Iron Fist, une série de Scott Buck : Critique de la saison 1

Rarement une série aura été aussi décriée qu’Iron Fist, que Netflix a consacré au dernier des futurs Defenders. Faute à des accusations de whitewashing de la part de petits malins qui trouvent plus raciste de respecter le comics d’origine que de penser qu’un expert en arts martiaux doit automatiquement être asiatique. Tout est dit.

Synopsis : Alors que tout le monde le croyait mort depuis le crash de l’avion de ses parents il y a 15 ans, Danny Rand est de retour à New York. Cet héritier d’une riche famille d’entrepreneurs tente de renouer le contact avec ses anciens amis d’enfance qui ne se doutent pas qu’il est depuis devenu un combattant hors pair et surtout le détenteur d’un pouvoir légendaire acquis dans un monastère mystique.

Le poing et la Main

marvel-iron-fist-finn-jones-tai-chiDepuis le succès, il y a déjà deux ans, de Dardevil par Netflix, chacune des nouvelles séries Marvel de la chaine de VOD est très attendue. Pourtant, après une saison 2 de Dardevil en demi-teinte (reconnaissons-le, si la partie avec le Punisher fut une pleine réussite, on ne peut pas en dire autant de celle avec les ninjas-zombis !) et surtout Luke Cage qui, en voulant jouer sur les trop peu nombreuses guimmicks propres à la blacksploitation, fut lourdement redondant et réducteur, les showrunners semblaient avoir montré leurs limites. Avant même sa diffusion, la dernière des origins-story sensées introduire la série-crossover The Defenders s’assurait un accueil glaçant. Sans revenir sur l’absurdité de la polémique qui entoura son casting, il semble que Finn Jones, son acteur principal (déjà vu dans la peau du chevalier aux fleurs dans Game of Thrones), ait trouvé la véritable raison à cet acharnement médiatique en faisant le lien entre son personnage de milliardaire blanc héroïque et le tollé entourant la récente élection présidentielle de Donald Trump.

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Après s’être déjà attiré les foudres de millions de sériephiles en livrant des dernières saisons décevantes à Dexter, Scott Buck avait du pain sur la planche en devant donner vie au moins rationnel des héros de la bande. Imaginez plutôt : Un Oliver Queen du pauvre (lui-même Bruce Wayne du pauvre !) initié aux arts-martiaux dans une dimension parallèle. Difficile de traiter ça avec le réalisme et l’esprit dark qui définissent la ligne directrice des séries qui le précédèrent. Et pourtant, force est de constater qu’il s’en est plutôt bien sorti ! Impossible de nier bien sûr que le personnage en lui-même, et en particulier toute la psychologie zen qui est sensé l’alimenter, est écrit comme une caricature de lui-même. Une fois cette énorme faiblesse précisée, on pourrait presque la retourner en affirmant que la marvel-iron-fist-Jessica-Henwickcandeur du jeune combattant à bouclettes est constitutive de la légèreté de la série. Un argument difficile à avaler, certes, mais que ce pauvre milliardaire puceau soit émotionnellement bloqué à l’âge de sa disparition se révèle finalement être au cœur de la naïveté qui viendront compromettre toutes ses interactions sociales et, par voie de conséquences, justifier les nombreuses trahisons dont il sera victime et qui, quant à elles, sont la véritable force de l’écriture de ce scénario riche en twists. Vous suivez le raisonnement?

A l’inverse des précédentes séries Marvel qui avaient tendance à bien commencer pour ensuite s’embourber d’épisodes en épisodes, Iron Fist a un peu de mal à introduire son personnage avant de démarrer, mais une fois l’action et le ton en place, la mécanique est bien huilée.

En effet, à l’inverse de Danny et de son ingénuité caractéristique (en cela, le choix de Finn Jones avec sa gueule d’ange est d’ailleurs un bon choix, convenons-en), et qui apparait par moments comme un élément comique, les personnages secondaires s’avèrent être bien plus torturés, et devraient en cela répondre aux attentes des spectateurs. Ne revenons pas sur cette chère Rosario Dawson qui n’est là que pour remplir le cahier des charges. Mais en revanche, les personnages de Colleen Wing (Jessica Henwick, la véritable révélation de la série), ainsi que les membres de la famille Meachum sont loin de manquer de profondeur, à tel point que la façon dont ils sont constamment tiraillés entre deux parties réussit même à faire d’Iron Fist une série bien moins manichéenne qu’ont pu l’être Jessica Jones et Luke Cage.

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marvel-iron-fist-finn-jones-fightUn autre élément hautement décrié par les haters est l’exploitation des scènes de combats. Certes, le générique nous vend des chorégraphies complètement dingues que l’on ne verra jamais dans aucun des 13 épisodes mais, pourtant, il faut reconnaître que les combats sont relativement bien fichus et surtout d’une qualité homogène tout au long de la saison – ce qui n’était pas le cas de Dardevil. Les accusations de surdécoupages semblent même injustifiées au regard des nombreux films américains se targuant de multiplier les bastons illisibles. Peut-être en est-on arrivé à un point où les attentes sont plus grandes vis-à-vis des séries que des longs métrages, et quand bien même on est loin d’un The Raid, on est bien au-dessus du récent The Warriors Gate, pour ne citer que lui. En toute bonne foi, le véritable défaut technique serait plutôt celui des choix de cadrage. Ce sont d’ailleurs les scènes portées par Jessica Henwick qui assurent les meilleurs combats. On pourra presque regretter qu’il y en ait trop peu en fait.

Malgré tout ce que l’on a pu en lire, Iron Fist est une série qui assure parfaitement son défi qui est d’apporter un petit vent de fraicheur à un univers fastidieux et rompre ainsi avec cette mode, déjà arrivée à saturation, qui est de se concentrer sur les prises de tête des héros urbains modernes. Elle est également une excellente rampe de lancement aux Defenders, dont l’antagoniste principal semble désormais bien connu. Attendons maintenant de voir si le crossover parviendra à assurer l’esprit et la mythologie respectifs à chaque série ou ne sera – comme le fut le premier Avengers – qu’un vulgaire patchwork de super-héros réunis par la force des choses.

Iron Fist, saison 1 : Bande-annonce

Iron Fist, saison 1 : Fiche technique

Créateur et showrunner : Scott Buck
Réalisateurs : John Dahl, Jet Wilkinson, Kevin Tancharoen, Miguel Sapochnik, Peter Hoar, RZA…
Scénaristes : Scott Buck, Ian Stokes, Pat Charles, Scott Reynolds, Tamara Becher…
Interprétation : Finn Jones (Danny Rand), Jessica Henwick (Colleen Wing), David Wenham (Harold Meachum), Jessica Stroup (Joy Meachum), Tom Pelphrey (Ward Meachum), Rosario Dawson (Claire Temple), Ramon Rodríguez (Bakuto)…
Photographie : Manuel Billeter
Montage : Michael N. Knue ACE
Musique : Trevor Morris
Production : Quinton Peeples, Ian Stokes…
Société de production : Marvel Television, ABC Studios
Format : 13 épisodes de 52 minutes environ
Date de diffusion : A partir du 17 mars 2017
Diffusion : Netflix
Genre : Action

Etats-Unis – 2017

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Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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