Critique série : Scrubs saisons 1 à 9

Scrubs, une série à la fois très drôle et émouvante, qui restera longtemps en mémoire pour ses moments de pure folie, comme ces instants tragiques.

Synopsis : John Dorian, son meilleur ami Turk, et Eliott commencent leur internat en milieu hospitalier au même moment. Après des années de dures études, ils se frottent enfin au milieu réel, l’occasion d’apprendre tout ce qui n’était pas dans les livres. Une transition qui va s’avérer très ardu, entre les patients difficiles, les supérieurs tyranniques, et les longues heures de travail exigeant. D’autant que le Sacré-Cœur va s’avérer ne pas être un hôpital comme les autres, au personnel très particulier… Mais plus qu’un nouveau métier, les jeunes internes apprennent de vraies leçons de vie, prennent confiance en eux, et comprennent qui ils y sont vraiment.

Humour décalé

L’un des principaux moteurs de l’humour, ce sont les rêves particulièrement imaginatifs du protagoniste de la série, John Dorian dit JD (Zach Braff), qui autorisent tous les délires. C’est comme si les réalisateurs mettaient la moindre idée, la moindre métaphore en image : une rivalité entre service devient une compétition de danse, ou lors d’un grand moment de suspens, toute la rue s’arrête pour entendre ce qu’il va dire. JD s’imagine entouré par du chocolat ou encore faire une entrée fracassante en tant que star du rap. Un côté décalé qui doit beaucoup à la voix-off du personnage central qui représente sa voix intérieure, et qui assure en plus une connexion avec le spectateur.

Les scénaristes mettent en scène des moments complètement surréalistes, tel JD fonçant à moto dans une flaque… et coulant littéralement ! Ils jouent également beaucoup sur les clichés habituels du cinéma : une fille faisant son entrée les cheveux au vent à cause d’un ventilateur mal placé, ou encore un homme et une femme tombant amoureux sous une lumière qui s’avère être un projecteur.

Un humour absurde bien utilisé, même si parfois une certaine lourdeur n’est pas toujours évitée.

Scrubs c’est aussi de la parodie, de la dérision et de la mise en abîme. Des personnages interfèrent avec le générique, évoquent une chanson de la bande originale, sans oublier l’épisode parodique où la série devient une sitcom débile avec rires enregistrés ! La série est également très référentielle, telle une allusion appuyée à Dr House ou une pique envoyée à Grey’s anatomy.

Impossible de parler de Scrubs sans évoquer sa bande originale. De nombreux titres variés de chanteurs souvent reconnus, pop-rock essentiellement, agrémentent agréablement les scènes, appuyant l’émotion ou utilisée comme outil humoristique (le concierge fixant JD sur un air de koyaanisqatsi). La série se dote même d’un épisode chanté qui restera dans les annales. Jamais la vie au sein de l’hôpital n’aura été aussi fun !

Personnages truculents

L’autre grande source d’éléments comiques est bien sûr être toute la galerie de personnes décalées qui hantent les couloirs de cet hôpital où l’on n’a vraiment pas envie de se faire soigner. Outre le jeune interne immature et rêveur,  l’on retrouve le directeur radin et méprisant « qui c’est qui a deux pouces et qui s’en fout ? Bob Kelso ?» (Ken Jenkins), le technicien jamais à court d’idées tordues pour se venger du personnel hospitalier (Neil Flynn), le chirurgien pervers accro aux high five, le groupe craignos de musique a cappella … Des personnages secondaire au reste du personnel hospitalier, et même parmi les proches des personnages, il semble que personne ne soit tout à fait normal.

Le Docteur Cox (John C McGinley), le mentor pour qui JD se prend d’affection au point de le considérer comme un père adoptif, se situe en premier plan. Ce médecin, cynique et odieux, se lance régulièrement dans de longues tirades inspirées pour humilier les autres, dont chaque réplique mériterait de devenir une citation. Il se comporte en m’as-tu vu, narcissique, incapable de sensibilité et de compassion, la bête noire des internes.

Comme Friends avant elle, dont deux acteurs ont même fait quelques apparitions, la série Scrubs a accueilli un certain nombre de guest-stars : Brendan Fraser, Ryan Reynolds, Colin Farrell…

De l’humour mais pas seulement

Il serait réducteur toutefois de ne parler de Scrubs qu’en terme d’humour. Le développement des personnages, leurs relations occupent une place importante. Car ces médecins, confirmés ou débutants, effectuent un métier éprouvant, qui laisse peu de place à la vie privée. Ils doutent, souffrent, encore plus quand des problèmes personnels s’ajoutent à leurs soucis. John Dorian, par exemple, souffre profondément de la solitude. Il est confronté au changement qui s’opère autour de lui, avec le mariage de son meilleur ami avec l’infirmière Carla (Judy Reyes), et fait face à la nécessité de changer à son tour, de grandir.

Beaucoup d’épisodes finissent d’ailleurs sur une morale de l’histoire, souvent pertinente, autre élément permis par la voix-off.

Là encore, beaucoup d’éléments peuvent être racontés concernant le Dr Cox. Battu par son père, il s’est muré dans une forteresse d’insensibilité et de mépris apparents, ce qui est devenu sa seule façon de s’exprimer. Son cynisme, même envers les patients, dissimule en fait une vraie volonté de les aider à guérir, au-delà du minimum professionnel. Il en va de même avec JD, qu’il ne cesse de diminuer à grands renforts de prénoms féminins. Un mépris apparent qui masque une vraie affection et un respect sincère, tant pour l’homme que le médecin. Mais au grand dam de JD, ce sont des sentiments qu’il ne montrera jamais, et les besoins affectifs que son disciple espère combler à grands renforts de câlins ont plutôt tendance à l’exaspérer, une exaspération sincère cette fois… Un contraste entre son comportement et ses sentiments réels qui s’opère également dans ses autres relations : avec le directeur de l’hôpital, qu’il prétend à qui veut l’entendre détester plus que tout, alors que les deux hommes se comprennent et sont plus proches qu’ils ne veulent l’admettre, ou avec Turk (Donald Faison), avec qui il entretient une rivalité virile.

L’évolution des personnages est notable, notamment pour les internes. Entre leurs débuts hésitants et les dernières saisons les ayant vu devenir des médecins accomplis, le contraste est saisissant, comme on peut aisément s’en rendre compte dans une séquence flash-back montrant une Eliott (Sarah Chalke) devenue médecin intransigeant, toute timorée à ses débuts. Mais ils n’ont pas seulement évolué dans la vie professionnelle, mais aussi dans la sphère privée. Ils se sont installés en couple, ont eu des enfants, et cela faisant malheureusement aussi partie de la vie, ont perdu parfois des parents.

Les frasques, les failles et l’histoire des personnages principaux les rendent profondément attachants.

Mort de rire

La série a beau être largement comique, elle n’en aborde pas moins par moments des thèmes plus graves. Ce qui est après tout difficile à éviter quand l’histoire se passe dans un hôpital… Bien sûr la mort et la maladie arrivent en premier. Les difficiles étapes du deuil, la douleur et la souffrance, qui n’épargnent pas non plus les médecins, peu importe combien de fois ils l’ont déjà connus. D’autres sitcoms l’ont déjà abordé, telle la mort du père d’un des personnages dans how I met your mother, survenant sans crier gare en fin d’épisode, faisant débat sur la place de ce genre d’élément tragique dans les comédies. Mais dans Scrubs, le drame fait partie de l’ADN de la série. Même s’il n’a pas autant de présence que l’humour, cela peut parfois devenir très percutant, et la série n’aurait pas été aussi marquante en son absence. En dehors de la maladie et la mort, la série aborde également la maltraitance, le suicide, la solitude, ou la dépression.

Au fil des saisons

Durant les dernières saisons, une certaine fatigue se fait ressentir, avec comme conséquence un peu trop d’humour pipi-caca, signe de scénaristes fatigués. La naïveté et l’immaturité de JD, les frasques d’Eliot deviennent parfois irritantes, et l’exagération à visée humoristique ne marche pas toujours. Pour autant, sur le plan de l’histoire, la psychologie des personnages suit une évolution cohérente.

aAprès une saison 7 qui subit la grève scénaristique et est raccourcie à 11 épisodes, l’interprète de John Dorian, Zack Braff, fait part de son intention de quitter la série pour se consacrer à sa carrière cinématographique (Garden State, 2004). La baisse des audiences, imputable d’après le créateur Bill Lawrence à une exagération trop appuyée, menace également l’avenir de la série. Précisons que si la série est produite par ABC, elle est diffusée sur NBC qui n’en tire aucun bénéfice. Un accord est finalement trouvé et Scrubs revient dans le giron de ABC.

La saison 8, qui annonce plusieurs changements et redistribue les rôles, voit ainsi le personnage principale quitter le Sacré-Cœur et la série, un changement en guise de nouveau départ et d’ère nouvelle.

Malgré la perte de l’élément central de la série, les scénaristes décident malgré tout de continuer l’aventure sans lui. Mais cette décision, audace ou décision commerciale, ne séduit pas. Une saison courte avec une nouvelle formule, le Sacré-Cœur devenu une école de médecine, de nouveaux personnages qui ne remplacent pas les anciens, ont eu raison de la poursuite de la série. Une saison 9 qui, pour beaucoup, n’existe pas.

Scrubs : Générique

Scrubs : Fiche technique

Création: Bill Lawrence
Scénaristes: Bill Lawrence, Neil Goldman, Garret Donovan
Production: Touchstone Television (ABC Television Studio)
Producteurs : Bill Lawrence, Bill Callahan, Garrett Donovan, Neil Goldman, Tad Quill, Eric Weinberg et Tim Hobert
Casting : Zach Braff, Sarah Chalke, Donald Faison, John C. McGinley, Ken Jenkins, Judy Reyes, Neil Flynn
Chaîne d’origine: NBC, ABC (saisons 8 et 9)
Genre: série médicale
Format et nombre d’épisodes : 9 saisons de 182 épisodes de 20 min
Réseau de diffusion : TPS Cinéstar, Paris Première, M6, France Ô
Nationalité : Etats-Unis

2001-2008

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William
Williamhttps://www.lemagducine.fr/
Je suis capable de regarder le dernier blockbuster en date rempli d’explosions comme un film indépendant peu connu au rythme lent et contemplatif. Je ne place pas de barrière qualificatif pour ma part, un blockbuster intelligent a autant de mérite qu’un film d’auteur esthétique pour moi. Après tout la mission du cinéma n’est-elle pas aussi de vendre du rêve et d’émerveiller, comme de faire réfléchir ? Ce qui me donne un petit côté bon public, ce que j’assume, car ça ne m’empêche pas de posséder un esprit d’analyse, et de repérer les défauts des œuvres même si je les apprécie. Passionné de science-fiction et de fantastique, je préfère ce qui permet de s’évader et d’agir sur notre imagination. En vrai je regarde d’avantage de séries, format encore parfois considéré comme inférieur, mais qui permet une capacité d’évolution des personnages et de développement d’univers bien supérieur à ce que le cinéma peut offrir.

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