Hollywood Legends sort en DVD trois classiques de l’âge d’or de la Fox

En ce mois de septembre, les éditions Hollywood Legends ont poursuivi leur travail de réédition en version Haute Définition de films devenus, depuis leur première sortie en DVD, difficilement accessibles. Des œuvres de genres divers et variés, mais qui peuvent chacun se targuer d’être signées par un réalisateur de renom :

Allez coucher ailleurs (Howard Hawks, 1949):

Plus de dix ans après avoir fait de lui une star grâce à L’impossible Monsieur Bébé, Howard Hawks refaisait appel à Cary Grant pour lui faire endosser un rôle qui semblait être écrit pour lui. Il est en effet celui qui incarna le mieux le leitmotiv des screwball comedy du réalisateur qui est de mettre en porte-à-faux un homme charmant mais immature face à une femme dominatrice. Un rapport de forces qui atteint ici son summum. Le film en lui-même est construit de façon bicéphale, en ce sens où sa première moitié ne se concentre que sur le couple que Grant forme douloureusement avec Ann Sheridan, jouant sur le sentiment d’attraction/répulsion des deux personnages pour aller s’achever sur un inévitable coup de foudre… un schéma de comédie romantique on-ne-peut-plus classique mais profitant de dialogues savoureux et porté par un excellent duo d’acteurs.

Ce sera la seconde moitié du film qui méritera davantage de considération, car le mariage entre les deux amoureux va se voir compromis par deux facteurs : d’abord, ils sont tous deux soldats, et lui est français. Ce sont les procédures terriblement phallocrates de l’armée américaine, qui ne concevaient que le mariage de ses membres masculins avec une étrangère, qui vont être moquées. Pour cela, le scénario s’amuse, tout en finesse, des quiproquos et des situations incongrues qui vont naître de l’obligation du personnage de Cary Grant de se faire passer pour une femme afin de suivre sa dulcinée en Amérique. Un état de fait qui pourrait sembler capillotracté, mais pourtant tiré d’une histoire vraie puisqu’il s’agit là d’une adaptation de l’autobiographie d’un belge ayant dû ainsi jouer de cette faille administrative. Les rapports homme/femme qu’Hawks appréciaient tant sont donc au cœur de cette délicieuse comédie sarcastique qui flirte même par moments avec l’humour noir.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 4/3 format respecté 1.33
Format son : Anglais & Français Stéréo / Mono stéréo
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h45
+ Bonus : Entretien avec Jacky Goldberg, critique pour Les Inrockuptibles (20 min)

Le Carrefour de la mort (Henry Hathaway, 1947):

C’est assez rare pour mériter d’être souligné, mais le titre français de Kiss of Death est bien choisi tant ce film est un carrefour, celui de deux genres majeurs des années 40 : le film de gangster, de par la nature même de Nick, son personnage principal anti-héroïque, mais aussi et surtout le film noir, dans la façon dont le scénario ne se bâtit pas sur un schéma de  » rise and fall », tels que les histoires de bandits se sont traditionnellement batties selon le modèle du Scarface d’Howard Hawkes, mais sur une intrigue qui semble ne laisser aucune issue favorable possible à ce pauvre Nick. En plus de ce mélange de genres – chose très rare à l’époque – la réalisation a appuyé sa volonté de s’émanciper du carcan des majors en étant tourner en « décors naturels », comprendre « à New-York », loin des studios, et offrant ainsi à son récit un certain gage de réalisme.

Entre les manipulations des policiers et la violence de ses anciens complices, Nick semble en effet pris en étau. Ceci ne serait pas un véritable enjeu dramatique s’il n’avait pas été rendu attachant par cette peur qu’il a de ne pas revoir sa femme et ses deux fillettes. De cette inquiétude résulte une humanité rare chez les figures de gangsters tels qu’ils apparaissaient alors au cinéma. La prestation de Victor Mature, tour à tour touchant et détestable, est pour beaucoup dans l’empathie pour son personnage. Cependant, c’est un autre acteur, qui tenait là son premier rôle au cinéma que l’on retiendra de ce long-métrage : Richard Widmark, dans la peau du redoutable criminel Tommy Udo, sera même nommé à l’Oscar du meilleur rôle secondaire pour cette performance qui est restée un modèle pour tous les personnages de psychopathe (impossible même de ne pas penser qu’Heath Ledger ne l’avait en tête pour son incarnation du Joker dans The Dark Knight!).

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 16:9 compatible 4/3
Format son : Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono), Français (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h38
+ Bonus : « Le carrefour de la mort, tout est bien ce qui finit mal » (20 minutes) ; « Richard Widmark, parcours exemplaire à Hollywood » (10 minutes), par Jean-Loup Bourget, critique cinéma pour Positif

Back Door to Hell (Monte Hellman, 1964) :

Réalisateur du cultissime Macadam a deux voies (1971), Monte Hellman a été l’un des premiers réalisateurs à faire tourner Jake Nicholson, qui avant ça, n’était apparu que dans des petites productions, et en particulier sous la coupe de Roger Corman. Leur collaboration la plus mémorable est certainement le western L’Ouragan de la vengeance (1965). Un an plus tôt, c’est ensemble qu’ils ont réussi à soutirer au nabab Robert Lippert un budget suffisant pour aller tourner deux films dans les Philippines, une terre idéale pour filmer la guerre du Pacifique. Bizarrement, dans aucun de ces deux films (le second est Flight to Fury, réalisé dans la foulée), Nicholson n’aura le rôle principal. Ici, c’est Jimmie Rodgers – une star de pop-rock à la carrière foudroyée – qui tient le rôle du Lieutenant Craig, au cœur de l’action. Jack Nicholson n’a que le rôle d’un soldat-traducteur sollicité dans les dialogues avec les japonais.

Ce sont toutefois les courtes apparitions de ce personnage secondaire, ainsi que celles de l’opérateur-radio campé par John Hackett (qui restera un proche de Nicholson), qui seront les meilleurs passages de ce film de guerre. Dans sa courte durée (moins de 70 minutes), Hellman nous fait suivre des militaires yankees chargés, avant l’arrivée du gros des troupes, de s’accorder la confiance des guérilleros locaux en lutte contre des soldats japonais, mais découvrent que les deux camps font preuve d’une barbarie similaire à l’égard de leurs prisonniers. Cet interventionnisme est décrit avec un certain dédain inhérent à la nonchalance même des personnages (que les distributeurs américains atténuèrent à l’époque par des images patriotiques en guise de générique de fin). Hormis l’attaque d’un village mise en scène avec virtuosité, le réalisateur ne cherchera pas à impressionner mais à rester au plus près – à l’aide d’une caméra mouvante – de ces sous-officiers blasés par la guerre et ainsi étudier leur rapport à la violence.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 16:9 compatible 4/3
Format son : Anglais (Dolby Digital 2.0 Mono)
Sous-titrage : Français
Noir & blanc
Durée : 1h05
+ Bonus : « Back Door to Hell, jungle western », par Olivier Père, directeur du cinéma d’Arte France (20 minutes)

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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