n’est plus qu’un enchaînement de situations débiles et absurdes qui détournent allègrement les codes les plus éculés des procéduraux américains (le chef qui gueule très fort, les interrogatoires burnés, la fausse tension sexuelle entre les personnages etc). Et c’est drôle parfois… Mais pas toujours, en grande partie parce que la série repose sur un type d’humour bien particulier, aussi facile à définir qu’à dater : L’humour ZAZ, d’après leurs créateurs David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker, qui a connu son âge d’or vers la fin des années 80 début 90, en investissant un espace de comédie laissé vacant par les mentors Mel Brooks et Jerry Lewis avec des films comme Hot Shot ou la série des Y’a t’il un Pilote…

 

Mais le ZAZ quésako ? Tout simplement une façon d’écrire qui repose sur des règles assez simples : Tout doit être pris au premier degré, que ce soit les répliques, les métaphores, les expressions populaires. Par exemple quand Angie demande à un suspect de lui donner un nom, celui-ci s’interroge « vous n’en avez pas déjà un ? », ce à quoi l’intéressée rétorque « Si, mais je ne l’ai jamais aimé ! » (gag). Ensuite, chaque situation comique doit être prolongée jusqu’à l’épuisement, car si la blague est bonne, pourquoi s’arrêter en si bon chemin. C’est ainsi que le collègue qui mène un interrogatoire prévient son interlocuteur : « Tu penses que c’est un jeu ? Ça c’est un jeu ! » en lui montrant la boîte d’un jeu de plateau, avant de continuer en faisant des punchlines sanglantes avec d’autres noms de jeu tout en faisant défiler un nombre infini de boîtes correspondantes (Monopoly, Hippo-glouton, etc, tout y passe – du coup : gag). Et enfin, le plus important, ne jamais laisser un espace vide, chaque objet, situation, personnage peut être prétexte à une situation cocasse et renversante. Donc on enchaîne, on accumule, on envoie la sauce, et au milieu de tous ces gags enfantins et régressifs, le spectateur trouvera bien un truc qui le fera marrer. Imparable.

 

Le problème c’est que les ZAZ ont usé et abusé de ces codes durant leur âge d’or, et que ce style fonctionne parce qu’il leur appartient. Quand ce sont les autres qui s’y essayent, l’impression de voir une imitation roublarde se fait rapidement sentir. A titre d’exemple, la saga Scary Movie, amorcée par les frères Wayans, qui fonctionne à peu près sur la même logique d’accumulations, s’est essoufflée dès le deuxième épisode avant de retrouver les faveurs du public avec les opus 3 et 4 réalisés par…David Zucker. En parallèle toute une industrie de la parodie facile de gros succès cinématographiques s’est mise en place, culminant avec le calamiteux Spartatouille, à la fois détournement honteux du 300 de Zack Snyder et probablement l’un des pires films de l’histoire du cinéma. On pourrait aussi citer Spaceball, la parodie de Star Wars par Mel Brooks qui signait alors l’un de ses films les moins personnels, avant d’enchaîner sur d’autres parodies poussives tels Robin des bois : Héros en collants ou Dracula: Mort et heureux de l’être. Reprendre ces codes paraissait facile, mais force est d’admettre qu’il n’y a que les ZAZ qui peuvent faire du ZAZ, et tout le génie comique de Steve Carell n’y changera rien, l’hommage semble sincère, mais ce n’est pas son style et ça se voit.

 

Bien sur par moment Angie Tribeca fait rire, parfois très bien, mais malgré l’abattage des acteurs, la présence étonnante d’Alfred Molina en légiste qui se cherche un handicap (un contre emploi très drôle) et le défilé de guest stars venues faire les abrutis (de James Franco à Bill Murray), la chose a du mal à nous accrocher. C’est un peu la série junk par excellence, celle que l’on regarde parce que l’on a rien d’autre à faire, et qui laisse après le sentiment d’avoir un peu perdu son temps, même si ce n’était pas désagréable. Amusante, mais jamais intelligente, réflexive, critique ou méchante avec qui que ce soit. Les dix épisodes défilent et se ressemblent, quelques gags font mouches, d’autres tombent à plat, les personnages n’évoluent pas d’un iota et les enquêtes sont plus que secondaires. Moins qu’une œuvre, on se retrouve face à un produit qui n’a ni le sens du timing de Brooklyn Nine-Nine, ni la folie hystérique et pop de NTSF:SD:SUV (série annulée en 2014 trop méconnue chez nous). La diffusion en un bloc parait alors logique car avec un concept aussi répétitif, pas sur qu’Angie Tribeca réussisse à fidéliser une fanbase dans la durée. Maintenant que les bases sont posées, il faut espérer que la saison 2 bouscule un peu tout ça et que la série trouve sa propre identité.

Angie Tribeca: Fiche Technique

Création: Steve Carell, Nancy Walls Carell
Casting : Rashida Jones, Hayes MacArthur, Jere Burns, Deon Cole, Alfred Molina…
Chaine de diffusion : TBS
Nb d’épisodes : 10
Durée: 21 minutes
Production: Carousel Television, 301 Productions, Relativity Television
TBS Productions
Pays : USA

Rétrospective Danny Boyle : Trainspotting

Depuis combien de temps un film n’a t-il pas scellé aussi exactement une vérité de l’émotion ? Trainspotting appartient à ces films rares qui reconfigurent tout lorsqu’on les voit, ceux qui bouleversent le cinéma. Il est d’une beauté plastique particulière et exaltante.

De fix en aiguilles

Boyle dresse le portrait déstabilisant d’une jeunesse née sous le signe du vide et du non-sens, qui ne trouve un exutoire à sa soif de révolte que dans l’abandon et la destruction des corps et ici, tout cela passe par l’héroïne. La banalisation des drogues dures au sein du paysage urbain contemporain leur donne ainsi une échappatoire aussi folle que le reste de ce monde qui les étouffe.

C’est le naufrage existentiel d’une génération dévorée par le consumérisme et la perte de tout repère humain. Une photographie brute d’une jeunesse à la dérive, sacrifiée par l’indifférence et la désocialisation. Mais la société, magma englobant et mortifère, finit toujours par récupérer ses marginaux, d’une manière ou d’une autre: ici, en vampirisant les énergies et la recherche de plaisir de ces héroïnomanes aux silhouettes filiformes.

Boyle filme la déliquescence d’une jeunesse qui consomme à mesure qu’elle est consommée,et  qui sans cesse se consume.

Oeuvre caractéristique de cette fin des années 90 qui virent le monde basculer dans la fureur feutrée de l’après guerre froide, Trainspotting est vite devenu un film culte pour toute une génération : encensé par la critique lors de sa sortie (il recevra de nombreuses récompenses), il s’est imposé comme une référence majeure d’un cinéma britannique qui dit ce qu’il pense.

C’est un film artisanal de début de carrière qui démontre un certain talent pas encore dévoré par les impératifs de rentabilité, propres à l’industrie cinématographique. Le résultat est un film non formaté avec des mouvements de caméra particuliers et un jeu d’acteurs sincère.

La caméra de Danny Boyle était dynamique et nerveuse à l’époque, les mouvements et la succession de plans étaient rapides provoquant une sensation de malaise, fondamentale pour donner au film la vigueur de la jeunesse dont il est question. Avec sa réalisation proche d’un vidéo-clip, Trainspotting change de rythme comme une compilation de morceaux de rock passe d’une chanson à l’autre, ce qui témoigne d’un sens de la narration tout à fait redoutable chez le réalisateur. La bande originale par ailleurs est extrêmement riche et variée. On trouve beaucoup de morceaux pop et rock symboles des années 90 et de la naissance du mouvement punk. Mais on retiendra surtout l’utilisation de « Perfect day » de Lou Reed, « Carmen » de Bizet ainsi que « Lust for life » d’Iggy Pop.

Basé sur le roman éponyme d’Irvine Welsh, Trainspotting est un condensé d’humour noir, de cynisme et de tragédie. Par son esprit et son impétuosité, l’oeuvre glisse d’ailleurs des allusions à peine voilées à Orange mécanique, le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick.

Danny Boyle trouve ici la recette qui va faire son succès : des idées visuelles novatrices.

Plutôt que d’ancrer son film dans le réel, le réalisateur choisit de s’en détacher, préférant livrer une fable onirique, aux images figurales qui transcendent la représentation et qui rompent avec le discours (la scène la plus marquante restant celle de l’overdose). C’est un film sur la drogue certes, mais surtout sur la recherche du plaisir absolu, du plaisir qui permet de s’échapper du quotidien banal et morose. Intelligemment, Danny Boyle oppose alors constamment l’image au discours, montrant ce qu’il veut, malgré les apologies des paradis artificiels de ses protagonistes.

A l’inverse de Requiem for a Dream, de Darren Aronofsky, autre superbe film de référence sur le sujet, auquel on pourrait peut être de reprocher de trop tirer sur la corde sensible, de frôler le pathos à grand renfort de musiques dramatiques et de larmes, et de moraliser sur l’usage des drogues, Trainspotting distille un message bien plus efficace avec un humour cynique, une mise en scène très travaillée et des personnages traités avec beaucoup de justesse. La force de l’œuvre ne réside pas dans son extrême violence mais dans le fait que le film ne se veut pas moralisateur; en aucun cas le réalisateur ne se permet de juger la vie des protagonistes, sans tomber non plus dans l’apologie de la drogue. C’est un hymne à l’anticonformisme.

Ewan McGregor, dans le rôle d’un héroïnomane au bout du rouleau en pleine repentance mais inéluctablement tiré vers le bas par ses proches, livre une performance incroyable. Un portrait déroutant d’un junkie pas tout à fait comme les autres, un narrateur porte-voix subjectif, une caisse de résonance émotionnelle universelle, mais surtout une véritable révélation artistique et la naissance d’un grand acteur.

Trainspotting reste pour beaucoup le chef-d’oeuvre de Danny Boyle, le seul où il a su trouver l’alchimie particulière qui lui donne cette énergie propre, cette véritable et authentique identité cinématographique.

Intéressé depuis plusieurs années pour tourner une suite à Trainspotting sous la forme d’une adaptation du roman « Porno » du même Irvine Welsh, Danny Boyle a confirmé que le scénario a été écrit et qu’il espère tourner le film en mai et juin 2016.

Synopsis : Les aventures tragi-comiques de Mark Renton, junkie d’Edimbourg, qui va tenter de se séparer de sa bande de copains, losers, menteurs, psychopathes et voleurs.

Trainspotting – Bande annonce:

Trainspotting – Fiche technique:

Royaume-Unis – 1996
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : John Hodge d’après le roman éponyme d’Irvine Welsh
Interprétation : Ewan MacGregor, Ewen Bremner, Johnny Lee Miller, Robert Carlyle, Kevin McKidd et Kelly Macdonald
Décors : Kave Quinn
Costumes : Rachael Fleming
Photographie : Brian Tufano
Montage : Masahiro Hirakubo
Producteur : Andrew Macdonald
Production : Channel Four films et Figment films
Distribution : Poyglam filmed entertainment
Langue : Anglais
Durée : 94 minutes
Genre : Drame, Comédie noire

Auteur : Clement Faure

Rétrospective Danny Boyle: Petits meurtres entre amis

Peu de jours nous séparent maintenant de la sortie du très attendu Steve Jobs du britannique Danny Boyle, cinéaste versatile s’il en est. C’est l’occasion rêvée pour la rédaction de CinéSéries Mag de se retourner sur la carrière de ce cinéaste, un des happy few à avoir fait le grand chelem du Golden Globe, du Director’s Guild, du BAFTA, et des Oscars pour un seul et même film (Slumdug Millionaire).

Synopsis: A la recherche du colocataire idéal, trois amis font passer un examen d’entrée très strict à bon nombre de postulants jusqu’à ce qu’ils découvrent la perle rare en la personne de Hugo. Celui-ci se révèle tellement discret qu’il meurt en silence, enfermé dans sa chambre, quelques heures seulement après avoir emménagé. Avec le corps se trouve une valise pleine de billets qui va rapidement avoir raison d’une longue amitié…

JH partagerait appartement.

La rétrospective commencera par le commencement, à savoir Petits meurtres entre amis (Shallow Grave pour son titre original), le premier film du réalisateur après quelques faits d’armes à la télévision.

Accompagnée de la musique électronique de Leftfield, groupe emblématique des années 90, la caméra se fixe sur le visage de Christopher Eccleston, et pendant que le gros plan du visage tourne en rond comme un disque, la voix off annonce le sujet : l’importance de l’amitié, de la confiance, de la confiance dans l’amitié… Puis la caméra fonce en angles obliques vertigineux dans les rues d’Edimbourg, des plans entrecoupés par des paysages forestiers qui eux sont au contraire présentés au ralenti.  Ce générique est à l’aune du film, simple, mais inventif.

Alex (Ewan McGregor), David (Christopher Eccleston) et Juliet (Kerry Fox) sont trois colocataires à la recherche d’un quatrième pour partager leur appartement. C’est un véritable casting qu’ils font passer pour trouver la perle rare, dans un rythme effréné où les punchlines fusent aussi rapidement que les candidats sont renvoyés à leurs pénates. Même si ces scènes se passent dans l’appartement avec un dispositif quasi-théâtral, avec tous ces candidats qui défilent sur le canapé, le spectateur est happé par la bonne humeur du film. Les candidats sont bombardés de questions surréalistes, comme par exemple celle-ci : « cette relation que vous n’aviez pas nouée, ce n’est pas avec un homme ou ce n’est pas avec une femme ? », des questions facétieuses posées par des personnages facétieux.

Quand enfin ils tombent sur Hugo, un anglais taciturne mais « intéressant » du point de vue de Juliet, rarement insensible au charme des hommes, les choses se gâtent un peu. Dès le lendemain de son arrivée,  ils découvrent leur nouvel « ami » gisant sur son lit, victime d’une overdose, sa valise bourrée à craquer  de pounds, de l’argent qu’on imagine provenant également de la drogue (contrairement à l’habitude que Danny Boyle prendra plus tard, où les œuvres se suivent mais de façon très étanche les unes vis-à-vis des autres, le personnage de Hugo, joué par le même acteur Keith Allen, sera en effet de nouveau aperçu dans Trainspotting, également scénarisé par John Hodge, faisant de ce dernier un prequel qui ne dit pas son nom…).

A partir de là, le film s’installe dans son genre, le thriller, sans pour autant abandonner les instants loufoques et la veine comique servie essentiellement par un tout jeune Ewan Mc Gregor dont c’est le premier grand rôle au cinéma. Au milieu de la tourmente, au moment de décider qui va prendre en charge les actions qu’ils ont décidé de mener, Juliet refuse de réaliser certaines tâches sordides. Alex lui rétorque : « Mais Juliet, tu es un médecin, tu tues des gens tous les jours ! » …Tout est à l’avenant, avec ce mélange continu d’humour britannique et de violence tarantinesque.

Cette balance entre la drôlerie et la violence des actions menées par le trio et d’autres parties prenantes à l’affaire suite à cette découverte macabre est bien vue, car certaines scènes sont particulièrement évocatrices et pourraient être difficiles à supporter dans le cas contraire…

Il y aura donc des meurtres, une enquête, des cliffhangers, et même l’incontournable plot twist final, toute la panoplie habituelle du thriller, en somme.  Mais le plus important dans le film est l’évolution des 3 protagonistes, individuellement, et dans leur interaction. Sans avoir aucunement un aspect moralisateur, Petits meurtres entre amis montre la puissance destructrice de l’argent. A mi-chemin du film, Alex et Juliet craquent et vont dévaliser les magasins. Les images suivantes les montrent ivres de consommation, ivres de possession, ce qui fait dire à Alex : « I’m so happy I could die », ou le bonheur mortel de l’argent. Mais le plus spectaculaire est le changement drastique de David, celui qui paiera le plus de sa personne dans la mise en exécution de leurs divers plans. De l’homme affable mais rigoureux qu’il était, un gentil comptable dans une boîte plan-plan, et sous l’emprise d’une paranoïa galopante, David se transforme graduellement en autre chose, et la prestation de Christopher Eccleston sera de bout en bout aussi élégante que très juste…

Petits meurtres entre amis est le film surprise de 1995 ; tourné avec un budget de 1 million de Livres, il a rencontré un succès commercial et critique considérable des deux côtés de la Manche. C’est un coup d’essai qui peut passer pour un coup de maître. La fraîcheur est là même si le sujet ne s’y prête pas. Simple, sans prétention, shallow* comme son titre et pourtant efficace. Le film va ouvrir la trilogie « Bag of money** » où le manque d’argent est le moteur de très mauvaises décisions, avec Ewan Mc Gregor en tête de pont. Malgré la fascination que l’on voue à Trainspotting, érigé au statut de film culte par des générations entières de cinéphiles, ce film-ci en est peut-être la meilleure part.  Quant à tous ses films hollywoodiens, c’est tout à fait une autre histoire…

*Peu profond

** Petits Meurtres entre amis, Trainspotting, Une Vie moins ordinaire

Petits meurtres entre amis – Bande annonce

Petits meurtres entre amis – Fiche technique

Titre original : Shallow Grave
Date de sortie : 19 Avril 1995
Réalisateur : Danny Boyle
Nationalité : UK
Genre : Thriller
Année : 1994
Durée : 92 min.
Scénario : John Hodge
Interprétation : Kerry Fox (Juliet Miller), Christopher Eccleston (David Stephens), Ewan McGregor (Alex Law), Ken Stott (Inspecteur McCall), Keith Allen (Hugo), Colin McCredie (Cameron), John Hodge (Agent Mitchell)
Musique : Simon Boswell
Photographie : Brian Tufano
Montage : Masahiro Hirakubo
Producteurs : Andrew McDonald, Allan Scott
Maisons de production : Channel Four Films, The Glasgow Film Fund, Figment Films
Distribution (France) : Pan Européenne Distribution
Récompenses : nombreuses, dont le BAFTA du meilleur film en 1995, Grand prix des festivals de Cognac, d’Angers, de Dinard, …
Budget : 1 000 000 GBP

Heidi, un film d’Alain Gsponer : critique

Inspiré du roman de 1880 de la suisse allemande Johanna Spyri, Heidi a été maintes fois adapté mais jamais à un tel niveau d’esthétisme. Certes, ce classique de la littérature de jeunesse n’avait encore jamais été produit sur grand écran mais le résultat est d’une grande qualité visuelle et scénique.

Synopsis : Abandonnée par sa tante à son grand-père qui vit seul dans les Alpes Suisses, Heidi apprivoise vite le vieux monsieur et s’épanouit dans cette vie libre et sauvage aux côtés de son ami Peter. Bientôt, la petite fille est forcée de retourner à la civilisation et placée dans une famille bourgeoise à Francfort où sévit une gouvernante des plus autoritaires. Là-bas, elle se liera d’amitié à une jeune fille handicapée, Clara, mais peut-on vivre heureux loin de la nature ?

Une caméra mobile, vibrante, vivante presque, suit tour à tour Heidi, Grand-Père ou Peter, en alternant des plans rapprochés et intimes et d’autres plans plus larges des paysages. Dans les verts pâturages ou chez le grand-père, les couleurs sont toujours éclatantes et chatoyantes, jusque dans les scènes d’intérieur où filtrent des lueurs qui figurent la liberté et le bonheur de la fillette. Au travers d’une image impeccable et lumineuse, on découvre une montagne luxuriante en même temps que la petite Heidi, guide touristique au sourire éclatant et véritable bouffée d’oxygène. Il faut dire que la jeune actrice, Anuk Steffen, est parfaite dans ce rôle qu’elle interprète avec délicatesse et fraîcheur. 

Heidi, un film visuel :

Le réalisateur primé de Rose et Le Petit Fantôme est un habitué des adaptations de livres pour enfants et c’est avec une profonde sensibilité qu’il filme des plans serrés sur les visages des protagonistes, fixant les émotions, photographiant un récit presque muet où les images parlent d’elles-mêmes. Dans la première partie du film, les dialogues sont réduits à leur strict minimum, donnant une dimension intelligible à l’image. Grand-Père n’est pas très bavard, c’est le moins qu’on puisse dire, il n’est même pas nommé dans le film : il s’appelle Grand-Père, point. Heidi et Peter parlent peu aussi mais dans l’abondance de cette nature, nul besoin de mots tant les visages, les regards, les cadrages et les teintes en disent long. Les couleurs et la lumière suffisent à signifier la joie au paradis alpin, quelles que soient les saisons. Les paysages de montagne sont clairs et purs autant que la nature est incorruptible. De même, les tons sombres suggèrent la maladie ou la pauvreté comme dans la maison de Peter ou dans celle de Clara.

Dès la deuxième partie, la photo s’assombrit et se ternit, comme voilée, tandis que les dialogues, eux, se multiplient. Heidi est désormais prisonnière de la ville de Francfort enveloppée d’une fumée grisâtre, piégée au sein de cette maison calfeutrée de rideaux épais, et prisonnière de la bienséance, du savoir et du langage. Aussi, lorsque la gouvernante se lance dans son long monologue éducatif, la seule fuite possible pour Heidi est de s’endormir ! Et c’est ce qu’elle fera chaque nuit en s’évadant dans ses rêves, dans la peau d’un aigle royal. Car Heidi est un film visuel avant tout où la parole est presque néfaste et porteuse de calomnies comme ces rumeurs qui courent sur Grand-Père ou les mensonges proférés par la tante. Et le vieil homme de conseiller ainsi à Heidi de « regarder » pour voir la vérité.Si la parole est malfaisante, c’est dans le silence et les gestes que Heidi trouve le vrai réconfort et elle aura tôt fait d’apprendre les rudiments de cette vie rustique et minimaliste à Clara. Le langage semble donc inutile au pays des plaisirs simples mais la lecture (taxée de futilité par Peter) s’avérera salvatrice au cœur de la civilisation. En prime, on assiste avec respect et assentiment à une belle leçon de pédagogie de la part de la grand-mère de Clara. Finalement, Heidi choisira le langage écrit au langage oral pour retranscrire ce monde visuel qui l’entoure. Une fin peut-être un peu facile et expéditive au regard de ce film habile et harmonieux tant dans ses images que dans son jeu.

Heidi : Bande-annonce officielle

Fiche Technique : Heidi

Family Entertainment – Sortie nationale le 10 février 2016
Origine : Allemagne / Suisse 2014, 111 minutes
Casting : Bruno Ganz, Katharina Schüttler, Maxim Mehmet, Hannelore Hoger, anuk Steffen, Quirin Agrippi, Isabelle Ottmann
Réalisateur : Alain Gsponer
Scénario : Petra Volpe Biondina
Compositeur : Niki Reiser
Producteurs : Reto Schärli, Lukas Hobi, Uli Putz, Jakob Claussen
Coproducteurs : Rodolphe Buet, Kalle Fritz, Isabel Hund, Urs Fitze
Producteur exécutif : Jens Oberwetter
Directeur de la photographie : Matthias Fleischer
Chef monteur : Michael Schaerer
Chef décorateur : Christian M. Goldbeck
Directrices du casting : Corinna Glaus, Daniela Tolkien
Directeurs de production : Sofie Scherz, Claude Witz
Ingénieur du son : Sebastian Schmidt
Mixage : Marco Teufen, Olaf Mehl
Costumes : Anke Winckler
Coiffure, maquillage : Georg Korpas, Juliane Hübner
Distributeur France (Sortie en salle) : StudioCanal
Caméra : Matthias Fleischer
production : Zodiac Pictures, Claussen + Putz Filmproduktion
Coproduction : StudioCanal, Schweizer Radio und Fernsehen, Teleclub AG
Format : numérique / 2.35: 1 (Cinémascope)
Son : Dolby Digital

The Danish Girl, un film de Tom Hooper: Critique

The Danish girl est l’attraction cinématographique du moment (13 nominations dont 4 aux oscars). Adapté du roman éponyme de David Ebershoff, lui même inspiré du journal rédigé par la première femme à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle, le film se veut un biopic de Lili Elbe née Einar Wegener, pionnière transsexuelle dans les années 20.

Synopsis : The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

La récente réception de ce film a été, comme toujours, accompagnée de nombreux reproches. Beaucoup le considère comme un mélodrame trop sirupeux et taillé pour les oscars. Et ce à raison, car tout semble l’indiquer. En effet, le thème est à la mode (on aura vu récemment sortir le superbe Laurence anyways de Xavier Dolan, le plus fade Une nouvelle amie de François Ozon, et dans l’actualité, les changements de sexe de Lana Wachowski ou Caitlyn Jenner par exemple), le réalisateur l’est aussi (Tom Hooper déjà oscarisé avec Le discours d’un roi, et connu pour ses productions très académiques), Eddie Redmayne semble être quant à lui le nouvel acteur à la mode, oscarisé l’an dernier pour son interprétation sensible de Stephan Hawkins dans Une merveilleuse histoire du temps. Alexandre Desplat à la musique (et à la partition musicale très lancinante) et Danny Cohen à la photographie complètent cette équipe composée sur mesure pour rafler un maximum de statuettes.

Cependant, le film évite tous les travers que ce genre de production peut engendrer. On n’y retrouve ni les défauts des biopics souvent trop lisses, ni le pathos excessif des œuvres académiques. Et ainsi, le film se révèle incroyablement juste et d’une finesse rare, une ode poignante et engagée pour la différence, un récit sensible et poétique sur une romance aussi tragique qu’enivrante. Tom Hooper utilise son intelligence émotionnelle et la met au service de cette merveilleuse histoire avec délicatesse et sensibilité.

Einar Wegener est un peintre reconnu et exposé qui reçoit les louanges d’un univers mondain où il ne se sent pas très à l’aise. Discret et délicat, l’homme a épousé Gerda, charmée par sa sensibilité. La complicité du couple s’impose alors. La femme se révèle être indépendante et tient à forger sa propre place dans un microcosme artistique peu ouvert au travail des femmes. Tom Hooper nourrit l’approche en se concentrant sur l’interaction entre Einar et Gerda, à l’instar de leurs échanges de regard ou de leur présence corporelle au sein du cadre. L’intimité apparaît être le maître mot.

Gerda assiste impuissante à la transformation de son mari, entre lutte, culpabilité, incompréhension et résignation, le spectateur assiste avec émotion à la dévotion de cette femme pour son époux, qui a la sagesse de comprendre que ce dernier n’est pas face à un choix, mais sombre vers une fatalité. Elle l’accompagnera jusqu’au bout, en faisant fi de ses propres sentiments, et démontrant ainsi une abnégation sans faille, et on ne peut plus touchante.

Le film distille ce qu’il faut de troubles, d’émotions et de beauté (notamment la scène, magnifique, où Einar reproduit les gestes d’une fille de joie derrière une vitre, symbole du peu de distance qu’il y a entre lui et elle, entre lui et la femme qui vit dans son corps masculin) pour ne jamais tomber ni dans le sensationnel ni dans le complaisant qu’un sujet pareil pouvait susciter, mais au contraire offrir un bel écrin à ces deux-là, unis dans leur amour et le tumulte de leur existence.

La performance remarquable d’Eddie Redmayne n‘empêche pas le spectateur de trouver le personnage de Lili/Einar assez antipathique par moments. Elle/il est effroyablement égocentrique; alors certes elle/il se bat pour retrouver sa propre identité, le film met l’accent sur la compréhensible détresse de son épouse, qui elle aussi subit énormément ce changement, tandis que Lili ne semble pas vraiment s’en soucier. S’ensuit alors un attachement plus fort au personnage de Gerda, qui est peut être la fameuse Danish Girl au final, ouverte et éprise d’un amour si fou pour Einar qu’elle ne met que peu de temps à accepter Lili comme étant sa remplaçante. En cela, le film a l’audace de dessiner une relation ambiguë, peu conventionnelle et poussant à remettre en perspective la conception même d’une relation amoureuse. Il consacre une véritable transcendance de l’amour par delà les frontières du sexe.

Peinture vivante d’un pionnier assumant sa transidentité sous forme de fresque romanesque à la sensibilité renversante et esthétiquement soignée (des costumes aux décors d’époque), le film réussit par ailleurs un pari risqué. Pour donner résonance au métier des deux protagonistes et à leur amour pour la toile, Hooper voulait que ses images ressemblent à des tableaux. En effet, inspiré des peintures de Hammershoi, un peintre danois, Hooper est allé jusqu’à recréer une réplique de l’appartement de ce dernier et Danny Cohen, en jouant sur les éclairages et le cadrage, a donné vie aux tableaux d’Hammershoi a travers les plans de Danish girl en capturant la douceur incroyable des longues soirées d’été du nord et la coloration singulière, un gris bleu sourd qui représente l’univers très austère dans lequel Einar vit, n’est pas sa place et duquel Lili a besoin de s’échapper.

Les performances des deux acteurs, en lice tous deux pour les oscars d’interprétation, sont remarquables. Ils incarnent les rôles avec justesse et une grande sensibilité. Eddie Redmayne semble bien parti dans la lignée de Tom Hanks oscarisé en 1993 pour Philadelphia puis en 1994 pour Forrest Gump ainsi que pour perpétuer la malédiction Léonardo DiCaprio. Quant à Alicia Vikander, elle se place comme une voleuse de vedette en puissance tant son interprétation tout en émotions est notable.

The Danish Girl, peut-être le grand gagnant de la cérémonie des Oscars 2016 ?

En outre, en cette année 2016, le film est un bel hommage au chanteur David Bowie qui a fait partie de ceux qui ont milité pour l’acceptation des transgenres dans la société.

The Danish Girl: Fiche technique

Réalisation : Tom Hooper
Scénario : Lucinda Coxon d’après « The Danish girl » de David Ebershoff
Interprétation: Eddie Redmayne (Einar Wegener / Lili Elbe), Alicia Vikander (Gerda Wegener), Ben Whishaw (Henrik), Amber Heard (Ulla Paulson), Sebastian Koch (Dr Warnekros), Matthias Schoenaerts (Hans Axgil), Adrian Schiller (Rasmussen), Emerald Fennell (Elsa), Henry Pettigrew (Niels)…
Direction artistique : Grant Armstrong
Décors : Eve Stewart
Costumes : Paco Delgado
Photographie : Danny Cohen
Montage : Mélanie Oliver
Musique : Alexandre Desplat
Producteur(s): Tim Bevan, Eric Fellner, Anne Harrison, Tom Hooper, Gail Mutrux
Production: Working Title, Pretty Pictures
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni et Allemagne
Langue : Anglais
Durée : 120 minutes
Distributeur: Universal Pictures International France
Récompenses : Oscar 2016 de la meilleure actrice dans un rôle secondaire pour Alicia Vikander
Date de sortie: 20 janvier 2016
Durée: 2h
Genre : Drame, Biopic

Auteur : Clement Faure

 

 

 

Le convoi, un film de Frédéric Schoendoerffer: Critique

Il y a de ça à peine plus de dix ans, Frédéric Schoendoerffer était considéré comme un réalisateur innovant participant à un prétendu « renouveau du polar français », qui   avait pour tête de file Olivier Marchal et faisait suite à une néfaste décennie pendant laquelle la notion de « polar français » se limitait aux séries Julie Lescaut et Navarro.

Synopsis : Un groupe de 7 malfrats français se répartissent entre quatre voitures pour organiser un go fast afin de transporter 1,3 tonne de résine de cannabis entre Malaga, au sud de l’Espagne, et Creil, en région parisienne. Malheureusement pour la petite équipe,  le voyage ne va pas se passer comme prévu.

En réalisant deux thrillers inaboutis mais plus réalistes que ses contemporains (Scènes de crimes en 2000 et Agents secrets en 2004), Schoendoerffer s’est imposé comme un cinéaste à suivre, mais les choix douteux (donner un rôle ambigu à Eric Cantonna, quelle idée !) qui ont suivi lui firent rapidement perdre beaucoup en crédibilité. A l’occasion de son sixième film, il se penche sur le phénomène des go fast, ces convois véhiculés de drogue à travers l’Europe que l’ouverture des frontières ont rendus si peu risqués, auquel le belge Olivier Van Hoofstadt avait déjà consacré un film, sobrement intitulé Go fast,  en 2007. En prenant le parti-pris de se concentrer sur les chauffeurs plutôt que sur les policiers à leur recherche, le scénario s’offrait l’opportunité de développer les enjeux de l’organisation de ces trafics. Toutefois, la narration ira se concentrer sur le voyage en berline sans prendre le temps de chercher à en comprendre les mécanismes, les tenants et les aboutissants. Ne restent donc que des scènes filmées depuis les habitacles des bolides, ce genre de scènes où l’importance des dialogues doit tenir la route, ce que n’arrive assurément pas à garantir l’écriture de Schoendoerffer.

Au vu du temps que le scénario nous fait passer avec eux, la caractérisation ultra-caricaturale des sept personnages est certainement l’élément le plus répulsif de ce Convoi. Entre le petit nouveau un peu naïf (Madi Belem), le dur à cuire au sang chaud (Tewfik Jallab), la tchatcheur imbu de sa personne (Léon Garel) et la belle-gueule mutique qui suinte la coolitude (Benoit Magimel), le réalisateur semble avoir convoqué tous les poncifs les plus surexploités du genre –autant du film de gangster que du western– en les doublant d’une imagerie malséante du petit banditisme vu par un œil extérieur bien-pensant (la plupart d’entre eux sont musulmans avec tous les clichés qui vont avec… à vous de juger), la petite brochette de hors-la-loi au cœur de cette fiction sent le réchauffé et n’arrive pas à convaincre. Si encore leurs conversations réussissaient à capter quelque chose d’original dans leur psychologie ou à creuser une part sociologique dans leurs motivations… mais il n’y a définitivement rien à trouver de ce côté-là, tant chaque ligne de dialogue ne fait que creuser plus encore leur insupportable crétinerie. Difficile dès lors de reprocher aux jeunes comédiens leur interprétation dépersonnalisée tant leurs rôles sont creux et la direction d’acteurs semble paresseuse. Le huitième personnage, la seule femme du casting, est sans conteste le seul auquel il soit possible de s’attacher. Non pas que Reem Kherici livre une prestation qui élèverait le niveau, mais son rôle de victime d’une prise d’otage (sur les routes espagnoles, les bandits français tombent en toute logique sur une française !) la rend moins antipathique que tous les stéréotypes de malfrats.

La façon dont le suspense démarre doucement jusqu’à cette fameuse prise d’otage peut laisser présager un rythme soutenu, d’où la déception de voir la tension redescendre dans cette ennuyeuse série de dialogues crétins. Il faudra alors attendre le dernier quart d’heure du film pour qu’un semblant de course-poursuite démarre enfin, qu’une once d’ambivalence se révèle dans les liens entre les personnages, et qu’enfin le tout s’achève dans une fusillade particulièrement illisible. Qu’il s’agisse de la trahison de l’un des truands ou de la prise d’otage qui se transforme en syndrome de Stockholm, rien dans cette résolution n’a de quoi surprendre. Ni un film d’action nerveux ni un thriller haletant, Le Convoi n’est décidément rien qu’une de ces trop nombreuses séries B incapable de répondre à ses ambitions. La mauvaise maitrise des courses de voitures rend le concept même du film laborieux à se mettre en place, et le seul parti-pris formel qu’est l’idée de calquer à ses images les filtres jaunes du Traffic de Soderberg n’est pas non plus quelque chose d’assez innovant ni justifié pour donner au résultat final une quelconque légitimité artistique.

Malgré l’intention louable qui anime Frédéric Schoendoerffer de revigorer le cinéma de genre français, sa façon d’aller piocher dans ses modèles américains des éléments déjà mille fois vus sans savoir en faire autre chose que des caricatures de mauvais goût empêche à sa réalisation de s’affranchir. Le seul effet de vitesse que l’on retiendra du Convoi sera celle à laquelle le film se fera oublier.

Le convoi – Bande annonce:

Le convoi – Fiche technique:

Date de sortie : 20 janvier 2016
Réalisateur : Frédéric Schoendoerffer
Interprétation : Benoît Magimel, Reem Kherici, Tewfik Jallab, Madi Belem, Léon Garel, Amir El Kacem…
Scénario : Yann Brion, Frédéric Schoendoerffer
Musique : Thibault Quillet
Montage : Sophie Fourdrinoy
Photographie : Vincent Gallot
Costumes : Claire Lacaze
Producteurs : Eric Névé
Maison de production : Orange Studio, Cinéfrance 1888
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 102 minutes
Genre : Thriller, action

Salem saison 3 : Marilyn Manson au casting et le synopsis révélé

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Marilyn Manson en barbier sanguinaire dans Salem  saison 3 :

Alors que le tournage de Salem saison 3 a débuté jeudi 21 janvier, voici qu’on apprend que ‪‎Marilyn Manson‬ fera partie du casting aux côtés de Janet Montgomery, Shane West, Seth Gabel et Tamzin Merchant. Le chanteur interprétera Thomas Dinley, un barbier sanguinaire installé dans la ville de Salem. Avec lui, les habitants seront rasés de près ! WGN décrit ce nouveau personnage comme une sorte d’homme à tout faire ou un homme de main coiffeur et chirurgien à ses heures perdues : «Il est l’homme de la situation à Salem, capable à la fois de raser, couper les cheveux, saigner, découper ou recoudre les gens…»

Marilyn Manson était déjà associé à la série à travers la chanson du générique Cupid Carries a Gun co-écrite par Tyler Bates (Les Gardiens de la Galaxie, 300, Sucker Punch) et l’artiste n’en est pas à sa première apparition à l’écran. Dernièrement, Manson a été vu dans Californication Saison 6, Kenny Powers Saison 4, Once Upon A Time Saison 3 et Sons of Anarchy saison 7.

Salem Saison 3 sera diffusée au printemps sur WGN America mais la chaîne nous offre dès à présent un avant-goût dans ce synopsis«Poursuivant sa sanglante, sexy et fantastique reconstitution de l’Amérique Coloniale, la troisième saison de Salem revient sur le succès des sorcières pour créer le Nouveau Monde en ramenant le Diable sur terre et en faisant de Salem sa Capitale. Mais, le Démon est un menteur et au lieu d’un nouveau monde libéré de l’hypocrisie puritaine et meurtrière, son propre plan n’apportera que mort et esclavage avec pour but ultime de conduire l’humanité à s’autodétruire. Une seule personne sur terre est capable de vaincre le Diable : la sorcière qui lui a donné la vie, sa mère, Mary Sibley. Le seul problème étant que celle-ci est morte. Mais l’est-elle vraiment ?»

Cupid Carries a Gun, Générique de la série Salem :

Edito : De bonnes et funestes (ré)solutions

Edito Janvier 2016 : si des icônes nous quittent, David Bowie, Alan Rickman, Ettore Scola, d’autres luttent encore dans The Revenant, Carol, Spotlight, Free Love ou 45 ans

Ouvrir avec le tube de Stromae en ce début d’année, c’est un peu comme célébrer le réveillon avec une mauvaise gastro (je plains tous ceux à qui c’est déjà arrivé). On s’était plus ou moins tous promis que 2016 ne pourrait être pire que 2015. Mais que diable pouvons-nous y faire pour y remédier ? La mort nous a touché en plein cœur. CineSeriesMag a démarré l’édito en novembre pour défendre le cinéma contre la violence, sans oublier que l’arrivée du train à La Ciotat en a effrayé plus d’un (selon la légende), sans oublier que Made in France a été retiré du circuit pour son caractère quasi-prémonitoire des attentats terroristes, sans oublier… Qui est l’ennemi ? Daesh ? Ou nous-même pour scier la branche sur laquelle nous nous reposons en puisant dans les énergies fossiles, en nous avilissant devant un capitalisme qui finira par avoir la peau de notre démocratie, en continuant de vivre repliés sur notre nombril, en chopant des conneries comme le cancer qui semble se répandre comme une putain de MST! Peu importe l’ennemi, du moment qu’on a l’ivresse. Le dernier édito de décembre s’accordait avec l’introduction de Demain (encore en salle pour la 7ème semaine).

A peine les festivités digérées que le deuil continue de frapper à notre porte. Elle est belle la transition énergétique, économique, écologique. Économisons notre énergie, retournons à l’école. Ça tombe bien, Gaumont distribue Mon maître d’école. Le retour est morose et l’espoir au prochain carrefour. Des icônes nous quittent, au point de ne plus savoir comment fermer le robinet des désillusions. Wes Craven en août dernier, Chantal Ackerman en octobre, mon père en décembre, puis le leader de Motorhead, Lemmy Kilmister, Michel Delpech, Michel Galabru, David Bowie, Alan Rickman, René Angélil… 2016 ne s’annonce pas plus réjouissante. D’autant plus qu’ils ont tous succombé des suites d’un cancer sauf Galabru et Ackerman. Mais les morts ont toujours fait parti du calendrier et si nous sommes autant touchés, par cette prise de conscience soudaine des événements rapprochés, c’est probablement que nous grandissons. 2016, le passage à l’âge adulte ? Vice Versa nommé aux oscars pour meilleur film d’animation. La survie en milieu hostile (en mettant de côté la vengeance ?), The Revenant, pressenti pour son réalisateur et son acteur principal, j’ai nommé Alejandro González Iñárritu et Leonardo Di Caprio. L’ambition contrariée ? Joy et Jennifer Lawrence… The Big Short… L’émancipation donc mais l’apprentissage surtout ! La rédaction souhaite l’oscar à Room et Brie Larson. Alors sortez au cinéma (sortir pour rentrer dans une salle obscure, elle est belle l’expression). Les larmes couleront aussi par amour. : On accueille à bras ouverts les formidables duos Cate Blanchett/ Rooney Mara dans Carol, Ellen Page/ Julianne Moore dans Free Love et Charlotte Rampling/ Tom Courtenay dans 45 ans. Si ces trois histoires d’amour n’ont plus d’étiquette, ni de barrière – en théorie -, le combat reste entier. Contre les mentalités qui nous l’espérons, évolueront ces 365 prochains jours (l’homophobie ne devrait plus exister dans nos dictionnaires, alors qu’éconologie sera de plus en plus employé), contre le système judiciaire (Spotlight et la lutte contre la pédophilie), contre le cancer qui nous a pris nos idoles, contre nous-même pour ne pas voir que le bonheur n’est pas au bout du tunnel, mais EST ce tunnel. Alors parcourons le à pied, à vélo, en bus qui roule à l’éthanol ou en hoverboard (arrêtons l’analogie à Retour vers le futur une bonne fois pour toutes !), car il y a de très belles séries qui nous attendent.

Reprenons Stromae donc : quand c’est qu’on trouve du travail ? Avec Trépalium sur Arte ! Quand c’est qu’on retrouve HTGAWM après la pause hivernale ? The Missing, Daredevil, Sense8, mais surtout le retour de X-Files ! Quand c’est que les riches vont payer ? Suivez l’arrivée de Billion sur Showtime ! American Crime Story sur FX ! 22.11.63 par Hulu de JJ Abrams avec James Franco ! The Path avec Aaron Paul ! Vinyl de Scorsese et Mike Jagger ! Westworld sur HBO ..! Oh j’oubliais, quand c’est que tu te montres Xavier Dolan, on attend avec impatience The Death and Life of John F. Donovan et l’adaptation de Juste la fin du monde ! Comme quoi 2016 n’est pas si mal.

Post Scriptum : CineSeriesMag compte très prochainement faire peau neuve et vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre. Le chiffre des consultations mensuelles a dépassé la barre des 90 000, on espère franchir les 100 000 et d’ici l’année prochaine les 250 000. Et ce, grâce à vous !

Soyez heureux pour 2016 !

L’Exorciste enfin adapté en série TV

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L’Exorciste : la série verra-t-elle le jour ?

Le cultissime film d’horreur L’Exorciste va être finalement adapté à la télévision. Plus précisément, cette nouvelle version s’inspirera directement du roman de William Blatty dont est issue l’oeuvre emblématique de 1973. La Fox a commandé le pilote de la série L’Exorciste qui sera écrit par Jeremy Slater, scénariste sur Lazarus Effect et Les Fant4stiques.

Ce premier épisode d’une heure est décrit comme une réinvention moderne aiguillée par le livre de Blatty. C’était déjà la volonté de l’auteur en 2009 d’adapter son roman à l’écran et Sean Durkin avait ainsi travaillé sur une mini-série de 10 épisodes inspirés du roman. Finalement, William Blatty avait refusé le projet mais la société Morgan Creek est parvenue à obtenir les droits du livre en 2013. Inspiré par l’exorcisme de Roland Doe en 1949, le roman est centré sur la possession démoniaque d’une jeune fille de 12 ans, Regan, et sur le combat menée par deux prêtres pour sauver son âme.

Concernant la série L’Exorciste, la Fox a seulement déclaré que ce «thriller psychologique met en scène deux hommes très différents qui interviennent auprès d’une famille victime de possession démoniaque et sont confrontés au vrai visage du mal.»

Dans ce projet de la 20th Century Fox Television et de Morgan Creek, Jeremy Slater sera également producteur aux côtés de James Robinson, David Robinson et Barbara mur.

Les Beaux Malaises : un remake avec Dubosc !

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Les Beaux Malaises arrive en France sous les traits de Franck Dubosc et Anne Marivin !

Franck Dubosc a démarré cette semaine le tournage de l’adaptation française pour M6 du succès québécois Les Beaux malaises. Martin Matte, comédien et réalisateur de la série à l’humour grinçant s’est associé à l’humoriste français sur ce projet mais c’est Dubosc lui-même qui a réécrit les dialogues. Bien sûr, l’idée originale reste ce qu’elle est, n’en déplaise à TF1, et si la chaîne a refusé cette série trop « osée », M6 elle n’a pas froid aux yeux ! Notre Franck national reprend évidemment le rôle de Martin, qu’il connaît de longue date – les deux humoristes avaient participé en 2006 au festival Juste pour Rire à Montréal – et la charmante Anne Marivin (Bienvenue chez les Ch’tis) jouera le rôle de Julie.

Dans Les Beaux Malaises, on suit les déboires, les pétages de plombs ou la mauvaise foi d’un père de famille entouré de sa femme et de ses deux enfants. La série française est réalisée par Eric Lavaine et produite par Kabo (Caméra Café, Kaamelot). Il y a quatre jours, Franck Dubosc postait sur Twitter le scénario du premier épisode frenchie avec la mention « Ça y est c’est parti… « Les beaux malaises ». Silence on tourne. »

Alors que la troisième saison de Les Beaux Malaises vient de débuter au Québec sur la chaîne TVA, dans les autres contrés aussi c’est la déferlante. En juin 2015, on apprenait qu’une version anglaise de la série était en préparation et les Allemands et hollandais seraient eux-aussi intéressés !

Découvrez Les Beaux Malaises dans le teaser de la saison 3 :

https://www.youtube.com/watch?v=-zERKh3TaHI

Chorus, un film de François Delisle: Critique

Chorus n’est pas un film facile à appréhender. Caractérisé par un montage alterné qui de plus ne respecte pas la linéarité chronologique, on ne sait pas par quel bout le prendre, et pourtant il capte notre regard dès le premier plan.

SynopsisLe jour où leur fils a disparu, un après-midi après l’école, la vie d’Irène et Christophe s’est brisée. Chacun de son côté a survécu à sa façon, lui au Mexique, elle en reprenant sa carrière au sein d’une chorale. Dix ans après, un appel de la police les amène à se retrouver…

Lovely Bones

C’est un film taiseux. Cependant, il commence par le plan d’un homme qui se met à table, un détenu qui visiblement n’a pas fini de déballer tous ses crimes et qui raconte le début de ce qui semble être un crime perpétré sur un enfant. L’homme, à la voix douce et au physique débonnaire, affiche un calme qui contraste avec la violence doucereuse de ce qu’il raconte, et la scène fait froid dans le dos. Un récit dont on suivra le difficile épilogue plus loin dans le film. Dans le plan suivant  on voit un homme, le visage très fermé, marchant seul au bord de la mer ; on apprendra qu’il s’agit d’un rivage mexicain, et on comprend soudain pourquoi le film nous a fait penser au récent El Club du chilien Pablo Larraín. Puis la caméra de nouveau bifurque vers le Canada et s’attarde longuement sur un groupe de chanteurs dans une église, en train d’enregistrer une polyphonie médiévale, une mélopée belle mais infiniment triste.

Le prisonnier, c’est Jean-Pierre, un homme qui vient d’avouer l’assassinat du jeune Hugo qui a disparu une dizaine d’années auparavant. Au bord de la mer, c’est Christophe (Sébastien Ricard), le père de Hugo, et dans le chœur à l’église, Irène (Fanny Mallette), sa mère. Les évènements ont eu raison de ce couple qui s’est fracturé après la disparition de l’enfant.

Le québécois François Delisle raconte un moment précis de leur histoire : celui où, à la suite des révélations de Jean-Pierre, le couple a la confirmation de la mort de leur fils, après dix ans d’espoir et de désespoir. Le moment précis où ils accusent la perte, celui où ils ne peuvent plus se raccrocher que l’un à l’autre, ou au mieux, à eux-mêmes . Christophe et Irène se sont donc éloignés, faute sans doute de trouver les mots qui pourraient consoler l’autre, par crainte peut-être également de l’accabler de son propre chagrin. C’est tout cela que François Delisle réussit à montrer à travers sa mise en scène qui laisse aux sentiments tout le temps de s’exprimer, et ici les sentiments sont essentiellement submergés par la douleur. Le cinéaste en montre les symptômes par de petites touches fulgurantes, comme dans cette scène où l’amour se termine dans un torrent de larmes qui laisse l’autre partenaire pantois, ou cette autre scène où la vue d’un nouveau-né déclenche une détresse infinie… il montre les ravages de cette perte et de cette douleur au travers des relations tendues ou au contraire trop distendues que Christophe et Irène ont respectivement avec leur père (Pierre Curzi) et mère (Geneviève Bujold), les victimes collatérales de ce drame familial.

Le réalisateur, qui est également à l’écriture, à la photo et au montage, a choisi le noir et blanc, ou plus exactement le gris pour donner le ton de ce film grave et triste. Il avoue avoir été inspiré par les photographies de l’américain Mark Steinmetz pour les nuances de Chorus. Et même quand les deux protagonistes sont dans une phase d’accalmie, dans une tentative de paix intérieure, l’un au contact de la mer, l’autre dans l’exercice du chant, la tonalité du film est toujours très sombre, pour rappeler sans cesse au spectateur qu’il ne s’agit là que d’un répit passager, et que « chaque jour qui passe creuse le trou » comme dit Irène à sa mère désemparée…

Et pourtant, alors que Chorus ne parle que des émotions, expurgeant au maximum les contingents de la vie quotidienne pour ne laisser à vif que les blessures des personnages, il arrive difficilement à nous émouvoir. Le manque de consistance du film n’est pas vraiment en cause, puisque d’emblée, on sait que l’intrigue est mince et importe peu. Ce qui gêne, c’est la construction plutôt désincarnée du film. Ainsi, par exemple, l’utilisation des dialogues intérieurs en voix-off : en plus de trop surligner le jeu des deux acteurs qui n’en a vraiment pas besoin, ces dialogues très stylisés donnent un caractère trop cérébral au film, et pas suffisamment de corps à la relation des deux personnages qui sont pourtant atteints dans leur chair, au plus profond de leur corps par l’absence physique de ce fils devenu presque « imaginaire » pour son père Christophe. On observe aussi une certaine distance que le cinéaste semble prendre avec son propre sujet. Du coup, ce qui au départ est un minimalisme plutôt louable devient de la froideur, empêchant l’émotion de s’installer.

Racontant davantage la douleur que le deuil, Chorus est malheureusement comme écrasé par sa forme pour que l’émotion puisse s’épanouir pleinement. Malgré un jeu très intense de la part de Sébastien Ricard et surtout de Fanny Mallette, le spectateur reste sur sa faim, tant le film était porteur de promesses. Dans un genre similaire, où l’héroïne est également à la recherche d’une réponse par rapport à sa mère disparue, où le choix du cinéaste a également été ce noir et blanc à dominance de gris, et où le minimalisme était également le vecteur utilisé, Ida, le film du polonais Pawel Pawlikowski a été autrement plus bouleversant, car moins apprêté.

Chorus – Bande annonce

Chorus – Fiche technique

Titre original : Chorus
Date de sortie : 20 Janvier 2016
Réalisateur : François Delisle
Nationalité : Canada
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 97 min.
Scénario : François Delisle
Interprétation :   Sébastien Ricard (Christophe), Fanny Mallette (Irène), Geneviève Bujold (Gabrielle), Pierre Curzi (Jérôme), Antoine L’Écuyer (Antonin), Luc Senay (Jean-Pierre Blake), Didier Lucien (Hervé Laroche)
Musique : –
Photographie : François Delisle
Montage : François Delisle
Producteurs : François Delisle, Maxime Bernard
Maisons de production : Films 53/12
Distribution (France) : UFO Distribution
Récompenses : Grand prix pour François Delisle au Fünf Seen Film Festival, Grand prix pour François Delisle au Indianapolis International Film Festival
Budget : –

Les chevaliers blancs, un film de Joachim Lafosse : Critique

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Les Chevaliers Blancs est inspiré de l’histoire de l’association humanitaire L’arche de Zoé, qui a fait la une de l’actualité en octobre 2007, lorsque tous les participants de l’opération se sont faits arrêtés par les forces de l’ordre tchadiennes alors qu’ils s’apprêtaient à emmener plus d’une centaine d’enfants, supposés orphelins, en Europe, par avion.

Synopsis : Jacques Arnault, président de l’ONG « Move for Kids », prépare une action humanitaire coup de poing dans un pays d’Afrique : l’évacuation de 300 orphelins en bas âge, victimes de la guerre civile. Un avion spécialement affrété les emmènera en France, où les attendent les parents candidats à l’adoption qui ont financé l’opération. Entouré d’une équipe de volontaires ainsi que de Laura sa compagne, et de Françoise, la journaliste qui doit couvrir l’expédition, Jacques va lancer son ONG dans une aventure extrême…

Aide, mensonges et idéaux.

Certains voyaient en cette opération une « philosophie néocolonialiste », alors que d’autres y voyaient une chance pour les enfants de se sortir d’un contexte social et culturel compliqué. Les participants et les instigateurs de l’opération furent jugés, emprisonnés puis relâchés. En 2013, un nouveau procès fut ouvert et le président de l’association ainsi que sa compagne furent condamnés à de la prison ferme tandis que les autres participants furent condamnés à de la prison avec sursis.

Pour son cinquième long-métrage, Joachim Lafosse met donc la main et ressuscite un fait divers très intéressant ayant passionné les foules. Vient très vite la question : comment traiter ce sujet en étant le plus fidèle à la réalité ?
L’opération de L’arche de Zoé, devenue Move for Kids dans le film, reposait sur de nombreux mensonges et sur des réalités que les membres se devaient de maintenir dans l’ombre. Ainsi, toute la lumière n’a pas été faite sur l’affaire, et Joachim Lafosse livre pourtant un film prenant, dans lequel chaque acte devient satisfaction personnelle du chef du projet (Vincent Lindon).
Durant toute l’œuvre, le spectateur est pourvu d’un point de vue omniscient. Il sait tout, parvient à déceler les mensonges de chacun et devine les impacts qu’auront chacune des décisions sur les devenirs des protagonistes. Ainsi s’installe une tension qui ne fera que s’accroître durant le film. Parviendront-ils à achever leur coup ? Le rapatriement se fera-t-il en bonne et due forme ? Tant d’interrogations auxquelles seules les dernières minutes répondent.

Mais si Joachim Lafosse parvient à rendre son récit authentique, c’est grâce à un parti pris esthétique défini. En effet, à la manière d’un documentaire, Jean-François Hensgens (photographe du film) filme les acteurs en caméra à l’épaule. Mouvante dans les affrontements, statique dans les moments de réflexion et de réunion, l’image se greffe au propos afin de mettre en lumière les différents jeux d’acteur et de faire vivre les personnages. Alternant entre plans serrés, plans rapprochés ou plans plus larges, on découvre des émotions et des expressions qui définissent chacun d’eux. Le visage marqué de Vincent Lindon prouvera sa fatigue, mais son souhait de réussir, alors que le visage de Louise Bourgoin laissera entrevoir une femme agacée par la situation, tendue, et qui ne sait où réellement se mettre.

Toutefois, le rythme du film est irrégulier, à la manière du quotidien des missionnaires au Tchad. Le schéma narratif du film s’avère bien simple : visite dans les villages, retour au centre, et cela continuellement. Certes, il y a des rebondissements (arrivées d’enfants) ou des plans magnifiques en avion, utilisés à la manière de raccords, mais le récit déconstruit et alternant dans les temporalités fait perdre pieds aux spectateurs qui n’a plus idée du nombre de jours écoulés depuis l’arrivée de l’équipe au Tchad, ce qui empêche une part d’empathie pour les personnages, ne sachant pas leur degré de réussite en vue du retour en France.

Il fallait un casting à la hauteur de l’évènement, et Joachim Lafosse parvient à très bien s’entourer. Une fois de plus, dans la continuité de La loi du marché, Vincent Lindon s’avère extraordinaire. Rythmant son jeu de coups de gueule, montées d’adrénaline ou moments de compassion, l’acteur captive et crédibilise son personnage par un naturel de jeu dont lui seul a le secret. Mais L’arche de Zoé, c’était avant tout une équipe. Ainsi, les seconds rôles, que l’on qualifie à contre cœur de la sorte tant ils sont omniprésents, sont également bien vivants, avec une mention spéciale pour Valérie Donzelli, incarnant Françoise, reporter chargée de filmer les actes héroïques et les faits chevaleresques des membres de l’association, mais qui s’avère être un personnage ambigu, tantôt impliqué, tantôt en retrait. Bintou Rimtobaye, traductrice tchadienne de l’opération, est également une belle découverte. Par son naturel et sa carrure, elle renvoie une image de femme puissante et sûre d’elle, qui s’avèrera avoir un rôle déterminant dans l’affaire.
Toutefois, la présence de Louise Bourgoin n’est que superficielle, son personnage, Laura, n’étant en rien développé ou essentiel au récit. Par bribes d’informations, on comprend sa relation avec Vincent Lindon, qu’ils sont en couple et qu’ils sont venus au Tchad suite à une décision commune. Le manque de détails et suscite l’interrogation sur cette dernière.
Suivent Reda Kateb, Philippe Rebbot ou Stéphane Bissot, qui emplissent parfaitement les rôles qui leur sont attribués.

Joachim Lafosse s’empare du fait divers de L’arche de Zoé d’une belle manière, grâce à des acteurs plus que concluants. Même si les évènements narratifs sont un peu redondants, Les Chevaliers blancs se présente comme une belle réussite du réalisateur et du cinéma français en ce début d’année.

Les chevaliers blancs : Bande-annonce

Fiche technique : Les chevaliers blancs

Date de sortie : 20 janvier 2016
Réalisateur : Joachim Lafosse
Interprétation : Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Jean-Henri Compère, Bintou Rimtobaye, Stéphane Bissot, Philippe Rebbot…
Scénario : Joachim Lafosse, Bulle Decarpentries, Thomas Van Zuylen
Musique : Sascha Ring
Montage : Sophie Vercruysse
Photographie : Jean-François Hensgens
Costumes : Pascaline Chavanne
Producteurs : Sylvie Pialat, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
Maison de production : Versus Production, Les Films du Worso, France 3 Cinéma, BNP Paribas Film Fund, Le Pacte, Prime Time, RTBF
Distributeur : Le Pacte
Durée : 112 minutes
Genre : Drame