Le convoi, un film de Frédéric Schoendoerffer: Critique

Il y a de ça à peine plus de dix ans, Frédéric Schoendoerffer était considéré comme un réalisateur innovant participant à un prétendu « renouveau du polar français », qui   avait pour tête de file Olivier Marchal et faisait suite à une néfaste décennie pendant laquelle la notion de « polar français » se limitait aux séries Julie Lescaut et Navarro.

Synopsis : Un groupe de 7 malfrats français se répartissent entre quatre voitures pour organiser un go fast afin de transporter 1,3 tonne de résine de cannabis entre Malaga, au sud de l’Espagne, et Creil, en région parisienne. Malheureusement pour la petite équipe,  le voyage ne va pas se passer comme prévu.

En réalisant deux thrillers inaboutis mais plus réalistes que ses contemporains (Scènes de crimes en 2000 et Agents secrets en 2004), Schoendoerffer s’est imposé comme un cinéaste à suivre, mais les choix douteux (donner un rôle ambigu à Eric Cantonna, quelle idée !) qui ont suivi lui firent rapidement perdre beaucoup en crédibilité. A l’occasion de son sixième film, il se penche sur le phénomène des go fast, ces convois véhiculés de drogue à travers l’Europe que l’ouverture des frontières ont rendus si peu risqués, auquel le belge Olivier Van Hoofstadt avait déjà consacré un film, sobrement intitulé Go fast,  en 2007. En prenant le parti-pris de se concentrer sur les chauffeurs plutôt que sur les policiers à leur recherche, le scénario s’offrait l’opportunité de développer les enjeux de l’organisation de ces trafics. Toutefois, la narration ira se concentrer sur le voyage en berline sans prendre le temps de chercher à en comprendre les mécanismes, les tenants et les aboutissants. Ne restent donc que des scènes filmées depuis les habitacles des bolides, ce genre de scènes où l’importance des dialogues doit tenir la route, ce que n’arrive assurément pas à garantir l’écriture de Schoendoerffer.

Au vu du temps que le scénario nous fait passer avec eux, la caractérisation ultra-caricaturale des sept personnages est certainement l’élément le plus répulsif de ce Convoi. Entre le petit nouveau un peu naïf (Madi Belem), le dur à cuire au sang chaud (Tewfik Jallab), la tchatcheur imbu de sa personne (Léon Garel) et la belle-gueule mutique qui suinte la coolitude (Benoit Magimel), le réalisateur semble avoir convoqué tous les poncifs les plus surexploités du genre –autant du film de gangster que du western– en les doublant d’une imagerie malséante du petit banditisme vu par un œil extérieur bien-pensant (la plupart d’entre eux sont musulmans avec tous les clichés qui vont avec… à vous de juger), la petite brochette de hors-la-loi au cœur de cette fiction sent le réchauffé et n’arrive pas à convaincre. Si encore leurs conversations réussissaient à capter quelque chose d’original dans leur psychologie ou à creuser une part sociologique dans leurs motivations… mais il n’y a définitivement rien à trouver de ce côté-là, tant chaque ligne de dialogue ne fait que creuser plus encore leur insupportable crétinerie. Difficile dès lors de reprocher aux jeunes comédiens leur interprétation dépersonnalisée tant leurs rôles sont creux et la direction d’acteurs semble paresseuse. Le huitième personnage, la seule femme du casting, est sans conteste le seul auquel il soit possible de s’attacher. Non pas que Reem Kherici livre une prestation qui élèverait le niveau, mais son rôle de victime d’une prise d’otage (sur les routes espagnoles, les bandits français tombent en toute logique sur une française !) la rend moins antipathique que tous les stéréotypes de malfrats.

La façon dont le suspense démarre doucement jusqu’à cette fameuse prise d’otage peut laisser présager un rythme soutenu, d’où la déception de voir la tension redescendre dans cette ennuyeuse série de dialogues crétins. Il faudra alors attendre le dernier quart d’heure du film pour qu’un semblant de course-poursuite démarre enfin, qu’une once d’ambivalence se révèle dans les liens entre les personnages, et qu’enfin le tout s’achève dans une fusillade particulièrement illisible. Qu’il s’agisse de la trahison de l’un des truands ou de la prise d’otage qui se transforme en syndrome de Stockholm, rien dans cette résolution n’a de quoi surprendre. Ni un film d’action nerveux ni un thriller haletant, Le Convoi n’est décidément rien qu’une de ces trop nombreuses séries B incapable de répondre à ses ambitions. La mauvaise maitrise des courses de voitures rend le concept même du film laborieux à se mettre en place, et le seul parti-pris formel qu’est l’idée de calquer à ses images les filtres jaunes du Traffic de Soderberg n’est pas non plus quelque chose d’assez innovant ni justifié pour donner au résultat final une quelconque légitimité artistique.

Malgré l’intention louable qui anime Frédéric Schoendoerffer de revigorer le cinéma de genre français, sa façon d’aller piocher dans ses modèles américains des éléments déjà mille fois vus sans savoir en faire autre chose que des caricatures de mauvais goût empêche à sa réalisation de s’affranchir. Le seul effet de vitesse que l’on retiendra du Convoi sera celle à laquelle le film se fera oublier.

Le convoi – Bande annonce:

Le convoi – Fiche technique:

Date de sortie : 20 janvier 2016
Réalisateur : Frédéric Schoendoerffer
Interprétation : Benoît Magimel, Reem Kherici, Tewfik Jallab, Madi Belem, Léon Garel, Amir El Kacem…
Scénario : Yann Brion, Frédéric Schoendoerffer
Musique : Thibault Quillet
Montage : Sophie Fourdrinoy
Photographie : Vincent Gallot
Costumes : Claire Lacaze
Producteurs : Eric Névé
Maison de production : Orange Studio, Cinéfrance 1888
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 102 minutes
Genre : Thriller, action

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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