La Reine des Neiges, un film de Chris Buck, Jennifer Lee : Critique

La Reine des Neiges : Tragédie féerique et poétique

Avec La Reine des neiges, les studios Disney reviennent à la filmographie classique, celle de la comédie musicale. C’est d’autant plus évident que les deux auteurs, Robert Lopez (The Book of Mormon, Avenue Q) et sa femme Kristen Anderson-Lopez (Le Monde de Nemo), avaient déjà collaboré avec les studios sur d’autres films. Saluons des mélodies entraînantes, notamment les magnifiques morceaux « Let It Go » et « For the First Time in Forever ». Ce nouveau film d’animation est co-réalisé par Chris Buck (Tarzan) et Jennifer Lee (Les Mondes de Ralph) et produit par Peter Del Vecho (La Princesse et la Grenouille).

« L’amour peut dégeler un cœur de glace »

Très librement inspiré du conte éponyme de 1844 du célèbre écrivain danois Hans Christian Andersen et de légendes nordiques, on y suit deux sœurs inséparables, Anna et Elsa, princesses du royaume d’Arendelle. Elsa se trouve dotée d’un puissant pouvoir… Disney a d’ailleurs la bonne idée de laisser cette partie mystérieuse, donnant ainsi à la malédiction, un poids beaucoup plus percutant. Un personnage féminin ni méchant ni gentil, une création qui échappe au manichéisme classique pour devenir un être tragique. Un changement de cap depuis Raiponce et Rebelle, les figures féminines sont moins mièvres, moins clichées, elles deviennent des héroïnes indépendantes, plus complexes et pugnaces.

Quant à la sœur Anna, bien que comparée à Raiponce, elle ne lui ressemble pas du tout physiquement, même si on peut voir quelques rapprochements au niveau du caractère, elle n’en est pas pour autant une pâle copie, c’est unehéroïne attachante, maladroite, énergique et très moderne aussi.

La Reine des Neiges introduit des personnages secondaires, hauts en couleurs, truculents, notamment Olaf, le bonhomme de neige qui rêve éperdument de l’été, hilarant, pétillant, naïf, courageux, mon personnage préféré avec Sven un adorable renne. Autre signe de nouveauté dans ce conte moderne, le prince charmant, Hans, n’est pas aussi charmant qu’annoncé. Quant à Kristoff le montagnard, un personnage original, un vendeur de glaçons de prime abord insociable. Ses discussions avec Sven sont à mourir de rire, il est parfaitement mis en avant sans passer en second plan.
Reine des neiges château

Enfin les effets visuels sont fulgurants, la glace devient un véritable personnage, on sent presque les flocons et le vent glacial sur ses joues. Un superbe graphisme où la neige magnifiée par les pouvoirs d’Elsa, passe par un Kaléidoscope de reflets allant du rose au bleu, du violet au rouge en passant par du gris et de l’orange. Le plus bel exemple de cette beauté visuelle, étant la création par Elsa lors de sa fuite, d’un somptueux château de glace au sommet des montagnes. Quant aux paysages, ils sont tout aussi sublimes (fjords, montagnes, lacs…), ça scintille, ça floconne, c’est magique…Cependant, il y a un vrai défaut dans ce film. Il y vraiment trop de chanson, même si certaines mélodies sont très belles comme « Vuelie », le chant norvégien du générique de début.

Au final, La Reine des Neiges est un long métrage au scénario plus contemporain, une féerie hivernale combinant amour et aventure, mais aussi des rebondissements, avec des moments déchirants, d’autres très drôles, ainsi que des protagonistes très attachants.

Synopsis : Elsa a des pouvoirs magiques qui lui permettent de créer des objets en glace et en neige et de geler les choses qui l’entourent. Le jour où elle blesse sa soeur Anna en s’amusant avec elle, ses parents lui demandent de contenir ses émotions et de ne pas révéler ses pouvoirs à quiconque. Quand ces derniers décèdent, Elsa devient l’héritière du trône. La journée de son couronnement, une nouvelle que lui apprend sa sœur la bouleverse et elle dévoile, sans le vouloir, sa magie aux fidèles. Traitée de sorcière, la nouvelle reine s’enfuit dans la montage. Anna part alors à sa recherche pour tenter de la convaincre de revenir au royaume.

La Reine des neiges : Bande-annonce

La Reine des Neiges : Fiche technique

Titre original : Frozen
Réalisation : Chris Buck & Jennifer Lee
Scénario : Shane Morris, Hans Christian Andersen, Jennifer Lee et Chris Buck
Doublages: Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad, Santino Fontana et Alan Tudyk
Producteurs : John Lasseter, Peter Del Vecho
Studio de production : Walt Disney Pictures
Genre : Animation, Aventure
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 4 décembre 2013

États-Unis – 2013

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.