À l’occasion de la rétrospective sur la Guerre d’Espagne, au Arras Film Festival, retour sur Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, conte noir à l’ambiance gothique et baroque.
Synopsis : Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…
Notre Review Le Labyrinthe de Pan
Redécouvrir aujourd’hui, en 2016, Le Labyrinthe de Pan (El Laberinto del fauno), soit seize ans après sa sortie en salles, tient de l’expérience de cinéma quasi mystique. Projeté dans une très belle copie pellicule 35 mm, le long métrage de Del Toro nous emmène dans l’Espagne dominée par Franco. Mais même si la guerre est finie, les maquisards sont là, cependant l’espoir réside ailleurs, dans l’imaginaire de l’enfance, déployé en et par la jeune personne d’Ofélia. Alors que la guerre et ses ravages touchent l’Espagne et ses habitants – divisant et mettant à feu et à sang le pays –, un livre magique et Pan, un faune à la fois étrangement attractif et angoissant, emmènent la jeune fille dans une aventure extraordinaire.
Ces péripéties la porteront ainsi au-delà du quotidien mortifère, dans un univers qui n’est toutefois pas dénué d’horreur et de danger. Car l’épouvantable chez Del Toro est présent dans la réalité comme dans le fantasme. Quand bien même elles prendraient la forme d’un combat à main armée, d’une séquence de torture d’un résistant bègue, ou d’un être démoniaque dévoreur d’enfant (et dévoreur tout court) devant porter ses yeux dans deux trous taillés dans ses mains pour les recevoir, l’horreur et sa violence sont inéluctables.
https://www.youtube.com/watch?v=ypBj0xDP-io
Ci-dessus, Ofélia réveille une épouvantable créature.
Cependant, la victoire n’est pas impossible, le bien peut vaincre le mal, mais pas forcément proprement, soit sans victime. Les résistants vaincront, mais combien des soldats franquistes mourront, pour finir doublement fusillés d’une balle dans la tête, comme le faisaient les mêmes disciples de Franco aux résistants ? Si Vidal est décédé, comme l’a noté le médecin du village, tuer l’officier ne servira à rien, puisqu’il sera remplacé. Ainsi la victoire, événement marqué dans la violence, est éphémère. La guerre est vaine.
De ce combat réel, Ofélia en ressort comme une victime ou presque. Car sans le vouloir, elle a accompli la prophétie. Quand bien même tout son périple tiendrait du fantasme, sa mort n’est pas une fin. Alors qu’elle est en train de mourir, la jeune fille termine son parcours merveilleux, ainsi l’imaginaire, l’univers merveilleux sont à leur apogée. Ainsi, si l’enfant est tué par la violence du monde, l’enfance – et ses infinies puissances (de l’imagination, de la capacité de créer et projeter un monde extraordinaire et extraordinairement fantasque, entre autres) – ne peut mourir. La créativité, l’imagination et tout le bien que peut engendrer l’humanité, ne peuvent disparaître. La violence n’est pas la solution contre la violence, la haine et la folie des hommes. Alors que Vidal voulait qu’on dise à son fils plus tard – lorsqu’il sera plus grand – un adage familial, l’ancienne servante lui dira, avant qu’il ne soit abattu, que son fils ne saura rien de lui. Le mal sera alors non pas pardonné, mais oublié, vidé, isolé de l’existence des hommes. Mais attention, à ne plus se souvenir du passé, qui sait si on ne reproduira pas ses erreurs. Et justement Guillermo Del Toro nous les a exposées violemment, tout en nous montrant l’espoir, la beauté, l’art et la poésie résister et survivre à ce chaos. Et son Labyrinthe de Pan montre de par les réflexions en mouvement et sensations animées qu’il continue de faire naître, qu’il est un grand film parmi les plus grands, une œuvre à découvrir et redécouvrir.
Chef d’œuvre de Del Toro ou pas… Laissons ces pensées à d’autres, et allons, encore une fois, tous ensemble, marcher, courir, trembler, saigner, pleurer et rire… dans le labyrinthe de Pan !
Un Film de Guillermo del Toro
Titre original : El laberinto del fauno
Avec Ivana Baquero, Sergi López, Maribel Verdú, Ariadna Gil, Doug Jones…
Distribution : Wild Bunch Distribution
Genre : Fantastique, Epouvante-horreur
Récompenses : 13 prix et 27 nominations
Date de sortie : 01 Novembre 2006
À l’occasion de la sortie de son documentaire Voyage à travers le cinéma français, rencontre avec Bertrand Tavernier, un amoureux du cinéma passionné et passionnant. Le cinéaste évoque ses rencontres « Jean Gabin, René Clair, Jean Renoir, Julien Duvivier… », sa vision sur le cinéma actuel et la façon dont il appréhende ce dernier.
Voyage à travers le cinéma français est un projet colossal qui vous a pris pas mal d’années et de temps. Aussi, vous avez rencontré des difficultés, notamment au niveau du financement, où vous vous êtes heurtés à pas mal de réticences…
Bertrand Tavernier : Pas des réticences mais un manque absolu d’intérêt. Je n’ai jamais réussi à voir les dirigeants de StudioCanal, en 12 mois. J’ai eu 6/7 rendez-vous, tous décommandés. Quand Thierry Frémeaux est intervenu, on m’a dit « on accepte de faire un film mais pour la télé ». L’idée d’un film sur le cinéma français plaisait, mais alors réalisé par Martin Scorsese. Ces remarques montrent le peu de considération dans laquelle ces gens (producteurs etc) nous tiennent. Pas de service public, mais le soutien de gens comme les dirigeants de Ciné + ou encore Gaumont et Pathé, notamment avec les Seydoux, qui font beaucoup pour le patrimoine et qui restaurent très bien les films. On ne savait pas très bien où on allait. Ce film a été une bonne piqure d’adrénaline.
Est-ce que vous pensez que le manque d’intérêt de ces gens qui sont des financeurs et des décideurs est du au fait que la cinéphilie se porte mal ?
Bertrand Tavernier : Regardez dans les gens qui écrivent sur mon blog. Il y a des masses de gens qui ont une connaissance, une passion. Vous avez vu le nombre de certains films que l’on catégorise de « difficile » dans les cinémas en France ? On ne peut pas dire que la cinéphilie se porte mal.
Aujourd’hui, la cinéphilie a changé, elle s’est modifiée, mais il y a dix fois plus de cinémas qui passent des films de répertoire de patrimoine en France qu’aux Etats-Unis.
Ce sont les institutions qui ont refusé, tout à coup, que les gens ne souhaitent plus voir de films en noir et blanc. Je ne peux pas dire que la cinéphilie se porte mal quand moi je suis président d’un festival où on fait 120 000 entrées en une semaine sur des films en noir et blanc. J’arrive à 9 heures du matin pour Hôtel du Nord, salle archi-comble. Les films qui n’ont jamais été montrés en France, qui ne sont pas connus ou qui n’existent pas en DVD attirent et enchaînent les salles pleines.
La cinéphilie ne se porte pas mal, mais on ne fait rien pour l’activer. Les gens du service public ne se bougent pas. Ceux de Arte, par exemple, m’ont dit qu’ils font des chiffres tout à fait intéressants sur des films peu connus. Je crois par exemple que récemment, il y a eu un très bon score sur le film de Pagnol.
Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui capitulent trop vite. S’il n’y aucune passion de la part de chaînes télévision pour le cinéma, qui plus est ancien, le cinéma crève. Des gens comme Vincent Lindon, quand on l’écoute parler, savent transmettre cette passion au public.
Pourquoi pensez-vous qu’aucun autre cinéaste, mis à part peut être Godard, ne s’est intéressé à créer cette histoire du cinéma français ?
Bertrand Tavernier : Il y a des gens qui font des documentaires qui sont souvent très bons, mais ils n’ont pas d’argent ! Les chaînes ne donnent pas d’argent ! On ne paie pas ! Il n’y a pas de créneau au CNC pour aider ce genre de projet. Ils sont moins aidés que les documentaires scientifiques. Le tarif auquel on achète ce genre de documentaires fait qu’ils ne peuvent pas être produits. Faute d’argent, impossible de mettre des extraits. Moi, pour l’émission du CNC pour fêter leur 70 ans, j’ai refusé de donner un extrait gratuit de Que la fête commence... Ils n’aident pas pour faire des films qui promeuvent certains cinéastes ou le cinéma français. Moi je suis fier, et ce n’est pas pour me vanter, de pouvoir dire que j’ai côtoyé Claude Sautet, Jean Sacha, Jacques Prévert, ou d’avoir longtemps fréquenté Jean Renoir. Je me mets une décoration comme étant unique sur ce fait. Moi je m’intéressais à tout. On est proche des historiens qui essaient de trouver les faits et qui ne se contententpas de rumeurs. Il y a une école historique du cinéma français qui est tout à fait géniale. On ne jugeait que sur pièces, ce qui nous faisait dire « Tiens, il y a un film de Gordon Douglas qui est épatant, par contre, les westerns de Fritz Lang sont très très décevants. »
« Mon film n’est pas un film de cinéphile. »
Ce qui est très émouvant avec votre film, que l’on se considère comme cinéphile ou comme simple amoureux du cinéma, c’est que l’on découvre l’enfant cinéphile que vous avez été et le cinéphile que vous êtes devenu, créant un aspect immersif pour le spectateur.
Bertrand Tavernier : C’est vrai que j’ai été cinéphile, mais je ne me reconnais pas dans le comportement de beaucoup de cinéphiles. Mon film n’est pas un film de cinéphile. Ce n’est pas un film de guide de musée, ni de critique, ni d’historien de cinéma car je ne suis rien de tout ça. C’est un film de cinéaste qui entend essayer de remercier des gens qui l’ont marqué à vie et qui l’ont peut être aidé à faire ce métier. Moi, je ne me reconnais pas dans la cinéphilie car il y a cet aspect de « passion exclusive », de personne qui ne sont attachées qu’à un genre, une forme de cinéma ou à une nationalité. Moi en plus, j’étais intéressé par la littérature, le théâtre et la musique. J’allais beaucoup au théâtre, voire énormément, et j’allais écouter des concerts, dont Miles Davis. Donc cinéphile, mais cinéphile qui s’intéresse à la vie. Mais je connais des cinéphiles qui sont complètement coupés de la réalité du pays. Moi, je n’ai jamais jamais été comme ça.
Ce qui est également très intéressant dans votre film, c’est la place que vous accordez à la musique.
Bertrand Tavernier : La plupart des critiques de film n’ont jamais mentionné la musique de Bruno Coulais, compositeur du film, qui est remarquable car il arrive à se glisser dans des interstices en écrivant une musique extrêmement moderne qui rappelle Jaubert ou Kosma. Je pense que les musiciens, les compositeurs, sont les grands héros méconnus de l’histoire du cinéma français. Quand on lit les histoires officielles, on ne les mentionne pas, ou à peine, or pour moi ce sont des partenaires essentiels de la création d’un film. J’ai eu plusieurs fois des Oscars ou des Césars pour la musique et je pense que les musiques de mes films sont souvent formidables, j’en suis en tout cas extrêmement fier. Les compositeurs en France ont souvent travaillé dans une alchimie absolue avec le metteur en scène. Duvivier, René Clair, Renoir ou Grémillon choisissaient leur compositeur, mais le travail entre metteur en scène et compositeur n’a jamais été étudié.
J’ai toujours pensé que les compositeurs, spécialement dans le système français, sont les premiers critiques du film car ce qu’ils écrivent est inspiré par le film. Très souvent, leur musique dit beaucoup de choses sur le film. Par exemple, la mélodie de La fin du jour, réalisé par Julien Duvivier, et composée par Maurice Jaubert, est prodigieuse. La musique de L’Atalante est une des plus grandes partitions de toute l’histoire du cinéma français, voire du cinéma mondial. Les metteurs en scène tenaient les compositeurs en haute considération.
Quand on vous parle, et quand on voit votre film, vous semblez assez nostalgique du cinéma français. Est-ce le cas ?
Bertrand Tavernier : Ah non ! Je ne suis pas nostalgique ! Je suis passionné mais en rien nostalgique car je vois des films actuels en tout point formidables. J’ai salué en Catherine Deneuve quelqu’un dont la filmographie de ces dernières années est une des plus sidérantes dans l’audace, l’innovation avec des films réalisés par des metteurs en scène que j’adore qui vont de Desplechin à Emmanuelle Bercot en passant par Benoit Jacquot. Je n’ai jamais de nostalgie, j’ai par contre une grande passion pour ce cinéma (cinéma des années 30 à 70) qu’il faut redécouvrir.
« Les choix de mon film sont subjectifs et je revendique leur subjectivité. »
Vous effectuez un voyage à travers l’histoire du cinéma français, mais aussi à travers votre histoire…
Bertrand Tavernier : Ce n’est pas l’histoire du cinéma français, c’est une déambulation dans le cinéma français. Je n’ai pas de chronologie, je n’ai pas de date… Je ne parle pas du muet car je connais beaucoup moins bien cette période, et je n’ai pas de rapports spéciaux avec le muet. Les choix de mon film sont subjectifs et je revendique leur subjectivité.
Je n’ai jamais travaillé avec aucun cinéaste américain. J’ai énormément de points de rapport avec des cinéastes qui sont liés à ma création et à ma vie. Il y a forcément des gens que j’avantagerai, sur d’autres que je ne connais pas, car j’en aime certains d’amitié ayant travaillé avec eux.
Avec votre film, vous juxtaposez de nombreux cinéastes : Claude Autant-Lara peut côtoyer Renoir et donner l’impression de ne faire qu’un seul et même film. J’aimerais savoir si, lors de votre travail de préparation, vous avez redécouvert des films que vous aviez oubliés et est-ce que vous avez découvert des films que vous ne connaissiez pas ?
Bertrand Tavernier : Oui, j’ai découvert des films que je ne connaissais pas, ou que j’avais sinon oublié. La Tête d’un Homme, de Duvivier, je l’avais mal vu, et quand je l’ai revu je me suis dit que c’est un Duvivier majeur. Il y a aussi des films que j’avais découverts dans des copies terribles que j’ai redécouverts dans des copies intégralement restaurées, et là le film change complètement. Vous savez, il y a des cinéastes que j’ai redécouverts complètement, ou que j’ai découverts, pour certains. Pour un exemple : les comédies musicales que réalise Jean Boyer dans les années 30 sont absolument formidables. Prends la route ! est par exemple un vrai chef d’œuvre du genre, tout comme Un mauvais garçon. J’ai redécouvert René Clair et ses films comme Sous les toits de Paris ou 14 juillet qui sont des réussites absolument épatantes, avec un vrai, vrai charme. Ce sont des films que je méprisais quand j’ai été cinéphile. On méprisait beaucoup René Clair.
Tout comme les films de Maurice de Canonge. Jamais en commençant ce film je ne pensais que j’allais mettre un extrait d’un film de Maurice de Canonge. Police Judiciaire, par exemple, est un très très bon film. Il y a donc des cinéastes que j’ai découverts ou redécouverts avec énormément de bonheur. Il y a aussi certains films d’Henri Calef. Jericho est une vraie découverte, c’est pourtant un film qui est maintenant méconnu, mais c’est un des plus beaux films faits sur la Résistance.
Est-ce qu’il y a des œuvres qui vous ont marqué dans le cinéma français dernièrement ?
Bertrand Tavernier : Oh oui, beaucoup ! Mais je ne suis pas critique de cinéma, ce sont mes goûts ! Je vois en Philippe Lioret un vrai successeur de Becker, vrai cinéaste qui parle du monde populaire, de gens qui travaillent. Stéphane Brizé également ! J’avais aimé La loi du Marché, j’avais aimé ces films avant. Les films de Bercot, certains passages des films de Kervern et Delepine… Je n’ai que l’embarras du choix. Les documentaires de Depardon sont très très forts. Frédéric Tellier, L’Affaire SK1, c’est un super polar ! Le film de Vincent Garencq, L’Enquête, c’est très très bien ! Et le film de Christophe Barratier sur Kerviel (ndlr L’Outsider) il n’est pas mal du tout non plus !
Dans votre film, il y a un très grand nombre d’extraits de films, beaucoup sont restaurés, la qualité d’image est superbe, mais se pose la question des droits.
Bertrand Tavernier : Il est évident que j’allais rémunérer les auteurs des films dont je projetais un ou plusieurs extraits. On a acheté toutes les images au même prix afin qu’il n’y ait pas de différence. On a cherché la somme qui rentrait dans le budget qu’on nous allouait. On a payé 1000 euros la minute tous les extraits.
Est ce qu’il y a eu des films pour lesquelles vous n’avez pas pu obtenir les droits et que vous regrettez de ne pas avoir pu diffuser ?
Bertrand Tavernier : On a fini par trouver un accord. Il y a eu des débats avec certains détenteurs de catalogue qui demandaient des sommes qui faisaient capoter le projet car la clause disait qu’on devait payer tout le monde de la même façon. S’il y avait une personne qui avait plus d’argent, le film ne se faisait pas. Il y a des gens qui était sourds à ce raisonnement ! On a réussi, on s’est entendus et ça s’est bien passé. Il y a un seul film que nous n’avons pas pu avoir, pas pour des raisons financières ou de droits, mais parce que l’avocat d’un des héritiers ne donnait les droits que pour le film et non pour l’étranger ou la VOD. Le film en question, c’est Les Enfants Terribles, de Jean-Pierre Melville. On a passé des mois et des mois à négocier, on m’a dit que cet avocat était célèbre pour ce genre de pratique, ce qui fait qu’on ne voit pas d’extrait de ce long-métrage dans mon film.
Dans votre film, vous réhabilitez des cinéastes qu’on avait oubliés ou méprisés, et surtout, vous en remettez certains dans leur contexte. Aujourd’hui, on parle de Claude Sautet comme d’un grand cinéaste, comme si on l’avait toujours considéré comme tel, or vous montrez à quel point il fut méprisé.
Bertrand Tavernier : Il a été méprisé, mais, je ne veux pas me jeter des fleurs, quand on était attaché de presse, il n’était pas méprisé ! Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, César et Rosalie ont un dossier de presse énorme. A la fin des années 70, Claude Sautet a hérité d’une certaine réputation. Il y a eu un clan de critiques qui s’est déchainé contre lui, même s’il avait beaucoup de défenseurs. En fait, les films de Sautet ont quand même été assez bien défendus, mais les attaques le peignaient de manière radicalement fausse comme un cinéaste bourgeois, ce qui le blessait beaucoup car ce n’était pas ses origines, étant d’origine tout à fait populaire, et ses films se passent dans la banlieue. Ils montrent très souvent des personnages populaires. C’est le corpus de films où on voit le plus de petites PME commencer à fermer, le chômage qui commence à gangrener la France. Il y a une vision quand même très forte de ces capacités de travail. Pour moi, Sautet est vraiment le cinéaste qui est l’héritier de Becker. Mais beaucoup de films de Becker étaient mal reçus ! Casque d’or a été très mal perçu par l’ensemble de la critique, et notamment par la critique communiste qui disait « Mais pourquoi s’intéresser à des apaches et à des prostituées quand des boulangers et des maçons feraient des héros bien plus représentatifs des classes populaires ? ». Même chose pour Touchez pas au Grisbi. La presse communiste de l’époque fait la fine bouche pour le film. D’une certaine manière, Becker est un cinéaste qui reste méconnu par rapport à son génie.
Dans votre chapitre sur Jean-Pierre Melville, vous évoquez un film trop peu connu du grand public qu’est Léon Morin Prêtre. Pouvez-vous nous en parler ?
Bertrand Tavernier : Je trouve que c’est le film méconnu de Melville. Les gens ne parlent que de ses polars, et c’est pour ça que j’aimerais également évoquer Le Silence de la Mer, qui est un film d’une puissance incroyable. Mais, Léon Morin Prêtre, je trouve que c’est un chef d’œuvre total. C’est un des films les plus casse-gueule au point de vue sujet et au point de vue dialogue. Le film évoque un aspect jamais montré dans les films qui est le passage dans certains endroits de l’occupation italienne à l’occupation allemande. Il y a 3/4 scènes qui sont formidables et qui sont traitées en arrière-plan, voire en off. On montre que les allemands et les italiens se sont également battus. Je trouve ce film formidable sur l’histoire de l’occupation de la France et c’est traité avec une subtilité extraordinaire par Melville. Je trouve Belmondo génial ! Et Emmanuelle Riva aussi, qui était perdue sur le tournage car Melville lui parlait à peine. Mais je pense que cette instabilité a aidé son interprétation sans qu’elle s’en rende compte.
Il est question d’une série de 8 films dans la continuité de votre documentaire Voyage à travers le cinéma français…
Bertrand Tavernier : Pour l’instant, tout est monté à 70%. Mais il faut que je refasse des enregistrements des textes que j’ai écrits, il faut que j’en redise certains. Il manque des tas de plans qu’on doit filmer sur moi qui interviens, ce qui nous permettra de réécrire encore un peu le texte pour arriver à coller au minutage.
Quelle forme vont prendre ces suites de Voyage à travers le cinéma français ?
Bertrand Tavernier : Ce sera pour la télévision, pour Ciné + et France 5. Nous avons eu, pour la série, la télévision publique.
Et pourquoi ce premier volet au cinéma ?
Bertrand Tavernier : Car nous n’avons pu financer ce projet que de cette manière. Aussi, ça me convenait car je n’allais pas me heurter à des gens qui allaient me dire « Ah non, ne faites que 52 minutes ! ». Au cinéma, j’ai pu contrôler complètement la durée du film. On ne parle pas de case. À savoir qu’au départ, on m’a clairement dit « On ne peut pas passer vos documentaires car ils ne rentrent pas dans nos cases. », ce à quoi je leur ai répondu « Mais c’est à vous de faire des cases pour accepter mes films. » Pourquoi est-ce que tout le monde devrait faire des films dans le même temps ? Le Chagrin et la Pitié ne rentrait pas dans les cases des documentaires, Shoah non plus. La forme de certains documentaires nécessite une certaine longueur. Quand vous donnez la parole à des gens qui ne l’ont pas eue, c’est difficile de leur dire « Écoutez vous n’avez que 52 minutes pour vous exprimer, maintenant fermez la. »
Dans le film, vous montrez deux extraits d’une émission de Jean-Jacques Bernard qui passait sur Ciné+ ? Pourquoi ces extraits là ? Car il y en a eu des dizaines.
Bertrand Tavernier : Car ce sont deux extraits qui correspondaient, mais il faut savoir que j’en ai beaucoup d’autres dans la série. Mais ce sont dans ces extraits que nous avons trouvé de la matière sur Lucky Joe, de Michel Deville et puis sur Sautet. J’en ai d’autres, dont un très très bon avec Odette Joyeux sur Claude Autant-Lara, sur leur rencontre, qui est bidonnante. On a trouvé plusieurs séquences qui sont intéressantes dont une sur Henri Decoin, avec Deville. C’est une émission super, même si parfois il y avait une personne qui était très intéressante mais au final, elle ne disait pas grand chose. On a accès à la bibliothèque Ciné +. On regarde et il y a vraiment des moments de grand bonheur. Tout l’intérêt se trouve dans le fait que l’émission faisait parler des gens qu’on ne voyait jamais sur les chaînes publiques.
Est-ce que vous savez quelle place occupe, dans votre cœur, Voyage à travers le cinéma français, mais également dans votre vie artistique ?
Bertrand Tavernier : C’est une œuvre très importante. J’y ai mis beaucoup beaucoup beaucoup de moi-même. Ce film est devenu quelque chose de capital. Je savais qu’il y avait quelque chose qui était important dans ce film, et au fur et à mesure des mois, il est devenu de plus en plus important, de plus en plus essentiel. Ca me permet de parler de plein de choses que les gens ignorent.
« On était habité par Voyage à travers le cinéma français, et ce sera difficile d’en sortir. »
Ce film n’est-il pas un prolongement de votre premier hommage au cinéma qu’était Laissez Passer ?
Bertrand Tavernier : D’une certaine manière, c’est un hommage à ces gens–là, à la dignité, au courage de beaucoup de cinéastes français à l’époque de l’occupation qui ont été relativement dignes et pour beaucoup assez courageux. Il y a beaucoup de motivations pour un film comme celui-ci notamment par le bonheur chez mon monteur Guy Lecorne quand je lui faisais découvrir des films. Devant Les Amoureux sont seuls au monde, Guy Lecorne m’a dit que c’est un des grands chocs de sa vie. Récemment, Le monte-charge de Marcel Bluwal a été une révélation et c’est un bonheur quand, dans une salle de montage, des gens témoignent de leur enthousiasme face aux découvertes de tous ces films. C’est devenu quelque chose qui nous habitait. On était habités par Voyage à travers le cinéma français, et ce sera difficile d’en sortir.
Est-ce qu’on peut espérer que certains des films dont vous parlez dans le film qu’on ne trouve actuellement pas dans le commerce auront une sortie DVD ou une diffusion prochaine ?
Bertrand Tavernier : Une bonne partie des films est trouvable en DVD. Les deux films d’Eddie Constantine, vous les avez chez René Château, tout comme Menaces, d’Edmond T. Gréville. Beaucoup de films de Becker sont chez StudioCanal, de même qu’il y a des films comme Le Garçon Sauvage, jusqu’ici introuvable, qui est maintenant chez Gaumont. En principe, presque tous les films dans Voyage à travers le cinéma français sont trouvables. Parfois, certains ont été retirés du catalogue. Le Mépris etPierrot le Fou ont eu droit à de récentes restaurations, les films de Sautet également, tout comme ceux de Melville, qui sont intégralement disponibles. Maintenant, il y a certains films qui pourraient ressortir car il faut toujours mieux voir les films en salles, ou les passer chez les scolaires. Mais certains films doivent être restaurés comme Falbalas ou encore Sous le signe du taureau de Gilles Grangier, qui est assez sympa, c’est un film où Gabin joue un ingénieur. Dans le DVD, la photographie est trop éclairée, les couleurs sont moches, les décors sont moches, mais le ton du film et certains acteurs sont vraiment pas mal. C’est d’ailleurs le seul film de Gabin où il y a un élément autobiographique avec cette référence au débarquement car il a débarqué en Sicile, sur la Côte d’Azur et en Italie. Quand j’ai découvert cette scène, j’aurai aimé appelé Michel Audiard pour le féliciter.
Voyage à travers le cinéma français : Bande-annonce
Dire que la science-fiction est chose rare dans le cinéma français est un doux euphémisme. Heureusement, Arès nous prouve qu’il existe des réalisateurs qui maitrisent le genre. Porté par un Ola Rapace impressionnant et profitant d’un scénario sans temps morts, ce film coup-de-poing assure de laisser des plaies.
Synopsis : Paris. 2035. Depuis leur rachat de la dette à un Etat français ruiné, le pouvoir est entre les mains des multinationales. Les sociétés pharmacologiques profitent d’une loi leur permettant de tester légalement leurs produits sur des volontaires et, depuis la dépénalisation du dopage, les sportifs. Un ancien champion de sport de combats est sélectionné pour tester un nouveau sérum.
A la fois une lueur d’espoir et une bonne raison de s’inquiéter !
Des années de mauvaises expériences nous avaient fait cesser de croire en l’espoir de voir un jour la science-fiction, et de façon plus globale le cinéma de genre, atteindre en France la qualité que devrait pourtant lui permettre la présence sur son sol de grands artisans des effets-spéciaux et de romanciers de renom. Chacun connait la frilosité des producteurs hexagonaux à donner carte blanche aux plus geeks des cinéastes. Mais les rares tentatives récentes (la série Section Zero sur Canal+ ou le film Virtual Revolution) avaient de quoi nous laisser septiques sur le réels talent des réalisateurs français pour s’affirmer comme des créateurs d’univers d’anticipation qui ne soit pas de pâles copies des blockbusters hollywoodiens dont ils n’atteindront jamais les budgets pharaoniques. Et puis voilà Arès. Grâce aux soutiens de Louis Leterrier (Insaisissables 1 & 2, L’incroyable Hulk…) et de Gaumont, le réalisateur Jean-Patrick Benes et son producteur Matthieu Tarot ont réussi à mettre au point un parfait équilibre entre leur économie de moyens et un rendu spectaculaire. Un budget de 5 millions d’euros peut en effet sembler dérisoire pour un projet d’une telle ambition mais, en préférant investir davantage dans une post-production soignée que dans une surenchère d’effets visuels ou au recours à des acteurs bankables, le long-métrage qui en résulte est d’une justesse qui rend plus forte la claque qu’il nous renvoie en pleine poire.
La seule violence inhérente à l’univers très sombre tel qu’est dépeinte cette France de demain est une chose rare dans la production actuelle, engluée dans un souci de bien-pensance abrutissant. Mais d’imaginer notre avenir proche (dans moins de 20 ans !) comme un enfer urbain hostile, hanté par des hordes de sans-abris et contrôlés par des sociétés, s’inscrit dans une veine cyberpunk qu’apprécieront les amateurs historiques de SF. De faire du héros un castagneur bourru, qualifié de « facho » par ses proches, est assez caractéristique de cette volonté de briser les gimmicks propres à la série B franchouillarde pour se rapprocher de certains modèles américains : alors que le modèle d’anti-héros rappelle celui de New York 1997, le milieu est plus proche de celui de Soleil Vert… de belles références en somme. Et surtout, la présence d’un acteur qui en impose naturellement : Ola Rapace, qui a déjà commencé sa carrière internationale puisqu’il a déjà été vu dans Skyfall.
Rarement un film français aura su créer un univers d’anticipation aussi visuellement réaliste et à ce point propice à une réflexion sur les menaces qui pèsent sur nos civilisations occidentales.
S’il est un défaut que l’on peut faire à Arès, c’est immanquablement la laboriosité avec laquelle son introduction nous fait un état des lieux didactique pour justifier l’état de cette France de 2035. Entre une contextualisation un peu lourdaude, qui ne laissera que peu de place à l’imagination des spectateurs, et une photographie qui souffre d’un surplus d’incrustations, il est dans un premier temps difficile de rentrer dans le récit. Ce seront finalement, non pas le personnage principal taiseux et au demeurant antipathique, mais les personnages secondaires qui l’entourent qui nous permettront de nous attacher aux enjeux du scénario. Venus compenser la brutalité et l’ambiance sordide qui règnent dans ce Paris déliquescent, les figures de l’adolescente rebelle, du sidekick travelo ou encore du hacker militant réussissent à échapper à leurs propres stéréotypes et à apporter de la fraîcheur à cette intrigue hardboiled.
Un peu d’humour et d’émotions ne sont en effet pas de trop pour ne pas limiter le film à ses scènes de combat ultra-violentes. Si l’on avait dû retenir d’Arès que les chorégraphies habiles des bastons hyper-testostéronées, cela supposerait que l’on passe à coté de son discours alarmiste sur les dérives du capitalisme sauvage. Or, c’est aussi pour cette audace à imaginer un modèle politico-économique dominé par des corporations toutes-puissantes – dans laquelle, par exemple, la privatisation des forces régaliennes conduirait au recours à des policiers intérimaires – que le film fait preuve d’une puissance évocatrice et d’un discours social véritablement remarquables. Cette détermination mêlée à une telle créativité forme un cocktail explosif qui exactement ce qui manque au cinéma de genre en France. Espérons alors que sa conclusion, qui nous assure que son héros est devenu un modèle pour les révolutionnaires antisystèmes, sera annonciateur d’une envie, pour les jeunes cinéastes, de prendre Arès comme un modèle pour se libérer du joug d’un système de financement artistique passéiste.
Arès : Bande-annonce
Arès : Fiche technique
Réalisation : Jean-Patrick Benes
Scénario : Jean-Patrick Benes, Allan Mauduit
Interprétation : Ola Rapace (Reda/Ares), Micha Lescot (Myosotis), Hélène Fillières (Altman), Ruth Vega Fernandez (Anna), Eva Lallier (Anouk), Thierry Hancisse (le coach), Louis-Do de Lencquesaing (PDG Donevia)…
Image : Jérôme Alméras
Montage : Vincent Tabaillon
Superviseur des effets visuels : Alain Carsoux
Décors : Jérémy Streliski
Musique : Christophe Julien, Alex Cortés
Production : Matthieu Tarot, Sidonie Dumas, Etienne Mallet, Julien Deris, David Gauquie, Marc Dujardin
Société de production : Albertine Productions, Gaumont, Cinéfrance
Distribution : Gaumont
Genre : Science-fiction, drame, action
Durée : 80 minutes
Date de sortie : 23 novembre 2016 France – 2016
[irp posts= »80345″ name= »L’invitation, un film de Michael Cohen : Critique »]
L’audacieux cinéaste italien Sorrentino (Youth, This Must Be The Place) signe avec The Young Pope sa première série pour le moins singulière. Fidèle à son style, le réalisateur nous offre un pilote fascinant à la mise en scène impeccable.
“I am a contradiction”
Un enfant rampe sur un monticule d’autres bambins, et en ressort plus loin homme, tout vêtu de blanc. Extirpé de cette masse humaine, il se retrouve sur la place Saint-Marc. Au loin l’orage gronde, il est temps pour lui de prendre ses fonctions. L’alarme de son Iphone sonne, Lenny se réveille.
The Young Pope dépeint le portrait de Lenny Belardo (divinement interprété par Jude Law), jeune Pape au visage d’angelot mais à l’allure de rock star. Lenny fume et boit du coca cherry au petit déjeuner, mais malgré l’avènement étonnante d’un si jeune Pape, l’heure n’est pas, comme on aurait pu l’imaginer, au changement et à l’ouverture sur le monde actuel. Au contraire le Pape Pie XIII va plutôt se montrer totalitaire et son conservatisme frôlera l’obscurantisme.
“Je suis une contradiction”, dit-il. Mi-homme, mi-Dieu, mi-sublime, mi-monstrueux, dans une enveloppe charnelle d’une beauté pure mais dont la sensualité renvoie au monde mortel, Lenny est un homme complexe aux multiples contradictions. C’est dans une atmosphère onirique et mystique, arpentant un lieu plein de mystères que le Pape évolue, constamment entouré d’un halo blanc, lui donnant une allure souveraine. D’un narcissisme exorbité et avide de pouvoir, seuls sa quête et son litige personnel avec Dieu lui importent. C’est donc sans aucune limite que le Pape Pie XIII va gouverner, ignorant les règles des mortels, élevé au rang de divinité par la toute-puissance de son titre.
Sans surprise, l’avènement mystérieux de ce personnage extrême est loin d’être le bienvenu au sein de la communauté. Les cardinaux qui pensaient pouvoir profiter d’un nouveau Pape inexpérimenté et malléable vont vite déchanter et une lutte pour le pouvoir, à la House Of Cards, va alors débuter.
Réflexion sur le pouvoir, la solitude et la place de la religion dans la société moderne, The Young Pope est, malgré ses sujets très sérieux, d’une fraicheur déconcertante. Que ce soit les pensées impures de Voiello sur une statue paléolithique, un échange de gifles entre deux cardinaux ou encore une homélie rêvée désopilante, c’est avec un humour caustique, cinglant et absurde que Sorrentino nous pousse à la réflexion. Humour qui n’est pas sans rappeler celui des frères Coen, un doux mélange de cynisme et de satire filmé avec beaucoup d’amour.
Provocante, cocasse et énigmatique, la nouvelle série de Sorrentino s’annonce comme la révélation de cet automne.
The Young Pope, saison 1 : Bande-annonce
Synopsis : L’ascension de Pie XIII, né Lenny Belardo, le premier Pape italo-américain de l’Histoire. Cet homme au pouvoir immense est doté d’une personnalité complexe et contradictoire. D’un conservatisme fleurant l’obscurantisme le plus archaïque, il se révèle pourtant éperdu de compassion envers les plus pauvres et les plus faibles. Et malgré les trahisons de son entourage et sa peur de l’abandon, y compris de son propre Dieu, il n’hésitera pas à se battre avec la plus grande ferveur, en franchissant plus d’une fois les limites édictées par les pauvres mortels.
The Young Pope : Fiche Technique
Création : Paolo Sorrentino
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello, Tony Grisoni, Stefano Rulli.
Interprétation : Jude Law (Lenny Belardo/Pape Pie XIII), Diane Keaton (soeur Mary), James Cromwell (cardinal Micheal Spencer), Silvio Orlando (cardinal Voiello), Sebastien Roché (cardinal Michel Marivaux), Scott Shepherd (cardinal Dussolier), Cécile de France (Sofia), Javier Camara (cardinal Gutiérrez), Ludivine Sagnier (Esther)…
Production : Wildside, Haut et Court T, Mediapro
Genre : Drame
Format : 10 x 55 minutes
Chaines d’origine : Canal +, HBO, Sky
Pays d’origine : Italie, France, Espagne
Diffusion en France : Depuis le 24 octobre – lundi soir sur Canal +
OCS consacre le mois de novembre au cinéaste américano-britannique Joseph Losey en diffusant six films dont quelques uns de ses meilleurs : Accident, Eva, L’Assassinat de Trotsky, Les Criminels, Les Routes du Sud et The Servant qui ouvre le cycle le vendredi 4 novembre. Cet hommage est suffisamment rare pour être signalé et suivi.
« La plupart de ses films demeurent [en France] quasiment invisibles, dans l’attente d’une rétrospective assez complète, n’étant ni disponibles en vidéo, ni repris en salles ou à la télévision. Pourtant, l’héritage qui nous reste d’une période cinématographique aussi marquante et fertile que celle qui va des années 50 au début des années 80 serait moins riche sans Losey. Peu de cinéastes nous ont laissé une oeuvre aussi variée, où le sujet intimiste côtoie le policier, le politique, l’historique, le parodique et même le fantastique, et une vision du monde aussi reconnaissable dans son originalité… »
CinémAction n°96, L’Univers de Joseph Losey, Denitza Bentcheva (Dir), Corlet-Télérama, 2000, Paris
A l’occasion de la rétrospective Joseph Losey organisée par OCS du 4 au 25 novembre autour de six films majeurs, Cineseries-mag se met aux couleurs de la chaîne câblée française et vous propose de (re)découvrir l’oeuvre d’un cinéaste trop vite oublié. Marqueur de son temps, cinéaste à l’européenne, aux opinions politiques qui l’ont poussé à quitter Hollywood pour s’exiler en Angleterre, Joseph Losey n’a pas toujours été apprécié par l’intelligentsia de la critique.En 26 long métrages, entre exubérance et extravagances, l’oeuvre de Losey est toujours « en progrès » (work in progress selon la formule anglaise), reflet d’une lutte continue, insistante, véritable « revanche sur la vie », comme le veut le sous-titre de la biographie de D. Caute*. Qui se cache derrière cet esthète du cinéma, à la passion pour les femmes destructrices et à la sensibilité masculine exacerbée ?
De La Crosse à la R.K.O
Au début du siècle, l’Etat du Wisconsin a donné au Septième Art trois de ses plus grands hommes de l’après-guerre. Six ans avant Orson Welles, Joseph Walton Losey naît dans une famille puritaine et bourgeoise le 14 janvier 1909 à La Croisse, où, deux ans plus tard, naîtra Nicholas Ray. Il s’inscrit en médecine en 1925 tout en jouant au théâtre à l’université de Dartmouth. Il quitte le cursus principal en avouant avoir eu peur de la vie pour se consacrer à des études de littérature, sans arrêter sa passion pour le jeu. Etudes dont il ne viendra pas à bout, car il devient rapidement critique en 1930 pour le New York Times, le New York Herald Tribune, le Saturday Review of Literature et le Théâtre Magazine. Il passera de l’autre côté des planches, et d’acteur, se retrouve assistant-régisseur. L’année suivante, il fait la connaissance d’une pointure de du jazz, le producteur, critique et musicien John Henry Hammond Jr. qui lui propose de le suivre en Europe. Ce dernier est une des personnalités les plus importantes de la musique populaire des États-Unis au XXe siècle, car il a permis l’émergence d’artistes tels que Bob Dylan, Billie Holiday, Aretha Franklin ou encore Bruce Springsteen…
« J’ai commencé à faire du théâtre sans en attendre une quelconque expérience. Je ne songeais même pas à y faire carrière… »
Entretien avec P. Rissient et M.Fabre, Cahiers du Cinéma, n°111
Joseph Losey étudie le théâtre en Allemagne, avant d’assurer, à Londres, la régie d’une pièce interprétée par Charles Laughton. De 1932 à 1937, de retour à New York, il se consacre exclusivement au théâtre et participe à l’ouverture du Radio City Music Hall dont il est le régisseur. Toujours aux côtés de son ami Hammond, il produit et met en scène quatre projets conséquents. Durant l’année 35, il abandonne la pratique pour revenir à la théorie et revient en Europe comme reporter pour Variety. Il étudiera le théâtre en Suède, en Finlande et en U.R.S.S. où il se nourrit de l’oeuvre de Marx, Trotsky et Staline. Après avoir suivi les répétitions des plus grands tels que Meyerhold, il revient avec une série d’articles traitant de l’influence de Piscator et Brecht.
De 1937 à 1942, il se découvre le goût pour le cinéma, en supervisant le montage d’une quarantaine de documentaires et d’une soixantaine de films éducatifs, tirés de bandes hollywoodiennes pré-existantes pour le compte de la Rockfeller Foundation et d’une commission dont il est nommé directeur. Ce travail régulier ne l’empêche pas de poursuivre sa carrière théâtrale. Il dirige en 1937 le jeune Sidney Lumet dans Sun up to Sun down de Frances Faragoh… Mais en 1942, c’est la radio qui l’appelle. Pour la N.B.C. et la C.B.S., il réalise 90 programmes d’une demi-heure et travaille ainsi avec Paul Muni (qu’il retrouvera dans Stranger on the Prowl en 1952 – Scarface d’Howard Hawks et Oscar du meilleur acteur en 1936 pour le rôle de Louis Pasteur dans La Vie de Pasteur de William Dieterle), Peter Lorre (qu’il renoncera à prendre pour le remake de M. – travail qu’on lui impose plagiant déjà trop celui de Fritz Lang) et Helen Hays (« First Lady of the American Theatre » – Oscar de la meilleure actrice en 1931). Il réalisera différents programmes jusqu’à ce que l’année d’après, il fasse la connaissance du magnat de la M.G.M., Louis B. Mayer, qui lui propose un contrat de deux ans, toutefois il doit rejoindre l’armée. Durant les hostilités, il ne lâche pas sa caméra et tourne des films destinés à l’entraînement des troupes. Ce n’est qu’en 1945, qu’il signe un court métrage pour la MGM qui lui vaut une nomination à l’Academy of Motion Picture Arts and Science (laquelle, décerne chaque année les Oscars).
Il réalise son plus grand rêve en 1947 : après un an d’étroite collaboration avec Bertold Brecht, il met en scène Galileo Galilei de ce dernier, interprété par Charles Laughton qui connait un vif succès. L’année suivante, les deux cadors de la R.K.O. que Losey connait bien (le premier ayant co-produit Galileo et le deuxième lui ayant demandé de régler le spectacle de variétés qui accompagne traditionnellement la remise des Oscars), lui offre la même chance qu’à Nicholas Ray, lui confier la mise en scène d’un premier long métrage, The Boy with green Hair. Dès lors, Losey sacrifie au cinéma ses amours théâtrales. Il ne montera, en quinze ans, que deux pièces.
* Joseph Losey : a revenge on life, David Caute, Boston (Mass) : Faber and Faber, 1994, Londres
Après le rejet vient la reconnaissance internationale
« Il faut faire face à la réalité pour ensuite la reconstruire »
Joseph Losey, 15/01/1961, au Cercle du Mac-Mahon et rapporté par J.Douchet dans Cahiers du Cinéma, n°117
Losey travaille tout d’abord le scénario de The Prowler (Le Rôdeur) avec Dalton Trumbo, mais sa situation politique, faisant de lui le plus célèbre des « dix » de la Liste Noire l’oblige à quitter le projet. Le cinéaste veut que le public prenne conscience de la corruption de l’individu en donnant à ses héros une ultime connaissance quand le monde leur est définitivement fermé et qu’ils ne peuvent plus s’échapper. 1950 toujours, quelques semaines après la sortie du film, Losey tourne M, commandé par la Columbia. S’il accepte au final le projet(après deux refus), ce ne sont que pour deux raisons : la présence de David Waynes au casting et la nécessité financière devant les pressions politiques croissantes. Il dira à ce propos:
« Les raisons pour lesquelles j’avais primitivement refusé M étaient basées sur le film de Lang : à savoir que, dans le film original, le « sex killer » était un monstre, une bête méritant d’être poursuivie jusqu’à sa mort, et si besoin était par une populace. Le film de Lang était principalement la poursuite d’un gibier à qui l’on donne la chasse. »
Si l’on ne trouve que peu de lignes si ce n’est aucune dans les ouvrages destinés à Joseph Losey à propos du remake, quelle en serait la raison ? Il faut dire que le film a énormément souffert de la comparaison avec le classique allemand. Il a par ailleurs été pendant longtemps un film quasiment impossible à voir, en raison de la rareté des copies, et traîne donc sa renommée un peu triste, de répétition inutile, dans les histoires officielles du cinéma. Pourtant, quelques plumes avisées l’ont, depuis, réhabilité, notamment Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain (1995, épuisé). Le découvrir aujourd’hui, puisqu’il ressort en salles, permettra de l’apprécier à sa juste valeur, un excellent film noir. Losey a avoué avoir été sérieusement bridé par la censure interdisant le personnage principal d’en faire un monstre pédophile, car le « milieu » allemand expressionniste des années 1930 était difficilement transposable à Los Angeles en 1950. André Bazin dira dans les Cahiers du Cinéma n°11 :
« Joseph Losey semble avoir voulu moderniser le styleselon un mode néo-réaliste. Alors que Fritz Lang avait tout fait en studio, Losey utilise largement les extérieurs. Ce sont d’ailleurs, quand on les isole de l’ensemble, les bons éléments du film, par lesquels ce jeune et vigoureux metteur en scène témoigne qu’il méritait un meilleur sort; on sent que si le scénario le lui permettait, il ne demanderait qu’à faire un bon film et d’un ton assez personnel. Mais en même temps les impératifs du remake lui imposent d’absurdes retours à l’expressionnisme, un style faussement allemand du décor et de la photographie, parfaitement hétérogène au néo-réalisme »
Pendant le tournage en Italie d’Un homme à détruire (Stranger on the Prowl) en 1951, il est cité devant la Commission des Activités antiaméricaines, mais retenu par son film, il s’entend dire en arrivant, que son retard avait été considéré comme une fin de non-recevoir. En conséquence, il n’eut plus le droit de travailler sur le territoire américain. Quelle belle époque que le Maccarthysme !
Exilé définitivement à Londres, il réalise deux films sous deux pseudonymes (La Bête s’éveille en 1954, signé Victor Hanbury avec Dirk Bogarde, et L’Étrangère intime en 1956 sous Joseph Walton) avant de reprendre son identité avec Temps sans pitié en 1957 qui inaugurera sa réputation de « cinéaste baroque »*. La critique et le public français commencent à s’intéresser à cet auteur obsédé par la question identitaire dans une société étriquée, et c’est ainsi qu’il sera défendu au sein du Cercle du Mac-Mahon. Le film vaudra à Michael Redgrave une nomination à la British Academy Film Award (Alec Guiness pour Le Pont de la rivière Kwaï sera lauréat). Ce sera avec Blind Date (L’Enquête de l’Inspecteur Morgan) en 1959 que Losey conquit le public anglais et Les Criminels l’année suivante en France. Avant The Servant et le succès internationalqu’on lui connait, c’est une certaine Jeanne Moreau, en pleine expansion depuis son prix d’interprétation féminine à Cannes pour Moderato cantabile de Peter Brook en 1960, qui parle de Losey aux producteurs, Raymond et Robert Hakim (Pépé le Moko de Julien Duvivier, La Bête humaine de Jean Renoir, Thérèse Raquin de Marcel Carné, Plein Soleil de René Clément, L’Avventura de Michelangelo Antonioni…). Mais Eva restera pour le cinéaste son plus grand échec. Le public le boude littéralement. Il faut dire que les difficultés ont été nombreuses : le départ du scénariste Hugo Butler trois semaines avant le début du tournage, Michel Legrand au lieu de Miles Davis à la musique, alors que l’écriture et le rythme ont été conçus pour le jazzman, sans compter les soucis de santé et les aléas de production. Losey écrit devant l’incompréhension du public : « Si l’émotion ne passe pas, c’est peut-être parce qu’on la recherche à un mauvais niveau« .
Dirk Bogarde téléphona à Losey pendant le tournage d’Eva à Rome pour lui annoncer que le roman de Robin Maugham qu’il lui avait fait lire sept ans auparavant allait être adaptépar un auteur/écrivain talentueux, mais qui débute dans le scénario, Harold Pinter. Il ne fait guère de doute que les deux hommes ont très vite compris ce que chacun apportait à l’autre : les meilleurs films anglais de Losey seront écrits par Pinter et les meilleurs scénarios de Pinter seront ceux que lui demandera Losey. Rétrospectivement, ce dernier confiera à la presse que ce succès indéniable marquera le début d’une nouvelle carrière. On peut considérer que c’est à partir de cette date, 1963, que le cinéaste entame sa seconde période anglaise. Les deux films qui suivent, en marquant l’Histoire du cinéma britannique, sont deux autres variations sur la thématique de l’étranger comme invité dans la maison, Accident (1967) et Le Messager (The Go-Between – 1971). Le deuxième remporte la Palme d’Or et le prix du meilleur scénario pour Pinter et le premier le Grand Prix du Jury à Cannes toujours. Alors en passe de devenir l’un des dramaturges les plus renommés du pays, son adaptation de Proust, Remembrance of Things Past ou The Proust Screenplay d’après A la recherche du temps perdu ne verra jamais le jour, faute de moyens financiers et de cohérence entre les deux styles (l’économie de mots et l’utilisation très judicieuse des pauses et des silences par Pinter paraît totalement antinomique avec celui de Proust).
* Le critique anonyme cité par David Caute emploie plus précisément le terme de « néo-baroque », cf. op. cit., p.127
Entre esthétisme et désespoir
Après le triptyque marquant l’apogée de sa carrière, à bientôt soixante ans passés, voici qu’il signe la même année Boom! et Cérémonie secrète avec Elizabeth Taylor (et son cher et tendre Burton pour le premier – Mia Farrow et Robert Mitchum pour le deuxième) en 1968. Ces deux films fondés sur l’image d’un lieu unique et sublime, et qui ont en commun les thèmes du besoin d’autrui et de la mort, méritent plus que toutes autres oeuvres de Losey le qualificatif de « baroques ». En effet, jamais auparavant la recherche du cinéaste sur l’aspect visuel de la mise en scène et sur les effets de couleurs n’a été aussi révélatrice de son identité de créateur.
A travers deux sujets historiques traités avec recul, Joseph Losey met en scène l’aveuglement de l’homme pris dans une actualité violente et les mécanismes qui nous entraînent vers l’autodestruction. L’Assassinat de Trotsky en 1972 avec Burton, Delon et Schneider qui suit les derniers mois du révolutionnaire et homme politique russo-soviétique et Monsieur Klein en 1976 sur l’homonymie comme rejet identitaire en pleine Occupation. De retour définitivement en France, il confiera donc à Alain Delon, star au sommet, deux rôles complexes, à l’image de sa personnalité torturée : un militant communiste espagnol tueur, Ramón Mercader sous ces deux noms d’emprunts et un profiteur de guerre qui va être pris dans l’étau raciste de l’Occupation. A travers cette histoire sous forme de fable, le cinéaste montre la situation schizophrène de la France du début des années 40, mais aussi l’aspect ouvertement kafkaïen d’un régime qui écrase les individus. Après Les Routes du Sud, avec Yves Montand et Miou-Miou, traitant des réfugiés de la Guerre Civile Espagnole, Losey adapte l’opéra de Mozart et Da Ponte, Don Giovanni, avec Ruggero Raimondi, José Van Dam et Kiri Te Kanawa. Le film somptueux sera très bien accueilli et recevra deux Césars.
La Truite, son dernier film achevé, est un film étrange et déroutant qui traite directement de la question de la sexualité et de l’identité sexuelle.
Losey n’a jamais été d’une constitution bien solide. Sa santé s’est fortement dégradée pendant le tournage de Steaming, avec Vanessa Redgrave. Il décède à Londres le 22 juin 1984. Il laisse une œuvre étrange et unique, certes inégale parfois, mais novatrice, et habitée par des obsessions, entre autres la quête de l’identité, de la place sociale…
Epilogues
Les projets non aboutis de Joseph Losey :
1946 projet MGM avec la chanteuse noire, Leno Horne
1950 The Tall Target (Le Grand Attentat) d’après une idée de Daniel Mainwaring et George W. Yates > sur la découverte et la mise en échec d’une tentative d’assassinat du président Lincoln (qui est l’une des personnalités qui fascinaient le plus Losey). Anthony Mann a conservé la majorité du travail effectué pour le film réalisé l’année suivante.
Apache d’après le roman de Paul I. Wellmann, réalisé en 1954 par Robert Aldrich (lui-même assistant de Losey sur Le Rôdeur et Charlie Chaplin…)
Adaptation d’un fait divers qui était la base de The Wild One (L’Équipée Sauvage avec Marlon Brandon en 1953 par László Benedek)
Achat des droits pour adapter la pièce The Four Poster réalisé par Irving Reis en 1952
Losey est pressenti pour réaliser The Sound of Fury confié à Cy Endfield
A son arrivée en Europe, très peu de projets, si ce n’est Le chemin de traverse d’Ennio Flaiano…
1958, S.O.S. Pacific puis depuis 1960, les exigences financières démesurées ne permettent pas à Joseph Losey de réaliser tout ce dont il a envie.
Avant de vous (re)plonger dans l’oeuvre du cinéaste britannique, nous vous proposons de découvrir le discours d’Harold Pinter lors de la réception en 2005 de son Prix Nobel de Littérature. Deux tiers du discours traite des mensonges et crimes perpétrés par les Etats Unis pendant ces 50 dernières années, de notre incapacité de regarder la réalité en face, de notre manque de volonté et de notre devoir d’aller au delà de la façade mensongère que nous proposent les médias qui œuvrent pour cette puissante machine à produire des mensonges…
Bandes Annonces des 6 films diffusés ce mois de novembre à 20h40 sur OCS Géants
Avec Mr. Wolff, Ben Affleck retente la partition du surhomme après son rôle de Batman dans un thriller du dimanche soir bien troussé mais très classique.
Synopsis : Petit génie des mathématiques, Christian Wolff est plus à l’aise avec les chiffres qu’avec les gens. Expert-comptable dans le civil, il travaille en réalité pour plusieurs organisations mafieuses parmi les plus dangereuses au monde. Lorsque la brigade anti-criminalité du ministère des Finances s’intéresse d’un peu trop près à ses affaires, Christian cherche à faire diversion : il accepte de vérifier les comptes d’une entreprise de robotique ayant pignon sur rue. Problème : la comptable de la société a décelé un détournement de fonds de plusieurs millions de dollars. Tandis que Christian épluche les comptes et découvre les rouages de l’escroquerie, les cadavres s’accumulent…
Hitman
Gavin O’Connor est un réalisateur que l’on pourrait typiquement qualifier de « faiseur efficace ». Sa filmographie n’est pas transcendante mais il a offert ici et là quelques films plaisants voir vraiment bien fait comme son Warrior en 2011. Même si à l’époque il n’avait pas dévier des codes du genre qu’il explorait, il parvenait à en tirer le meilleur, au contraire de son dernier film Jane Got a Gun où il ne parvint pas à dynamiser son western, le faisant tomber dans l’oubli. Jamais il n’a vraiment dévié du cahier des charges qu’un genre lui dictait, et ce ne sera pas différent avec son Mr. Wolff mais la question est de savoir si il arrive à en tirer ce qu’il y a de mieux ou pas ? Le film n’ayant pas eu une forte publicité, il ne possède que la présence de Ben Affleck pour apporter un peu de lumière sur lui. De quoi ne pas trop générer d’attente chez le public et être dans le conjecture parfaite pour s’imposer comme une agréable surprise.
Mr. Wolff est un film qui a une écriture plutôt cohérente, même si il use de gros sabots dans le déroulement de son récit et que les principaux retournements de situations sont visibles à des kilomètres, il se laisse suivre avec une étonnante efficacité. Évitant de faire que dans l’action, le récit soit avant tout un récit de personnages. Il prend bien le temps de les présenter, les placer sur l’échiquier et de creuser leurs motivations et leurs backstories. Ce procédé implique des retours dans le passé avec des flashbacks incessants et cela peut devenir agaçant notamment dans la deuxième partie du scénario qui devrait plutôt faire avancer l’histoire plutôt que de regarder en arrière mais il permet d’avoir un cheminement intéressant par moments, aidant le film dans sa démarche lorsqu’il traite de sujets importants comme l’autisme et trouver sa place au sein d’un monde hostile. Ce qui entoure l’enfance du héros est donc ce qui devient le plus captivant car le scénario ne prend pas l’autisme à la légère et cela offre un élan d’authenticité aussi perturbant que touchant. Surtout dans la relation père-fils qui définie le personnage principal, où son père entraîne ses deux fils à affronter le monde qu’il juge trop dangereux. Un rapport malsain mais solidaire se lie entre les trois hommes et offre un drama assez solide. C’est au final ce qui se passe dans le présent qui se révèle moins accrocheur, avec une intrigue prétexte à quelques scènes d’action et une romance qui est forcée mais aussi assez mal écrite. Le problème viendra du personnage d’Anna Kendrick qui est le seul à ne pas être creusé et qui n’est réduit qu’à un banal love interest.
Néanmoins, Mr. Wolff peut compter sur un casting solide pour élever les personnages. Ben Affleck est impeccable dans cette prestation monolithique pour un rôle qui semble avoir été fait sur-mesure. L’acteur ne s’est jamais vraiment imposé par de grandes performances mais il tire profit des limites de son jeu pour totalement faire corps avec son personnage. Le reste du casting est plutôt bon, notamment J.K. Simmons qui est le personnage avec le plus de bagage émotionnel et l’acteur excelle a exprimer toutes les nuances de celui-ci. On restera un peu sur notre faim avec Anna Kendrick qui n’a rien à jouer et Jon Bernthal qui reste dans le même registre de jeu qu’on lui connait. Il avait matière à aller dans un développement intéressant de son personnage mais il est malheureusement trop limité par le scénario. Le tout est aussi légèrement limité par sa réalisation qui manque d’exotisme. Que ce soit dans le choix des cadres, les environnement etc, le film parait ronflant et manque par moments d’ambitions. Les scènes d’actions même si efficaces et bien troussées manque d’idées dans les mises en situations ce qui fait qu’elles deviennent vite répétitives et qu’elles ne s’imposent pas face à la concurrence. On a vu le même genre de scènes ailleurs et en mieux. Le travail de Gavin O’Connor n’est en soit pas mauvais, il signe une mise en scène maîtrisée et sans accroc qui remplie sa mission mais il manque d’inspiration pour donner une vraie substance à son film. En résulte un produit bien fait mais tristement générique.
Mr. Wolff apparaît comme un divertissement idéal du dimanche soir. Efficace, par moments vraiment bien écrit et soutenu par un casting solide. Tout est réuni pour passer un moment agréable mais il manque quasiment tout pour que ce moment soit mémorable. Le film est générique, déjà-vu dans son intrigue principale et il manque de subtilité dans sa façon de préparer les twists. L’ensemble ne fera donc clairement pas date, surtout qu’il n’a même pas bénéficié d’un éclairage suffisant dans sa campagne promotionnelle quasi-inexistante. Un film voué à passer inaperçu et à être oublié mais qui avant ça aura le mérite divertir agréablement le spectateur qui s’y sera essayé.
Mr. Wolff : Bande annonce
Mr. Wolff : Fiche technique
Titre original : The Accountant
Réalisation : Gavin O’Connor
Scénario : Bill Dubuque
Interprétation : Ben Affleck (Christian Wolff), Anna Kendrick (Dana Cummings), J.K. Simmons (Ray King), Jon Bernthal (Brax), John Lithgow (Lamar Blackburn), Jean Smart (Rita Blackburn),…
Image : Seamus McGarvey
Montage : Richard Pearson
Musique : Mark Isham
Costumes : Nancy Steiner
Décors : John Collins
Producteur : Lynette Howell et Mark Williams
Société de production : Electric City Entertainment et Zero Gravity Management
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 128 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 1 novembre 2016
Première projection de cette nouvelle édition du Arras Film Festival : Demain tout commence, une comédie dramatique oubliable avec Omar Sy, Clémence Poésy et Gloria Colston.
Synopsis : Samuel (Omar Sy) mène sa vie sans attaches ni responsabilités, au bord de la mer sous le soleil du sud de la France, auprès des gens qu’il aime et avec qui il travaille sans trop se fatiguer. Jusqu’à ce qu’une de ses anciennes conquêtes (Clémence Poésy) lui laisse sur les bras un bébé de quelques mois, Gloria (Gloria Colston) : sa fille ! Incapable de s’occuper d’un enfant et bien décidé à rendre la petite à sa mère, Samuel se précipite à Londres pour tenter de la retrouver, sans succès. 8 ans plus tard, alors que Samuel et Gloria ont élu domicile dans la capitale britannique et sont devenus inséparables, la mère de Gloria revient dans le tableau pour récupérer sa fille…
Notre Review de Demain tout commence
La bande-annonce laissait présager une comédie familiale sympathique. Le long-métrage est en réalité plus complexe, plus riche, même trop. En effet, trop d’événements, de drames viennent complexifier le récit, qui aurait pu et même dû s’en tenir à la simplicité du synopsis. À vouloir densifier son récit, le réalisateur Hugo Gélin n’a fait que le perdre de vue. Attention, Samuel semble malade ! Oh non, la mère revient et va jusqu’au tribunal pour récupérer sa fille ! BIM ! Samuel n’est finalement pas le père biologique. Et attention, BIG SPOILER, c’est finalement Gloria qui n’a plus beaucoup de temps à vivre et… Stop. Pas besoin d’aller plus loin. Au-delà des outils mélodramatiques déployés pour mettre en place un franche tire-larmes et quelques sourires égayés de ci, de là, on reprochera à ce fourre-tout nommé Demain tout commence de tromper, mentir littéralement au spectateur pour amplifier et mettre en place ses ressorts dramatiques. Malgré quelques beaux moments réussis dont on ne sait pas à qui revient la paternité – oh oh le jeu de mot – , au réalisateur, au chef opérateur, au scénario, à un ensemble ou à un autre élément, le film a une réalisation pas assez forte pour supporter le méchoui scénaristique. D’ailleurs, certaines images ont une matière vidéo étrange digne de productions télévisuelles pauvres – vous aurez un exemple signé TF1 évoqué un peu plus bas. La post-production était-t-elle finie lors de cette avant-première ? Une question à ne pas écarter même si la sur-propreté des décors, des acteurs, de l’ensemble est bien présente ici.
Alors l’ennui se pointe, avec l’impression de se faire berner par cette histoire gentillette et son récit foutraque. La morale finale (présentée dès le début du film) en agacera plus d’un, et en achèvera d’autres.
Autre défaut majeur et pas des moindres, le casting. Si il y a de beaux moments de complicité entre Omar Sy et la jeune et lumineuse Gloria Colston, l’acteur et humoriste français a une interprétation limite, digne des téléfilms TF1 tels que Camping Paradis. Cela, au même titre que Clémentine Célarié en mode automatique. Parfois aussi, Colston expose facilement ses faiblesses. On pense alors aux moqueries supportées par Jake Lloyd sur le tournage de Star Wars Épisode I, où des techniciens l’auraient décrit comme un enfant poupée ou acteur-marionnette, manipulé, sur-guidé, plus qu’il ne joue. Qu’on se le dise, il est difficile de mettre en scène des enfants. Le réalisateur n’a peut-être pas totalement réussi ce défi, mais il s’en sort toutefois très bien. Certes on a vu mieux, mais on a vu bien pire (Jake Lloyd dans la Course aux Jouets). Clémence Poésy s’en tire mieux, passée sa disparition ; sa pudeur et sa grâce mélancolique la servant beaucoup lors du retour du personnage de la mère.
Nous parlions de téléfilms signés TF1. Justement, le film a été produit par la chaîne ainsi que par Canal +. Si nous avons parfois droit à de très belles images, à quelques beaux moments de cinéma français, il faut le dire, sans méchanceté : Demain tout commence est un film taillé pour la télévision. Au final, ce long métrage propret est inoffensif au possible, à l’image de sa musique, entre réutilisation de musique pop’ et une composition originale proche du néant, est unfilm bonbon auquel on goûte de temps en temps, qu’on consomme et oublie avant d’accueillir et digérer le prochain. « Un film du dimanche soir », a déclaré un journaliste lors d’un repas de la presse. Et pour citer une autre personne, ou plutôt ici, un personnage, James Bond (Daniel Craig), dans Casino Royale : « Oui, indéniablement. »
Demain tout commence
Un film de Hugo Gélin
Avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…
Distribution : Mars Distribution
Genre : Copmédie, Drame
Date de sortie : 07 Décembre 2016
Après le Comic Con Paris à la fin octobre, le Paris Manga & Sci-Fi Show a ouvert ses portes au public ce vendredi 4 novembre 2016. Ce salon exceptionnel se déroule jusqu’au dimanche 6 novembre à la Porte de Versailles.
Ce salon réservé aux geeks va réserver de très belles surprises aux amateurs de séries télévisées et de productions Hollywoodiennes tout au long du week-end, dans la capitale.
De nombreuses conférences, des masterclass, des séances de signatures et de dédicaces ainsi que des rencontres inoubliables sont prévues tout au long du week-end.
Les fans de cinéma, de séries télévisées, de mangas et de pop culture trouveront leur bonheur dans les allées du salon qui se déroule du 4 au 6 novembre à la Porte de Versailles pour la 22ème édition du Paris Manga & Sci-Fi Show.
Une pluie de stars est annoncée pour ce salon exceptionnel ! Une belle occasion de rencontrer ses idoles du petit écran ou d’Hollywood après le Comic Con Paris.
Christian Slater (Mr. Robot), Keisha-Castle Hughes (Game of Thrones), Ellie Kendrick (Game of Thrones), Cliff Simon (Stargate SG-1), Charles Dance (Game of Thrones), Stanislav Ianevski (Harry Potter et la coupe du feu), Azim RIzk ainsi que Steve Cardenas (tous les deux pour la série Power Rangers) seront présents à Paris à l’occasion de ce salon et tous disponibles pour des rencontres et des séances de dédicaces exceptionnelles avec le public.
Les mauvaises nouvelles et les déceptions sont venues de la part de Christophe Lambert (Highlander), Ron Perlman (Hellboy) et Maya Stojan (Marvel Agents S.H.I.E.L.D.) qui ont dû annuler leur participation ces dernières semaines.
Voici les différents liens pour en savoir plus sur cette manifestation culturelle exceptionnelle pour tous les fans de pop culture :
Le roman de Science-Fiction de Robert A. Heinlein, brillamment adapté en 1997 par Paul Verhoeven, devrait connaître un retour en grande pompe ! La franchise pourrait être relancée par Columbia Pictures avec l’objectif de faire une série de plusieurs films. Sortez les tromblons et les insecticides ! L’invasion alien débute bientôt !
Les producteurs Neal H. Moritz (la saga Fast and Furious) et Toby Jaff (Total Recall : Mémoires Programmées) vont collaborer pour le studio Columbia Pictures pour une nouvelle adaptation de Starship Troopers sur grand écran.
Ce projet est évoqué depuis de nombreuses années à Hollywood. Ce nouveau long-métrage sera plus fidèle au livre de Robert A. Heinlein et s’éloignera du ton particulièrement caustique de Verhoeven avec ses critiques et ses dénonciations sur l’armée, le totalitarisme et le fascisme.
L’intrigue du roman plonge les lecteurs dans une guerre impitoyable à travers la galaxie entre la race humaine, protégée par les soldats de la Fédération Terrienne, et d’immondes insectes Arachnides venus de la planète Klendathu.
L’écriture de ce nouveau film a été confiée à Mark Swift et Damian Shannon. Ils ont récemment travaillé sur l’adaptation d’Alerte à Malibu et le remake de Vendredi 13. Les deux hommes se sont confiés sur Twitter sur ce nouveau projet excitant :
Pour information, nous trouvons la version de Verhoeven incroyable et nous n’essayons pas de refaire la même chose. Nous en reparlerons bientôt, mais en attendant nous sommes ravis !
D’après des informations de la rédaction de The Hollywood Reporter, l’équipe créative et artistique de Paul Verhoeven ne sera malheureusement pas impliquée sur ce projet.
Ce futur film pourrait néanmoins contenir des caméos en hommage au tout premier film. Des apparitions fugaces pour quelques secondes à l’écran de Casper Van Dien, Dina Mayer, Denise Richards, Michael Ironside ou Verhoeven lui-même, soyons fous, pourraient être présentes dans ce film !
Ce projet de reboot a connu de nombreuses évolutions depuis les rumeurs de son lancement en 2011. Les noms de Ashley Edward Miller et Zack Stentz (Thor, X-Men : Le Commencement) avaient été évoqués pour le scénario.
A l’époque où Paul Verhoeven comptait superviser ce reboot, les réalisateurs Neil Blomkamp et même Gaspard Noé et Christophe Honoré avaient été approchés par le réalisateur Néerlandais.
Il souhaitait confier ce reboot :
à quelqu’un de plus jeune, qui a pu être spectateur du premier Starship Troopers et apportera une perspective différente. Il est essentiel que ce soit quelqu’un qui se différencie au maximum de ce que j’ai pu faire, quitte à faire le contraire.
Le film, incompris par le public et les critiques à sa sortie, est devenu culte au fil des années, à la manière de Showgirls. Certaines scènes d’actions n’ont rien à envier à la saga Alien ouPredator. Le bestiaire terrifiant des créatures de Starship Troopers a marqué aussi l’histoire du cinéma de science-fiction.
Le film culte et antimilitariste de Paul Verhoeven a connu des suites malheureusement très faibles (de véritables séries Z avec un budget ridicule) et une adaptation en film d’animation. Cette nouvelle confirmant le retour imminent de la saga à Hollywood va ravir les fans de SF même si le film risque d’être très éloigné du long-métrage d’origine du cinéaste Hollandais.
Avec l’adaptation du roman éponyme de Maylis de Kerangal, Réparer les Vivants, la cinéaste Katell Quillévéré finit de transformer l’essai et se hisse au niveau des meilleurs réalisateurs français.
Synopsis : Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…
A cœur ouvert
Pour cause de diverses passions dévorantes, l’auteur de ces lignes a succombé à une procrastination littéraire et a mis de côté un roman de Maylis de Kerangal pourtant chaudement recommandé : « Réparer les Vivants« .
Grand bien lui en a pris. Car c’est sans aucun a priori de sa part que le film éponyme de Katell Quillévéré sera vu. Aucun a priori, si ce n’est le bon souvenir des deux précédents longs métrages de la bretonne, surtout celui d’Un Poison violent, qui recelait déjà les germes d’un talent naissant, et dans une moindre mesure celui de Suzanne, un film plus costaud mais plus consensuel aussi qui déroule la vie de Suzanne (Sara Forestier) sur près de vingt-cinq ans et qui a, entre autres, permis à son actrice Adèle Haenel, d’être récompensée par le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
Réparer les vivants est un film encore plus costaud, avec un casting all-star tout simplement impeccable, avec la présence d’Alexandre Desplat aux manettes, et bien sûr avec le roman multi-primé de Maylis de Kerangal comme matériau de base. L’histoire paraît pourtant assez simple, pour ne pas dire simpliste, celle d’un adolescent victime d’un grave accident de voiture d’une part, et d’une femme malade qui attend une éventuelle transplantation cardiaque d’autre part.
Katell Quillévéré frappe fort dès le début du film. Simon (Gabin Verdet), un adolescent de 17 ans, quitte sa belle endormie au petit matin en s’échappant par la fenêtre. On le voit virevolter sur son vélo pour rejoindre deux de ses amis et partir avec eux en camionnette pour une séance matinale de surf. Les séquences qui s’ensuivent sont parmi les plus belles du film, filmées pour la majeure partie en contre-plongée des rouleaux, mettant en exergue l’ivresse du plein-air et de la liberté, la puissance de la mer, la beauté de la jeunesse. On sent comme une symbiose dans ces plans-là, entre le montage, la photo, la mise en scène. Du grand art qui confirme la sensibilité de la jeune cinéaste.
Comme dans un rêve qui prolonge le côté très sensoriel de la séance de surf, l’accident arrive, inévitable et soudain, avec une esthétique incroyable dans cette mer de bitume. Une violence hors-champ qui sort le spectateur de l’engourdissement féérique des précédentes scènes. A partir de là, le film s’active et s’ancre dans le réel, dans la dure réalité. L’annonce aux parents, l’éventualité d’un don d’organes, et toute la trajectoire qui va mener jusqu’au final, tout est relaté d’une manière très précise, sans pour autant que le rythme soit mené tambour battant. Même si les choses sont décrites d’une manière presque clinique, la cinéaste instille de petites respirations très bien amenées pour équilibrer le récit.
Ainsi la cinéaste agit-elle par exemple, lorsque Thomas Rémige (Tahar Rahim), l’assistant du médecin en charge de Simon aux urgences (Bouli Lanners, décidémment surprenant dans son jeu plus protéiforme), se vide la tête après une très éprouvante discussion avec les parents de Simon, en regardant sur Youtube une vidéo sur des chardonnerets rares qui ne vivent et piou-pioutent qu’à Oran. Ainsi, lorsque lesdits parents (Kool Shen et Emmanuelle Seigner, parfaite dans le rôle de la mère digne, mais écrasée de douleur) s’échappent de l’indicible en allant faire un tour irrationnel sur le lieu de travail du père, un lieu de la vie aussi, avec son thermos et son réchaud. Ainsi encore, lorsque Jeanne (Monia Chokri, lumineuse), l’infirmière en charge du jeune Simon, s’évade d’un travail difficile par le biais de pensées érotiques, surmontant des visions de mort par celles de l’amour… En plus de ponctuer le récit, un tel procédé permet une caractérisation très intéressante des personnages. De fait, le personnage de Claire Méjean, la récipiendaire potentielle du don de vie, interprétée sobrement par Anne Dorval, subit le même habillage: on le dit quasi-inexistant dans le roman, ici, le personnage est affublé d’une histoire d’amour et de deux grand fils qui ont eux-mêmes des bribes d’existence, dont rien de moins que la jeune étoile montante Finnegan Oldfield, vu récemment chez Bertrand Bonello (Nocturama).
Katell Quillévéré s’est entourée des meilleurs acteurs du moment, de Tahar Rahim qui offre son visage presque enfantin en contrepoint d’une situation plus qu’éprouvante pour tous, et sa douceur dans une scène d’adieu bouleversante, à Dominique Blanc et Bouli Lanners, sobres, précis et bienveillants comme leurs personnages. Elle a pris le maximum d’assurances pour se mettre au service d’un sujet qui semble lui tenir à cœur. Et elle fabrique une chaîne bienveillante portant cette histoire de transplantation, de transmission même, devrait-on dire, avec un foule de rôles ténus mais indispensables : deux tous jeunes médecins (Karim Leklou et Alice de Lencquesaing, émouvants dans des rôles qui semblent les impressionner sans leur faire perdre leurs moyens), des policiers qui escortent un taxi par-ci, le pilote d’un avion privé par-là, tous au service de la même cause, et cet homme, un des responsables de l’agence de dons d’organe, marchant à contre-courant d’une foule compacte de comuters d’où la cinéaste le sort littéralement par un bel effet de montage.
C’est cette idée de chaîne humaine à l’intérieur de laquelle circule la vie qui rend Réparer les Vivants si juste, si enthousiasmant, si émouvant. Un film qui, malgré les moyens déployés est peut-être le plus intimement proche de sa réalisatrice et qui révèle le mieux la grande cinéaste qu’elle est en train de devenir.
Réparer les Vivants : Bande annonce
Réparer les Vivants : Fiche technique
Réalisateur : Katell Quillévéré
Scénario : Katell Quillévéré & Gilles Taurand, d’après le roman éponyme de Katell Quillévéré
Interprétation : Tahar Rahim (Thomas Rémige), Emmanuelle Seigner (Marianne), Anne Dorval (Claire Méjean), Bouli Lanners (Docteur Pierre Révol), Kool Shen (Vincent), Monia Chokri (Jeanne), Alice Taglioni (Anne Guérande), Karim Leklou (Virgilio Breva), Finnegan Oldfield (Maxime), Théo Cholbi (Sam), Alice de Lencquesaing (Alice Harfang), Gabin Verdet (Simon), Galatéa Bellugi (Juliette), Dominique Blanc (Lucie Mouret)
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Tom Harari
Montage : Thomas Marchand
Producteurs : David Thion, Justin Taurand, Philippe Martin, Coproducteurs : Jean-Yves Roubin, Cassandre Warnauts
Maisons de production : France 2 Cinéma, Mars Films, Jouror Cinéma, CN5 Productions, Ezekiel Film Production, Frakas Productions, Proximus, Production déléguée : Les Films du Bélier, Les Films Pelléas
Distribution (France) : Mars film
Durée : 103 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 1er Novembre 2016 France, Belgique – 2016
Avec La Folle Histoire de Max et Léon, le Palmashow déboule sur grand écran pour une première comédie qui retentit comme une réussite.
Synopsis : Les aventures de Max et Léon, deux amis d’enfance fainéants et bringueurs, qui tentent par tous les moyens d’échapper à la Seconde Guerre mondiale.
L’Histoire avec un grand P (comme Palmashow)
Si vous ne connaissez pas le Palmashow, il est encore temps de découvrir le duo de comiques issu du web. De leur vrais noms David Marsais et Grégoire Ludig, les deux trublions étaient initialement connus pour leur Very Bad Blague, imaginant une multitude de situations dans un contexte donné (« Quand on sort une Punchline », « Quand on fait une comédie musicale » etc…), en incarnant une horde de personnages. Puis les comparses se sont retrouvés à la télé et sont à l’origine de parodies toutes plus drôles les unes que les autres (PNL, Maitre Gims, La Reine des Neiges etc..). C’est donc un nouveau défi que le duo s’est lancé, toujours fièrement accompagné de leur cadreur et co-scénariste Jonathan Barré. Passer du web au cinéma n’est pas un défi toujours relevé par les « Youtubers ». La prestation de Norman Thavaud dans Pas très normales activités fut catastrophique, celle de Jérome Niel (La Ferme Jérome) dans L’Idéal fut bien dénuée de tout intérêt également. Ainsi, il y avait de quoi appréhender La Folle Histoire de Max et Léon, même si la bande-annonce s’avérait prometteuse. Alors, réussite ou échec ?
Est-il encore possible de traiter la Seconde Guerre Mondiale de manière originale et, qui plus est, drôle ? C’est le défi qu’a tenté de relever le Palmashow, et c’est une réussite. Fidèle à leurs valeurs et à l’humour qui les caractérise, les joyeux lurons sortent l’artillerie lourde pour un premier film décapant, un road-movie français entre Résistance et collaboration pour réussir à ouvrir un bar à Mâcon.
L’humour du Palmashow est singulier et réussit à ne pas devenir lourd et surfait tant il est justement dosé. On retrouve ces mimiques, ces quiproquos et ces comiques de situation qui leur sont propres, tout cela mêlés à un travail esthétique et scénaristique. L’humour dominant du Palmashow, c’est surtout le comique de répétition, qui fonctionne et face auquel il est impossible de ne pas décrocher un rictus. Il est impossible de se lasser de l’humour de La Folle Histoire de Max et Léon, c’est également parce qu’il est incarné par une ribambelle d’acteurs et de Youtubers qu’on ne peut que s’amuser à énumérer. Ainsi, on retrouve Christophe Lambert, Dominique Pinon, Bernard Farcy, Florence Foresti et bien d’autres en terme d’acteurs, alors que du côté des Youtubers on recensera Adrien Ménielle ou encore Vincent Tirel. Si certains en font des caisses, alors que d’autres sont ressortis des tiroirs, on décèlera ceux qui se lâche et qui mérite une mention spéciale, comme Nicolas Marié, souvent apparu dans les Very bad Blague, qui se lâche, donnant naissance à un personnage loufoque et complètement barré. Toutefois, on ne peut échapper à certains gags qui sont déjà vus et re-vus. Certaines scènes se voient être ternies par des flottements la faute à un humour qui peine à passer, parfois par une absurdité trop prononcée. Les gags, même s’ils sont drôles, sont donc à géométrie variable.
En effet, certaines fautes de gout viennent ternir le ratio de réussite, qui reste tout de même bon, voire très bon. Des scènes avec des nazis dans un club gay en porte-jarretelle en feront jaser plus d’un, tout comme cette séquence qui se concentre en une énumération de blagues sur les juifs, même s’il faut prendre cela au 1000ème degrés.
On ne qualifierait pas le scénario de faible mais plutôt de concis. Les différentes séquences du film renvoie à cette notion de sketchs propres au Palmashow, sans toutefois omettre un fil d’Ariane qui consolidera l’intrigue. Cette dernière est fondée sur un chapitrage allant de 1939 à 1945, mais on comprend que l’humour a été favorisé au détriment du scripte.
Pour en revenir à l’aspect technique de La Folle Histoire de Max et Léon, on se réjouit de cette ambiance historique qui s’offre à nous comme un pastiche des plus grands films d’action ou d’aventure (Indiana Jones, La Liste de Schindler). La réalisation de Jonathan Barré est fluide et réfléchie, bien que non révolutionnaire. Les effets spéciaux semblent exagérés et trop factices mais en cela réside tout le charme de ce premier long-métrage. Le réalisateur s’amuse et on perçoit tout le plaisir qu’ont eu Barré et le Palmashow à faire ce film. Des explosions en arrière-plan avec nos héros en mode « badass » font sourire, mais fonctionne plutôt bien, une fois assimilées à l’intrigue. Les décors et les costumes s’imposent comme des piliers du film qui font prendre toute crédibilité au récit. En une heure et demie, les deux gaillards doivent changer une bonne dizaine de fois de costumes, et presque d’identité, tout comme ils le font en incarnant la pléiade de personnages de leurs Very Bad Blague. La construction fait de La Folle Histoire de Max et Léon un road-movie qui nous promène de la campagne suisse à Londres, en passant par la place de Mâcon ou un camp de Charleville-Mézières. Et à chaque fois, les décors sont atypiques et finement construits. Impossible de se lasser tant les séquences défilent et ne se ressemblent pas. Cependant, le montage du premier quart d’heure est quelque peu inconvenant tant les actions s’enchainent et qu’il est impossible de se poser pour prendre le temps de contextualiser l’action.
La Folle Histoire de Max et Léon s’impose comme un premier film réussi, qui n’a pas à rougir de bon nombre de comédies françaises actuelles. Le passage du petit écran de l’ordinateur à celui du cinéma est tout à fait réussi, et on se plait à retrouver toute cette farandole d’acteurs, même si certains ne sont présents que pour quelques secondes, comme Baptiste Lecaplain. Rappelant OSS 117 ou La Grande Vadrouille, le premier long-métrage du Palmashow et de Jonathan Barré l’est justement : complètement barré (et très drôle).
La Folle Histoire de Max et Léon : Bande-annonce
Un Very Bad Blague, parmi tant d’autres :
La Folle Histoire de Max et Léon : Fiche technique
Réalisateur : Jonathan Barré
Scénario : David Marsais, Grégoire Ludig, Jonathan Barré
Interprétation : David Marsais, Grégoire Ludig, Dominique Pinon, Alice Vial, Julien Pestel, Nicolas Marié, Bernard Farcy…
Photographie : Sacha Wiernik
Montage : Delphine Guilbaud
Musique : Charles Ludig
Direction artistique : Stéphane Cressend
Producteurs : Ilan Goldman
Sociétés de production : Légende Films, Blagbuster Productions
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 98 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 1 novembre 2016
Ce vendredi 4 novembre 2016 démarre la 17ème édition du festival européen du film d’Arras. LeMagduCiné sera présent. Mais avant les premiers écrits critiques, et autres retours, une petite présentation du programme s’impose.
L’Arras Film Festival, festival européen du cinéma qui débute ce vendredi 4 novembre 2016 et prend fin le dimanche 13 (novembre toujours), proposera cette année pas moins de 116 films projetés à découvrir et (re)découvrir pour certains. En effet, l’événement proposera 80 films inédits, et une sélection de films plus ou moins anciens à (re)découvrir dans ses rétrospectives thématiques sur la Guerre d’Espagne – tels que Le Labyrinthe de Pan et Espagne, Sierra de Teruel – et les films d’Évasion – l’Évadé d’Alcatraz, La Grande Évasion, et Chicken Run entre autres.
Comme l’année dernière, il y aura la compétition européenne, un hommage à un réalisateur – cette année Stéphane Brizé – réalisateur de La Loi du Marché, d’Une Vie et de Je ne suis pas là pour être aimé, entre autres –, des films ou Cinémas du Monde, des Découvertes Européennes et Visions de l’Est, et enfin le festival des enfants avec son lot de films d’animation et un documentaire nommé Pas sans nous.
D’ailleurs, des ateliers d’initiation et de découverte sont ouverts à tous. Vous pourrez ainsi vous essayer au maquillage, à la création d’effets spéciaux, aux storyboards, au doublage de dessin animé et aux bruitages, ainsi qu’à l’animation.
Il devrait ainsi y avoir pas moins de 35 projections par jour, qui prennent place au Cinémovida et au Casino d’Arras. Les rencontres et autres stands (de restauration et vente de goodies et produits dérivés) sont placés dans le chapiteau du festival placé sur la Grand’Place de la ville. Parmi les avant-premières proposées, vous noterez que CineSeriesMag en a déjà découvertes et chroniquées plusieurs à Cannes. Mais, si vous avez bien lu ces lignes, vous pouvez d’ores & déjà vous rassurer : nous aurons notre lot de surprises et (re)découvertes !