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American Horror Story, une série de Ryan Murphy : critique de « Roanoke », la saison 6

Après deux saisons en demi-teinte qui nous ont presque fait oublier l’échec de la troisième, les créateurs d’American Horror Story se sont sentis prêts à s’essayer à un format différent… et se plantent à nouveau avec ce Ronaoke laborieux.

Synopsis : Un docu-fiction revient sur le cauchemar vécu par un couple de jeunes mariés venus s’installer dans une résidence isolée près des terres de l’ancienne colonie de Roanoke.

Sans horreur ni véritable histoire, American Horror Story a au moins le mérite de rester américaine!

On sait depuis des années que le cinéma d’épouvante est mis en déliquescence par un système de found-footage qui a trop vite montré ses limites. La baisse de niveau qu’a connue la saga Rec au gré de ses films et le récent échec commercial de Blair Witch, qui ne fut qu’une vaine redite du film qui mit le genre à la mode, en sont les deux meilleurs exemples. On se rassurait en revanche que les séries se voulant horrifiques ne soient pas, elles aussi, contaminées par cette mécanique de mise en abyme trop souvent utilisée avec nonchalance. C’était sans compter sur Ryan Murphy qui a eu l’idée de faire de la sixième saison d’American Horror Story une nouvelle histoire dont le dispositif de filmage appartiendrait pleinement à sa narration. Pour cela, les scénaristes de la saison ont fait le pari de miser sur un format purement télévisuel qui n’aura pour seul conséquence que de mettre à jour le flou qui s’est créé entre mise en scène horrifique et pur voyeurisme. Ou, plus exactement trois formats : les cinq premiers épisodes prenant la forme d’un docu-fiction alternant des témoignages et une reconstitution interprétée par des acteurs, tandis que les quatre suivants s’apparentent à de la télé-réalité et que le dernier épisode rassemble plusieurs extraits issus de shows télé divers et variés.

Seulement 10 épisodes. La saison est donc la plus courte que la série compte à ce jour. Cela n’empêche pas de rendre l’intrigue très difficile à se mettre en place. La faute justement à ce choix de mettre en corrélation ce qui relève du diégétique avec ce que l’on espère nous faire croire comme étant extra-diégétique. L’idée même de donner la parole aux personnages que l’on voit interprétés à l’écran a le bénéfice de jeter le trouble sur la réalité des événements, et accessoirement à justifier la faible qualité de la mise en scène et des jeux d’acteurs. Cependant, dans le cas d’une histoire dont le suspense devrait uniquement reposer sur la question de savoir qui survivra ou non, l’intervention des survivants s’avère absolument contre-productive. Et que ces témoignages soient récités face caméra par des visages connus, dont Lily Rabe présente dans les précédentes saisons, met à plat toute volonté de faire croire à une histoire vraie. On commence donc à suivre la reconstitution de phénomènes paranormaux sans pour autant s’attacher ni aux « vrais » personnages, du fait justement qu’ils soient limités à quelques déclarations, ni aux acteurs qui les interprètent, pour la bonne raison que l’on sait justement qu’ils sont des acteurs.

Alors que les précédentes saisons reposaient sur une ambiance angoissante et sur des personnages marquants, celle-ci n’a pour elle que son concept « méta-télévisuel », exploité avec un manque d’inspiration flagrant.

Les cinq premiers épisodes se succèdent ainsi, dénués du moindre potentiel immersif pourtant indispensable pour générer de l’angoisse. L’unique plus-value de cette première moitié de la saison réside dans la leçon d’histoire qu’elle entend nous donner en évoquant le sort de la colonie anglaise de Roanoke disparue au 16ème siècle. L’explication donnée à ce mystère historique est une vague affaire de sorcellerie impliquant deux mythes locaux : la « bouchère » et le « Piggy man » (déjà aperçu dans la saison 1) qui, avec en plus une famille de rednecks psychopathes, forment la caution « épouvante / gore » qu’est censée nous offrir la série. Ce semblant de scénario foutraque, caricatural et grotesque ne réussit qu’à rendre risible la qualité du spectacle de ce que l’on sait être un show télé. Ce second degré finira par s’assumer dans la seconde moitié de la saison, après un sixième épisode qui offre un retournement de situation, ou plutôt un « retour à la réalité », qui arrive trop tard. Ce pilier scénaristique lancera ce qui est la véritable nature du scénario : une attaque cinglante contre les producteurs cyniques et les acteurs narcissiques qui font la loi sur la télé américaine. A trop accumuler les clichés, tout cela prend l’allure d’une simple parodie encore une fois incapable de générer quelque empathie.

Pendant quatre épisodes particulièrement chaotiques, on regarde, impassibles, ces personnages superficiels se faire tuer l’un après l’autre. Ce petit jeu de massacre se fait dans une suite épuisante de hurlements et d’effets de jump-scare outranciers tout juste dignes de ce que le genre peut nous proposer de plus lourdaud. N’avoir jamais eu l’occasion de s’attacher à aucun de ces futurs cadavres rend le spectacle purement anodin, inscrivant American Horror Story dans la liste de ces séries que l’on ne regarde plus que par habitude et non plus par réelle conviction. Et pourtant, sans pour autant sauver l’ensemble de la saison, le dernier épisode en remontera – encore une fois trop tard – quelque peu l’intérêt. D’abord en jouant toujours plus à fond la carte de la mise en abyme de façon ludique mais aussi en offrant une courte apparition à l’une des figures importantes de la saison 2, la journaliste Lana Winters, ce qui ravira les fans de la série désireux d’établir des liens entre les saisons. Les dernières minutes de cet épisode final sont de plus la scène la plus émouvante, avec une exploitation touchante du fantastique dans une relation mère/fille que l’on avait vue trop vite passer à la trappe dans les premiers épisodes. Il ne fallait pas plus que cette piste, qui aurait pu aboutir à une saison intense pour faire naître une profonde frustration. Espérons que la saison 7 saura rebondir et éviter de s’empêtrer dans une exploitation caricaturale et futile d’un concept que l’on sait être une impasse.

American Horror Story, My Roanoke Nightmare : Bande-annonce (VO)

American Horror Story, My Roanoke Nightmare : Fiche technique

Création : Ryan Murphy
Réalisation : Bradley Buecker, Michael Goi, Jennifer Lynch, Elodie Keene, Marita Grabiak, Gwyneth Horder-Payton, Nelson Cragg
Scénaristes : Ryan Murphy, Brad Falchuk
Interprétation : Sarah Paulson (Audrey Tindall), Lily Rabe (Shelby Miller), Cuba Gooding Jr. (Dominic Banks), André Holland (Matt Miller), Adina Porter (Lee Harris), Angela Bassett (Monet Tumusiime), Kathy Bates (Agnes Mary Winstead)…
Production : Jessica Sharzer
Société de production : 20th Century Fox Television, Ryan Murphy Productions, Brad Falchuk Teley-Vision
Genre : Fantastique, horreur
Diffuseur : FX
Format : 10 épisodes de 40 minutes
Première diffusion : 14 septembre au 16 novembre 2016
Etats-Unis – 2016

Sully, un film de Clint Eastwood : Critique

A mi-chemin entre le biopic et le film-catastrophe, Sully panse et pense l’Amérique post-11 septembre.

Synopsis : Le 15 janvier 2009, le vol 1549 perd ses deux moteurs, quelques minutes après avoir décollé. Au-dessus de New York, le commandant Chesley « Sully » Sullenberger tente l’impossible : amerrir dans la rivière Hudson. Les 155 personnes à bord ont pu rentrer chez elles.

A 86 ans, Clint Eastwood remet le couvert, deux ans après son dernier film American Sniper. Avec Sully, Eastwood passe du film de guerre au film catastrophe, en adoptant comme toujours une mise en scène tout ce qu’il y a de plus sobre. La structure narrative est assez simple : après l’exploit de Sully, la compagnie enquête sur les conséquences de l’accident et la réaction des pilotes. Ainsi, tout le film consiste en un interrogatoire dans un bureau (comme The Social Network) avant de finir dans une cour d’audience, lorgnant du côté des films de plaidoirie (M. Smith au Sénat, 12 hommes en colère ou bien Philadelphia).

Les séances d’interrogatoire permettent à Sully de se souvenir de l’événement à travers des flashbacks . Il y a donc un va-et-vient entre le présent, la vie normale et banale de Sully (quoique transformée après l’exploit) et le passé, au cœur de l’action, reprenant cette alternance de American Sniper. Cette alternance entre le passé et le présent permet une introspection, une interrogation du passé en mettant en avant ici le doute que peut avoir le « héros » sur ses actes et sur sa vraie valeur, donc sur la signification du mot « héros » lui-même. En effet, le cinéma américain a mis et met toujours en avant ses héros infaillibles et indéfectibles, ne cessant au fil des années d’imaginer des postures de plus en plus difficiles. Plus que tout autre, le cinéma de Clint Eastwood met cette question de l’héroïsme au centre de son cinéma comme il le fait avec Impitoyable ou American Sniper. Sully n’est pas sûr d’être un héros ni de vouloir en être un. Les accusations de la compagnie n’en finissent pas de le faire douter. Peut-être n’a-t-il pas fait les bons choix, peut être aurait-il pu rejoindre un aéroport ? Après l’amerrissage, la première obsession de Sully est le comptage. Combien de personnes ont réussi à rejoindre la terre ferme ? L’éventualité d’avoir perdu dans l’événement un voyageur, par sa faute, est sa première peur. Un profond soulagement le gagne quand il entend le chiffre tant attendu : 155 passagers, aucun disparu.

Or cette introspection est non seulement une introspection de Sully mais plus encore, du cinéma américain, et carrément de la société américaine. Dès la scène d’ouverture, la ligne du film est claire : un avion traversant la skyline newyorkaise finit par se crasher sur un immeuble au plein cœur de la Grosse Pomme. Puis Sully se réveille en sursaut. Impossible de ne pas penser ici au traumatisme du 11 septembre 2001, dont les stigmates se font toujours sentir, hantant le peuple américain comme un cauchemar. Cette réminiscence du passé reviendra à plusieurs reprises de telle sorte qu’il est impossible de ne pas passer à côté. Ainsi l’exploit de Sully, qui réussit à éviter le pire, revient quasiment à rendre justice à l’attaque de 2001, comme pour montrer que cette attaque est derrière les américains, et que désormais ils ne sont plus obligés de subir la catastrophe mais au contraire de la maîtriser.

La quête de la vérité se fait de deux manières, d’une part par les témoignages et les souvenirs des différents protagonistes et d’autre part par les simulations informatiques de la compagnie. Ainsi, Sully montre l’événement au travers d’une multitude de points de vue, des plus faux (le rêve du début) aux plus vrais (la séquence où nous sommes dans le cockpit avec Sully). De ce fait, c’est la réinterrogation de ce vieux principe fordien qui se joue « When the legend becomes fact, print the legend ». La pluralité des points de vue permet de construire une vérité plus complexe qu’il n’en a l’air, déconstruisant ainsi la légende au profit des faits, pour réinterroger la légende elle-même. Sully a-t-il vraiment sauvé les passagers ou au contraire a-t-il mal jugé en se précipitant dans l’Hudson ? Est-il le vraiment le héros que l’on veut croire ?

Dans Sully, la dimension humaine prend une place toute particulière. Sully est en proie aux doutes, et ses décisions sont mises à mal par les simulations informatiques. Si l’on en croit les faits bruts, Sully aurait pu retourner à l’aéroport. Ce qui est important pour rétablir la vérité c’est de prendre en compte la dimension humaine, non seulement celle de Sully mais aussi celle de tous les autres membres de l’équipage ainsi que les équipes de secours. En fait, Sully est glorifié en héros car les américains ont besoin de leader et d’un nom sur lequel s’appuyer. Mais ce que montre Eastwood, c’est que l’exploit accompli n’est que la somme des parties. Si le héros est grand c’est parce que le peuple l’est tout autant, et sans le peuple le héros n’est rien.

Le film de Eastwood ne serait de la même manière rien sans le jeu de Tom Hanks. L’acteur livre une interprétation brillante de Sully, tout en subtilité et en nuances. Il est totalement crédible dans le rôle d’un homme plus âgé, qui plus est un pilote vétéran face à une situation extrême. Son jeu atteint bien plus de profondeur que dans Inferno, autre film sur le doute d’un homme et sur sa responsabilité héroïque. Mais Sully préfère le propos intelligent au divertissement pur.

Sully : Bande-annonce

Sully : Fiche Technique

Réalisateur : Clint Eastwood
Scénario : Todd Komarnicki, basé sur le livre de Chesley « Sully » Sullenberger Highest Duty
Interprétation : Tom Hanks (Sully), Aaron Eckhart (Jeff Skiles), Anna Gunn (Elizabeth Davies), Laura Linney (Lorraine Sullenberger)
Image : Tom Stern
Musique : Christian Jacob
Montage : Blu Murray
Producteurs : Tim Moore, Allyn Stewart, Clint Eastwood, …
Production : Flashlight, Kennedy/Marshall, Malpaso, Ratpac, Village Roadshow, Warner Bros.
Distribution : Warner Bros.
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 30 novembre 2016
Etats-Unis– 2016

Le Bureau des Légendes, saison 2 : Critique

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Dans la lignée des Patriotes, Eric Rochant signe avec Le Bureau des Légendes l’une des meilleures séries françaises du moment.

Avec les sorties régulières des séries outre-atlantique, on a tendance à oublier qu’il y également une vraie croissance hexagonale dans le domaine depuis quelques années. Si souvent, elle s’est avérée en dessous des Etats-Unis et des autres pays européens (formidables productions nordiques), quelques séries sortent néanmoins du lot. On pense récemment à P’tit Quinquin, Les Revenants ou Dix pour Cent (avec pour point commun d’être portées par des cinéastes reconnus). En cette fin d’année, on prend donc le temps de s’attarder sur la série qui aura vraisemblablement marqué les écrans français. C’est peu dire que ces dernières années, avec l’ampleur du djihadisme, des départs vers la Syrie et des attaques sur le territoire français, le récit d’espionnage est redevenu un genre prisé par les producteurs. Si Arte s’est donné les moyens de pasticher la fiction d’espionnage historique avec Au Service de la France, Canal + a choisi l’antithèse et le retour à une fiction ancrée dans l’actualité, où les codes du genre sont brisés au profit d’un réalisme à toute épreuve. Après une première saison en juin 2015, Le Bureau des Légendes montrait de nombreuses qualités, notamment une immersion convaincante et un jeu d’acteurs nuancé, mais également des imperfections notables et un rythme mollasson qui empêchaient la série de se hisser dès le premier essai dans la case des séries françaises actuelles majeures. Qu’importe, la presse saluait déjà ce coup d’essai et attendait que la nouvelle saison poursuive sur ses bonnes intentions. Mais après l’échec de la saison 2 de la série Les Revenants, qui aura mis trois ans à être produite, les attentes pour Le Bureau des Légendes étaient aussi grandes que les craintes présentes. Canal + ne pouvait plus se permettre de se louper. Fort heureusement, la chaîne cryptée a appris de ses erreurs et a pu compter sur un showrunner d’exception puisque la seconde saison résout nombre d’imperfections de la première et emmène le spectateur toujours plus loin dans les coulisses du contre-espionnage, et ceci moins d’un an après les attaques du 13 novembre. Un contexte qui permet à la série de se montrer plus captivante, plus maîtrisée et toujours aussi magistralement portée par un casting remarquable. Dans un contexte où est apparu un vif regain d’intérêt pour le milieu du renseignement (Snowden et les attaques terroristes aidant), Le Bureau des Légendes est en passe de devenir un incontournable du petit écran.

Les Hommes du Président

Au vu de cette seconde saison, on peut penser que la première n’était qu’une expérimentation pour mettre en place les premiers enjeux, sans trop en faire, et annoncer une seconde, plus complexe et contemporaine. On sent l’influence d’un réalisme nordique, où l’esthétique froide se mêle à des interprétations sobres et retenues, chaque émotion dévoilée pouvant être un élément trompeur ou une trahison. La première saison du Bureau des Légendes débutait lorsque Guillaume « Malotru » Debailly (Mathieu Kassovitz), membre respecté de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), rentrait de Syrie où il avait exercé « sous légende » et allait continuer sa romance avec une jeune syrienne, en conservant sa fausse identité à Paris. C’était le début d’un engrenage infernal de mensonges pour cet agent qui doit également conjuguer avec sa vie d’espion, sa fausse vie syrienne et une vie de famille, en dehors de tout ça? Pour conserver son identité, préserver la vie de ses proches et ne pas mettre en péril la sécurité de son pays, il allait devoir jouer les agents doubles et c’est donc le point de départ de cette seconde saison. La réussite de celle-ci tient essentiellement dans la maîtrise de la ligne conductrice opérée par Eric Rochant. On reconnait la dimension anxiogène et impersonnelle qui définit les lieux de l’intrigue, les caractères froids et déterminés des différents protagonistes, les convictions patriotiques, le contrôle absolu des actions et des émotions chez les agents, et la dimension tragique de l’existence de ces hommes, obligés de vivre dans les illusions, tiraillés entre les mensonges et les tromperies.

Le Bureau des Légendes est de ces séries minimalistes qui arrivent à vous captiver avec la juste maîtrise de ses moyens.

Connu pour ses incursions filmiques dans le milieu d’espionnage (Les Patriotes, Möbius) et du grand banditisme (les saisons 2 et 3 de Mafiosa), grand lecteur des romans de John Le Carré, Eric Rochant renouvelle le genre et s’inspire du contexte géopolitique actuel pour conférer à sa série une crédibilité nécessaire. Fait amusant, Eric Rochant explique que son inspiration vient seulement d’internet et du fait que lui et ses auteurs ont fait preuve d’une extrême rationalité pour donner vie à tout cet univers. On a du mal à croire que le créateur n’ait pas été documenté par quelques uns de ces conseillers de la DGSE ou par ceux avec qui il travaille depuis Les Patriotes. Dans une interview pour Télérama, il explique qu’il a appris de ses sources à désinformer son interlocuteur. Intéressant et pertinent quand on sait à quel point le série aime brouiller les pistes entre la pertinence ou non d’une information. Mais c’est ce qui entretient ce mystère si indispensable à une série où les déclarations, les non-dits et les mensonges sont autant d’indices pour se rapprocher de la vérité. Là où la série se démarque, c’est qu’a contrario des films d’espionnage spectaculaires façon James Bond ou Mission Impossible, Le Bureau des Légendes se focalise sur l’environnement froid, clos et paranoïaque des services de renseignements où la moindre faille d’un de ses agents est le déclencheur d’une crise diplomatique. On est effectivement plus proche de La Taupe que de Kingsman : Service Secrets. Les tensions sont plus palpables, et avec l’immersion au cœur du mouvement djihadiste, l’action y est plus présente. Cela n’enlève en rien toute la rigueur de la série dont la plus grande partie du travail se joue dans ces bureaux, ces échanges téléphoniques, ces discussions qui cachent d’autres objectifs et ces manipulations qui servent à faire sortir la vérité, celle qui influe sur la sécurité du pays. L’aspect feuilletonnant de la série permet de donner de l’ampleur à tous ces personnages, des animaux de sang froid qui doivent conjuguer avec une paranoïa omniprésente, et ce peu importe les relations. Chaque camp est en lien avec l’autre, et malgré les ententes internationales, il n’est pas surprenant qu’une taupe d’un pays allié soit présente au sein des renseignements français, et inversement. C’est là tout l’enjeu de ces espions doubles qui sont les plus à même de faire vaciller les ententes diplomatiques. Cette saison joue plus que jamais sur la dissimulation des informations et des identités. Aussi intéressante que Mathieu Kassovitz, Sara Giraudeau donne une fausse candeur impeccable à Marina Loiseau, ce personnage de jeune recrue, sous une identité de sismologue envoyée en Iran. Elle est le miroir du téléspectateur qui débarque dans cet univers qu’il ne connaît pas et dans lequel il va devoir apprendre à se méfier de tout le monde, sans exception.

Avec cette deuxième saison qui surpasse aisément la précédente, Le Bureau des Légendes s’avère être l’un des must-see de la fiction française. Un brillant jeu d’échecs qui se joue au cœur d’un univers à la tension palpable. L’intelligence d’écriture, l’humanité subtile des personnages et la force implacable des situations rendent cette série aussi passionnante que nécessaire, dans un pays encore troublé par les attaques et les révélations de Snowden. Le Bureau des Légendes est ainsi devenue la série française la plus exportée de l’année. Les craintes désormais dissipées et l’unanimité de ses critiques font de la prochaine saison la plus attendue de toutes les séries hexagonales. Une pression qu’on imagine lourde pour Eric Rochant mais qui aura assurément les épaules pour rester maître à bord et nous donner une nouvelle saison de haute volée.

Le Bureau des Légendes : Bande-annonce

Synopsis: Quatre mois ont passé au sein de la DGSE. Guillaume Debailly (alias Malotru), promu directeur adjoint du Bureau des légendes, est devenu un agent double pour le compte de la CIA. Sous couvert de séances de psychanalyse, il livre chaque semaine au docteur Balmes, son agent de contact à la CIA, les renseignements qu’il a pu rassembler. En échange, Malotru attend des Américains qu’ils libèrent la femme qu’il aime, Nadia, emprisonnée par les Syriens quelque part dans le monde. Alors que, de son côté, Marina Loiseau débute sa délicate et dangereuse mission de clandestin en Iran, la DGSE est confrontée à une nouvelle crise : un djihadiste français, devenu officier de Daech, nargue publiquement la France de manière sanguinaire.

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Le Bureau des Légendes : Fiche Technique

Créateur : Eric Rochant
Interprétations : Mathieu Kassovitz (Guillaume « Malotru » Debailly), Jean-Pierre Darroussin (Henri Duflot), Sara Giraudeau  (Marina Loiseau), Léa Drucker (Dr Balmes), Florence Loiret-Caille (Marie-Jeanne), Gilles Cohen (Marc Laure), Zineb Triki (Nadia), Jonathan Zaccaï (Sisteron), Pauline Etienne (Céline Delorme)
Production : TOP – The Oligarchs Productions, Federation Entertainment, H Films
Genre: Drame, Espionnage
Format: 52min (10 épisodes/saison)
Diffuseur : Canal +
1ère diffusion de la saison 1 : 27 avril 2015
Saison 3 en cours de production

France – 2015  

The Fall, une série d’Allan Cubitt : Critique de la saison 3

L’Etrangleur de Belfast reprend du service pour cette troisième saison de The Fall qui emprunte un virage radical et clôt l’intrigue en beauté avec un final d’une violence saisissante.

The Fall, trois saisons au compteur, est un thriller palpitant qui décrit avec nuance et mystère le rapport de force pervers qui s’établit progressivement entre Paul Spector, un dangereux serial killer sadique, et Stella Gibson, une enquêtrice froide et obstinée. De cette relation malsaine, qui oscille entre fascination et répulsion, naissent des situations qui nous happent totalement : interrogatoires où la tension sexuelle est à son comble, jeux de dupes, manipulation, obsession, tromperie et violence sont au menu de cette série dont l’intrigue, qui se déroule dans un Belfast gris et terne, se caractérise par son réalisme extrême et sa grande dimension introspective. Alors que la saison 1 nous faisait pénétrer dans le cerveau du tueur et que la seconde mettait davantage l’accent sur la traque du psychopathe en cavale, cette troisième saison nous surprend d’abord par sa lenteur et son absence d’action pour mieux nous hypnotiser ensuite grâce à un travail minutieux et époustouflant sur les mécanismes psychologiques de tous les personnages.

Meurtres et amnésie 

La saison 3 de The Fall constituait un pari risqué. Le tueur en série était démasqué, l’enquêtrice en charge de l’affaire l’avait arrêté et inculpé, et Spector était même passé aux aveux lors d’un face à face légendaire… Comment faire redémarrer une intrigue qui semblait sans issue ? C’est là le tour de force d’Allan Cubitt qui s’est sorti de cette impasse grâce à un ultime rebondissement : à la toute fin de la saison 2, alors que le psychopathe avait kidnappé et séquestré Rose Stagg dans le coffre d’une voiture perdue au beau milieu des bois, il s’était amusé à jouer avec les nerfs des policiers lors d’une expédition en forêt. Cette opération d’urgence déployée pour retrouver la victime avait finalement abouti à une énorme bavure, puisqu’un forcené avait réussi à pénétrer dans la zone de sécurité et à tirer dans le tas, laissant derrière lui un Spector agonisant face à une Stella désœuvrée. Suspense insoutenable pour tous les fans de la série, qui ont dû attendre deux ans pour connaître la suite des événements ! Alors, Spector a-t-il survécu ? La réponse est oui, mais il se réveille partiellement amnésique : bloqué en 2006, Spector semble soudainement avoir oublié les six dernières années de sa vie, période au cours de laquelle il a commis les meurtres dont il est accusé ! Cette pirouette scénaristique peut paraître poussive et facile, mais s’avère palpitante et permet à The Fall de continuer à nous tenir en haleine en amorçant pléthore de nouvelles pistes : Spector a-t-il réellement perdu la mémoire ou fait-il semblant ? Comment va-t-il s’en tirer ? A-t-il un plan ?

Ce tournant est d’autant plus déroutant que l’auteur adopte un changement de point de vue radical qui nous fait perdre nos repères : dans les saisons précédentes, on était avec Paul Spector, dans sa tête, dans son esprit. On savait tout de lui, il n’avait aucun secret pour nous, qui étions dans la confidence la plus intime. Cette connivence étrange entre serial killer et spectateur se perd soudain puisque Spector nous éjecte, nous repousse. Fermé et imperméable, illisible et insondable, il devient une énigme pour nous comme pour les autres. Le fait de ne pas savoir et d’être dans l’incertitude la plus totale nous accroche encore plus : on veut découvrir la vérité. Tantôt en empathie avec celui qui semble avoir profondément changé, clamant être horrifié en apprenant les crimes dont il est accusé ; tantôt méfiant et sceptique, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser et ne parvient pas à lire dans le regard du psychopathe dont la dimension monstrueuse s’étoffe au fil des épisodes avec une maîtrise folle. Spector fait mine d’avoir oublié son propre fils, feint de ne pas reconnaître ses victimes et les enquêteurs, affirme ne pas savoir pourquoi il est jugé, ne se reconnaît pas dans le miroir, entend ses aveux avec effroi, pose des questions, se montre vulnérable, faible, doux et perdu. Blessé, perfusé et hautement médicamenté, Spector n’est plus que l’ombre de lui-même et nous apparaît comme inoffensif. Impossible pour lui dans l’état où il se trouve de conserver une telle maîtrise sur ce qui serait un vaste mensonge, pense-t-on naïvement ! Pourtant, plus les épisodes passent, moins le doute est permis : au fil du temps, l’Etrangleur de Belfast reprend du poil de la bête et le constat est sans équivoque. Une fois encore, comme à son habitude, il a tout scénarisé dans les moindres détails, sans rien laisser au hasard, jouant la comédie du patient docile pour mieux tromper son monde, et nous avec. C’est le choc ultime, la sidération, mais aussi le retour d’une fascination qui ne s’était jamais vraiment perdue : supérieurement intelligent, terriblement cruel et totalement insensible, ce narcissique sadique au physique ravageur nous hypnotise comme il le fait avec toutes les femmes qui croisent son chemin, de son infirmière à son ex en passant par sa groupie Katie (qui symbolise l’idolâtrie dont les tueurs en série font parfois l’objet) ou encore sa plus redoutable antagoniste, Stella Gibson.

How to make a murderer

Autre prouesse de cette troisième saison, le changement de cap qui s’opère avec une rupture de ton très nette. Alors que les saisons précédentes étaient plutôt tournées vers l’action, les meurtres, l’enquête, la traque et la terreur que semait l’Etrangleur de Belfast dans la capitale nord-irlandaise, ici, c’est le calme plat. L’épisode 1, qui nous montre toutes les étapes de la prise en charge médicale et de l’hospitalisation de Spector, se déroule presque en temps réel, avec un réalisme technique à faire pâlir les scénaristes de Dr. House et autres Urgences ; tandis que la suite s’étale en longueur, sans qu’il ne se passe rien, ou presque. On assiste à une succession d’entretiens, d’entrevues, de discussions, de briefings, d’interrogatoires, d’expertises et d’évaluations en tout genre, ce qui donne à The Fall un aspect bien plus bureaucratique. Mais là encore, Cubitt nous prend au dépourvu en ouvrant un tout nouveau chapitre de l’histoire de Spector grâce à l’exploration en profondeur de son passé et de sa psyché, retraçant ainsi la genèse du tueur, étape par étape. La naissance du monstre. Forcé de se livrer à des confidences sur son enfance, Spector lève le voile sur son background familial, son vécu et son histoire difficiles, éléments biographiques qui avaient déjà partiellement été évoqués auparavant mais jamais avec autant de minutie et d’exactitude. Orphelin à huit ans, il a grandi avec un homme qui n’était pas son père et a ensuite retrouvé sa mère pendue à une poignée de porte, avant d’être placé en famille d’accueil puis de finir dans un foyer religieux où il a connu les heures les plus sombres de sa vie, puisqu’il se faisait molester par les prêtres en charge de son « éducation ».

A travers le parcours de Spector, le showrunner fait passer un message social crucial avec la dénonciation de la pédophilie chez les hommes d’Eglise en Irlande du Nord, phénomène malheureusement très répandu qui est ici considéré comme un facteur à part entière de l’évolution néfaste du héros, victime d’un système meurtrier à l’instar du récent Ray Donovan. Vide à l’intérieur, celui qui a subi les pire sévices sexuels a ensuite développé une haine viscérale d’autrui, blâmant la terre entière pour son destin tragique. Les différentes étapes de sa progression vers une carrière de serial-killer sont habilement retranscrites, avec une gradation dans la perversion et le sadisme : voyeurisme, effraction, fétichisme, pratiques érotiques dangereuses, strangulation et domination sexuelle, puis meurtres ritualisés. Cette évolution dans l’horreur trouve ici sa source dans un vécu traumatisant qui fait de Spector le pur produit atroce d’une société qui fabrique des monstres. Cette théorie, courante dans le profilage des prédateurs sexuels et des tueurs en série, oppose la question de l’inné à l’acquis et fait naître en nous une forme de compassion envers l’Etrangleur, phénomène troublant qui contribue à entretenir le malaise chez le spectateur, tiraillé entre la peur, la compréhension, la répugnance, la curiosité morbide et l’attraction magnétique.

« Twas death, and death, and death indeed »

Alors que le rythme lent et posé de la saison nous expose efficacement les arcs narratifs des personnages secondaires en prenant le temps de s’attarder sur chacun, on s’étonne de constater l’absence de meurtres, de tueries ou de faits de violence dans les épisodes, qui s’enchaînent avec une fluidité haletante sans pour autant faire la moindre vague. Mais ce calme apparent nous endort là encore pour mieux nous surprendre avec un season finale époustouflant où le prédateur en sommeil se réveille enfin avec pertes et fracas. On bascule alors dans une explosion de rage, de coups et de cris avec des émeutes, des passages à tabac, des diversions, et des étranglements musclés. Là où l’on pourrait pointer du doigt un certain déséquilibre dans l’écriture, il n’en est rien : tapi dans l’ombre, dissimulé derrière un énième masque, Spector réfléchissait, échafaudait en silence son ultime coup d’éclat sans rien laisser paraître, gagnant la confiance de tous pour mieux attaquer, l’effet de surprise en prime. Toujours plus taré, toujours plus redoutable, l’Etrangleur revient alors pour effectuer un baroud d’honneur gothique et sanglant agrémenté d’une rare poésie, où il glorifie la mort sans équivoque, avec un charme énigmatique et dangereux. C’est le feu d’artifice, la folie pure.

Ajoutons à cela des acteurs très investis qui habitent leurs personnages à la perfection et on obtient un sans-faute ; entre une Gillian Anderson inspirée et froidement séduisante qui reprend efficacement un rôle qu’elle avait déjà esquissé dans Hannibal, et un Jamie Dornan minimaliste et inquiétant dont le regard et le sourire Mona-Lisesque font de lui un héros puissant au charisme tranquille et reptilien.

En dépit de quelques plot holes de dernière minute (qu’est-il advenu de Sally Ann ? Katie va-t-elle reprendre le contrôle de son destin ?), The Fall achève son intrigue magistralement et brosse l’un des meilleurs portraits de serial-killer de la décennie, le tout dans une ambiance glaçante au réalisme implacable portée par une finesse d’écriture, des répliques intelligentes, une logique de construction indéniable, une musique anxiogène et des interprètes parfaitement justes au service d’un climat unique qui hante encore longtemps après le visionnage. Dans la lignée de Luther, le show s’impose magistralement comme un incontournable du genre.

The Fall Saison 3 : Bande-annonce (VO)

Synopsis : Alors qu’on avait laissé un Paul Spector moribond à la fin de la saison 2, le pire était à craindre… Gravement blessé par balle lors d’une expédition en forêt, l’Etrangleur de Belfast a-t-il survécu à ses blessures ? La saison 3, qui reprend immédiatement là où l’on s’était arrêtés, nous montre un Spector vivant mais affaibli, convalescent et amnésique ! Pourtant, l’enquêtrice profileuse Stella Gibson ne compte pas en rester là : persuadée que le redoutable tueur simule sa perte de mémoire rétrograde pour échapper au jugement et à la prison, elle entreprend de rouvrir de vieux dossiers et d’accumuler un maximum de preuves pour mettre Spector derrière les barreaux une bonne fois pour toutes. Entre eux, le bras de fer continue. 

The Fall Saison 3 : Fiche technique

Création : Allan Cubitt
Réalisation : Allan Cubitt
Scénariste : Allan Cubitt
Interprétation : Gillian Anderson (Stella Gibson) ; Jamie Dornan (Paul Spector/Peter Baldwin) ; John Lynch (Jim Burns) ; Colin Morgan (Anderson) ; Bronagh Waugh (Sally Ann Spector) ; Aisling Franciosi (Katie Benedetto)
Production : Gub Neal, Julian Stevens, Carol Moorhead
Société de production : Artists Studio, Fables Limited, BBC Northern Ireland
Genre : Thriller, drame policier
Diffuseurs : RTE One (Irlande) ; BBC 2 (Royaume-Uni)
Format : 6 épisodes de 60 minutes
Première diffusion : 25 septembre – 28 octobre 2016
Grande-Bretagne – 2016

Louise en hiver, un film de Jean-François Laguionie : critique

Louise en hiver sait que le printemps revient toujours, et avec lui la lumière et les souvenirs des beaux jours.

Synopsis : À la fin de l’été, Louise voit le dernier train de la saison, qui dessert la petite station balnéaire de Biligen, partir sans elle. La ville est désertée. Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées d’équinoxe surviennent condamnant maintenant électricité et moyens de communication. Fragile et coquette, bien moins armée que Robinson, Louise ne devrait pas survivre à l’hiver. Mais elle n’a pas peur et considère son abandon comme un pari. Elle va apprivoiser les éléments naturels et la solitude. Ses souvenirs profitent de l’occasion pour s’inviter dans l’aventure. Jusqu’à ce qu’une explication lui soit révélée et que tout rentre dans l’ordre.

« L’un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir outre son âge, tous les âges » Victor Hugo

La vie en société a imposé l’établissement de codes sociaux qui définissent la place de chacun, selon son âge, son sexe, son origine sociale etc… afin de faciliter les interactions entre les membres du corps social. Simple balise ou carcan rigide, le ressenti que l’on a de ce mode d’emploi est variable. Néanmoins, il est indéniable qu’il y a, volontairement ou non, une hiérarchie qui s’instaure, au profit de certains, au détriment d’autres. Ainsi, dans notre conception occidentale, l’ensemble de la vie sociale est avant tout pensé autour de la famille : deux adultes dans la force de l’âge et un nombre variable d’enfants. Le temps social est découpé pour répondre à leurs besoins, ils sont la norme et le cœur de la société. A la périphérie évoluent les autres, les gens seuls et les vieux, deux entités qui vont souvent de pair. Ni vraiment dans la société, ni complètement en dehors, ils sont en marge. C’est de ce point de vue que Louise regarde le monde, celui qu’elle décrit sur les pages de son journal un après-midi d’été, lorsqu’assise sur la plage elle observe les vacanciers et leur agitation. Elle consigne ses réflexions avec humour et lucidité, se sachant bien insignifiante au milieu de cette fourmilière estivale qui vibre de tout et de rien. En entomologiste amateur, elle prend des notes de ce qu’elle voit et nous met dans la confidence par l’intermédiaire de sa voix off, qui nous accompagnera tout au long du film.

Louise en hiver est un film sans dialogue mais au sein duquel la parole compte énormément. Le spectateur est dès l’introduction invité à partager les pensées de Louise, position qu’il conserve jusqu’au bout. En faisant coïncider la réflexion de son protagoniste avec celle du public, le réalisateur Jean-François Laguionie se garantit l’empathie de celui qui regarde en prévenant tout misérabilisme. On suit le cheminement de Louise pour apprivoiser une solitude qu’elle n’a au départ pas choisie mais au sein de laquelle elle finit par trouver une forme de sérénité. La vieille dame ne se plaint pas de ce qui lui arrive, n’y voit pas un coup malheureux du destin, elle vit la chose de manière simple et même ludique. En décidant de quitter sa maison de vacances (« trop de silence » justifie t-elle) pour aller s’installer sur la plage, se construire une cabane et vivre de la pêche à pied, elle s’extrait de la société pour partir à l’aventure. Il y a dans sa démarche à la fois le désir enfantin d’émancipation et l’envie adulte de chasser la routine en retrouvant une certaine forme d’intimité avec la nature. Le réalisateur fait d’ailleurs référence explicitement à Robinson Crusoé plusieurs fois dans le film. Se retrouver seule dans un environnement qui, s’il n’est pas hostile n’est pas familier, permet au personnage de repenser sa place au monde. C’est dans ce contexte que prend place le surgissement de souvenirs enfouis et presque perdus.

Dans son ermitage, Louise ne fait face qu’à elle même, c’est elle qu’elle retrouve donc en se rappelant la petite fille qu’elle était et la jeune femme qu’elle a laissée derrière elle. « On a fini par me marier» , raconte t-elle tout autant à elle-même qu’au spectateur. Pas d’amertume dans ce propos, seulement le constat d’une vie qui aurait pu être autrement, tous ces possibles qui s’offraient à elle à l’époque où rien ne semblait encore joué. Entre toutes ces Louise, elle tisse des liens oubliés. Laguionie a fait le choix de laisser son héroïne ne se confronter à personne d’autre qu’elle-même, donnant au film cette forme testamentaire. Cela permet de ne pas faire peser sur elle le poids de choix passés qui auraient pu faire tourner l’intrigue en règlement de comptes. Louise en hiver, c’est l’introspection d’une vieille femme qui se sait au crépuscule de sa vie et qui préfère se laisser aller à regarder le chatoiement des dernières lueurs du jour plutôt que de penser à la nuit à venir.

Au fil de la narration, on a l’impression de circuler dans une aquarelle. Louise serait la protagoniste d’une toile de Monet, parmi ces paysages de Normandie qu’affectionnaient tant les impressionnistes. Il y a quelque chose du documentaire ou plutôt du document dans le quotidien que le cinéaste choisit de montrer. Laguionie cherche à ancrer les gestes de Louise dans une mémoire ancestrale : se nourrir, construire un abri, se laver, cultiver son jardin, tout est présenté sans fioritures ni superflu. Outre cette voix légèrement éraillée – que l’on doit à Dominique Frot – le film est porté par une très belle partition qui accompagne le texte sans le surligner. Elle est présente sans être écrasante et confère à l’ensemble cette mélancolie des saisons froides. Louise en hiver est une œuvre contemplative et poétique qui s’attarde comme son personnage sur les détails d’un quotidien sublimé par la beauté d’un ciel d’automne avant les grandes marées d’équinoxe.

Louise en hiver : Bande annonce

Louise en hiver : Fiche technique

Réalisateur : Jean-François Laguionie
Scénario : Jean-François Laguionie
Interprétation : Dominique Frot (Louise – voix), Jean-François Laguionie (Pépère – voix), Diane Dassigny (Louise jeune – voix), Antony Hickling (Tom, le parachutiste – voix)
Musique : Pierre Kellner, Pascal Le Pennec
Directeur artistique : Jean-François Laguionie
Montage : Kara Blake
Producteurs : Jean-Pierre Lemouland, Galilé Marion-Gauvin
Co-producteurs : Rémi Burah, Olivier Père
Distribution : Gebeka Films
Récompenses : Annecy 2016 (sélection)
Durée : 75 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 23 novembre 2016
France – 2016

Friend Request, un film de Simon Verhoeven : Critique

Friend Request ou une énième satire contre-utopique (toujours) un peu facile et fabuleuse d’une interconnectivité virtuelle ? Mark Zukerberg n’a qu’à bien se tenir… même pas peur, au détriment d’être plaisant.

Synopsis : Laura, étudiante branchée, partage sa vie sur Facebook avec ses 800 amis. Par gentillesse, elle accepte la demande d’ami de Marina, une étudiante introvertie mais qui devient vite envahissante. En tentant de la supprimer de sa liste d’amis, Laura va déclencher des forces paranormales et voir ses proches être décimés les uns après les autres…

Non, Simon Verhoeven n’a aucun lien de parenté avec le « Hollandais violent ». Son grand-père est certes le célèbre Paul, mais pas celui dont vous faites allusion. Metteur en scène, acteur, réalisateur et scénariste allemand, celui-ci a transmis la fibre jusqu’à son petit fils qui avec son troisième long-métrage tente de s’approprier certains codes du genre sur une matrice hollywoodienne censée reprocher à Mark Zukerberg les absurdités de son réseau social.

Un conte post-moderne…

Tourné en Scope, sur-étalonné pour donner un effet suranné à un contexte plus qu’actuel, Friend Request s’inscrit dans une lignée de films d’horreur ou thriller critiquant notre société ultra-connectée ou addicte à l’informatique et aux méandres d’internet. On aurait pu faire un top, tellement la liste est longue (Traque sur internet d’Irwin Winkler, Kaïro de Kiyoshi Kurosawa, Hard Candy de David Slade, Adoration d’Atom Egoyan, toutes les séries B, voire Z Dead On Site de Scott Kenyon Barker, IMurders de Robbie Bryan, The Den de Zachary Donohue, Untracable de Gregory Hoblit jusqu’à Unfriended de Levan Gabriadze sorti l’année dernière…), mais l’heure est plutôt aux festivités et Noël approche. Avec son lot d’histoires, de fables et de légendes, trop généralement capillotractées, encore plus lorsqu’il s’agirait, pour revenir à nos souris, d’expliquer le paranormal en 2016. A l’ère où les petits écrans semblent faire la loi, il faut se creuser l’inspiration pour réussir à distiller une inquiétante étrangeté qui ne serait pas déjà-vu. 

Ici, un retour sur flashback introduit le récit et l’obsession de cette lugubre nouvelle venue pour la parfaite élève aux allures de Taissa Farmiga (American Horror Story, Wicked City) jouée par Alicia Debnam-Carey déjà vu dans The 100 ou Fear the Walking Dead. Puis progressivement la descente des amis Facebook (aux enfers) fait écho au premier épisode de la saison 3 de Black Mirror (Chute Libre) pour plonger l’héroïne dans une solitude accablante. Le schéma habituel s’accorde sur celui d’un conte : un microcosme peuplé de jeunes, beaux et riches qui se verront décimés les uns après les autres. Tout slasher movie commencerait-il par une utopie à déconstruire? Quoiqu’il en soit, la pierre étant jetée, on perçoit une volonté de se démarquer singulièrement d’autres long métrage du même acabit. L’univers gothique de Mari Na, fille perdue qui aurait un passé sombre dans son ancienne école, nous est décrit avec beaucoup de sensibilité et aux moyens d’audacieuses animations. Tout comme la mise en scène du « jeune » réalisateur allemand qui privilégie les clairs obscurs bleutés, les extérieurs naturels et les couchers de soleil qui permettent en sortant des écrans, de respirer. On n’est pas si loin du paradis océanique fictif de San Junipero. Toujours en référence à la série d’anticipation de Chris Brooker, épisode 4 de la dernière saison disponible depuis le 21 octobre sur Netflix. A l’exception qu’ici la morale, bien moins construite, mais tout aussi sombre, prend des tournures trop attendues.

…sur fond éculé

En effet, ce long métrage d’horreur, sur fond de paranormal mal assumé, poursuit maladroitement les réflexions sur les excès des réseaux sociaux. L’écriture n’explore pas, au delà d’un accoutumé consensus, les personnages secondaires et leurs propres récits. De peur de se perdre, par manque d’audace ou de confiance en soi, les trois scénaristes écument le contenu somme toute commun pour se centrer sur l’explication à la mords-moi-le-nœud paranormal d’une jeune fille mal aimée. Malheureusement, ils ne maîtrisent pas, comme la majorité des autres films d’épouvante sur fond surnaturel ou de sorcellerie, les codes et légendes propres et nous ressortent un dégluti pré-mâché de quelques anecdotes pseudo-ancestrales. Le détail n’est que prétexte et une fois de plus ce miroir noir (Black Mirror), que sont aussi nos écrans éteints, permet l’envoûtement et le passage vers la folie meurtrière. La traversée au bois, les ruines, l’école désertée, ainsi que l’hôpital, l’ascenseur, la centrale, la cave… sont des motifs sans réelles intentions qui viennent rallonger la sauce ou l’addition, c’est selon. Finir par en rire semble être le seul argument pour nous dépêtrer de cette incongruité, et non pas pour rationaliser la peur, qui n’est ici que surprise plus que réelle angoisse (bien que certains jump scare réussissent à attiser une impression de malaise).

Qui est cet autre qui nous en veut à l’autre bout de la ligne, de l’autre côté de l’écran ou même dans les codes informatiques? En 2012, un court métrage américain au même titre était apparu sur la toile. Verhoeven a-t-il vu ce huis clos avant de se décider à la repompe.

La vengeance d’une solitude est effleurée ici, plus que réellement abordée et que l’on ne nous sorte pas l’excuse d’une suite, car chaque film en soit doit être entier. Reprochons, certes, à l’étudiante blonde ne pas faire son âge, des personnages en surpoids d' »exister »par mesure d’équité ou au blond surfeur d’endosser la peau du prince charmant, les temps modernes ne suffisent pas à rendre intelligible cette fable horrifique artificielle. Même si l’on sent un désir de singularité, les efforts fournis s’épuisent au détriment de coquilles vides et d’une atmosphère grossière. Redonnons ses lettres de noblesse à l’épouvante que diable! Sam Raimi et Alvarez sont-ils les seuls maîtres à penser en la matière ?

Friend Request : Bande Annonce

Friend Request : Fiche Technique

Réalisé par Simon Verhoven
Scénario de Simon Verhoven, Philip Koch et Matthew Ballen
Interprétation : Alycia Debnam-Carey, Brit Morgan, William Moseley, Liesl Ahler
Montage : Denis Batcher
Musique : Martin Todsharow et Gary Go
Société de production : Wiederman & Berg Film, SevenPictures Film, Two Océans Productions
Distributeur : Warner Bros
Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 92 minutes
Genre : Epouvante – Horreur, Thriller
Date de sortie : 23 Novembre 2016

Etats-Unis – 2016

Terrence Malick : l’image comme miroir, le son comme lumière

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Dans le cinéma de Terrence Malick, la réalisation est un atout mais l’alliance de cette dernière avec la symphonie musicale qui habite ses œuvres permet de mieux appréhender la philosophie même de l’écriture de l’Américain.  

Philosophe et humaniste, Terrence Malick jouit d’une aura singulière qui se matérialise par les prouesses de sa mise en scène et l’enchantement spirituel de son œuvre. Le réalisateur aime bannir toute forme de dialogue, mais cela ne signifie pas que ses œuvres soient muettes. Au contraire. Elles ne cessent jamais de réfléchir, de cogiter sur leurs intentions et acquièrent une puissance narrative indicible. Cinéaste peu enclin au discours, il est un artiste qui épaissit la structure même de ses créations en puisant dans les diverses ressources du monde : la puissance même du colmatage entre le son et l’image, qui fait de lui un maître penseur œuvrant dans une quête éternelle de questionnement. Terrence Malick n’est pas un cinéaste de la rhétorique mais se mue en un artiste qui aimante les émotions les plus vives comme en témoigne la bande originale d’Ennio Morricone pour Les Moissons du Ciel qui retranscrit à merveille l’immoralité humaine et mélancolique qui se dégage de l’œuvre.

Souvent injustement considéré comme un prosélyte, l’Américain est avant tout un homme dont les interrogations font la sève de son idéal créatif, qui concrétise son propre esthétisme par la rupture d’échelle de grandeur avec l’alchimie de son montage cinématographique. Terrence Malick est un poète, un parolier qui préfère le poids du mot plutôt que la recherche de la liaison. Le silence convient parfaitement à l’inertie taiseuse de ses personnages. Et de ce point de vue, les plans iconiques, le montage désarticulé du réalisateur ne sont qu’un versant de l’illustration et de la représentation de la sphère psychique de ses thèmes. Le cinéma de Terrence Malick, proche de la contemplation et du recueillement introspectif, est sujet à dichotomie entre les mots et les sonorités où la voix off plaintive et les scintillements des partitions classiques se muent en une prose aussi unique que personnelle. Alors que sa mise en scène se veut mobile, presque omnisciente dans son désir de coller au ressenti, l’environnement sonore est un ancrage auditif surprenant par la poésie qui s’infiltre entre ces humains errants et cette nature maternelle.

Pour preuve, le réalisateur radicalise de plus en plus son art et la conscience sensorielle de ses œuvres dans cette détermination de vouloir nier presque tout code cinématographique comme dans The Knight of Cups ou To the Wonder : enlever tout soupçon de dialogue ou s’acheminer vers une mosaïque de bribes de réverbérations lyriques. Dire que Terrence Malick soit singulier n’est qu’un euphémisme tant son univers s’intronise comme une étendue communicative : un chant biblique qui se superpose aux doux labeurs d’une femme ou un épisode épique qui se répercute sur la rêverie nostalgique d’un combattant arme à la main. Alors que certains de ses détracteurs voient dans ces épopées sonores une volonté d’amplifier cette ampleur religieuse, Terrence Malick altère l’accumulation de sa musique, fluidifie l’essence même de son humanisme et place la mélodie non pas comme un simple artifice contextuel mais le décrit comme un véritable langage. C’est d’autant plus marquant à l’écoute de la partition de Carl Orff pour La Balade Sauvage, qui avec ses notes désinvoltes et libres, traduit l’état d’esprit dans lequel étaient les deux fugitifs. Car malgré la douleur humaine qui s’immisce dans le cadre, la musique devient un serviteur, un outil de projection de toute la philosophie qui se dégage des exaltations créatrices de son auteur.

Basant sa grandeur sur la recherche intemporelle de la notion même de nature et du lien qui en découle avec l’espèce humaine, la bande originale de Terrence Malick agit de façon différente selon la candeur de l’image : la symphonie classique donnant un souffle épique qui crée de ce pas une mythologie lancinante ou les quelques sifflotements d’instruments à vent qui incarnent avec finesse l’intimité de ses hôtes. Même si le réalisateur installe une continuité dans la cathartique sonore de ses œuvres avec cette voix off qui oscille entre émerveillement oisif et souffrance face à la foi de l’humain quant à sa nature et son environnement, le cinéma de l’Américain vise toujours le même point culminant : celui d’apercevoir l’intitulé même d’une pensée, le flux sanguin d’un cœur qui ne sait pas quel chemin prendre comme en témoigne To the Wonder, et ce monologue de Javier Bardem s’interrogeant sur la foi de cette Amérique en dépression dont les mots rentreront en résonance avec la symphonie d’Henrik Gorecki. C’est aussi beau que révélateur sur une main d’œuvre purement sensorielle où l’intime et l’invisible prennent sens.

Dans la conscience collective d’un cinéphile, quand on parle de musique et de Terrence Malick, il est évident que le nom d’Hans Zimmer ressortira dans la discussion. Notamment pour leur travail conjoint pour le film La Ligne Rouge qui marqua les esprits : où les explosions émotives d’une bande de soldats se verront transfigurer par l’amorçage d’une partition orchestrale aussi mélancolique qu’abrasive. Alors qu’Hans Zimmer était considéré comme un musicien à la subtilité balbutiante, La Ligne Rouge lui permettra de composer une symphonie sortant des sentiers battus dans lesquels il s’étalonnait où sa puissance épique souffla le chaud et le froid avec l’enfermement intimiste du réalisateur. La Ligne Rouge n’étant à coup sûr pas un film de guerre comme les autres. Comme d’autres grands artistes contemporains, Terrence Malick fera appel à Alexandre Desplat pour la bande originale de The Tree of Life.

Mais cloisonner le cinéma de Terrence Malick à de simples collaborations composites serait dénaturer l’approche même de Terrence Malick et de son cinéma. L’Américain est un hédoniste de la culture, cherche et interpelle par la variété des partitions qui constituent ses films : certes la plupart se trouvant alors dans le genre de la musique classique, mais il est impressionnant de voir à quel point ses choix donnent une toute autre perception de l’iconographie de son art référentiel comme en témoigne son attachement à Berlioz ou Wagner. Pastorale ou ecclésiastique (« Funeral Canticle » de John Tavener), la musique chez Terrence Malick se veut comme un autel qui sanctifie l’humanisme et les humbles professions de foi de son cinéma. Terrence Malick écrit son art comme s’il récitait les vers d’un poème ou les versets d’une prière, et la musique est un réceptacle adéquat à l’adhésion des sens et des sentiments du cinéaste. Comme si le fait d’accoucher d’une œuvre signifiait la naissance d’un esprit. Les multiples confessions intérieures des personnages du cinéma malickien se répercutent sur les miroitements vertigineux de violons qui prennent la place de traducteur d’émotions.

Vaiana: Musique, B.O de Lin Manuel Miranda et Marc Mancina

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Musique du film Vaiana, la légende du bout du monde : Entre la banale efficacité des compositions de l’un et la performance des chansons de l’autre, cette bande originale va du moyen au très bon.

B.O/Trame sonore/Soundtrack

On va dire qu’elle est bien la bande originale de Vaiana, qu’elle est très bien même: savant mélange de monoï, de cocotiers, de surf music et de vacances au soleil. Elle le fait terriblement bien ce job et nous emmène loin, si loin de l’ennui d’un bureau étroit, d’un métro bondé et de citadins tristes à faire pleurer un clown un jour de paie. Ils s’y sont donc mis à deux. D’un côté la musique de Marc Mancina (Tarzan 2, Planes 2), abonné des studios Disney puisqu’il a déjà collaboré avec eux. Rien d’extraordinaire, mais rien non plus de vraiment honteux, c’est professionnel, propre et plutôt bien produit, mais ça donne le sentiment de combler le vide.

De l’autre côté les chansons de Lin Manuel Miranda (How I Met Your Mother), c’est là qu’est le vrai soleil. Le garçon a déjà écrit pour des comédies musicales et c’est vrai qu’ici, ses chansons sentent le Broadway à cent lieues à la ronde. C’est frais, c’est léger comme les alizés et ça donne de furieuses envies de piña colada. D’autant que la délicieuse voix d’Olivia Foa’i vient ajouter du soleil au soleil et du coup, l’insolation n’est vraiment plus très loin. Malgré un léger déséquilibre entre une musique assez commune et des chansons enthousiasmantes Vaiana, c’est bien du Disney, c’est net et sans trace bref, le succès sera encore une fois au bout de Noël.

Bande Originale – Vaiana

Sortie: 18 novembre 2016

Distributeur: Walt Disney Records

Durée: 75’58

1. Tulou Tagaloa (Olivia Foa’i) 0:51
2. An Innocent Warrior (Matthew Ineleo and Sulata Foai-Amiatu and Vai Mahina) 1:37
3. Where You Are (Auli’i Cravalho and Christopher Jackson and Louise Bush and Nicole Scherzinger and Rachel House) 3:30
4. How Far I’ll Go (Auli’i Cravalho) 2:43
5. We Know The Way (Lin-Manuel Miranda and Opetaia Foa’i) 2:21
6. How Far I’ll Go (Reprise) (Auli’i Cravalho) 1:27
7. You’re Welcome (Dwayne Johnson) 2:43
8. Shiny (Jemaine Clement) 3:05
9. Logo Te Pate (Olivia Foa’i and Opetaia Foa’i and Talaga Steve Sale) 2:10
10. I Am Moana (Song of the Ancestors) (Auli’i Cravalho and Rachel House) 2:42
11. Know Who You Are (Auli’i Cravalho and Matthew Ineleo and Olivia Foa’i and Opetaia Foa’i and Vai Mahina) 1:12
12. We Know The Way (Finale) (Lin-Manuel Miranda and Opetaia Foa’i) 1:09
13. How Far I’ll Go (Alessia Cara Version) (Alessia Cara) 2:55
14. You’re Welcome (Jordan Fisher/Lin-Manuel Miranda Version) [feat. Lin-Manuel Miranda] (Jordan Fisher) 2:17
15. Prologue 2:25
16. He Was You 0:50
17. Village Crazy Lady 0:45
18. Cavern 2:05
19. The Ocean Chose You 1:17
20. The Hook 1:09
21. Untitled Track 21 2:00
22. Battle of Wills 3:10
23. Kakamora 4:33
24. Wayfinding 1:52
25. Climbing 0:54
26. Tamatoa’s Lair 2:45
27. Great Escape 0:59
28. If I Were the Ocean 3:01
29. Te Ka Attacks 1:41
30. Maui Leaves 2:05
31. Heartache 0:39
32. Untitled Track 32 1:01
33. Sails to Te Fiti 5:46
34. Shiny Heart 0:36
35. Untitled Track 35 1:03
36. Hand of a God 0:30
37. Voyager Tagaloa 0:57
38. Toe Feiloa’i 1:25
39. Navigating Home 0:47
40. The Return to Voyaging 1:01

Gorge Coeur ventre, un film de Maud Alpi : Critique

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Gorge Cœur ventre, le premier film prometteur d’une réalisatrice qui laisse s’exprimer les animaux.

Synopsis : Les bêtes arrivent la nuit.
Elles sentent.
Elles résistent.
Avant l’aube, un jeune homme les conduit à la mort.
Son chien découvre un monde effrayant qui semble ne jamais devoir s’arrêter.

La voix de l’animal

Un jeune homme se lève dans son refuge sous les rayons chauds et lumineux d’un matin d’été. Rien ne laisse soupçonner les atrocités qui se sont déroulées avant l’aube. Son plus fidèle compagnon -son chien- lui, le sait et n’a certainement pas pu fermer l’œil de la nuit. Thomas travaille dans un abattoir, c’est lui qui libère les bêtes de leur joug pour mieux les conduire dans le lieu sacrificiel où elles seront vidées de leur sang puis découpées. Si l’homme pratique ce métier machinalement en se détachant du poids de la torture et de la mort, l’animal ne peut rester insensible aux regards et aux cris de détresse de ses congénères que l’on s’apprête à tuer. C’est ce sentiment qu’a voulu retranscrire la réalisatrice Maud Alpi dans son premier film.

Jugeant certainement l’abattoir indigne de l’homme, la réalisatrice a préféré abaissé sa caméra à hauteur d’animal. Le chien de Thomas est le véritable personnage de ce film qui vous prend à la gorge, au ventre mais aussi au cœur. La caméra placée à sa hauteur permet d’adopter le point de vue de l’animal sur ces animaux que l’on assassine.

C’était sans doute ce qui manquait pour dénoncer la problématique des abattoirs sans se laisser aller jusqu’à la dénonciation facile et surtout déjà-vu avec des images chocs. À aucun moment dans Gorge Cœur Ventre nous assistons à une mise à mort, toujours laissée  hors-champs. La caméra suit les animaux dans un couloir de la mort et s’arrête au seuil de la salle de torture. La réalisatrice préfère nous rappeler que les animaux ont des sentiments et ressentent les choses, en particulier la funèbre odeur de mort. La mise en scène de Maud Alpi capte la peur dans les yeux des vaches et l’horreur dans ceux du chien. Et du regard de l’animal domestique on perçoit également la détresse de l’homme, dont le poids des cris de morts des animaux se fait de plus en plus lourd.

Davantage qu’un film dénonçant l’horreur des abattoirs, Gorge Cœur Ventre adopte un dispositif très original et capte l’invisible. Construit comme un documentaire, le film va, pour notre plus grand bonheur de spectateur,  lorgner vers un pur fantastique grâce à une mise en scène extrêmement pensée. D’abord didactiques, ces images naturelles virent surnaturelles lorsque la mise en scène laisse les animaux s’exprimer, à travers des regards et des gestes. Puis de nouveau au moment où le chien de Thomas s’évadera de son emprise de l’homme vers une sorte de monde parallèle aux airs de paradis animal.

Grâce à une construction purement cinématographique, le film de Maud Alpi donne la parole à ceux que l’on n’entend pas et à qui notre Code Civil accordait il n’y a même pas deux ans les mêmes droits qu’à de simples meubles.

Gorge Cœur Ventre : Bande-annonce

Gorge Cœur Ventre : Fiche Technique

Réalisation : Maud Alpi
Scénario : Maud Alpi, Baptiste Boulba-Ghigna
Interprétation : Virgile Hanrot, Dimitri Buchenet
Photographie : Jonathan Ricquebourg
Montage : Laurence Larre
Décors : Hervé Coqueret
Production : Mathieu Bompoint
Distributeur : Shellac
Durée : 88 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 16 novembre 2016

France – 2016

Le Disciple, un film de Kirill Serebrennikov : Critique

Kirill Serebrennikov dénonce dans son long métrage, le Disciple, le totalitarisme qui est en train de gagner son pays, la Russie, matérialisé par l’ultra présence d’une religion qui dérape, d’une homophobie et d’un antisémitisme rampants. Si le fond fait froid dans le dos, la forme nous laisse un peu à distance.

Synopsis : Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique, bouleverse sa mère, ses camarades et son lycée tout entier, par ses questions.
– Les filles peuvent-elles aller en bikini au cours de natation ?
– Les cours d’éducation sexuelle ont-ils leur place dans un établissement scolaire ?
– La théorie de l’évolution doit-elle être enseignée dans les cours de sciences naturelles ?
Les adultes sont vite dépassés par les certitudes d’un jeune homme qui ne jure que par les Écritures. Seule Elena, son professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain…

Les versets sataniques

La première image du Disciple donne le ton d’un film qui s’avèrera revêche tout au long de sa durée. Revêche, râpeux même pourrait-on dire.

Une femme entre deux âges (Yuliya Aug) rentre dans son immeuble, chargée de provisions, ahanant sous l’effort qu’il lui faut pour gravir un étroit escalier jusqu’à son petit appartement. On pourrait croire à un film social roumain, loachien, ou encore des frères Dardenne. Ses premiers gestes sont d’allumer successivement deux postes de télé, l’un de salon, l’autre dans la cuisine, deux appareils qu’elle ne regardera même pas, et d’emblée on sent la solitude de cette femme. La décoration est triste à mourir, mais un très beau rayon de soleil transperce l’ensemble.

Cependant, dès qu’elle s’adresse à son fils Venia (Petr Kvortsov) hors-champ, et indépendamment bien sûr de la langue, on reconnaît une vigueur différente des films sus-cités, assez proche au fond de ce qu’on trouve chez Andreï Zvyagintsev (Elena, Leviathan) : des femmes et des hommes sombres, francs, tragiques.

Venia est un adolescent ténébreux, dont le physique rappelle fortement un autre grand et talentueux ténébreux : Michael Shannon. Pris d’une crise mystique dont on ne sait si elle est soudaine, ni récente, ni durable, Venia ne s’exprime que par des versets de la Bible, des citations littérales de la Bible, référencées scrupuleusement par des inserts esthétisants dans l’image. Appliquant la plus tortueuse des Écritures au pied de la lettre, Venia va adopter un comportement qui va remettre en cause le fragile équilibre de son environnement.

Venia, c’est Veniamin, l’équivalent de Benjamin, le nom du protagoniste dans Martyr, la pièce du dramaturge allemand Marius von Mayenburg dont le film de Kirill Serebrennikov est une adaptation. Autant Benjamin serait dans le registre de la comédie sociale, autant, ça ne rigole pas avec Venia. C’est souvent en vociférant qu’il déclame les versets bibliques, et c’est dans une douleur hystérique qu’il vit sa chrétienté. Même si l’énergie du jeune acteur est indéniable, il donne souvent l’impression de jouer à côté, comme s’il n’avait pas saisi tout l’enjeu du discours du cinéaste.

Car du côté de Serebrennikov, les choses sont assez claires. L’adaptation de la pièce allemande est forte, car colle à une réalité russe qu’il veut ici dénoncer : cette prépondérance du religieux dans la vie de tous les jours (il n’y a qu’à se souvenir de l’épisode Pussy Riots), au point de déformer les points de vue, au point de l’abdication : la proviseure et presque tout le corps enseignant du lycée de Venia qui sont prêts jusqu’à proposer de présenter le point de vue des créationnistes pour contrecarrer le point de vue scientifique d’Elena (Viktoriya Isakova) la prof de biologie, et que le disciple Venia refuse ; la même directrice d’établissement qui est prête à abandonner le bikini à la piscine pour recorseter les jeunes filles dans un maillot « intégral », et la propre mère agnostique/athée de Venia que les menaces d’étérnité infernale promise par la bouche de son fils, poussent à fréquenter le pope plus que de raison…

Seule Elena semble avoir littéralement les pieds sur terre et la tête sur les épaules. Mais là encore, l’obsession de la religion, ou du moins des messages négatifs retenus par Venia, se fait au détriment de l’équilibre, voire du bonheur du personnage….

Le film de Serebrennikov, que l’on a pu croiser au Festival d’Avignon, respecte ses origines théâtrales, et en adopte les facettes les moins cinématographiques. Accompagné d’un dialogue dont plus de la moitié n’est faite que de citations de la Bible, il peine à captiver malgré l’intelligence du propos. Malgré également quelques moments de beauté visuelle comme les scènes de plage très fortes et assez paradoxales, car montrant une certaine forme de liberté sexuelle dont l’absence semble être dénoncée par le cinéaste, et des moments d’émotion avec le personnage de Gricha, même s’il est regrettable de constater que pour être habité d’un peu d’humanité, il faille être handicapé, diminué. L’innocence de Gricha semble être le moteur qui lui permet  d’aller au-delà de cette chape de moralité religieuse qui semble s’être abattue sur la Russie…

Travaillant sur le même terrain que Zvyagintsev, dont le Léviathan et dans une moindre mesure Elena sont éminemment politiques, le cinéaste Serebrennikov ne réussit pas à recueillir autant que son compatriote notre adhésion. Intitulé (M)uchenik, un jeu de mot entre Muchenik (Martyr) et Uchenik (disciple), le film s’étouffe et se noie quelque peu dans son propre propos programmatique.  Il manque de respiration (celle-là même par exemple qu’on trouve au bord d’une paisible mais majestueuse  Mer de Barents, au nord de la Russie, ou sur un facétieux champ de tir dans un Léviathan pourtant tout aussi sombre et plombé que le Disciple), et même si on ne peut être que d’accord sur sa dénonciation d’une société homophobe, antisémite, et qui pour remplacer le vide laissé par le communisme, utilise la religion, l’ancien opium du peuple, on reste le plus souvent à distance de son film et de son disciple auto-proclamé, auto-auréolé. Dommage…

Le Disciple – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=bEF8BiHEkvY

Le Disciple – Fiche technique

Titre original : (M)uchenik
Réalisateur : Kirill Serebrennikov
Scénario : Kirill Serebrennikov, Marius von Mayenburg
Interprétation : Pyotr Skvortsov (Veniamin Yuzhin), Viktoriya Isakova (Elena Krasnova), Aleksandra Revenko (Lidiya Tkacheva), Yuliya Aug (Inga Yuzhina, la mère), Aleksandr Gorchilin (Grigoriy Zaytsev), Irina Rudniktskaya (Irina Petrovna), Nikolay Roshchin (Otets Vsevolod), Svetlana Bragarnik (Lyudmila Stukalina)
Musique : Ilya Demutskiy
Photographie : Vladislav Opelyants
Montage : Yury Karikh
Producteurs : Ilya Stewart, Diana Safarova, Yury Kozyrev, Coproducteurs : Sergey Shtern, Svetlana Ustinova, Ilya Dzhincharadze, Katerina Komolova
Maisons de production : Hype Film
Distribution (France) : ARP Sélection
Récompenses : Prix du public au Biografilm Festival (Bologne), Prix François Chalais au Festival de Cannes 2016
Durée : 118 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 23 Novembre 2016
Russie – 2016
 

Rampage : les monstres géants débarquent dans les salles en 2018

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L’adaptation du jeu vidéo vintage Rampage devrait finalement bien voir le jour avec le studio New Line. Les affrontements de monstres titanesques risquent d’être la future tendance des blockbusters des mois à venir après Skull Island, la suite de Godzilla et même avec les robots géants du nouvel opus de Pacific Rim.

Le studio New Line vient de communiquer récemment la date de sortie de Rampage, l’adaptation du jeu vidéo culte et vintage. Le film débarquera en salles aux USA le 20 avril 2018.

Ce film sera réalisé par Brad Peyton (Incarnate, San Andreas) et produit par Beau Flynn. Carlton Cuse et Ryan Condal devraient réécrire le scénario. La présence de Dwayne Johnson, l’ancien catcheur The Rock (Fast and Furious 7, Doom, Hercules, No Pain, No Gain, Baywatch ou bien encore Jumanji), serait bien confirmée.

Le jeu vidéo, sorti en 1986 et édité par Midway sur bornes d’arcade, permettait de choisir entre trois monstres gigantesques (un lézard, un loup-garou ou un gorille) avant d’embarquer dans une succession de missions dans le but de détruire des villes, des gratte-ciel et de terrifier les citoyens.

Reste à savoir quelle sera la nature des effets spéciaux pour ce film. Est-ce que les créatures gigantesques de Rampage qui détruiront tout sur leur passage seront créées par images de synthèse où est-ce que de bons vieux costumes seront utilisés comme dans les films de monstres asiatiques, les Kaiju Eiga japonais, dont la saga Godzilla est l’exemple le plus célèbre ?

Le film Pixels avait récemment tenté d’adapter les codes et l’univers de jeux vidéo classiques avec une pointe d’humour mais pour un résultat final en deçà des espérances des fans et qui a contraint le comédien Adam Sandler à se remettre en question.

Rampage devra être de meilleure qualité que la piètre version américaine de Godzilla avec Jean Reno pour laisser une trace dans les divertissements grand public de qualité avec des monstres géants destructeurs. Le retour de Jurassic Park et de ses suites ainsi que Skull Island risquent de mettre la barre très haut.

 

 

Les Cerveaux, un film de Jared Hess : Critique

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Avec Les Cerveaux, Jared Hess perdure dans la comédie, mais malheureusement, le manque d’audace se fait sentir.

Synopsis : La vie de David Ghantt n’a rien de compliqué. Chaque jour, c’est la même routine : au volant de son camion blindé, il transporte des millions de dollars qui ne lui appartiennent pas. Le seul rayon de soleil dans son existence banale, c’est sa jolie collègue, Kelly Campbell. C’est elle qui va l’attirer dans une combine foireuse…
Malgré la bande de bras cassés à qui il a affaire, dirigée par Steve Chambers, et en dépit d’un plan grotesquement mal ficelé, David réussit quand même l’exploit de voler 17 millions de dollars… Le problème, c’est qu’il se fait doubler par ses complices, qui disparaissent avec le butin et lui mettent tout sur le dos…

Jared Hess, remarqué pour ses précédentes comédies tel que Super Nacho ou Napoleon Dynamite, est de retour sur grand écran avec Les Cerveaux entouré d’un casting 4 étoiles composé de Zach Galifianakis, Owen Wilson, Kristen Wiig ou encore Jason Sudeikis, figures emblématiques des comédies américaines actuelles. Mais ces acteurs sont également des valeurs sûres. Partout où ils passent, Galifianakis conquis le spectateur par ses mimiques et son jeu d’acteur singulier. Owen Wilson est un peu plus effacé, nous ayant habitué à mieux. Jason Sudeikis, quant à lui, prolonge sa carrière dans la comédie américaine, et ses rôles lui vont plutôt bien. Après Comment tuer son boss, Les Miller ou encore Joyeuses Fête des Mères, l’acteur fait son petit bonhomme de chemin, acquièrent une place de plus en plus importante dans le cœur du grand public.
Même si les acteurs se conforment à leurs interprétations passées et n’innovent pas réellement, elles servent ici leur propos, alternant entre comique de situation, quiproquos ou courses poursuites totalement barrées. Les Cerveaux est une comédie réussie, si on l’appréhende sous l’aspect humoristique.
Certes, le film regorge de lieux communs de la comédie populaire américaine comme Very Bad Trip ou Le Casse de Central Park, mais les bonnes vannes et les acteurs nous font oublier ce léger bémol. Si vous êtes fans des précédentes comédies de Jared Hess, vous ne serez pas déçu. Le réalisateur continue dans sa lignée de comédie tantôt politiquement incorrecte, tantôt légèrement grivoise ou absurde, qui plaisent aux grands enfants que nous sommes, fans de ce types de films.  Parfois, « plus c’est con, plus c’est bon ».
Puis, Les Cerveaux, c’est l’occasion de voir Zach Galifianakis s’accoutrer de coupes de cheveux toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Et, en toute honnêteté, rien que pour cela, le film mérite le coup d’œil.

Comme dit précédemment, Les Cerveaux ne renouvelle pas le genre, surtout en terme de scénario. Le principe d’une bande de bras cassés qui fait un casse mais qui se voit doublée par d’autres a déjà été vu. Sur ce point, on aurait pu espérer davantage d’efforts de la part du réalisateur et de ses scénaristes. Manque d’audace quand tu nous tiens. Ils explorent les grandes lignes et les ficelles de la comédie américaine, mais se voient sauvés par l’humour, comme exposé dans le paragraphe précédent. N’est ce pas là le principe même de la comédie ?
La réalisation n’est pas non plus saisissante et fait du film une comédie simple, qui nous fera rire sur le moment, mais que l’on oubliera assez rapidement. Toutefois, la bande-originale rythme parfaitement le film, le rendant parfois épique, tantôt « cucul » (mais c’est voulu). Le réalisateur fait preuve d’auto-dérision dans ses choix techniques et n’hésite pas à faire dans l’excentricité. Certes, il n’est pas le premier à faire dans ce registre, mais ne pas se prendre au sérieux à parfois du bon. Certaines scènes sont de petits plaisirs coupables, notamment cette course poursuite épique d’un Zach Galifianakis en roller accroché à l’échelle d’un camion. Le principe est idiot, le personnage est outrancier, mais impossible de ne pas remuer ses zygomatiques.

Les Cerveaux est une comédie potache, qui fera passer un bon moment au spectateur une fois dans la salle obscure. Malheureusement, le scénario manquant d’hardiesse et de culot, malgré deux/trois scènes politiquement incorrectes, feront sombrer le film dans le cimetière des comédies qu’on oublie très rapidement, malgré les rires éprouvés durant la séance.

Les Cerveaux : Bande-annonce

Les Cerveaux : Fiche Technique

Réalisateur : Jared Hess
Scénario : Chris Bowman, Jody Hill, Danny McBride, Hubbel Palmer, Emily Spivey
Interprétation : Zach Galifianakis, Owen Wilson, Kristen Wiig, Jason Sudeikis, Devin Ratray, Mary Elizabeth Ellis…
Photographie : Erik Wilson
Montage : Keith Brachmann, David Rennie
Direction artistique : Clayton Hartley
Musique : Geoff Zanelli
Producteurs : Lorne Michaels, John Goldwyn, Andrew Panay
Sociétés de production : Relativité Media, Broadway Video, Michaels-Goldwyn
Distribution (France) : Metropolitan Filmexport
Durée : 94 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 23 novembre 2016

États-Unis – 2016