Emmené par Virginie Efira à l’œuvre dans son nouveau statut d’égérie d’un certain cinéma français, Pris de court, le nouveau film de la trop rare Emmanuelle Cuau est un beau portrait familial teinté d’une douce mélancolie, sous ses faux airs de thriller.
Synopsis : Nathalie est joaillère et vient de s’installer à Paris pour un nouveau travail et une nouvelle vie avec ses deux fils. Mais la direction de la bijouterie change soudainement d’avis et lui annonce que le poste ne sera pas pour elle. Nathalie veut protéger ses enfants et décide de ne rien leur dire. De ce mensonge vont naître d’autres mensonges de part et d’autre. L’engrenage commence…
J’enrage de ton absence
Il existe sur Youtube tout un ensemble de parents blogueurs; on les appelle des Mum & Dad vloggers, le V de vlogger étant en rapport avec les vidéos qu’ils postent sur leur vie de famille, généralement des enfants en assez bas âge, des enfants multiples ou des fratries imposantes. Au-delà de l’émotion liée à la grande jeunesse des enfants, à leur côté pataud, à leurs divers apprentissages, l’attrait de ces vidéos réside précisément dans cela : la famille, les relations entre les membres de la famille, mais aussi les membres eux-mêmes. Le dernier film de la française Emmanuelle Cuau, Pris de court, parle exactement sous ces termes d’une famille, monoparentale en l’occurrence; il montre l’évolution, sous certaines circonstances, de l’interaction entre les trois personnes qui la composent.
Nathalie (Virginie Efira) arrive à Paris, depuis le Canada où son mari est décédé, et après un bref passage en province. On la découvre d’emblée avec ses deux garçons, Paul (Rénan Prévot), un adolescent de 15 ans et Bastien (incroyable Jean-Baptiste Blanc), son petit frère de 8 ans. C’est le soir, elle les emmène devant la devanture de la joaillerie où elle est censée prendre un poste dès le lendemain. Une belle petite séquence qui montre tout de suite les bases de la relation entre cette mère seule et ses deux enfants : une douceur, amplifiée par la belle lumière du soir que la chef opérateur Sabine Lancelin a choisie, une complicité sans faille, une confiance des enfants dans la capacité de leur mère à les mener à bon port malgré ce déracinement.
Quand le drame arrive sous la forme d’un petit mensonge de Nathalie, plantée par son employeur putatif et obligée d’accepter un boulot alimentaire tout en cachant la réalité à ses fils, le bel équilibre familial se rompt. Par ellipses, par allusions, la cinéaste installe un faisceau de faits, au travers d’une belle caractérisation de ses personnages, qui vont amener le jeune Paul dans une spirale d’actions douteuses : la solitude dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, la prétendue trahison de sa mère (son mensonge en réalité), qui le pousse à la vengeance, la mort du père jetée comme une accusation au visage de Nathalie. Tout est suggéré par des petites phrases presque sèches, et pourtant très efficaces. Le passage est très progressif, le jeune Paul glissant par exemple sur ses rollers de manière tout aussi innocente pour déambuler avec sa mère et son petit frère que pour effectuer ses petites courses de petit malfrat presque malgré lui. La mise en scène est du même acabit tout au long du métrage, ainsi par exemple la nervosité croissante de la mère qui est mesurée à l’aune des cigarettes fumées dans l’appartement même et à un rythme de plus en plus effréné ; aucun surlignage, aucun surplomb, presque des images subliminales…
Pris de court est un drame familial qui s’embarrasse finalement assez peu du contexte social (mère seule et sans emploi dans une ville inconnue). De même, le pseudo genre policier n’est vraiment là que pour servir son propos : l’angoisse de Nathalie lorsque Paul et Bastien ne rentrent pas un soir est par exemple plus importante que la raison de cette inquiétante disparition. De même, la tristesse du petit Bastien (« Tout est nul en ce moment » dira-t-il en allant se blottir dans les bras de sa mère) est au centre même de certaines « scènes d’action », et les stratagèmes de la chef de famille pour tenter de les sortir du gué ne sont vus que de l’intérieur de la famille, impliquant à peine les autres protagonistes. Les deux jeunes acteurs sont formidables, trouvant toujours le ton et l’expression justes pour les différentes situations auxquelles ils sont confrontés. Virginie Efira montre une fois de plus des qualités insoupçonnées de sobriété, de justesse d’un jeu presque minimaliste tout en restant émouvant, que la nature des comédies dans lesquelles elle officiait jusqu’à très récemment n’a pas permis de laisser apercevoir. Seul Gilbert Melki, qui personnifie le méchant et représente la partie thriller du scenario, est sous-utilisé dans un rôle qui n’a pas beaucoup d’épaisseur, contrairement à celui du précédent film de la cinéaste, Très bien, Merci (2007), où il tenait le haut du pavé.
Sans être fracassant, Pris de court est un film très bien réalisé, sans aucun temps mort, minimaliste mais tendu, et servi par des acteurs au top. Emmanuelle Cuau est une réalisatrice trop rare (un film tous les dix ans), et pourtant précieuse, faisant mouche à chaque fois avec son thème presque unique, celui des liens familiaux, fragiles et forts à la fois de son point de vue. Un beau moment qu’il serait dommage de rater…
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Pris de court : Bande annonce
Pris de court : Fiche technique
Réalisatrice : Emmannuelle Cuau
Scénario : Emmannuelle Cuau, Eric Barbier, Raphaëlle Desplechin
Interprétation : Virginie Efira (Nathalie), Gilbert Melki (Fred), Maryline Canto (Muriel), Rénan Prévot (Paul), Jean-Baptiste Blanc (Bastien)
Musique : Alexandre Lecluyse
Photographie : Sabine Lancelin
Montage : Anja Lüdcke
Productrice : Julie Salvador
Maisons de production : Christmas in July, Ad Vitam
Distribution (France) : Ad Vitam
Durée : 85 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 29 Mars 2017
France – 2017
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Dès le premier plan, elle est là. Elle, c’est Félicité, incarnée par Véro Tshanda Beya Mputu. Cette actrice amateure, qui tenta sans conviction sa chance au casting, est le principal atout du nouveau long-métrage du franco-sénégalais Alain Gomis. La scène d’ouverture nous la présente en train de chanter. Un talent que son interprète a d’ailleurs dû travailler avant le tournage, et qui porte ses fruits puisque chacun de ses passages musicaux participe pour beaucoup au charme du film. Celui-ci démarre sur un postulat à priori assez simple, reposant sur l’idée de nous faire suivre un personnage contraint de faire le tour de la ville pour mieux nous la faire découvrir. Le meilleur exemple de ce dispositif est sans doute le Chien Enragé d’Akira Kurosawa, mais ici l’usage de la caméra au poing, la place donnée aux relations familiales et les décors aux allures de bidonvilles rappellent davantage le cinéma de Brillante Mendoza. Pourtant, contrairement au réalisateur philippin, Gomis donne davantage d’importance à la représentation des sentiments de son héroïne qu’au drame social inhérent à sa condition.
Peut-être la principale faiblesse de sa mise en scène est-elle
de spectateur, il ne nous est donc pas évident de s’identifier à elle, et c’est une raison de plus pour laquelle la première partie du film ne parvient pas à pleinement nous faire nous immerger à ses côtés. Dans la seconde moitié du long-métrage en revanche, c’est au personnage de Tabu – qui apparait dans un premier temps comme un beau-parleur n’inspirant pas forcément confiance – que l’on s’attache plus facilement. Le scénario gagne alors en légèreté, et parvient à assurer une rupture de ton fort bienvenue au regard de la gravité du drame qui l’a précédé. Entre interludes musicaux, scènes chimériques, réalisme social et marivaudage, Alain Gomis nous concocte un étonnant mélange de genres qui fait de Félicité un film au demeurant agréable mais parfois abstrait.
La convention Paris Manga & Sci-fi show 2017 a ouvert ses portes les 25 et 26 mars et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on en a eu plein les yeux !
Des box étaient réservés aux dédicaces et photoshoot avec les célébrités, les auteurs et les Youtubers – sous réserve de faire la queue pendant un (long) moment et de payer en amont pour les acteurs les plus renommés !

Paris Manga & Sci-fi show 2017, c’est surtout un défilé incessant de cosplayers les plus magnifiques et/ou les plus excentriques. Et, si on fait fi des bousculades, débordements de joie et autres chenilles, c’est l’occasion pour les passionnés de faire de jolies rencontres : 


On peut bouillonner, être agacé(e), énervé(e) en voyant Orpheline qui donne l’impression que l’héroïne fragmentée interprétée par quatre formidables actrices, est tributaire du regard des hommes. Pourtant, il ne faudrait pas oublier qu’Orpheline est du côté de la vie avant tout et que le regard porté sur Kiki, Karine, Sandra et Renée qui ne font qu’une n’est jamais figé, mais mouvant, tremblant, émouvant. Si certaines scènes sont dures, elles n’en sont pas moins aussi tendres qu’éphémères, car Arnaud des Pallières ne porte pas de jugement sur ce qu’il filme, il admire plutôt le point de vue du personnage principal, une vraie héroïne. Ce point de vue évolue car le personnage lui-même évolue. Et c’est bien là la force du film : dire à quel point nous ne sommes jamais tout à fait les mêmes d’une vie à une autre ou, plutôt, de décennies en décennies. Le film est avant tout une quête d’amour qui passe par un désir sexuel assez insaisissable et pas toujours enviable. Insaisissable, Karine l’est aussi. Son corps n’est jamais complètement le même, malgré ses lèvres qu’elle recouvre de rouge d’années en années. Le procédé utilisé par des Pallières est un artifice, bien sûr, quatre actrices pour une même femme, mais pas superficiel. Il ne cherche ainsi pas à vieillir son actrice au fil du temps qui passe. Une fois le morceau de vie achevé, elle laisse place à une autre qui est elle-même et celle d’avant en même temps.
Ce récit de vie éclaté, éclatant et parfois écarlate, tant le sang coule de manière symbolique face à la violence des rapports hommes/femmes qui sont ici racontés, est souvent très déstabilisant. Si ce que fait l’héroïne ne nous plait pas toujours, on peut dire qu’elle n’est jamais filmée comme une victime ou alors de ce qu’elle n’ose pas dire, n’ose pas faire. Ce qu’elle veut, c’est de l’amour et elle le demande un peu maladroitement selon ce qu’elle pense que les hommes attendent d’elle et, comme ils ne la contredisent jamais ou presque, elle ne comprend pas pourquoi changer. Au-delà de l’amour, elle veut aussi survivre sans trop savoir comment autrement que dans la débrouille qui passe souvent par le biais d’un homme, malgré elle. Le récit n’est pas linéaire, ce n’est pas nouveau mais, ici, cela ajoute à la volonté du réalisateur de mettre le spectateur en inconfort, de le forcer à voir au-delà de l’image, à ne pas s’arrêter à son premier regard. C’est souvent troublant, entêtant, révoltant. On voudrait la voir s’émanciper du regard des hommes, s’y refléter autrement. On sent aussi l’imperceptible mouvement, changement qui s’opère en elle. Les hommes, quant à eux, sont patauds, souvent incapables de sortir du regard que Karine (il semble que ce soit son véritable nom) porte sur eux. Elle ne leur laisse pas la chance d’essayer la tendresse. Deux scènes au moins en témoignent, quand le mari (Jalil Lespert) de Renée (le dernier âge de ce personnage multiple) lui dit « j’ai envie de toi quand tu pleures » ou encore quand à 13 ans elle embarque dans la voiture d’un homme et que ce dernier découvre son âge, panique et se prend sa violence à elle en pleine figure (mais que recherchait-elle vraiment?). Cette dernière scène fait d’ailleurs écho à une autre, tournée il y a 10 ans, où l’on retrouvait Adèle Haenel. C’était dans Naissance des pieuvres. Floriane, persuadée de devoir être quelqu’un qu’elle n’était pas en vérité, draguait un homme plus âgé avant de se retrouver dans sa voiture. Les deux corps se rapprochaient quand soudain surgissait Marie qui ramenait Floriane à son âge « laisse ma copine, il y a son père qui nous attend ». La violence était alors du côté de l’homme. Voilà pourquoi nous sommes heurtés, c’est à la fois parce que homme comme femme dans Orpheline sont tributaires du regard de l’autre. Orpheline nous révèle finalement nos propres contradictions.
Le film est tout entier pris dans le regard de l’héroïne. Quand elle fait l’amour, la caméra se rapproche des corps pour capter son regard à elle sur le grain de peau des autres. Elle fait écho à deux autres femmes dont le désir (ou l’idée du désir, même pour la survie) salvateur ou destructeur a été récemment filmé au cinéma dans 

C’est du moins le premier constat qui se dessine de ce montage qui n’a rien perdu de sa dimension homérique et iconique, et qui sait relâcher la pression à bons coups de blagues bien senties, de fights qui s’annoncent dantesques et d’une playlist piochant du coté des Beatles. Une petite surprise en soit qui n’est heureusement pas la seule car bon, à force de revoir inlassablement ces images, on ne peut s’arrêter de penser à la vision de Zack Snyder qui quoiqu’on puisse en dire reste là : le soin dans la composition des images, la complexité qui se dessine dans tous les plans et le charisme des personnages qui s’impose sans forcer… Bref, on a vraiment envie de croire que la Warner, consciente des risques est en passe de fixer sa feuille de route et jouer à armes égales dans le combat qui l’oppose à Marvel. Et si l’on devait s’arrêter à la seule considération esthétique, nul doute que DC a déjà gagné la partie.
Depuis le succès, il y a déjà deux ans, de
candeur du jeune combattant à bouclettes est constitutive de la légèreté de la série. Un argument difficile à avaler, certes, mais que ce pauvre milliardaire puceau soit émotionnellement bloqué à l’âge de sa disparition se révèle finalement être au cœur de la naïveté qui viendront compromettre toutes ses interactions sociales et, par voie de conséquences, justifier les nombreuses trahisons dont il sera victime et qui, quant à elles, sont la véritable force de l’écriture de ce scénario riche en twists. Vous suivez le raisonnement?
Un autre élément hautement décrié par les haters est l’exploitation des scènes de combats. Certes, le générique nous vend des chorégraphies complètement dingues que l’on ne verra jamais dans aucun des 13 épisodes mais, pourtant, il faut reconnaître que les combats sont relativement bien fichus et surtout d’une qualité homogène tout au long de la saison – ce qui n’était pas le cas de Dardevil. Les accusations de surdécoupages semblent même injustifiées au regard des nombreux films américains se targuant de multiplier les bastons illisibles. Peut-être en est-on arrivé à un point où les attentes sont plus grandes vis-à-vis des séries que des longs métrages, et quand bien même on est loin d’un