Freaks and Geeks, L’intégrale de la série (1999-2000): Critique

      Certains lecteurs pourraient crier au scandale devant leurs écrans en lisant ceci : une série de Paul Feig et Judd Apatow. Notamment parce qu’il est noté dans le générique de la série qu’elle a été créée par Paul Feig. Prenons cependant un peu de recul : Judd Apatow a produit Freaks and Geeks, a aidé à sa création (il a créé des personnages principaux), et a aussi scénarisé et réalisé plusieurs épisodes : on compte 9 épisodes sur les 18 de la série, sur lesquels il a opéré en tant que scénariste, auteur de l’histoire, et réalisateur.

            Ceci étant dit, que raconte Freaks and Geeks ? « Dans le lycée William McKinley, deux clans d’adolescents : Les Freaks, rebelles qui ne travaillent pas, fument, et sèchent les cours, et les Geeks, les matheux du premier rang, sans aucune vie sociale. » peut-on lire sur le site Allociné. Le show du duo Feig / Apatow est bien plus que ça. L’intégrale de la série, qui compte 18 épisodes pour deux saisons, suit les aventures d’une adolescente et de son petit frère, Lindsay et Sam Weir, pendant l’année scolaire 1980-1981. C’est d’ailleurs la dernière année de lycée pour Lindsay, qui après avoir perdu sa grand-mère, quitte les mathlètes – une équipe de matheux en compétition –, tend à se rebeller contre toutes les images de l’adolescente modèle que ses parents et bien d’autres ont projeté sur elle et se découvre une amitié pour les Freaks. Sam de son côté traine avec ses amis Geeks, il quitteront peu à peu l’enfance, découvriront l’amour et les peines de la vie adulte.

            Oh, vous vous demandez ce que signifient Freaks et Geeks ? Les termes ont eu des significations plus ou moins proches depuis leurs premières apparitions et leurs utilisations dans la série. Ici, les freaks sont les laissés pour compte, les « outsiders » (dixit Apatow dans son entretien avec Emmanuel Burdeau, Comédie, Mode D’Emploi aux Éditions Capricci, page 71), les branleurs du lycée qui ont formé un groupe d’amis écoutant du rock, fumant cigarettes et drogues, et se laissant vivre. Le Geeks sont d’autres personnages à côté, ils sont les « intellos » (dixit plusieurs personnages dans la série), et les « underdogs » (propos d’Apatow qu’on peut traduire par « opprimés ») qui aiment les arts et objets populaires : le cinéma, Star Wars, The Bionic Woman, etc. Ils partagent aussi tous un facteur physique : ils ne sont pas les « beaux gosses » du lycée, et ont tous des corps d’enfants, certains en transformation (avec l’acné et tout ce qui va avec), et non des corps de modèles adolescents sportifs, ou pré-adultes (tels que ceux des freaks), ou encore virils, qui s’opposeront souvent au groupe de geeks. Le générique de la série que vous pouvez voir ci-dessous suit une séance de photographie scolaire des adolescents et se présente comme une galerie de portraits. Et c’est exactement de ça qu’il s’agit dans la série.

         En effet, comme dans les autres films de l’auteur, Freaks and Geeks s’attache à filmer la réalité quotidienne de ses personnages « victimes » et/ou en dehors des sentiers battus. Il semble que beaucoup d’entre nous pouvons nous y retrouver, aujourd’hui adultes ou toujours adolescents, dans ces personnages d’enfants-ado, d’adolescents, de parents et même dans certains seconds rôles. On pensera au C.P.E. du lycée incarné par Dave Allen, figure nostalgique et protectrice de la jeunesse, ancien rebelle rentré dans les rangs. La force du récit est de montrer ses personnages dans leurs difficultés quotidiennes donc – celles du lycée pour les geeks par exemple, ou encore celles d’un père autoritaire et pragmatique pour le personnage incarné par Jason Segel – mais aussi dans leurs victoires – Sam ayant une petite amie, ou encore le personnage incarné par Seth Rogen dépassant ses préjugés sur la sexualité vis-à-vis de sa petite amie. Le regard que porte Apatow sur ses personnages tient d’une grande justesse, il ne s’agit ni de les mettre en avant, ni de les surestimer, ni de les sous-estimer. Si on peut noter un vrai amour pour ceux-ci, Apatow dira dans son interview avec Emmanuel Burdeau (page 71) : « À ceux-là il n’arrive en général rien de très gai. Pour nous il était clair que certains des personnages ne quitteraient jamais la ville, qu’ils se préparaient à mener une existence misérable. C’était tout le propos. Il y a peut-être une chance que Lindsay s’en sorte, mais les autres ? ».

            À la lecture des quelques noms du casting cités, vous devez penser que celui-ci est riche. En effet, Freaks and Geeks, si elle est une série dramatique, a posé d’autres bases dans le monde de l’humour. Filmée avec une seule caméra (comme Malcolm plus tard) à l’inverse de séries (sitcom, peut-on préciser) telles que Notre Belle Famille (Step by Step, 1991-1998) ou Mariés deux enfants (Married… with Children, 1987-1997, précurseur dans bien d’autres domaines tels que l’humour à la télévision) filmées avec plusieurs caméras sur un même plateau et un public, la série de Feig et Apatow présente un casting formidable. James Franco, Seth Rogen, Jason Segel, Linda Cardellini… Des inconnus en 1999 et des « stars » de la comédie américaine aujourd’hui. Le travail de casting et de mise en scène de ces jeunes acteurs fait de Freaks and Geeks l’une des meilleures séries en termes d’actorat. « Non jeu » pourrait-on dire, justement cette impression de forte vraisemblance et crédibilité des personnages expose à quels points ces jeunes étaient doués. Des jeunes acteurs qui vont former le nouveau groupe de l’humour américain. Groupe mis au point par Apatow en parallèle et en collaboration avec d’autres figures importantes notamment nées sur la télévision américaine, via le Saturday Night Live ou encore le Ben Stiller Show (sur lequel Apatow a fait ses armes en tant qu’auteur audiovisuel). Et groupe humoristique qui s’émancipera même de leur mentor pour créer leur propre filmographie, on peut citer The Pineapple Express (2008), C’est la fin (2013), ou encore le récent The Interview (2015). À noter la présence en guest star de Ben Stiller, mais surtout celle géniale en second rôle de l’acteur de comédie – au cinéma (Stripes d’Ivan Reitman, 1981), par exemple) et à la télévision (la série SCTV Channel en 1983) –, Joe Flaherty, dans le rôle du père de Lindsay et Sam, père pragmatique, émouvant, hilarant dans ses manières mais aussi quand il le veut, avec des blagues bien à lui. Un exemple d’humour paternel avec un running gag à partir des mots « dead » / « die » : « You know who used to cut class ? Jimi Hendrix. You know what happened to him ? He died ! Chocking on his own vomit. ». Et ci-dessous une vidéo compilant des extraits de la série avec ce même running gag :

             On peut alors se demander pourquoi une série aussi géniale fut déprogrammée au bout de 18 épisodes. Si on peut lire que la série est constituée d’une seule et unique saison sur Netflix, Judd Apatow en compte bien deux. Il explique que si les audiences de la première ont été bonnes mais tout de même dépassées par l’émission de télévision Cops alors à sa dixième saison, la deuxième a vu ses audiences baisser. Elle fut alors déprogrammée de la chaîne NBC. Aussi il ne faut pas s’inquiéter à l’idée de ne pas avoir de « fin » de série. En effet, l’ensemble des épisodes nous fait suivre une année scolaire entière de ces freaks et geeks. Aussi étant une série sur le quotidien, il s’agit de suivre les étapes et épreuves de la vie des adolescents, certains en traversant avant d’autres. Donc la « fin » n’en est pas une pour tous et toutes, et marque même le début d’autres « aventures » pour quelques uns et quelques unes, dépassant le quotidien dans lequel beaucoup se sont créés une routine inacceptable pour les premiers – premières. On aurait aimé avoir d’autres saisons ? Bien évidemment.

            Mais vous pouvez vous amuser à imaginer l’avenir de ces jeunes gens, inconnu pour certains, facilement imaginable pour d’autres, ou alors retrouver Seth Rogen, Jason Segel, et le jeune – inconnu à l’époque – Jay Baruchel dans la série Undeclared (Les Années Campus), créée et produite par Judd Apatow, qui suit six adolescents à leur rentrée à l’université. Vous pouvez ainsi vous dire que la série présente la « suite » des aventures de certains personnages ou du moins certaines figures visibles dans Freaks and Geeks, même si, attention, le créateur a bien dit sa volonté avec ce nouveau show de faire une série moins dramatique et des épisodes d’ailleurs plus courts (30 minutes).

            Vous pouvez retrouver l’intégrale de la série Freaks and Geeks en VF et VOSTFR sur Netflix*. Aucun coffret dvd zone 2 existe actuellement faute des droits musicaux non acquis. Vous pouvez cependant trouver l’intégrale en dvd zone 1 (*la série est actuellement diffusée sur Amazon Prime).

Freaks and Geeks – Bande annonce :

Fiche Technique: Freaks and Geeks        

Titre : Freaks and Geeks

Créateur : Paul Feig

Showrunners : Paul Feig & Judd Apatow

Casting : Linda Cardellini, John Francis Daley, James Franco, Seth Rogen, Jason Segel, Martin Starr, Samm Levine, Busy Philips, Becky Ann Baker, Joe Flaherty, Leslie Mann, Dave Allen, Thomas F. Wilson

Production : Apatow Productions, DreamWorks Television

Distribution : Paramount Worldwide Television Distribution
1ère Diffusion US : 25 Septembre 1999 – 8 Juillet 2000 sur NBC

1ère Diffusion FR : 2001 sur Série Club

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