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Dogs, un film de Bogdan Mirică : critique

Dogs est un de ces rares films dont l’univers tout entier habite le spectateur. Quelques notes proches du Western habillent un film souvent contemplatif, interprété avec brio et ponctué de scènes plutôt grandioses.

Synopsis : Roman est de retour sur les terres de son grand-père qu’il vient de recevoir en héritage. Alors qu’il décide de vendre cette propriété où rien ne pousse, il se trouve confronté à des mafieux dont son aïeul était le chef. Ces derniers ne reculeront devant rien pour préserver cette terre au centre de leur trafic.

Le petit-fils du mort

Privilégiant les lents travellings avants (comme dans la scène d’ouverture du film) et les plans larges, Bogdan Mirică, pour ce premier métrage, confère une aura singulière à un récit non dénué d’humour noir. Noir, le récit l’est en effet complètement. On se tue ouvertement dans ce film de menace sourde où la police (avec un chef aux allures de shérif) est moquée au travers d’un cabot nommé Policia qui se transforme en petit toutou devant le caïd du coin. Ce caïd semble régner sur un no man’s land qui appartient au « presque » personnage principal (car il n’y en pas ici, il n’y a que des rôles égaux) à la suite d’un héritage dont il compte bien liquider les terres en quelques jours. Mais rien ne se passe si bien que prévu. Avec une ambiance feutrée et épurée, mais qui sait aussi exploser, le film distille de la peur (avec des plans de nuit, des bruits, des lumières qui surgissent). Il crée surtout des personnages passionnants, tous convaincus de leur laideur intérieure, mais comme empêchés de faire autrement. Le décor l’est aussi (passionnant), comme cette maison ouverte à tous les vents, d’où des bruits d’insectes s’échappent.

Chiens errants

Le chien de garde aboie beaucoup, mais n’est finalement pas d’un grand secours quand il est enfin temps. Tous se cherchent, se flairent, se tournent autour, règlent leurs comptes. La menace n’est pas frontale, elle est biaisée et se matérialise sous la forme d’un pied sans corps, arraché par un porc. On s’affronte ici sans se dire vraiment pourquoi, ni comment. La mort surgit bien malgré les personnages qui peut-être ne se méfient pas assez. C’est qu’ils croient avoir tout vu, n’avoir peur de rien (sauf de Dieu, qui a aussi peur d’eux, disent-ils), mais sont surpris par la mort avec au choix une balle ou un marteau. La mise en scène est impeccable, l’ambiance aussi. On est presque au far west, en pleine Roumanie pourtant. L’anti-héros du film est finalement ce flic taciturne, mourant et lucide qui promène sa nonchalance sur tout le film, se traîne, enquête sans véritable conviction. La seule qu’il a, c’est que ce monde-là est déjà perdu, que la justice n’y triomphera certainement plus jamais. L’homme est donc un animal doué de la force d’inventer des stratagèmes pour se torturer toujours  plus douloureusement. De la scène d’ouverture, qui fait respirer une rivière, à la scène de clôture, qui fait s’affronter les deux « tronches » du film, tout est impeccable et maîtrisé. Un vrai moment de cinéma.

Dogs : Fiche Technique

Titre original : Canini
Réalisation : Bogdan Mirică
Scénario : Bogdan Mirică
Interprétation: Dragos Bucur, Gheorghe Visu, Vlad Ivanov…
Décors : Augustina Stanciu
Costumes :  Elena Stoyanova
Photographie : Andrei Butica
Montage: Roxana Szel
Musique: Codrin Lazar
Producteurs : Elie Meirovitz, Marcela Ursu
Sociétés de production : EZ Films, 42 KM Film, Argo Films
Distributeur : Bac Films
Durée : 74 minutes
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 28 septembre 2016

Roumanie – 2016

Bloodline, une série de Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelma : critique de la saison 2

Suite au décès de Danny à la fin de la première saison, un tournant scénaristique risqué a été amorcé. La série, amputée de son meilleur personnage, survit-elle à cette absence ? Comment Bloodline peut-elle prendre un nouveau départ en étant privée de son atout majeur ? Malheureusement, avec une saison 2 qui n’égale en rien la précédente, le show ne parvient pas à retrouver son souffle et déçoit irrémédiablement. 

Synopsis : Après la mort de Danny, le clan Rayburn tente de se reconstruire en ignorant le drame. Mais le poids de la culpabilité va rapidement avoir raison de l’harmonie familiale, d’autant que l’affaire est loin d’être enterrée… 

Parfois, il arrive qu’une série tienne sur les épaules d’un personnage. C’était le cas pour Bloodline, totalement portée par Danny Rayburn, magistralement interprété par Ben Mendelsohn. Héros aussi intrigant que marginal, ce protagoniste venait clairement dynamiter les carcans bourgeois du clan Rayburn et sa présence contribuait à faire de cette création originale Netflix un show presque fascinant. Danny s’imposait comme le ressort dramatique crucial de l’intrigue, élément perturbateur dont tout découlait : en bref, ce mouton noir, aussi séduisant qu’imprévisible, constituait le socle de la série et contribuait grandement à son succès. Sauf que voilà, dans Bloodline saison 2, Danny n’est plus là. Et l’intérêt du public non plus.

Une seconde saison qui piétine

Pour combler le vide lié à la disparition de Danny, Bloodline mise sur la démultiplication des sous-intrigues et introduit plusieurs personnages secondaires pour tenter de redynamiser l’ensemble. Entre l’ex de Danny qui débarque avec son fils et son amant latino qui s’avère être un escroc à la petite semaine, la série bascule peu à peu dans une sorte de melting pot hybride et son récit presque choral amoindrit considérablement le potentiel du show, qui s’éparpille dans des directions peu pertinentes. Défile devant nous une galerie de protagonistes plus ou moins paumés, censés remplacer Danny en incarnant la même idée : marginaux, roublards, arnaqueurs, voleurs, menteurs et petits criminels ratés échouent donc sur le rivage de cette île des Keys. Là où l’on pourrait s’attendre à un joyeux bordel tout aussi jubilatoire que dans la saison 1, on assiste à une suite plate et artificielle qui ne prend pas et qui n’arrive pas à nous accrocher. Les enjeux sont inexistants, et les trajectoires de ces personnages, pièces rapportées sans envergure, nous indiffèrent rapidement. La nouvelle recette ne fonctionne pas, la saveur est fade, on s’ennuie.

Des Rayburn au sommet de leur antipathie

Bloodline, c’était aussi une série qui savait éviter le manichéisme en nous immergeant dans l’intimité d’un clan familial où personne n’était irréprochable. Si tous persistaient à rejeter la faute sur Danny, considéré comme le méchant de service et tenu pour responsable de tous leurs problèmes, le public en revanche comprenait vite que la façade en apparence parfaite de cette tribu respectable dissimulait en réalité des secrets peu reluisants, révélateurs de la complexité de chacun. Crime crapuleux, complicité malsaine, lâcheté et hypocrisie étaient de mise : on s’indignait, on s’insurgeait, on était émus aussi. Mais là encore, le sel de la série a été dissous par un amas de lieux communs qui annihilent toute ambiguïté. Résultat ? Il émane du programme une lourdeur décevante à laquelle les auteurs ne nous avaient pas habitués. Entre Kevin qui perd les pédales et qui se réfugie dans la drogue, Meg qui préfère prendre la fuite à New-York avant de couler à son tour, John l’imperturbable qui nourrit l’espoir de devenir shérif malgré les casseroles qui ternissent sa réputation, et Sally qui s’amuse à faire l’autruche, les Rayburn perdent de leur superbe et s’en trouvent réduits à des archétypes grossiers, tous plus déplaisants les uns que les autres. De plus, la campagne politique de John, la carrière juridique de Meg et les tractations financières fumeuses de Kevin sont autant de leurres qui servent une fois de plus à masquer l’avarie du scénario, pauvre et creux.

Un successeur fantoche 

Bloodline en revient encore et toujours à Danny, pilier indispensable sacrifié trop tôt, trop vite. Pour que la transition ne soit pas trop brutale, les auteurs ont introduit le personnage de Nolan, le fils adolescent de Danny, teenager ténébreux à mèche rebelle et snake bites. A première vue, ça semble prometteur. Le fils va-t-il reprendre le flambeau de son père, en digne héritier ? Non. Déception. Tête à claque, le neveu de John n’apporte rien, alors qu’une piste aurait pu être creusée. Car malgré tout, la série n’est pas totalement dénuée d’intérêt : entre les flashbacks qui nous en apprennent un peu plus sur Danny et sa vie à Miami, son spectre qui hante John, les preuves compromettantes qu’il laisse derrière lui (la cassette) et son jeune garçon qui s’infiltre à son tour chez les Rayburn, le show n’enterre pas complètement son héros, qui, même disparu, continue de hanter sa famille, de leur pourrir la vie, de se venger. Cet axe, qui aurait mérité d’être approfondi, aurait pu conférer à Bloodline une rare intensité et réaffirmer son statut de thriller psychologique hors du commun, huis clos familial à ciel ouvert. Pourtant, ces éléments importants ne sont pas traités à leur juste valeur : relégués à un rang anecdotique, ils passent quasiment inaperçus, alors que c’est pourtant là-dessus que le programme aurait dû miser.

Au final, Bloodline saison 2 déçoit par son absence d’ambition, sa finalité inexistante, ses personnages écrits à la truelle, ses sous-intrigues inutiles et ses diversions vaines. Alors que la série parvenait à nous prendre aux tripes et à brillamment jouer avec nos nerfs dans la saison 1, ici, il faut se contenter des restes.

Bloodline saison 2 : Fiche Technique

Créateurs : Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman
Réalisation : Ed Bianchi, Michael Morris, Jean de Segonzac, Todd A. Kessler, Daniel Zelman, Dennie Gordon, Mikael Håfström, Stephen Williams
Scénario : Todd A. Kessler, Glenn Kessler, Daniel Zelman, Amit Bhalla, Lucas Jansen, Lizzie Mickery, Barry Pullman, David Manson, Chris Mundy, Arthur Phillips, Carter Harris,
Interprétation : Kyle Chandler (John Rayburn) ; Linda Cardellini (Meg Rayburn) ; Norbert Leo Butz (Kevin Rayburn) ; Sissy Spacek (Sally Rayburn) ; Jacinda Barrett (Diana Rayburn) ; Jamie McShane (Eric O’Bannon) ;  Chloë Sevigny (Chelsea O’Bannon) ; John Leguizamo (Ozzy Delvecchio) ; Enrique Murciano (Marco Diaz) ; Glenn Morshower (Wayne Lowry) ; Andrea Riseborough (Evangeline) ; Owen Teague (Nolan Rayburn)
Image : Jaime Reynoso
Musique : James S. Levine
Production : David Manson, Dennis Lehane, Carter Harris
Genre : Drame, thriller
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Netflix
Diffusion aux USA : Depuis le 27 mai 2016

Etats-Unis – 2016

Festival du Film Britannique de Dinard : coup d’envoi de la 27ème édition

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Cette semaine, la Bretagne se met aux couleurs du Royaume-Uni avec la 27ème édition du Festival du Film Britannique de Dinard. L’événement, dont le coup d’envoi a été donné aujourd’hui, se terminera le dimanche 2 octobre.

Moins médiatisé que le Festival de Venise, le TIFF ou Cannes, le Festival du Film Britannique de Dinard n’en demeure pas moins un rendez-vous important pour les cinéphiles. Présidée par Claude Lelouch, cette 27ème édition, entièrement consacrée à nos voisins d’Outre-Manche, nous réserve une sélection très british, entre comédies loufoques, drames sociaux, pépites indés et cinéma engagé, sans oublier les nombreux hommages, rencontres et masterclass qui seront organisés durant ces cinq jours.

Les six films en  compétition

Contrairement à d’autres festivals où les films en compétition se comptent par dizaines, ici, la sélection est restreinte, puisque seulement six longs métrages concourent pour décrocher le Hitchock d’Or, récompense décernée à l’issue des cinq jours du Festival du Film Britannique de Dinard. A qui Claude Lelouch remettra-t-il la statuette ? Côté comédies, on peut citer Chubby Funny, qui relate les pérégrinations d’un jeune ambitieux avide de percer dans le showbiz londonien ; This beautiful fantastic, une fable fantaisiste et légère sur la rencontre entre une jeune femme rêveuse et un vieillard aigri, ou encore Moon dogs, un road trip écossais des plus mouvementés qui va s’avérer le théâtre d’un triangle amoureux. Dans un autre registre, le jury pourra également découvrir Away, comédie dramatique qui dépeint l’amitié improbable entre Juno Temple et Timothy Spall à Blackpool ; Sing Street, un film musical nostalgique dont l’action se déroule dans le Dublin des 80’s,  ou encore le très intrigant Prevenge, déjà présenté à Venise, portrait décalé d’une femme enceinte tueuse en série !

Des avant-premières à gogo

Parfois, certains films britanniques ne trouvent malheureusement pas de distributeurs en France. Dinard est donc une belle occasion pour les anglophiles et les curieux de découvrir des pépites, des coups de cœur ou encore des navets sympathiques avant tout le monde, en exclusivité ! Parmi la sélection, on retrouve des films de genre avec Stratton, thriller d’action pur et dur où Dominic Cooper joue les gros bras au sein de la Royal Navy pour traquer une cellule terroriste, pendant que l’acteur Charlie Cox sortira les crocs dans Eat Local, comédie horrifique où des vampires envahissent la campagne anglaise. Pour les amateurs d’émotions, Love is thicker than water, présenté comme un Roméo et Juliette moderne, saura nous prendre par les sentiments, au même titre que You’re Ugly Too, un drame doux-amer porté par Aidan Gillen qui risque de nous réserver une belle surprise. Bien sûr, la sélection propose aussi des films plus sombres comme Detour, un thriller avec Tye Sheridan dans la peau d’un jeune étudiant tiraillé entre la perte de sa mère et son désir de vengeance, ou encore Hi-Lo Joe, qui retrace la descente aux enfers d’un homme en dépression. Mais qui dit Royaume-Uni dit avant tout chic, style, élégance et humour, valeurs qui seront incarnées par Tommy’s Honour, un récit historique qui se penche sur plusieurs générations de golfeurs, tandis que les très grinçants Stephen Fry et John Michael McDonagh reviennent avec leurs dernières extravagances, The Hippopotamus pour l’un (comédie qui met en scène les mésaventures d’un poète déchu) et War on everyone (satire policière déjantée avec le très sexy Alexander Skarsgard sous les traits d’un flic corrompu moyennement convaincant).

Hommages, rencontres et rétrospectives

Le Festival du Film Britannique de Dinard, c’est aussi des rencontres et des conférences : cette année, actualité oblige, on parlera Brexit mais pas seulement. La littérature sera également à l’honneur du festival à travers une masterclass intitulée « Shakespeare au cinéma », occasion de revenir sur les plus grands classiques du célèbre dramaturge, dont Coriolanus. Des personnalités éminentes comme Ken Loach et sa fidèle productrice Rebecca O’Brien seront bien évidemment au centre des conversations, puisque I, Daniel Blake, le dernier film du réalisateur, Palme d’Or au Festival de Cannes, sera projeté, tout comme Bridget Jones Baby, sur un ton plus léger ! Diversité, c’est sans doute le mot d’ordre du Festival, dont l’éclectisme et la variété de genres se retrouvent encore à travers ses rétrospectives savoureuses. Au menu, un danseur surdoué avec Billy Elliot, une ordure déséquilibrée avec Filth, un viking sanguinaire avec Valhalla Rising et du folklore traditionnel grâce au très onirique For those in peril.

Pour conclure, le Festival de Dinard offre l’opportunité à tous les passionnés de Septième Art et de culture britannique de voyager l’espace de quelques jours et de découvrir des films originaux, décalés et tendres, reflet de cette industrie cinématographique so british qu’on aime tant. 

L’Exorciste, une série de Jeremy Slater : Critique du pilote

Chapter One : « And Let My Cry Come Unto Thee » (« Et que mon cri parvienne jusqu’à toi »)

Synopsis : Rien ne va plus chez la famille Rance : le père commence à perdre la tête, la fille aînée est recluse dans sa chambre depuis son retour de l’université et même la cadette entend des voix dans les murs de la maison. Pour la mère, Angela, tout ceci est l’œuvre d’une force démoniaque. Persuadée que sa famille est en danger, elle fait appel au Père Tomas Ortega, qui lui-même sera amené à croiser la route du mystérieux Père Marcus Lang. 

Rome ne répond plus

Rien ne sert de présenter le classique dont est issu ce remake audiovisuel tant le film de Friedkin a marqué des générations entières et les actrices Linda Blair et Ellen Burstyn. Le projet peut être certes critiqué comme à chaque déclinaison (Scream, Rush Hour, L’Arme fatale…), mais la curiosité est belle et bien présente. La série ne s’appuie non pas sur le long-métrage d’horreur de 1973 – et nous soupirons de soulagement -, mais sur le roman original de William Blatty paru 2 ans plus tôt. L’écrivain, se basant sur des faits réels de lorsqu’il était étudiant, à également réalisé le troisième opus de 1990. Devenue une franchise à part entière, l’une des plus rentables de l’histoire avec plus de 402 milliards de dollars, et classée par l’American Film Institute comme le troisième meilleur thriller derrière Psychose et Les Dents de la mer, la série a su convaincre la Fox avec un pilote relativement surprenant. Réussira-t-elle, sur 13 épisodes, à toucher le cœur des sériephiles ? Elle a réuni peu de fidèles (moins de 3 millions), sachant que la case du vendredi soir est traditionnellement désertée, devant le reboot Mac Gyver (critique à venir). La rédaction est emballée par le premier épisode. Décryptage…

Créée par Jeremy Slater*, scénariste de formation (The Lazarus Effect, Fantastic Four et Death Note à venir) L’Exorciste débute sur l’arrivée d’un prêtre, par un remarquable travail sonore (entre aboiements de chiens, grondement d’engins ou climatique et cris enfantins) et des éclairages tranchées (l’écho à la photographie de Daredevil de Netflix est soudain). Identifiable tout d’abord uniquement par son chapeau et sa sacoche de médecin, tel une ombre, le Père Marcus arrive au pied d’une villa défavorisée suspendue au cœur d’une bourgade hispanique où le christianisme règne en maître. Dans ces jardins de Babylone démoniaques, un petit garçon du nom de Gabriel sera en proie à des forces inconnues. En parallèle, nous suivons (c’est le cas de le dire, par un agréable travelling introductif) le discours messianique du Père Tomas, d’origine mexicaine. Le choix n’est, par ailleurs, pas anodin. L’acteur Alfonso « Poncho » Herrera, récompensés aux MTV Movie Awards pour son rôle de méchant dans le soap Amar te duele en 2002, et surtout Hernando, le petit ami de Lito dans Sense8, incarne avec sympathie et contrastes ce nouveau personnage principal. Nous ne savons guère si, du reste, il est le héros de cette histoire car le père Marcus est également prépondérant. Sa tête nous est familière, Ben Daniel est l’amant de Claire Underwood dans la première saison de House of Cards et le remarquable et charismatique Paul Grayson, directeur homosexuel de la New York City’s School of American Ballet dans Flesh and Bones (dont une saison 2 est sûrement à prévoir pour 2017). Sa performance virile et torturée est saisissante. Le glissement de l’un à l’autre s’opère insidieusement et de cet habile tour de main scénaristique naît une véritable addiction. Une autre surprise pour les cinéphiles, une Geena Davis (Thelma et Louise, The Fly, Beetlejuice) sous chirurgie plastique incarne la mère d’Angela Rance, préoccupée par la réclusion de sa fille aînée.

Visuellement, la série se démarque clairement en puisant dans l’original, tête rotative à 180°, dents de scie putréfiées et pustules infectées… Ainsi va la photographie, froide et électrique, « au grain de poussière », couplée à une mise en scène moderne. Le nom de Rupert Wyatt fait sûrement écho, il a réalisé La Planète des singes : Les Origines et reçu le Hitchcock d’or et le Hitchcock d’Argent du public au Festival du film britannique de Dinard en 2008 pour son deuxième long métrage Ultime Evasion. La séquence onirique dans la chambre du petit possédé dégage une atmosphère virtuelle, comme tirée d’un jeu vidéo et une deuxième, sombre, dans le grenier impressionne. Jonglant entre implicite et explicite par l’effet d’un maquillage suffisamment tape-à-l’œil sans être vulgaire (ce qui faisait notamment l’originalité du premier film). Être ou (ne) paraître, tel est le leitmotiv de cette mise à jour télévisuelle. Lorsque le père de famille « simple d’esprit » – on ne sait encore par quel accident – devient lucide et que le sensé rejoint les fous, il est légitime d’admettre que la frontière s’enfonce au-delà du réel. Point trop n’en faut, on n’en sait assez peu sur Tomas, oncle aimant, frère attentionné et honnête homme au cœur brisé. Le mal s’abattra, comme à l’usage, sur son entourage et on devine que son neveu ne sera guère épargné. Pauvre communauté latino-américaine ! L’empathie est juste et le frisson de plaisir hérisse le poil lorsque sonne le thème composé par Mike Oldfield, introductif de son album « Tubular Bells ».** Rappelons que Lalo Schiffrin, a qui l’on doit le thème de Mission Impossible et La Panthère rose, avait commencé à composer . Vous voulez savoir à quoi aurait ressemblé la bande originale ? Entre Bernard Herrmann aux cordes grinçantes et aiguës et ballade aux pianos rythmée seventies, bref beaucoup moins marquée et synthé…

En somme, la possession l’emporte sur le risible et la foi dépasse le dogme religieux. Il faut se faire une raison, athée ou croyant, pratiquant ou incrédule, ce pilote détonant de L’Exorciste ouvre sur une incroyable dualité inversée où la religion, pauvre opium du peuple, n’est pas là où on le croit. L’oxymore est équilibrée. Mais rien n’est acquis, le blasphème se cache peut-être derrière cette fameuse porte blanche. Béni soit ce démarrage, car le divertissement est sacré.

*aucun rapport avec Christian, l’acteur, ni Kelly, le surfeur.

** lire à ce sujet l’article sur les symphonies d’outre tombe

L’Exorciste : Fiche Technique

Créateur : Jeremy Slater
Réalisation : Rupert Wyatt
Scénario : Jeremy Slater (basé sur le roman de William Peter Blatty)
Interprétation : Alfonso Herrera (Père Tomas Ortega), Ben Daniels (Père Marcus Keane), Geenna Davis (Angela Rance), Hannah Kasulka (Casey Rance), Brianne Howey (Charlotte as Kate Rance), Kurt Egyiawan (Père Bennett), Alan Ruck (Henry Rance), Isaac Linares (Gabriel)
Image : Alex Disenhof
Effets spéciaux maquillage : Cary Ayers, James MacKinnon et Sabrina Wilson
Effets spéciaux visuels : Jim Hawkins, Jeffrey Edward Baksinski et Tyler Nathan
Production : Rolin Jones, David C. Robinson, James G. Robinson, Jeremy Slater, Barbara Wall, Rupert Wyatt
Sociétés de production: Morgan Creek Productions, New Neighborhood, 20th Century Fox Television
Genre : thriller, drame, horreur
Format : 13 épisodes de 42 minutes
Chaîne d’origine : Fox
Diffusion aux USA : tous les vendredi soir – 23 septembre 2016

 

Musiques de films d’horreur : 5 symphonies d’outre-tombe

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Intenses, imperceptibles, les complaintes des films d’épouvante hantent notre inconscient. Il est temps de lever le voile sur quelques unes de ces musiques de films d’horreur et/ou thrillers angoissants.

Sans elles, les films d’horreur ne seraient pas des films d’horreur. Elles contribuent à rendre l’atmosphère pesant, à entretenir la tension et la terreur. Ce sont des musiques angoissantes, des bandes-son inquiétantes… Des mélodies de l’Enfer ! Et pourtant, ces harmonies majestueuses nous viennent pour la plupart de grands compositeurs classiques. Au-delà de la célèbre « Tubular Bells » de Mike Oldfield pour le film L’Exorciste, du générique stressant de Psychose par Bernard Herrmann ou de l’Aria des Variations Goldberg de Bach dans Le Silence des Agneaux, on retrouve souvent dans les films des thèmes musicaux récurrents qui suggèrent la peur et la panique.

LeMagduciné a sélectionné 5 des musiques de films d’horreur les plus fréquentes ???- une liste non exhaustive mais qui vaut bien qu’on s’y attarde …

1/ L’Allegreto de la Symphonie n°7 de Beethoven :

Reprise maintes fois dans les films ou les séries les plus sombres tels que Masters of Horror (l’épisode « La Cave » de William Malone), Prédictions de Alex Proyas, 666 Park Avenue de David Wilcox, la Symphonie n°7 est l’une des mélodies les plus inquiétantes qui soient. Malgré ça, impossible de rester insensible à la beauté de ces notes graves, vibrantes et solennelles, profondément mélancoliques et rigoureusement implacables comme une marche funèbre. On retiendra d’ailleurs que, conformément à la fureur et à la fatalité de cette sonate, l’Allegreto du deuxième mouvement est employé dans le terrible film Irréversible de Gaspar Noé. Pour sa teinte onirique, la Symphonie n°7 intervient aussi dans Zardoz de John Boorman, un film post-apo symbolique et dérangeant des années 70′ avec Sean Connery.

Prédictions – scène catastrophe sur la Symphonie 7 de Beethoven 

2/ La Toccata et Fugue (en Ré ou Do mineur) de Jean-Sebastien Bach :

Le classique des classiques qu’on retrouve dans le récent Mister Babadook mais aussi bien avant dans le Docteur Jekyll et M. Hyde de Mamoulian et surtout dans Le Fantôme de l’Opéra de Terence Fisher, Histoires d’outre-tombe de Freddie Francis ou Devil Story de Bernard Launois.

Le Fantôme de l’Opéra – extrait sur la Toccata et Fugue de Bach  

3/ La Lettre à Élise de Ludwig van Beethoven : 

Un grand classique encore, parfois retravaillé dans une tonalité plus joyeuse, cette composition garde toujours un fond mélancolique. On trouvera La Lettre à Élise dans le film Ça : « Il » est revenu de Tommy Lee Wallace (adapté du roman It de Stephen King). On la retrouvera aussi dans le trop méconnu mais pourtant bien flippant Don’t Go To Sleep de Richard Lang. Plus tard, cette troublante berceuse sera utilisée dans le dramatique Elephant de Gus Van Sant et surtout chez Quentin Tarantino dans les très décalés Django Unchained et Inglourious Basterds.

Ça : « Il » est revenu – Scène de Georgie sur fond de La Lettre à Élise

4/ The Funeral of Queen Mary de Henry Purcell :

Cette marche funèbre composée pour les funérailles de la reine d’Angleterre Mary II est mondialement connue pour la bande-son d’Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Dès l’intro du film, ses notes tristes et langoureuses donnent le ton de ce qui sera une expérience machiavélique et dérangeante. Pour coller au maximum à ce film d’anticipation, ultraviolent et futuriste, la compositrice Wendy Carlos a adapté l’œuvre originale en y ajoutant des synthétiseurs et des vocoders. Effet oppressant garanti ! On rencontre aussi cette marche funèbre pour la Reine Mary dans le film apocalyptique Stalker de Andreï Tarkovski.

Orange Mécanique – générique d’après The Funeral of Queen Mary de Purcell :

5/ Le Lac des Cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovski :

Récemment exploitée dans le controversé Black Swan de Darren Aronofsky, la complainte de la Mort du Cygne avait déjà fait frissonner les spectateurs dans le Dracula original de Tod Browning en 1931. L’année suivante, on retrouvait cette mélodie mystique, désolante, charnelle et puissante dans Double Assassinat dans la rue Morgue de Robert Florey puis dans La Momie de Karl Freund.

Petit clin d’oeil aussi aux travelings sur les visages de martyres des moines de Tibéhirine dans Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois le tout sur l’intonation lyrique du Lac des Cygnes : plus encore que l’angoisse, une boule au ventre qui ne vous quittera pas !

Opening de Dracula de Tod Browning – Le Lac des Cygnes

Les 7 Mercenaires, un film d’Antoine Fuqua : Critique

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Pour appréhender ce western, il faut se rappeler le lourd passif qu’il traine derrière lui : Dans les années 50, l’Amérique découvrait le cinéma de son ancien ennemi japonais grâce au talent d’Akira Kurosawa, et en particulier le magnifique Les Sept samouraïs (1954), dont la trame se voulait si universelle que les majors hollywoodiens  s’empressèrent de l’occidentaliser en demandant à John Sturges (Règlement de compte à OK Corral) d’en faire un western.

Synopsis : La petite ville de Rose Creek subit le joug d’un industriel despotique qui rackette les habitants et les force à travailler dans ses mines. L’incendie de l’Eglise pousse ces villageois oppressés à embaucher sept combattants chargés de les défendre contre cette menace. Alors que la bataille approche, ces individus peu fréquentables vont apprendre à dépasser leurs tensions et à collaborer pour réussir cette mission commune.

Les sept Mercenaires (1960) reste encore aujourd’hui -et sans doute pour encore longtemps- le meilleur remake américain d’un film étranger (d’aucuns prétendront que Les Infiltrés de Scorsese peut rivaliser à ce titre). Malgré le fait que le film ait eu des suites oubliables et que Les sept samouraïs ait lui-même connu depuis de nombreux remakes de par le monde (1001 pattes en est un !), l’idée de refaire un 7 mercenaires semblait, même plus d’un demi-siècle plus tard, un projet impensable. Et pourtant Antoine Fuqua, financé par Sony (une firme japonaise… comme quoi le monde est petit), s’y est lancé, convaincu qu’il est de pouvoir marquer de sa patte tous les sous-genres du cinéma d’action. Toutefois, comme nous l’a d’ailleurs prouvé son film de boxe La Rage au Ventre, Fuqua n’a strictement rien à apporter aux codes dont il s’empare. Son western est toutefois intéressant dans l’observation de ses efforts de modernisation pour saisir l’état du cinéma hollywoodien contemporain.

Le gros avantage du récit est celui de s’articuler à la façon d’un film de bande. Encore aurait-il fallu savoir en profiter en créant des personnages iconoclastes ainsi qu’une dynamique de groupe et des relations un tant soit peu approfondies, mais sur ce point Les 7 mercenaires s’avère aussi peu abouti que Suicide Squad. Il y a encore peu de temps, l’envie de Fuqua de faire de son acteur fétiche Denzel Washington un héros de western aurait été une hérésie, mais Django Unchained est passé par là, et à présent (« l’ère Obama » ?) cette figure fondatrice du mythe américain peut se permettre d’être un afro-américain. Dès lors le réalisateur n’a eu aucun scrupule à donner à sa star un rôle qui n’est finalement que l’ancêtre de celui qu’il incarnait dans The Equalizer, leur précédente collaboration, ses postures étant étrangement similaires dans les deux films. Mais, dans un élan de politiquement correct loin d’être désintéressé, les décideurs ont tenu à ce que, autour de ce héros black, toutes les minorités soient représentées, et c’est à partir de cette contrainte que le scénario va commencer à révéler ses plus grosses faiblesses.

La modernisation de ce classique intouchable passe par une improbable pluralité ethnique et un accroissement de la morale chrétienne. Un constat révélateur de ce qui ne tourne pas rond à Hollywood en 2016.

Parmi les six autres mercenaires qui forment cette équipe dépersonnalisée et à laquelle il est difficile de s’attacher, on compte ainsi un chinois (incarné par le coréen Lee Byung-hun) qui n’est caractérisé que par son aptitude de lanceur de couteaux, un mexicain (Manuel Garcia-Rulfo), dont on saura rien d’autre qu’il est recherché par la Police, et un indien (Martin Sensmeier) qui lui non plus n’apporte rien sinon un combat très bâclé contre un autre indien, celui qui est du côté des méchants. Les trois autres mercenaires sont respectivement interprétés par le très bankable Chris Pratt qui tient finalement le même rôle qu’à l’accoutumée, celui du sympathique blagueur-dragueur, Vincent D’onofrio en roue libre mais lui aussi sous-exploité et enfin Ethan Hawke qui tient très certainement le rôle le plus intéressant, avec un réel traumatisme et un passif qu’il aurait été bon de traiter davantage. Hormis Haley Bennett, qui assure l’unique présence féminine du film dans un rôle insipide, l’autre personnage capital est évidemment le grand méchant interprété par un Peter Sarsgaard que l’on n’aura rarement vu aussi grotesque qu’en faisant les gros yeux pour bien appuyer la méchanceté de cette caricature ultra-manichéenne représentant vaguement (via un discours d’ouverture sans queue ni tête) le capitalisme sauvage.

Parce qu’il est impossible d’y couper, la comparaison entre ce remake et son modèle, laisse apparaitre la disparation de l’esprit désenchanté du film de Sturges au profit d’un retour à une imagerie bien plus romanesque de l’Ouest Sauvage. On remarque également deux éléments assez singuliers : d’abord, la place centrale de l’église au centre du village qui symbolise cette institution sacrée à laquelle le méchant n’aurait pas dû s’attaquer sans risquer un courroux sanglant ; ensuite le parcours du personnage d’Ethan Hawke, et en particulier sa rédemption finale qui le pousse vers le sacrifice, alors qu’il se calque sur un personnage qui autrefois resta jusqu’à la fin uniquement obnubilé par l’appât du gain. Cette idée de sacraliser des martyrs, littéralement morts au nom de l’Église, est un sous-texte qui peut sembler dérangeant mais malgré tout dans l’air du temps, et qui place cette réécriture dans un processus similaire à celui du récent remake de Ben-Hur qui partageait cette morale ultra-puritaine, incarnée en l’occurrence par la place donnée à la figure christique. Mais, derrière cela, Les 7 Mercenaires est avant tout un film d’action et, par extension, une promesse de divertissement familial.

Même si quelques coups de feu ont été tirés avant cela, il aura fallu attendre une heure pour voir la première véritable scène d’action d’envergure. Cette fusillade, bien que trop courte, apparait alors comme un moment charnière dans la narration puisqu’il s’agit de la première fois où l’on voit l’équipe au complet et où l’on découvre ainsi l’efficacité de leur complémentarité. Après cela il va encore falloir attendre une quarantaine de minutes pour en arriver à ce climax tant attendu de l’attaque du village. Un passage éminemment dynamique, à tel point qu’il pourrait presque faire oublier les longueurs qui l’ont précédé s’il n’était pas gâché par une illisibilité totale. Entre les héros qui changent de lieu d’un plan à l’autre et un nombre d’ennemis qui semblent croître au fur et à mesure qu’ils sont tués, le surdécoupage qui caractérise le cinéma de Fuqua  se révèle n’être qu’un vulgaire cache-misère. Cette terrible maladresse dès que le rythme s’accélère, alors que sa mise en scène est globalement empêtrée dans un classicisme impersonnel, ne peut que pousser à conclure que, si l’on accepte l’idée que ce remake des 7 Mercenaires ait pu être un projet pertinent, Antoine Fuqua n’était certainement l’homme de la situation.

Les 7 mercenaires : Bande-annonce

Les 7 mercenaires : Fiche technique

Titre original : The Magnificent Seven
Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : Richard Wenk et Nic Pizzolatto d’après le film homonyme de John Sturges
Interprétation : Denzel Washington (Sam Chisolm), Chris Pratt (Josh Farraday), Ethan Hawke (Goodnight Robicheaux), Byung-Hun Lee (Billy Rocks), Peter Sarsgaard (Bartholomew Bogue)…
Photographie : Mauro Fiore
Décors : John Refoua
Direction artistique : Leslie Mcdonald
Montage : John Refoua
Musique : James Horner, Simon Franglen
Producteurs : Roger Birnbaum et Todd Black
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Sony Pictures Entertainment et Village Roadshow Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 108 millions de $
Genre : Western
Durée : 133 minutes
Date de sortie : 28 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

Vue Sur Mer de Angelina Jolie en DVD/Blu-Ray le 16 Août 2016

Quand le couple Brangelina se met en scène dans un sujet aussi proche de l’actualité, on ne peut que jubiler. Pourtant, Vue sur Mer est à l’image des magazines people à cheval sur le divorce du siècle : vide, désespérément vide…

Dans une France aux allures de carte postale, Roland et Vanessa, un couple américain, arrive dans une station balnéaire de la Côte d’Azur. Lui est écrivain, elle était danseuse avant d’être au crochet de son mari. Le ménage semble en crise sentimentale, quand Roland s’enferme dans l’alcool, Vanessa s’enfonce dans une déprime hystérique. A mesure qu’ils affrontent leurs propres difficultés, la rencontre d’un autre couple, celui de Léa et François semblent attiser la curiosité perverse des mariés. Tandis qu’ils rencontrent d’autres habitants comme Michel et Patrice, Roland et Vanessa se rapprochent du couple de français, allant même jusqu’au voyeurisme depuis un enfonçure dans leurs chambres. Cependant, un événement mystérieux, caché par le couple et responsable de leur désarroi, resurgit durant leur virée au bord de mer.

Au Pays du surjeu et de l’ennui…

Alors que le divorce Brad/Angelina est encore dans toutes les têtes à Hollywood, rendons hommage à la simili thérapie que s’est offerte le couple derrière et devant la caméra pour Vue Sur Mer, un long métrage potentiellement réaliste. De même, il convient de féliciter Angelina Jolie pour son talent indéniable à la réalisation, oscillant entre une belle image et une redoutable efficacité, malgré un style un peu plan-plan. De ce fait, un tel sujet et un tel casting ne pouvait qu’attiser notre curiosité, surtout avec la perspective d’acteurs, de personnages et de décors français. Une satisfaction rapidement atténuée par les lieux de tournage, finalement installés à Malte, pour des question économiques, ainsi que par une atmosphère terne à l’excès, dénuée de toute vie. Le film se caractérise avant tout par un traitement psychologique outrancier de ses personnages : chaque réaction, chaque dialogue est amplifié à l’excès, rendant tout attachement impossible. Par ailleurs, la différence de tonalité entre le phrasé francophone très spontané de Richard Bohringer et Niels Arestrup et l’anglais enjoué de Brangelina sonne trop faux pour convaincre. Une caractérisation à l’image des enjeux du long métrage : artificiels. Il en résulte une distribution d’acteurs en plein marasme artistique, que ce soit le duo Pitt/Jolie en Liz Taylor et Richard Burton Leader Price, digne d’éléphants de mer shootés aux xanax ou encore Mélanie Laurent et Melvil Poupaud, tout juste bons pour des scènes de lits à voyeurisme bobo. Vue sur Mer est donc le caprice surdimensionné que seul un égo arty comme celui d’Angelina Jolie pouvait nous offrir. Un amas de clichés assemblés dans le mauvais ordre où règne un vide scénaristique complet et un casting en roue libre, toujours en adéquation avec la lourdeur du propos. Ni la photographie aux couleurs chaudes agréables ni les sublimes décors maltais ne sauveront ce raté cinématographique. Une réponse en toute somme logique au drame conjugal qu’affronte le couple en ce moment.

Une édition à l’image de son métrage

Si l’image en Blu-Ray retranscrit à merveille les couleurs chaudes du bassin méditerranéen, la version DVD ne suffit à compenser l’ennui, de part son image terne et son montage sonore d’une banalité rare. Le mixage son souffre ainsi de nombreux défauts, notamment avec les musiques françaises trop fortes en fond ou encore certains dialogues trop bas par rapport aux bruitages ajoutés. L’immersion est donc d’autant plus réduite. De ce fait, on ne pourra que critiquer le choix des bonus, en l’occurrence des scènes coupées, que de ne rien apporter à une expérience déjà pénible ; prolonger la douleur n’étant pas la meilleure des stratégies. L’absence d’un commentaire audio est également regrettable, surtout quand des éclairages paraissent nécessaire sur certains choix de scénario et de mise en scène. Un vide technique aussi significatif que les enjeux du long métrage, s’efforçant en vain d’attirer le spectateur curieux, mais qui échoue sans cesse à être une proposition de cinéma agréable et intéressante.

Universal Pictures Vidéo annonce la sortie de Vue Sur Mer en DVD et BR pour le 16 août 2016

Vue Sur Mer : Recap DVD/Blu-Ray

Caractéristiques techniques du DVD :
Durée: 2h02
Image: 2.40:1
Audio : Italien (Dolby Digital 5.1), Allemand (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 5.1), Turc (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1), Espagnol (Dolby Digital 5.1)
Sous Titres : Allemand, Danois, Espagnol, Finnois, Français, Hindi, Italien, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Suédois, Turc, Arabe
Caractéristiques techniques des Blu-ray™:
Disque 1 (film):
Image: 2.40:1
Audio: Italien (DTS 5.1 Surround), Allemand (DTS 5.1 Surround), Anglais (DTS-HD 5.1), Turc (Dolby Digital 5.1), Français (DTS 5.1 Surround), Espagnol (DTS 5.1 Surround)
Sous-titres : Allemand, Anglais, Arabe, Danois, Finnois, Français, Hindi, Islandais, Italien, Néerlandais, Norvégien, Portugais, Suédois, Espagnol, Turc
Bonus: Scènes coupées

Vue Sur Mer : Bande-Annonce 

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Rencontre avec Tim Burton

Rencontre avec Tim Burton, le réalisateur de Miss Peregrine et les enfants particuliers (au cinéma le 5 octobre)

Lundi 19 septembre, le public du Royal Monceau était en émoi. Tim Burton était de passage à Paris pour la première française de son nouveau long métrage tant attendu, Miss Peregrine et les enfants particuliers. Cheveux ébouriffés caractéristiques et humour aussi noir que le costume qu’il portait, aucun doute, c’était bel et bien M. Burton sur scène. Retour sur une rencontre hors du commun.

« Every film you do is like your first and your last film »

[en français : « Chaque film que l’on fait est comme le premier et le dernier »]

C’est la deuxième fois que vous travaillez avec Eva Green, après Dark Shadows. Comment avez vous choisi vos acteurs ?

« Les enfants sont toujours très difficiles à caster. Mais j’aime m’entourer de personnes avec qui j’aime être et travailler. C’est comme ça que je choisi.

Quand à Eva Green, elle était mon premier choix. Elle est à la fois drôle, dramatique, étrange, belle et elle est capable de se changer en oiseau (l’une de ses facultés dans le film), elle est parfaite [rire]. Peu de personnes sont autant de choses à la fois. C’est rare à notre époque de rencontrer quelqu’un d’aussi mystérieux »

Pour quelles raisons avez vous eu envie de travailler avec Jane Goldman (la scénariste du projet) ?

« Je connaissais déjà un peu Jane, je l’avais rencontré quelques fois. Elle est très talentueuse, très douée dans ce qu’elle fait et elle est un peu étrange aussi »

Comment avez-vous utilisé les photos, un élément central du livre ?

« Ce sont d’abord les photos qui m’ont séduites, avant même que je ne commence à lire. Je collectionne moi-même les photos et ce sont donc elles qui m’ont touché en premier. Elles sont l’arôme du livre.

Dans ces photos, il y a de la poésie, du mystère aussi. Elles peuvent raconter tout un tas de choses en fonction de la personne qui les regarde. Et c’est ce qui est génial dans le cinéma, toutes ces émotions peuvent prendre vie et changer car le média le permet »

Comment raconter une histoire qui existe déjà (Miss Peregrine et les enfants particuliers est adapté du roman de Ransom Riggs publié en 2011) ?

« J’essaie toujours d’aborder l’histoire d’un point de vue personnel. Je choisis des personnages qui me touchent, dont je me sens proche »

Est-ce que Miss Peregrine et les enfants particuliers est votre film de super-héros à vous  ?

« C’est ce que j’aime. Ce ne sont que des enfants et il se trouve qu’ils sont spéciaux, différents. Et ils ne sont pas acceptés pour cette raison. C’est une autre vision des super pouvoirs »

Il y a de nombreuses références à d’autres films fantastiques, The Shining, Jason et les Argonautes. Est-ce une sorte d’hommage au cinéma du genre ?

« Je puise évidemment mon inspiration de certains films qui ont eu un impact sur moi pour à nouveau produire un impact sur le spectateur. C’est ce que fait le cinéma, il touche celui qui regarde »

La 3D a-t-elle eu un impact sur votre projet ?

« La 3D n’influence pas du tout ma façon de filmer. Ce n’était pas prévu lors du tournage que le film sortirait en 3D. Je n’en suis d’ailleurs pas particulièrement friand, mais c’est quelque chose que j’apprécie à l’occasion, quand elle est bien utilisée »

Vous avez l’habitude de travailler avec Danny Elfman pour la musique. Pourquoi n’a-t-il pas composé le thème de Miss Peregrine et les enfants particuliers ? On aurait tout à fait pu l’imaginer créer l’ambiance de cet univers. 

« Parce qu’il était occupé, principalement [rire]. Danny est mon ami et je retravaillerai encore avec lui, mais j’avais aussi envie de donner leur chance à d’autres compositeurs, comme on l’a fait pour moi »

Vos films donnent l’impression d’être plus joyeux qu’avant. Y a-t-il une raison à cela ?

« Je dois être fou. [Il fixe le public d’un regard vitreux] Est-ce que j’ai l’air heureux là ? Non mais vraiment, je suis fou »

Si vous ne deviez en choisir qu’une, quelle particularité aimeriez-vous avoir ?

« Pouvoir me rendre invisible. J’aimerais bien pouvoir disparaître quelques fois »

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Bande-annonce

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Fiche technique

Titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Jane Goldman
Interprétation : Eva Green (Miss Peregrine), Asa Butterfield (Jacob), Samuel L. Jackson (Barron), Judi Dench (Miss Avocet), Rupert Everett (L’ornithologue), Allisson Janey (Dr. Golan), Ella Purnell (Emma), Terrence Stamp (Abe)
Décors : Gavin Bocquet, Elli Griff et Kat Kane
Costumes : Colleen Atwood
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Michael Higham et Matthew Magerson
Producteurs : Petre Chernin et Jenno Topping
Genre : Aventure, Famille, Fantastique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

États-Unis – 2016

Auteur : Yael Calvo

Miss Peregrine et les enfants particuliers, un film de Tim Burton : Critique

Quand Jake était petit, il aimait les histoires. Maintenant qu’il a grandi, il ne peut plus se permettre de croire à ces contes de fées. Du moins, c’est ce que disent les adultes. Il va alors s’inventer son Pays Imaginaire, le pensionnat de Miss Peregrine.

Synopsis : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs…  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

 Le syndrome de Peter Pan

Ce monde parallèle dans lequel le temps s’est arrêté fait en effet directement écho au Pays Imaginaire et aux Enfants Perdus de James Matthew Barrie. Jake tombe amoureux de la belle Emma, tout comme Wendy succombait au charme de Peter (capables tous deux de voler). Idylle qui finira par conduire les protagonistes à une remise en question sur le passage du monde de l’enfance à l’âge adulte.

Plus qu’une histoire de super-héros, Miss Peregrine et les enfants particuliers est un roman d’initiation dans lequel Jake, un adolescent qui se définit lui-même comme « ordinaire » va découvrir sa destinée. La confiance, le choix, l’indépendance et la différence sont au cœur de ce récit fantastique dont l’intrigue s’articule autour d’un contexte historique fort, la Seconde Guerre Mondiale.

Mais voilà, le film prend une toute autre direction après quarante-cinq minutes, lorsqu’il dérive vers l’héroïque, pour finalement s’échouer et perdre l’essentiel du message dont il était porteur.

Le spectateur est soudain emporté dans un tourbillon de péripéties à base de voyages spatio-temporels et d’univers parallèles. Rien de très original si l’on regarde les films du genre de ces dernières années. Le pensionnat de Miss Peregrine devient le théâtre d’évènements sans queue ni tête qui ne font nullement avancer l’intrigue. On y découvre une palette de jeunes dotés de spécificités inhumaines, obligés de se cacher du reste du monde, qui n’accepte pas leur différence. Lorsque l’on sait que Jane Goldman n’est autre que la scénariste de X-men Le Commencement et X-Men Days of Futur Past, on comprend assez aisément d’où vient l’inspiration.

Ce refuge pour enfants particuliers était une idée intéressante pour dénoncer le rejet dont ont été victimes les juifs pendant la guerre. Un sujet épineux qui aurait mérité que l’on s’y attarde.

Le film passe à côté de son sujet pour se focaliser sur un récit qui devient purement fantastique et se transforme au fur et à mesure que l’intrigue avance en un film de super-héros lambda dans lequel les gentils triomphent à la fin et dans lequel le passage de l’enfance à l’âge adulte n’est présent qu’à travers une histoire d’amour, sans reliefs et insipide.

Faire un film sur l’adolescence ne signifie pas forcément s’adresser uniquement aux adolescents. Et quand bien même, il ne semble pas que les ados manquent aussi peu d’imagination. Il paraît donc inutile d’affubler Samuel L. Jackson de crocs et d’une paire d’yeux perçants pour montrer qu’il est vraiment très méchant. Tout est mâché et le résultat est malheureusement indigeste.

 Il était une fois …

Tout comme Big Fish, Miss Peregrine et les enfants particuliers s’appuie sur les histoires fantaisistes d’un grand-père qui, usé du réel, l’enjolive et s’invente sa propre vérité. Malheureusement, le film échoue où Big Fish réussissait brillamment et intelligemment par sa finesse et sa sensibilité. Le récit de Miss Peregrine donne l’impression de ne pas savoir où il va.  Il ne raconte rien et se somme par un capharnaüm monumental où se mélangent vulgairement petite magie et effets spéciaux en veux tu en voilà.

Le personnage du grand-père autour duquel est censé s’articuler le récit, est presque totalement absent du film pour laisser briller un héros qui se révèle creux et immature.

Partenaires particuliers

Comment évoquer la filmographie de Tim Burton sans parler de son univers musical singulier ?

C’est à Danny Elfman, compositeur attitré et ami du réalisateur, que l’on doit la plupart des succès musicaux des œuvres de ce dernier, jusqu’à Big Eyes dernièrement.

Pour Miss Peregrine, Burton a fait appel à un compositeur qui avait déjà travaillé sur deux de ses films, Dark Shadows et Frankenweenie, Michael Higham, et au compositeur de la musique de Kingsman, Matthew Magerson. Les deux artistes signent une bande originale plaisante mais peu marquante. On est loin des thèmes musicaux d’Edward aux mains d’argent ou de Big Fish.

Du côté de la mise en scène, rien de bien chatoyant non plus. Le réalisateur nous avait habitué à plus effrayant et surtout, plus magique. À l’exception d’une séquence musicale assez amusante où des squelettes prennent vie, la réalisation reste plutôt classique. On a connu Tim Burton plus extravagant. La mise en scène manque d’audace, comme si le réalisateur avait dû contenir son imagination débordante. Ce n’est pas mauvais, c’est scolaire.

Tim Burton retrouve l’intrigante Eva Green pour une deuxième collaboration. L’actrice avait en effet interprété la sensuelle Angélique dans le film vampirique Dark Shadows, au côté de Johnny Depp, l’acteur fétiche du réalisateur, en 2012.

Cheveux de jais, teint de porcelaine, un physique atypique qui avait déjà séduit le réalisateur lorsque ce dernier avait fait de Winona Ryder, sa muse.

Lors de la rencontre organisée au Royal Monceau, le lundi 19 septembre, à l’occasion de l’avant-première du film, Tim Burton ne contenait pas son admiration : « Elle est à la fois drôle, dramatique, étrange et belle ».

Sur le jeu, la présence, il n’y a rien à dire. Eva Green est toujours sublime quoi qu’elle fasse. Mystérieuse, captivante, des atours dont son personnage aurait dû se parer. Miss Peregine, à l’image du film, est alléchante mais manque cruellement de profondeur.

Burtonien dans l’idée, pas dans la forme ni dans le fond

L’univers de Tim Burton ne se résume pas à quelques squelettes dansant sur une musique endiablée, des personnages aux gros yeux ou scarifiés, n’en déplaise à certains. C’est avant tout un grain de folie, une sensibilité atypique, qui fait que la filmographie du réalisateur est unique en son genre. Ceux qui connaissent l’œuvre de ce réalisateur si particulier, comprendront sans peine pourquoi l’histoire de l’écrivain Ransom Riggs l’a séduit. Malheureusement, le cœur et l’inspiration n’ y étaient pas. Pas question de douter du talent de Burton, il est immense, mais peut-être devrions-nous creuser davantage la réflexion et nous interroger sur les raisons de certains choix.

Miss Peregrine et les enfants particuliers saura très certainement trouver son public. Reste à savoir de quel côté se rangeront les fans du réalisateur.

Rencontre avec le cinéaste Tim Burton

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Bande annonce

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Fiche technique

Titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Jane Goldman, d’après une histoire originale de Ransom Riggs
Interprétation : Eva Green (Miss Peregrine), Asa Butterfield (Jacob), Samuel L. Jackson (Barron), Judi Dench (Miss Avocet), Rupert Everett (L’ornithologue), Allisson Janey (Dr. Golan), Ella Purnell (Emma), Terrence Stamp (Abe)…
Photographie : Bruno Delbonnel
Décors : Gavin Bocquet, Elli Griff et Kat Kane
Costumes : Colleen Atwood
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Michael Higham et Matthew Magerson
Producteurs : Petre Chernin et Jenno Topping
Genre : Aventure, Famille, Fantastique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

Auteur : Yael Calvo

 

Designated Survivor, une série de Davis Guggenheim : Critique du pilote

La toute nouvelle série d’ABC, Designated Survivor permet de retrouver Kiefer Sutherland à la télévision après le « semi » échec de Touch.

Synopsis : Au cours d’un discours présidentiel, un attentat frappe le Capitole, entrainant la mort du président et l’ensemble de son cabinet. Tom Kirkman, le secrétaire au Logement et au Développement urbain, a le statut du « survivant désigné », ce qui l’oblige a devenir le nouveau président des Etats-Unis et va devoir percer les mystères autour de cet attentat…

Retour gagnant pour Jack Bauer

Les fans auront un vrai plaisir de le revoir dans un rôle, à la fois proche et éloigné de la série qui l’a propulsé au rang  de star, à savoir 24.
Politique, terrorisme, complots, ces thèmes lui collent parfaitement à la peau, il ne prend donc pas énormément de risques, mais on l’aime tellement dans ce registre qu’on en redemande. Un reboot ou revival sur Jack Bauer n’a plus grand intérêt aujourd’hui, mais avoir trouvé le moyen de garder Sutherland dans cet univers rend la série intéressante et donne un premier effet de curiosité aux spectateurs. L’ancien agent de la cellule anti-terroriste a donc obtenu une belle promotion en s’installant à la Maison Blanche.
Néanmoins, on pourrait regretter aussi ces grosses similitudes car Kiefer Sutherland nous montre les mêmes facettes entre ses deux interprétations, Bauer comme Kirkman sont des personnages isolés et seuls contre tous, mais qui finissent toujours par prendre les bonnes décisions, et (trop) souvent par avoir raison.

Malgré ces remarques, le pilote remplit les consignes pour lancer une série. En effet, ce premier épisode est convaincant, il y a suffisamment de rebondissements, nous empêchant de nous ennuyer une seule seconde.
Mais la construction de l’épisode est un peu illogique et pas nécessaire : nous commençons par la catastrophe pour créer le choc et surprendre le spectateur, sauf que l’on connait déjà le pitch de départ, avec des trailers qui montraient toujours les mêmes images. Puis nous avons un retour en arrière sous forme de flash-back pour décrire les personnages et leurs situations. Seulement, le créateur, Davis Guggenheim, aurait pu faire le choix de commencer par le début, puis au milieu de l’épisode lancer l’attaque terroriste sans qu’on ait une rupture.

En ce qui concerne les storylines et le casting, il y a du potentiel pour que la série dure dans le temps, mais il faudra que les scénaristes trouvent le moyen de se renouveler d’ici la saison 2. Nous suivons deux intrigues en parallèles, Hannah Wells (interprétée par Maggie Q, qui signe aussi son retour depuis le succès Nikita) va chercher à comprendre l’origine de l’attaque terroriste avec les agents du FBI, tandis que Sutherland devra gérer, de son côté, la crise internationale en interne, tout en étant respecté par ses collègues et tout en essayant d’obtenir la confiance de la nation.
À côté de toute cette dramaturgie politique, Designated Survivor se montre aussi très familiale avec la femme et les enfants de Tom Kirkman qui ne sont pas laissés au second plan, au contraire, ils sont au cœur de tous ces événements et vont devoir s’adapter à la Maison Blanche et accepter leur nouvelle vie, et nous sommes vraiment curieux de voir comment évoluera cette famille qui ne s’imaginait pas une seconde accéder à la présidence.
Enfin, en dehors de Kiefer Sutherland, Maggie Q, et Natascha McElhone qui n’ont plus rien à prouver, les autres acteurs sont pour l’instant trop secondaires pour qu’on s’y intéresse réellement.

En conclusion, le bilan est plutôt positif, nous faisons face à un pilote dynamique, la trame (certes vue et revue depuis toutes ces années) est bien ficelée et le casting crédible dans l’ensemble de l’épisode.
Designated Survivor n’est pas une surprise, elle fait partie des séries les plus attendues parmi les nouvelles productions des networks, notamment parce qu’elle était marquée par le come-back réussi de Kiefer Sutherland, nous verrons si les prochains épisodes continueront à soutenir notre excitation.

Après Scandal qui se consacre à la politique, Quantico traitant du terrorisme, ABC obtient le parfait mélange des deux, en moins sexy, mais la série se montre plus sérieuse, et surtout plus crédible dans la direction des acteurs, qui est plus convaincante (à l’inverse de Quantico, plus cliché, et stéréotypé).

Ce premier épisode a rassemblé 10,04 millions de téléspectateurs pour un taux de 2,2% sur la cible 18-49 ans.

Designated Survivor : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=N_f1v0Nx5Sw

Designated Survivor : Fiche Technique

Créateurs : Davis Guggenheim
Acteurs principaux : Kiefer Sutherland (Tom Kirkman), Natascha McElhone (Alex Kirkman), Adan Canto (Aaron Shore), Italia Ricci (Emily Rhodes), LaMonica Garrett (Mike Ritter), Kal Penn (Seth Wright), Maggie Q (Hannah Wells).
Producteurs : Simon Kinberg, Davis Guggenheim, Kiefer Sutherland, Suzan Bymel, Mark Gordon, Amy Harris, Aditya Sood.
Société de production : ABC Studios, Mark Gordon Company, Genre Films, Entertainment 360.
Format: 42 minutes
Genre : Drame, Thriller

ETATS-UNIS  – 2016  

Moonwalkers d’Antoine Bardou-Jacquet en DVD le 7 septembre 2016

Sortie DVD : Moonwalkers, réalisé par Antoine Bardou-Jacquet.

Synopsis : Juillet 1969, Tom Kidman, l’un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, est envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick, mais il tombe sur Jonny, le manager raté d’un groupe de rock hippie. Tout les oppose, mais ils n’auront pas d’autre choix que de travailler ensemble, remplacer Kubrick, tromper la CIA, éviter les drogues hallucinogènes et sauver leur vie en montant la plus grosse supercherie de l’histoire.

Réalisatrice : Antoine Bardou-Jacquet
Casting : Rupert Grint, Ron Perlman, Robert Sheehan, Kevin Bishop, Eric Lampaert…
Distribution France : ESC Éditions

L’avis de la rédaction à propos de Moonwalkers : Le déroulement de l’intrigue, qui vire inéluctablement à l’imbroglio général, et la façon dont est traité par l’absurde ce prétendu recrutement de Kubrick par le gouvernement américain, ne sont pas sans rappeler l’écriture survoltée mais toujours maîtrisée et fluide de Guy Ritchie, une autre source d’inspiration évidente d’Antoine Bardou-Jacquet. Une comparaison amplifiée par la présence, autour du duo d’enfer Grint-Pearlman, d’un large panel de personnages secondaires pittoresques et hauts en couleurs que leur caractérisation archétypale n’empêche en rien d’être désopilants, allant du général américain débonnaire au réalisateur excentrique en passant par le gangster amateur de maquettes ou le manager cocaïnomane.
Critique à retrouver dans son intégralité ici.

Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h39 minutes

En terme de bonus : Vous pourrez retrouver un making-of du film de 8 minutes, des entretiens d’une durée de 37 minutes avec l’équipe du film ainsi que plusieurs scènes coupées commentées d’une durée de 6 minutes.

Le film est également disponible en VOD.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Moonwalkers : Bande-annonce

FEFFS 2016: La Nuit excentrique clôture en beauté le festival

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Comme l’an dernier, le FEFFS termine en beauté avec un film de clôture asiatique déjanté et 3 nanars de compétition pour tenir en haleine les festivaliers toute la nuit.

[Film de clôture] The Mermaid

Réalisé par Stephen Chow ( Hong-Kong,Chine 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Liu Xian, multimilliardaire vient d’acquérir le Golfe vert. Il prévoit d’y installer des sonars infligeant de nombreux dégâts à la faune aquatique. Les sirènes vivant dans le Golfe vert vont alors établir un plan pour éliminer Liu Xian.

Stephen Chow est un cinéaste reconnu pour ses comédies complètement loufoques, et notamment le célèbre Shaolin Soccer. Le voilà de retour avec un film revisitant le mythe des sirènes mais en gardant toute sa dimension déjantée. Puisant dans l’essence du cinéma hongkongais avec ses personnages virevoltants, et ses effets spéciaux assez kitsch, The Mermaid est également un hommage au cartoon. Il n’est pas difficile de se rappeler les fameux Bip-bip et Vil Coyote ou encore Tom et Jerry lors de certaines séquences (la tentative de meurtre en est la plus frappante).

Si cet aspect cartoon est omniprésent tout au long du film et le rend extrêmement drôle ( la séquence avec la police est un petit bijou), Stephen Chow ne s’arrête pas à une simple comédie complètement fêlée. Le cinéaste va de plus faire de son film une sorte de romance écolo. L’histoire d’amour entre Liu Xian et Shan est réussie et touchante. Le message écolo est lui aussi très présent, et sensibilise de façon originale aux dommages portés à un écosystème aussi fragile que l’océan. C’est peut-être un peu niais, mais ça se couple parfaitement avec cette dimension à la frontière du cartoon et du conte qu’est The Mermaid.

Mais le bouquet final du FEFFS n’est pas la cérémonie de clôture, c’est la très attendue Nuit excentrique. Cette dernière qui a été inaugurée pour la première fois à la Cinémathèque Française, fait son retour au FEFFS pour la deuxième fois après celle de l’an dernier. Concoctée par Jean-François Roger, directeur de la programmation de la Cinémathèque française, la Nuit excentrique nous propose 3 nanars top niveaux pour nous accompagner de minuit à 7h du matin. Pour cette deuxième fois à Strasbourg, le menu nous propose Virus Cannibale, Yor le chasseur du futur et Les Hommes d’une autre planète.

Virus Cannibale

Réalisé par Bruno Mattei (Italie, 1980) Date de sortie 17 novembre 1980.

Synopsis : Une troupe de militaires est envoyé en Nouvelle-Guinée afin de gérer des manifestations tribales. Après avoir sauvé un groupe de journalistes, ils remarquent que les autochtones souffrent d’un terrible virus.

Bruno Mattei fait partie de ces réalisateurs du cinéma bis italien réputés pour leurs films d’une qualité effroyable. Avant les Rats de Manhattan, autre grand classique du nanar, ce cher Bruno nous a offert Virus Cannibale. Alors que le film de zombies a le vent en poupe, grâce notamment à Georges Romero, il fallait que le cinéma italien apporte sa pierre à l’édifice. Dommage que cette pierre soit complètement émoussée. Virus Cannibale est un véritable récital de mauvais goût et de fautes cinématographiques. A tel point que le film en devient un chef d’œuvre du nanar.

Entre les zombies ne sachant pas ce qu’ils doivent faire, l’utilisation de stock-shot provenant de documentaires animaliers en complète inadéquation avec le récit, ou un scénario d’une bêtise infinie, tout est réuni pour passer un bon moment. Comme dans tout bon nanar, on peut bien évidemment compter sur une VF à la qualité plus que douteuse où les personnages débiteront des imbécillités à répétition, toujours accompagnées des mythiques « Salauds ! » propre aux nanars. Virus Cannibale est une série Z de zombies hilarante, de quoi bien commencer la nuit.

Yor le chasseur du futur

Réalisé par Antonio Margheriti (Italie, Turquie, 1982). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Un Guerrier préhistorique part à la rechercher de ses origines et se retrouve dans le futur où il doit lutter contre le terrible Overlord.

Yor le chasseur du futur fait partie des films possédant une certaine réputation dans le monde du nanar. Alors que la Guerre des étoiles est au sommet de sa gloire, l’idée d’en faire un ersatz n’est pas très original. Ce qui l’est plus cependant, c’est de mélanger ça avec une sorte de Rahan. Et c’est donc comme ça qu’on se retrouve avec Yor le chasseur du futur. Séparé en deux parties, l’une se passant à la préhistoire où Yor va choper toutes les femmes qu’il rencontre car il ne peut résister au cri d’une femme en détresse, et l’autre se passant dans l’espace dans le futur.

Si la partie préhistorique extrêmement virile et misogyne propose des choses sympathiques du style affrontement improbable entre hommes et dinosaures , c’est celle dans l’espace qui reste la plus mythique. On y retrouve des androïdes dont le casque est directement inspiré de Dark Vador, un gros méchant aux pouvoirs bien badass, des figures sur des trapèzes et les origines de Yor, sauveur de l’humanité. Yor le chasseur du futur n’a pas usurpé son titre de nanar et possède même sa propre chanson. Yor’s World, He’s the man, he’s the man !

Les Hommes d’une autre planète

Réalisé par Cheng Hun Ming (Taiwan,1976) Date de sortie inconnue

Synopsis: Un jeune garçon tombe sur une statue thaïlandaise dans une grotte. A l’intérieur de cette grotte, se trouve également une pierre aux pouvoirs magiques que convoitent les martiens afin de créer un rayon de la mort pour détruire la Terre.

Après deux films italiens, il est temps de faire place au cinéma taïwanais pour terminer cette nuit excentrique. Les Hommes d’une autre planète nous met face à une invasion extraterrestre. On suit les aventures d’un couple de scientifiques-astronautes découvrant une statue thaïlandaise radioactive qu’ils promènent dans leurs combinaisons sans en avoir quelque chose à faire des autres personnes. Ils découvrent alors que des Martiens menacent la Terre et le seul moyen de les vaincre se trouve être cette statue du temple.

Si la première partie est assez classique, et possède de nombreux moments drôles, c’est la deuxième partie qui est la marque de fabrique de ce film. En effet, on va se retrouver pendant près de 35 minutes à voir l’affrontement entre la Statue du temple et le robot astronaute américain face aux Martiens. 35 minutes de combat de monstres en caoutchouc qui vont dans un premier temps s’affronter entre alliés, puis enfin découvrir qu’ils sont ensemble et vont devoir se battre contre deux kaijus pour enfin finir avec une bataille face aux deux chefs martiens ressemblant à des méchants de Sentai rasta. Le combat est absolument interminable et va mettre les nerfs de n’importe quelle personne à rude épreuve. De quoi finir en beauté cette deuxième nuit excentrique.