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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Félicité est l’un des rares films africains à arriver jusqu’à nos salles obscures, il serait donc dommage de ne pas observer la vision qu’il propose de la ville de Kinshasa. La capitale congolaise apparaît, devant la caméra d’Alain Gomis, comme un univers tumultueux, mais c’est avant tout un portrait de femme qui est au cœur de sa mise en scène faite de musique et de spiritualité. Synopsis : Félicité est connue dans tout son quartier en tant que chanteuse dans un bar très populaire et animé. Mais c’est en tant que mère qu’elle entame une quête puisqu’elle doit sauver son fils victime d’un accident de moto. Menée par son instinct maternel et son besoin de liberté, elle est contrainte de quémander dans les rues de Kinshasa. C’est finalement en tombant sous le charme de Tabu qu’elle va finalement trouver du réconfort. Mamma Kinshasa Dès le premier plan, elle est là. Elle, c’est Félicité, incarnée par Véro Tshanda Beya Mputu. Cette actrice amateure, qui tenta sans conviction sa chance au casting, est le principal atout du nouveau long-métrage du franco-sénégalais Alain Gomis. La scène d’ouverture nous la présente en train de chanter. Un talent que son interprète a d’ailleurs dû travailler avant le tournage, et qui porte ses fruits puisque chacun de ses passages musicaux participe pour beaucoup au charme du film. Celui-ci démarre sur un postulat à priori assez simple, reposant sur l’idée de nous faire suivre un personnage contraint de faire le tour de la ville pour mieux nous la faire découvrir. Le meilleur exemple de ce dispositif est sans doute le Chien Enragé d’Akira Kurosawa, mais ici l’usage de la caméra au poing, la place donnée aux relations familiales et les décors aux allures de bidonvilles rappellent davantage le cinéma de Brillante Mendoza. Pourtant, contrairement au réalisateur philippin, Gomis donne davantage d’importance à la représentation des sentiments de son héroïne qu’au drame social inhérent à sa condition. [irp] Peut-être la principale faiblesse de sa mise en scène est-elle justement d’être trop attachée à la comédienne et de ne laisser que peu d’espace à la vision de ce qui l’entoure. Les rares plans larges nous permettant de profiter du foisonnement de la ville-monde sont en cela une véritable respiration. La collaboration du documentariste Dieudo Hamadi sur le scénario peut alors sembler limitée au regard de cette dramaturgie pour le moins limitée qui consiste à suivre le rôle-titre dans ses déambulations tour à tour endiablées et larmoyantes. Pourtant, le discours sur les efforts pour survivre n’est pas exempt d’une portée symbolique autour du lourd passé du peuple congolais. Cette dimension symbolique va même devenir inévitable car, tandis que les enjeux intimistes évoluent à mi-parcours, le naturalisme qui caractérise la première partie du film va peu à peu laisser sa place à un onirisme dont les allégories ne sont pas forcément simples à saisir pour le public européen que nous sommes (la visite du zèbre, par exemple, a sûrement une signification évidente pour les africains mais sera par chez nous totalement libre d’interprétation). La linéarité du récit s’efface donc pour une imagerie fantasmatique qui restera un peu floue. Plus difficile encore à déchiffrer est le jeu de l’actrice. Sans nul doute le visage fermé de Félicité est-il davantage une caractéristique du personnage qu’un reproche à faire à son interprète. Preuve en est le regard que lui portent certains de ses proches, à commencer par les membres de son groupe, qui semblent ne pas toujours comprendre les réactions de cette femme forte et orgueilleuse. Depuis notre position de spectateur, il ne nous est donc pas évident de s’identifier à elle, et c’est une raison de plus pour laquelle la première partie du film ne parvient pas à pleinement nous faire nous immerger à ses côtés. Dans la seconde moitié du long-métrage en revanche, c’est au personnage de Tabu – qui apparait dans un premier temps comme un beau-parleur n’inspirant pas forcément confiance – que l’on s’attache plus facilement. Le scénario gagne alors en légèreté, et parvient à assurer une rupture de ton fort bienvenue au regard de la gravité du drame qui l’a précédé. Entre interludes musicaux, scènes chimériques, réalisme social et marivaudage, Alain Gomis nous concocte un étonnant mélange de genres qui fait de Félicité un film au demeurant agréable mais parfois abstrait. On aimerait prendre plaisir à soutenir Félicité dans la dure épreuve qu’elle traverse et qui ira jusqu’à lui coûter sa voix, ainsi qu’à partager son plaisir romantique naissant, mais le long-métrage qui porte son nom ne cesse de nous égarer dans un traitement chargé en mysticisme dont le réalisateur n’a pas pris la peine de nous donner toutes les clefs. Dommage, sa finalité reste nébuleuse et son rythme très inégal malgré de très bonnes idées, parfois même expérimentales, en particulier lors des scènes chantées qui resteront assurément les meilleurs souvenirs à en garder. [irp] Félicité : Bande-annonce Félicité : Fiche technique Réalisation : Alain Gomis Scénario : Alain Gomis, avec la collaboration de Delphine Zingg et Olivier Lousteau Interprétation : Véro Tshanda Beya (Félicité), Papi Mpaka (Tabu), Gaetan Claudia (Samo), Nadine Ndebo (Hortense)… Image : Céline Bozon Montage : Alain Gomis, Fabrice Rouaud Musique : Kasai Allstars, Arvo Pärt interprété par l’Orchestre Symphonique de Kinshasa Décors : Oumar Sall Costumes : Nadine Otsobogo-Boucher Producteur(s) : Arnaud Dommerc, Alain Gomis, Oumar Sall Production : Andolfi, Granit Films, Cinekap Distributeur : Jour2fête Récompenses : Grand prix du jury à la Berlinale 2017, Étalon d’Or de Yennenga au Fespaco 2017 Genre : Drame Durée : 123 minutes Date de sortie : 29 mars 2017 France/Belgique/Sénégal/Allemagne/Liban – 2016 [irp]