Scandal Saison 5, une série de Shonda Rhimes : Critique

Après How To Get Away With Murder, une autre production de Shonda Rhimes a terminé sa saison dont voici la critique.

Synopsis : Maintenant que Rowan est en prison, que Mellie et Cyrus ont dû quitter la Maison Blanche, Olivia et Fitz décident de se laisser une chance, et se mettent pour la première fois réellement ensemble. Alors qu’on ne connait pas tout de suite le destin de Huck, Quinn demande à Marcus Walker de rejoindre leur rang pour devenir lui aussi un « gladiateur »…

Une saison qui s’en sort de justesse

Après une quatrième saison déjà mitigée, cette saison 5 de Scandal est une remise en question générale, déjà pour l’ensemble des personnages, mais aussi pour la série qui semble atteindre ses limites dans ses storylines.
Les fans du couple mythique Olivia/Fitz seront assez déçus de la tournure des événements. Après une petite lune de miel, Olivia décide finalement de révéler aux journalistes sa liaison secrète avec le président. Cette révélation va d’une certaine manière relancer l’intrigue mais entrainera les personnages dans une spirale infernale.
En conséquence, les deux parties de cette saison coupées par la pause hivernale – la mise en lumière du couple (des épisodes 1 à 9), et les élections présidentielles (des épisodes 10 à 21) – sont assez inégales, provoquant une certaine lassitude quant aux choix de certains personnages.
En effet, la première moitié de la saison nous dévoile un couple s’aimant, mais qui se déchire à cause du pouvoir politique, Olivia, apprécie ce qu’elle fait dans le bureau ovale, mais se sent prisonnière en tant que première dame. La plume de Shonda Rhimes confirme le rôle de Kerry Washington comme un personnage fort et féministe, (comme Ellen Pompeo dans Grey’s Anatomy), symbolisé par la rupture de Fitz et Olivia, et l’avortement de cette dernière dans le dos de son amant sans qu’il le sache. Le choix de miss Pope peut se justifier, mais est détestable pour le spectateur, quand on se rappelle tout ce que le couple a vécu depuis le début pour se mettre ensemble.

Heureusement, la reprise de la série en janvier a choisi de faire un bon dans le temps de six mois pour nos héros, intégrant des histoires plus intéressantes, mieux gérées que les premiers épisodes, malgré la présence de défauts dont on n’arrive pas à se débarrasser.
Nous retrouvons enfin les atouts du début qu’on aime tant : centré sur les gladiateurs, du moins en apparence puisque l’équipe reste enchainée aux affaires de la Maison Blanche en choisissant d’aider Mellie à gagner les élections pour devenir présidente. Ainsi, nous n’avons pas spécifiquement de cas hebdomadaire, de scandale de la semaine, comme dans les deux premières saisons, mais une course à la présidence qui serait une victoire pour Mellie, mais surtout pour Olivia.

Par ailleurs, la rivalité des deux femmes semble enfin s’atténuer. Mellie est certainement le meilleur personnage de la saison qui a la plus belle évolution en prenant la décision de parler à Olivia pour l’aider à remporter les primaires. Leurs rapports s’améliorent, elles comprennent le lien qu’elles entretiennent avec le président, ensemble elles se complètent et forment un tout dans la réussite de Fitz à Washington.
La concurrente directe de Mellie, la vice-présidente, Susan Ross est l’autre surprise qui relève la saison. Sa relation assez compliquée avec David est un vent de fraicheur parmi tous les couples présents actuellement dans la série. Cela nous permet de nous montrer un peu plus son caractère en dehors de son statut politique, la rendant extrêmement attachante, et remet sur scène le personnage de David Rosen en retrait depuis plusieurs saisons.

Alors que ce couple est une réussite, les relations d’Olivia nous intéressent beaucoup moins, avec Fitz mais surtout avec Jake, un personnage où l’on fini par ne plus comprendre le but, retournant, auprès de son ancien mentor, Rowan, alias Papa Pope, après tous les stratagèmes pour le faire tomber de son poste de « commandant ».
Cette année, Scandal montre nos trois héros en perdition, nous n’arrivons pas à comprendre leurs parcours respectifs. Olivia veut sauver Jake de son père, mais peut-on encore imaginer une histoire possible entre eux alors qu’elle avait choisi Fitz l’an dernier. Suite à ses deux séparations, voir notre héroïne retourner avec l’un de ses hommes casserait la crédibilité de son personnage en quête de pouvoir, comme son père.
La série a du mal à avancer dans cette saison 5, nous stagnons beaucoup dans l’intrigue des différents personnages avec Olivia en tête de liste, enfermée dans son triangle amoureux et son combat contre Rowan.
En fin de compte, la seule logique sensée dans l’esprit tordu d’Olivia est la manière dont on revient à son enlèvement de la saison dernière. Son comportement est justifié par son traumatisme, qu’elle remet d’ailleurs plusieurs fois sur le tapis jusqu’au moment où elle dépasse la ligne et assassine son ravisseur, faisant de l’épisode 17 un autre moment culte de la série. Shonda Rhimes a équilibré et gardé dans l’ombre cette storyline expliquant parfaitement les décisions de Kerry Washington, elle ne veut plus jamais se sentir inférieure, contrôlée, maîtrisée, et elle compte obtenir sa victoire en faisant gagner Mellie aux élections, lui rappelant son ancien travail avec Fitz antérieur à la série, avant même la première saison.

Son combat montre d’un autre côté les différentes couleurs du personnage d’Abby qui a pris beaucoup de galon cette année en remplaçant le rôle de Cyrus à la Maison Blanche (un autre personnage à la dérive au même titre que Jake, tentant le tout pour le tout afin de rester à Washington, le rendant encore plus pathétique).
Ainsi, Abby se trouve un nouveau but cette saison en s’appropriant beaucoup de pouvoir, montrant le désir d’être la nouvelle Olivia Pope. Nous suivons cette histoire intéressante dans les derniers épisodes laissant le spectateur se demander si Abby peut trahir sa meilleure amie pour faire remporter les élections à Susan Ross, mais son amitié semble plus importante puisqu’elle ne révèle pas l’avortement d’Olivia dans le but d’évincer Mellie de la compétition. Nous aurons aussi le bonheur plusieurs fois de retrouver toute l’ancienne équipe des gladiateurs chez Olivia Pope & Associate en lien avec la course politique, Abby et Olivia travaillant ensemble pour faire tomber leurs rivaux.

En dépit d’une évolution entre Mellie et Olivia plus que bienvenue et l’effet miroir des élections qui dépassent notre fiction, faisant écho à la situation américaine actuelle, nous sommes partagé par cette saison mettant trop en avant les coulisses de la Maison Blanche depuis la saison 3.

De ce fait, le défaut de la saison précédente est peut-être plus important cette année : nous avons trop de personnages principaux qui sont devenus secondaires sans avoir d’histoires propres à faire progresser.
Les gladiateurs étaient le cœur du récit lors des trois premières saisons, et ils sont tous laissés de côté. Heureusement Quinn reste centrale, l’élément permettant à l’équipe de restée unie, malgré ses difficultés à cause d’une Olivia se préoccupant de ses problèmes personnelles.
Le simple fait de voir le nouveau personnage régulier Marcus si peu exploité, quasi invisible jusqu’à l’épisode 16 prouve le problème de la saison, trop centré sur les élections et la politique, et beaucoup moins sur les scandales. On imagine en fin de saison une possible romance entre lui et Mellie qui ferait une pierre deux coup pour à la fois créer une dynamique amusante entre ces deux personnages aux atomes crochus, mais surtout mettre en avant l’acteur Cornelius Smith Jr totalement absent des intrigues de la saison, le personnage veut s’intégrer, mais Quinn et Huck l’en empêche comme si Shonda Rhimes freinait elle-même le potentiel de Marcus.

Le final apporte des éléments de réponses et pose quelques indices sur les possibles storylines de la saison 6. En effet, alors que Fitz apprend la vérité sur l’avortement et semble l’accepter, Olivia affronte son père afin de libérer Jake qui deviendra le vice-président de Mellie, nous offrant probablement l’une des meilleures scènes de la saison, où nous voyons enfin la fille affronter le père et prendre le commandement, même si leur conflit devrait continuer à l’avenir.
Bien que les histoires se poursuivent sur les élections pendant encore quelques épisodes (toujours dans le but de refléter la réalité), certaines intrigues à venir devraient permettre à Jake, mais aussi Cyrus de revenir au premier plan étant donné que ce dernier se propose pour devenir le vice-président de Francisco Vargas (Ricardo Chavira de Desperate Housewives). Ce choix scénaristique permet notamment de voir s’affronter Cyrus et Olivia, nous avons plaisir à imaginer leurs fortes personnalités se faire face en se demandant qui obtiendra le bureau ovale d’ici le Winter Finale de la saison 6 (dernier épisode avant la pause hivernale en décembre).

Le bilan montre une saison irrégulière mais avec de bonnes idées, finalement ce mauvais équilibre est reflété par l’héroïne de Scandal. Elle gère parfaitement sa vie professionnelle avec son équipe de gladiateurs, mais n’arrive pas à affronter ses propres démons, vaincre son père, faire un choix amoureux et l’assumer, à tel point qu’elle commet l’irréparable en tuant son ravisseur, unique moment de jouissance pour le personnage qui se sent libre pour la première fois.
La question demeure pour la saison 6, est-ce qu’Olivia Pope pourra rallier à la fois son talent à sa vie privée pour être heureuse, alors que l’ombre de son père plane toujours autour d’elle, où est-elle destinée à devenir comme lui en voulant à tout prix s’approprier le pouvoir politique…

La cinquième saison de Scandal a réuni, en moyenne, 7,2 millions de téléspectateurs et un taux de 2,05 sur les 18/49 ans.
La série reviendra pour une saison 6 sur ABC, raccourcie de 16 épisodes à cause de la grossesse de Kerry Washington. La chaine réfléchit encore à une date de diffusion pour la rentrée septembre 2016 ou à la mi-saison 2017.

Scandal Saison 5 : Bande-annonce

Scandal Saison 5 : Fiche Technique

Créateur : Shonda Rhimes
Réalisation : Roxann Dawson, Tom Verica, Shonda Rhimes
Scénario : Shonda Rhimes
Acteurs principaux : Kerry Washington (Olivia Pope), Darby Stanchfield (Abby Whelan), Guillermo Diaz (Huck Finn), Katie Lowes (Quinn Perkins), Tony Goldwyn (Fitz Grant), Jeff Perry (Cyrus Beene), Bellamy Young (Mellie Grant), Joshua Malina (David Rosen), Scott Foley (Jake Ballard), Portia De Rossi (Elizabeth North), Cornelius Smith Jr (Marcus Walker), Joe Morton (Rowan Pope)
Direction artistique : George Edman
Décors : Lisa K. Sessions
Costumes : Lyn Paolo
Photographie : Justin M. Lubin
Montage : Gregory T. Evans, Matthew Ramsey
Musique : Chad Fischer
Casting : Andrew Mackin, Jamie Castro
Producteurs : Shonda Rhimes, Betsy Beers
Société(s) de production : ABC Studios, ShondaLand
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : ABC
Genres : dramatique, judiciaire
Etats-Unis – 2012

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Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

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