Accueil Blog Page 642

Kubo et l’Armure magique, un film de Travis Knight : Critique

Avec Kubo et l’Armure magique, le studio Laika signe sa quatrième et clairement sa plus ambitieuse production à ce jour. Réalisé par Travis Knight qui vient faire ses premières armes dans le domaine, le film a la folle intention de mélanger le moderne du cinéma d’animation avec l’utilisation de maquettes et marionnettes pour y injecter une dose de old school.

Synopsis : Dans un village littoral du Japon médiéval, Kubo est un jeune garçon vif et généreux qui s’occupe de sa mère. Il gagne sa vie modestement, en racontant des histoires aux autres villageois. Mais cette existence relativement calme se trouve bouleversée lorsqu’il reste dehors un soir, contrevenant aux injonctions de sa mère. Ses tantes sont alors capables de le retrouver. Sa mère se sacrifie alors pour pouvoir le laisser s’échapper, le mettant sur la quête d’une armure magique jadis portée par feu son père, un samouraï légendaire. Armé de son seul shamisen magique, il s’allie avec Madame Singe et Scarabée.

Une grande aventure 

 La majorité de l’oeuvre est donc construite à la main et tournée en stop motion avec quelques rajouts d’effets spéciaux ici et là pour offrir un rendu encore plus authentique et enchanteur. Alors qu’on est dans une époque où il est possible de quasiment tout faire avec un ordinateur, il est admirable de voir ses concepteurs éviter la facilité au profit d’un travail plus gargantuesque et compliqué mais qui se révèle indéniable payant. Kubo est visuellement une merveille. Une prouesse qui se fait parfois trop rare et qui vient mettre au pas une grande partie de la concurrence en terme d’animation. On plonge dans un univers bariolé et majestueux qui sert parfaitement une aventure toute en finesse et sincérité et qui s’impose comme une des œuvres de l’année.

Pourtant, sur son aspect narratif, le film ne dispose que de peu de surprises et se montre même assez attendu. On est dans un récit initiatique des plus classiques où le héros devra apprendre à s’accepter mais aussi à se surpasser. Les révélations sont un peu trop téléphonées et parfois le tout à un rythme un peu trop toussotant, Kubo ayant tendance à ralentir quand il devrait aller de l’avant ou à l’inverse, accélérer quand il devrait prendre son temps. Néanmoins, même si ces quelques défauts empêchent le long métrage de prétendre au chef d’œuvre, ils n’égratignent que très peu son excellence, car en dessous de sa narration se cache un cœur passionnant qui parle avec une justesse effarante du deuil, de la transmission et de l’identité. Plaçant toute l’articulation du récit autour de la mémoire, le film parle de l’importance de se souvenir de ses origines pour mieux les transcender, de se souvenir de ses erreurs pour ne pas les recommencer encore et encore. A ce niveau là, l’œuvre refuse toute concession et n’hésite pas à faire preuve de noirceur et de radicalité, le tout étant difficilement accessible pour les plus petits par moments. Même s’il s’enrobe d’humour bon enfant et feint parfois la naïveté, il ne perd jamais de vue la mélancolie et la sincérité de son propos osant même un final  loin de la morale hollywoodienne et qui brille par son aspect très humble. Il ne cherche jamais à être compliqué dans son récit, mais il arrive à être complexe dans les sentiments qu’il aborde et dans le message qu’il essaie de faire passer. Plus que d’éduquer son personnage principal, le film tente aussi d’éduquer son spectateur avec intelligence et lucidité, élevant ce Kubo au dessus des récents films destinés à la jeunesse.

Les personnages sont assez universels et ne sont ni très originaux ni vraiment mémorables mais ils sont servis par un casting impliqué et talentueux. On retiendra surtout la performance vocale à contre-emploi de Matthew McConaughey, qui est assez hilarante. Rooney Mara est vraiment glaçante dans le rôle des sœurs maléfiques tandis que Art Parkinson incarne avec conviction le jeune héros, Kubo. Mais ici, c’est vraiment dans la manière de mettre en scène ses personnages que le film brille. Il ne se laisse jamais limiter par le fait que ce sont des marionnettes, à tel point que parfois on se pose sincèrement la question de savoir comment ils ont fait tel ou tel passage. La mise en scène de Travis Knight se montre fluide et élégante dans les scènes d’actions, arrivant vraiment à distiller un sens de l’épique assez admirable. Rares sont les films d’animations vraiment capables d’offrir de tels frissons à son audience. Lors des moments plus calmes, on remarque l’aspect saccadé des personnages mais cela donne un charme non négligeable à l’œuvre qui apparaît peut être plus imparfaite mais ô combien plus authentique, surtout que la caméra sait toujours où se placer pour leurs donner un côté majestueux. La direction artistique directement inspirée de la mythologie japonaise est fabuleuse, faisant voyager à merveille son spectateur, et le film peut aussi compter sur une musique envoûtante et une superbe reprise de « While My Guitar Gently Weeps » de George Harrison par la sublime voix de Regina Spektor.

Kubo et l’Armure magique est un excellent film d’animation qui pousse à la rêverie et à la créativité. C’est une œuvre magnifique sur la tolérance, le pardon et le deuil qui s’impose par sa noirceur et son jusqu’au-boutisme, évitant les pièges du cinéma hollywoodien pour offrir une aventure sincère, majestueuse et mélancolique. Il est difficile de ne pas être touché par ce message tout en finesse et d’être impressionné par le travail phénoménal des personnes qui ont œuvré sur ce film.  Même si le tout est légèrement handicapé par un récit classique et déjà vu, c’est dans son cœur que l’ensemble nous émeut surtout qu’il est servi à la perfection par un casting vocal impeccable et une réalisation de toute beauté. Travis Knight est un metteur en scène qui a du talent à revendre et qu’il faudra probablement suivre de près.

Kubo et l’Armure magique : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=fHAHDV0EUuc

Kubo et l’Armure magique : Fiche technique

Titre original : Kubo and the Two Strings
Réalisation : Travis Knight
Scénario : Marc Haimes, Shannon Tindle et Chris Butler
Interprétation: Art Parkinson (Kubo), Charlize Theron (Singe), Matthew McConaughey (Scarabée), Rooney Mara (Les Soeurs), Ralph Fiennes (Raiden, le Roi Lune) …
Montage: Christopher Murrie
Musique: Dario Marianelli
Producteur : Travis Knight et Arianne Sutner
Société de production : Laika
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 102 minutes
Genre: Animation, Aventure
Date de sortie : 21 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

Série Zoo Saison 1 disponible en coffret 4 DVD le 4 Octobre 2016

Le coffret 4 DVD de la saison 1 de la série Zoo sort le mardi 4 octobre 2016

Une fable écologique aux scènes spectaculaires, tournée avec de vrais animaux et très peu d’effets spéciaux

Inspiré du Bestseller éponyme de James Paterson, Zoo s’impose comme l’une des séries les plus excitantes de ces dernières années !

Depuis des millénaires, les animaux ont été chassés, dressés, asservis et massacrés par les humains… l’heure est désormais venue pour eux de reprendre le pouvoir.

Aux quatre coins du monde, les animaux se mettent soudainement et sans raison à devenir extrêmement agressifs envers l’être humain. Alors qu’un biologiste américain anti-conformiste (James Wolk, Mad Men), un agent des services secrets français (Nora Arnezeder, Ce que le jour doit à la nuit) et une bloggeuse activiste de Los Angeles (Kristen Connoly, House of Cards) se mettent à enquêter sur le phénomène, ils découvrent que les causes de ces attaques sont bien plus malsaines et meurtrières que le simple instinct animal.

Extraits vidéo :

Plus d’extraits

 Caractéristiques techniques du coffret 4 DVD 

13 épisodes de 45 min

Image : 1.78 –  Ecran : 16/9

Audio : Anglais 5.1, Français, Allemand, Espagnol et Italien 2.0

Sous-titres : Anglais, Français, Allemand, Espagnol, Italien et Néerlandais

Bonus: Le zoo déchaîné : Le making of de la Saison 1 / Des costumes qui déchirent / Le règne animal / Un zoo virtuel : Effets visuels / James et James / Zoo au Comic Con / Les animaux de Zoo / Les animaux du Zoo : réels et imaginés / Bêtisier

TM & © 2016 CBS Studios Inc. CBS et tous les logos s’y rapportant sont des marques de CBS Broadcasting Inc. Tous Droits Réservés.

 

 

Mondwest, un film de Michael Crichton : Critique

0

Si l’on ne devait ne rattacher qu’un seul et unique film au nom de Michael Crichton, ce serait immanquablement une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs.

Synopsis : John et Peter vont passer leurs vacances dans le nouveau parc d’attractions à la mode : Delos, où les visiteurs ont le choix de séjourner dans 3 époques (Rome antique, moyen-âge et far-west) au milieu d’androïdes chargés de rendre la fiction réalité. Leur séjour dans l’Ouest sauvage ne va toutefois pas se passer comme prévu.  

Robotic Park

Mais 20 ans avant que Spielberg n’adapte son roman Jurassic Park, Crichton a lui-même réalisé… une histoire de parc de loisir dont les attractions vont se retourner contre ses visiteurs ! Serait-ce là une thématique qui obsède l’auteur-réalisateur ? Il semble que ce soit surtout pour lui un moyen de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, à savoir le rapport du public au cinéma. Si la dimension méta-filmique était sous-jacente dans Jurassic Park, elle était bien plus flagrante dans Mondwest  puisque c’est dans des décors de cinéma que l’action se déroule. Le parc tel que l’a créé Crichton se sépare en trois zones, chacune étant dédiée à un univers fortement cinégénique : le film de costume dans un moyen-âge romanesque, le péplum (où les visiteurs recherchent essentiellement la luxure) et enfin et surtout, car c’est là que se concentrera l’action du film, un ouest sauvage typiquement sorti d’un western. Ce rapprochement cinématographique est rendu palpable par le personnage de pistolero incarné par Yul Bryner, qui endosse pour l’occasion le même costume que 12 ans plus tôt dans Les 7 Mercenaires.

En plus de faire le lien avec le passé (historique comme filmique), ce personnage est aussi extrêmement en avance sur son temps, car comment ne pas voir en ce robot froid et impitoyable mu par son unique obsession de tuer sa cible une inspiration pour ce qui sera, 10 ans plus tard, le Terminator de James Cameron ? C’est en cela que Mondwest est un film précurseur et une référence incontournable du cinéma de science-fiction. Les personnages de John (James Brolin) et Peter (Richard Benjamin) représentent quant à eux ce grand public en quête de réalisme et de sensations fortes, et ayant justement pour cela de reproduire la violence vue dans les films. Ils forment un duo qui fonctionne en ce sens que les explications données par le premier aident son ami, et donc le spectateur, à saisir les règles qui régissent cet univers en carton-pâte.

Peinture avant-gardiste d’une société occidentale sacrifiant tout à l’entertainment et à son artificialité, Mondwest souffre toutefois d’un scénario trop mesuré et d’une réalisation cheap.

Les poncifs cinématographiques assurent même implicitement de faire de John, qui apparait le plus imposant physiquement et le plus expérimenté des deux amis, le héros de l’histoire. Mais justement, il n’en sera rien puisque celui-ci sera abattu à mi-chemin, laissant Peter face à son destin. Ce retournement de situation est une brillante idée de la part de Crichton, qui piétine ainsi les innombrables inspirations sur lesquelles repose son long-métrage. Ce surprenant reniement des codes se ressent également dans l’évolution de la bande-originale, qui, dans la partie finale, se teinte de plus en plus des sonorités électroniques, perdant elle aussi en chemin son humanité. De bonnes idées pour illustrer le glissement entre le contrôle et le chaos de cette humanité ayant trop misé sur sa technologie futuriste.

Malheureusement, si ce glissement est parfaitement retranscrit, on pourra regretter qu’il se fasse quelque peu attendre et plus encore que ce qui va en découler n’ait pas le souffle que l’on en espérait. Sans doute est-ce là une limite due à son budget, mais à trop se concentrer sur la partie western de son parc, le scénario néglige l’impact qu’aurait eu l’exploration des autres décors sur cette brillante notion d’anéantissement du passé par le futur. Tout aussi préjudiciable, le parti-pris de s’aligner sur la construction des classiques du genre va lourdement peser sur le rythme, en particulier lors de la course-poursuite finale qui semble durer une éternité, là où Crichton aurait alors gagné à briser alors la dynamique pour chercher son inspiration du côté du film catastrophe. Entièrement centrée sur la fuite de Peter poursuivi par le robot, la dernière demi-heure ne verra jamais son intensité atteindre son paroxysme et s’achèvera dans un duel décevant. Une heure plus tôt, lorsqu’il filmait une bagarre dans le saloon, Crichton nous avait déjà prouvé qu’il n’était pas adroit pour tirer le meilleur profit de ses scènes d’action, mais cela devient plus gênant encore quand celles-ci reposent sur des effets spéciaux, qu’il avait jusque-là évité de trop mettre en avant, et qui –il faut l’avouer– ont depuis fort mal vieillis.

Après une suite intitulée Futureworld en 1976 (qui restera l’ultime apparition de Yul Bryner), Mondwest va connaitre en octobre 2016 une variation en format sérielle. Souhaitons-lui alors de savoir explorer toute la potentialité thématique et visuelle de cette révolte des robots du Parc Delos, et surtout un meilleur destin que la série  Beyond Westworld avortée après 5 épisodes en 1980.

Mondwest : Bande-annonce (VO)

Mondwest : Fiche technique

Titre original : Westworld
Réalisateur : Michael Crichton
Scénario : Michael Crichton
Interprétation : Yul Brynner (le cow-boy-robot), Richard Benjamin (Peter Martin), James Brolin (John Blane)…
Photographie : Gene Polito
Montage : David Bretherton
Musique : Fred Karlin
Direction artistique : Herman A. Blumenthal
Maquillage :
Production : Paul Lazarus
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 1,25 million de $
Récompense : Prix du meilleur film de science-fiction aux Saturn Awards 1975
Genres : Science-fiction, western, action
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 27 février 1974

États-Unis – 1973

Palmarès FEFFS 2016 : Octopus d’or et prix du public pour Grave

0

Après 10 jours de compétition acharnée, les différents jury ont enfin rendu leur verdict.

12 films en compétition internationale, 7 films en compétition crossovers, et 20 courts métrages, les jurys et les festivaliers ont eu de nombreuses choses à se mettre sous la dent. Bien que la compétition soit plutôt ouverte, dans le précédent article, certains favoris ont été évoqués. Parmi eux Grave, l’œuvre audacieuse de Julia Ducourneau offrant un souffle d’air frais au cinéma  de genre français. Ou encore Another Evil, comédie sur la recherche d’amitié revisitant les codes du film d’exorciste.  Comme prévu, les deux films ont été à la hauteur de leur réception en salle.

Another Evil de Carson Mell se voit en effet gratifier de la mention spéciale du jury remise par l’auteur suédois John Avidje Lindqvist, reconnu pour le best-seller Laisse-moi entrer. Brontis Jodorowsky, fils d’Alejandro a quant à lui remis le pris du Méliès d’Argent. Pour rappel, le Méliès d’argent est un prix réservé aux films européens, qui pourront alors concourir avec d’autres lauréats pour le prix du Méliès d’Or au festival international du film de Catalogne à Sitges. Cette année, le film qui pourra espérer décrocher le Méliès d’Or est I am not a serial killer de Billy O’Brien. Pour cette 9ème édition, les crossovers ont également été mis en compétition. Le film qui remporte le prix de cette section dédiée aux films à la croisée des genres est le thriller noir indien, Psycho Raman.

William Lustig, président du jury a eu l’immense privilège de remettre le prestigieux Octopus d’or. Et pour la troisième fois après Buried en 2010 et The Woman en 2011, c’est le même film qui repart avec l’Octopus d’or et le prix du public. Le double lauréat des deux prix les plus importants du festivals est donc pour cette année, Grave qui succède à The Invitation, l’an dernier.

Palmarès du Festival Européen du film fantastique de Strasbourg 2016

Longs métrages :

Octopus d’or – Grave de Julia Ducourneau (France,Belgique)

Méliès d’argent – I am not a serial killer de Billy O’Brien (Irlande)

Mention spéciale du jury – Another Evil de Carson Mell (Etats-Unis)

Prix du jury crossovers – Psycho Raman de Anurag Kashyap (Inde)

Prix du public – Grave de Julia Ducourneau (France,Belgique)

Courts métrages :

Octopus d’or – The Dissapearence of Willie Bingham de Matt Richards ( Australie)

Méliès d’argent – Tunnelen de Andre Overdal (Norvège)

Mention spéciale du jury – Subotika, land of Wonders de Peter Volkart (Suisse)

Prix du public – Madam Black de Ivan Barge (Nouvelle-Zélande)

Meilleur court made in France – Quenottes de Pascal Thiebaux (France, Luxembourg)

Meilleur court d’animation – Teeth de Daniel Gray et Tom Brown (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Hongrie)

Prix du jury jeune – The Dissapearence of Willie Bingham de Matt Richards (Australie)

Jeux Vidéo

Prix décernés par Sébastien Gaillard, Maria Kalash, Juliette Noureddine, Étienne Perin, membres du jury.

Octopix : Mars Underground de Matt Sanderson

Prix du Jeu Fantastique : MachiaVillain de Wildfactor

Nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine pour fêter les 10 ans du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg !

 

The Affair, une série de Sarah Treem et Hagai Levi : Critique de la saison 2

A l’issue de la saison 1, Alison et Noah avaient quitté leurs conjoints respectifs pour s’installer ensemble, laissant Helen et Cole entre incompréhension, rage et désarroi.

Synopsis : Après avoir refait sa vie avec Alison, Noah est auréolé de succès grâce à son dernier roman plébiscité par les lecteurs et la critique. Accaparé par sa renommée soudaine, il délaisse sa nouvelle compagne et les problèmes s’installent, d’autant que son passé resurgit. Rapidement, il est plongé en pleine tourmente judiciaire et se trouve à nouveau confronté à un choix crucial…

Alison était tombée enceinte, et Noah avait écrit un roman inspiré de leur rencontre et de la vie à Montauk, ouvrage qui s’était rapidement imposé comme un best-seller : tout leur souriait. Oui mais voilà, c’était le calme avant la tempête. Les enquêteurs, que l’on voyait déjà mener leur investigation au sujet d’une étrange affaire, sont de retour ; ils sont en passe de résoudre le meurtre de Scotty Lockhart, le frère de Cole, et ont enfin trouvé un suspect en la personne de… Noah ! Plus sombre, plus mystérieuse, cette seconde saison, qui lorgne du côté du thriller, reprend ses thèmes fétiches pour les revisiter sous un angle nouveau, faisant passer l’intrigue de la sphère privée à la sphère publique. 

Chacun sa route, chacun son chemin

Alors que l’on s’était habitués à une narration à deux voies menée par Alison et Noah, ici, les conjoints évincés prennent leur revanche et gagnent eux-aussi le droit de s’exprimer, éclatant le récit en quatre parties bien distinctes et rompant par la même occasion cet effet de vase clos propre à la première saison. Alison s’ennuie chez elle et délaisse ses études, pendant que Noah parcourt les quatre coins du pays afin de promouvoir son livre, tout en succombant au charme de quelques admiratrices. De leur côté, tandis qu’Helen se reconstruit auprès d’un nouvel amant qui semble la rendre heureuse, Cole sombre dans la déprime et peine à surmonter l’épreuve. Cette nouveauté offre la possibilité aux spectateurs d’en découvrir davantage sur les grands perdants de l’histoire, et le procédé s’avère efficace car générateur d’empathie. On retient surtout le personnage de Cole, interprété par Joshua Jackson, qui prend de plus en plus d’importance au fil des épisodes. Touchant, cet homme au destin brisé nous émeut par sa détresse et l’amour qu’il porte encore à Alison, au point qu’un basculement s’opère : l’ancienne serveuse devenue femme au foyer, qui n’aspirait qu’à quitter son mari dans la saison précédente, se trouve en proie au doute et envisage de remettre le couvert avec son ex, notamment parce qu’elle n’est pas épanouie avec Noah. Là encore, les créateurs de la série parviennent à disséquer les rouages de l’intime en montrant qu’après la passion et la fougue s’installe la routine, ce tue l’amour fatal à bien des relations. Ce revirement est triste mais aussi jubilatoire : le trompeur est trompé à son tour, c’est l’arroseur arrosé, et on comprend par la même occasion que les liens qui unissent Cole à Alison, intenses et profonds, sont peut-être plus complexes que l’on ne croyait. Ce retour de flamme saisissant arrive encore à nous faire ressentir des émotions aussi fortes que pudiques, garantissant à The Affair une assise certaine auprès du public, encore impacté par la dimension psychologique du show, toujours aussi juste. 

Bonjour tristesse

On constate que par bien des aspects, la saison 2 fonctionne comme le miroir de la saison 1, mais à l’envers. Ainsi, Noah et Alison, dont l’histoire était clairement ascensionnelle dans les dix premiers épisodes, connaissent une crise de couple et leur complicité se dégrade progressivement. Cette évolution est motivée par plusieurs thèmes centraux qui réaffirment une fois de plus le statut très réaliste de The Affair, drame psychologique qui calque son intrigue sur la vie, la vraie. Tout n’est pas rose, et les problèmes de chacun affectent l’équilibre de tous. Noah n’a plus les pieds sur terre et son succès le grise ; Alison remet tous ses choix en question ; Cole boit pour oublier le chagrin ; Helen perd brièvement le contrôle de sa vie ; Bruce se rend compte qu’il vit dans le mensonge depuis des années et quitte sa femme ; Scotty déraille et les problèmes financiers de sa famille le poussent à nouer des relations douteuses. Les rivalités entre les clans s’accentuent, le linge sale est lavé en public, le vernis craque : tout vole en éclats. Le programme, qui prend parfois des airs de série chorale, élargit son panel de protagonistes et multiplie les noeuds dramatiques pour varier les registres : plus rien ne va, et Scotty, le mouton noir de la famille, s’enlise dans une spirale infernale qui préfigure la déchéance de plusieurs personnages, Noah en tête. Très grave, l’intrigue délaisse progressivement romance et érotisme sulfureux pour une ambiance plus crue et une tonalité plus abrupte : faillite, addiction à la drogue, conflits d’intérêt familiaux, descente aux enfers des uns, ruine des autres et trahisons à tous les étages sont au rendez-vous de cette seconde saison pour un résultat efficace, mais qui perd de sa magie. 

Whodunnit ? 

On le sait désormais, la mystérieuse enquête amorcée dans la saison précédente portait en fait sur la mort de Scotty, survenue à Montauk le soir du mariage de Cole avec sa nouvelle compagne. A cet événement, tout le monde était convié : Alison, Helen, Noah, mais aussi les ennemis du clan Lockhart. Tant de suspects potentiels dans cette affaire nébuleuse. Retrouvé sans vie au bord d’une route, Scotty, endetté et cocaïnomane, aurait été renversé volontairement par une voiture. Mais qui conduisait ? Rapidement, les soupçons des policiers se portent sur Noah, qui aurait un motif solide : Scotty a flirté avec sa fille aînée Whitney et l’a mise enceinte, affront que l’écrivain n’aurait pas avalé. Les preuves s’accumulent et jouent contre lui, Alison et Helen s’en mêlent et y mettent leur grain de sel, la bataille judiciaire fait rage et leur linge sale est lavé en public. Mais, dans cette série qui se garde bien de tomber dans un quelconque manichéisme, on remarque vite qu’aucun des protagonistes ne paraît irréprochable, ce qui corse l’affaire ! Là encore, comme dans la saison 1, la narration reste éclatée chronologiquement et le récit est morcelé, les révélations nous sont dévoilées petit à petit, ce qui entretient le suspense, d’autant que des flashbacks brumeux viennent titiller notre curiosité et faire planer le doute. Finalement, l’identité du coupable sera révélée, et Noah se retrouvera à nouveau confronté à un choix crucial qui résonne comme un écho à la saison 1 : une fois de plus, il devra choisir entre Alison et Helen, sorte de retour à la case départ qui sonne comme le glas d’une parenthèse enchantée bel et bien terminée. Vers qui ira sa loyauté ? Réponse le 20 novembre !

En résumé, The Affair reste fidèle à son style et conserve son identité propre mais pâtit d’une trop grande disparité de registres qui fait basculer la série dans le thriller, ce qui est dommage. Pourquoi avoir introduit une affaire de meurtre au sein d’un show qui se présentait au départ comme un drame psychologique de l’intime ? Redondante par certains aspects et trop gourmande par d’autres, cette seconde saison se disperse et amorce une direction risquée mais continue cependant de travailler des thèmes universels avec pertinence. 

The Affair Saison 1 Critique

The Affair : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=c_Tl7bWEL7o

The Affair saison 3 : Preview 

Après une saison 2 mouvementée et riche en rebondissements, The Affair revient sur nos écrans le 20 novembre 2016. Cela mettra-t-il fin au suspense ?

[irp posts= »76814″ name= »Bloodline, une série de Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelma : critique de la saison 2″]

The Affair : Fiche Technique

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisation : Jeffrey Reiner, Ryan Fleck, Anna Boden, John Dahl, Laura Innes, Scott Winant, Michael Slovis
Scénario : Sarah Treem,  Alena Smith, Anya Epstein, Sharr White, David Henry Hwang, Abe Sylvia
Interprétation : Dominic West (Noah Solloway) ; Ruth Wilson (Alison Bailey) ; Maura Tierney (Helen Solloway) ; Joshua Jackson (Cole Lockhart) ; Colin Donnell (Scotty Lockhart) : John Doman (Bruce Butler)
Image : Steven Fierberg, Tod Campbell
Musique : Marcelo Zarvos
Production : Sarah Treem, Andrea P. Stilgenbauer, Abe Sylvia, Sharr White
Genre : Drame
Format : 12 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Showtime
Diffusion aux USA : Depuis le 4 octobre 2015

Etats-Unis – 2015

The Affair, une série de Sarah Treem et Hagai Levi : Critique de la saison 1

Diffusée depuis octobre 2014 sur le network Showtime aux Etats-Unis et sur Canal + Séries en France, The Affair s’est progressivement imposée comme une série de l’intime qui explore avec finesse la complexité des rapports humains.

Synopsis : Le temps des vacances, Noah Solloway, un écrivain et professeur de lettres new-yorkais, part se ressourcer à Montauk dans les Hamptons avec Helen, sa femme de longue date, et leurs quatre enfants. Sur place, alors qu’il est hébergé dans la propriété de son riche beau-père, Noah fait la rencontre d’Alison, une serveuse par qui il est irrésistiblement attiré…

L’intrigue, qui nous montre les conséquences parfois tragiques que peut avoir une relation extra-conjugale sur l’équilibre d’un couple, surfe habilement entre drame psychologique, romance sulfureuse et thriller. Il en résulte un show atypique et singulier dont on retient surtout l’ambiance très particulière, instaurée grâce aux décors naturels, au rythme un peu lent, à la délicatesse d’écriture, aux acteurs excellents mais aussi à la construction scénaristique éclatée qui entretient le mystère. Une réussite quasi-totale, mais qui repose sur un concept fragile : attention à ne pas s’essouffler !

Une atmosphère envoûtante

Tout commence par une rencontre : celle de Noah Solloway, écrivain raté et professeur de lettres frustré, et Alison, petite serveuse de province brisée par la perte récente de son petit garçon. Tous deux sont mariés : lui avec Helen, dont il a quatre enfants. Elle avec Cole Lockhart, propriétaire d’un ranch qui connaît des difficultés financières notables. Ils sont fidèles, et aiment leurs conjoints respectifs. Pourtant, alors qu’ils n’appartiennent ni au même milieu social, ni au même monde, Noah et Alison vont se rapprocher, inéluctablement attirés l’un par l’autre : c’est le coup de foudre.

La force première de The Affair réside dans le fait que le spectateur ressent d’emblée cette attraction, ce désir que chacun éprouve à l’égard de l’autre. Regards, silences, jeu de séduction implicite, puis rapprochement inévitable… Dès le départ, leur relation est chargée d’une rare intensité, charnelle mais aussi psychologique. Les enjeux sont multiples, l’interdit est franchi, la culpabilité s’installe, le tout mélangé au plaisir des sens… Ces sentiments, exaltants mais dangereux, sont remarquablement portés à l’écran par deux acteurs tout en finesse, transfigurés par une passion qui paraît plus vraie que nature.

Autre atout de la série : l’action se déroule en vase clos, dans une petite station balnéaire de l’état de New-York où seuls quelques habitants règnent en maitre, dont les Lockhart, belle famille d’Alison dont la présence sur l’île est tentaculaire. Par conséquent, les deux amants sont en quelque sorte pris au piège de ce lieu où ils sont observés, scrutés. Les ragots circulent, les rumeurs enflent, et le regard du clan Lockhart sur Alison se fait de plus en plus pesant, d’autant que rien n’est simple. Financièrement dépendante de son mari, avec qui elle a traversé une épreuve difficile, Alison est dans une position délicate ; tout comme Noah, entretenu lui aussi par son épouse et engoncé dans un mariage de façade dont il n’arrive pas à s’extraire, d’autant qu’il a quatre enfants. Très réaliste, le show exploite ainsi tous les tenants et les aboutissants d’une relation extra-conjugale et en étudie les multiples conséquences avec une rare intelligence. Simple et pourtant si riche, cette série arrive à faire de son thème de base un noyau dramatique puissant dont découle pléthore de sous-intrigues toutes plus intéressantes les unes que les autres.

Une narration éclatée au service d’un effet puzzle réussi

The Affair repose sur un principe simple : Noah et Alison décrivent, chacun de leur point de vue, l’évolution de leur relation. Ainsi, chaque épisode est divisé en deux, la première partie étant racontée par l’un, et la seconde par l’autre. Souvent, les deux segments reviennent sur les mêmes événements, avec des différences notables suivant la version de celui qui s’exprime, détail pertinent et révélateur de la mentalité de chacun. Noah décrit Alison comme une allumeuse pour justifier ses écarts de conduite, tandis qu’Alison fait de Noah un séducteur acharné par qui elle a été harcelée, jusqu’à céder. Ce procédé narratif innovant permet de nous donner accès à l’intériorité des deux protagonistes mais aussi de passer au scalpel les topoï universels d’une liaison : l’homme et la femme se rejettent la faute, refusent leur part de responsabilité, se cherchent des excuses, déforment la réalité. Finalement, on ne saura jamais qui dit vrai, mais c’est en mettant bout à bout les témoignages de Noah et Alison que l’on établit notre propre version des faits.

Enfin, on remarque que la chronologie n’est pas linéaire : la série fait s’entrecroiser plusieurs temporalités, et on comprend au fil du temps que Noah et Alison sont en réalité interrogés par la police sur une affaire dont on ignore encore la teneur. Face aux enquêteurs, ils reviennent donc sur la genèse de leur histoire, et le spectateur s’interroge : sont-ils toujours ensemble maintenant ? Combien de temps sépare leur rencontre de l’enquête ? Que s’est-il passé ? Qui dit vrai ? Les révélations sont faites au compte-goutte, ressort très accrocheur, ce qui introduit une touche de mystère ombrageux à l’ensemble, faisant de The Affair une série complète, à la lisière des genres, entre drame intime, chronique sociale, romance et thriller.

The Affair Critique Saison 2

The Affair : Fiche Technique

Créateurs : Sarah Treem et Hagai Levi
Réalisation : Mark Mylod, Jeffrey Reiner, Carl Franklin, Ryan Fleck
Scénario : Sarah Treem, Hagai Levi, Eric Overmyer, Melanie Marnich, Kate Robin, Dan LeFranc
Interprétation : Dominic West (Noah Solloway) ; Ruth Wilson (Alison Bailey) ; Maura Tierney (Helen Solloway) ; Joshua Jackson (Cole Lockhart) ; Colin Donnell (Scotty Lockhart) : John Doman (Bruce Butler)
Image : Steven Fierberg, Tod Campbell
Musique : Marcelo Zarvos
Production : Sarah Treem, Andrea P. Stilgenbauer
Genre : Drame
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Showtime
Diffusion aux USA : Depuis le 12 octobre 2014

Etats-Unis – 2014

 

 

Le Flic Ricanant est ressorti en Blu-ray et DVD le 21 septembre

Quand le réalisateur de Luke la main froide et Brubaker s’attaque au polar urbain, le résultat ne pouvait être qu’une plongée hardboiled dans ce que le San Francisco des années 70 avait de moins reluisant.

Il faut croire que le succès des Huit Salopards a pour effet de pousser les distributeurs de vouloir nous faire redécouvrir à quel point Bruce Dern a derrière une carrière fleurissant car, quelques semaines après la réédition de Silent Running, c’est au tour du Flic Ricanant, signé Stuart Rosenberg, de profiter d’une ressortie en Blu-ray/DVD. Réalisée en 1973, cette adaptation d’un roman policier scandinave en transpose l’action dans la Californie des seventies pour en livrer une image sordide où la violence de la rue n’a rien à envier à la corruption de la police. A partir d’une enquête sur le meurtre sanglant d’un inspecteur, qui n’est finalement qu’un prétexte, le duo formé par Bruce Dern et Walter Matthau explore toutes les sphères criminelles de la ville. Leur regard teinté de racisme fait d’eux des anti-héros comme le Nouvel Hollywood les aimait tant et permet surtout de grossir le trait dépréciatif de leurs nombreuses rencontres au sein des diverses communautés qui peuplent la ville. Si les flics avaient en revanche été attachants, cette caractérisation serait moralement contestable mais Rosenberg a pris soin de faire de chacun de ses personnages des êtres détestables, mais dont il est néanmoins plaisant de suivre les tribulations musclées.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Editeur : RIMINI EDITIONS
Format : 1.85 / 16/9 compatible 4/3
Format son : Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono), Français (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titrage : Français
Couleurs
Durée : 1h50
+ Bonus : « Le Paradis suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö » par François Guérif, directeur des éditions Rivages/Noir (22 minutes) ; Bande annonce originale
Prix indicatif : 14,99€

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES BLU-RAY:
Master restauré HD
Editeur : RIMINI EDITIONS
Format : 1.85 / 16/9 compatible 4/3
Format son : Anglais (DTS-HD 2.0 stéréo), Français (DTS-HD 2.0 stéréo)
Sous-titrage : Français
Couleurs
Durée : 1h50+ Bonus : « Le Paradis suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö » par François Guérif, directeur des éditions Rivages/Noir (22 minutes) ; Comparaison des négatifs avant et après la restauration ; bande annonce originale
Prix indicatif : 19,99€

 

Le Flic Ricanant, un film de Stuart Rosenberg : Critique

Synopsis : San Francisco, années 70. Un homme est suivi par un autre. Le premier passe un coup de téléphone. Puis les deux prennent un bus nocturne. Un inconnu pénètre alors dans le même car et en mitraille les passagers. Bilan : huit morts, dont un inspecteur de police. Son ami et partenaire, le cynique et bougon Jake Martin, mène l’enquête selon des méthodes très personnelles, secondé par une jeune recrue, l’arrogant Leo Larsen. L’oeuvre d’un fou, d’un serial killer ? Plutôt que de suivre la piste officielle, Martin obéit à son instinct, convaincu que le carnage trouve son origine dans une vieille affaire…

À l’occasion de sa ressortie en DVD et Blu Ray chez les le-flic-ricanant-jaquette-blu-rayéditions Rimini ce mercredi 21 septembre, LeMagduCiné a pu découvrir dans sa version restaurée un film méconnu en France, Le Flic ricanant, sorti aux Etats-Unis en 1973. Le long métrage, signé Stuart Rosenberg (Luke La Main Froide ; Amityville) est l’adaptation américaine du roman noir suédois éponyme écrit par le duo Sjöwall et Walhöö, quatrième opus d’une série de dix volets suivant un inspecteur et ses collègues devant faire face à des crimes sordides et à leur propre quotidien dans une Suède rongée par « le mal du libéralisme (économique) », nous explique François Guérif (dirigeant des éditions Rivages Noir) dans un documentaire des bonus des supports. Dans le film, l’action a été transposée aux États-Unis, mais bien des éléments des romans originaux ont justement gardés, tels que le travail de minutie dans la retranscription du quotidien policier.

En effet, regarder Le Flic Ricanant, c’est d’abord observer de nombreux gestes, ceux des officiers de police sur la scène de crime, aux postes de polices, lors d’une attaque, dans la rue à la recherche d’indices, bref, au travail. Toutefois Rosenberg n’en oublie pas son personnage principal, John Martin (nommé Martin Beck dans le roman), assez justement interprété par Walter Matthau (voir photographie de couverture ou le visuel du blu ray). Cet inspecteur bougon vient de perdre son coéquipier. S’il est en deuil, le protagoniste est surtout usé par son métier, abimé par la ville en déchéance qu’il tente de protéger. Lorsqu’il rentre chez lui, il échange peu de mots avec sa femme, mère au foyer, quelques uns avec sa fille, mais aucun avec son fils. Lorsqu’il hausse la voix avec sa femme, Martin s’excuse rapidement. Il n’a pas à faire subir ça à sa femme, qui constate l’usure morale et physique de son mari. Lorsque ce dernier rentre rarement chez lui, il mange seul et surtout passe son temps dans son bureau, isolé dans sa musique jazz digne du Rat Pack, soit l’écho d’un temps passé, sinon le son d’une époque fantasmée. Car Le Flic ricanant filme la misère, et le mal sous toutes ses formes d’une ville déchue, San Francisco. Oublié le Golden Gate et la Silicon Valley, voici San Francisco, une vieille grande ville sordide où l’espoir ne semble plus avoir de place. Même le fils de Martin goûte la pornographie dans des spectacles obscurs où des jeunes femmes mineures se tortillent pour quelques dollars. Lorsque le jeune rentrera, le père ne lui dira finalement pas un mot, il préfèrera s’isoler à nouveau, comme s’il n’arrivait plus à agir sur le monde en tant que père, mari, et individu, excepté lorsqu’il avance en tant que corps policier.

Un corps d’inspecteur dont les protocoles sont sûrs, répétés, assez connus pour être déformés pour proposer une nouvelle gestuelle. Rosenberg filme à hauteur d’homme le policier et ses collègues, êtres qui subissent la violence de la drogue, de la prostitution, des arrangements d’hommes haut placés, ou encore d’individus rongés par l’argent et la possibilité d’en avoir plus dans ce système rongé par le capitalisme libéral. Cette Amérique déchue est filmée par Rosenberg avec un certain réalisme documentaire formidable, appuyé notamment par l’importante présence de la musique dans la diégèse, soit dans les radios, et autres appareils d’écoute sonore de l’intrigue. La noirceur du propos, liée à un effet de distanciation créé par ce réalisme, est poussée à tel point que l’absence d’attachement aux personnages semble possible. En effet, nous observons des policiers au travail, San Francisco et ses quotidiens, et chacun des personnages semble si rongé par les maux de la ville (et même du pays) à plus ou moins grande échelle qu’il semble parfois impossible d’avoir de l’empathie pour eux : on pense à Martin qui s’isole du monde et qui s’énerve quitte à être parfois violent (voir une scène avec la copine de son ex-coéquipier) ; à celui de l’impeccable Lou Gosset qui vire parfois dans la violence; au personnage du commissaire complètement hystérique qui pense trop beaucoup à la presse (voir le personnage à droite sur la photographie ci à droite) ; ou encore au deuxième premier rôle – joué par Bruce Dern (au milieu sur l’image) – homophobe, bêtement casse-cou, violent, possiblement raciste et dragueur lourdingue.

Cette obscure vision d’une Amérique en déchéance n’était toutefois pas la première à être proposée au cinéma. En effet, on pense très vite à Bullit et French Connection sortis respectivement en 1968 et 1971. Le premier avait d’ailleurs bouleversé les normes de la fiction en apportant un réalisme documentaire très surprenant qui apportait énormément à la captation de la gestuelle des policiers dans leurs quotidiens personnels et professionnels. La course poursuite du film de Rosenberg tend à rappeler celle de Bullit, l’une des meilleures au cinéma et des plus spectaculaires, notamment grâce au travail du rapport réalité/fiction par la réalisation. Elle n’atteindra jamais sa qualité et sa puissance tant elle manque d’énergie, de nervosité et de vitesse (on notera sur l’un des plans au lointain sur la poursuite que les deux véhicules avancent très lentement dans ce qui est censée être une poursuite). Par ailleurs, French Connection utilisait aussi l’imagerie documentaire (d’après les dires mêmes du réalisateurs) pour capter le travail et aussi l’intimité de ses deux héros policiers à New-York, rongée par la misère, sale et grise, et abimée par ses trafics, parfois cachés derrière de beaux vêtements. Les héros de ce film et de Bullit principaux sont abimés par l’ensemble dont ils font partie, et aussi par leurs quêtes / leurs devoirs de policier, perturbant leur intimité, et parfois allant jusqu’à les faire passer dans l’abîme qu’ils chassaient. Pour le dernier cas, on pense bien sûr ici à French Connection et son protagoniste interprété par Gene Hackman pour lequel notre s’empathie tend à disparaître au fur et à mesure du film jusqu’à son passage dans les ténèbres.

Ainsi Le Flic ricanant ne révolutionne pas le cinéma comme semble l’avoir fait les romans (notamment d’après les dires de François Guérif dans le même documentaire), mais il est un excellent film noir qui gagne à être connu, et même reconnu. Les bonus comportent le très intéressant documentaire cité plusieurs fois dans cet écrit. Il a pour titre Le Paradis Suédois selon Maj Sjöwall et Per Walhöö, considérés comme les créateurs du polar scandinave contemporain. Est aussi disponible dans les bonus la bande-annonce originale du film, et enfin une vidéo comparant le visuel du film avant et après la restauration. Il faut d’ailleurs noter que la remasterisation du film est remarquable, même si un léger flou lié à la luminosité des images est à regretter sur des passages du film. Mais reste à voir si c’est un accident du temps subi par la copie choisie pour la restauration, ou si au contraire, il ne faisait pas parti du négatif original, et/ou s’il n’était pas une intention de la production. En tous les cas, avec cette nouvelle (re)découverte, les éditions Rimini n’ont décidément de cesse de nous surprendre.

Le Flic Ricanant : Bande-annonce

Fiche technique : Le Flic Ricanant

Réalisation :Stuart Rosenberg
Scénario : Thomas Rickman d’après l’oeuvre de Maj Sjöwall et Per Wahlöö
Interprétation : Walter Matthau, Bruce Dern, Louis Gossett Jr., Albert Paulsen, Joanna Cassidy,  Anthony Zerbe, Val Avery, Cathy Lee Crosby…
Production : Stuart Rosenberg
Photographie : David M. Walsh
Montage : Bob Wyman
Décors : Doug von Koss
Costumes : Lambert Marks, Nat Tolmach
Musique : Charles Fox
Durée : 110 minutes
Sortie en salles : inédit en France

Etats-Unis – 1973

Les œuvres de H.P. Lovecraft adaptées en série télévisée par Legendary Pictures

0

Les nouvelles littéraires fantastiques de Lovecraft bientôt sur le petit écran.

 

Après le succès planètaire de Stranger Things sur Netflix et alors que M. Night Shyamalan a comblé de nombreux fans d’épouvante au début de l’année avec l’annonce de la mise en chantier d’une nouvelle série basée sur Les Contes de la crypte, le studio Legendary Pictures travaille actuellement sur un projet ambitieux de série télévisée mâtinée d’horreur. Ce nouveau programme serait une adaptation des récits de l’écrivain Howard Phillips Lovecraft, l’un des maîtres de l’horreur et de la littérature fantastique au même titre que Bram Stoker, Mary Shelley ou Edgar Allan Poe.

Legendary Television, la branche dédiée aux productions télévisées du studio Legendary Pictures, a fait des révélations importantes sur ce projet de série qui devrait honorer les écrits terrifiants de Lovecraft. Seize nouvelles seront adaptées laissant entrevoir une possibilité de 16 épisodes, sur deux saisons. Les premiers récits transposés à la télévision pour les besoins de la série seraient L’Appel de Cthulhu, Le Cauchemar d’Insmmouth et L’Abomination de Dunwich.

De nombreux cinéphiles amateurs du genre fantastique et de littérature avaient été terriblement déçus et frustrés après l’annonce du report puis de l’abandon du film Les Montagnes hallucinées, l’adaptation d’une nouvelle de Lovecraft, avec Guillermo Del Toro derrière la caméra et Tom Cruise dans l’un des rôles-titres.

Par le passé, de nombreux films d’horreur sortis en salles se sont librement inspirés et ont adapté des œuvres de H.P. Lovecraft : Absentia de Mike Flanagan, The Whisperer in Darkness de Sean Branney, L’abomination de Dunwich de Daniel Haller, L’Appel de Cthulhu de Andrew Leman, La Malédiction d’Arkham de Roger Corman, Détective Philips Lovecraft de Martin Campbell, Le territoire des ombres : le monde interdit et Les secrets des Valdemar de José Luis Aleman ou bien encore le film à sketchs Necronomicon de Christophe Gans, Shûsuke Kaneko et Brian Yuzna. Le réalisateur Stuart Gordon est le champion des adaptations avec Re-Animator, Dagon, Castle Freak et From Beyond : Aux Portes de l’Au-Delà.

Les producteurs de cette nouvelle série horrifique ne sont pourtant pas habitués aux codes du genre. Lorenzo Di Bonaventura a notamment travaillé sur G.I. Joe Conspiration et la saga Transformers. Matthew Francis Wilson travaille sur le script de l’épisode pilote.

Les dates de tournage et de diffusion de la série ainsi que la liste détaillée des acteurs n’ont pas encore été communiquées. Ce projet de série aurait même reçu l’aval et l’accord du Lovecraft Estate.

La tâche la plus difficile à relever sera de retranscrire à l’écran l’époque, l’atmosphère et l’esthétique si particulières propres aux nouvelles et au style de Lovecraft ! Les effets spéciaux auront aussi une grande part dans la qualité ou dans la faiblesse de la série. La représentation du bestiaire terrifiant imaginé par l’écrivain de Providence, les Grands Anciens, des monstres effroyables avec une taille parfois démesurée, va demander beaucoup de travail aux équipes de la série. Seront-ils intégralement créés en images de synthèse avec un risque d’avoir à l’écran des effets numériques assez hideux en CGI ou l’utilisation de maquettes, de maquillages et de costumes sera-t-elle privilégiée ?

De nombreux jeux vidéo et jeux de rôle ont été adaptés des œuvres de Lovecraft. Ce projet de fiction pour le petit écran pourrait combler tous les mordus d’horreur et de littérature fantastique. Il ne reste plus donc qu’à se replonger dans l’intégrale des nouvelles de H.P. Lovecraft pour patienter avant la diffusion de cette série.

Les séries horrifiques américaines comme Masters of Horror, American Horror Story, 666 Park Avenue et Fear Itslef risquent donc d’avoir un concurrent sérieux, crédible et de qualité avec ce projet d’adaptation des œuvres de Lovecraft. Le nom précis de la série n’a pas encore été dévoilé.

Xavier Dolan : un casting de rêve pour son prochain film The Death and Life of John F. Donovan

0

Prague et Londres : les prochaines destinations de tournage pour le jeune prodige canadien

Alors que vient de sortir en France son dernier film Juste la fin du monde, avec une pléiade d’acteurs français et couronné par le Grand Prix lors du dernier Festival de Cannes, des informations ont filtré sur le prochain long-métrage du réalisateur canadien Xavier Dolan. Le cinéaste de 27 ans vient de passer une étape importante dans sa jeune et si prolifique carrière avec un tournage qui a débuté cet été à Montréal pour son premier film intégralement en langue anglaise avec The Death and Life of John F. Donovan.

Après J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence anyways, Tom à la ferme, Mommy et Juste la fin du monde, Xavier Dolan a débuté cet été le tournage de son nouveau long-métrage destiné à un marché encore plus vaste avec l’utilisation de la langue de Shakespeare pour les dialogues.

Le cinéaste juvénile repousse une nouvelle fois les limites et se donne les moyens de ses ambitions. Xavier Dolan a réussi à réunir des actrices et des acteurs d’exception et des grandes stars d’Hollywood pour le casting de ce film The Death and Life of John F. Donovan. Le budget de cette production cinématographique est de plus de 20 millions de dollars.

Natalie Portman, Kit Harington, Jessica Chastain, Susan Sarandon, Kathy Bates, Bella Thorne, Chris Zylka, Emily Hampshire, Thandie Newton, Sarah Gadon et Michael Gambon sont notamment à l’affiche de ce drame dans le milieu du cinéma. Des rumeurs évoquent même la présence de la chanteuse Adele. Xavier Dolan avait réalisé le clip de sa chanson Hello. Lors de la promotion et des interviews accordées à l’occasion de la sortie de Juste la fin du monde, Xavier Dolan a tenu à préciser sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix, dans l’émission C à Vous, que cette rumeur n’était pas fondée.

The Death and Life of John F. Donovan plonge le spectateur dans la vie quotidienne d’une star hollywoodienne, incarnée par Kit Harington, qui entretient une relation secrète et une correspondance épistolaire avec un jeune britannique de 11 ans. Mais une rédactrice en chef d’un tabloïd, interprétée par Jessica Chastain, va tout mettre en œuvre pour détruire la vie de cet acteur de cinéma.

Ce long-métrage devrait dénoncer les travers de la célébrité et apporter une vision intimiste sur les mœurs du show-business et sur la vie quotidienne des protagonistes qui évoluent dans cet univers. Les thèmes de la diversité et de l’identité dans le monde du cinéma seront abordés à l’écran. Ce projet tenait à cœur à Xavier Dolan. Il a écrit le scénario il y a déjà plusieurs années. Il n’avait pas véritablement envie de faire un film américain ou sur Hollywood. Le fond du film est sur le show-business et la volonté de s’intéresser à l’envers du décor et d’en dévoiler les travers et les failles. Le réalisateur a considéré qu’il était logique que le film se situe aux USA, avec Hollywood en toile de fond.

The Canyons de Paul Schraeder, Maps to the stars de David Cronenberg et même Bojack Horseman, par le prisme décalé de l’animation, dressent également un portrait peu reluisant d’Hollywood et sur la dure réalité du métier d’acteur.

The Death and Life of John F. Donovan de Xavier Dolan sortira en 2017 mais ne pourra pas être présenté à Cannes en Mai prochain. Le film ne sera pas terminé pour avoir une chance de figurer dans la sélection officielle sur la Croisette. Mais la Mostra de Venise, en Septembre 2017, pourrait être le prochain grand rendez-vous pour une nouvelle consécration pour le réalisateur de Mommy.

Après Montréal et New York cet été, le tournage devrait reprendre au printemps 2017 à Londres et à Prague. The Death and Life of John F. Donovan est l’une des expériences de tournage les plus exigeantes et éprouvantes pour Xavier Dolan et ses acteurs. Cette pause salvatrice de quelques mois devrait permettre au cinéaste canadien d’avoir une totale maîtrise sur son film et de ne pas bâcler cette nouvelle œuvre cinématographique pour des exigences de sortie et de présentation du film à Cannes notamment.

Une autre bonne nouvelle est arrivée récemment pour Xavier Dolan, son film Juste la fin du monde a été choisi pour représenter le Canada dans la course pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. L’année 2017 pourrait être l’année de la consécration internationale pour le jeune réalisateur avec une statuette aux Oscars et un accueil triomphal pour The Death and Life of John F. Donovan auprès des critiques et du public !

 

How To Get Away With Murder, saison 3, épisode 1: critique

Episode 1 Saison 3 «  We’re Good People Now  » (« Nous sommes les gentils à présent« )

Synopsis : Annalise enseigne à une classe réduite des courts bénévoles de Clinique Juridique tandis que Frank est toujours en fuite. Annalise, apeurée, loue les services d’un détective privé pour le retrouver et l’arrêter. Durant l’été, chacun est resté en ville près du professeur afin de se rapprocher d’elle, après les événements traumatisants de l’année dernière. Mais, deux mois plus tard, un autre crime mystérieux a lieu, un proche d’Annalise…

Crime et Châtiment

En mars 2016, nous nous étions arrêté à la « résolution » suivante : Frank, payé par une femme de main du puissant Wallace Mahoney, place un micro dans la chambre d’Annalise qui s’apprête à révéler le suicide de la mère de Wes lorsque ce dernier est à l’origine de l’accident qui cause la mort de son enfant. Annalise apprenant l’implication de Frank ne veut plus de sa présence dans la maison. Laurel se retrouve seule à devoir récupérer la confiance de l’avocate. Michaela et Asher continuent de se « voir » en secret. Oliver s’est fait passé pour Connor auprès de l’université de Stanford pour ruiner ses chances et Wes décide de retrouver son père, ce fameux Wallace Mahoney. Mais un sniper lui tire une balle dans la tempe…

Le jeudi 22 septembre, les #ThanksGodIt’sThurday, soirées Shonda Rhimes, reprennent avec la suite « tant attendue » de la saison 3 de HTGAWM. Relativisons, de 14 à 8 millions de téléspectateurs au cours de la 1ère saison, la série est descendue sous la barre des 5 durant la 2ème et si les audiences suivent la pente, Shonda et Peter peuvent craindre de plonger sous les 3 millions et, par conséquent, l’arrêt possible de la série. S’il est vrai que la fraîcheur acidulée liée à la surprise de cette nouvelle série soap-judiciaire qui a crée l’événement en 2015 a laissé place à un schéma relativement bien rôdé entre flash-backs et temps présent, il faut aussi admettre que les scénaristes se sont reposés sur leurs acquis. Il faut s’attendre au choc de départ pour construire/déconstruire la toile sur 15 épisodes. Ici, nous partons sur un corps transporté sur brancard, celui du père de Wes? L’essoufflement se fait sentir et les seuls retours sur les mois précédents nous apprennent des banalités sur la Keating 5. La principale erreur est de vouloir repartir de zéro, chacun se comportant comme d’habitude, malgré ce qui s’est passé dans le manoir des Hapstall la saison précédente, alors qu’indubitablement quelque chose s’est brisé en chacun d’eux. L’overdose se faisait sentir il y a un an, à présent la lassitude prend le pas, d’autant plus que le condamné à défendre est un immigré en possession de marijuana et que nous nous désintéressons complètement de son sort. Il faut combler les vides et le soap prend le pas sur le judiciaire, notamment avec le morceau de jazz suave de l’afro-américain Michael Kiwanuka. La rupture d’Oliver et Connor ne semble pas naturelle et la crédibilité du show en prend sévèrement un coup. Le cliffhanger de fin surprend cependant, car les sauts se feront dans le futur. Les atmosphères bleuâtre froides renvoient aux flashforwards et la mort d’un membre de l’entourage proche d’Annalise/incendie de la demeure seront résolus avant la pause hivernale de novembre/décembre. Le tempo électro électrisant prend des allures de chorale grâce au titre de Son Lux « We Are The One ». Le who dunnit se transforme en who’s is not et chaque semaine on apprendra, par élimination, qui n’est pas mort, à en croire le trailer de promo de l’épisode 2. Nos hypothèses se portent sur Nate, le nouvel amour d’Annalise… Ou alors les nouveaux personnages, Meggy (nouvelle petite amie de Wes) ou la nouvelle tête de classe. A en croire nos confrères à Deadline, Mary J. Blige sera une guest dans cette nouvelle saison. Et selon vous, qui a été tué au cours de l’incendie? Frank est-il encore une fois responsable? Commencez à fomenter vos scénario… How To Get Away With Murder nous bercera, plus qu’elle nous emballera pendant près de 6 mois.

How To Get Away With Murder : Fiche Technique

Réalisation : Bill D’Elia
Scénario : Peter Nowalk
Interprétation: Viola Davis (Annalise Keating), Billy Brown II (Nate Leahy), Alfred Enoch (Wes Gibbins), Jack Falahee (Connor Walsh), Aja Naomi King (Michaela Pratt), Matt McGorry (Asher Millstone), Karla Souza (Laurel Castillo), Charlie Weber (Franck Delfino), Liza Weil (Bonnie Winterbottom), Conrad Ricamora (Oliver Hampton), Corbin Reid (Meggy Travers), Assaf Cohen(Karim Assaf)
Producteurs délégués: Shonda Rhimes, Peter Nowalk, Betsy Beers, Bill D’Elia
Studios de productions : ABC Studios et Shondaland Productions
Format : 15 épisodes de 42 minutes

How To Get Away With Murder : Titres des épisodes à venir

2) There Are Worse Things Than Murder (« Il y a des choses pires qu’un crime ») – 29 septembre – réalisé par Zetna Fuentes et écrit par Angela Robinson

3) Always Bet Black (« Toujours parier Noir ») – 6 octobre – réalisé par Stephen Cragg et écrit par Joe Fazzio

4) « Don’t Tell Annalise » (« N’en parle parle pas à Annalise« ) – 13 octobre –

FEFFS 2016 : Cannibalisme et knackis nazis

0

C’est déjà le dernier jour de compétition pour cette 9ème édition du FEFFS. Un dernier jour qui allie à la fois le très bon et malheureusement le très mauvais.

On pourra dire que globalement la compétition internationale a été de très haut niveau cette année, en proposant des belles petites pépites et des œuvres originales. Clap de fin donc sur la compétition avec les derniers films en liste pour l’Octopus d’or et parmi eux on retrouve certainement le meilleur comme le pire.

[Compétition internationale] Shelley

Réalisé par Ali Abbasi (Danemark,2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Afin de pouvoir se payer un appartement pour elle et son fils, une jeune roumaine est engagée comme gouvernante par une famille danoise. Vivant dans une maison perdue dans la forêt et privée d’électricité, la jeune femme va se proposer pour devenir mère porteuse pour le couple.

Difficile de passer après Rosemary’s Baby qui même 47 ans après reste un standard absolu. Shelley renoue donc avec cette idée de la menace maléfique d’une grossesse. Qu’on  le dise de suite, Shelley est raté de A à Z. Il est en effet difficile de trouver un point positif tellement le film parait insignifiant. L’élément le plus important dans ce genre d’exercice est bien évidemment la mise en place d’une ambiance. Ambiance qui devra être angoissante, or Abbasi passe complètement à côté et on se retrouve avec un film d’une platitude extrême.

Pourtant ce n’est pas faute d’essayer, tellement le réalisateur fait dans le forçage pour instaurer son angoisse. Le décor ( maison perdue dans la forêt sans électricité), l’utilisation du son, tout cela semble forcer à un point inimaginable. Et en plus de  l’ambiance  inexistante, l’histoire est quant à elle insipide. Si la première partie propose un embryon d’histoire intéressante, une fois que le bébé est là, le film part dans une direction farfelue, complètement invraisemblable. Il faut dire que les acteurs n’aident pas beaucoup, et notamment le père. Shelley est un plantage sur toute la ligne et repartira certainement avec le titre de pire film de la compétition.

[Compétition Crossovers] Dogs

Réalisé par Bogdan Mirica (Roumanie, 2016) Date de sortie 28 septembre 2016

Synopsis : Roman vient de recevoir en héritage de son grand-père une grande parcelle de terre. Décidé à la vendre, il se heurte à une bande de gangsters locale prêt à tout pour lui faire changer d’avis.

Présenté dans la catégorie Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, Dogs est le premier film de Bogdan Mirica. Présenté comme un « eastern » par opposition au western, le film cultive effectivement les influences de ces œuvres américaines. Dogs est une véritable ode aux grands espaces et au paysage rural roumain. L’ambiance se rapproche de la brutalité de l’ouest sauvage, avec ses règlements de comptes entre bandes rivales ou ses meurtres sordides.

Visuellement réussi, Dogs va cependant s’embourber dans un rythme beaucoup trop contemplatif. Si certaines scènes bénéficient clairement de ce rythme lent ( la très bonne scène de découverte du pied par le policier), les longueurs beaucoup trop fréquentes risquent d’assommer assez facilement le spectateur. Pas très accessible, Dogs n’en reste pas moins une œuvre intéressante dont la représentation de cet est sauvage vaut le détour. Dogs montre encore une fois la richesse du cinéma roumain avec cet incursion réussie dans le cinéma de genre.

[Compétition internationale] Grave

Réalisé par Julia Ducournau (France,2016) Date de sortie 15 mars 2017

Synopsis : Justine, jeune végétarienne vient d’intégrer une grande école vétérinaire. Lors de la semaine d’intégration, elle est contrainte de manger un rein de lapin. Cela va agir comme une catharsis et révéler des instincts cannibales qui sommeillaient en Justine.

Dire que Grave était attendu serait un euphémisme. Le premier film de Julia Ducournau jouit en effet déjà d’une petite réputation qu’il s’est forgé dans plusieurs festivals comme celui de Toronto ou l’Etrange festival. De part son postulat de base très alléchant, Grave va mettre en scène l’éveil de son personnage principal. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si le nom du personnage renvoie à la vertueuse Justine de Sade. En utilisant un thème propre au film de genre, Ducournau va donc réalisé une œuvre très forte sur cette métamorphose d’une jeune fille.

Ne lésinant pas sur les moyens mis à sa disposition, la réalisatrice va offrir aux spectateurs de nombreuses scènes très limites. Toujours sur la ligne, Ducournau évite à son film de tomber dans un ridicule grotesque, et reste convaincant de bout en bout (même sur la scène finale). Dispersant une atmosphère de malaise tout au long du métrage, le film est bien loin de s’arrêter à son propos choc. Grave est une oeuvre drôle, audacieuse et borderline. Coup d’essai et coup de maître pour la jeune réalisatrice.

[Compétition internationale] Pet

Réalisé par Carles Torrens (USA,Espagne 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Seth est employé dans une fourrière. Il tombe un jour sur une ancienne camarade lycée, Holly. Devenu obsédé par cette fille, Seth va tout mettre en oeuvre pour qu’elle soit sienne. Quitte à aller jusqu’à la séquestrer.

On retrouve ici encore un film déjà présenté à l’Etrange Festival. Le début du film bien que classique est plutôt bien exécuté. On arrive à s’attacher à ce jeune homme timide campé par un sympathique Dominic Monaghan. Une fois que Pet bascule dans son récit de séquestration, le film devient de pire en pire. Pourtant cette idée d’inversion des rapports dominants/dominés aurait pu être très intéressante, sauf qu’elle est ici très mal exploitée.

Le gros problème réside dans le premier des retournements scénaristiques dont va avoir recours le film. Il est en effet complètement absurde et fait perdre un grand capital de crédibilité au film. On aurait pu avoir une œuvre malsaine, on se retrouve finalement avec une oeuvre grotesque. D’autant plus que Torrens ne s’arrête pas là et va avoir recours  à de nombreux rebondissements tous ratés. Pour ajouter à cela, Ksenia Solo peine véritablement à être convaincante. Pet est un véritable potentiel gâché par des choix scénaristiques extrêmement douteux couplés à une réalisation fainéante.

[Midnight Movies] Yoga Hosers

Réalisé par Kevin Smith (USA,2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Colleen Colette et Colleen Mackenzie sont les meilleures amies du mondes. Contrainte par le père de Colleen C. de travailler un vendredi soir dans la supérette de ce dernier, les voilà confrontées à une armée de saucisses nazis nommées les Bratzis. 

Dernier midnight movies de cette 9ème édition,  Yoga Hosers est le dernier film du génial Kevin Smith. Deuxième volet de sa trilogie canadienne, le film débute comme une sorte de retour à l’ambiance des Clerks ayant fait la réputation de Smith. Revenant sur l’émergence du fascisme au Canada, Smith va faire basculer son film dans la comédie horrifique en y incorporant des knackis nazis. Yoga Hosers va alors tout se permettre, et ce même dans le mauvais goût.

Indéniablement fun, Yoga Hosers se révèle plein de surprises. Idées de mises en scènes rappelant Scott Pilgrim, de l’humour noir, un Johnny Depp méconnaissable, les ingrédients sont nombreux. Avec un casting cinq étoiles et les très attachantes Lily-Rose Depp et Harley Quinn Smith, Yoga Hosers propose une galerie de personnages très réussies. Un midnight movie complètement barge, référencé et pop. Un midnight movie réussi en somme. Et puis un petit hommage à la France, ça fait toujours plaisir.

Avant les résultats qui vont être dévoilé ce samedi lors de la cérémonie de clôture, on peut se lancer dans un petit jeu de pronostic. Si certains films se détachent clairement comme Grave ou Jeeg Robot et qui repartiront certainement  avec un prix, d’autres ont été de véritables surprises. C’est le cas notamment de Another Evil dont l’adhésion de la salle pourrait lui rapporter le prix du public ou de The Open et son traitement original. La compétition reste très ouverte et de nombreux films ont leur chance.