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Miles Ahead, de Don Cheadle : biopic d’une légende du jazz Miles Davis

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Diffusé ce 1er novembre sur la chaîne OCS City, Miles Ahead est un biopic fantasque sur la vie de la légende du jazz, Miles Davis.

« Si tu vas raconter une histoire, fais le avec attitude » déclarait de sa voix rauque Miles Davis (interprété par Don Cheadle) au journaliste Dave Braden (joué par Ewan McGregor) au début de Miles Ahead. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le film n’en manque pas, d’attitude. A commencer par son titre Miles Ahead, audacieusement emprunté de l’un des plus grands albums de Davis. Bien loin de suivre le traditionnel biopic hagiographique que l’on a pu connaitre avec Ray ou encore Walk the Line, le scénariste, producteur et acteur principal du film, Don Cheadle, a décidé de nous plonger dans l’esprit de Miles et de capturer le temps de ce long métrage, l’essence de ce qu’était Miles Davis.

De fait, inutile de s’ennuyer à vérifier l’authenticité de la vie relatée dans cette ode au jazz car cette biographie non conventionnelle n’est rien d’autre qu’une fiction avec des bribes de faits avérés, comme une tentative par Cheadle et le scénariste Steven Baigleman de fournir une vision personnelle et subjective du jazzman. Miles Ahead suit notre icône à la fin des années 1970, en 1979, considérées comme l’une des périodes les plus sombres de sa vie. Après s’être retiré de la scène musicale et de la société, violence, sexe, drogue et jazz deviennent le quotidien de Miles Davis. Surnommé « l’Howard Hughes du jazz », le trompettiste voit sa vie de reclus basculer lorsqu’il rencontre le journaliste pour le magazine Rolling Stone, Dave Brill (Ewan McGregor) qui souhaite faire un article sur le comeback de l’artiste. A cet instant, la traversée de désert de Miles se transforme en course poursuite, fusillade, achat de drogue… C’est l’escalade dans la vie de Miles, mais au moment où on commence à penser que ce portrait cinématographique de la légende du jazz dérive en film d’action sur des gangsters, on est très vite remis dans le bain avec des flashbacks, issus des années 1950, de l’un des plus grands moments dans la vie Miles Davis, sa tumultueuse relation amoureuse avec la ballerine Frances Taylor (Emayatzy Corinealdi).

Don Cheadle chante le blues avec cette oeuvre cinématographique. Le blues d’une vie faite de regrets. L’honorable interprétation du charismatique Don Cheadle qui prête brillamment ses traits à Miles est d’ailleurs à relever, au-delà de son talent prouvé derrière la caméra. Voix rauque, cheveux frisés longs, démarche boiteuse suite à une hanche défaillante, le visage marqué par des années de drogue et d’alcool, l’incroyable transformation de celui qui porte aussi accessoirement la casquette de (co-)scénariste réussit à convaincre les spectateurs. Formant un tandem de choc avec Cheadle, la superstar Ewan McGregor fournit là une prestation suffisamment correcte pour qu’on se souvienne de lui. Toutefois, la grande découverte vient certainement de Emayatzy Corinealdi qui joue le rôle de la première femme et muse de Davis, Frances Taylor. Sans aucun doute le personnage clé du film, Frances apparaît à Miles au travers de flashbacks révélateurs de la mélancolie qui semble habiter le trompettiste pendant cette période noire de sa vie. Aussi, l’ambition de retracer la vie compliquée de cet être tourmenté par de vieux démons est à applaudir.

Donnant le ton avec son titre accrocheur et avant-gardiste, Miles Ahead est tiré d’un album sorti en 1957 par le prodigieux musicien et le pianiste Gil Evans. L’album fut qualifié de brillantissime et à l’écoute de la soundtrack du film, il est aisé de dire que cette bande originale suit les traces du travail de Davis. L’approche effectuée fut de deux ordres, fournir des compositions remastérisées de l’artiste et des pièces originales -bien que largement inspirées du trompettiste. Aux manettes de cette réappropriation musicale, le pianiste de jazz et compositeur Robert Glasper, réussit à nous transporter dans un jazz club de première classe. L’héritage de Davis est donc respecté.

Se positionnant hors des sentiers battus du genre biographique, Miles Ahead parle en premier aux fans du musicien excentrique et aux aficionados du « Social Music », le jazz. Original et délibérément brouillon, l’hommage rendu par Don Cheadle à Miles Davis dans cette fiction est une prouesse louable. Miles Ahead réussit avec attitude et malice à dépeindre, dans toute sa splendeur et sa complexité, le génie Miles Davis.

Synopsis : Durant la parenthèse de sa carrière (1975-1981), Miles Davis, à la dérive chez lui, se fait dérober une bande enregistrée. Le trompettiste se fait aider par Dave Brill, un journaliste de Rolling Stone, afin de la retrouver. Entre temps, il se remémore ses années glorieuses sur scènes et ses années malheureuses avec son épouse Frances Taylor sous l’emprise d’alcool et de drogues avant son grand retour en 1981…           

Bande Annonce : Miles Ahead

Fiche Technique : Miles Ahead

Réalisation : Don Cheadle
Scénario : Steven Bauugelman et Don Cheadle
Interprétation : Don Cheadle (Miles Davis), Ewan McGregor (Dave), Emayatzy Corinealdi (Frances Taylor), Michael Stuhlbarg (le producteur de musique), Keith Stanfield (Junior)
Photographie : Roberto Schaefer
Montage : John Axelrad
Musique : Robert Glasper
Costume : Gersha Phillips
Décors : Korey Washington
Producteurs : Robert Ogden Barnum, Don Cheadle, Darryl Porter, Daniel Wagner, Lenore Zerman
Sociétés de Production : Bifrost Pictures, Crescendo Productions, Naked City Films, Sobini Films (coproductions)
Distributeur : Sony Pictures Classics
Titre original : Miles Ahead
Genre : Biographie
Durée : 100 minutes
Date de sortie : 1er avril 2016 (Etats Unis) ; Août 2016 (France) en DVD et Blu-ray

États-Unis – 2016

 

Le Festival du Film Coréen de Paris s’achève dans une explosion de sang… et d’amour

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Après une semaine de cinéma de haute volée et de files d’attentes sur les Champs-Elysées, le 11ème Festival du Film Coréen à Paris vient de prendre fin. Les trois derniers films que nous y avons vu sont la preuve, pour ceux qui en douteraient, du caractère jusqu’au-boutiste du cinéma coréen.

Section Paysage : Seoul Station de Yeon Sang-ho (déjà disponible en VOD)

Aux abords de la gare de Séoul, peuplée de centaines de SDF, une jeune fille cherche à fuir son petit-ami qui veut se servir d’elle comme prostituée. La course-poursuite s’engage alors qu’une étrange pandémie qui transforme un à un les habitants de la ville en morts-vivants mangeurs de chair.

Soirée d’Halloween oblige, le Festival nous a organisés une petite soirée à thème autour de deux films de zombies : Dernier train pour Busan, qui a connu cet été un succès rarement atteint par un film coréen en France, précédé par un autre film du même réalisateur, que beaucoup considèrent comme son prequel animé (alors qu’il a en réalité été réalisé en amont). Bien avant son premier film live, Yeong Sang-ho s’était en effet fait connaitre pour ses dessins-animés ouvertement trash et politiquement incorrect, tel que le fameux The King of Pigs en 2011. Son histoire d’invasion zombie de la capitale coréenne est dans cette veine, offrant une peinture terriblement morbide de la ville, à tel point que l’origine de l’épidémie y apparait comme le fruit de l’exclusion de sans-abris à qui l’on refuse l’accès aux soins. L’intrigue qui lie les personnages principaux étant liée à une sordide affaire de prostitution et de domination masculine, on pourrait presque regretter que la dimension horrifique vienne perturber cette plongée pour le moins alarmiste dans ce que la société séoulienne a de moins glamour. Toutefois, la tension avec laquelle ce film d’épouvante parvient littéralement à nous prendre aux tripes, en jouant davantage sur la bestialité humaine que sur le gore, est surprenante, en particulier de la part d’un film d’animation. Quand bien même les graphismes et leur fluidité pourront déplaire aux spectateurs hermétiques au style manga (leurs plus gros défauts étant en fait le peu de détails et que les ombres portées ne correspondent pas forcement aux sources de lumière), le ton est à ce point aux antipodes du bon-sentimentalisme consensuel du Dernier tain pour Busan que l’on se prend une claque d’une rare violence. Âmes sensibles s’abstenir.

Asura : The city of madness de Kim Sung-soo (date de sortie encore indéterminée)

Han est un flic véreux à la botte du maire de la ville, chargé de faire disparaitre les indices (et les témoins) dans certaines de ses affaires illégales. Après une bavure, le procureur essaie de le faire chanter pour l’aider à faire tomber son patron dans un double-jeu qui s’annonce sanglant.

Une plongée en enfer. C’est exactement ce que nous propose Kim Sung-Soo (La Princesse du désert, Genome Hazard…) en nous faisant suivre au plus près une enquête policière sordide dans la ville fictive d’Asura. Ce nid de vipères gangrené par tous les vices est la scène d’une guerre entre deux hommes de pouvoirs. Alors que ce schéma qui aurait mené beaucoup de réalisateurs dans une histoire manichéenne, et même si le personnage du maire, magistralement interprété par Hwang Jung-Min (le chaman dans The Strangers) est une figure méphistophélique redoutable, les méthodes de son adversaire, le juriste incarné par Kwak Do-won (le héros de The Strangers) sont loins d’être moralement défendables. Pris entre ces deux hommes de pouvoir, le personnage principal tentera un cheminement rédempteur, que le réalisateur semble tenir à rendre irréalisable dans sa volonté de faire de ce polar un film noir au sens le plus désespéré du terme.  Il est important de se rendre compte à quel point Jung Woo-Sung est considéré en Corée comme un sex-symbol pour prendre pleinement conscience de l’ardeur avec laquelle il est malmené, comme jamais on n’imaginerait un acteur hollywoodien de cet acabit se faire à ce point brutaliser. Car tout le film semble fonctionner sur cette envie d’offrir une représentation de la violence qui dépasse toutes les limites de l’acceptable, quand bien même on sait le cinéma coréen facilement enclin à aller dans le brut. Le scénario, et ses retournements de situations justifiés par des trahisons et des corruptions, n’est en soi qu’un prétexte à une escalade de la violence qui, même si elle est formellement maitrisée, est parfois si peu justifiée qu’elle prend alors l’allure d’une surenchère outrancière. Encore une fois, les âmes sensibles feraient mieux de s’abstenir.

Film de Cloture : Worst Woman de Kim Jong-Kwan (date de sortie encore indéterminée)

La journée d’Eun-hee, une jeune actrice, commence normalement mais se voit perturbée par ses rencontres successives avec trois hommes : Un auteur japonais qu’elle ne connait pas, son petit-ami avec qui elle a rendez-vous, et son ex-amant qu’elle n’espérait pas recroiser.

Changement radical de registre avec un feel-good movie teinté de douceur. A l’exact opposé de l’horreur urbaine des deux films précédents, Séoul est ici présentée dans ce qu’elle a de plus bucolique : Petites ruelles aux couleurs pittoresques et parcs verdoyants, les décors se prêtent parfaitement à la délicatesse estivale de cette petite histoire. Les personnages se croisent, se rencontrent, se séparent… Ce schéma typiquement vaudevillesque est exploité avec un grand souci de poésie, au risque d’ailleurs de nuire à la rythmique globale de son développement. Que l’héroïne déclare à la toute fin que sa journée ressemble à une pièce de théâtre n’est en cela pas un hasard. Han Ye-ri (vue dans l’excellent Sea Fog) est un petit bout de femme qu’il serait difficile d’imaginer plus attachant, et ses histoires d’amour tourmentées sont mises en scène avec une certaine finesse, se basant sur de longs dialogues, filmés de manière langoureuse. La durée diégétique du film sur une journée n’est pas tout à fait respectée, puisque la construction emploie un long flashback, toutefois indispensable au romantisme du récit. Ce charme voluptueux trouve ses limites dans la platitude du scénario, limité et convenu, mais non dénué d’humour, qui reste lui aussi calqué sur ce ton léger. Bref, tout ce qu’il fallait pour quitter le Festival en douceur.

 

Tu ne tueras point, un film de Mel Gibson : Critique

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Dix ans après Apocalypto, Mel Gibson nous offre Tu ne tueras point, l’un des plus impressionnants films de guerre de la décennie !

Synopsis : Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda,  il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés..

Aussi apprécié dans la profession que controversé dans ses prises de position publiques, Mel Gibson est une personnalité complexe qu’on a progressivement vu disparaître des radars à la fin des années 2000 à la suite de plusieurs polémiques. Condamné à jouer les seconds rôles, il ne restait de lui que le souvenir lointain de l’excellent acteur et du brillant réalisateur australien qu’il fut. Et puis 2016, une année qui sonne comme la renaissance ultime pour l’australien, d’abord tête d’affiche du vigilante Blood Father de Jean-François Richet, projeté hors-compétition à Cannes, mais surtout l’annonce du retour de l’éternel Mad Max derrière la caméra après les chocs cinématographiques qu’ont été Braveheart, La Passion du Christ et Apocalypto. Présenté à la dernière Mostra de Venise, Tu ne tueras point a véritablement marqué les esprits et l’assemblée vénitienne a applaudi le retour du cinéaste visionnaire. Une presse internationale unanime qui salue la force toujours aussi présente et prégnante de la filmographie de Mel Gibson.

Le Miracle d’Okinawa

Avec Tu ne tueras point, Mel Gibson iconise à l’écran l’histoire de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à avoir reçu la Médaille d’Honneur lors de la Seconde Guerre Mondiale pour son dévouement et son courage. Une histoire des plus hollywoodiennes, à laquelle Mel Gibson apporte sa patte indéniable. Depuis toujours, les héros de ses films sont portés par des symboles christiques qui font d’eux des personnages tiraillés par le doute mais constamment persuadés du bien-fondé de la cause qu’ils défendent. La règle ne change pas avec Desmond Doss, un citoyen convaincu par une foi hors-norme et dont l’adage « tu ne tueras point » est une des nombreuses lignes de conduite catholiques que l’américain s’est juré de suivre dans sa vie. Une démarche respectable mais qui lui sera pourtant reprochée, alors qu’il  souhaite plus que n’importe qui défendre son noble pays. Car c’est seulement armé de sa conscience et de ses compétences en médecine (il était auxiliaire sanitaire) qu’il va s’entraîner pour partir au front. Déstabilisé par une foi inébranlable, Desmond Doss devra affronter pendant son entraînement militaire une hiérarchie rude qui ne comprend pas ses motivations et craint qu’il ne soit un fardeau sur le champ de bataille. Sans possibilité de l’interner en asile car jugé psychologiquement stable, l’Armée tentera par tous les moyens de le faire plier moralement. Bousculé, rabaissé, Desmond Doss passera même par la case Cour Martiale avant qu’il ne soit décidé de le laisser aller se battre pour son pays, sans armes. Armé de sa seule foi, il va faire preuve d’un courage exceptionnel et exemplaire derrière les lignes japonaises en sauvant la vie de dizaines de soldats blessés lors de la Bataille d’Okinawa. Ce parcours pour en arriver là participera à créer la légende de Desmond Doss, ce qui fera de lui une sorte de miracle auprès de ses camarades et de sa hiérarchie.

Tu ne tueras point fera indéniablement penser aux séquences les plus éprouvantes de Il Faut Sauver le Soldat Ryan.

Il ne fallait pas moins que Mel Gibson pour porter l’histoire de cet homme dont la force de détermination, de courage et d’altruisme allait l’amener spirituellement au dessus des hommes. Mel Gibson poursuit ainsi son travail sur la spiritualité en représentant son personnage de la manière la plus christique possible. Le cinéaste exprime clairement ses intentions : Il faut détester la guerre mais saluer avec un hommage sincère tous les guerriers. C’est dans ces antinomies que le cinéaste australien affirme son penchant pour les héros convaincus d’une noble cause dans des environnements barbares où l’enfer s’acharne pour laisser place à un retour au calme. Tu ne tueras point commence de manière relativement classique, avec la présentation de ce personnage dont on suit par période l’évolution, et ce qui l’amène à avoir une telle conscience. Il fait la rencontre d’une infirmière qu’il épouse rapidement et qui sera la seule épaule sur laquelle se reposer lorsqu’il sera malmené par l’Armée et ses propres camarades, dans un camp d’entraînement aux allures de Full Metal Jacket. Dès lors que tous les enjeux sont placés et que Desmond Doss montre au monde qu’il peut prouver sa valeur sur le terrain, le film prend alors une toute nouvelle dimension, qui caractérise bien la sauvagerie des précédents films de Mel Gibson. Avec une telle surenchère visuelle et la volonté de montrer la violence des combats dans ce qu’elle a de plus radicale, Mel Gibson renouvelle l’immersion guerrière avec une force brutale et une mise en scène au cœur des affrontements qui rendent compte avec brio de la sensation d’urgence, de nausées et de danger. Il y a une telle prouesse dans le cadrage et l’utilisation des plans séquences immersifs que Tu ne tueras point fera indéniablement penser aux séquences les plus éprouvantes de Il Faut Sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg. La guerre, c’est moche et Mel Gibson nous en met plein les yeux pour bien rendre compte de son horreur. Explosions à tout va, membres arrachés, chairs perforées, etc. Il y a une telle intensité dans ces séquences qu’il est difficile de rester insensible face à cette furie guerrière.

Derrière une apparence de film à Oscars, Tu ne tueras point n’hésite pas à renverser les conventions et s’imposer comme un impressionnant et humaniste film de guerre.

Dans cette folie, on reprochera tout de même à Mel Gibson de ne se contenter que d’un point de vue unique sur l’ennemi, représentant les japonais comme des êtres déshumanisés par la guerre et devenus de véritables machines à tuer. Rares et brèves sont les séquences qui  apportent des nuances sur cet ennemi, rattaché au diable comme le capitaine l’explique en interrogeant Desmond Doss : « Tu as bien conscience que l’ennemi que nous combattons est un véritable Satan ? ». A cela, Mel Gibson et son personnage répondent par l’affirmative et oublient tout recul pour donner un point de vue qui oublie toute la dimension binaire du conflit et ne tend qu’à montrer la grandeur des États-Unis. Il est néanmoins difficile d’entrevoir clairement les intentions patriotiques du film, tant Mel Gibson semble autant dénoncer l’horreur inacceptable des conflits que la grandeur et la bravoure des hommes qui s’y battent. La dimension judéo-chrétienne trop explicite du film pourra également rebuter  tant chaque scène glorifie sans vergogne cet homme apparemment sans failles, notamment dans une dernière scène sans aucun doute possible sur le parallèle entre Jésus Christ et Desmond Doss, le martyr réhabilité. Classique et époustouflant, c’est ce qui caractérise Tu ne tueras point par son schéma narratif attendu, mais transcendé par la dimension religieuse et les scènes de bataille implacables chères au style Mel Gibson. Dans la première partie, Tu ne tueras point semble donc rouler sur des rails, n’offrant qu’une succession de scènes académiques, amplifiées par une composition orchestrale patriotique mais qui par la suite vont rendre plus fort l’impact de la seconde partie, au beau milieu des combats où les soldats se battent sous un déluge de flammes, comme si l’Enfer s’abattait sur Terre. C’est véritablement la seconde partie qui justifie la première et rend le film aussi intense et apocalyptique. On saluera un casting impeccable -pour l’anecdote, presque entièrement australien- avec les honnêtes performances d’Hugo Weaving, Sam Worthington, Vince Vaughn ou Teresa Palmer, et dans lequel Andrew Garfield s’extrait remarquablement et confirme ses justes choix de carrière après la parenthèse Amazing Spider-Man avant qu’on ne le retrouve prochainement dans le très attendu et autre favori des Oscars, Silence de Martin Scorsese.

Autant biopic incroyable que film de guerre épique, Tu ne tueras point est un film grâce auquel il aura fallu attendre une décennie entière pour retrouver la grandeur et la maîtrise de Mel Gibson derrière une caméra. Cela en valait néanmoins la peine tant le film offre une représentation à la hauteur de la valeur humaine de Desmond Doss. Tu ne tueras point est un film humaniste et brutal dans la lignée des précédents films de Mel Gibson. En remportant le Prix du Meilleur Réalisateur aux Hollywood Film Awards, Tu ne tueras point s’annonce ainsi comme un candidat sérieux aux prochains Oscars et s’impose déjà incontestablement comme un très grand film de guerre.

Tu ne tueras point : Bande annonce

Tu ne tueras point : Fiche Technique

Titre original : Hacksaw Ridge
Réalisation : Mel Gibson
Scénario : Robert Schenkkan, Andrew Knight
Interprétation : Andrew Garfield (Desmond T. Doss), Hugo Weaving (Tom Doss), Rachel Griffiths (Bertha Doss), Teresa Palmer (Dorothy Schutte), Sam Worthington (Captain Glover), Luke Bracey (Smitty), Vince Vaughn (Sergeant Howell)
Photographie : Simon Duggan
Montage : John Gilbert
Musique : Rupert Gregson-Williams
Costume : Lizzy Gardiner
Décors : Barry Robison
Producteurs : Bill Mechanic,
Sociétés de Production : AI-Film, Argent Pictures, Bliss Media, Cosmos Filmed Entertainment, Cross Creek Pictures, Demarest Media, IM Global, Kylin Pictures, Pandemonium, Permut Presentations, Vendian Entertainment
Distributeur : Metropolitan Films
Budget : 45 000 000 $
Festival et Récompenses : Sélection Mostra de Venise 2016, Oscars 2017 du Meilleur mixage de son pour Kevin O’Connell, Robert McKenzie,  Andy Wright et Peter Grace, Oscars 2017 du Meilleur montage pour John Gilbert
Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Genre : Guerre
Durée : 131 minutes
Date de sortie : 09 novembre 2016

Australie, Etats-Unis – 2016

Luke Cage, une série de Cheo Hodari Coker : Critique saison 1

Marvel & Netflix collaborent pour la troisième fois pour mettre en images un héros plutôt méconnu : Luke Cage. Nouvel héros du petit écran certes, mais grande œuvre du Marvel Cinematic Universe.

Ça y est, elle est enfin arrivée, la critique de la saison 1 de Luke Cage. Alors qu’avant même d’avoir vu l’ensemble des épisodes nombre de critiques et blogueurs s’élançaient dès le jour de lancement de la série – vendredi 30 septembre 2016 – dans des écrits d’éloge ou non de la nouvelle œuvre signée Marvel & Netflix, CineSeriesMag décidait de prendre son temps. Car prendre son temps de regarder les images, c’est éviter de les lire trop rapidement, de se laisser prendre par l’émotion, et c’est donc prendre du recul.

Une prise de distance qui s’avérait selon nous nécessaire pour traiter à peu près convenablement de ce nouvel opus super-héroïque de l’écurie des Avengers et autres Gardiens de la Galaxie. Alors que nombre d’articles se sont chargés de vous présenter des (bonnes) raisons de regarder la série diffusée sur Netflix, CineSeriesMag tentera plus ou moins bien de répondre à une question : qu’est-ce que la série Luke Cage ?

Luke Cage, héros dérivé de la blaxploitation

La blaxploitation est un genre cinématographique à moindre sweet-badass-song-blaxploitation-luke-cagecoût dont on date l’apparition vers la première moitié des années 70’ avec les films Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (Melvin Van Peebles, 1971) et Shaft, Les nuits rouges de Harlem (Gordon Parks, 1971). Le réalisateur Van Peebles voulait un film sur la communauté noire dans lequel la représentation, les décisions, le final cut ne seraient pas dictés par « L’Autorité Blanche ». Il essaya de passer par-delà les studios qui lui imposaient des contraintes. Il s’agissait alors de reprendre le pouvoir, d’être représenté par ceux qui sont au cœur de cette représentation, et de prouver qu’il y a un public black, et donc de faire un film pour les black, par les black, sur les blacks. À noter aussi que dans le cinéma de Van Peebles, il y a l’idée d’aller contre cette idée véhiculée que le black ne s’en sort jamais jusque la fin. Van Peebles dira qu’aussi criminel qu’il pourrait l’être, l’homme noir ne sera pas tué, il ne mourra pas, quitte à menacer l’homme blanc à la fin. Son film Sweet Sweetback’s fut un tel succès en termes de retours sur investissements (donc public) qu’un grand studio décida de produire un nouveau film du genre, Shaft, qui sera plus policé et lisse que le premier. La blaxploitation fut alors lancée.

Le genre met en scène des héros négatifs. On a des proxénètes comme héros etc… Cependant on ne sent pas la force transgressive de ces films, à tel point que les groupes de la défense des droits des noirs ne s’y sont pas plus intéressés. Cependant, on eut toujours l’idée qu’on disait quelque chose de sa communauté, de ses aspirations, et de ses actions. Donc ce fut un cinéma de studio moins cliché, qui visait à apporter un autre regard. En effet, quand bien même ces films étaient des divertissements, ils avaient un cadre, un contexte historique lourd, en tension : ils se situent entre la défense des droits civiques des 60’s, et l’individualisme consumériste des 70’s. Il y avait ainsi la volonté de mettre en avant des tensions communautaires, et de ne pas présenter la communauté sous leur meilleur jour : elle admet qu’elle puisse aimer l’argent etc… Quant à la femme, on la systématise comme une figure dangereuse, vénéneuse, mais pas dans le sens du film noir. Ici les femmes sont fortes, bottent des fesses, et sont des êtres aussi forts et violents que les hommes, et elles sont toujours sexy, qu’importe ce qui arrive (action, bagarre…). Elle a une intégrité de corps et de spiritualité, et elle n’est pas le second rôle ou un instrument d’un récit masculin… Elle est ainsi extrêmement sexualisée. Non seulement, la femme incarne le désir en tant qu’objet sexuel, et elle est aussi celle qui a une sexualité, elle est donc à la fois un sujet désiré et désirant.

On remarquera l’importance des bandes originales composées par certains des plus grands créateurs musicaux de l’époque : de James Brown à Marvin Gaye, de Herbie Hancock à Monk Higgins ou encore d’Isaac Hayes à Jay Jay Johnson. Groovy, funk, soul, hypnotique, mélancolique, sexy, intrigante, dynamique, poétique, subtile, émotionnelle… Les bandes sonores ont énormément participé au succès du genre. Celui-ci connut une énorme production de films. Le genre fut donc rapidement réapproprié par les grands studios, les films furent alors à nouveau produits et réalisés par des cinéastes blancs. La blaxploitation s’essouffla vers la fin des années 70. Mais comme le note les Inrockuptibles :

« La Blaxploitation aura essentiellement aidé à promouvoir la figure de l’afro-américain dans le cinéma hollywoodien : une affirmative action dont la descendance dans les films contemporains recouvre des formes très diverses – revendicative chez Spike Lee et les frères Hughes ; sexy, fun mais aussi mélancolique chez Quentin Tarantino »

Et justement, Luke Cagequi a failli être adapté au cinéma par Tarantino avec Laurence Fishburne dans le rôle-titre – est une héritière de la blaxploitation. C’est même un double statut, puisque le matériau original, soit le comic book, créé en 1972 par Archie Goodwin et John Romita Sr., était une incursion de Marvel dans le genre de la blaxploitation. La série, qui est alors l’adaptation d’un comic book surfant sur la blaxploitation, est ainsi une importante descendante du genre.

D’un point de vue musical, le travail est formidable, du magnifique générique de la série aux quelques scènes de concert au Harlem Paradise, en n’oubliant pas d’évoquer bien évidemment la composition originale d’Adrien Younge et Ali Shaheed Muhammad qui poursuivent brillamment l’héritage de la blaxploitation en le modernisant : « Nous voyons ce monde (de Luke Cage) comme un lieu où le cinéma classique rencontre le Hip Hop classique ». Cette réussite musicale participe à la création de l’ADN de la série, et surtout hisse la série musicalement au dessus de Daredevil et de Jessica Jones.

La série, créée par Cheo Hodari Coker, auteur de couleur (rappelant donc la blaxploitation – malins que sont les pontes de Marvel et Netflix) à l’origine du film Notorious B.I.G et important scénariste de la série Southland, livre un héros Marvel fragile, ex-taulard en fuite piégé par l’un de ses pairs, en proie aux péchés de son père pasteur, refusant d’abord d’être un héros, puis en devenant un par respect de la mémoire d’un « père adoptif » nommé Pop’ décédé à cause d’un petit bandit trop ambitieux… Un héros fragile qui est toutefois extrêmement sexualisé – dès ses premières apparitions dans la deuxième série Marvel / Netflix Jessica Jones – et désirant. Pour porter à l’écran ce héros, c’est Mike Colter qui a été choisi. Et force est de dire qu’il incarne le personnage, auquel on pourrait reprocher des réflexions – parfois déballées les unes après les autres – beaucoup trop lourdes de sens et interprétées de manière trop graves. Ainsi Luke Cage, héros imparfait quant à certains de ses choix de vie, mais en puissance, va, dans sa progression, devoir assumer ce qu’il est, qui il est et qui il a pu être, pour pouvoir avancer. Car comme le dirait Pop’ : « Always forward, never backward », soit « toujours avancer, jamais reculer ». Et justement, la saison une a tendance a beaucoup avancer, au point que sa position dans la chronologie de l’univers Marvel n’est pas être tout à fait claire. Officiellement, l’intrigue de la série a lieu après Jessica Jones et pendant la deuxième saison de Daredevil. De plus, si la série fait de nombreux petits pas en arrières, via des flashbacks ou via un voyage de Luke Cage dans des espaces de son sombre passé, elle ne prendra jamais assez le temps de travailler ce geste, à tel point que les révélations qui en découleront par la suite, ou directement pendant ce voyage, seront soit trop rapides, soit tellement brutes qu’elles en seront ridicules, soit incompréhensibles, voire les trois en même temps. On pense alors à l’arrivée de Diamondback, Aka Willis Stryker, premier vilain des comic books Luke Cage, déjà présent dans le premier numéro.

luke-cage-hero-for-hire-comic-originalSon histoire a été revue, réécrite, et ce qui en est ressorti est très intéressant. En effet, revenons-en au matériau original, soit au comic book. Carl Lucas, le nom du héros avant qu’il devienne Luke Cage, est un petit bandit. Son partenaire Willis Stryker et lui sont amoureux d’une même femme, Reva. Une rivalité amoureuse naît. Willis trahit Carl et le fait arrêter pour possession de drogue. Reva meurt dans un règlement de compte et Willis s’en sort. Il prendra le surnom de Diamondback. Carl arrive à la prison de Seagate. Il en ressortira avec des pouvoirs suite à un accident ayant eu lieu lors d’une expérience du Dr. Bernstein. Il prend alors le nom de Luke Cage et ouvrira une agence nommée Hero for hire, qui est d’ailleurs le sous-titre de la série de comic books. Dans la série, la chose est plus complexe, et se base sur beaucoup de sous-entendus. Luke a été piégé et on saura plus tard par qui. Il a rencontré Reva en prison, qui ne s’est pas avérée être celle qu’il aimait. La découverte de cette double identité est beaucoup trop rapide et non préparée pour nous toucher. Reva aidait Bernstein dans ses expériences. Elle meurt assassinée par Jessica Jones, alors sous le contrôle du bad guy Kilgrave, dans la série éponyme Jessica Jones. Diamondback se dira toutefois être à l’origine de tous les malheurs de Cage. D’ailleurs, le personnage est à l’image du Dr. Mad de L’inspecteur Gadget ou de l’Empereur dans les tout premiers Star Wars non modifiés, le grand boss dans l’ombre, qui veille au grain et dont la venue signifierait la mort immédiate. On s’attendait donc à quelque chose de puissant, méchamment charismatique, et alors débarqua Diamonback, un méchant très méchant, un fou explicitement dérangé, récitant la Bible comme s’il buvait du petit lait, dont la relation avec Cage se repose sur une réplique has-been : « Je suis ton frère. » Ainsi Luke/Carl et Willis sont frères, et leur confrontation a pour source leur père, un pasteur moralisateur et bien pêcheur, qui a abandonné la maman du deuxième après en avoir profité, restant par la suite fidèle – enfin ! – à sa femme légitime, la mère de Carl. Mais attendez, nous n’avons pas encore parlé de Cottonmouth, si ?

Luke Cage, série de gangsters

Dans sa lutte pour la justice et la vérité, le héros éponyme devra faire face à des gangsters, dont l’un des « big boss » de Harlem, et roi des nuits de la communauté puisque gérant du Harlem Paradise, Cornell Stokes, surnommé Cottonmouth. Brillamment interprété par le formidable Mahershala Ali, impeccable aussi dans House of Cards dans le rôle de Rémi Denton entre autres. Si le Caïd Wilson Fisk de Daredevil était un être sensible, Cottonmouth est un dur, lucide, intelligent, avec son propre code de l’honneur, sa morale douteuse, qui échouera parfois à cause de son égo. Il est aussi un adorateur de la musique noire, soit la soul, funky et jazz music. Cottonmouth est aussi un être en proie à son passé, qui a accepté de prendre le chemin de gangster par obéissance familiale aux femmes de sa famille, sa grand-mère Mama Mabel et sa cousine Mariah Dillard. Alors que son oncle Pete voyait en lui l’artiste musical en puissance, Cornell élimina brutalement cette possible grande voie musicale, faisant de lui un big boss de Harlem et le condamnant à être un artiste musicien mélancolique et méconnu. Derrière Cottonmouth, veillant au grain pour le compte de Diamondback, se trouve Shades. Ancien détenu de Seagate qui a connu Luke alors qu’il s’appelait Carl Lucas, il est le bras droit de Diamondback, venu d’abord veiller sur un arrangement de vente d’armes entre Diamondback, Stokes et d’autres parties, puis veillant aux intérêts de son patron en guidant et aidant Cottonmouth. Il est interprété de manière classieuse et subtile par Theo Rossi aussi aperçu dans Sons of Anarchy. Puis nous avons Diamondback, joué par Erik LaRay Harvey dont la prestation manque d’un petit quelque chose. Certes le personnage est tout à fait différent des deux autres cités précédemment, il est très intéressant, relativement complexe (c’est un adulte qui vient prendre sa revanche contre un traumatisme d’enfance) mais Diamondback étant censé être LE bad guy de la série, on attendait beaucoup plus de charisme, de sentiment de puissance, de force, de ce personnage. En plus de cela, son dévoilement est gâché par son entrée en scène trop brusque ; son lien de fraternité avec Cage est introduit comme celui de Bond avec Blofeld dans Spectre, soit comme un éléphant dans une boutique de cristal ; et enfin, on ne saurait dire si c’est une erreur liée à l’acteur ou au personnage, mais il y a un terrible manque de charisme, d’aura chez ce méchant, qui peine à en imposer après le décès de Cottonmouth et face à Shades. Peut-être est-ce tout simplement que son but – celui de vaincre son demi-frère Luke – est trop personnel pour que l’on puisse croire à la réussite de ses discours d’établissement d’empire…

Enfin, comme dans tous les récits de gangsters, il y a luke-cage-les-femmes-de-la-seriedes femmes. Il y a une femme fatale et/ou victime, et, comme dans tout récit issu ou descendant de la blaxploitation, il y a une femme sexy, puissante, et active. Les deux personnages féminins sont des premiers rôles forts. D’un côté, Mariah Dillard –justement interprétée par Alfre Woodard (à gauche, sur l’image ci à droite)évoquée plus haut, cousine du truand Cottonmouth, politicienne usant de l’argent sale de son cousin pour mettre en place ses plans pour construire son bel avenir pour Harlem et la régir, la conseillère municipale de New-York est ainsi corrompue, même si elle tendra toujours à se justifier, à garder une bonne conscience. Cornell a toujours vu ce qu’elle était, quelqu’un de bien plus obscur, plus sombre, qui a su se cacher en mettant en place une nouvelle identité, et comme elle dira si bien après avoir assassiné son cousin qui aura réveillé la véritable Mariah : Cornell aura vu juste à son propos, elle est devenue ce qu’elle a toujours évité d’être, une femme plus vicieuse et dangereuse qu’on le croirait.

D’un autre, Misty Knight – formidablement interprétée par Simone Missick (au milieu sur l’image) – est une policière qui lutte contre Cottonmouth. Elle aura une relation physique avec Luke Cage, et une relation toute en tensions entre soupçons et reconnaissance se mettra en place. Courageuse, combattante, désirée et désirant, Misty est une femme de la blaxploitation. L’actrice expliqua notamment dans certaines interviews :

« Visuellement, j’avais en tête Pam Grier et tous les personnages qu’elle a joués. (…) J’ai imaginé Misty grandir en regardant Pam Grier. Les scripts et les histoires sont tellement ancrées dans notre époque que ce sont des hommages »

Rappelons que Pam Grier – avant d’être Kit Porter dans The L Word – fut l’icône féminine du genre de la Blaxploitation. Tarantino rendit un hommage et poursuivit en même temps sa carrière dans ce genre en lui donnant le premier rôle de Jacky Brown, sorti en 1997.

Enfin, ne l’oublions pas, il y a Claire Temple – de plus en plus justement portée à l’écran par Rosario Dawson (à droite) qui avait un tantinet tendance à surinterpréter –, l’infirmière des super-héros. Déjà présente dans Daredevil & Jessica Jones, elle commence donc à être rodée en matière de surhumains. Passionnée, combattante, douée, aussi désirable que désirant – même si cette facette est beaucoup moins mise en avant que pour Misty –, Claire devient progressivement le « love interest » de Luke, et ne manque pas d’humour.

Luke Cage, héros de Harlem / Luke Cage, série sur Harlem

Dans tout récit de gangster, un espace ou des espaces sont disputés. Dans le genre de la blaxploitation, deux lieux est particulièrement mis en avant : Harlem et le Bronx. Si Daredevil et Jessica Jones oeuvrent dans Hell’s Kitchen et plus largement dans la ville de New York, Luke Cage est le héros d’un arrondissement de la grande pomme, Harlem. Quartier nord de l’arrondissement de Manhattan, Harlem fut dès le XXe siècle le foyer de la culture afro-américaine et l’un des principaux centres de la lutte pour l’égalité des droits civiques. Aujourd’hui l’Amérique connaît toujours des problèmes raciaux. Des individus de couleur sont abattus par des policiers blancs sans raison valable (soit la légitime défense). Des manifestations contre les violences policières ont été organisées. On pouvait d’ailleurs y croiser un certain Quentin Tarantino. Dans la continuité de la blaxploitation, Luke Cage parle de la communauté afro-américaine de Harlem. Elle en parle même beaucoup plus directement que bien des divertissements du genre. La série filme les arrestations policières arbitraires, la peur et le ras-le-bol d’une communauté face à ces traitements, parfois presque comme un reportage, à la manière de The Wire. L’œuvre télévisuelle expose ses bâtiments, sa géographie, et cela dès son générique (voir vidéo ci-dessous) où de nombreuses images du quartier viennent se projeter sur la peau increvable de Luke, qui est alors présenté dès les premières images du show comme la nouvelle icône de Harlem, son nouveau visage, et surtout, son nouveau corps populaire à la fois individuel (Luke a sa vie, son identité) et collectif (il sert et aide les autres, il incarne le nouvel espoir de son quartier).

Les séries Netflix ont apporté de nombreux grands souffles au Marvel Cinematic Universe en nous exposant les rues New Yorkaises post-batailles des Avengers – héros qui ont combattu sans toujours faire attention aux victimes (cf. films des Avengers et Captain America : Civil War) –, ravagées, jonchées du sang de victimes collatérales et surtout de victimes du quotidien, oubliées, laissées pour compte par ces supers êtres qui combattent dans le monde entier et bientôt l’univers. Les shows Netflix nous ont alors présenté les héros de la rue, des quartiers, des lieux d’en bas des grandes tours et du ciel où combattent des êtres « divins », ceux qui combattent la misère, les injustices du quotidien, la corruption du pouvoir, la folie des hommes, et qui ont parfois leur lot d’ennemis fantasques, même si ce ne sont pas des aliens venus d’une autre dimension ou une organisation fasciste existant depuis des dizaines d’années. Luke Cage, plus que Daredevil et Jessica Jones, nous expose la réalité sociale de l’espace dans lequel il connaît sa renaissance en tant qu’individu et sa progression (en effet Carl a grandi à Savannah en Géorgie). La nouvelle renaissance du quartier désirée par Mariah Dillard n’est pas celle qu’elle croit mettre en place, corrompue, et planquée sous de jolis visages et discours. Non, elle est populaire, elle est imparfaite car humaine, elle a un visage parfois dur, parfois tendre et rieur, drôle et émouvant, et elle se nomme Luke Cage.

Un passage de la série expose à quel point Cage est lié à Harlem. Vers la moitié du douzième épisode, Method Man, du Wu-Tang Clan (un groupe composé d’afro-américains qui ont beaucoup traité l’état de leur communauté dans leurs musiques telles que celles de l’album A Better Tomorrow, et dont le son est utilisé à plusieurs reprises dans le show) fait un rap à la radio pour remercier et aider (d’une jolie manière) Luke Cage qui l’a sauvé lui et le vendeur d’une boutique lors d’un braquage. En voici un passage :

«…  On comprend pas un négro

Si on a vécu dans sa peau

Des cafards dans le berceau

Rien à bouffer dans le frigo

La criminalité prolifère

Les gamins sont en galère

(…)

Il déchire, le nouveau challenger

Tire, il pare les balles

Ton calibre, il est normal ?

Voyous dans le magasin

Qui te braquent de leur engin

(…)

La loi n’est plus respectée

Et pas d’Iron Man

Pour tous nous sauver, man

Le peuple au pouvoir

Luke Cage, c’est le grand soir

(…)

Seigneur, à qui se vouer

Mec, un héros, on n’en a jamais eu

Eliminés Malcolm et Martin

Celui-ci est le dernier cru

Je m’excuse mais il y en a qui abusent

V’là un héros qui réagit

Et c’est un renoi, l’ami »

Method Man, membre du Wu-Tang Clan

Si dans la fiction Cage est un nouveau corps porteur d’espoir pour Harlem, il faut espérer qu’il soit aussi une icône fictionnelle importante pour ce quartier, et donc que ses aventures télévisuelles – comme les comics en leur temps – sauront inspirer les individus, sinon, au moins rendre compte comme il se doit de la réalité de la communauté afro-américaine à New York.

Enfin même si le show a des faiblesses d’écriture et parfois d’interprétation comme il a été exposé plus haut, la richesse formidable, l’intelligence, la fraicheur, la palette d’émotions qui en ressort et le bien fondé de celui-ci, que ce texte espère avoir réussi à plus ou moins bien à vous montrer, se doivent d’être expérimentés. Alors, ouvrez Netflix, et foncez à Harlem, là où une communauté et un héros nommé Luke Cage vous attendent pour une nouvelle aventure humaine.

Marvel’s Luke Cage : Bande-annonce

Synopsis : Transformé en colosse surpuissant à la peau impénétrable après avoir été le cobaye d’une expérience sabotée, Luke Cage s’enfuit et tente de recommencer à zéro dans le Harlem d’aujourd’hui, à New York. Bientôt tiré de l’ombre, il va devoir se battre pour le cœur de sa ville dans un combat qui l’oblige à affronter un passé qu’il espérait avoir enterré.

Marvel’s Luke Cage : Fiche Technique

Créateur/Showrunner : Cheo Hodari Coker, d’après les comics marvel Luke Cage Hero For Hire créés et écrits par Archie Goodwin, John Romita Sr., George Tuska et Roy Thomas
Interprétation : Mike Colter (Carl Lucas/Luke Cage), Mahershala Ali (Cornell Stokes/Cottonmouth), Simone Missick (Misty Knight), Theo Rossi (Shades), Alfre Woodard (Mariah Dillard), Eric LaRay Harvey (Willis Stryker/Diamondback), Ron Cephas Jones (Bobby Fish), Rosario Dawson (Claire Temple), Frank Whaley (Detective Raphael Scarfe)…
Photographie : Manuel Billeter
Montage : Jonathan Chibnall (5 épisodes), Tirsa Hackshaw (4 épisodes), Miklos Wright (4 épisodes)
Direction artistique : Toni Barton (11 épisodes), Malchus Janocko (2 épisodes)
Musique (originale) : Ali Shaheed Muhammad, Adrian Younge
Décors : Alison Froling
Costumes : Stephanie Maslansky
Production : Marvel Television, Netflix, ABC Studios
Diffuseur : Netflix
Genre : Drame, polar, action, aventure
Format : 13 épisodes d’une durée allant de 46 minutes à 1 heure et 5 minutes
Date de première diffusion : vendredi 30 septembre 2016

États-Unis – 2016

Critique série : Scrubs saisons 1 à 9

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Scrubs, une série à la fois très drôle et émouvante, qui restera longtemps en mémoire pour ses moments de pure folie, comme ces instants tragiques.

Synopsis : John Dorian, son meilleur ami Turk, et Eliott commencent leur internat en milieu hospitalier au même moment. Après des années de dures études, ils se frottent enfin au milieu réel, l’occasion d’apprendre tout ce qui n’était pas dans les livres. Une transition qui va s’avérer très ardu, entre les patients difficiles, les supérieurs tyranniques, et les longues heures de travail exigeant. D’autant que le Sacré-Cœur va s’avérer ne pas être un hôpital comme les autres, au personnel très particulier… Mais plus qu’un nouveau métier, les jeunes internes apprennent de vraies leçons de vie, prennent confiance en eux, et comprennent qui ils y sont vraiment.

Humour décalé

L’un des principaux moteurs de l’humour, ce sont les rêves particulièrement imaginatifs du protagoniste de la série, John Dorian dit JD (Zach Braff), qui autorisent tous les délires. C’est comme si les réalisateurs mettaient la moindre idée, la moindre métaphore en image : une rivalité entre service devient une compétition de danse, ou lors d’un grand moment de suspens, toute la rue s’arrête pour entendre ce qu’il va dire. JD s’imagine entouré par du chocolat ou encore faire une entrée fracassante en tant que star du rap. Un côté décalé qui doit beaucoup à la voix-off du personnage central qui représente sa voix intérieure, et qui assure en plus une connexion avec le spectateur.

Les scénaristes mettent en scène des moments complètement surréalistes, tel JD fonçant à moto dans une flaque… et coulant littéralement ! Ils jouent également beaucoup sur les clichés habituels du cinéma : une fille faisant son entrée les cheveux au vent à cause d’un ventilateur mal placé, ou encore un homme et une femme tombant amoureux sous une lumière qui s’avère être un projecteur.

Un humour absurde bien utilisé, même si parfois une certaine lourdeur n’est pas toujours évitée.

Scrubs c’est aussi de la parodie, de la dérision et de la mise en abîme. Des personnages interfèrent avec le générique, évoquent une chanson de la bande originale, sans oublier l’épisode parodique où la série devient une sitcom débile avec rires enregistrés ! La série est également très référentielle, telle une allusion appuyée à Dr House ou une pique envoyée à Grey’s anatomy.

Impossible de parler de Scrubs sans évoquer sa bande originale. De nombreux titres variés de chanteurs souvent reconnus, pop-rock essentiellement, agrémentent agréablement les scènes, appuyant l’émotion ou utilisée comme outil humoristique (le concierge fixant JD sur un air de koyaanisqatsi). La série se dote même d’un épisode chanté qui restera dans les annales. Jamais la vie au sein de l’hôpital n’aura été aussi fun !

Personnages truculents

L’autre grande source d’éléments comiques est bien sûr être toute la galerie de personnes décalées qui hantent les couloirs de cet hôpital où l’on n’a vraiment pas envie de se faire soigner. Outre le jeune interne immature et rêveur,  l’on retrouve le directeur radin et méprisant « qui c’est qui a deux pouces et qui s’en fout ? Bob Kelso ?» (Ken Jenkins), le technicien jamais à court d’idées tordues pour se venger du personnel hospitalier (Neil Flynn), le chirurgien pervers accro aux high five, le groupe craignos de musique a cappella … Des personnages secondaire au reste du personnel hospitalier, et même parmi les proches des personnages, il semble que personne ne soit tout à fait normal.

Le Docteur Cox (John C McGinley), le mentor pour qui JD se prend d’affection au point de le considérer comme un père adoptif, se situe en premier plan. Ce médecin, cynique et odieux, se lance régulièrement dans de longues tirades inspirées pour humilier les autres, dont chaque réplique mériterait de devenir une citation. Il se comporte en m’as-tu vu, narcissique, incapable de sensibilité et de compassion, la bête noire des internes.

Comme Friends avant elle, dont deux acteurs ont même fait quelques apparitions, la série Scrubs a accueilli un certain nombre de guest-stars : Brendan Fraser, Ryan Reynolds, Colin Farrell…

De l’humour mais pas seulement

Il serait réducteur toutefois de ne parler de Scrubs qu’en terme d’humour. Le développement des personnages, leurs relations occupent une place importante. Car ces médecins, confirmés ou débutants, effectuent un métier éprouvant, qui laisse peu de place à la vie privée. Ils doutent, souffrent, encore plus quand des problèmes personnels s’ajoutent à leurs soucis. John Dorian, par exemple, souffre profondément de la solitude. Il est confronté au changement qui s’opère autour de lui, avec le mariage de son meilleur ami avec l’infirmière Carla (Judy Reyes), et fait face à la nécessité de changer à son tour, de grandir.

Beaucoup d’épisodes finissent d’ailleurs sur une morale de l’histoire, souvent pertinente, autre élément permis par la voix-off.

Là encore, beaucoup d’éléments peuvent être racontés concernant le Dr Cox. Battu par son père, il s’est muré dans une forteresse d’insensibilité et de mépris apparents, ce qui est devenu sa seule façon de s’exprimer. Son cynisme, même envers les patients, dissimule en fait une vraie volonté de les aider à guérir, au-delà du minimum professionnel. Il en va de même avec JD, qu’il ne cesse de diminuer à grands renforts de prénoms féminins. Un mépris apparent qui masque une vraie affection et un respect sincère, tant pour l’homme que le médecin. Mais au grand dam de JD, ce sont des sentiments qu’il ne montrera jamais, et les besoins affectifs que son disciple espère combler à grands renforts de câlins ont plutôt tendance à l’exaspérer, une exaspération sincère cette fois… Un contraste entre son comportement et ses sentiments réels qui s’opère également dans ses autres relations : avec le directeur de l’hôpital, qu’il prétend à qui veut l’entendre détester plus que tout, alors que les deux hommes se comprennent et sont plus proches qu’ils ne veulent l’admettre, ou avec Turk (Donald Faison), avec qui il entretient une rivalité virile.

L’évolution des personnages est notable, notamment pour les internes. Entre leurs débuts hésitants et les dernières saisons les ayant vu devenir des médecins accomplis, le contraste est saisissant, comme on peut aisément s’en rendre compte dans une séquence flash-back montrant une Eliott (Sarah Chalke) devenue médecin intransigeant, toute timorée à ses débuts. Mais ils n’ont pas seulement évolué dans la vie professionnelle, mais aussi dans la sphère privée. Ils se sont installés en couple, ont eu des enfants, et cela faisant malheureusement aussi partie de la vie, ont perdu parfois des parents.

Les frasques, les failles et l’histoire des personnages principaux les rendent profondément attachants.

Mort de rire

La série a beau être largement comique, elle n’en aborde pas moins par moments des thèmes plus graves. Ce qui est après tout difficile à éviter quand l’histoire se passe dans un hôpital… Bien sûr la mort et la maladie arrivent en premier. Les difficiles étapes du deuil, la douleur et la souffrance, qui n’épargnent pas non plus les médecins, peu importe combien de fois ils l’ont déjà connus. D’autres sitcoms l’ont déjà abordé, telle la mort du père d’un des personnages dans how I met your mother, survenant sans crier gare en fin d’épisode, faisant débat sur la place de ce genre d’élément tragique dans les comédies. Mais dans Scrubs, le drame fait partie de l’ADN de la série. Même s’il n’a pas autant de présence que l’humour, cela peut parfois devenir très percutant, et la série n’aurait pas été aussi marquante en son absence. En dehors de la maladie et la mort, la série aborde également la maltraitance, le suicide, la solitude, ou la dépression.

Au fil des saisons

Durant les dernières saisons, une certaine fatigue se fait ressentir, avec comme conséquence un peu trop d’humour pipi-caca, signe de scénaristes fatigués. La naïveté et l’immaturité de JD, les frasques d’Eliot deviennent parfois irritantes, et l’exagération à visée humoristique ne marche pas toujours. Pour autant, sur le plan de l’histoire, la psychologie des personnages suit une évolution cohérente.

aAprès une saison 7 qui subit la grève scénaristique et est raccourcie à 11 épisodes, l’interprète de John Dorian, Zack Braff, fait part de son intention de quitter la série pour se consacrer à sa carrière cinématographique (Garden State, 2004). La baisse des audiences, imputable d’après le créateur Bill Lawrence à une exagération trop appuyée, menace également l’avenir de la série. Précisons que si la série est produite par ABC, elle est diffusée sur NBC qui n’en tire aucun bénéfice. Un accord est finalement trouvé et Scrubs revient dans le giron de ABC.

La saison 8, qui annonce plusieurs changements et redistribue les rôles, voit ainsi le personnage principale quitter le Sacré-Cœur et la série, un changement en guise de nouveau départ et d’ère nouvelle.

Malgré la perte de l’élément central de la série, les scénaristes décident malgré tout de continuer l’aventure sans lui. Mais cette décision, audace ou décision commerciale, ne séduit pas. Une saison courte avec une nouvelle formule, le Sacré-Cœur devenu une école de médecine, de nouveaux personnages qui ne remplacent pas les anciens, ont eu raison de la poursuite de la série. Une saison 9 qui, pour beaucoup, n’existe pas.

Scrubs : Générique

Scrubs : Fiche technique

Création: Bill Lawrence
Scénaristes: Bill Lawrence, Neil Goldman, Garret Donovan
Production: Touchstone Television (ABC Television Studio)
Producteurs : Bill Lawrence, Bill Callahan, Garrett Donovan, Neil Goldman, Tad Quill, Eric Weinberg et Tim Hobert
Casting : Zach Braff, Sarah Chalke, Donald Faison, John C. McGinley, Ken Jenkins, Judy Reyes, Neil Flynn
Chaîne d’origine: NBC, ABC (saisons 8 et 9)
Genre: série médicale
Format et nombre d’épisodes : 9 saisons de 182 épisodes de 20 min
Réseau de diffusion : TPS Cinéstar, Paris Première, M6, France Ô
Nationalité : Etats-Unis

2001-2008

Le top 5 des extraterrestres selon la rédaction

Figures tutélaires de la science-fiction, depuis les sélénites de Voyage dans la Lune de Méliès jusqu’aux Na’vis de la trilogie à venir Avatar, les extraterrestres ont toujours été présents dans l’imaginaire collectif des cinéastes et de leur public. Si l’on aime les phantasmer loin de nous, dans un environnement qui leur soit propre, le cinéma s’est aussi souvent amusé à imaginer les répercussions de leur arrivée dans notre bas monde, et ce sous les formes plus les diverses.

Symbole évident de la menace extérieure dans de nombreux films (Hollywood pouvait-il trouver mieux pour illustrer les méchants communistes de la Guerre Froide que les monstres de la Planète Rouge?), ils peuvent aussi apparaître comme une créature fragile et sympathique (tel que Paul, dans le film de Greg Mottola) ou à l’inverse les porteurs d’une sagesse supérieure, tel ce colosse dans Le jour où la terre s’arrêta (Robert Wise 1951) venu avertir les terriens de la menace nucléaire.

Alors que Denis Villeneuve s’apprête à nous raconter, avec Premier Contact, l’une de ces inquiétantes incursions venues d’ailleurs, nous avons sélectionné les 5 films mettant en scène une présence extraterrestre sur Terre qui nous ont le plus marqué. Le résultat de ce vote interne est symptomatique de la multiplicité des représentations de cette créatures dont l’existence reste à prouver.

Le Top 5 des présences extraterrestres au cinéma :

1/ E.T., l’extraterrestre (Steven Spielberg, 1982) : E.T est un des extraterrestres les plus craquants de l’histoire du cinéma. Sa force ? Nous mener sur le chemin de l’acceptation de l’autre, même différent de soi. S’il effraie au début, le spectateur l’accepte peu à peu jusqu’à ce qu’il devienne un ami proche, toujours obsédé par le désir de rentrer chez lui. Le personnage du jeune garçon cristallise ce changement de la peur à l’acceptation. E.T a toute les caractéristiques d’étrangeté attendues de celui venu d’une autre planète. E.T n’est pas un être humain mais est pourtant assez proche physiquement de l’homme (deux bras, deux jambes) pour s’intégrer au mieux dans notre monde terrestre. Deux pieds sur terre qui acceptent enfin de lever les yeux vers le ciel, de rêver, pour apercevoir, peut-être, un vélo passant devant la lune. Sait-on jamais, tout est possible au cinéma.            Chloé

2 / District 9 (Neil Blomkamp, 2009) : La particularité des extraterrestres de District 9  réside dans leur rôle : celui de réfugiés à la merci des humains.Ce type de parti pris est peu commun en science-fiction qui adopte des schémas plus manichéens. Entre E.T et La guerre des mondes, il y a l’expérience troublante de District 9. Les extraterrestres ne suscitent pas d’emblée notre compassion malgré leur statut de victimes. Toute leur conception graphique est faite pour nous les rendre repoussants, radicalement autres. Cette altérité totale explique le comportement cruel adopté par les humains face aux aliens perçus comme des parasites. Néanmoins, dès que le récit se concentre sur un extraterrestre en particulier, que ce dernier est nommé, qu’on lui attribue une histoire, des parents et des sentiments, notre regard évolue et notre trouble grandit, le film se muant en parabole anti-raciste, sur le territoire même qui a vu naître l’apartheid.          Constance

3/ The Thing (John Carpenter, 1982) : Si il y a bien une chose qu’on ne s’attend pas à rencontrer en Antarctique, c’est bien une créature extraterrestre. Pourtant c’est dans un centre de recherche du pôle sud que l’alien de John Carpenter va semer la terreur. Simplement dénommée The Thing (La chose), cette créature est d’ailleurs une petite vicieuse. Cet extraterrestre a en effet la faculté de prendre n’importe quelle forme allant du petit husky tout mignon au scientifique ventripotent. Comme si ça ne lui suffisait pas de semer la terreur sous la forme d’un chien mutant de l’espace, elle n’hésite pas non plus à distiller une paranoïa dans la bande à Kurt Russell. Loin d’être ragoutante, pouvant vous arracher les mains ou se transformer en araignée, elle est cependant très sensible au feu. Petite astuce : si un homme boit un cocktail molotov comme si c’était de l’alcool, ne restez pas près de lui.          Maxime

4/ Mars Attacks! (Tim Burton, 1997) : L’Ambassadeur de la planète Mars est marqué dans les annales comme l’un des extra-terrestres les plus hilarants jamais vus au cinéma. Méchant, cruel et cynique, le martien belliqueux est une sorte de concentré grotesque de tous les clichés répertoriés à l’époque sur les aliens dans les films de Série B. Affublé d’une longue robe-cape rouge à paillettes dotée d’un haut col démontrant son éminence, le ton satirique du petit homme vert à l’énorme cerveau est découvert aussitôt qu’il ouvre la bouche. L’Ambassadeur qui « vient en paix » se moque des humains et son intention est claire, les détruire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il prend plaisir avec ses semblables à le faire. Or, c’est ça qui est drôle, cruellement drôle même. Une approche sarcastique et un humour noir que nous ne pouvions qu’attendre du vénérable Tim Burton.        Audrey

5 / Predator (John McTiernan, 1987) : Avec sa morphologie musculeuse et son visage terrifiant qui s’approprient autant à l’actionner qu’au genre horrifique, Predator est un humanoïde fascinant. John McTiernan lui donnera ses lettres de noblesses. Ses pouvoirs empruntent autant à la technologie qu’à son état primitif. Tel un spectre, un extraterrestre caméléon qui se camoufle dans la faune, il surgit de nulle part pour haranguer l’espèce humaine et faire gicler le sang de ses proies. Predator n’est pas qu’un simple chasseur sanguinaire qui tue les humains dans une violence sourde. Sous cette épaisse carapace, il se dessine en lui un symbole plus attachant que cela : il est un protecteur, un emblème de la nature, une représentation de l’environnement. Il est le Dieu de la jungle, une entité qui combat l’arrogance de l’Homme et son mépris d’un antre naturel. C’est un mythe multigénérationnel, c’est un être qui fait frissonner autant le grand public que les spectateurs les plus aguerris.           Sebastien

Ils auraient pu y être : Under the skin (Jonathan Glazer, 2013), Super 8 (J.J. Abrams, 2011), La Guerre des mondes (Steven Spielberg, 2005), Men in Black (Barry Sonnenfeld, 1997), Rencontres du 3ème type (Steven Spielberg, 1977)…

 

Au Festival du Film Coréen à Paris, héros et antihéros se partagent l’affiche

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Le Festival consacré au cinéma coréen se poursuit à Paris, et la rédaction a pu y voir trois films, dont le nouveau Kim Jee-Woon, qui était l’une des plus grosses attentes de cette semaine.

Section Paysage : Press de Choi Jeong-min (date de sortie encore indéterminée)

Sorti depuis peu de prison, Yong-Il tente de se réinsérer en travaillant comme ouvrier dans une usine de pressage. Sa rencontre avec une jeune femme d’un programme d’entraide lié à l’Église va le sortir de son quotidien sordide. Pourtant, ses penchants borderline et son incompréhension flagrante de la gente féminine l’empêcheront de mener une relation épanouie et de se reconstruire.

Réparer ou détruire. C’est ce choix cornélien qui est au cœur de ce film dont le titre fait référence à l’outil de travail de de Yeong-il, un individu au passé trouble (qui ne sera jamais éclairci) et à ce point taiseux qu’il en devient antipathique au possible. Son quotidien sans saveur dans une usine est filmé d’une façon à ce point morne que l’on en vient à partager son ennui routinier. Le parti-pris minimaliste peut jusque-là se justifier, mais s’avère très vite pesant dès lors que le scénario tente de donner une place à ce qui pourrait s’apparenter à une histoire d’amour à sens unique. La relation entre Yeong-il et Bora, une assistance sociale rattachée à l’église, contient un caractère malsain que le réalisateur s’interdit d’exploiter en choisissant au contraire de la développer avec une mièvrerie confondante. Il faudra attendre que cet antihéros pète littéralement les plombs en agressant sa nouvelle amie pour que l’on prenne enfin conscience de sa dangerosité. Le manque de subtilité dans l’allégorie de son rapport à la machine, qui restait pourtant la meilleure piste de lecture du scénario, est lui-aussi dommageable pour le discours social de ce long-métrage assimilable, pour la forme, à un téléfilm fauché, pour le fond, à un mélodrame fort malhabile. En n’en retiendra que les scènes de karaoké, dans  lesquels le personnage principal apparait vraiment comme effrayant !

Section Paysage : Dongju : Portrait d’un poète de Lee Joon-ik (date de sortie encore indéterminée)

Fukuoka, 1945. Yun Dong-ju est un prisonnier cornéen que les services impériaux japonais accuse d’appartenir aux mouvements indépendantistes de son pays. Le prisonnier revient sur son passé, depuis sa jeunesse en Mandchourie jusqu’à ses études de lettres à Kyoto, en passant par son éveil à la création poétique.

Méconnu en France, le poète Yun Dong-ju est pourtant un symbole très fort en Corée. Il était donc tout à fait légitime que son parcours fasse l’objet d’un film. Il est en revanche fort regrettable que celui-ci noie ses nobles ambitions dans un manque de maitrise cinématographique aussi grossier. Lee Joon-ik n’aura pas été le premier à tomber dans ce piège rédhibitoire, mais faire un biopic littéraire ne doit pas signifier qu’il se base sur des discours sur-écrits. Dès les premières minutes, les grands discours sur l’attitude à adopter face à l’occupant japonais apparaissent comme trop soutenus et surtout trop mal interprétés pour que le réalisme des scènes dans lesquels ils sont tenus puisse être admissible. Et tout le film souffrira ensuite du même problème de dialogues superficiels, alors que les poésies ne seront elles-mêmes que peu exploitées. Difficile également de pardonner au réalisateur, à qui l’on doit pourtant le très beau Le Roi et le clown, qu’il limite son travail de reconstitution historique à un niveau proche du vide absolu et à une photographie noire et blanche disgracieuse. En plus de cette direction artistique problématique, le potentiel de ce récit historique est réduit à néant par un scénario extrêmement manichéen et surtout au manque de charisme de son personnage principal. Ce n’est pas rendre justice à Dong-ju que de faire en sorte que l’on s’attache moins à lui qu’à son cousin, et ce jusque dans le dernier  quart d’heure dont lequel les enjeux seront (enfin) mis sur la table. Incontestablement, ce film n’est pas la meilleure façon de découvrir qui était ce poète-martyr et moins encore ce qu’il représente auprès de ses compatriotes.

Section Evénement: The Age of Shadows de Kim Jee-Woon (date de sortie encore indéterminée)

Dans la Corée des années 20, l’armée japonaise mandate Lee Jeong-chool, un policier travaillant pour eux, d’enquêter sur un groupe de résistants. Il se rapproche pour cela de l’un de ses membres, un photographe avec qui il va vite sympathiser. Mais le jeu de dupes est à ce point opaque qu’il est difficile de déterminer qui manipule qui.

A sa manière, dans la façon de s’attaquer à tous les genres (horreur, polar, western, action et même comédie romantique), Kim Jee-Woon s’impose d’année en année comme le Kubrick coréen. Aujourd’hui, le réalisateur revient avec une fresque historique se déroulant dans les réseaux de la résistance face à l’occupant nippon. Un projet ambitieux assimilable à un L’armée des Ombres (Jean-Pierre Melville, 1969)  local. Avec les présences de  Song Kang-ho (Memories of Murder), Gong Yoo (Dernier train pour Busan) et même de Lee Byung-Hun, on comprend que le film soit depuis plusieurs semaines largement en tête du box-office coréen. A l’inverse de Dongju, le film vu quelques heures plus tôt, on ne peut que se réjouir de la qualité remarquable de la reconstitution, grâce à  des décors et des costumes soignés, mais aussi une photographie irréprochable. Après une introduction (qui dure tout de même près d’une heure !), nous présentant tous les personnages et mettant en place leurs relations ambigües, le thriller commence enfin véritablement. Malgré cette première partie un peu fastidieuse, le suspense qui va se créer dans la seconde moitié fait de cet Age of Shadows un film d’espionnage d’une redoutable efficacité. Dans la continuité de sa filmographie, Kim Jee-Woon mêle une ambiance assez sinistre à une mise en scène divertissante, qui se concrétise en l’occurrence dans des scènes d’action magistralement chorégraphiées, et des personnages à la psychologie tourmentées. Nul doute que les nombreux amateurs apprécieront, et que le film ne tardera pas à se trouver un distributeur.

 

Nico, 1988 : La fin de carrière de la chanteuse Nico bientôt adaptée dans un biopic

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Les ultimes instants de la chanteuse Nico, principalement connue pour sa participation et son rôle au sein du groupe The Velvet Underground, vont bientôt être transposés à l’écran dans un biopic.

Nico est restée célèbre pour son interprétation des titres comme All Tomorrow’s Parties, Femme fatale, I’ll be Your Mirror ou bien encore Venus in Furs.

La chanteuse a également collaboré dans sa carrière artistique avec le créateur de génie du pop art, Andy Warhol.

A la différence de la majorité des biopics, ce projet cinématographique ne retracera pas toute la vie et la carrière de la chanteuse.

Ce long-métrage devrait se concentrer sur la dernière année de la vie de la chanteuse.

Le film s’intitulera Nico, 1988. C’est en effet cette année-là que l’interprète du Velvet Underground est décédée à l’âge de 49 ans suite à une chute en vélo alors que la star était en villégiature sur l’île d’Ibiza.

C’est la réalisatrice italienne Susanna Nicchiarelli qui se chargera de ce biopic.

Les spectateurs seront plongés dans la dernière tournée de la star de la chanson. Nico avait entamé un difficile combat pour tenter de se sevrer de son addiction à la drogue.

Le dernier album de la star, Camera Obscura, est sorti en 1985.

La cinéaste italienne Susanna Nicchiarelli s’est confiée sur ce projet dans un communiqué diffusé pendant le festival du film de Rome :

Ainsi qu’Andy Warhol l’a dit une fois, la plupart des gens pensent que, après son expérience avec le Velvet Underground et la Factory – et après avoir couché avec la plupart des rock stars de ces années – Nico est simplement « devenue une junkie grasse » et a disparu. Mais est-ce vraiment comme ça que sa vie s’est terminée ?

Pour plus d’authenticité et de vérités historiques, le scénario du film est basé sur les entretiens réalisés avec le manager Alan Wise et le fils de Nico, Ari Boulogne, qui a été élevé par la mère d’Alain Delon, ce dernier a malheureusement refusé de reconnaître l’enfant.

Les fans du Velvet Underground et de la voix inimitable de Nico seront heureux d’apprendre que la musique et les chansons de la star seront bien intégrées dans ce film.

Susanna Nicchiarelli a exposé son point de vue sur l’importance de la musique dans un tel projet d’adaptation cinématographique :

L’intégralité du film est construite sur la musique de Nico, aussi bien sur ses performances que sur les paroles de ses chansons. Ces musiques nous disent plus sur sa vie que n’importe quel dialogue ou situation dans le film.

C’est l’actrice danoise Trine Dyrholm  qui interprétera le rôle de la chanteuse Nico dans ce film.

Aucune date de sortie ni d’information sur le reste du casting n’ont encore été communiquées pour ce film Nico, 1988. Le tournage est prévu pour début novembre.

 

Heath Ledger : son appartement était un sanctuaire dédié au Joker

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L’obsession de l’acteur Heath Ledger pour son rôle du Joker, le criminel psychopathe emblématique de la saga Batman, dans le blockbuster de Christopher Nolan The Dark Knight, est bien connue des fans qui ont pleuré la mort de cet acteur exceptionnel et a été déjà révélée dans la presse par le passé. Mais de nouveaux éléments concernant son appartement à Manhattan viennent d’être dévoilés aux Etats-Unis. Heath Ledger avait transformé son habitation en un véritable sanctuaire entièrement dédié au Joker.

Alors que les fans du Joker attendent de pied ferme la version longue de Suicide Squad pour découvrir de nouvelles séquences de l’interprétation du clown triste psychopathe par Jared Leto en compagnie de sa charmante dulcinée, Harley Quinn (Margot Robbie), pour une grande majorité de cinéphiles et de mordus de Batman, l’interprétation de Heath Ledger dans The Dark Knight reste indépassable.

De nouveaux éléments ont été dévoilés ces derniers jours aux Etats-Unis concernant les lieux et le cadre dans lesquels s’était plongé l’acteur pour préparer son rôle de super vilain.

Selon des informations du New York Post, obtenues grâce aux forces de l’ordre, les officiers de police qui sont intervenus dans le loft de l’acteur Heath Ledger, après son overdose médicamenteuse de 2008, ont pénétré dans un espace entièrement dédié à l’univers du créateur de Batman, Bob Kane : des piles innombrables de bande dessinées de l’homme chauve-souris, des ouvrages sur le Joker et les clowns, des petites statuettes de clowns ainsi que de très nombreux enregistrements sonores de Ledger en train de travailler sur les différentes intonations et les changements d’octaves dans sa voix pour ce rôle inoubliable de super vilain.

Le jeune comédien a pris ce rôle du Joker très à cœur. Cette partition inoubliable et fascinante a demandé énormément de travail et d’investissement à Heath Ledger pour préparer ce rôle en amont.

Son appartement a été transformé en véritable sanctuaire dédié au personnage du Joker.

Ledger s’était plongé dans des ouvrages qui remontaient aux origines de la saga et dans des livres et des lectures sur les personnages de Batman, du Joker et des artistes clowns.

La source proche de l’enquête et qui s’est confiée au New York Post a donné des informations sur le travail méticuleux et très approfondi de Heath Ledger pour préparer ce délicat rôle du Joker de la meilleure des manières possibles :

Il étudiait même jusqu’aux origines des clowns et toutes les précédentes interprétations du personnage du Joker comme celle de Jack Nicholson ou bien encore Cesar Romero, le tout premier Joker à la télévision. Il essayait de se différencier de ces précédents rôles et de ces anciennes représentations du Joker. Il essayait même de rendre sa voix différente par rapport à eux.

Les inspecteurs ont également été impressionnés par la propreté et la qualité de l’agencement de tous ces éléments et documents de travail dans des piles bien alignées. Le loft situé au 421 Broome Street était impeccablement rangé.

C’était un perfectionniste qui avait beaucoup de respect pour le personnage. Tous ces éléments étaient bien rangés et ordonnés.

L’interprétation du Joker par Heath Ledger le place au panthéon d’Hollywood pour cette performance inoubliable et sensationnelle aux yeux de nombreux critiques et de cohortes de fans du monde entier de la saga Batman.

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Sa mort accidentelle, suite à une overdose médicamenteuse, le 22 janvier 2008, à seulement 28 ans, a laissé un grand vide à Hollywood ainsi qu’un sentiment de désespoir et d’injustice auprès des nombreux fans et des admirateurs du travail et du jeu d’acteur de Heath Ledger. Il était promis à une brillante carrière.

Too Young to Die, un documentaire sorti en 2008, avait révélé l’existence d’un carnet, d’un journal de bord dans lequel l’acteur prenait des notes durant le tournage du film The Dark Knight aux côtés de Christian Bale.

Ce carnet avec le mot Joker griffonné sur la couverture contenait des photos inquiétantes, des planches de bande dessinées ainsi que des dessins du Joker, de clowns ou bien encore de hyènes. Une photographie de Malcolm McDowell, dans son rôle marquant d’Orange Mécanique, était également présente dans ce carnet.

Au dos de l’une des pages de ce carnet, Heath Ledger avait inscrit une note pour le moins perturbante et de mauvais augure au vu du drame et de sa disparition. L’acteur avait griffonné les mots bye, bye.

Peu avant sa mort, Heath Ledger avait accordé un entretien à Empire Magazine. Il avait expliqué comment était né son rôle du Joker et comment il avait pu forger son interprétation, à Londres, en complément de son appartement New-Yorkais :

Je m’étais installé dans une chambre d’hôtel à Londres pendant un mois. Je m’y suis enfermé. J’ai commencé par écrire un journal et j’ai fait de nombreuses expérimentations avec ma voix. C’était capital d’essayer de trouver une voix et un rire assez uniques et emblématiques.

L’acteur a malheureusement exploré et s’est aventuré dans les aspects, les travers et les replis les plus sombres de l’âme humaine dans son approche et son travail préparatoire du personnage de Joker.

J’ai fini par atterrir plutôt dans l’univers d’un psychopathe, quelqu’un qui n’a presque aucune conscience de ses actes. C’est un dangereux sociopathe, un tueur de sang-froid, un clown tueur de masse. Rien ne l’intimide et tout est une vaste blague pour lui.

Certains observateurs avaient considéré que le film avait rendu Ledger dépressif et que ce rôle tourmenté avait pu avoir une influence sur le geste fatal du comédien, la prise de médicaments à haute dose.

Hollywood pleure encore la perte de cet acteur talentueux et hors-du-commun, parti trop tôt.

Heath Ledger a notamment joué dans Chevalier, Le Secret de Brokeback Mountain, L’Imaginarium du docteur Parnassus ou bien encore A l’ombre de la haine (Monster’s Ball).

Extrait – Too Young To Die (VO):

 

 

Rambo New Blood : le reboot confirmé, mais sans Sylvester Stallone

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Alors qu’une éventuelle série télévisée en partenariat avec la Fox était envisagée, le studio Nu Image / Millennium Films a officialisé la tenue d’un reboot de la franchise. Cependant, Sylvester Stallone, star incontesté de la saga, avait annoncé ne pas vouloir réitérer l’expérience, se déclarant inapte physiquement. C’est ainsi que ce reboot, baptisé « New Blood » se fera sans l’acteur, malgré la colère des fans.

 La franchise Rambo, débutée en 1982 par l’épisode éponyme et conclue en 2008 par son quatrième opus, s’apprête à être rebooté. La saga d’action, au potentiel social bien plus accru qu’on ne le pense, était porté par le célèbre acteur Sylvester Stallone. Cependant, avec la déclaration de celui ci en janvier dernier, affirmant que le rôle « n’était plus sa guerre » physiquement parlant, la présence de Sly dans ce reboot semble compromis voire impossible. Nous assisterions donc à un film Rambo sans Rambo, une annonce inconcevable. C’est le media américain The Hollywood Reporter qui a publié la nouvelle en exclusivité, dévoilant les détails du projet. Il ne s’agira donc pas d’un retour au script original, adaptation du livre First Blood de David Morell, mais d’une nouvelle histoire, scénarisée par Brooks McLaren et dirigé par Ariel Vromen, auteur des longs métrages The Iceman et plus récemment Criminal.

L’annonce a fait grand bruit sur la toile. Les fans sont très remontés contre la production et considèrent ce futur film comme une réelle trahison par rapport au premier long métrage. De même, ces derniers ne peuvent soutenir la tenue d’un nouveau Rambo, sans la présence de l’acteur star de la saga Sylvester Stallone, qui s’était investi personnellement dans le projet, au point d’en réaliser le quatrième épisode. Enfin, d’aucuns se demandent les tenants et aboutissants d’un tel projet, ne possédant encore aucun synopsis, surtout quand on connaît les ambitions scénaristiques d’un Rambo, à savoir mêler action et réflexion, dans un contexte propice à la violence guerrière. La solution du reboot est considéré, souvent à juste titre, comme périlleuse, à la fois pour la qualité du nouveau film mais également pour le regard porté sur le long métrage originel. Ce n’est définitivement plus notre guerre…

Hollywood Legends ressort deux classiques des années 50

Ce 4 novembre,  nous retrouverons dans les bacs deux films de la Fox, dans la continuité du travail de restauration en Haute Définition des classiques de la firme entrepris par la collection Hollywood Legends. Deux DVD desquels on regrettera l’absence de bonus.

Tant que soufflera la tempête (Henry King, 1955)

Trois ans après Les Neiges du Kilimandjaro et après un court passage par les colonies en Indes (Capitaine King), (il manque un mot/nom) retourne poser sa caméra en Afrique, et plus précisément en Afrique du Sud. Le parti-pris d’Henry King est de filmer cette représentation romanesque au possible du colonialisme comme on filmerait un western classique. Autant dire alors que la limite morale de cette fresque qui vante l’hégémonie des braves européens sur des sauvages indigènes (si le film a été censuré dans certains pays car jugé très insultant envers les africains, ce n’est pas pour rien) cherche à se raccrocher aux branches selon l’argument que la situation, qui fut la même sur le continent américain à l’égard des indiens, est admise depuis longtemps. Les fameuses scènes d’attaques par la tribu zoulou ont beau former une imagerie encore rare au cinéma dans les années 50, la façon dont elles sont filmées ici nous met dans une parfaite zone de confort cinégénique, tant elle a en fait été déjà vue cinquante fois. Faut-il alors y voir une critique allégorique du traitement des indiens aux Etats-Unis ? Rien n’est moins sûr, car jamais le scénario ne nous fera prendre parti pour ces natifs. Le réalisateur préférera se concentrer sur une intrigue plus académique encore que la forme, celui d’un triangle amoureux qui oppose deux hommes entièrement antagonistes (Tyronne Power et John Justin) pour les beaux yeux d’une même femme (Susan Hayward). Pendant ses 110 minutes, le scénario déroule rebondissement convenu sur rebondissement invraisemblable dans cette histoire d’amour, sans jamais prendre la peine d’exploiter son contexte politique autrement qu’en en filmant les beaux décors exotiques.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 2.35 ; 4/3 Letter Box
Format son : Anglais & Français Mono
Sous-titrage : Français
Couleurs
Durée : 1h41
Prix indicatif : 16 €

L’Homme au complet gris (Nunnally Johnson, 1956)

Davantage connu pour ses scénarios (et en particulier ceux des Raisins de la Colère et, plus tard, des 12 salopards) que pour ses rares réalisations, Nunnally Johnson n’en reste pas moins l’auteur de cet Homme au complet gris, qui connut un gros succès à sa sortie, et qui surtout a le mérite de dépeindre avec un soucis de véracité assez rare les bouleversements de la société américaine d’après-guerre, prise entre un conformisme ultra-conservateur et un traumatisme autodestructeur. Cette caution réaliste est assurée par le fait qu’il s’agisse de l’adaptation du roman homonyme de Sloan Wilson, une autobiographique propulsée au rang de best-seller dès sa parution l’année précédente. Cette précision ajoute en plus au degré de sympathie que l’on peut ressentir pour le personnage de Tom Rath, interprété par un Gregory Peck aussi classe qu’à son habitude. Dans le rôle de son épouse, la belle Jennifer Jones incarne l’assurance que les femmes ont pu prendre dans cette société phallocrate pendant l’absence de leurs maris sur le front, cette fameuse « prise de pouvoir » dont le cinéma hollywoodien a cherché à nous avertir à travers la figure de la femme fatale dans les films noirs. La meilleure piste du scénario est certainement celle de l’éclatement de ce cocon familial, annonciateur des troubles qui traverseront l’Amérique lors de la décennie suivante, au cours de laquelle la jeune génération de baby-boomers abreuvée à la télévision se rebellera contre l’hypocrisie et la superficialité de leurs aïeux. Sur la forme, la mise en scène de Johnson se révèle en revanche terriblement impersonnelle, voir figée et plan-plan, ce qui explique que le film ait si mal vieilli, malgré son propos toujours d’actualité, et donc, , qu’il soit inévitablement tombé dans l’oubli. Cette réédition est donc une bonne occasion de le redécouvrir, surtout pour les amateurs de l’ambiance feutrée de la série Mad Men.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Master restauré HD
Format image : 2.55 ; 16/9 compatible 4/3
Format son : Anglais & Français Mono
Sous-titrage : Français
Couleurs
Durée : 2h26
Prix indicatif : 16 €

 

Sing Street, un film de John Carney : Critique

Si John Carney traite un sujet déjà bien connu au cinéma, il apporte toute l’authenticité et l’originalité qui font de Sing Street un film qui sort du lot.

Synopsis : Dublin, 1985. L’Irlande est en pleine récession. Les jeunes irlandais sont nombreux à prendre le large vers l’Angleterre dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Conor, lui, est contraint de quitter son école privée pour rejoindre les Christian Brothers, une école publique où règne une ambiance glaciale. Seul rayon de soleil dans cette grisaille morose, Raphina. Pour pouvoir approcher cette «  jolie fille qui ne parle à personne », Conor lui propose de jouer dans le prochain clip de son groupe… qui n’existe pas. Elle accepte, et c’est ainsi que tout commence. (« We need to form a band»)

« Not looking backwards, just forwards. »

Raphina, « la fille aux yeux dangereux » devient sa muse et tombe au fur et à mesure sous le charme de cet adolescent rêveur, le seul à la comprendre malgré leur différence d’âge. La romance qui s’installe entre ces deux personnages est d’autant plus intéressante qu’elle n’est jamais totalement consommée, alors qu’elle est le pivot de l’histoire. Tous les deux se cherchent à leur manière : Raphina, fragile derrière le masque qu’elle s’est crée, choisit la fuite, et Conor le dépassement de lui-même. Il répond souvent « Je ne sais pas » aux questions qu’on lui pose, mais une chose est sûre : il veut regarder devant lui, pas derrière (« Not looking backwards, just forwards. ») Dans Sing Street, John Carney nous livre en effet le récit d’un passage à l’âge adulte au cours duquel Conor va apprendre à s’affirmer, notamment face à l’autorité : après avoir été forcé de marcher en chaussettes dans l’école, faute d’avoir assez d’argent pour acheter les chaussures noires réglementaires, il va par la suite faire un affront au professeur en refusant de se démaquiller : « You’re a man. Men don’t wear make-up. – Why not ? » . Chaque étape de cette évolution est illustrée par les changements musicaux et vestimentaires, en passant de la pop façon Duran Duran au look Ziggy Stardust ou encore le style gothique des Cure. Et si le réalisateur propose des musiques additionnelles qui viennent parfaire le décor eighties, les compositions originales sont empreintes d’une telle authentique sensibilité des années quatre-vingt que l’on a l’impression de les avoir déjà entendues.

« Think big, Conor »

Dans cette famille où les parents ne sont présents que lorsqu’ils se disputent, c’est auprès de son grand-frère Brendan que Conor se forge sa culture musicale et puise les précieux conseils qui le pousseront tout droit vers ses rêves. Ce mentor aux ailes brisées par une vie qui lui a échappé et l’a rempli de regrets n’espère qu’une chose pour son frère : qu’il ne reproduise pas le même schéma que lui.

Avec Sing Street, John Carney s’illustre donc une fois de plus dans l’art de raconter l’amour et la vie en chansons, avec cette fois une sensibilité personnelle (il s’inspire de sa propre jeunesse) qu’il manquait à Once et New York Melody. Porté par des acteurs brillants par leur incroyable naturel, Sing Street est une pépite musicale qui délivre un message d’espoir et de liberté et dont la fin nous laisse avec l’envie furieuse de mettre à fond « Drive It Like You Stole It » sur la route du retour. Un feel-good movie  qui donne des ailes, en somme.

Sing Street : Bande-annonce

Sing Street : Fiche Technique

Réalisation : John Carney
Scénario : John Carney
Interprétation : Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boyton, Jack Reynor
Photographie : Yaron Orbach
Montage : Andrew Marcus, Julian Ulrichs
Musique : Gary Clark, John Carney
Costumes : Tiziana Corvisieri
Producteurs : John Carney, Anthony Bregman, Martina Niland
Sociétés de Production : Mars Film, FilmWave, Distressed Films, PalmStar Media, Likely story, Cosmos Films, FilmNation Entertainment
Distributeurs :  The Weinstein Company
Genre : Comédie dramatique, Musical
Durée : 106 minutes
Date de sortie : 26 octobre 2016

Grande-Bretagne – 2016