Paris-Willouby, un film de Quentin Reynaud et Arthur Delaire : Critique

Vendu comme un road-movie ensoleillant, Paris-Willouby, premier long métrage d’un duo inconnu, cumule maladresses, lourdeurs scénaristiques et clichés indigestes. La bande annonce ouvre l’appétit sur des répliques subtiles avec un humour très podalydèssien et surtout des personnages attendrissants.

Synopsis : Les Guilby Lacourt forment une famille recomposée typique de notre époque. Entre père, belle-mère, petite sœur, frère, demi-sœur, ou encore demi-oncle, ils ont parfois du mal à s’y retrouver ! Un soir, ils apprennent la mort d’un grand-père avec qui ils ont coupé les ponts depuis une dizaine d’années. Fatalement voués à cohabiter le temps d’un long voyage pour se rendre à son enterrement, ils vont tous très vite devoir s’adapter au concept du « vivre ensemble » dans l’espace exigu de la voiture familiale. Pour le meilleur et pour le pire !

Cette famille, on a envie de la connaître. Mais même Chantal Lauby, Alain Chabat, Dominique Farrugia et feu Bruno Carette étaient plus efficaces. Stéphane De Groodt s’est érigé en timide comique intellectuel avec ses sublimes discours, entre l’impertinence d’un Le Luron et la complexité d’un Devos, dans l’émission Canal feu « Le Supplément ». So 2015 ! Isabelle Carré est relayée aux personnages réservés, fragiles et sensibles depuis Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman qui l’a révélée au grand public/jour grâce à un César en 2002 (malgré 18 longs métrages). Alex Lutz, transformiste de talent, campe ici un contre-rôle qui frise le ridicule tant l’excès est mal maîtrisé. Car c’est en effet dû à un défaut de maîtrise que l’ensemble ne peut qu’amuser quelques ménagères quinquagénaires en mal de divertissement (elles se croyaient dans leur salon à commenter VÉRIDIQUE).

Les acteurs, en roue libre et mal dirigés, ne peuvent composer suffisamment, faute d’écriture. Ils ne peuvent donc que se replier sur ce qu’ils savent faire le mieux. Alex Lutz domine le trio, malgré un personnage trop peu reluisant et méprisable: le beau-frère, se voulant artiste, insouciant, un peu rockeur, dragueur, qui squatte le temps de rebondir. Isabelle Carré fait du Isabelle Carré et Stéphane de Groodt fait du Stéphane de Groodt. Le fils Lacourt théâtralise un peu trop. La jeune Prune (enfant de cette nouvel union Guilby Lacourt et jouée par la fille Audiard), vide d’empathie, est une coquille creuse trop bien domptée. Personne n’est à blâmer si ce ne sont les deux réalisateurs qui manquent cruellement d’engagement, de volonté et de force de proposition. L’histoire écrite à six mains ne s’élève guère plus haut d’un cliché sur la famille recomposée et suivra donc, linéairement, sans aucune originalité, le schéma habituel : 1) introduction conflictuelle 2) événement perturbateur 3) péripéties 4) dénouement après léger climax dramatique 5) situation finale de la famille qui s’est réconciliée. Et de ce fait, couplé à une réalisation automatique sans ambition qui relève plus de l’exercice universitaire, le film dans son ensemble ne peut que s’écrouler sous sa meilleure définition « PONCIF d’une comédie française » à la sauce Little Miss Sunshine. Lumière terne en voiture venant écraser les visages, fond vert à peine visible, plan séquence à la netteté imparfaite, musique omniprésente qui semble vouloir compenser le creux. Les crises s’enchaînent et aucun personnage n’est développé au-delà du niveau de zéro. Écouter du Lara Fabian, ne pas manger de viande, la crise de l’adolescence… Les caractères sont gratuits et rien ne vient contrebalancer ces facilités. Sans oublier une homophobie latente, car le jeune fils est souvent considéré comme une « tapette » sans raison apparente.

Le rire est d’autant plus jaune que l’essai est visible et le voyage mal maîtrisé. La petite Prune sort des fourrés et s’arrête pour contempler le vide. Son oncle, Alex Lutz, plutôt que d’ouvrir le pas, car sachant le départ de la voiture imminent, reste fixe en attendant la réplique de la jeune comédienne et ainsi nous apprenons la légende des vaches perdues. Léger et tendre, ça s’arrête là. Ce MacGuffin prétexte, métaphore de l’absence de communication dans la famille, n’amuse plus. La résolution sur les quais, après la pire maladresse scénaristique (peut-on m’expliquer comment une fillette peut se rendre à la gare à pied tandis que la famille entière à voiture semble mettre plus de 10 minutes pour rejoindre les abords routiers?!), apparaît être vulgaire, car aucune subtilité ne se dégage des intentions de réalisation. Un troupeau de vaches traverse le cadre en amorce et la famille est bouche bée. L’ex-future copine de l’oncle est arrivée à Willouby en train, car Prune a envoyé un texto avec le portable de l’oncle – qui lui même ne vérifie pas la destination avant de monter dans le train ! – et tout le monde est rivé sur le téléphone en haut parleur pour assister à la réconciliation du jeune couple. Risible ou pitoyable ?

Manque de respect profond pour le spectateur ou pour la profession ? Les deux jeunes réalisateurs pondent cet exercice déjà vu revu et rerererevu sans y apporter la moindre intelligence ou subtilité de ton, ambition artistique. A défaut, les moins cinéphiles peuvent s’attendrir et crier « C’est mignon! » Non, la colère monte, car tandis que de véritables cinéastes en devenir s’évertuent de trouver quelques billets pour un film travaillé et à plusieurs niveaux de lecture, Paris-Willouby, fade et superficiel film de famille, a reçu un véritable budget et une distribution ! D’autant plus attristant lorsque l’on voit le message personnel « à mon papa magique » en ouverture…

Paris-Willouby: Bande Annonce

[Fiche technique] Paris – Willouby

Réalisation: Quentin Reynaud et Arthur Delaire
Distribution: Isabelle Carré, Stéphane de Groodt, Alex Lutz, Joséphine Japy, Solal Forte, Aminthe Audiard
Scénario: Quentin Reynaud, Arthur Delaire et …
Musique: Gush
Montage: Anita Roth
Photographie: Yannick Ressigeac
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Producteur: Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Production: 2.4.7 Films
Distribution: Mars Distribution
Durée: 83 minutes
Genre: Comédie dramatique
Dates de sortie: 20 janvier 2016

 

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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