Félicité est l’un des rares films africains à arriver jusqu’à nos salles obscures, il serait donc dommage de ne pas observer la vision qu’il propose de la ville de Kinshasa. La capitale congolaise apparaît, devant la caméra d’Alain Gomis, comme un univers tumultueux, mais c’est avant tout un portrait de femme qui est au cœur de sa mise en scène faite de musique et de spiritualité.
Synopsis : Félicité est connue dans tout son quartier en tant que chanteuse dans un bar très populaire et animé. Mais c’est en tant que mère qu’elle entame une quête puisqu’elle doit sauver son fils victime d’un accident de moto. Menée par son instinct maternel et son besoin de liberté, elle est contrainte de quémander dans les rues de Kinshasa. C’est finalement en tombant sous le charme de Tabu qu’elle va finalement trouver du réconfort.
Mamma Kinshasa
Dès le premier plan, elle est là. Elle, c’est Félicité, incarnée par Véro Tshanda Beya Mputu. Cette actrice amateure, qui tenta sans conviction sa chance au casting, est le principal atout du nouveau long-métrage du franco-sénégalais Alain Gomis. La scène d’ouverture nous la présente en train de chanter. Un talent que son interprète a d’ailleurs dû travailler avant le tournage, et qui porte ses fruits puisque chacun de ses passages musicaux participe pour beaucoup au charme du film. Celui-ci démarre sur un postulat à priori assez simple, reposant sur l’idée de nous faire suivre un personnage contraint de faire le tour de la ville pour mieux nous la faire découvrir. Le meilleur exemple de ce dispositif est sans doute le Chien Enragé d’Akira Kurosawa, mais ici l’usage de la caméra au poing, la place donnée aux relations familiales et les décors aux allures de bidonvilles rappellent davantage le cinéma de Brillante Mendoza. Pourtant, contrairement au réalisateur philippin, Gomis donne davantage d’importance à la représentation des sentiments de son héroïne qu’au drame social inhérent à sa condition.
[irp]
Peut-être la principale faiblesse de sa mise en scène est-elle justement d’être trop attachée à la comédienne et de ne laisser que peu d’espace à la vision de ce qui l’entoure. Les rares plans larges nous permettant de profiter du foisonnement de la ville-monde sont en cela une véritable respiration. La collaboration du documentariste Dieudo Hamadi sur le scénario peut alors sembler limitée au regard de cette dramaturgie pour le moins limitée qui consiste à suivre le rôle-titre dans ses déambulations tour à tour endiablées et larmoyantes. Pourtant, le discours sur les efforts pour survivre n’est pas exempt d’une portée symbolique autour du lourd passé du peuple congolais. Cette dimension symbolique va même devenir inévitable car, tandis que les enjeux intimistes évoluent à mi-parcours, le naturalisme qui caractérise la première partie du film va peu à peu laisser sa place à un onirisme dont les allégories ne sont pas forcément simples à saisir pour le public européen que nous sommes (la visite du zèbre, par exemple, a sûrement une signification évidente pour les africains mais sera par chez nous totalement libre d’interprétation). La linéarité du récit s’efface donc pour une imagerie fantasmatique qui restera un peu floue.
Plus difficile encore à déchiffrer est le jeu de l’actrice. Sans nul doute le visage fermé de Félicité est-il davantage une caractéristique du personnage qu’un reproche à faire à son interprète. Preuve en est le regard que lui portent certains de ses proches, à commencer par les membres de son groupe, qui semblent ne pas toujours comprendre les réactions de cette femme forte et orgueilleuse. Depuis notre position de spectateur, il ne nous est donc pas évident de s’identifier à elle, et c’est une raison de plus pour laquelle la première partie du film ne parvient pas à pleinement nous faire nous immerger à ses côtés. Dans la seconde moitié du long-métrage en revanche, c’est au personnage de Tabu – qui apparait dans un premier temps comme un beau-parleur n’inspirant pas forcément confiance – que l’on s’attache plus facilement. Le scénario gagne alors en légèreté, et parvient à assurer une rupture de ton fort bienvenue au regard de la gravité du drame qui l’a précédé. Entre interludes musicaux, scènes chimériques, réalisme social et marivaudage, Alain Gomis nous concocte un étonnant mélange de genres qui fait de Félicité un film au demeurant agréable mais parfois abstrait.
On aimerait prendre plaisir à soutenir Félicité dans la dure épreuve qu’elle traverse et qui ira jusqu’à lui coûter sa voix, ainsi qu’à partager son plaisir romantique naissant, mais le long-métrage qui porte son nom ne cesse de nous égarer dans un traitement chargé en mysticisme dont le réalisateur n’a pas pris la peine de nous donner toutes les clefs. Dommage, sa finalité reste nébuleuse et son rythme très inégal malgré de très bonnes idées, parfois même expérimentales, en particulier lors des scènes chantées qui resteront assurément les meilleurs souvenirs à en garder.
[irp]
Félicité : Bande-annonce
Félicité : Fiche technique
Réalisation : Alain Gomis
Scénario : Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Lousteau
Interprétation : Véro Tshanda Beya (Félicité), Papi Mpaka (Tabu), Gaetan Claudia (Samo), Nadine Ndebo (Hortense)…
Image : Céline Bozon
Montage : Alain Gomis, Fabrice Rouaud
Musique : Kasai Allstars, Arvo Pärt interprété par l’Orchestre Symphonique de Kinshasa
Décors : Oumar Sall
Costumes : Nadine Otsobogo-Boucher
Producteur(s) : Arnaud Dommerc, Alain Gomis, Oumar Sall
Production : Andolfi, Granit Films, Cinekap
Distributeur : Jour2fête
Récompenses : Grand prix du jury à la Berlinale 2017, Étalon d’Or de Yennenga au Fespaco 2017
Genre : Drame
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 29 mars 2017
Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.
En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.
Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.
Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.
Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…
Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.
Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…
Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.