Edward aux mains d’argent, un film de Tim Burton : Critique

Edward aux mains d’argent (Edward Scissorhands dans la version originale) sort en 1990 alors que Tim Burton est au sommet de sa carrière.

Synopsis : Le jeune Edward n’est pas un être humain comme les autres. Il a été créé de toutes pièces par un inventeur qui est mort avant d’avoir pu lui greffer des mains. Et la pauvre créature s’est retrouvée avec des lames de métal, des instruments très tranchants à la place des doigts. Un jour, Peg Boggs, représentante en produits de beauté, sonne à sa porte. Touchée par Edward, caché dans un coin, cette mère de deux enfants décide d’installer le jeune homme chez elle, dans son petit pavillon de banlieue.

Le mythe de Frankenstein revisité par Burton

Après s’être essayé à l’horreur avec le délirant Bettlejuice (1988), le réalisateur enchaîne sur Batman, énorme succès commercial. Si Edward aux mains d’argent marque la troisième collaboration cinématographique de Burton et du compositeur Danny Elfman, c’est surtout le début d’une relation étroite avec son acteur fétiche Johnny Depp. Dans cette fable à la fois tragique et comique, Burton nous livre un conte surnaturel, une métaphore qui porte avec autant plus d’efficacité sa critique des conventions sociales et de la modernité.

Le film le plus personnel de Burton

Avec Batman, Burton se retrouve propulsé dans le club très fermé des réalisateurs dits « bankable », ce qui lui permet d’avoir davantage le contrôle créatif de son œuvre. Du même coup, l’histoire d’Edward est inspirée de la vie du jeune Tim Burton, né dans la banlieue de Burbank en Californie, un jeune homme oppressé par la vie monotone et rituelle de ses quartiers résidentiels qui s’étendent à l’infini. Burton, c’est un Edward en devenir, artiste inhibé et incapable de s’intégrer à ce fonctionnement social si régulé et si peu fantaisiste.

Le film est aussi un concentré de références littéraires et cinématographiques, de personnages marquants dont on retrouvera les traces dans d’autres œuvres de Burton. Edward, c’est d’abord la créature ratée du docteur Frankenstein, roman gothique de Mary Shelley adapté au cinéma en 1931 par James Wales. Le monstre tombe amoureux de la jeune Kim (Winona Ryder), qui le déteste d’abord, avant de l’adorer ensuite. Comment alors ne pas penser au classique de la littérature La Belle et la Bête ? Edward se retrouve également dans les futures figures burtoniennes : dans sa version noire et torturée, Edward devient l’effrayant barbier de Fleet Street qui tranche la gorge de ses victimes dans Sweeney Todd.

Quand le conte rencontre le monde moderne

Edward aux mains d’argent, c’est aussi la rencontre improbable du conte et de la société moderne. Une imbrication étonnante et détonante, quand dès les premières minutes du film la caméra passe du manoir gothique où se cache Edward aux rues perpendiculaires et aux maisons identiques de cette banlieue pavillonnaire colorée. Les deux lieux antithétiques vivent côte à côte comme deux univers bien cloisonnés, jusqu’à ce que la douce Pegg Boggs (Dianne West) ne vienne perturber l’ordre des choses.

Le magique se mêle alors à cette réalité ennuyeuse et immobile de la banlieue et Burton se régale à mettre en scène les conséquences d’une telle rencontre, tant sur sa créature que sur les habitants. Burton excelle dans ce mélange de genre incongru qui lui permet de marier subtilement horreur, comédie et tragédie. Le train de vie quotidien de banlieue est montré avec ironie : d’abord, ce sont les hommes qui partent travailler dans un bal de voiture soigneusement chronométré, puis ce sont les femmes aux foyers qui se retrouvent au coin des rues pour discuter des derniers commérages du quartier. Burton se moque de la futilité et de la superficialité d’un fonctionnement social tellement figé qu’il en paraît irréel, et l’on retrouve d’ailleurs dans cette banlieue pavillonnaire impersonnelle la ville en toc du futur Truman Show (qui sortira 8 ans plus tard).

Au début, tout va bien pour Edward qui devient rapidement l’objet de convoitise des groupies du quartier : de tailleur de haies d’exception, il en devient coiffeur extrêmement doué convoité par toutes ces housewives surexcitées. S’engage alors une rapide chute sociale : arrêté pour effraction alors qu’il n’obéissait qu’à la demande de la belle Kim, les voisines retournent leurs vestes aussi rapidement qu’elles l’avaient accueilli dans la communauté. Edward passe du rang de superstar locale à celui de dangereux marginal : Burton critique ici le culte de l’apparence et la crainte de l’autre dans nos sociétés modernes, critique qui en vient d’ailleurs à une conclusion assez pessimiste : l’irrémédiable hétérogénéité du rêve et de la réalité (puisque Edward retourne à sa vie d’ermite dans son château).

Edward aux mains d’argent est sans doute le film le plus poétique de Burton, un film qui révèle également les talents d’acteur de Johnny Depp, véritable coup de cœur du réalisateur alors que le rôle avait au départ était attribué à Tom Cruise par les studios.

Edward aux mains d’argent : bande annonce

Fiche technique : Edward aux mains d’argent

Titre original : Edward Scissorhands
Scénario : Caroline Thompson basé sur une histoire de Tim Burton et Caroline Thompson
Musique : Danny Elfman
Casting : Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne West, Anthony Michael Hall, Alan Harkin, Kathy Baker, Vincent Price, Robert Oliveri
Année de sortie : 1990
Durée : 105 minutes
Genre : Fantastique, comédie, romance
Réalisation : Tim Burton
Société de production et de distribution : 20th Century Fox

 

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