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Brooklyn Village, un film d’Ira Sachs : Critique

Synopsis : Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d’abord très cordiales, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s’avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins…

Money Monster

Il n’y a pas si longtemps, l’immense documentariste Frederick Wiseman nous a gratifié d’un édifiant In Jackson Heights, un film qui rendait compte de la tentative d’hyper-gentrification de certains quartiers new-yorkais, ici, le très cosmopolite Jackson Heights du boro de Queens. Wiseman prenait le temps d’expliquer les méthodes plus ou moins scélérates des investisseurs immobiliers pour déloger les petits commerçants, afin d’y installer des enseignes plus juteuses et soi-disant plus attrayantes, le tout financé par des taxes prélevées auprès des habitants eux-mêmes (ce fameux modèle du Business Improvment District qui inspire jusqu’à nos bonnes villes françaises…)

Brooklyn Village, le nouveau film d’Ira Sachs surfe sur cette même réalité de la gentrification. Brian Jardine (Greg Kinnear, remarquable de sobriété) hérite d’un immeuble dans Brooklyn à la mort de son père. Avec sa petite famille, il quitte Manhattan pour s’installer dans l’appartement du défunt. Son fils Jake (Theo Taplitz) se lie vite d’amitié avec Tony (Michael Barbieri), le fils de Leonor,  la couturière qui loue de tout temps le local au rez-de-chaussée pour son activité. Très vite, le torchon brûle entre les deux familles quand Brian et sa sœur Audrey, qui veut elle aussi sa part du gâteau paternel, demandent un fort « réajustement » du loyer à Leonor (personnage interprété de manière très juste par la chilienne Paulina Garcia, la récente et magnifique Gloria du réalisateur Sebastián Lelio, ou encore la très déjantée Mami de la Voix off de Cristián Jimenez).

Ira Sachs a déjà évoqué ce problème dans son précédent film, Love is strange, dans lequel un couple de bobos établis et vieillissants de Manhattan n’arrivent plus à vivre sous le même toit, lorsque l’un des membres du couple perd son travail après que le directeur de l’école très catholique où il enseigne  a découvert son homosexualité.
Dans l’un et l’autre de ces deux films, Ira Sachs est à la fois concerné par cette nouvelle donne économique que par les personnages eux-mêmes. Mieux, en apportant toutes les nuances possibles à la caractérisation de ses personnages, en leur insufflant une dimension humaine aussi riche que possible, il permet de voir combien l’interférence de l’argent est grande sur les relations interpersonnelles.

En effet, voilà deux familles infiniment aimables que l’amitié entre les enfants lie avant qu’elles ne se déchirent, presque malgré elles. On découvre Brian à la réception qui suit les obsèques de son père, affable et stoïque. A la fin de la réception, il descend les poubelles d’un pas ferme, mais arrivé en bas de l’escalier, hors de la vue de tous, il s’écroule et pleure à grands sanglots la disparition de son père. Le cinéaste n’a pas peur de s’attarder sur de telles scènes pour partager l’intimité de ses personnages.  Ici, la scène, prenant place très tôt dans le métrage, suffit pour montrer que Brian n’est pas un insensible sans cœur qui ne serait attiré que par le gain. A l’inverse, Leonor, une douce femme que son statut d’immigrée chilienne rend encore plus réservée, sait se montrer manipulatrice, voire mesquine, après que Brian lui a exposé son projet immobilier. Le cinéaste évite le manichéisme, et la lutte des classes qui se dessine ici en filigrane, où la reproduction sociale semble être malheureusement la règle, est nuancée par la réalité vécue par les personnages (les capitalistes, ceux qui possèdent du patrimoine, ne sont pas forcément riches au quotidien).

Mais le sujet encore plus central de Brooklyn Village, ce sont véritablement Jake et Tony. Le cinéaste sait s’attarder sur la naissance et la fragilité de leur amitié. Son point de vue est celui de Jake, un de ces adolescents que l’on dit hâtivement être mal dans sa peau, un peu efféminé (à cause de ses cheveux longs, les camarades de Tony l’interpellent en le surnommant Kathy Perry), possiblement gay. Mais le personnage de Tony est également riche, un jeune légèrement insolent, dont le père est en vadrouille de par le monde pour des raisons professionnelles. On perçoit aisément une deuxième couche beaucoup plus sensible qu’il essaie de protéger dans une gangue de petit dur qu’il s’évertue à construire. Tony est volubile, tactile, et toute cette exubérance est construite intelligemment par Ira Sachs pour montrer combien l’absence paternelle empêche la sérénité et la confiance chez le jeune garçon, alors qu’au contraire l’évolution de Jake est magnifiquement encadrée par la présence de Brian.

Le cinéaste new-yorkais réussit une fois de plus à dessiner brillamment une relation entre deux hommes, qu’on a pu voir dans le très autobiographique et très intense Keep the lights on,  ou encore Love is strange déjà cité, même si ici, il s’agit de « Little men », comme le précise le titre original du film. Quel que soit l’avenir de cette amitié naissante entre Jake et Tony, on devine très clairement combien elle va façonner les petits hommes qu’ils sont et que les adultes contre lesquels ils s’adossent participent à conduire sur un long chemin. Même s’il lui manque d’un peu de matière pour en faire un grand film, même s’il n’arrive pas vraiment à la hauteur des films de Ozu auxquels on le compare souvent, et même si l’ambiance générale du métrage est un peu trop low key, Brooklyn Village est un film attachant et sensible qui mérite d’avoir obtenu le Grand Prix au dernier festival du film américain de Deauville.

Brooklyn Village : Bande-annonce

Brooklyn Village – Fiche technique

Titre original : Little Men
Réalisateur : Ira Sachs
Scénario : Ira Sachs, Mauricio Zacharias
Interprétation : Michael Barbieri (Tony Calvelli), Theo Taplitz (Jake Jardine),Jennifer Ehle (Kathy Jardine), Paulina García (Leonor Calvelli), Alfred Molina (Hernan), Greg Kinnear (Brian Jardine), Talia Balsam (Audrey)
Musique : Dickon Hinchlife
Photographie : Óscar Durán
Montage : Mollie Goldstein, Affonso Gonçalves
Producteurs : Ira Sachs, Lucas Joaquin, Producteurs délégués : Joe Aliberti, Tom Dolby
Maisons de production : Charlie Guidance Productions, Faliro House Productions, Race Point Films
Distribution (France) : Version Originale/ Condor
Récompenses : Grand Prix, Festival de Deauville 2016
Durée : 85 min.
Genre : Drame, famille
Date de sortie : 21 Septembre 2016
Etats-Unis, Grèce – 2016

Soy Nero, un film de Rafi Pitts : critique

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L’Histoire américaine pourrait finalement ne se résumer qu’à deux choses : l’immigration et la guerre. Tel est en tout cas le cœur du tableau que Raffi Pitts a dressé de ce pays où l’espoir semble être devenu un luxe.

Synopsis : Après plusieurs tentatives infructueuses, Nero parvient à passer la frontière mexicaine et revenir aux Etats-Unis, le pays où il a grandit mais qui le considère à présent comme un clandestin. Il va annoncer à son frère, arrivé avant lui, que son seul moyen d’odtenir la nationalité américaine est de s’engager dans l’armée.

American D.R.E.A.M.

Déjà six ans que l’on n’avait plus de nouvelles de l’iranien Raffi Pitts, de quoi laisser craindre que son exil forcé lui ait ôté toute inspiration artistique. Loin s’en faut ! Il nous revient via un film qui parle de ce qui semble être à présent son quotidien, à savoir le déracinement, et qui peut également se targuer d’être l’une des peintures les plus abouties de l’Amérique contemporaine. Ses propres origines apparaissent dans la scène d’ouverture, où un personnage encore non-identifié déclame une courte fable animalière, renvoyant aussitôt à la culture persane, et qui va aider à donner à ce qui va suivre des allures de conte allégorique. Et soudain, on s’aperçoit que cet orateur n’est autre que le passeur chargé de faire passer au jeune Nero le mur qui sépare sa terre natale de sa terre d’accueil. Dès lors, l’universalité du récit se double d’une indiscutable résonance politique, en particulier au regard du discours du candidat Trump à l’égard de cette frontière perméable qui semble être la cause de tous les maux de la première puissance mondiale, celle-là même qui est le fruit de plusieurs siècles d’immigration. Heureusement pour lui (ou pas), Nero va réussir à atteindre le sol américain… Il lui reste alors à savoir comment s’intégrer, socialement comme légalement.

Tout le long du film, le public verra le monde à travers le regard hagard que Johnny Ortiz (American Crime s01) donne à son personnage. Son mutisme est ainsi la marque du parti-pris du réalisateur de ne pas imposer de jugement sur tous les travers de l’Amérique tels qu’il les dépeint, mais on il ne se prive pas de rendre l’observation inconfortable. Dès le premier contact que Nero va avoir lors de ce retour aux Etats-Unis, avec un automobiliste et ancien soldat, magistralement incarné par Michael Harney (aperçu dans la première saison True Detective), on partage sa gêne devant tant de sujets qui font pourtant l’american way of life auquel il aspire : Le rapport aux armes à feu, l’ambiguïté sexuelle ou encore le complotisme le plus crétin. Et cela n’ira qu’en s’amplifiant dans les retrouvailles avec son frère, au cours desquelles son apparente richesse laisse implicitement supposer que sa réussite n’a pu se faire que de manière délictuelle, et dont on comprendra rapidement qu’il n’est qu’un travailleur illégal. Ces deux perspectives d’intégration peu reluisantes appuient encore plus le malaise généré par cette image au vitriol d’une société moralement corrompue.Toutefois ce trouble qui va affecter le spectateur ne semblera pas atteindre la détermination de Néro de profiter d’une loi post-11 septembre permettant l’obtention de la carte verte aux immigrés engagés dans l’armée.

En conséquence directe à cette résolution, et après s’être construit pendant sa première heure comme un road-trip, la seconde moitié du film se rapproche du film de guerre, puisque l’on y suit alors Nero en poste dans un pays du Moyen-Orient indéterminé. Cette rupture stylistique brutale peut frapper alors qu’il est en fait symptomatique des rêves brisés du jeune mexicain qui, de cet idéal américain auquel il espérait tant appartenir, ne fera qu’en subir la pire violence. Ironie du sort, il a pris la place de ceux qui, peu de temps plus tôt, apparaissaient encore à ses yeux comme les oppresseurs, puisqu’il est en charge de la surveillance d’un poste-frontière. A ce moment-là, ses camardes de bataillons (essentiellement des afro-américains, ce n’est pas anodin non plus) le considèrent encore comme un étranger. Nero reste encore une fois en retrait, croyant encore au fond de lui que son intégration se fera lors du retour au pays, incapable qu’il est d’admettre qu’il n’y est pas le bienvenu. Par la force des choses, il en viendra à quitter son poste et à errer dans le désert, dans des images qui renvoient automatiquement au début du film. Un douloureux retour à la case départ en somme, comme iront l’appuyer la brutalité de la dernière rencontre avec des soldats qui semblaient pourtant être un ultime espoir, ainsi qu’un plan final riche en interprétations, et profondément désespéré. Tel est le sentiment qui transparaît de cette mise en scène dépouillée qui empêche à ce pamphlet de sombrer dans la simple démonstration rhétorique.

Dédicacé aux immigrés renvoyés chez eux malgré qu’ils aient servi dans l’armée américaine, Soy Nero est une fable assez bouleversante sur la difficulté de s’acclimater à un pays où l’on ne veut pas de soi. De par sa qualité d’écriture et l’actualité brûlante à laquelle il fait écho, il s’agit immanquablement d’un film politique majeur.

Soy Nero : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=mUAc9GztofE

Soy Nero : Fiche technique

Réalisation : Rafi Pitts
Scénario : Rafi Pitts, Răzvan Rădulescu
Interprétation: Johnny Ortiz (Nero), Ian Casselberry (Jesus), Khleo Thomas (Mohammed), Aml Ameen (Bronx), Rosa Isela Frausto (Mercedes), Michael Harney (Seymour)…
Image : Christos Karamanis
Montage : Danielle Anezin
Musique : Rhys Chatham
Direction artistique : Max Biscoe, Malek Jahan Khazai
Producteur : Thanassis Karathanos, Rita Dagher
Société de production : Senorita Films, Twenty Twenty Vision Filmproduktion GmbH
Distribution : Sophie Dulac
Durée : 127 minutes
Genre : Drame, guerre
Date de sortie : 21 septembre 2016

Allemagne, France, Mexique – 2016

Kingsglaive, Final Fantasy XV, un film de Takeshi Nozue : Critique

Nous y sommes presque : dix ans après l’annonce de Final Fantasy Versu XIII sur Playstation 3, suivie malheureusement de plusieurs obstacles retardant sa sortie, nous nous apprêtons enfin à découvrir l’histoire de Noctis et ses amis en novembre prochain (désormais sous l’appellation de Final Fantasy XV sur Playstation 4 et Xbox One).

Synopsis : Une guerre fait rage depuis des années entre l’empire Niflheim qui cherche à étendre son influence sur le monde, et Lucis, un royaume pacifique protégé grâce au pouvoir d’un cristal. Face à la résistance de la ville royale d’Insomnia, capitale de Lucis, l’empire propose de négocier un traiter qui permettrait une paix entre les deux nations…

Game of Fantasy

Suite à l’impatience toujours plus insoutenable de la part des fans, Tetsuya Nomura et Hajime Tabata marquent l’événement avec une série animée centrée sur nos héros, mais surtout, proposent à Takeshi Nozue de réaliser Kingsglaive, troisième film d’animation produit par Square Enix, qui nous présente la mythologie et l’univers du futur jeu. Un long-métrage surprenant que personne n’avait vu venir…

Cela ne date pas d’hier, Final Fantasy a toujours été considéré comme le blockbuster du jeu vidéo à travers une sortie assez longue et des coûts de production toujours plus élevés.
Cependant, le rapport des fans à la saga est beaucoup plus tendu en terme de filmographie. En effet, après l’échec retentissant, il y a déjà 15 ans, de Final Fantasy, les créatures de l’esprit, qui ciblait un public trop large, les studios ont évité de se relancer dans une aventure cinématographique. Ils ont exclusivement sorti, en 2005 et directement en DVD, Advent Children, la suite de Final Fantasy VII.
Ce second film, destiné avant tout pour les joueurs, a rencontré un plus grand succès car, s’était montré plus fidèle aux approches et aux codes qui composent un Final Fantasy, malgré un travail technique ahurissant qu’il faut retenir, et soutenir, dans Les créatures de l’esprit pour l’époque.

De ce fait, Square Enix a réitéré l’expérience pour son 15ème Final Fantasy en développant un nouveau long-métrage en images de synthèse.
Kingsglaive peut être considéré comme un prequel au jeu, à l’instar de Advent Children qui était un sequel.
Le but étant d’accentuer la promotion autour du jeu à venir, tout en montrant aux spectateurs toutes les capacités des animateurs en effets spéciaux, transformées depuis une quinzaine d’années.
Ainsi, le film de Nozue nous invite dans un nouveau monde imaginaire, mélangeant à la fois science-fiction et créatures fantastiques, afin de se familiariser au contexte de cette nouvelle mythologie vidéoludique.

En repensant à l’ensemble de la série, le scénario du film se montre traditionnel et classique : un empire maléfique qui cherche à dominer le monde, et un petit royaume qui lutte pour maintenir sa liberté.
Les éléments récurrents à la saga sont vraiment présents et seront très appréciés pour les fans en retrouvant un pays en danger, dont le destin est entre les mains d’une princesse, Lunafreya, et d’un groupe de soldats d’élites, mené par Nyx Ulric.
Les principaux héros du jeu étant absents, les spectateurs vont s’intéresser aux problèmes politiques, dignes d’un épisode de Game of Thrones, l’architecture étant absolument magnifique, la salle de trône d’Insomnia n’a rien à envier au trône de fer (l’anecdote intéressante, c’est que nous retrouvons nos très chers Sean Bean et Lena Headey qui font les voix du rois Regis et de la princesse).
Le traitement des protagonistes est assez équilibré et présente un design réussi, typique à la culture japonaise pour chacun d’entre eux.
De plus, le développement de l’intrigue explique en détail tout l’univers, sans qu’on s’y perde, que ce soit pour un fan de la série, ou pour un spectateur lambda. D’ailleurs, nous avons une dramaturgie soutenue et bien géré jusqu’à son épilogue, nous dévoilant un affrontement incroyable, encore bien plus impressionnant que dans Advent Children.
Digne d’un Marvel, nous conseillons aux spectateurs de regarder jusqu’à la dernière minute pour ne pas louper la scène post-générique, servant d’ouverture à Final Fantasy XV.

Les équipes techniques ont mené un travail esthétique colossal où nous constatons un visuel grandiose à travers chaque plan. Les textures au niveau des visages rendent ces avatars vivants et très réalistes, de telles manières que le spectateur pourra prétendre voir plus d’une fois un corps réel.
Pour finir sur ces décors, ils sont magnifiés dès les premières scènes. Ces images numériques se confondent aux prises de vues réelles grâce à des jeux de lumière parfaitement maîtrisés, confirmant le talent de Square Enix pour nous bluffer aussi bien sur leurs jeux vidéo que sur leurs longs-métrages.

Le bilan est vraiment concluant, nous faisons face à un scénario sérieux, un univers assez sombre qui agrandira son potentiel sur console, mais il est regrettable de ne pas voir ce film dans nos cinémas (à l’exception d’une séance spécial au Grand Rex).

Enfin, le dernier problème à cette mythologie qui commence, c’est qu’elle est exclusivement réservée aux fans de la saga. Le grand public appréciera la prouesse technique et son histoire, mais n’aura pas la chance de connaître la fin de cette épopée, à moins d’acheter le jeu.
Avec de telles compétences, il serait intéressant que Square Enix lance une vraie saga cinématographique à Final Fantasy sous forme de trilogie par exemple.

Final Fantasy XV sort en France le 30 novembre 2016 sur Playstation 4 et Xbox One.

Kingsglaive, Final Fantasy XV : Bande-annonce

Kingsglaive, Final Fantasy XV : Fiche Technique

Réalisation : Takeshi Nozue
Scénario : Takeshi Hasegawa, Saori Itamuro, Kazushige Nojima
Doublage (VF) : Damien Ferrette (Nyx Ulric), Philippe Catoire (Regis Lucis Caelum), Geneviève Doang (Lunafreya Nox Fleuret), Vincent Grass (empereur Ledolas Aldercapt)…
Doublage (VO) : Aaron Paul (Nyx Ulric), Sean Bean (Regis Lucis Caelum), Lena Headey (Lunafreya Nox Fleuret), David Gant (empereur Ledolas Aldercapt), Darin De Paul (Ravux Nox Fleuret)…
Société de production : Square Enix
Date de sortie : 15 septembre au Grand Rex (30 septembre : DVD/Blu-Ray)
Durée : 110 minutes
Genre : Animation / Science-fiction

Japon – 2016

Impastor, une série de Christopher Vane : Critique de la saison 1

L’usurpation d’identité n’est pas un sujet comique nouveau, mais il faut l’avouer assez rare (on se demande encore quel sujet pourrait être novateur), Mme DoubtfireTootsie pour le grand écran ou… nous continuons de chercher pour le petit. Impastor reprends les codes du quiproquo sur quelques stéréotypes qui mériteraient lourdement d’être actualisés afin de créer des situations plus en rapport avec son temps.

Synopsis: Un pauvre homme criblé de dettes fuit ses débiteurs et se cache dans une petite ville luthérienne. Il y trompe les habitants en se faisant passer pour un pasteur gay…

Catch Me If You Can

L’homosexuel façon Will & Grâce, efféminé et fils de bonne famille est rétro, tout comme la blonde à demi-fatale et la sainte nitouche active et sexy. Ces images paraissent dépassées, mais restent un tant soit peu attendrissantes. De ce capital sympathie, entrecroisé de réels gags au suspense méritant, naît un véritable plaisir, presque coupable. Chaque épisode réserve son lot de « va-t-il se faire prendre » (« will he get caught? ») excepté le 06 « Honor Thy Boyfriend’s Father and Mother » poussif et aucunement crédible. Du côté de la mise en scène, Rob Greenberg, nommé 4 fois aux Emmys, ayant travaillé sur FrasierHIMYM, Scrubs ou Happy Endings et Jay Karas (Parks and Recreation, Raising Hope, Awkward, The Fosters, Brooklyn Nine-Nine et Workaholics) et Clark Mathis (One Tree Hills, The Comeback, Grimm). A l’écriture, Alan R. Cohen et Alan Freedland (American Dad), Adam Barr (Parker Lewis Can’t Lose) récompensé pour… ne cherchons pas plus loin… Will & Grâce !

Le voix off de crooner, rappelant celle du père Ted Mosby dans la série susnommée de Carter Bays et Craig Thomas, apporte la plus-value nécessaire, non sans rappeler celle de Mary Alice Young dans Desperate Housewives. Ces narrateurs avaient une longueur d’avance, que ce soient sur ces femmes au foyer captivantes ou ces trentenaires inséparables. On appelle cela l’ironie dramatique. Cet avantage du spectateur sur le récit est source d’émotion et est contrebalancé par une dose superficielle de tragique made in Breaking Bad, par cette remise en question de conscience, l’existence compromise, le point de non-retour tiré certainement par la tragédie antique. Si le personnage d’Alden rappelle Niles, le maître d’hôtel des Sheffield dans Une nounou d’enfer, au potentiel comique indéniable, Buddy reste ce héros maladroit, chanceux et suffisamment intelligent pour se sortir d' »inextricables » instants, tantôt grossiers tantôt appréciables. L’aspect policier amené par cette fuite et le corps du vrai pasteur retrouvé par deux détectives un peu gauches évoque étrangement une atmosphère à la Monk avec Tony Shalhoub.

Derrière les évidences de sous-textes, comme l’intégration, les faux semblants, la tolérance et la rédemption, Impastor n’invente pas l’eau chaude. Elle ne renouvelle pas non plus le genre, mais a le mérite de se laisser regarder sans avoir l’impression de perdre son temps et cette amère récurrence est une rareté dans le paysage audiovisuel/numérique actuel. Une série bed & breakfast pétillante plus drôle que la majorité des sitcoms studio et légèrement plus subtile et fine que la plupart des comédies dramatiques de ces 10 dernières année. A consommer sur la pause casse-croûte, plus lucide qu’elle n’y paraît !

Impastor : Bande annonce

Impastor : Preview saison 2

Prévue initialement pour juin 2016, la chaîne a reporté à l’automne la diffusion de la saison 2 qui débute le 28 septembre.

Impastor : Fiche Technique

Créateur : Christopher Vane
Réalisation : Rob Greenberg, Victor Nelli, Jr., Clark Mathis, Jay Karas
Scénario : Christopher Vane, Alan R. Cohen et Alan Freedland, Tod Himmel, Ryan Raddatz, Rob Sheridan, Gracie Glassmeyer, Adam Barr
Interprétation : Michael Rosenbaum (Buddy Dobbs / Barlow), Sara Rue (Dora Winston), Mircea Monroe (Alexa Cummings), David Rasche (Alden Schmidt), Mike Kosinski (Russell Kerry)
Production : Christopher Vane, Rob Greenberg, Eric Tannenbaum, Kim Tannenbaum, Michael Rosenbaum
Sociétés de production : TV Land Original Productions, CBS Television Studios, The Tannenbaum Company, All In Vane
Genre : comédie
Format : 10 épisodes de 28 minutes
Chaine d’origine : TV Land
Diffusion aux USA : Depuis 15 juillet 2015 – en production

Hollywood Legends sort en DVD trois classiques de l’âge d’or de la Fox

En ce mois de septembre, les éditions Hollywood Legends ont poursuivi leur travail de réédition en version Haute Définition de films devenus, depuis leur première sortie en DVD, difficilement accessibles. Des œuvres de genres divers et variés, mais qui peuvent chacun se targuer d’être signées par un réalisateur de renom :

Allez coucher ailleurs (Howard Hawks, 1949):

Plus de dix ans après avoir fait de lui une star grâce à L’impossible Monsieur Bébé, Howard Hawks refaisait appel à Cary Grant pour lui faire endosser un rôle qui semblait être écrit pour lui. Il est en effet celui qui incarna le mieux le leitmotiv des screwball comedy du réalisateur qui est de mettre en porte-à-faux un homme charmant mais immature face à une femme dominatrice. Un rapport de forces qui atteint ici son summum. Le film en lui-même est construit de façon bicéphale, en ce sens où sa première moitié ne se concentre que sur le couple que Grant forme douloureusement avec Ann Sheridan, jouant sur le sentiment d’attraction/répulsion des deux personnages pour aller s’achever sur un inévitable coup de foudre… un schéma de comédie romantique on-ne-peut-plus classique mais profitant de dialogues savoureux et porté par un excellent duo d’acteurs.

Ce sera la seconde moitié du film qui méritera davantage de considération, car le mariage entre les deux amoureux va se voir compromis par deux facteurs : d’abord, ils sont tous deux soldats, et lui est français. Ce sont les procédures terriblement phallocrates de l’armée américaine, qui ne concevaient que le mariage de ses membres masculins avec une étrangère, qui vont être moquées. Pour cela, le scénario s’amuse, tout en finesse, des quiproquos et des situations incongrues qui vont naître de l’obligation du personnage de Cary Grant de se faire passer pour une femme afin de suivre sa dulcinée en Amérique. Un état de fait qui pourrait sembler capillotracté, mais pourtant tiré d’une histoire vraie puisqu’il s’agit là d’une adaptation de l’autobiographie d’un belge ayant dû ainsi jouer de cette faille administrative. Les rapports homme/femme qu’Hawks appréciaient tant sont donc au cœur de cette délicieuse comédie sarcastique qui flirte même par moments avec l’humour noir.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 4/3 format respecté 1.33
Format son : Anglais & Français Stéréo / Mono stéréo
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h45
+ Bonus : Entretien avec Jacky Goldberg, critique pour Les Inrockuptibles (20 min)

Le Carrefour de la mort (Henry Hathaway, 1947):

C’est assez rare pour mériter d’être souligné, mais le titre français de Kiss of Death est bien choisi tant ce film est un carrefour, celui de deux genres majeurs des années 40 : le film de gangster, de par la nature même de Nick, son personnage principal anti-héroïque, mais aussi et surtout le film noir, dans la façon dont le scénario ne se bâtit pas sur un schéma de  » rise and fall », tels que les histoires de bandits se sont traditionnellement batties selon le modèle du Scarface d’Howard Hawkes, mais sur une intrigue qui semble ne laisser aucune issue favorable possible à ce pauvre Nick. En plus de ce mélange de genres – chose très rare à l’époque – la réalisation a appuyé sa volonté de s’émanciper du carcan des majors en étant tourner en « décors naturels », comprendre « à New-York », loin des studios, et offrant ainsi à son récit un certain gage de réalisme.

Entre les manipulations des policiers et la violence de ses anciens complices, Nick semble en effet pris en étau. Ceci ne serait pas un véritable enjeu dramatique s’il n’avait pas été rendu attachant par cette peur qu’il a de ne pas revoir sa femme et ses deux fillettes. De cette inquiétude résulte une humanité rare chez les figures de gangsters tels qu’ils apparaissaient alors au cinéma. La prestation de Victor Mature, tour à tour touchant et détestable, est pour beaucoup dans l’empathie pour son personnage. Cependant, c’est un autre acteur, qui tenait là son premier rôle au cinéma que l’on retiendra de ce long-métrage : Richard Widmark, dans la peau du redoutable criminel Tommy Udo, sera même nommé à l’Oscar du meilleur rôle secondaire pour cette performance qui est restée un modèle pour tous les personnages de psychopathe (impossible même de ne pas penser qu’Heath Ledger ne l’avait en tête pour son incarnation du Joker dans The Dark Knight!).

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 16:9 compatible 4/3
Format son : Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono), Français (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h38
+ Bonus : « Le carrefour de la mort, tout est bien ce qui finit mal » (20 minutes) ; « Richard Widmark, parcours exemplaire à Hollywood » (10 minutes), par Jean-Loup Bourget, critique cinéma pour Positif

Back Door to Hell (Monte Hellman, 1964) :

Réalisateur du cultissime Macadam a deux voies (1971), Monte Hellman a été l’un des premiers réalisateurs à faire tourner Jake Nicholson, qui avant ça, n’était apparu que dans des petites productions, et en particulier sous la coupe de Roger Corman. Leur collaboration la plus mémorable est certainement le western L’Ouragan de la vengeance (1965). Un an plus tôt, c’est ensemble qu’ils ont réussi à soutirer au nabab Robert Lippert un budget suffisant pour aller tourner deux films dans les Philippines, une terre idéale pour filmer la guerre du Pacifique. Bizarrement, dans aucun de ces deux films (le second est Flight to Fury, réalisé dans la foulée), Nicholson n’aura le rôle principal. Ici, c’est Jimmie Rodgers – une star de pop-rock à la carrière foudroyée – qui tient le rôle du Lieutenant Craig, au cœur de l’action. Jack Nicholson n’a que le rôle d’un soldat-traducteur sollicité dans les dialogues avec les japonais.

Ce sont toutefois les courtes apparitions de ce personnage secondaire, ainsi que celles de l’opérateur-radio campé par John Hackett (qui restera un proche de Nicholson), qui seront les meilleurs passages de ce film de guerre. Dans sa courte durée (moins de 70 minutes), Hellman nous fait suivre des militaires yankees chargés, avant l’arrivée du gros des troupes, de s’accorder la confiance des guérilleros locaux en lutte contre des soldats japonais, mais découvrent que les deux camps font preuve d’une barbarie similaire à l’égard de leurs prisonniers. Cet interventionnisme est décrit avec un certain dédain inhérent à la nonchalance même des personnages (que les distributeurs américains atténuèrent à l’époque par des images patriotiques en guise de générique de fin). Hormis l’attaque d’un village mise en scène avec virtuosité, le réalisateur ne cherchera pas à impressionner mais à rester au plus près – à l’aide d’une caméra mouvante – de ces sous-officiers blasés par la guerre et ainsi étudier leur rapport à la violence.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 16:9 compatible 4/3
Format son : Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h05
+ Bonus : « Back Door to Hell, jungle western », par Olivier Père, directeur du cinéma d’Arte France (20 minutes)

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FEFFS 2016 : Caméléon, Kebabs et zombies tamouls

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La 6ème journée du FEFFS propose à nouveau des films de tous horizons, et pour la première fois du festival un quasi sans-faute.

Il est très facile de placer cette sixième journée du FEFFS comme la meilleure du festival, grâce à sa programmation à la fois variée et réussie. On y retrouve donc Alec Guiness qui endosse 8 rôles, un justicier des fast-foods et la première incursion de Kollywood dans le film de zombies.

[Rétrospective M for Murder] Noblesse Oblige

Réalisé par Robert Hamer (UK, 1949) Date de sortie 10 février 1950

Synopsis : Un jeune aristocrate condamné à mort rédige ses mémoires. Il raconte son ascension au sein de la famille d’Ascoygne. Famille qui les avait reniés lui et sa mère après le mariage de celle-ci avec un roturier.

Si pour le moment la rétrospective M for Murder était surtout le théâtre de films oscillant entre le malsain et le psychologique, la présence de Noblesse Oblige lui offre un autre souffle. Réalisé en 1949, Noblesse Oblige fait partie de ces classiques de la comédie britannique nous gratifiant de cet humour raffiné so british. A première vue, en lisant le synopsis, on ne s’attend pas à rire, mais c’est ça qui fait toute la réussite de ce petit bijou.

L’ascension de Louis d’Ascoygne est en effet remplie de cynisme et d’humour noir. Le plan calculateur et vengeur de son personnage principal, la vénalité de son amie d’enfance, le mépris de la famille d’Ascoygne, tant d’éléments qui rendent l’humour omniprésent. Le film est remarquable aussi grâce à la performance d’ Alec Guiness campant à lui tout seul l’intégralité de la famille d’Ascoygne. Du vieux patriarche, en passant par le prêtre sénile, et même une femme, Guiness nous offre un véritable récital. Avec sa liberté de ton et son aspect grinçant, Noblesse Oblige reste l’un des emblèmes de la comédie anglaise.

[Compétition Crossovers] Creative Control

Réalisé par Benjamin Dickinson (USA,2015) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Dans un futur très proche, David travaille dans une agence de pub pour promouvoir un nouveau produit de réalité augmentée. Le désir qu’il éprouve pour Sophie va le pousser à créer un avatar de cette dernière. Cela va engendrer une descente en enfer pour David.

Her de Spike Jonze avait déjà incorporé la technologie dans la comédie sentimentale. Avec Creative Control, Dickinson va proposer un angle plus froid et pessimiste. Mettant en avant David dont le couple avec Juliette bat de l’aile, le réalisateur va s’intéresser à cette perte de contrôle vis à vis de la technologie. En effet David éprouve une certaine attirance pour Sophie, la fiancée de son meilleur ami. Afin de combler ses désirs, il va, à l’aide de lunettes à réalité augmentée, créer un avatar de cette dernière.

A partir de ce moment, David va commencer à perdre de plus en plus le contrôle de sa vie. Au niveau professionnel ou affectif, le monde réel et le monde virtuel vont fusionner. La perte de repères va se faire de plus en plus importante, David pensant réellement vivre les moments avec l’avatar. Le parallèle avec Juliette, professeur de yoga en quête d’un bien-être intérieur, est une idée bien exploitée. Tourné en noir et blanc, le film dispose d’un esthétique très arty. Quant à la musique classique, elle convient très bien au ton du film. Creative Control est une œuvre à la thématique intéressante, et bien moins éloignée de la réalité qu’on ne le pense.

[Compétition internationale] K-Shop

Réalisé par Dan Pringle (UK, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Salah, jeune étudiant est contraint de reprendre en main le fast-food de son père après que celui-ci se soit fait assassiner par une bande de Hooligans. Peu après, Salah va partir en croisade vengeresse afin de débarrasser Londres de sa vermine et les transformer en viande à kebab.

Le postulat de base du premier film de Dan Pringle fait penser au vigilante movie. Le film est avant tout un véritable cri de rage porté à la fois par son réalisateur et son personnage principal. Le jeune Salah, dont la vie a été ruinée par des hooligans, va donc faire régner sa justice dans son quartier. Pendant près de 2h, Salah va  faire le ménage et transformer des poivrots en kebabs. Mais K-Shop est bien plus qu’un film bourrin, c’est aussi un film avec une certaine dimension sociale.

Mettant en avant des immigrés travailleurs  opposés à des britanniques racistes, le film a d’autant plus d’impact par les temps qui courent. Malheureusement, Pringle se plante un peu dans son exécution. D’une linéarité trop complaisante, K-Shop peine à complètement convaincre. Une fois que le film a trouvé son rythme de croisière, il s’y tient tout du long. Manquant de véritables surprises, le film souffre sur la longueur. Il n’en reste néanmoins un film intéressant mêlant à la fois critique sociale et hommage au vigilante movie.

[Compétition internationale] Another Evil

Réalisé par Carson Mell (USA,2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Dan et Mary décident de faire appel à un exorciste afin de débarrasser leur chalet des fantômes qui l’habitent. Après un premier entretien peu concluant, Dan va entrer en contact avec un exorciste loufoque et inquiétant.

Another Evil est l’archétype du film dont on n’attendait pas grand chose mais qui se révèle être une excellente surprise. Revisitant un sous-genre  du film d’horreur, le film d’exorciste, Another Evil s’avère être une comédie complètement absurde. Ici, l’exorciste est loin d’être un vieux prêtre très sérieux, il s’agit d’un loser complètement timbré persuadé d’avoir couché avec Satan. Mark Proksch (vu dans The Office) va exploiter tout son potentiel comique. Entre rituels avant-gardistes et anecdotes salaces, Oscar l’exorciste va livrer un véritable one-man show.

Mais derrière son aspect loufoque se cache un homme en quête d’amitié. Amitié qu’il va essayer de cultiver avec Dan,  qui va alors ressentir une certaine gêne vis à vis de l’exorciste. Ce dernier va alors devenir de plus en plus dangereux. Revisitant les codes du film d’exorciste, Another Evil arrive à allier subtilement comédie et réflexion sur le malaise social. Servi par des acteurs habités par leur rôle, il ne serait pas étonnant de voir le film de Carson Mell repartir avec un prix du public.

[Midnight Movies] Miruthan

Réalisé par Shakti Sounder Rajan (Inde, 2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : Un flic, accompagné de sa petite soeur et d’une jeune médecin dont il est secrètement amoureux, se voit obligé de faire face à une armée de zombies.

Si les derniers midnight movies n’étaient pas à la hauteur des espérances, Miruthan a très vite réconcilié les festivaliers. Venu directement de Kollywood, l’industrie du cinéma indien qui produit des films en langue tamoul, Miruthan est leur première incursion dans le film de zombies. Que ça soit avec son message de prévention contre le tabac, ou encore son aspect sitcom, Miruthan ne perdra pas de temps pour obtenir l’adhésion des spectateurs. Véritable mélange de genres, le film  va flirter avec la comédie romantique à de nombreux moments avec des scènes kitschissimes.

Mais ce qui le fait vendre surtout, c’est son étiquette film de zombies. Et le film ne sera pas en reste pour faire plaisir au spectateur. Bagarres bien musclées sur de la musique ultra-rythmée, Miruthan est le midnight movie qu’on attendait tous. Qui dit cinéma indien, dit chansons, et encore une fois Miruthan n’est pas avare sur ce point, poussant à plusieurs reprises la chansonnette avec des morceaux entraînants et qui vont rester en tête. On pourrait s’amuser à chercher la critique sociale classique derrière le film, mais honnêtement Miruthan est surtout un concentré de fun à 100%.

Des stars d’Hollywood dans un clip citoyen et anti-Trump

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Les Avengers ont besoin de vous… pour voter !

A quelques mois seulement de l’élection présidentielle américaine, certaines stars d’Hollywood viennent de participer à un clip encourageant les citoyens américains à s’inscrire sur les listes électorales. De nombreux acteurs et actrices des blockbusters de la Marvel/Disney s’engagent et adressent un message fort à leurs concitoyens dans cette vidéo. Les Avengers semblent avoir un ennemi plus redoutable que Thanos : le candidat Républicain et conservateur Donald Trump !

Robert Downey Jr. , Scarlett Johansson, Leslie Odom Jr., Mark Ruffalo, Julianne Moore, James Franco, Don Cheadle, Stanley Tucci, Martin Sheen et Neil Patrick Harris apparaissent aux côtés d’autres acteurs et de citoyens anonymes dans un spot énigmatique publié par le comité d’action politique Save The Day. Alors que l’on pourrait penser que cette vidéo soit plutôt neutre, citoyenne et encourageant le sens civique, ce clip est en réalité un atout de poids dans la campagne d’Hillary Clinton et cherche à mobiliser l’électorat jeune qui avait fait basculer le vote pour Obama avec la puissance des réseaux sociaux de sa campagne lors de sa toute première élection. Save The Day a été fondé par le cinéaste Joss Whedon à qui l’on doit deux épisodes de la saga Avengers. Ce groupe participe au financement direct de la campagne d’Hillary Clinton.

« Mardi 8 Novembre, ce pays va prendre la décision la plus importante de son histoire. Vous avez l’obligation de participer à cette décision. »

Sans jamais le nommer, les différents acteurs s’en prennent à Donald Trump et évoquent la menace qu’il représenterait pour le pays si jamais il était élu. Les stars Hollywoodiennes affichent un message clair et sans langue de bois : faire barrage au candidat du parti Républicain.

« Voulons-nous vraiment confier des armes nucléaires à quelqu’un dont le geste le plus célèbre est de licencier les gens ? »

Le seul message humoristique et décalé de cette vidéo au ton très sérieux et civique est venu du comédien Mark Ruffalo. Il a promis de jouer entièrement nu dans une scène de son prochain film si les citoyens américains s’inscrivent en masse sur les listes électorales à l’occasion de cette élection présidentielle de Novembre.

Donald Trump va-t-il répondre à cette vidéo en réalisant un clip de campagne avec des acteurs aux opinions politiques proches du camp des Républicains comme Clint Eastwood ?

L’implication des acteurs sur le plan politique ou leur soutien apporté à un candidat n’a jamais vraiment eu le vent en poupe en France et est même plutôt mal perçu par les français. On se souvient du soutien d’Alain Delon et de Christian Clavier pour Nicolas Sarkozy ou les engagements humanistes et marqués à gauche de Philippe Torreton et Pierre Arditi ou bien encore les délires et les saillies de Fabrice Luchini sur les acteurs dit de gauche lorsqu’il est invité sur un plateau de télévision.

Aux Etats-Unis, Matt Stone et Trey Parker tiraient à boulets rouges sur la politique interventionniste et la dérive militaire des USA dans la comédie avec des marionnettes, en hommage aux Thunderbirds, Team America, Police du Monde. Mais les deux créateurs de South Park n’épargnaient personne dans Team America. Les acteurs emblématiques d’Hollywood qui avaient dénoncé l’intervention militaire américaine en Irak comme George Clooney, Sean Penn ou Matt Damon en prenaient pour leur grade. Les marionnettes à leur effigie sont ridiculisées et connaissent une mort tragique dans le final explosif de Team America.

Les citoyens américains pourront assister à trois débats entre les deux candidats à l’élection présidentielle de Novembre : le 26 Septembre et les 09 et 19 Octobre prochain.

Reste à savoir si les Avengers et ce beau casting Hollywoodien auront réussi à mobiliser les citoyens américains pour s’inscrire sur les listes électorales et pour se rendre aux urnes en Novembre.

 

 

 

Justin Timberlake et Kate Winslet sur le tournage du nouveau Woody Allen !

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A peine le temps de l’avoir vu présenter son Café Society sur la Croisette au mois de mai dernier, que l’infatigable Woody Allen a déjà retrouvé l’odeur d’un plateau de tournage, qui plus est marqué du sceau des années 1930/1940. La nouvelle décennie faste pour le réalisateur de Manhattan

A 80 ans, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour Woody Allen. Alors qu’on attend patiemment son incursion dans le domaine de la série télévisée (Crisis in Six Scenes avec Miley Cyrus), le new-yorkais s’est déjà lancé dans un nouveau projet, qui comme à son habitude est encore teinté de beaucoup de secrets. Tout juste sait-on qu’il a donné les premiers tours de manivelle la semaine dernière et que sous son scope sentant bien bon la malice et l’humour noir, se déhanche un casting jusque ici inédit pour lui : Justin Timberlake (The Social Network) et Kate Winslet (Titanic, Steve Jobs). Si l’intrigue est encore inconnue et que l’on ne peut encore que spéculer sur son orientation, les premières photos rendent compte d’une atmosphère très inspirée des années 1930/1940 avec le maillot de corps délicieusement rétro du chanteur et les accessoires portées par Juno Temple et Kate Winslet. Rien n’indique encore si les deux acteurs tomberont dans les bras de l’autre, mais on ne pourra enlever au new-yorkais la faculté de créer des couples de cinéma relativement atypique. Et rien que pour ça, on a envie de voir ce que nous réserve le cinéaste le plus névrosé de la profession. Mais pour l’heure, voici les premières (et seules) images dont on pourra disposer :

                               On ignore encore la date de sortie, ni le cadre choisi pour ce film, qui pourrait tout aussi bien lorgner du coté du drame que de la comédie, mais l’on sait que le dernier film du maestro, Café Society est de sortie depuis quelques jours dans les bacs. Pour l’occasion, on vous remet la bande-annonce.

Bande-Annonce de Café Society (dernier film en date de Woody Allen) :

 

Avengers Infinity War : les premiers éléments de l’intrigue ?

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Annoncé comme l’épisode le plus meurtrier du Marvel Cinematic Universe, Avengers Infinity War aura à cœur de donner (enfin !) l’affrontement entre la team des Vengeurs et Thanos. Forcément, on se doute que cet arc des comics, loin d’être une simple bisbille de quartier, aura des conséquences dans les deux camps. D’ici là, on ne pourra que se rassurer (ou pas) devant ce qui s’apparente au premier synopsis, qui en dit long sur les intentions de Thanos et les répercussions qui en découlent dans ce film de super-héros qui se muera à coup sur en un sauvage destruction porn des familles. 

Avec un physique de déménageur et une vilaine propension à jouer les méchants de supérette bien calée sur son siège, on peut pas trop dire que Thanos, pourtant vendu comme la némésis ultime du MCU, nous ait jusque ici impressionné. Égrenant les films comme un mal-propre au biais des scènes cachées, on attendait le moment où sa frimousse violette sera de tous les plans, quitte à enfin laisser voir toute sa force et son charisme. Coup de chance, voilà qu’il sera partie intégrante du prochain Avengers, dont le tournage commence en Novembre. Et si l’on ignorait jusque ici comment le film respecterait le comic éponyme dont il est inspiré, voilà qu’un synopsis (pour l’heure non confirmé par les studios) a fuité sur le net et révèle en substance beaucoup de choses, notamment la raison qu’a Thanos de vouloir semer la mort et la désolation sur tous les territoires qu’il traverse. Ainsi, si l’on se fie au fameux synopsis, il semblerait que Thanos, bien parti pour souffler le titre de meilleur dictateur à Hitler et Mao réunis, soit un apôtre de la destruction à seul fin d’impressionner le grand amour de sa vie ; en l’occurrence La Mort elle-même. Si l’on peut aisément pouffer de rire devant pareil synopsis, notamment par la propension qu’a Thanos de prendre au pied de la lettre la fameuse expression « J’irais décrocher la lune pour toi », force est d’admettre que le synopsis s’avère éminemment plus riche ce que l’on pourrait penser. Ainsi, La Mort serait campée à l’écran par une entité démoniaque féminine, qui selon certaines sources, ne serait autre que le personnage d’Héla, qu’on retrouvera dans le prochain Thor Ragnarok, sous les traits de Cate Blanchett. Une actrice de rêve, qui fera sans nul doute fureur dans les bras de Josh Brolin (Sicario), chargé de donner ses traits à Thanos.

Mais là où le script s’avère être intéressant, c’est pour le rapport qu’il entretient avec les Pierres d’Infinités. Si seulement 4 d’entre elles ont été retrouvées, le synopsis révèle (potentiellement) l’emplacement des deux autres. Ainsi, on retrouverait celle dédiée au temps dans le prochain film du MCU, Doctor Strange (sortie le 26 Octobre) et celle dédiée à l’âme aux cotés d’Adam Warlock, un personnage majeur de la mythologie Marvel, qu’on retrouverait normalement dans la suite des Gardiens de la Galaxie, que prépare actuellement James Gunn ; et qui serait sans nul doute partie intégrante dudit film, notamment en raison de la place de choix qu’il occupe dans la team à Star-Lord dans les comics. A cela s’ajoute aussi l’arrivée en renfort de Nick Fury, qu’on imagine particulièrement en rogne et qui aura à cœur de rabibocher les deux teams séparées à la fin de Captain America Civil War. Dans tous les cas, avec un tournage débutant en Novembre, il faudra peu de temps au film pour révéler ses secrets et encore moins de temps pour le voir affirmer son potentiel qu’on pressent « titanesque ».

Bande-Annonce de Captain America Civil War (dernier Marvel en date)

 

Mr Majestyk DVD en édition collector + Blu-ray+Livret le 5 Octobre 2016

En 1974, Richard Fleischer a donné à Charles Bronson un de ses rôles les plus mémorables dans un film méconnu en France mais culte aux États-Unis. Mr Majestyk nous revient dans une version restaurée qui mérite le coup d’œil.

Un film indispensable aux amateurs de Charles Bronson

Ancien détenu et vétéran du Vietnam, Vince Majestik est aujourd’hui un homme tranquille, installé dans le Colorado et reconverti en gérant d’une vaste exploitation de pastèques. Ses méthodes expéditives pour régler les problèmes lui font écoper d’une peine de prison. C’est là le début de ses ennuis car il y rencontre Frank Renda, un tueur à gages particulièrement brutal. Profitant d’une tentative d’évasion de ce dernier, Majestyk parvient à l’échanger à la police contre sa propre liberté. Une fois évadé, Renda n’aura en tête que sa vengeance, en commençant par détruire entièrement la récolte de pastèques.

Un polar rural qui va poser les bases du western moderne

Le rapprochement entre le film de Fleischer (Soleil Vert, L’Etrangleur de Boston…) et les classiques du western n’est pas quelque chose d’anodin puisque son scénario est une adaptation d’un livre d’Elmore Leonard qui s’est fait un nom grâce à ses romans prenant place au far-west. Mais davantage que son réalisateur ou son scénariste, ce qui a fait la réputation de Mr Majestyk, c’est indubitablement son interprète. Charles Bronson y tient un rôle bien plus subtil et livre une prestation bien moins monolithique que dans la peau des habituels personnages de gros durs taiseux auxquels il était souvent limité. Cette humanité lui vient de la nature même du long-métrage, qui n’est pas qu’un film d’action brutal, puisque sa première-partie repose entièrement sur une intrigue sociale, autour des difficultés du héros à faire fonctionner son entreprise agricole malgré la pression de syndicats corrompus et dans un contexte de tensions raciales à l’égard des latinos qu’il emploie, dont la belle Nancy (Linda Cristal) avec qui il va entretenir une relation amoureuse. Lorsque le scénario va prendre un virage vers des scènes plus musclées, ce sera grâce à un affrontement avec un méchant presque aussi charismatique que le héros incarné par l’impressionnant Al Lettieri. Dans une mise en scène sans fioriture non moins soignée et sur une splendide musique signée Charles Bernstein, le réalisateur nous offre à voir des courses-poursuites en pleine campagne et des fusillades véritablement impressionnantes. C’est sans doute ces passages qui ont fait gagner à cette petite production son statut de film culte dans son pays, où Quentin Tarantino le cite régulièrement parmi ses sources d’inspiration (allant jusqu’à lui faire un petit clin d’œil, au détour d’une affiche, dans le van de Budd dans Kill Bill). Une chose est sûre, vous ne vous en prendrez plus jamais à ce qu’un cultivateur de pastèques a de plus cher.

Des bonus qui nous en disent long sur le tournage

Les compléments offerts par le Blu-ray/DVD de cette réédition se composent des interviews de deux personnes qui ont participé de près à l’aventure Mr Majestyk puisqu’il s’agit, d’une part de Richard H. Kline, le chef opérateur de ce film comme de certains des plus gros succès de Fleischer, et d’autre part de Lee Purcell, l’actrice qui incarne l’une des complices du redoutable Franck Reda. Ces deux témoignages en disent long sur les conditions dans lesquelles le long-métrage a été mené à son terme. Pour en savoir plus sur le film, de sa genèse à son influence, son réalisateur et son acteur principal, il faudra cependant se reporter au livret de plus de 80 pages préparé spécialement pour ce coffret collector et qui, en plus d’images d’archives, revient tout particulièrement sur la place importante que tient ce film dans la carrière de Charles Bronson.

mr-majestyk-coffret-bluray-dvd

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD

Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3

Format son : Anglais DTS 2.0 & Anglais & Français Dolby

Digital 2.0

Sous-titres : Français

Durée : 1h39

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master restauré HD – Format image : 1.85

Résolution film : 1080 24p

Format son : Anglais & Français DTS Master Audio

Sous-titres : Français

Durée : 1h48

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Coffret Blu-ray+DVD+Livret

COMPLÉMENTS :
– “Colorado cool” : entretien avec le directeur de la photographie Richard H. Kilne (14’)
– “Colorado chic” : entretien avec l’actrice Lee Purcell (28’)
+ Un livret exclusif de 86 pages sur le film et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Frédéric
Albert Lévy, illustré de photos d’archive rares.

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Mr. Majestyk : Bande-annonce (VO)

Alexandre Desplat quitte Star Wars pour le film de Luc Besson, Valérian

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Alors que la polémique autour de son départ du projet Rogue One ne cesse de prendre de l’ampleur, le compositeur français Alexandre Desplat a rejoint un autre space-opéra, français cette fois : Valérian et la Cité des Milles Planètes, que prépare actuellement Luc Besson.

Certains diront, non sans humour, que l’honneur est sauf. Le compositeur, a défaut de composer pour la mythique saga et donc marcher directement dans les pas de John Williams, est en effet resté dans les étoiles. Et pas n’importe lesquelles puisque il s’aventure dans le domaine céleste du plus grand rêveur du cinéma français, Luc Besson, qui peaufine actuellement son très ambitieux Valérian et la Cité des Milles Planètes, projet hors norme 100% européen et marquetée à hauteur de 170 patates. C’est en effet par le biais du profil Instagram de Luc Besson qu’on a appris la nouvelle. Le réalisateur de Lucy, Léon ou autre 5ème Élément, très actif sur les réseaux sociaux a gratifié ses followers d’une photo du compositeur affairé sur une table de mixage avec la mention suivante : « Alexandre Desplat a dû quitter L’Etoile Noire mais s’est trouvé un nouveau foyer dans la Cité des Mille Planètes. Bienvenue à bord de Valérian maestro ». On passera sur la déception que de ne pas voir Desplat composer pour Star Wars, mais on se réjouira malgré tout de le voir assurer une partition dans le même univers et empli des memes thématiques, sentant forcément bien bon le gigantisme, la découverte et le futur. De quoi gaiment ronger son frein jusqu’à la sortie du projet, en Juillet 2017. D’ici là, vous pourrez toujours écouter le travail d’Alexandre Desplat dans le prochain Une Vie Entre Deux Océans de Derek Cianfrance (5 Octobre) ou l’Odyssée de Jerome Salle (12 Octobre).

Bande-Annonce de « Une Vie Entre Deux Océans », futur film à disposer du savoir-faire du compositeur 

 

 

 

 

Juste la fin du monde, un film de Xavier Dolan : Le Pour/Contre de la rédaction

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Deux ans après le bouleversant Mommy, le jeune prodige québécois revient avec Juste la fin du monde. Un film attendu, Grand Prix du Jury à Cannes mais qui a profondément divisé notre rédaction. Que vaut alors le nouveau Xavier Dolan ? Réactions..

[Pour/Contre] Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Synopsis : Louis, un jeune auteur, vient passer l’après-midi auprès de sa famille après 12 ans d’absence. Un retour auprès des siens qui a pour finalité d’annoncer sa maladie et sa mort prochaine.

L’avis positif convaincu

Il semble que le cinéma puisse parler de manières différentes aux gens. Il fera naître telle ou telle réflexion selon les pensées du spectateur, ou une émotion plus qu’une autre selon son vécu. Il faut distinguer donc les deux grands pôles : la raison et l’émotion. Depuis ses débuts, les films du jeune québécois Xavier Dolan font d’abord appel à l’émotion. De manière générale, il faut préciser que le Festival de Cannes déchaîne les passions, les bonnes et les mauvaises, et que donc il en ressort forcément une vision du film non pas biaisée, mais conditionnée. Attention donc aux jugements trop hâtifs, nécessaires dans notre métier. Juste la fin du monde est totalement réussi. Xavier Dolan porte à l’écran une histoire que l’on dirait écrite par lui, en fait une adaptation de Jean-Luc Lagarce. On retrouve le grand thème de Xavier Dolan, à savoir un jeune homme aux rapports familiaux compliqués. Mais il nous faut préciser la nature de cette complication. Chez Dolan, le rapport à la famille est toujours un mélange d’attraction et de rejet. Louis, joué par Gaspard Ulliel, se trouve tiraillé entre l’amour qu’il porte aux autres (même pour son frère odieux, même pour sa sœur et sa belle-sœur qu’il ne connaît pas) et l’envie de partir le plus loin possible. Peut-être qu’émotionnellement, cette partie ne peut physiquement parler qu’à une certaine tranche d’âge, qu’à un certain type de spectateur, le mélancolique discret.

Dans son dernier film, Xavier Dolan filme cette famille en huis-clos en plan serré. C’est un cadrage absolument génial, car il est tout à fait en adéquation avec ce qu’il veut exprimer. La vision quasi-chirurgicale des différents membres de la famille de Louis traduit son immense affection pour eux, faisant office de gros plans psychologiques, vus depuis les yeux du personnage principal. On a l’impression que le bonheur pourrait durer éternellement, mais la vision prolongée en gros plan d’un visage humain fait souvent se révéler les pires tics et protubérances – ce n’est pas pour rien que le grand angle déformant utilisé en gros plan est souvent utilisé au cinéma pour faire apparaître un personnage comme monstrueux. Comme dans Mommy, l’impression de bonheur semble se dessiner à de nombreuses reprises. Mais le cinéma de Xavier Dolan est un cinéma sur la brèche, pouvant vaciller à tout moment d’un extrême à l’autre, de l’amour au dégoût. Ce qui est impressionnant, c’est la capacité qu’à ce jeune metteur en scène à faire adhérer le spectateur à ses émotions, à son ambiance, à sa mélancolie. Effectivement, l’utilisation de Dragosta Din Tei entre en résonance avec On ne change pas, utilisé dans le précédant film, en faisant appel à une nostalgie (plutôt jeune il faut le dire) qui parlera sans aucun doute au plus grand nombre. Dans les deux cas, ces chansons interviennent à des moments forts du film, et précèdent bien souvent une retombée brutale.

De notre avis, le personnage joué par Gaspard Ulliel est le moins marquant, nécessairement en retrait car il joue le rôle du spectateur de sa propre famille, et c’est par lui que nous aurons toutes les informations. La sœur Léa Seydoux est la seule véritablement agaçante, alors que Nathalie Baye, Marion Cotillard et Vincent Cassel font une interprétation remarquable. Dans les trois cas, on est forcé de s’attacher à eux, tout en voyant bien leurs défauts. Allons, qui n’a jamais ressenti cela vis-à-vis de ses proches ? Remportant le Grand Prix au Festival de Cannes, Xavier Dolan signe un film maîtrisé. D’aucuns regrettent qu’il soit moins époustouflant que Mommy, qui avait remporté le Prix du Jury. Il est difficile pour nous de porter un jugement. Peut-être Juste la fin du monde se trouve-t-il simplement dans la continuité de Mommy, en étant moins novateur, certes. Sa force et son propos n’en restent pas moins importants.

L’avis négatif catégorique

Deux ans après le bouleversant Mommy et un Prix du Jury (mais une Palme d’Or logique pour tout le monde), Xavier Dolan retrouve le tapis rouge du Festival de Cannes accompagné d’un casting exclusivement composé de stars françaises, le tout pour l’adaptation d’une pièce délicate de Jean-Luc Lagarce. Soit Juste la fin du monde, un huis-clos familial où le malaise s’illustre à travers les relations tendues entre chaque personnage. Et quand celui qui était parti douze ans auparavant, décide de revenir pour annoncer sa mort, le retour du fils prodigue va amener cette famille au bord de l’explosion. Avec ce scénario, Xavier Dolan se fait plus mature et s’attelle pour la seconde fois – après Tom à la ferme – à l’exercice ô combien périlleux de l’adaptation. Un travail d’écriture à demi-risque néanmoins, puisque la pièce de Jean-Luc Lagarce est un matériau tout taillé pour Dolan. Focalisé sur ce personnage d’un homme seul subissant sa différence, Xavier Dolan apporte assurément de sa personne et nous conte, à sa manière, les dysfonctionnements de sa propre vie familiale. Il y a deux ans, il arrivait à nous arracher une larme avec un morceau de Céline Dion. Cette année, il tente de nous transporter en nous ramenant plus de dix ans en arrière, avec le tube moldave Dragosta Din Tei du groupe O-zone. C’est la preuve que le cinéaste persiste dans son style, en faisant à nouveau appel à certains éléments identitaires de Mommy et plus largement de ses autres films. Xavier Dolan nous livre ainsi sa vision du genre, très bourgeois et théâtral, qu’est le repas de famille en huis-clos. Il fait ainsi ressentir comme personne la difficulté de communiquer correctement dans cette famille, tout comme il fait peser lourdement le sentiment de claustrophobie. Malheureusement pour lui, cette posture artistique n’en fait absolument pas un film agréable à regarder. Juste la fin du monde est un film malade. Malade par sa mise en scène, ses acteurs en pleine crise de nerfs, son recours maladroit à la musique, et sa lumière sépia qui ne sied qu’à moitié au cadre oppressant de l’intrigue.

De ce repas de famille qui est le postulat de départ du récit – qui doit sans doute bien mieux fonctionner au théâtre – Xavier Dolan n’arrive qu’à employer ses acteurs de la manière la plus hystérique et irritante possible. Entre les cris stridents, les silences pesants, les balbutiements interminables et les regards tournés vers le sol, on ne souhaite qu’une chose : quitter cette table et prendre le dessert à la maison. Peut-être que le problème du film réside justement dans son casting cinq étoiles. Car moins que les performances, ce sont les célébrités que l’on regarde se déchirer ; d’abord avec une jubilation coupable puis avec une exaspération interminable (Cotillard en gênée balbutiante étant la plus insupportable à regarder, contrebalançant avec sa jolie prestation dans Mal de Pierres). On se sent mal de voir de si bons acteurs être employés dans une telle mascarade, Nathalie Baye cabotinant en mère exubérante, Léa Seydoux en rebelle chialeuse et Vincent Cassel, l’habituel connard impulsif de service. Seul Gaspard Ulliel, timide et jamais à sa place arrive à susciter de l’empathie et tirer son épingle du jeu. On aimait les ouvertures au monde et les déambulations des personnages dolaniens dans ses précédents films, on regrette amèrement qu’ici ils ne soient filmés qu’en gros plans et sous toutes les coutures. Juste la fin du monde devient alors une succession de photos de profil où les visages radieux, malades, gênés, enflammés, s’enchaînent avec la plus grande frustration. Un bal de plans serrés qui devient à la longue étouffant.

Le parti-pris est affirmé et peut-être qu’il est là le génie du film, nous faire ressentir comme jamais le malaise d’un repas de famille qui dure. Quelques dialogues sonnent très justes et la reprise du contrôle de la situation par Gaspard Ulliel laisse espérer un climax apocalyptique réjouissant. Il n’en sera rien et tout ce qui faisait la vie, la folie, et la frénésie des films dolaniens se fait définitivement absent. Les défenseurs du québécois diront qu’il a pris en maturité et que sa naïveté insouciante évolue en regard hanekien sur les relations d’une famille dysfonctionnelle. Mais comptant autant d’adorateurs que de pourfendeurs, Xavier Dolan n’est pas prêt de réconcilier les deux camps. Juste la fin du monde sonne comme le changement de ton d’un cinéaste qui décide de filmer l’hystérie dépressive de la vie au lieu de la célébrer comme il le faisait jusque là. Bien que le film soit secoué par toute l’énergie des acteurs en total roue libre, l’entreprise de Dolan tourne à vide et n’offre, à l’arrivée, que le résultat d’une démonstration vaine, hystérique et assommante. En tentant de s’adapter à un matériau qui lui ressemble, Xavier Dolan démontre qu’il ne maîtrise pas encore les sujets qui ne sortent pas de sa tête. Le jeune cinéaste reste néanmoins l’un des réalisateurs les plus fascinants de sa génération et on attend avec une hâte non dissimulée son prochain film, The Death and Life of John F. Donovan, son premier film tourné en anglais.

Juste la fin du monde : Bande-annonce + extrait

Juste la fin du monde : Fiche Technique

Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan, d’après l’oeuvre de Jean-Luc Lagarce
Interprétation : Gaspard Ulliel (Louis), Nathalie Baye (La mère), Léa Seydoux (Suzanne), Vincent Cassel (Antoine), Marion Cotillard (Catherine)…
Photographie : André Turpin
Décors : Colombe Raby
Montage : Xavier Dolan
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Nancy Grant, Xavier Dolan, Sylvain Corbeil, Nathanaël Karmitz, Elisha Karmitz, Michel Merkt,Patrick Roy
Sociétés de Production : MK2 Productions, Téléfilm Canada, Sons of Manual
Distributeur : Diaphana Distribution
Festival et Récompenses : Grand Prix du Jury et Prix du Jury Oecunémique au Festival de Cannes 2016, Césars 2017 du meilleur acteur pour Gaspard Ulliel, meilleur montage et du meilleur réalisateur
Genre : Drame
Durée : 95 minutes
Sortie en salles : 21 septembre 2016

Canada, France – 2016