Cannes 2026 : I’ll Be Gone in June, le regard de l’étranger

Premier film de Katharina Rivilis, I’ll Be Gone in June retrace le voyage au Nouveau-Mexique d’une étudiante dans le contexte troublé du 11 septembre. Un récit personnel et immersif, à la beauté figée, qui interroge notre vision d’une Amérique idéalisée.

La réalisatrice allemande a étudié le cinéma à Berlin et signé plusieurs courts-métrages, d’abord Ariana Forever ! et Day X, dans le cadre de son école, puis Rondo, présenté en avant-première lors de la 72e Berlinale. Pour son premier long-métrage, Katharina Rivilis s’est inspirée de son expérience étudiante en famille d’accueil au Nouveau-Mexique, plus précisément à Las Cruces, une ville située en plein désert près de la frontière mexicaine. Un séjour formateur, rempli de souvenirs dans lesquels elle s’est replongée pendant la pandémie du Covid.

Produit par Road Movies, la société de Wim Wenders, I’ll Be Gone in June entretient des liens étroits avec les films du cinéaste allemand, connu pour Les Ailes du désir ou Jusqu’au bout du monde. En effet, le tournage a eu lieu dans la même région reculée que Paris, Texas, et le climat du 11 septembre a déjà été traité par Wenders dans Land of Plenty. Mais Katharina Rivilis choisit de traiter le sujet à travers les yeux d’une étrangère, afin de révéler que les États-Unis n’ont rien du pays idyllique auquel on croit.

Un monde instable

Franny, une étudiante allemande, débarque à Las Cruces pour une année d’échange. Loin de trouver l’Amérique de ses rêves, qu’elle connaît à travers les films hollywoodiens et les images télévisées des grandes villes, telles que New York et Los Angeles, elle découvre un pays fragile et traumatisé par le choc des attentats. Un peu à la manière de The Sweet East, le parcours de Franny révèle progressivement l’autre réalité d’un pays. Sa première confrontation avec l’Amérique reste brutale. Dans la terreur du 11 septembre, elle observe l’omniprésence de la police et des contrôles de sécurité, dans un territoire immense et aride. Mais peu à peu, son regard change. Tout comme son rapport au paysage. D’abord ocre et hostile, le désert adopte des tons bleus beaucoup plus doux, sereins, à la consonance nostalgique et presque mystique. Franny tisse alors des liens forts avec la communauté locale et commence à vivre une histoire d’amour, d’emblée condamnée à finir. Cette échéance, également traduite dans le titre, annonce la fin d’un voyage personnel, mais aussi d’un monde, qui ne sera plus jamais le même.

I’ll Be Gone in June montre les effets de cette rupture sur les rapports entre Européens et Américains. Les traumatismes, comme la mort du grand-père, amènent au repli sur soi et à l’exclusion des étrangers. En filmant des acteurs non-professionnels dans des décors naturels, Katharina Rivilis livre un récit plein d’authenticité. Son rythme lent, qui conserve quelques longueurs, exprime des moments de joie et de tristesse suspendus, ainsi qu’un certain sentiment de dérive. Il n’est donc pas étonnant que la réalisatrice allemande cite parmi ses influences Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch, ou encore Gummo d’Harmony Korine, qui mettent en scène une Amérique en marge. Avec I’ll Be Gone in June, elle offre un premier film plutôt réussi, dont la vision d’un monde ébranlé résonne assurément aujourd’hui.

Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026

I’ll Be Gone in June – bande-annonce

I’ll Be Gone in June – fiche technique

Réalisation : Katharina Rivilis
Scénario : Katharina Rivilis
Interprètes : Naomi Cosma, David Flores, Bianca Dumais, Elijah De Billie, Mia Ayon, Marco Silva, Logan Sage
Photographie : Giulia Schelhas
Montage : Aurora Franco Vögeli
Musique : Steve Binetti, Eliane Bründler
Producteurs : Léa Germain, Clemens Köstlin, Andrea Kühnel, Vincent Savino, Wim Wenders
Société de production : Road Movies
Pays de production : Allemagne, Suisse, États-Unis
Durée : 2h05
Genre : Drame

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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